C OMPOSITIO M ATHEMATICA
G EORGES A LEXITS
La torsion des espaces distanciés
Compositio Mathematica, tome 6 (1939), p. 471-477
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par
Georges
AlexitsBudapest
Dans la
géométrie classique,
on étudie lespropriétés
localesdes
figures
parl’application
de méthodes infinitésimales à lareprésentation paramétrique
de lafigure
considérée. Cetteméthode, heuristique peut-être,
recherchedonc,
à vraidire, plutôt
lespropriétés
de lareprésentation paramétrique
que celles de lafigure géométrique proprement
dite. Orl’esprit géométrique
considère une
figure
comme un espace déterminé par sespoints
et par sa
métrique particulière.
Il faudrait doncrechercher,
outre les
propriétés
infinitésimales desreprésentations analy- tiques,
lespropriétés
locales de lamétrique intrinsèque
desfigures
considérées comme espaces distanciés. On se
dégagerait
ainsi desliens de la
représentation
par l’intermédiaire des coordonnées et il semble que, parcela,
lagéométrie
infinitésimale étalerait desaspects
nouveaux, de même que lespoints
de vue de la théoriedes fonctions ont
changé
successivement sous l’influence crois- sante de la théorie des ensembles depoints.
M.
Menger ’-),
convaincu de la nécessité d’une étude appro- fondie despropriétés métriques
locales des espacesdistanciés,
a établi
l’équivalent métrique
de la notion de courbure des arcs.Plus
tard,
M.Wald 2)
a même réussi à définir la courbure super- ficielle d’un espace distancié et àéclaircir,
par cettevoie,
lanotion
gaussienne
de surface.Malgré
ces résultatsfondamentaux,
le
problème
de définir une notionmétrique correspondant
à lanotion
classique
de la torsion des arcs n’a pas encore été résolu.Pour faire
disparaître
cette lacune de lathéorie,
nous allonsdéfinir,
dans cequi suit,
la torsion des espacesdistanciés,
en neconsidérant que les distances mutuelles des
points
del’espace.
1) K. MENGER, Untersuchungen über allgemeine Vletr ik IV [Math. Ann. 103 (1930), 466-501].
2) A. WALD, Begründung einer koordinatenlosen Differentialgeometrie der
Flâchen [Ergebn. Math. Koll. Wien 7 (1936), 24-46].
472
Notre notion
métrique
de torsion est par suite unepropriété intrinsèque
de lafigure considérée;
elle nedépend
donc pas de la nature del’espace
danslequel
lafigure
estplongée
etn’exige point
l’introduction des coordonnées. On verra aussi que cette notionmétrique
de torsionéquivaut,
pour les arcs étudiés dans lagéométrie infinitésimale,
à la notionclassique
de la torsion.1.
Définition
de la torsion des espaces distanciés.On
appelle
espace distancié un ensemble E tel que, à toutcouple
p, q de sesélements,
soit attaché un nombre pq satisfaisantaux conditions suivantes
3):
Les éléments de E
s’appellent points
del’espace E
et le nombrepq la distance des
points
p et q.Envisageons
lespoints
pl, P2’...’ Pn de E et posons pourabréger
Etant donné un
quadruplet
depoints
pl, p2, P3, P4 deE,
nouslui attribuons un sens de parcours, par
exemple
Pl-->P2->P3-->P4’Supposons
queD(Pl’
p2,P3)
# 0 etD(P2’
P3,P4) =1=-
0;alors,
nousappellerons
le nombrela torsion des
points
pl, P2, P3, P4correspondant
au sens de parcours Pl---->’P2---’>P3--->P4- Grâce à lareprésentation héronienne
on
obtient,
en vertu del’inégalité triangulaire:
Par
conséquent,
siquatre points possèdent
une torsion correspon- dant à un certain sens de parcours, cette torsion esttoujours >
0.Soit maintenant p un
point
d’accumulation del’espace
E etconsidérons la torsion
7:(p,
q; ri,r2)
pour toutquadruplet
depoints
3) M. FRÉCHET, Sur quelques points du calcul fonctionnel [Rend. Circ. Mat.
Palermo 22 (1906), 1-’/4].
p, q, ri, r, de E et pour tout sens de parcours de ces
quadruplets
pour
lesquels r(p,
q ; rl,r2 )
existe. Si la limiteexiste,
nousl’appellerons
la torsion del’espace
distancié E en sonpoint
p. On a évidemment-c (p) >
0 en toutpoint
p de E où la torsion7:(p)
existe.2. La
signi fication géométrique
de la torsioni(p)
dans lesespaces euclidiens.
Pour établir la
signification géométrique
dei(p)
dansl’espace
euclidien
En
à ndimensions, désignons
par T le tétraèdreayant
pour sommets lespoints
p, q, rl, r2 deEn.
Soit V le volume deT,Ai
l’aire dutriangle
déterminé par lespoints
p, rl, r2 etA 2 l’aire
du
triangle ayant
q, rl, r2 pour sommets. Soit encoreSPf’ 1 r 2
leplan
déterminé par les
points
p, rl,r2 et Sqr r le plan passant
par lespoints
q, rl, r2.Désignons
par lesymbole PQ l’angle
dièdre desplans
P etQ.
La formule suivante de lagéométrie
élémentaire est bien connue:Dans les espaces
euclidiens,
les déterminantsfigurant
dans ladéfinition de la torsion de
quatre points
ont un sensgéométrique
élémentaire:
On obtient
donc,
encomparant
les relations(1)
et(3):
On constate, en même
temps,
que, dans les espaceseuclidiens,
lacondition nécessaire et suffisante pour l’existence de la torsion
T(p, q; Tl’ T2)
est:AI::j=. 0, A2 *- 0;
c’est à dire que troispoints
consécutifs du
quadruplet
ordonné p, r1, r2l q ne soient pas situéssur une droite.
Envisageons
le cas où lespoints
p, q, rl, T2 sont situés sur un arcC,
le mot"arc" désignant
uneimage homéomorphe
d’unsegment. Si ri
et r2convergent
sur Cindépendamment
vers le474
point
p, alorsSpr 1 r 2
converge vers leplan
osculateur4) 5p
deC,
pourvu que ce
plan
osculateur existe aupoint
p. Demême,
siC
possède
unetangente
aupoint
p, leplan Sqr 1 r 2
converge versle
plan Spq
contenant lepoint q
et latangente
de Cprise
aupoint
p. Parconséquent,
si la torsion de l’arc Cexiste,
ils’ensuit, d’après (2)
et(4):
On voit donc que la torsion
-r(p) exprime
unepropriété géomé- trique
bien intuitive concernant la structure des arcs euclidiens.3. La torsion des arcs
représentés
par l’intermédiaire desfonctions
d’un
paramètre.
Soit C un arc situé dans
l’espace E3
etreprésenté
par la fonction vectoriellep - =
p(s)
où
p(s) désigne
un vecteur dont lescomposantes
sont des fonctions continues de lalongueur
d’arc s que nous choisissons pour para- mètre.Désignons
par q lepoint
défini par la valeurp(s+4s)
de la fonction
p(s)
et part ( p )
la torsionclassique
de l’arcp(s)
au
point
p. Nous allonsjustifier l’emploi
du mot"torsion"
pourle
nombre r(p)
et nousdémontrerons,
à cettefin,
le théorème suivant:Si les trois
premières
dérivées de lafonction p(s)
sontfinies
aupoint
s, alorsSoient,
eneffet, p’, p", p"’
les troispremières
dérivées de la fonctionp (s)
et posonsL1p
=p(s+L1s) - p (s ),
donc4) Il faut remarquer, pour éviter tout malentendu, que l’expression de plan
osculateur de C signifie toujours la limite des plans passant par p et deux autres
points de C tendant vers p. Nous utilisons donc la notion de plan osculateur
même pour les arcs qui ne sont pas donnés par une représentation paramétrique.
Par suite, nous ne supposons pas que les arcs ayant un plan osculateur soient
assujettis à certaines conditions de dérivabilité. La même remarque se rapporte aussi à la notion de la tangente.
où lim E = o. Le
plan Spq contient,
pardéfinition,
les vecteursJ&->o
p’
etL1p;
le vecteur v de sa normale est doncorthogonal
auxvecteurs
p’
etL1p;
parconséquent 5)
Il en
résulte, d’après (6):
Le vecteur w =
[ p’ . p"]
étantorthogonal
auplan
osculateurSp, l’angle
des vecteurs v et w estégal
àl’angle
dièdreSpSpqe
On obtient
donc,
en vertu de(7):
Vu que
Les conditions de dérivabilité
inlposées
à la fonctionp(s)
en-traînent la relation
on obtient
donc,
encomparant
les relations(5)
et(8),
ce résultat:5) Nous désignons, comme d’habitude, par [a. b] le produit vectoriel et par
ab le produit scalaire des vecteurs a et b.
6) Je tiens l’idée de cette démonstration vectorielle simple de la relation (8)
de M. Hittrich. Une autre démonstration vectorielle un peu plus longue m’a été communiquée par M. Szmodics.
476
4. La torsion des arcs
plans.
En combinant le théorème
précédent
avec un résultatclassique,
on obtient immédiatement ce corollaire: Etant
donné,
dansl’espace E3,
un arc nonrectiligne
Creprésentable
sous la formep =
p(s)
où les troispremières
dérivées dep(s)
sontpartout continues,
la condition nécessaire etsuffisante,
pour que C soitplan,
estr(p) -
0 en toutpoint p
de C. Mais ce résultat n’estpoint satisfaisant,
parcequ’il
contient une condition de dériva- bilité. Pourparvenir
à une caractérisationplus
satisfaisante desarcs
plans,
il faudrait résoudre ceproblème:
Etant donné un arc non
rectiligne
arbitraire C situé dansl’espace En’
est-il vrai que la condition nécessaire etsuffisante,
pour que C soit
plan est -r(p)
= 0 en toutpoint
p de C?La solution de ce
problème
meparaît
êtreaffirmative;
mais il faut remarquer que, même si elle l’était eneffet,
on nepourrait
pas
supprimer
la condition que C soit situé dans un espace euclidien. Pour s’enconvaincre,
il suffit de construire un arcnon-euclidien
ayant
en toutpoint
une torsion nulle. Nous allons construire un arc Cayant
lespropriétés
suivantes: 1. T outpoint
de C a un
voisinage isométrique
avec un arcplan analytique;
2.
7:(p)
= 0 en toutpoint
p deC;
3. C n’estisométrique
avec aucunensemble
plan.
Envisageons l’espace
C dont lespoints
sontidentiques
avecles
points
du demi-cercle X2-E- y2 = 1, y
> 0 et définissons la distance pq despoints
p =(xi, y1), q
=(x2, Y2)
de C commeil suit:
C est évidemment un espace distancié
homéomorphe
avec le demi-cercle x2 +
y2
=1, y >0;
parconséquent
C est un arc. Deplus,
toutvoisinage
de diamètre2
d’unpoint
arbitraire de3
C est
isométrique
avec un sous-arc de ce demi-cercle. On obtientdonc,
pourquatre points
différents p, q, r1 r2compris
dans un2
voisinage
de diamètre3
Il en
résulte, d’après
la relation(1):
par
conséquent:
en tout
point
p de C. Etpourtant C
n’estisométrique
avec aucunensemble
plan. Envisageons,
eneffet,
lesquatre points p1= (20131,0)
de la
distance
pq dansl’espace
C prouve queOr,
dans leplan,
il n’existe pasquatre points
dont toutes les sixdistances seraient
égales;
C n’est doncisométrique
avec aucunensemble
plan.
REMARQUE SUPPLEMENTAIRE i).
M. Egervàry a attiré mon attention sur une définition de torsion due à Darboux
[Leçons sur la théorie générale des surfaces, vol. IV (1896), 426] ; définition qui se prête à une généralisation immédiate aux espaces distanciés. Il faut aussi remarquer
qu’une démonstration semblable à la démonstration du No. 3 a été donnée récemment par M. R. Sauer [Monatsh. Math. Phys. 45 (1937), 358-365 ].
Quant au problème posé au No. 4, on peut procédér comme il suit: Appelons
torsion de deuxième espèce le nombre
où pi, P2’ P31 P4 sont quatre points d’un arc C pris dans leur ordre naturel imposé
par le sens de parcours positif de C. On peut démontrer ce théorème: La condition nécessaire et suffisante, pour que l’arc euclidien rectifiable C soit plan, est ri i(p) = 0
en to2ct point p de C.
La nécessité de cette condition est évidente, il ne faut donc démontrer que sa suffisance. Voici la marche de la démonstration. Soient p, q deux points arbitraires de C. Intercalons les points P = p0, p1,..., p,.,+3 = q ainsi que pipi+1 = pjpj+l pour tout i,.i =- 0, 1, ..., n + 2. On démontre aisément que la relation Tu (p) = 0
pour tout point p entraîne ’t’(Pi, Pi+3; Pi+l’ pi+2) e, i = 0, 1, ..., n, quelque petit que soit c > 0, pourvu que n soit assez grand. On en tire d’après (4):
Désignons par a la longeur finie de C, alors E PiPi+3 3Â, par conséquent
On en tire que l’angle dièdre des plans oseulateurs Sp, S,, est nulle, c’est à
dire: tous les plans osculateurs dg G sont parallèles c q f d.
(Reçu le 21 janvier 1939.’
1) Faite dans les épreuves le 24 mars ,1939