Sociologie des controverses scientifiques de Dominique RAYNAUD
par Milos BORSKY
L’architecture est une discipline fascinante parce qu’elle exige un équilibre optimal entre le processus de créativité et la recherche continue de solutions issues de fortes contraintes matérielles. Les traces de cet équilibre iront jusqu’à être gravées dans l’édifice. Des traces matériellement inscrites et qui manifestent non seulement l’évolution de la discipline comme la participation de l’homme à la construction de son espace, mais aussi la représentation de celui-ci. A partir de là, il paraît donc avéré que lorsque nous parlons d’architecture nous parlons certainement d’édifices, mais tout autant de la carrière des idées qui permettent leur existence et qui construisent littéralement la discipline. Car avant tout l’architecture est une pratique, une activité humaine (par conséquent aussi sociale), et dès lors l’étude d’une discipline suppose l’examen de son évolution pour comprendre pourquoi elle se présente comme telle, observable à un instant choisi. Il y a un parallèle évident à tirer avec la science qui ne peut être simplement réduite à la superposition des théories qui y sont produites, mais qui comprend également la manière dont certaines survivent ou dominent : la controverse fait également partie de la production scientifique et par extension, du processus de recherche de la vérité.
Dominique Raynaud vient de l’architecture. Certains de ses précédents écrits visent cette discipline comme activité humaine et par conséquent aboutissent à être des essais autant d’anthropologie que d’architecturologie. La notion
d’équilibre qui dénote ici non pas une négociation de compromis mais un optimum, est sans cesse présente dans ses approches. D’une part parce que D. Raynaud qui embrasse les thèmes de ses recherches dans leur évolution, choisit sous cette contrainte la complémentarité des apports de différents courants et nous propose des approches de croisement tels que l’hybridation1, le connexionnisme2 ou encore comme dans l’ouvrage qui nous intéresse, un modèle incrémentaliste sur lequel nous reviendrons.
D’autre part parce que justement, la rationalité est une opération d’équilibre et que toute démarche sociologique suppose une hypothèse (et par extension une position) précise sur la rationalité des actants.
Sociologie des controverses scientifiques s’attache à alimenter une des principales controverses des disciplines sociales, à savoir celle qui tente de départager une approche relativiste de la science, de celle dite rationaliste.
Trois controverses scientifiques sont au cœur de l’ouvrage : la première controverse (entre 1859 et 1864) qui confronte l’hétérogénie de Pouchet à l’homogénie de Pasteur, porte sur l’apparition spontanée ou non d’êtres organiques, la seconde (première moitié du XIXe siècle) porte sur les doctrines médicales de l’organicisme de l’école de Paris et du vitalisme de l’école de Montpellier, et la troisième qui se déroule à Oxford au XIIIe siècle, oppose les intromissionnistes et les extramissionnistes sur la réception ou l’émissions des rayons visuels de l’œil. Partant du déroulement des controverses, l’étude porte en réalité sur la lecture que les sociologues ont des énoncés scientifiques et par conséquent, sur les conditions de la survie de la controverse qui oppose les relativistes aux rationalistes.
A partir du moment où le chercheur a l’opportunité d’introduire dans l’étude des pratiques leur évolution, et c’est le cas des controverses, la position de D. Raynaud consiste à nous démontrer les déficits qu’implique l’étude d’un phénomène sous l’angle du relativisme. Ces pertes sont de l’ordre de la connaissance que nous pouvons avoir des pratiques sociales qui se traduisent par des opérations de réification de l’objet d’étude. La prise en compte de la temporalité est déjà en soi un postulat antirelativiste3, de plus il est clair que
1. Raynaud D., Cinq essais sur l’architecture, Paris, L’Harmattan, 2002.
2. Raynaud, D., L’Hypothèse d’Oxford. Essai sur les origines de la perspective, Paris, PUF, 1998.
3. J’entends par-là qu’une dimension temporelle indique ici un processus d’évolution par étapes (découvertes et changements progressifs) et que l’état de connaissances que nous avons
nous sommes ici en présence d’une position progressiste du savoir, qui n’est possible qu’à partir du moment où les connaissances se basent sur des critères de vérité d’une part, et d’autre part que les connaissances aient la potentialité d’être cumulées, postulats que les relativistes ne peuvent soutenir. Par ailleurs, j’invite le lecteur à prendre connaissance directement dans l’ouvrage des éléments qui peuvent composer un programme fort du relativisme que l’on trouve selon Raynaud (p. 27) chez des auteurs comme Bloor, Collins, Latour, Wooglar, Mulkay, etc. et qui ne seront pas développés ici.
Mais Sociologie de controverses scientifiques va au-delà du simple procès du relativisme et se révèle salutaire pour chaque recherche sociologique : nous pouvons rejeter les principes relativistes et cependant se sentir concerné par les fausses pistes qui conduisent à leur conclusion. Car comme il vient d’être dit, ces méprises ne découlent pas du programme relativiste mais ils l’engendrent.
D’une manière générale chaque chercheur en études4 sociales est conscient que la sélection des informations, constitutive de son travail d’analyse5, sera déterminante pour ses conclusions. Or s’il est évident pour le chercheur qu’il doit distinguer les différentes étapes de son travail, le lecteur, lui, va devoir fournir l’effort d’évaluer le poids de la méthode, de la théorie et des résultats6. C’est la confusion de ces trois éléments qui efface toute nuance des relations entre les objets de la recherche et qui pousse le lecteur à prêter la même définition à des termes comme déterminisme, influence, interrelation, congruence, correspondance, conditionnement, etc. La faiblesse d’une approche relativiste réside dans un certain nombre de confusions de ce genre qui tendent à contaminer la globalité du processus scientifique avec par exemple la notion de convention. Si l’on peut admettre qu’une méthode soit le résultat d’une convention, on ne peut affirmer que ce soit le cas de la théorie, et ainsi de suite. L’ouvrage abonde de précisions qui vont dans ce sens et qui mettent en évidence en amont l’erreur fondamentale en soi l’agrégation des savoirs, et qui contredit l’incommensurabilité des connaissances proposée par les relativistes.
4. C’est délibérément que je m’efforce de ne pas employer le terme de science pour les disciplines sociales ; position personnelle dont le développement n’a pas sa place ici.
5. Qui est à proprement parler l’opération de l’abstraction puisque l’action sociale n’a pas besoin de son explication pour exister puisqu’elle la précède.
6. Et dans le même ordre d’idées, c’est parfois à la charge du lecteur de faire la différence
qui consiste à inverser la direction de la causalité et à confondre la cause avec l’effet. L’ordre des occurrences est illustré par la notion de la règle (chapitre 5) et la distinction qu’il y a à faire entre le contenu d’une règle et son usage. Il en va de même avec les énoncés scientifiques : admettre que l’usage d’une théorie scientifique puisse être au cœur d’une lutte d’intérêts entre institutions par exemple, ne garantit pas que le contenu de la théorie soit déterminé par son usage social. Toutes les controverses choisies par D.
Raynaud démontrent l’indépendance entre les intérêts des actants et leurs énoncés scientifiques.
Pourquoi une telle confusion est-elle possible ? Parce que, et là nous touchons au noyau de cette controverse, la sociologie relativiste propose justement une version locale de la vérité. Alors qu’avec la vériconditionnalité, la sanction d’un énoncé scientifique réside dans la preuve de la correspondance entre le monde réel et la théorie, la version relativiste part du principe que la vérité n’est pas accessible et par conséquent déplace le poids de la preuve sur la correspondance entre la théorie et son usage. Autrement dit, sur la « théorie avec elle-même ». Cette conception de la vérité permet dès lors de placer sur le même plan les connaissances scientifiques, les croyances religieuses ou magiques, et les idéologies. Et ainsi de conclure également à la détermination des énoncés scientifiques par des éléments extrascientifiques.
Revenons, pour finir, sur la propriété qu’ont les controverses à s’inscrire sur l’échelle du temps. La science avance par tâtonnement, par réaménagement et reformule ses énoncés à la lumière de nouveaux résultats. Ce long processus qui est « le vecteur de l’activité critique » (p. 179) a pour fonction de confronter les hypothèses avec le réel soit en les corroborant et c’est le principe du vérificationnisme, soit en éliminant les hypothèses fausses, la falsification, ou encore en proposant des alternatives plus perfectionnées qui retreignent le champ des possibles et qui par conséquent sont perfectibles à leur tour. C’est dans cette dernière procédure que demeure le modèle incrémentaliste proposé par D. Raynaud et qui offre non seulement l’avantage de concilier le vérificationnisme avec le falsificationnisme tout en allant au delà, mais également pour ce qui nous concerne, celui de proposer un rôle à la sociologie dans l’étude de la science. En admettant le caractère perfectible des théories scientifiques, Raynaud montre qu’une théorie représente l’état du savoir d’un phénomène donné au stade indiqué. Les limites que rencontre le processus scientifique sont liées à l’état du contexte
social dans lequel l’activité a lieu : stade des connaissances, technologie, dynamisme des institutions, etc. Toute une organisation sociale surgit autour de l’activité scientifique et offre un impact observable pour le sociologue sur le climat de la productivité mais sans pour autant, et on le voit bien ici, déterminer l’énoncé scientifique.
Dominique RAYNAUD, Sociologie des controverses scientifiques, Paris, PUF, 2003.
L’autre mondialisation de Dominique WOLTON
par Alexis DEMBELE
Une question majeure traverse les 211 pages du livre de Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS et directeur de la revue Hermès : comment éviter que les déstabilisations et ravages provoqués par la mondialisation n’entraînent des replis communautaristes ou irrédentistes, des « chocs de civilisations » ? C’est dans cette perspective que l’auteur développe la thèse de la « cohabitation culturelle ». L’identité doit être valorisée dans sa dimension relationnelle et non comme un refuge. Loin de se réduire à la simple somme des communautés, la cohabitation culturelle doit être à la fois le ciment et l’objectif d’un projet politique et social commun. En d’autres termes, le contraire de l’atomisation néolibérale.
L’auteur invite à constater que trop d’information tue la communication. Il faut, dit-il, démystifier l’information. Selon lui, pendant de longues décennies, on a vu dans l’abondance des « nouvelles » et la complexité des techniques un facteur d’émancipation et même de progrès. Hélas, force est de reconnaître aujourd’hui que le monde n’en est pas plus compréhensible, que la communication ne se porte pas mieux. Pire, l’information peut même devenir un facteur d’incompréhension, voire une source de haine. Elle ne suffit plus à créer la communication. Transmettre n’est pas synonyme de communiquer. Pour Dominique Wolton, la clé de compréhension ici (ou l’obstacle majeur) reste la réception, donc les récepteurs. En rendant visibles les différences culturelles et les inégalités, l’information oblige à un
gigantesque effort de compréhension. C’est probablement l’une des ruptures les plus importantes du XXIe siècle. Certes, le monde est devenu un village global sur le plan technique. Les individus circulent, s’ouvrent au monde, participent à la modernité, à une sorte de « culture mondiale ». Et l’on comprend qu’un besoin de défendre une identité culturelle, linguistique, régionale se fait plus grand. La communication n’est plus naturellement dans les journaux, sur les ondes des radios et télévisions, ou avec les ordinateurs.
C’est le contenu et l’identité du porteur du contenu, donc la culture, qui finalement fait la communication. La philosophie politique de la communication doit intégrer cette nouvelle donne. Ce que l’auteur résume dans une magnifique formule : « Le monde est fini, mais la diversité des points de vue sur le monde (la culture) est infini ».
Ainsi, ce sont de vastes chantiers qui s’ouvrent pour demain. Il s’agira de faire ce que l’auteur appelle une « révolution mentale ». Qui consiste d’abord à accepter la spécificité des industries culturelles. Dont le problème principal n’est pas la production d’un nombre croissant d’informations mais la gestion des visions du monde. La régulation des industries culturelles permettrait de les sortir de la seule logique financière (cf. la concentration des multinationales de communication) et les obligerait à remplir une tâche majeure souvent oubliée : protéger et garantir la liberté de la communication.
En cela, elles appuieraient les nations pour gérer l’homogénéité sociale.
Ensuite, il s’agit d’encourager l’esprit critique en créant des connaissances et
« des attitudes qui permettent de se situer par rapport au monde contemporain ». Comparer est ici la condition de toute connaissance. C’est là aussi que les sciences sociales sont d’un grand secours. Pour elles, parler de culture, c’est parler de relation. Enfin, ce sont les journalistes, constituant le cœur des enjeux de l’information mondialisée, qui « ont le devoir d’expliquer de manière simple un monde de plus en plus compliqué ». Ils doivent être beaucoup plus conscients de la diversité culturelle.
Selon l’auteur, nous vivons aujourd’hui la troisième étape de la mondialisation. La première étape commença avec la création de l’ONU à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Elle a posé les conditions d’un ordre international basé sur le respect des nations, des cultures, des religions. Et ce, en vue d’organiser, démocratiquement et pacifiquement, la Communauté internationale. Puis vint la deuxième étape qui a débuté avec les Trente Glorieuses. Elle concernait principalement l’économie. Sa ligne de mire ? L’ouverture des frontières en vue d’étendre au monde entier l’économie de
marché et le modèle du libre-échange. Enfin, la troisième mondialisation, en plus d’être économique et politique, est culturelle. C’est « l’autre mondialisation ». Les conditions de son émergence doivent être pensées.
C’est pourquoi Dominique Wolton forge le concept de « cohabitation culturelle ». Ce paradigme permet de penser les relations de ce que l’auteur appelle « le triangle infernal » constitué de l’identité, de la culture et de la communication.
La cohabitation culturelle est donc à la fois une réalité à organiser au plan mondial, un enjeu politique afin d’éviter que la culture et la communication ne deviennent des facteurs supplémentaires de guerre, enfin un concept pour penser les contours et les contenus de la mondialisation. La cohabitation culturelle pour l’auteur est le troisième pilier de la mondialisation. Les deux autres étant la politique et l’économie. Construire le troisième pilier de la mondialisation, c’est tenir compte de la diversité dans tous les domaines.
« En réalité, la fin des distances géographiques révèle l’étendue des distances culturelles. » Le choix de la cohabitation culturelle balance entre (sur)-vivre ou périr. C’est l’alternative entre deux symboles. D’après Wolton, la cohabitation culturelle rend humaine le visage de la mondialisation de l’information. Et ce, parce qu’elle tient compte des récepteurs très variés et des espaces publics divers.
Comment gérer la cohabitation culturelle entre communautés ? Comment donner toute sa place à la dimension culturelle sans pour autant tomber dans le culturalisme ? Comment penser les rapports entre société, culture, communication et politique ? Les réponses à ces interrogations éclairent l’enjeu de « L’autre mondialisation ». Le directeur de Hermès indique cinq clés de gestion. Qui sont également cinq points de rupture.
Dans un premier temps, il s’agit de noter l’importance du couple culture- communication comme enjeu politique fondamental. C‚est le symétrique de la mondialisation économique. Une chose est sûre : il n’y a pas de communication interculturelle possible, ni de gestion de la diversité culturelle, sans projet politique (au sens d’organisation de la forme et des contenus). Si la politique échoue, c’est le culturalisme qui l’emporte.
Résumé : une cohabitation culturelle réussie signifie d’une part penser les relations difficiles entre identité, culture et communication ; et d’autre part, éviter l’écueil d’un faux cosmopolitanisme aggravé d’un identisme communautaire, à base ethnique ou culturelle. La deuxième rupture causée
par la cohabitation culturelle, c’est qu’elle nécessite trois actions : la régulation juridique au niveau national et international ; le renforcement des institutions internationales pour réguler la mondialisation ; enfin la prise en compte du triangle identité-culture-communication dans les relations internationales. Cela passe, dans les trois cas, par une revalorisation du rôle des Etats-nations, un peu rapidement disqualifié dans la phase d’expansion de la mondialisation économique où dominait l’idéologie de la déréglementation. Le troisième point consiste en une impossibilité de choix entre tradition et modernité dans la construction du troisième pilier. Pour l’auteur, tradition et modernité doivent toutes deux être conservées, préservées. Sans hiérarchie. « Aucune dimension ne peut être a priori exclue, d’autant que la tradition, dévalorisée pendant les cinquante dernières années, voit son rôle revenir pour contrebalancer l’idéologie de la vitesse et du déplacement ». S’ouvrir au monde demande d’y circuler. Donc d’user de plus de repères fournis par les traditions. Il en va de même pour le couple tradition-modernité qu’il faut compléter par l’appel à l’utopie. C’est-à-dire une forme d’universalisme qui s’appuie sur l’imaginaire pour rendre ainsi possible l’organisation pacifique de la cohabitation culturelle. Une quatrième rupture : le couple culture-communication. Il donne un statut théorique et valorise le concept de communication. En quelque sorte, les techniques sont mondiales ; leurs usages sont locaux. Autrement dit il n’existe pas de communication mondiale. Enfin, la cinquième position est une interrogation essentielle : comment organiser de manière pacifique et démocratique la question du rapport à l’autre ? En nommant et en identifiant, serait-on tenter de répondre laconiquement. En faisant sortir de l’anonymat. Il est plus facile de s’ouvrir à l’autre quand on se sent reconnu et stable.
Le livre de Dominique Wolton est précisément sorti au moment où le monde entier avait les yeux et les oreilles rivés sur les négociations de l’Organisation mondiale du commerce à Cancun (septembre 2003). On sait que de nombreux militants altermondialistes, comme à l’accoutumée, s’y étaient donné rendez-vous. Afin que les Etats et les entrepreneurs dans la mondialisation politique et économique tiennent aussi compte des facteurs sociaux, des richesses et des héritages culturels. En cela, Wolton trace un long sillon dans la réflexion et pose un regard qui invoque l’équilibre dans la vie mondialisée. Sa notion de cohabitation culturelle semble louable.
Cependant, le triangle infernal identité-culture-communication, qui devrait en être le levier, nous apparaît fragile sans une critique profonde de la volonté de domination et d’écrasement dans les relations Nord-Sud. L’autre
mondialisation, ne serait-ce pas aussi voir de la grandeur dans la lenteur, trouver de la richesse dans la non-possession, regarder l’autre tel qu’il est ? Car : « Apprendre à piloter la diversité culturelle sera demain la vraie richesse des sociétés. » Tout un programme.
Dominique WOLTON, L’autre mondialisation, Paris, Flammarion, 2003.
En quête d’Europe. Médias européens et médiatisation de l’Europe de Dominique Marchetti (sous la direction de)
par Armelle Bergé
En quête d’Europe est le fruit d’un programme de recherche collectif qui s’est attelé de manière concrète, par des enquêtes de terrain ou études de cas systématiques, à l’épineuse question de l’Europe au travers de différentes ponctions dans le champ des productions et institutions culturelles et médiatiques qui se revendiquent d’un regard tourné vers ce territoire. De l’analyse des circuits communicationnels qui construisent l’Europe en amont, à celle des productions médiatiques qui l’évoquent plus en aval, la diversité des angles, méthodes et échelles d’observation utilisée par les auteurs s’unifie autour d’une question centrale : comment ce territoire parvient ou non à exister en tant que tel, au cœur des systèmes médiatiques contemporains, sur un plan géographique, politique aussi bien que symbolique ?
L’ouvrage coordonné par Dominique Marchetti, dont les propos introductifs et conclusifs constituent une utile mise en perspective des différentes contributions propose un voyage dans l’Europe médiatique qui a le mérite de ne pas s’appuyer sur des catégories de pensées ou notions que l’on peut parfois trouver, dans certains travaux moins consciencieux, à l’état naturalisé. On ne parle pas ici d’« identité européenne », d’« européanisation », ou encore d’« espace public européen » sans précaution. La qualité et la rigueur de cet ouvrage est en effet soutenue par son constant soucis de remettre en question ces concepts flous chaque fois que l’analyse de la réalité observée y invite.
C’est en filigrane de chacune des trois parties qui composent ce recueil que le questionnement sur ces catégories se construit.
La notion d’espace européen est la première à être mise en jeu… et à imploser. Les cinq contributions rassemblées dans la première partie déconstruisent sa pertinence comme cadre d’analyse des médias européens et réarticulent le cadre de compréhension des phénomènes observés sur un espace complexe, en tension entre un cadre transnational plus vaste et des ancrages multiples dans des territoires plus spécifiés. Les études qui nourrissent cette première partie débouchent ainsi moins sur le constat d’une européanisation que d’une internationalisation des processus de production de l’information et décrivent plus généralement des phénomènes de transnationalisation. Les deux premiers chapitres, co-rédigés par Dominique Marchetti et respectivement, Olivier Baisnée et Eric Darras, sont très éclairants à cet égard. A partir d’une étude monographique sur le fonctionnement de la chaîne Euronews, les auteurs décrivent une situation où, dépendante à la fois des sources nationales des pays membres et des deux principales agences d’informations audiovisuelles mondiales pour son approvisionnement en images, la chaîne est soumise à une double tension entre un espace transnational qui la dépasse voire la menace d’écrasement, et des espaces de fragmentation qui rendent autrement problématique la construction de sa spécificité européenne. Ce qui conduit les deux analystes à écrire que « l’information au même titre que l’ensemble des produits culturels dits européens se construit en négatif, dans la résistance à la
“domination américaine” sur la production de l’information » (p. 39). La seconde étude prolonge cette réflexion, en s’interrogeant, un tout petit peu plus en amont, sur les conditions de production et de circulation des images d’actualité au sein de l’Union Européenne de Radio-Télévision (UER). Les auteurs étudient les bouleversements progressifs des modes de production de l’information au sein de cette institution, en les reliant aux évolutions récentes de la concurrence sur le marché de l’information télévisée et montrent ainsi à quel point le projet coopératif des télévisions européennes est aujourd’hui forcé de s’inscrire dans un espace de considérations très internationalisé, dont le cadre est en outre largement soumis à la prédominance des logiques économiques dans le champ de l’information.
Le troisième chapitre questionne l’espace européen sous un angle différent, en s’intéressant à la consommation des produits audiovisuels (fictions TV, cinéma, musique) sur le marché européen. Les données statistiques analysées par Eric Darras démontrent moins une « intégration des cultures européennes » qu’une homogénéisation de la consommation de produits culturels américains. Et si le potentiel d’attraction des productions
audiovisuelles nationales offre, en France notamment, une relative résistance à l’américanisation de l’espace public audiovisuel européen, la consommation sur les marchés nationaux de productions européennes demeure souvent marginale. Le tableau dressé en entrée est articulé dans un deuxième mouvement à l’analyse des limites à la constitution de groupes médiatiques qui seraient plus européens que nationaux ou internationaux.
Les conditions d’émergence d’un espace culturel porteur d’une spécificité européenne semblent aujourd’hui limitées, dès lors que les groupes historiquement enracinés dans leurs territoires nationaux sont aujourd’hui confrontés à une américanisation accrue tandis que des résistances étatiques à la constitution de médias proprement européens perdurent.
Le programme le plus emblématique de l’intégration de cultures européennes que constitue le bientôt cinquantenaire Concours de l’Eurovision de la chanson semble lui aussi pris dans un processus croissant d’homogénéisation. C’est en tout cas la conclusion vers laquelle pointent Philippe Le Guern et Dafna Lemish, au chapitre suivant. Tirant de l’analyse des caractéristiques des chansons présentées au concours le constat d’une conformation de plus en plus grande aux standards de la variété internationale (avec notamment l’emprise croissante de la langue anglaise) les auteurs s’attachent dans la seconde partie de leur article à mettre en lumière les conditions structurelles liées à l’organisation du Concours elle- même (notamment le système de vote) qui peuvent fournir une explication non simpliste au phénomène identifié d’hésitation entre « sentiment national et culture globale » qu’évoque le titre.
Le chapitre qui clôt cette section adopte un angle d’entrée original, en observant à la source de la chaîne de production de l’information, le rôle et les interactions réciproques des ONG et des institutions européennes dans le cadre de campagnes destinées à mobiliser l’opinion publique. Sylvie Ollitrault y montre l’importance et la particularité du jeu entre différents territoires (nationaux, européen, mondial) dans la construction de phénomènes médiatiques transnationaux. Sur ce terrain un peu à part, les différentes échelles territoriales impliquées apparaissent moins fortement dans un rapport d’opposition que dans les exemples précédents. Dans le champ des mobilisations politiques environnementales ou humanitaires, les acteurs transnationaux étudiés ici semblent en effet s’inscrire davantage dans le registre du partenariat, même si l’enjeu pour chacun de garantir son indépendance demeure très fort.
La deuxième section de l’ouvrage approfondit les thématiques de « l’espace public européen » et de « l’identité européenne » à partir d’études inversant la démarche d’enquête : ici, c’est à partir de territoires infraeuropéens que les chercheurs s’attachent à comprendre comment l’Europe est construite médiatiquement. Ainsi, après avoir constaté dans la première partie de l’ouvrage l’influence de logiques transnationales irréductibles à un espace proprement européen, les articles rassemblés ici mettent clairement en évidence l’influence des cadres nationaux (champs journalistiques, univers de réception) dans la construction médiatique de l’Europe.
Le travail d’Olivier Baisnée sur le « microcosme » des journalistes accrédités à Bruxelles fournit une première illustration saillante de ce phénomène. L’analyse des principes d’organisation de cette communauté professionnelle révèle une forte structuration par groupes nationaux de journalistes qui va à l’encontre de l’idée d’un « eurojournalisme » unifié ou en voie de l’être. La perspective comparative adoptée par l’auteur met en outre au jour de grandes différences dans les manières de rendre compte de l’actualité politique de l’UE entre journalistes français et britanniques. Plus spécifiquement, l’auteur constate une évolution récente du « journalisme communautaire » français qui passe, à la faveur d’un renouvellement générationnel partiel, d’une couverture technicienne et institutionnelle de l’actualité bruxelloise à une couverture plus politique, faisant écho à l’émergence dans le champ médiatique hexagonal d’un journalisme politique d’investigation. L’étude symétrique du corps de presse britannique montre à son tour l’empreinte des traditions journalistiques d’outre-Manche sur la manière dont est produite l’information européenne en provenance de la capitale belge : passée au filtre de la politique intérieure, et publiée dans les pages qui lui sont consacrées au sein d’une presse quotidienne traditionnellement structurée en fonction de clivages politiques, l’information européenne apparaît en quelque sorte comme « nationalisée » et son traitement renvoie également à la ligne éditoriale propre des journaux.
En écho à cet article peut être placé celui de Jean Chalaby, qui évoque l’importance du cadre national de réception – i.e. les caractéristiques et attentes (réelles ou supposées) de l’audience autant que l’état de la concurrence sur le marché audiovisuel – autour du cas de la création d’une déclinaison britannique de la chaîne d’information sportive Eurosport : British Eurosport, qui rend compte de l’actualité sportive internationale « à partir d’une perspective anglaise » (p. 239). D’après l’auteur, l’adaptation de
la marque et de la programmation de la chaîne paneuropéenne témoigne à la fois de l’intégration économique des médias européens et de la persistance de grilles de lecture nationales, irréductibles les unes aux autres, et ce dans un domaine aussi internationalisé que le sport.
Enfin, les deux contributions centrales de cette partie, questionnent à partir d’une analyse nourrie du contenu et des méthodes discursives employées, la façon dont l’Europe a été « imaginée » et le lecteur européen « inventé » par l’hebdomadaire d’information L’Européen d’une part, et la revue de presse européenne de France Inter d’autre part. Ces deux chapitres très riches font ressortir l’extrême complexité de l’entreprise dans laquelle se sont lancée ceux qui ont porté ces projets médiatiques originaux, qui ont d’ailleurs connu des succès fort différents. Erik Neveu montre ainsi comment
« l’européanité » au cœur du projet éditorial du magazine est une réalité impalpable, un « signifié mou, doté de la paradoxale propriété de chercher à valoriser un “nous” sans véritablement définir un “eux” extérieur au monde communautaire » (p. 186). La démarche pourtant volontariste et à bien des égards novatrice de l’équipe rédactionnelle semble s’être heurtée au cumul des déficits de l’Europe (symbolique, démocratique, identitaire) dans la construction journalistique qu’elle cherchait à en faire. Les orientations éditoriales du titre, entre un perspectivisme supranational peu attractif et souvent abstrait (le marché, les institutions) et un comparatisme culturel et social peinant à dépasser les stéréotypes pour capturer sous les traits de la diversité un principe d’articulation capable de donner chair à l’idée européenne, ne sont pas parvenues à trouver un lectorat suffisamment large sur ce segment de la presse-écrite dont, par certaines implications de ses choix, L’Européen a, par ailleurs, bousculé certaines conventions.
S’intéressant à la revue de presse européenne d’Alex Taylor diffusée sur France Inter à la charnière des années 2000, Christian Le Bart souligne quant à lui « le coup de force discursif » réalisé par le journaliste, qui parvient à fabriquer « un lieu virtuel d’énonciation européen » à destination d’un
« lecteur sociologiquement improbable ». L’auteur analyse cet étrange dispositif d’énonciation à différents niveaux, en s’intéressant à la fois, à son public potentiel, aux transformations que subissent les locuteurs initiaux, et aux caractéristiques des énoncés mobilisés. Si la matière première discursive sélectionnée et manipulée par Alex Taylor est une fois encore très marquée par les références nationales, au fil de l’analyse, le jeu des territoires apparaît dans une relation dialectique inextricable.
Dans une brève dernière partie, l’ouvrage descend encore d’un cran dans l’échelle des territoires infraeuropéens, pour questionner l’Europe à partir des régions et des terroirs. Roselyne Ringoot et Jean-Michel Utard livrent ici une analyse comparée du traitement de l’actualité européenne dans le journal Ouest France et dans Les dernières nouvelles d’Alsace à l’occasion des élections européennes de 1999, tandis que l’opus final, rédigé par Pierre Leroux et Philippe Teillet, présente une réflexion originale sur « l’Europe en creux » que dessinerait la montée en puissance depuis le milieu des années 1980 de contenus télévisuels valorisant la diversité des terroirs ou jouant sur un registre de proximité. Bien que les auteurs s’appuient en particulier sur l’exemple du journal de 13h de TF1 qui exprime cette tendance de façon caractéristique, on ne trouvera pas ici à proprement parler une analyse de contenu, mais au détour d’une réflexion sur la pertinence des lectures politiques des médias, ce chapitre offre une perspective intéressante sur une manière de chercher l’Europe là où a priori elle ne se trouve pas.
De ce voyage à la recherche de l’Europe médiatique, le lecteur reviendra sans doute repu et enrichi. Malgré tout, s’il y avait une réclamation à faire au commandant de bord, ce serait sans doute qu’au terme de ce parcours riche d’escales variées, la boucle ne soit pas totalement bouclée : face au foisonnement d’éclairages sur la manière dont l’information européenne est produite à différentes échelles, le silence des premiers concernés, les Européens, lecteurs, téléspectateurs, auditeurs et citoyens de ce territoire en construction perpétuelle, ne résonne que plus fort. Il ne reste alors plus qu’à espérer que les auteurs, ou d’autres, convient les lecteurs alléchés par ce premier opus à un second voyage, qui les conduirait cette fois davantage vers les côtes escarpées de la réception médiatique en Europe.
Dominique MARCHETTI (sous la direction de) En quête d’Europe. Médias européens et médiatisation de l’Europe., sous la direction de Dominique Marchetti, Presses Universitaires de Rennes, 2004, 301 pages.
La géopolitique de l’internet de Solveig GODELUCK
par Pascal FARAH
L’augmentation de la vente d’ordinateurs et la révolution micro- informatique, associées au bas prix de la connexion au réseau internet offert par les entreprises privées, ont permis aux internautes d’accéder facilement aux services en lignes, et a provoqué à partir de 1988 un doublement annuel des usagers.
Avec cette évolution, la géographie des territoires ne peut plus être considérée de façon traditionnelle. Les frontières des Etats-nations se voient virtuellement abattues par une manière inédite de concevoir l’espace, ce dernier étant reconfiguré par la possibilité nouvelle d’accéder à plusieurs données, dans n’importe quel pays du monde, depuis chez-soi et à n’importe quel moment. Par conséquent, la communication et les relations entre les individus ont subi une mutation radicale dans ces dernières années, mais cette transformation est loin d’être homogène. Elle a concerné surtout l’Amérique et les pays occidentaux en défaveur de ceux qui n’ont pas pu s’adapter et bénéficier des avantages qu’offre la vie en ligne. La digitalisation a donc crée une fracture numérique, un fossé entre les pays riches et les plus pauvres en accentuant encore plus cette différence.
Le développement des réseaux internet tourne autour d’une seule Nation : l’Amérique, qui est le plus grand producteur de Net-services. Les grands monopoles comme Microsoft et IBM en sont un exemple. La mondialisation des américains est en marche et la plupart des sites web sont les « .com » en langue anglaise mais aussi les plus grands serveurs sont mondialisés (voir Yahoo, Google, etc.). Il y a une sorte d’émulation qui porte la population à passer de consommateur à producteur d’informations.
Les instruments qui permettent de « vivre » virtuellement, notamment le réseau internet, ont perdu leur capacité décentralisatrice en faveur des grands monopoles américains. Ce nouveau espace a généré une géopolitique sans précédents où les dangers, les conflits et les guerres ont des caractéristiques absolument nouvelles. Des régulateurs cherchent à créer des codes qui deviennent les lois des internautes, mais encore une fois ce sont les grandes
entreprises américaines qui dictent les droits. L’accent est mis constamment sur les marchands et leurs actions.
Par contre, du point de vue de la communication, la décentralisation existe par le fait qu’il est possible de communiquer, d’interagir en absence de l’interlocuteur (avec l’e-mail), de s’adresser à plusieurs personnes à la fois (liste de diffusion), de parler en même temps avec les autres (salon de discussion), de se réunir (forum) et ouvrir les débats (weblogs). C’est dimension horizontale de la connectivité est inédite. En effet, les moyens classiques de communication, comme la télévision et la radio, offrent une très faible interaction avec les autres utilisateurs. Le téléphone aussi parce qu’il limite la conversation entre deux personnes. L’informatique offre donc une communication asynchronique de plusieurs émetteurs vers plusieurs récepteurs, et ceci à bas prix.
La diffusion de la communication médiatique a crée ce que Godeluck appelle le technopouvoir. Cette notion, introduite par l’auteur, est importante et pertinente parce qu’elle dénote une redéfinition des rapports de pouvoir entre ceux qui produisent et ceux qui utilisent la technologie : il en ressort une sorte de passivité du consommateur envers les modalités d’utilisation de la technologie. Au lieu de les choisir, il subit les décisions des grandes entreprises et le choix devient donc celui de suivre les règles du marché de l’informatique, qui est prédéterminé par les grands producteurs de technologie.
Selon le sociologue Tim Jordan, le technopouvoir est quand même préexistant à la naissance de l’internet et il existe aussi en dehors de ce domaine (par exemple dans l’architecture). Il le définit comme « l’oscillation constante ressentie par les utilisateurs de la technologie entre la technologie en tant que “chose” inerte, asociale, et sa manipulation en fonction de
“valeurs” incarnées et sociales7 ». Le technopouvoir est une sorte de spirale : ceux qui ne font pas partie de l’élite dans le cyberespace et veulent en devenir « membre » utilisent les technologies des grandes entreprises en ligne en favorisant encore plus leur pouvoir. La vie social en ligne est donc réglée par le technopouvoir des privés.
La naissance du commerce électronique (e-commerce) est bien soulignée par l’auteur du livre qui le considère comme étant le responsable de l’évolution
7. Jordan Tim, Cyberpower. The Culture and Politics of Cyberspace and the Internet,
de l’internet. L’accent est mis surtout sur les aspects économiques et il en présente de manière assez exhaustive les différentes données techniques. Les conséquences sociales de la diffusion du Net sont présentées seulement marginalement. Le sens sociologique de ce qui est présenté est laissé au lecteur, ce qui fait que dans certains passages l’ambiguïté prédomine et plusieurs interprétations sont possibles. Par exemple, au moment où il parle de la fracture numérique (de façon trop superficielle et rapide vu que ce phénomène est dû surtout à l’internet et est en relation avec la notion de géopolitique liée au virtuel, qui est le sujet principal du livre), seul son existence est soulignée mais les conséquences réelles ou possibles pour l’avenir sont laissées à l’imagination du lecteur.
Un aspect que l’auteur met en évidence en faisant une distinction entre propriété intellectuelle et privacy est la question de la protection des données personnelles. La sécurité est largement traitée dans le livre et paraît être un des points d’interrogation sur lequel il apporte beaucoup d’explications techniques mais peu de réflexions sociologiques.
Pour Godeluck, le réseau donne à ses usagers une immense liberté de créativité ainsi que la possibilité de partager. Cela signifie que la création du sens est assez libre : l’internaute, à travers l’internet, peut s’exprimer de manière quasi totalement libre et a la possibilité d’interpréter, de créer, de concevoir, d’imaginer, etc., d’une façon absolument libre et personnelle. La difficulté est liée à la grandeur du Net qui fait d’une idée ou d’une pensée un petit point parmi une multitude toujours croissante de concepts : c’est le problème de la visibilité dans le monde internet.
Les avantages offerts par l’internet sont multiples : facilité d’utilisation, possibilité de rechercher les informations de n’importe quelle nature, communication virtuelle avec les autres utilisateurs, etc. Si les potentialités sont nombreuses, les difficultés ne manquent pas, notamment les différences économiques et techniques qui marquent la possibilité d’accès aux réseaux.
Bien que l’ouvrage de Godeluck montre bien les avantages et l’évolution du Net et donne une idée assez complète de la modernité de la vie contemporaine, des nouveautés et des possibilités dont peut bénéficier l’individu, il délaisse les conséquences sociologiques d’une telle évolution.
Solveig GODELUCK, La géopolitique de l’internet, Paris, La Découverte, 2002.