HAL Id: jpa-00238124
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Submitted on 1 Jan 1883
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Sur la compressibilité et la liquéfaction des gaz
J. Jamin
To cite this version:
J. Jamin. Sur la compressibilité et la liquéfaction des gaz. J. Phys. Theor. Appl., 1883, 2 (1),
pp.393-399. �10.1051/jphystap:018830020039301�. �jpa-00238124�
393 De ces
expériences,
yqui
seront certainementcontinuées,
il se-rait facile d’établir une
comparaison
entre les densités de l’air etde
l’hydrogène
à diversestempératures
et sous une même pres- sion.Lorsque
lemélange
est moins riche en acidecarbonique,
M. Cailletet a
remarqué
que laliquéfaction
de ce gaz esttoujours
retardée et
quelquefois impossible.
Eneffet, quand
par la pres- sion on ramène le volume total au dixième ou aucentième,
lesdeux gaz
éprouvent
la mêmeréduction,
mais non pas la mêmeaugmentation
depression :
celle de l’air sem ultiplie
par 10 ou , celle de l’acidecarbonique augmente
moinsrapidement, puisque
la loi de Mariotte nes’applique plus.
De là un retard deliquéfaction ;
etquand
enfin l’acidecarbonique: a
atteint son maxi-mum de tension et
qu’il
passe à l’étatliquide,
sa densitépeut
être devenueégale
etquelquefois
inférieure à celle del’atmosphère superposée.
Dans ce cas ils’y mêle,
il y nage, on estporté
àcroire
qu’il
aperdu
lapropriété
de seliquéfier
souspression ;
iln’a
perdu
que lapropriété
de se rassembler au fond du vase par excès de densité.N’est-il pas
permis d’espérer
une autre terminaison de cetteexpérience?
Si l’onaugmentait
indéfiniment lapression totale,
l’acide
carbonique
continuerait de seliquéfier
et sa densité varie- rait peu; mais celle del’atmosphère
gazeuseaugmenterait
indéfi-niment et deviendrait
supérieure
à celle duliquide qui peut-être
se
séparerait;
mais alors il se rassemblerait au sommet du tube aulieu de tomber au fond. C’est un second essai que
j’ai proposé
àM.
Cailletet, qui
s’esten1 pressé
de le tenter; iln’y
a pasréussi,
mais
je
nedésespère
pas.SUR LA COMPRESSIBILITÉ ET LA LIQUÉFACTION DES GAZ PAR M. J. JAMIN.
Au lieu d’énoncer la loi de Mariotte en disant que les volumes
sont en raison inverse des
pressions,
il estplus simple d’exprimer
que la densi té d’un gaz est
proportionnelle
à sapression,
cequi
se construit par une
droite,
laplus simple
de toules leslignes,
etArticle published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:018830020039301
394
met
-graphiquement
en évidence les moindresirrégularités
de laloi. Je vais tout d’abord
appliquer
ce mode de notation auxexpé-
riences d’And1-ew-s relatives à la
liquéfaction
de l’acidecarbonique
et montrer
qu’elles justifient numériquement
les idées quej’ai développées
dans l’articleprécédent.
Ces
expériences
ont été faites auxtempératures
de13°, i, 2 i°,5, 31~1, 3 z°, 5, 35°, 5.
Ai3~
1, la courbe des densités se compose de troisparties
distinctesAB, BC,
CD : ABreprésente
la densité à l’étatgazeux; elle s’étend de zéro à
49atm ;
elle est convexe parrapport
à l’axe des x ; la densité croît
plus
vite que lapression,
la com-pressibilité
est excessive ets’exagère jusqu’en
B. En cepoint B,
on voit un
brusque changement
de direction : c’est le moment où le gaz,ayant
atteint lapression maxima,
commence saliquéfaction qui
sepoursuit
et secomplète jusqu’en C,
moment où tout le gaza
disparu.
La densité CH duliquide
formé estbeaucoup plus grande
que celle du gaz BH. Apartir
deC,
un nouveauchange-
ment
brusque
se montre dans l’allure de la courbequi
devient con-cave. La
compressibilité
a diminué tout à coup en C et continue ensuite de décroître len tement : c’est celle duliquide au ,moment
de sa formation. Rien n’estplus
net que cesphénomènes :
l’acide395
carbonique
se comporte comme la vapeurd’eau,
leliquide
formése
sépare
nettement del’atmosphère
gazeuse, parcequ’il est
beau-coup
plus lourd,
et lepremier changement brusque C
accuse lemoment
précis
où laliquéfaction
commence.Les mêmes
changements
d’allure se retrouvent auxtempératures
suivantes : en B’ à 2 ~ °, en B" à
3i~ i,
en B"’ à35°, 5.
En chacun deces
points,
la tension du gaz est maxima et laliquéfaction
com-mence. Il faut tout d’abord
just-ifier
cette conclusion.Regnault
etAndrews, séparément
et par des méthodes diffé- rentes, ont mesuré lespressions
maxima de l’acidecarbonique liquide
à destempératures
croissantesjusqu’à
3 i°. Elles sont con-cordantes,
sensiblementproportionnelles
auxtempératures
et seconstruisent par une droite que l’on
peut
sans erreurprobable prolonger jusqu’à
3~i°. Or ces tensions maxima sont sensiblementégales
aux abscisses despoints B, I3‘,
13" : cespoints figurent
doncen réali té le moment oû la
liquéfaction
commence.La
liquéfaction
se réalise en eflet auxpressions indiquées quand
Les
tempéra tures
sont de i 3° ou 2 1 0; mais à31~,2
elle ne se voitplus :
on atteint lepoint critique.
Elle ne se voit pasdavantage
à
32°, 5
ni à35°, 5
ni à aucunetempérature supérieure. Cependant
elle doit se faire et il faut chercher
pourquoi
elle ne se montre pas.Les
points B, B’,
B"s’alignent
sur une courbe presque droitequi
s’élève
progressivement;
demême,
lespoints C, G’,
Cll se trouventsur une
ligne qui
est descendante etqui
rencontre lapremière approximativement
enB"’, G"~ ;
cela veut dire que la densité minima duliquide
au moment de sa formation est d’abord trèssupérieure
à la densité maxima du gaz au moment où il se
liquéfie,
mais que la différence entre ces deux densités diminuequand
latempérature
s’élève et que vers 35° cette différence est
nulle;
d’où il suitqu’à
des
températures
inférieures à 35° leliquide
doit se former et serassembler au fond du vase par excès de
poids
et que, au delà de35°,
ilpeut
encore seformer,
mais nepeut plus
seséparer
dugaz, parce que cet excès lui manque.
Il n’est même pas nécessaire que les densités soient
rigoureu-
396
sement
égales
pour que laséparation
cesse de se faire : il suffitqu’elles
soient peudifférentes;
eneffet,
la forcequi
sollicite l’unité de volumeliquide
à tomber estégale
à la différence des densités D - d et lerapport
de cepoids
à celui du gazest ~ ‘ ‘~-
J’ai calculéce
rapport
dans lesexpériences
d’Andrews etj’ai trouvé,
commeil
suit, qu’à
13° leliquide
estprès
decinq
foisplus
dense que le gaz, tandisqu’à
35° il nepèse plus
que les 6centièmes;
on peut croire que c’est une force insuffisante pourproduire
saséparation
et que, le
point critique théorique
étant en réalité vers35°,
laliquéfaction
cesseexpérimentalement
des’accomplir
à unetempé-
rature
moindre, qu’ ~ndrew s
a fixé à 3 io :"
Pour nous confirmer dans les idées que
je souuiens,
cher-chons comment se dilate une masse gazeuse
qui
adépassé
sonpoint critique,
parexemple
entre3 j ,
i et3~, 5 ;
il sulfit pour cela de mener deslignes verticales,
telles queF,
~’~ : elles rencontrentles deux courbes de densité en des
points F,
F’qui correspondent
à la même
pressiun,
à destempératures
différentes et à des den- sitésD,
D’qu’on
mesure sur les courbes.~n a la relation °
ce
qui permet
de calculer le coefficient de dilatation cc. Comme onle verra par le Tableau
suivant,
il atteint des valeursénorm es,
cequ’on
savaitdéjà ;
mais iléprouve
dans ses variations desparticu-
larités très instructives entre
~5~~6
eu76atm:
il s’élèvebrusque-
ment de
o,0821
à o, 2~l6,
cequi
seraitinexplicable
si l’on n’ad- n1ettaiLqu’à ~Jatm,6
et à31°,
1 le gaz est en réalitéIiquéfié,
bienqu’il
aitl’apparence
gazeuse, etqu’en passant
à latempérature
de3~,5
ilreprend
l’état gazeux, cequi
entraîne une dilatation subiteet
énorme ;
demême,
entre 89al- eu83atm,4,
ce coefficient décroîttout à coup de
o,i3II
ào,0~03,
c’est-à-dire deprès
demoitié;
cela ne
peut s’expliquer
que si l’on saitqu’à 83atm.,4
la matière a397 atteint son état
liquide
aux deuxtempératures
de31°,1
et de5 5°, 5
et
qu’alors
c’est l’acide maintenuliquide qui
se dilate sanschanger
d’état avec un coefficient devenu
plus petit
tout à coup.On
peut
se demander maintenant si leliquide
se constitue réel- lement avec sespropriétés
ordinaires au milieu d’uneatmosphère
gazeuse dont il ne
pourrait
seséparer, n’ayant
pas d’excès de den-sité,
et ou ilnagerait
comlne un brouillard : il estplus probable qu’il y
a dans le vase une massehomogène qui
n’estplus
tout àfait à l’état de gaz, parce
qu’elle
apris
tout à coup une densité trèsgrande, qui
n’est pas encore tout à faitliquide,
parcequ’elle
con-serve une
grande
dilatabilité et unegrande compressibilité,
maisqui
offre despropriétés intermédiaires ;
elle n’en a pas moins subiune transformation évidente de l’état
physique,
que nous conti-nuerons de considérer comme une
liquéfaction.
Cette manière devoir n’est pas
incompatible
avec lesexpériences
de MJB1. Cailletetet
Hautefeuille,
faites avec l’huile degalbanum.
L’étude détaillée des courbes de
densité, après qu’on
adépassé
la
température critique,
vajustifier
cette manière de voir. On a calculé de 2a’m en 2atm la valeur de D’ -D,
c’est-à-dire les aug- mentations successives de densité pour des excès decompression égaux,
cequi
a donné :Il est bien évident que, de 82~~ à
84a’m,
le gazéprouve
un accrois-sement
rapide
et considérable de densité. C’est à ce momentqu’il change
d’état : c’est une véritableliquéfaction,
bienqu’elle
ne soitpas révélée par le rassemblement d’an
liquide.
Avant8i~B
c’était398
un gaz;
après,
c’est unliquide.
Mais cequ’il
fautremarquer,
c’estque cette transformation est
préparée
à l’avance par une compres- sibilité croîssante du gaz etqu’elle
est suivieaprès
par unphéno-
mène inverse pour le
liquide.
Le passage de l’un à l’autre état estrapide,
il n’est pasbrusque.
Il l’est de moins enmoins,
et il se faità des
pressions
deplus
enplus fortes,
à mesure que latempéra-
ture s’élève.
Lorsque Regnault
fit ses célèbresexpériences,
il trouva que l’acidecarbonique
offrait unecompressibilité croissante, qui
devaitforcément aboutir à une
liquéfaction.
Dans ses bellesrecherches,
Andrews a montré que cette
liquéfaction
devenaitimpossible
audelà d’une certaine
température ;
il s est arrêté là. Il aurait pu tirer de sesexpériences
uneconséquence importante qui
lui aéchappé,
et sur
laquelle je
vaisappeler
l’attention. A35°,5,
la courbe des densités estfigurée
parA I3‘" D"’ ;
elle est d’abord convexejusqu’à
g3atm ; cela veut dire que la
compressibilité
est excessive et crois-sante
jusqu’en
D" C". Arrivéslà,
nous trouvons unpoint d’inflexion,
un
changement
de courbure. Aupoint
de contact K de la courbeavec sa
tangente,
menée dupoint A,
lequotient D : =
H- 1
vH est maxi-111Um; la
compressibili té
est laplus grande possible.
Apartir
dupoint K, D - ~ iÎ v
va en diminuant;
la compressibilité
décroît len-
tement ; à la limite,
elle est nulle. Ce changement, qui
a échappé
à
Andrews,
est général;
il se retrouve pour tous les gaz. M. Cailletet,
au
grand
étonnement des savants et par desappareils qui
lui per- mirent deporter
lespressions jusqu’à 700ali,,
découvrit que, pourl’oxygène
etl’azote,
leproduit
v H va d’abord endiminuant,
atteinti une limite
minima, puis
croît de nouveau.Depuis
cetteépoque,
M.
Amagat,
par des méthodesanalogues
et desexpériences
d’ail-leurs bien
faites,
a confirmé les résultats de M.Cailletet,
et les aétendus à
l’acétylène,
au formène et àl’ox3Tde
de carbone. Ces résultats sont exactement ceux queje
viens designaler
commeconclusion des
expériences
d’Andrews . La courbe des densités offre donc avec tous les gaz le même caractère :toujours
elle estconvexe à des
pressions basses, toujours
elle est concave aux pres- sions lesplus hautes, toujours
elle a unpoint
d’inflexion intermé- diaire. Il fautmaintenant,
en suivantl’interprétation
des idées que399
je produis,
yajouter
que cepoint
d’inflexion est unpoint
deliquéfaction.
A
l’appui
de cesassertions, je
transcris les valeurs de D’ -- D de i oatm en 10aLm pourl’oxygène, d’après
M.Alnagat,
à latempé-
.rature de
o°,
3. On reconnaîtra les mêmes variations que pour l’a- cidecarbonique pris
à35°, 5,
avec cette différence que lepoint
d’inflexion ou de
liquéfaction
est moins accusé. Il seplace
entre100 et 1 loatm:
J’ai construit
également
les courbes des densitésd’après
lesexpériences
de W.Amagat
pour diversesmatières,
et trouvé lesnombres suivants pour la
pression
dupoint
deliquéfaction
oud’inflexion et du
point
K°decompressibilité
111aX1111a.Considérons,
enparticulier,
y l’un de ces gaz, parexemple l’oxygène ;
lepoint
deliquéfaction
seplace
àI02atm,
celui de com-pressibilité
maxima à i3o~B A unetempérature plus
élevée cesdeux
points
se reculeraient à despressions plus hautes;
ils se rap-procheraient
del’origine
par un refroidissement. Pour unetempé-
rature suffisamment
basse,
lepoint
Kpourrait
différer très peu decette
origine,
et alorsl’expérience
ne donnerait que laportion
decourbe
qui
suit lepoint
K. Elle accuseraittoujours
une compres- sibilité par défaut et décroissante.Or,
c’est là le casd’h3rdrogène.
N’est-on pas en droit de conclure
qu’à
latempérature ordinaire,
et sous les
pressions qui atteignent
àpeine
3 ou4alm, l’hydrogène
a
dépassé
sonpoint d’inflexion,
et que, parconséquent,
il est li-quide ? Quelque
inattendue queparaisse
cetteconclusion,
elle satis- ferait à la loi de continuité et ferait rentrerl’h~Tdrogène, jusque-là
si
embarrassant,
dans les conditionsgénérales
decompressibilité
des gaz.