GESTE EN MÉDECINE D’URGENCE /TECHNIQUES IN EMERGENCY MEDICINE
Intubation avec un mandrin long béquillé
Intubation with a long angulated Eschmann-like stylet
X. Combes
Reçu le 11 octobre 2010 ; accepté le 19 octobre 2010
© SFMU et Springer-Verlag France 2011
En cas d’intubation difficile sous laryngoscopie directe, une des premières techniques alternative proposée par la confé- rence d’experts sur l’intubation difficile est le mandrin long béquillé [1,2]. Le mandrin long béquillé est encore appelé mandrin semi-rigide, bougie d’Eschmann ou mandrin de Macintosh (Fig. 1). Son indication élective est l’intubation difficile imprévue lorsque l’orifice laryngé ne peut être vu lors de la laryngoscopie directe (score de Cormack : 3 ou 4).
Quelques cas d’intubation difficiles résolus avec ce dispo- sitif chez des patients présentant une pathologie obstructive des voies aériennes ont été rapportés. Il peut être utilisé en médecine d’urgence intra- ou préhospitalière [3].
Le mandrin long est un dispositif translaryngé d’aide à l’intubation qui ne permet pas l’oxygénation du patient durant les tentatives d’intubation. Son taux de succès en cas d’intubation difficile imprévue varie de 85 à 98 %. Il n’y a quasiment pas de complications rapportées avec l’utilisation du mandrin long. Il n’existe pas de contre- indications absolues à cette technique. S’il existe plusieurs types de mandrin long béquillé dont la rigidité et la mémoire de la forme ne sont pas identiques, il n’existe pas d’études cliniques ayant correctement comparé ces mandrins entre eux. Certains mandrins malléables (rigides) sont prolongés par une extrémité béquillée, mais il ne s’agit pas là vérita- blement de mandrins semi-rigides.
Technique
Il peut être utile de lubrifier le mandrin avant utilisation.
Le mandrin long peut être préformé afin de négocier au mieux la courbe pour passer sous l’épiglotte.
Premier temps
Il faut insérer le mandrin dans la trachée à l’aveugle sous laryngoscopie directe en présentant vers la région glottique son extrémité béquillée (Fig. 2). Le geste est identique à celui d’une intubation classique si ce n’est qu’à la place de la sonde d’intubation c’est le mandrin long qui sera posi- tionné dans la trachée. La bonne position (intratrachéale) du mandrin est confirmée soit par la perception tactile de ressauts lors du passage du mandrin dans la trachée (corres- pondant au frottement contre les anneaux trachéaux), soit par
Fig. 1 Mandrin long béquillé
Fig. 2 Premier temps : intubation sous laryngoscopie directe avec le mandrin long
X. Combes (*)
Samu 75 et département d’anesthésie–réanimation, hôpital Necker–Enfants-Malades,
Assistance publique–Hôpitaux de Paris, 149, rue de Sèvres,
F-75743 Paris cedex 15, France e-mail : [email protected] Ann. Fr. Med. Urgence (2011) 1:43-44 DOI 10.1007/s13341-010-0009-y
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une sensation de butée distale (lorsque le mandrin a été inséré d’environ 25 à 40 cm).
Second temps
Une fois le mandrin positionné dans la trachée, la sonde d’intubation est placée sur le mandrin qui va servir de
guide (Fig. 3). Lors de la progression de la sonde sur le mandrin, il faut impérativement maintenir la laryngo- scopie, et en cas de sensation de butée sur l’épiglotte faire tourner la sonde d’intubation dans un sens antihoraire tout en la poussant vers la trachée. En appliquant ces deux manœuvres, maintien de la laryngoscopie directe et rotation de la sonde, le taux de succès du passage de la sonde d’intubation vers la trachée est proche de 100 %. Il peut être utile qu’un second opérateur maintienne l’extrémité proximale du mandrin lors de la progression de la sonde d’intubation.
Références
1. Combes X, Pean D, Lenfant F, et al (2008) Matériel d’intubation et de ventilation utilisable en cas de contrôle difficile des voies aériennes. Maintenance : question 4. Société française d’anesthésie et de réanimation. Ann Fr Anesth Reanim 27:33–40
2. Langeron O, Bourgain JL, Laccoureye O, et al (2008) Stratégies et algorithmes de prise en charge d’une difficulté de contrôle des voies aériennes : question 5. Société française d’anesthésie et de réanimation. Ann Fr Anesth Reanim 27:41–5
3. Jabre P, Combes X, Leroux B, et al (2005) Use of gum elastic bougie for prehospital difficult intubation. Am J Emerg Med 23:552–5
Fig. 3 Second temps : maintien de la laryngoscopie, placement de la sonde sur le mandrin et progression de la sonde vers l’orifice trachéal, alors que la laryngoscopie est maintenue
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