M
E. C OUMET
Logique, mathématiques, et langage dans l’œuvre de G. Boole - I
Mathématiques et sciences humaines, tome 15 (1966), p. 1-14
<http://www.numdam.org/item?id=MSH_1966__15__1_0>
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LOGIQUE, MATHEMATIQUES, ET LANGAGE dans l’oeuvre de G. BOOLE - I
E. COUMET
- A -
L’H.sto.re
joue parfois
de curieuxtours-,
auxcréateurs.
Ilspeuvent
deve-nir
célèbre,
enquelque
sorte parricochet,
pour unrésultat qui
n’aété tiré qu’indirectement de
leurs oeuvres. Le malentendu vamême parfois
si loinqu’un
tel
résultat empêche qu’on s’intéresse
vraiment àl’oeuvre,
ypuisqu’on
serainévi- tablement déçu
den’y
rencontrer que sous une forme tout à fait insolite desidées familières.
Boole estcélèbre,
y si c’estêtre célèbre
de voir son nomattaché
àdes
Algèbres,
etdérivé
enadjectifs (booléen, booléen, ...).
Mais onpeut
dou-ter que son oeuvre soit très
prati.quée. Le
lecteurmoderne,
i ~s’ il n’est pasdéjà
rebuté
par lesréférences
à lascolastique
ou lesdéveloppements philosophiques,
°aura la
pénible surprise d’y
trouver unlangage mathématique
d’un autreâge,
mislui
même,
y parmoments,
au serviced’entreprises
contestables. Pour peuqu’on
sa-che aussi de lui
qu’ il
est un des fondateurs de lalogique moderne,
onl’imagine
volontiers comme un
logicien qui
a eu la bonne fortune dedécouvrir
une nouvelle structuremathématique.
Enfait,
ils’agit,
àl’inverse,
y d’unmathématicien qui
a voulu doter la
logique
de savéritable
structure formelle. Ce que cette der-nière
devintlorsque
lesmathématiciens
revinrentplus
tard y chercher leurbien,
Boole ne l’avait certainement pas
prévu..
Il nesongeait nullement
y en cedomaine
à faire progresser les
mathématiques,
mais à fonder uneétude scientifique
deslois de la
pensée.
..Mathématicien,
Boole(1815-1864)
le fut deprofession,
Antodidactequi
con-naissait
plusieurs langues,
y il futprofesseur
demathématiques,
ypublia
de nom-breux articles et deux ouvrages
importants (1 ) .
Trèsjeune,
y il avait eul’idée
que les formules
algébriques pouvaient être utilisées
pourexprimer
les relationslogiques.
Labruyante querelle
entre W. Hamilton(le logicien,
non lemathémati-
cien du même
nom)
et deMorgan
sur laquantification
duprédicat,
y lui donna l’oc- casion depublier
sespremières
recherches dans The Ma,thematicalAnalysis
of,
Logic (2)
en1847.
Puis ilmédita longuement
pourapprofondir
la nouvelle disci-pline qu’il
venait defonder,
y etprit
soin de s’informer sur ]aphilosophie
du(1)
freatise onD~ f fe~ent~ t
équations(1859);
f~reatise on the Calculus of FiniteDifferences (1860).
(2)
Que nous citons dans la réédition donnée à Oxford, en 1951(Bas i l, Blackwel 1) ,
et que nous dési-gérons à l’occasion par les lettres M-A-L. Cet ouvrage est également accessible dans le re-
. cuei l de textes de Boole intitulé Studzes in
Logic
andProbability,
London, Watts Co., 1953,pp. 45-124.-
langage
et des fondement de lalogique.
Le fruit de celong
tra,vail fut un ou-vrage
beaucoup palus volumineux, où
Booleélevait
au calcul desprobabilités
lebénéfice
desa’méthode
etqui parut en 1854: An Investigation
of the Laws ofThought,
on which are foundedthe
Mathematical Théories ofLogic
and Probabi-lities (1 ).
Est-ceprécisément
pour avoirtrop philosophé
que Boole doit la sortede disgrâce
où sont tenues ses oeuvres?(2)
Des
hommages,
a il enreçoit, certes,
si l’oncompte
pour tels ceux que lui rendent distraitement les usagers desAlgèbres
de Boole.Hommage plus motivé,
celui de Bourbaki
résume bien,
dans sabrièveté,
cequ’un
moderne retiendra d’es-seî-itiel dans son oeuvre. D’une
part ~
Boole est de ceuxqui,
au XIXesiècle,
y ontsenti que les
mathématiques
devaient franchir les limites que leurassignait
unedéfinition trop étroite,
etqu’elles pouvaient
s’accorder le droit de raisonnersur des
objets qui
n’ont aucune"interprétation"
sensible(3):
"Il n’est pas de l’essence de lamathématique
des’occuper
desidées
de nombre et dequantité" (4) ;
et il avait clairement aperçu
qu’en s’élargissante
laméthode axiomatique révé-
lait ce que sont dans leur
essenc~e ~
y lesmathématiques: l’étude
des relations en-tre des
objets qui
ne sontplus
connus etdécrits
que par celles de leurs pro-priétés
que l’on met à la base de leurthéorie (5).
En secondlieu,
Boole "doitêtre considéré
comme levéritable créateur
de lalogique symbolique moderne*.
Sonidée maîtresse
consiste à seplacer systématiquement
aupoint
de vue de 1"’exten-- sion",
donc à calculer directement sur lesensembles,
ennotant x y l’intersection
deux
ensembles,
et x ~- y leurréunion lorsque x
et y n’ont pasd’élément
commun.Il introduit en outre un "univers"
noté
1(ensemble
de tous lesobjets)
et l’en-semble vide noté
0,
et ilécrit
1 - x lecomplémentaire
de x. Comme l’avait faitLeibniz,
ilinterprète
la relation d’inclusion par la relation x y = x(d’où
il ,tire sans
peine
lajustification
desrègles
dusyllogisme classique)
et ses nota-tions pour la
réunion
et lecomplémentaire
donnent à sonsystème
unesouplesse qui
avait
manqué
à ses devanciers. Enoutre ~
en associant à touteproposition
l’ensem-ble des "cas"
où
elle estVérifiée,
ilinterprète,
la relationd’implication
commeune
inclusion,
et son calcul des ensembles lui donne de cettefaçon
lesrègles
du"calcul
propositionnel" (6).
Cette double mise en
perspective
sejustifie
d’autant mieuxqu’elle répond
tout à fait à la conscience
qu’avait
Boolelui-même
de sa propre situation àl’égard
desmathématiques
et de lalogique.
Ilsavait~
et il le ditclairement
que les
idées
nouvellesqu’il
introduisait dans le domainelogique,
y devaient leuroriginalité
et leurefficacité
à unprogrès
desmathématiques,
età
un renouvel-(1 )
Que nous citons dans la réédition qu’en ont donnée, en insérant dans le texte toutes les cor-rections, les Publications, et que nous désignerons par les lettres L.T.
(2)
Le centenaire de sa mort est passé inaperçu en France. Depuis leslogiciens anglais
1
de Li a rd
(1878 :),
on ne lui i a gbére consacré d’étude. Bool e méritait mi eux que tion" que lui i ainfligée
F. G i 11 ot dansAlgèbre
etlogique, diapres
les textesG. Boole et W.S. Jevons...
(Paris,
A. Blanchard,1962).
Noncontent
d’imposer à Boole un"rewriting" Gil.lot truffe son,"ad4ptation,de textesde
son cru",
sans que. le . lecteur ensoit
le moi-ns du monae informé(ainsi’
le §2
de la p.15);,donne’des
traductions. contestables
("fonction
facultatives" pour "electivefunctions"),
et choseplus .grave,
Boolese voit attribuer des affirmations qui prennent exactement le contrepied de doctrines qui lui tenaient à coeur.
("Si
donc nous pouvons établir une systématisation de caractèregénéral,
nousdevons
ob 1 i ga to i remen t
la fa i re reposer su r la not 1 on de grandeu r" ; cit., p.16).
’,3)
N i co las Bourbaki, des mthémtiques, He rmann, p. 32.(4)
Boole, L.T., p. 12.(5)
Bourbaki, p. 33.p. 18.
,
liment
profond
de leur statut.Dès l’Introduction à
The MathematicalAnalysis
ofon est retenu à la fois par la
résonance toute moderne
deréflexions
surl’emploi
dessymboles,
y et par ,lalucidité
aveclaquelle
estenvisagée
l’extension à lalogique
desméthodes symboliques.
‘"Ceux
qui
sontfamiliarisés ave c l’ état présent
del’Algèbre Symbo-lique,
ysavent que la
validité
desprocédés de l’Analyse
nedépend
pas del’interpréta-
tion des
symboles qui
y sontemployés,
mais seulement des lois de leur combinai-son".. (1).
D’unmême procédé appartenant
à unsystème donné
derelationsy
on pour-ra
admettre
desinterprétations différentes,
toutes aussilégitimes
les unes que lesautres,
relevant de lagéométrie,
de ladynamique,
del’optique,
..., pourvuqu’elles
n’affectent pas lavérité
des relations admises. Si on n’a pas reconnu toutes lesconséquences
de ceprincipe fondamental,
c’estqu’on
estaveuglé
parun vieux
préjugé qui
veut que lesmathématiques
soient la science de lagrandeur.
Or, rien
nepermet
d’affirmer quel’interprétation quantitative
actuelle des for-mes de
l’Analyse s’impose nécessairement,
et a unevalidité universelle.
Il faut au contraireériger
enprincipe général
que "lacaractéristique
biendéterminée
d’un vrai
Calcul,
c’estd’être
uneméthode reposant
surl’emploi
deSymbole
dont les lois de combinaison sont connues et
générales
y et dont lesrésultats
ad- mettent uneinterprétation cohérente" (2).
Si une
prise
deposition
aussi nette marque bien une date dans l’histoire desmathématiques
y il faut segarder d’en porter
tout lemérite
aucrédit
deBoole
qui proclame plus
ici unmanifeste d’Ecole qu’une idée personnelle (3) . Mais
la où il se montre
plein d’ audace
a c’est en concevant commejusticiable
du"principe général" qu’il
vientdl énoncer,
laLogique
ellemême. Lorsqu’il dé-
clare sans
ambages
que "laLogique
ne fiait paspartie
de laPhilosophie", qu’il
ne faut pas
"associer Logique est Métaphysique
maisLogique
etMathématiques",
yon
jugera
de satémérité
en sereportant
aux,discussions académiques
où il secro.t obligé
d’entrer.N’y
voit-onpas W. Hamilton,
une desautorités
lesplus respectées
del’époque, condamner l’étude des mathématiques
comme"dangere.use
etinutile"
pour la formation del’esprit! .Bôo.le,
1qui
s’excuse par ailleurs de ne paeêtre
unspécialiste
delogique ~ se »montre pourtant péremptoire:
lalogique peut
devenirelle-même
une "science exacte°’.La
preuve, c’est son ouvrage tout entier: 1IOn y verra laLogique
reposer, comme laGéométrie
i sur desvérités
axio-matiques,
et sesthéorèmes
construits sur cette doctrinegénérale
dessymboles qui
constitue le fondement del’Analyse classique" (4).
Ce programme y on
peut
direglobalement
y comme entémoigne Bourbaki,
que Boole l’a effectivementrempli.
Maisqu’on
se metteà~
lire vraiment sesécrits,
cette
belleimage
se brouillerapidement.
Il y a bien de ladifférence
entre(1 ~)
M.A.L., p. 3.(2)
p. 4. ‘(3)
Dans un de ses premiers ’articlesMethjod
in ,of ’’the Royizl Socïety of
18U, Pîr’t-1-1.:p..22q),
Boole cite une phrasé ob Gregory énoncele même princl’pe’fondamental: Mil 1 y a, dans un certain nombre de théorè- mes, dont
apparemment,
vérité n’est prouvéeQue, pour des
symboles représentant des nombres,qui admettent une,
a ppl i cati on
beaucoup1
Dete! s théorèmes
dépendent seule- meét>,, des lois de comb na 1 sbn,auxquelles sont sujets
et sont-donc
vrais pour’fousles symboles,
quelle
que puisse être leur nature,qui sont’sujets
aux mêmes. lois decombinai-
son"
(4)
M.A.L., p. 13. ,l’énumération des quelques résultats
fondamentaux extraits del’oeuvre,
et l’oeu-vre
elle-même.
On attend pour le moins du "fondateur de lalogique
moderne"qu’il
se
plie
à un minimum derigueur formelle,
y et l’on trouveraqu’il
se satisfait de bien peulorsqu’il étudie
les lois de"combinaison
dessymboles";
on aurait es-péré
delui, qui n’était
pas unmathématicien médiocre, plus d’adresses,
et uneconscience
plus
claire de la structureà laquelle
il avait affaire: or il sefourvoie dans des
complications
que ceuxqui
le suivront dans lamême
directionjugeront
bien vitesuperflues.
Outre que Boolemérite qu’on s’intéresse même
àce
qui,
chezlui,
n’est pas lemeilleur,
il ne sera pas vain toutefoisd’accepter
de le suivre dans le
détail
de sonentreprise.
Il nousimportera
surtout de com-prendre comment,
par le biais de notionsqui
nousparaissent
difficilement accep-tables,
a il est parvenu àimposer l’idée
que laLogique pouvait être érigée
endiscipline "scientifique".
Pour cefaire,
nous allons lire lapremière partie
deThe Mathematical
Analysis
ofLogic, puis les premiers chapitres
de AnInyestiga-
of the Laws of
Thought.
- B -
The Mathematical
Analysis
ofLogic
est un ouvrage de dimensions modestes(82 pages)
y dont lesous-titre,
modeste lui aussi dans sa forme:"Being
an essay towards aCalculus
of DeductiveReasoni:Q.g",
dit bienqu’il s’agit
encore d’untravail de recherche. Le second ouvrage
de
Boole aura la lourdeur et lesérieux
desjustifications.
Sonpremier essai,
s’il est peumùri,
est toutproche
del’intuition
qui
lui donnanaissance,,
et cequi f ait soin prix,
c’est ques’y
laissedeviner sinon la
genèse,
du moins la courbe deprogrès et’une découverte.
Onpeut
y
distinguer schématiquement
deuxparties correspondant
à deux mouvements de pen-sée :
(a)
Lalogique
traditionnelleétant considérée
commedonnée,
ils’agit,
enun
premier temps,
y del’exprimer
sous formesymbolique,
y et de mettre surpied
unCalcul
qui remplisse
lesmêmes
officesqu’elle.
(b)
En un secondtemps,
y ceCalcul, exposé
dans unstyle
franchementmathé-
matique,
et visant à laplus grande généralité possible,
estexposé
demanière
autonome.
Notons le sans
plus tarder,
y cet ordre toutheuristique
serainversé
dansles
Laws
of , ouvragesynthétique
où latâche principale
sera, comme nous le verronsplus loin,
d’asseoir solidement leCalcula
l’intervention de ce der- nier dans lesproblèmes
traditionnelsn’apparaissant qu’après
coup, à titred’ap- plication. Aussi
nous semble-t-ilopportun
de ne retenir dans The MathematicalAnalysis of Logic
que lapartie (a).
Dans ses
premiers chapitres,
Boolecalque
très exactement sonexposé
surl’ordre habituel des
traités
deLogique (Concept, Jugement, Raisonnement):
- Premiers
principes.
- De
l’expression
et del’interprétation.
- De la conversion des
propositions.
- Des
syllogismes.
- Des
hypothétiques.
Le titre du
premier chapitre;
"Premiersprincipes", éveille d’emblée
notre attention: c’estd’entrée
dejeu
que Boole vainsérer
sonsymbolisme
dans levieux cadre
scolastique.
’
.
"Employons
lesymbole 1,
oul’unité,
pourreprésenter l’Univers,
et consi-dérons
le commecomprenant
toute classe concevabled’objets,
existant ou nonréel- lement, étant supposé
que le même individupeut
se trouver dansplus
d’uneclasse,
vu
qu’il peut posséder plus
d’unequalité
en commun avec d’autres individus. Em-ployons
les lettresX, Y,
Z pourreprésenter
les membres individuels desclasses,
X
s’appliquant à
tout membre d’uneclasse,
en tantqu’il ’s’agit
des membres de. cette classe
particulière,
et Ys’appliquant à
toutmembre
d’une autreclasse,
en tant
qu’il s’agit
des membres de cetteclasse,
et ainsi desuite,
selon lelangage
reçu destraités
deLogique.
Concevons ensuite une classe de
symboles
x, y, zpossédant
lecaractère
suivant. ,
On supposera que le
symbole x opérant
sur unsujet quelconque, ,comprenant
des individus ou des
classes, sélectionne
dans cesujet
tous les Xsqu’il
con-tient. De la même
manière,
on supposera que lesymbole
y,opérant
sur unsujet quelconque, sélectionne
tous les individus de la classe Y quecomprend
cesujet,
et ainsi de suite.
Quand
aucunsujet
n’estexprimé,
nous supposerons que 1(l’Univers)
est lesujet sous-entendu,
de sorte que nous aurons:1
x
(1)
ce
qui
estsignifié
par chacun des termesétant
lasélection
dans l’Universde
tous les Xs
qu’il contient,
et lerésultat
del’opération étant,
enlangage
com-mun, la classe
X,
c’ est-à-dire la classe dontchaque
membre estX". (1 )
Une fois
posées
cesdéfinitions,
Boole se confiant sansplus
tarder à unsymbolisme familier,
trouve tout naturel dereprésenter
par leproduit x
y la su.ccession de deuxopérations:
cellequi consiste
àsélectionner
la classeY, puis
cellequi
consiste àsélectionner,
dans cette classeY,
les individus de la classe Xqu’elle
contient. D’unemanière analogue,
leproduit
x y zreprésentera
une
opération composée, constituée
d.e troissélections
successives. Oncomprend des
lois que Bool.equali.fie d’électifs
cessymboles
x, ye z...qui représentent
des
opérations
dont le propre est de choisir des individusayant
tel et tel ca-ractère.
"¡
On n’accorde pas habituellement à cette notion de
symboles électifs
l’im-portance qu’elle mérite.
On s’attardeplus
volontiers sur le calculqui
endéri-
vera. Et
pourtant,
ce calcul une fois mis enmarche,
onpouvait
faire confianceau
mathématicien exercé qu’était
Boole pour ledévelopper.
Mais leplus
difficilen’était
pas là.Appliquer
lesmathématiques
à lalogique,
nombreuxétaient
ceuxqui
en avaient fait leprojet ;
on sentait bienqu’il y-avait quelque paradoxe
pour la science du raisonnement à voir raisonner mieux
qu’elle - plus
vite etplus proprement -
une sci.encequi,
enprincipe
luiétait subordonnée.
Maisaussi,
com-ment ne pas
être tenté
en ce cas de seprécipiter
là où il est dit que "raisonne"le
logicien,
pour yfaire jouer
les vertus tonifiantes dusymbole?
Autrementdit,
a(1)
M. A. L. - p. 15.le
point d’application privilégié
dusymbolisme
semblaitêtre
lesyllogisme.
Puisque
calcul du raisonnement oncherchait,
il fallaitparvenir d’emblée
à ceque le
syllogisme
seprésente
comme un calcul.La sagesse de Boole a
été
de savoir attendre. Lesyllogisme
seraabordé
àson heure. Mais la "combinaison des
symboles"
estprésente,
yelle,
dès cepremier chapitre
du"Concept"
où lelogicien, qu’il
fasse selon lesgoûts, la,métaphysi-
que ou la
psychologie
del’Abstraction,
ne semblaitpréparer
que lesmatériaux
dusyllogisme.
Peuimporte
au contraire à Boole la natureprofonde
del’opération qu’il
tient pourfondamentale;
seul le retient son fonctionnement: "Il ne serapas
nécessaire
que nous entrions ici dansl’analyse
de cetteopération
mentaleque nous avons
représentée
par lesymbole électif.
Ce n’est pas un acted’Abs-
traction selonl’acception
commune de ceterme,
a parce que nous n’avonsjamais perdu
de vue leconcret,
~ mais onpeut probablement établir
unrapport
entre cetteopération
et un exercioe desfacultés ,de Comparaison
et d’Attention. Cequi
nousintéresse
àprésent
ce sont les lois de combinaison et de succession parlesquelles
sont
gouvernés
sesrésultats..." (1).
Sans doute leslogiciens
n’avaient-ils pasmanqué
de relever que les "termes"obéissaient
à desprincipes,
et faisaientm’~me
dépendre
tout raisonnement d’uneapplication
du dictum de omni et nulla.Mais, objecte Boole,
y ceprincipe,
ou lesprincipes équivalents,
ne sont pas vraimentpremiers.
Ilsexigent,
y enréalité,
pourqu’on puisse
lesappliquer, qu’on procède
à des
opérations préalables:
celles-ci font doncpartie intégrante
du raisonne- ,ment
(2).
Il fallait donc creuserplus profond
pour atteindrel’opération
mentaleélémentaire.
A vrai
dire,
y la preuve que laréduction
est parvenue à son terme nepeut être
fourniequ’après
coup, par laréussite
dusystème
tout entier. Mais pour quece
système
lui-mêmepuisse
êtreconstruit,
il fallaitparvenir
à faire correspon- dre à1’"opération"
mentale une"opération" symbolique,
y de telle manière que les combinaisons desymboles puissent
traduireadéquatement l’activité
mentale desé-
lection. Une des intuitions fondamentales de Boole tient presque toutentière
dans ce
qui n’est
presquequ’un jeu
de mots: il asymbolisé l’opération
mentalela
plus élémentaire
par unopérateur.
(1 )
Ibid. , p. 16.(2)
Ibid. , p. 18, note *.Boole se propose maintenant de nous donner les lois
qui gouvernent l’opé-
ration mentale
simple qu’il
vient decaractériser. Qu’est-ce
à dire?Qu’il
va enénumérer
demanière
abstraite les lois decomposition? Que
non pas. Boole veutsimplement décrire
cequ’il voit,
et cequ’il
voit cesont
lesrésultats auxquels
conduisent certaines
opérations
desélection menées
dedifférentes manières.
Et leprincipe qui
commande leségalités qu’il
va poser est pour lui d’uneévidence
si visible
qu’il
neprend
pas lapeine
del’énoncer:
ceségalités signifieront qu’on
aboutit à desrésultats identiques lorsqu’on effectue,
tour àtour,
la com-binaison et la succession des
opérations
desélection
quereprésentent
les sym- bolesélectifs qui
se trouvent dechaque côté
del’égalité.
Boole
"établit"
ainsi trois lois(1 ) .
1)
"Lerésultat
d’un acted’élection.
estindépendant
dugroupement
ou dela classification du
sujet".
En
effet, qu’on
se trouve dans l’une ou l’autre des deux situations sui-vantes,
on obtient unmême résultat:
- un groupe
d’objets considéré
comme un tout nous estdonné,
et nousen
sélectionnons
la classe X.- le
même
groupe est maintenantconsidéré
commedivisé
endeux;
etnous
sélectionnons séparément
les individus Xs dans chacune de cesparties,
ypour
réunir
ensuite lesrésultats
obtenus dans uneconception globale.
Nous pouvons
exprimer mathématiquement
cette loi parl’équation:
où u
+ vreprésente
lesujet indivis,
et u et v sesparties composantes.
"Les
symboles électifs
sont distributifs".2)
L’ordre danslequel
sonteffectués
deux actes successifsd’élection n’importe
pas.En
effet,
y dans les deux cassuivants,
y bien que l’ordre danslequel
nous ef-fectuons nos
sélections
soitinversé,
lerésultat
final n’en est pasaffecté:
- nous
sélectionnons
les moutons dans la classe desanimaux,
ypuis
par- mi lesmoutons,
nous prenons ceuxqui
sont cornus, y- nous
sélectionnons parmi
les animaux ceuxqui
sont cornus, ypuis
par- mi cesderniers,
nous prenons les moutons.L’expression symbolique
de cette loi est :,Les
symboles électifs
sont "commutatifs"..3)
Lerésultat
d’un actedonné d’élection accompli
successivement deuxfois,
ou un nombrequelconque
defois,
y estidentique
aurésultat
dumême
acte ac-compli
une seule fois.(1)
Ibid., pp. 16-18.Si dans un groupe
d’objets,
y noussélectionnons
lesXs,
nous obtenons uneclasse dont tous les membres sont Xs. Si nous
répétons l’opération
sur cetteclasse,
y il ne s’ensuivra aucune modificationsupplémentaire:
ensélectionnant
lesXs,
nous prenons la classe en son entier.Cette loi
s’exprime
ainsimathématiquement :
ou en
supposant
quel’opération
estaccompli
n fois :Ainsi,
y Boole neprend
pasplus
deprécaution
pour introduire lessignes
"=" et "+" que
lorsqu’il
aparlé
de"produit".
Il n’hésite paspourtant
à con-clure que ces trois lois "suffisent comme base d’un Calcul".
Mais, rappelons le,
il était
méritoire
à cetteépoque,
d’aller tout droit auxpropriétés
de distri-butivité
et decommutativité (1). Quant
à la troisième loi("the
indewlaw") qui
est propre aux
symboles électifs,
ellejouera
dans lapensée
de Boole un rôle deplus
enplus considérable.
-
* *
(1 )
Méritoire aussi 1 de savoi r les reconnaître et de les uti 1 iser. "Notons en particu 1 ier que Boole utilise la distributivité de l’intersection par rapport à la réunion. qui 1parait
avoir été re- marquée pour la première fois par J. Lambert".(Nicolas
Bourbaki,ofie
cit., p. 18,note***).
Le
symbole "1"
nous aété présenté dès
ledébut.
Lesymbole
"0" va appa-raître
de manièrebeaucoup plus discrète,
et sansjustification explicite,
audétour
d’uneéquation.
Ici encore, Boole se laisse conduire par desanalogies tirées
del’algèbre élémentaire.
Mais celles-ci n’auraientpu jouer
s’il n’avaitintroduit la notion
d’’’univers’’
dans une intention touteproche
de cellequi
fitforger
à A. deMorgan l’expression
nouvelle d"’univers du discours"(1 ) :
assurerun traitement
homogène
aux termespositifs
et aux termesnégatifs.
DeMorgan
avait
protesté
contre leprivilège qu’Aristote
avaitaccordé
aux termespositifs;
il
n’y
a aucune raison d’attribuer uneimportance
essentielle à ladifférence qui sépare
deux termes comme "hommes" et"non-hommes";
enfait,
la formepositive,
ou
négative,
nedépend
que de conventions ou d’accidentslinguistiques.
Sauf que, dans une formuleimprudente,
il fait embrasser à son Univers touteschoses,
ré-elles ou
irréelles,
Booleadopte
lemême point
de vuelorsqu’il exprime
la classenon-X,
"c’est-à-dire la classe incluant tous les individusqui
ne sont pas Xs.La classe X et la classe non-X formentTensemble l’Univers. Mais
l’Univers
est
1,
et la classé X estdéterminée
par lesymbole
x, donc la classenon:-X .sera
déterminée
par lesymbole
1-x". Et d’une manièreanalogue,
y on pourra sanspeine déterminer
ce quereprésentent
lessymboles
y(1-x)
et(1-x) (1-y).
Il sera fa-cile
également d’exprimer:
- la
Proposition
Universelle Affirmative(A):
"Tous les Xs sont Ys".Comme tous les Xs
qui
existent se trouvent dans la classeY,
il estévident qu’il
revient aumême,
soit desélectionner
tous les Ys dansl’Univers,
et desé-
lectionner
parmi
eux, tous lesXs,
soit desélectionner
d’un coup tous les Xs dansl’Uni vers" (2).
ou,
(et
c’est iciqu’apparait subrepticement
le"0" ) :
- la
Proposition
UniverselleNégative (E):
"Iln’y
a pas de Xsqui
soientYs"
Mais le
cas
despropositions particulières
estplus délicat,
et nous allonsvoir
surgir
une des gravesdifficultés
surlesquelles
va buter laméthode
deBoole. Pour
exprimer:
,- la
Proposition Particulière Affirmative (I ) : "Quelques
Xs so.nt Ys"- la
Proposition Particulière Négative (0): "Quelques
Xs sont nonYs",
Boole
va
faire intervenir unsymbole
aùXiliairequi
a, en cepremier temps,
y un sens biendéterminé.
Si"Quelques
Xs sontYs",
il y a des termes communs auxclasses X et
Y; considérons
la classe V que constituent cestermes,
et àlaquelle correspond
lesymbole électif v ;
on aura:~1 ~
Boole parle d"’’univers du di scou rs" dans L.T., p. ~2. Une anecdote curieuse raconte que The lüthem tica 1Am lysis of Logic
de Boole, et la J’oml 1Logic
d’A. deMorgan
sorti rent le même jour. Mais deMorgan
avait soutenu des positions semblables dans un exposé lu en novembre 1846 devant laCambridge phi losoph ical
Socîety(Cf.
T-ransactionsof
theCambridge
PhilosoPhicalSociety,
VIII, 18~9, pp.378-380).
(~)
Ibid., p. 21."Et comme v inclut tous les termes communs aux classes X et
Y,
nous pou-vons
indifféremment l’interpréter
commeQuelques Xs,
ouQuelques
Ys"(1).
D’unemanière semblable,
y"Quelques
Xs sont non Ys"s’exprime
par :Mais dès les
premiers
calculs où vas’engager Boole,
cesymbole
vcréera
des
difficultés,
car on ne pourra pas ledétacher
de ses "conditionsd’interpré-
tation".
Si nous
multiplions 11 équation (1 ) :
v = x y par x nous avons :En
multipliant l’équation (1)
par y, on obtiendrait :lU 1.. tuB - (’B
système d’équations qui
a pouréquivalent
lespropositions :
"Le
système (4) pourrait être utilisé
pourremplacer (1 ),
ou bien on pour- rait utiliser la seuleéquation :
en
assignant
àv x 11 interprétation Quelques Xs,
et à v yl’ interprétationr, Quel-
ques Ys. Mais on observera que ce
système n’exprime
pas tout-à-fait autant de choses quel’équation unique (1 ) ~
dont il estdérivé.
Tous les deuxexpriment
certes la
Proposition, Quelques
Xs sontYs,
mais lesystème (4) n’implique
pas que la classe V inclut tous les termesqui
sont communs à X et Y".(z)
(1) Ibido,
1 p. 22.(2)
Ibido, pp. 22-23. vCes
premières manipulations
nous donnentdéjà
uneidée
de lamanière
dontBoole va
poursuivre
son calcullogique.
Nous l’avons vu poser dès ledépart,
comme si cela allait de
soi,
deséquations.
Tout en devenant son centred’intérêt exclusif,
y celles-ci vontêtre envisagées
à unpoint
de vuedifférent.
La considé- ration desopérations
desélection qui
avaitpermis
de les introduire va faireplace
à celle despropositions.
Uneproposition
concernant les classes X et Y esten effet une
équation
entre lessymboles x
ety (1).
Leproblème
fondamental con-sistant dans la "transformation des
propositions" (2),
on lerésoudra
en"dédui-
sant" deséquations"(3)
àpartir
d’autreséquations.
On voit ainsi àquoi
se ra-mène
1"’emploi
del’analyse
pour ladéduction
del’inférence logique":
: ils’agit
de mettre sur
pied
unethéorie
deséquations logiques.
Pour commencer par
l’inférence "immédiate",
il ne sera pas difficile d’en retrouver lesrègles traditionnelles,
y en lisantsimplement
sous d’autres formesles
propositions A, E, 1,
0. Ainsi les formes souslesquelles
nous avonsexprimé plus
haut E et I sontsymétriques
euégard
à xet - :
nous pouvons doncchanger
x en y et y en x sans que
l’équation correspondante
ensoit modifiée.
E et Ipeuvent
doncs’interpréter respectivement
comme:Aucun Y n’ e s t ~ X
Quelques
Ys sont XsCe
qui
revient à dire que E et I admettent la conversionsimple.
Pour montrer main- tenant queA,
parexemple,
.admet la conversion parcontraposition~
c’est-à-direqu’on peut
passer de: Tous les Xs sont Ys à: Tous les non-Ys sontnon-Xs,
on dira que :
peut s’écrire:
ce
qui
estprécisément
la formequ’on
auraitobtenue,
si dans:1- 1 -
Abordons maintenant le
Syllogisme. "L’équation
parlaquelle
nousexprimons
toute
Proposition
concernant les classes X etY,
est uneéquation
entre lessymbo-
les x et y, et
l’équation
parlaquelle
nousexprimons
touteProposition
concernantles classes Y et
Z,
est uneéquation
entre lessymboles
y et z . Si de deux telleséquations
nouséliminons _ y ,
lerésultat,
s’il nes’évanouit
pas, seraune équa-
tion entre x
et z ,
et pourraêtre interprété
commeétant
uneProposition
concer-nant les classes X et Z. Et il constituera ainsi le
troisième membre,
ou Conclu-sion d’un
Syllogisme
dont les deuxPropositions données
sont lesprémisses.
Le résultat
del’élimination
de y deséquations:
est
l’équation-.’
(1 )
Ibid. , p. 31.(2)
Ibid., p. 28.(3)
Ibid., p. 22.Or les
équations
dePropositions étant
dupremier
ordre relativement à charcune des variables
qui
yinterviennent,
tous les casd’élimination
que nous auronsà
considérer,
serontréductibles
au casprécédent,
les constantesal, bu
ea,,,
b ~ 1étant remplacées
par des fonctions de x, z et dusymbole
auxiliaire v Il(1 ).
Soit un
syllogisme
en Barbara : ’Tous les Ys sont Xs Tous les Zs sont Ys
En
éliminant Y,
nous avons :Prenons un autre
exemple qui
nouspermettra
de revenir sur l’embarrasqu’éprouve Boole à, manipuler
lesymbole
auxiliaire v . Soient lesprémisses:
Tous les Ys sont Xs
Il
n’y
a pas de Zsqui
soient YsLa solution la
plus générale
del’équation:
. ,
est : O O
qui implique
que Tous les Ys sontXs,
et queQuelques
Xs sont Ys. En substituant cette valeur de y dans :nous obtenons :
Quelques
Xs sont non - Zs."La raison pour
laquelle
nous ne pouvonsinterpréter
v z x = 0 en disant :"Quelques
Zs sont non -Xs",
est quel’interprétation
de v x estfixée
par les termesmêmes
del’équation (a),
comme étantQuelques Xs;
v estconsidéré
commereprésentatif
deQuelques
seulement euégard
à la classe X"(2).
Boole oscille ainsi entre lapremière signification qu’il
avaitdonnée à v ,
ysignification
claire mais sans
fécondité
pour soncalcul,
et la tentation de donner àl’expres-
sion
"Qüelques"
une"représentation" indépendante
des termes surlesquels
elleporte (3).
*
* *
(1 )
Ibid., pp. 31-32.(2)
Ibid., p. 35.(3)
C’est le 1 ieu de se souvenir, que "l’absence de véritables quantificateurs(au
sensmoderne)
du X1X° siècle,, a été une des causes de la stagnation de la