A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION B
J. N EVEU
Arbres et processus de Galton-Watson
Annales de l’I. H. P., section B, tome 22, n
o2 (1986), p. 199-207
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Arbres et processus de Galton-Watson
J. NEVEU
Université Pierre-et-Marie-Curie, Laboratoire de Probabilités, 4, Place Jussieu, Tour 56-66, 3e étage, 75230 Paris Cedex 05
Laboratoire Associé 224
Vol. 22, n° 2, 1986, p. 199-207. Probabilités et Statistiques
RÉSUMÉ. -
L’objet
de ce travail est d’introduire la notion d’arbre dans le cas leplus simple
des processus deGalton-Watson,
de démontrer lapropriété générale
de branchement de cesprocessus
et enfin d’illustrer l’utilité de la notion d’arbre sur unexemple.
ABSTRACT. - We introduce a formalized notion of a tree in the
simple
case of Galton-Watson processes
proving
ageneral branching property
of these processes. The usefulness of this notion is illustrated on anexample.
1. INTRODUCTION
De nombreux raisonnements de la théorie des processus de branchement
s’appuient
sur une notion d’arbrequi
ne meparaît
pas avoir été suffi- samment formalisée. Lapropriété
de branchement(selon laquelle
lesdescendances des individus d’une
génération
donnée sontindépendantes
entre elles et suivent la même
loi)
ne semble pas avoir été écrite en toutegénéralité
etfréquemment
desprobabilistes
ont eu alors recours à destechniques analytiques
dans leurs démonstrations là où un raisonnementplus
intuitif deprobabilité aurait permis
de conclureplus rapidement.
L’école
japonaise
néanmoins a introduit dès les années 60 une notion d’arbre dans l’étude des processus de branchementspatiaux
mais ces arbresAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques - 0246-0203 199
200 J. NEVEU
dont
chaque
noeudcomporte
une infinité de branches restent lourds àmanipuler
et sonttrop
redondants bienqu’ils
se soient avérésdéjà
très utiles.Je remercie M. A. Joffe pour les conversations que
j’ai
eues avec luiet sans
lesquelles
ce travail n’aurait pu êtrefait ;
son article[2 ] notamment
contient d’ailleurs en germe l’idée du
présent
travail. Uneapplication
dela notion d’arbre pour les processus de branchement avec
âge
est contenuedans l’article suivant de B. Chauvin
[1 ].
2. L’ESPACE PROBABILISABLE DES ARBRES DE GALTON-WATSON
’
Dans ce
paragraphe,
nous définissons un arbre par l’ensemble de sesnoeuds en
commençant
par introduirel’espace
de ces noeuds. Puis nousmunirons
l’espace
de ces arbres d’une tribu et de la filtrationengendrée
par les
générations
ainsi que d’une familled’opérateurs
de translation.Nous
désignerons
par Ul’espace
des suites finies u= j 1 ... jn
d’entiersstrictement
positifs.
La suite vide 0appartient
à U. Lalongueur
d’unesuite U E U est
notée ! u ~ ;
; pour tout entier n >0,
le sous-ensemble{ u : u ~ == ~ }
de U coïncide donc avec N*" et parconséquent
U= l
N*"..
Enfin la suite obtenue en
juxtaposant
les suites u et v de U se note uv.Un arbre est par définition un sous-ensemble de
U,
soit m,assujetti
aux trois conditions :
a)
0 OEb)
u OE cc~ dès queuj
E cc~ pourun j
OE N* et donc(par récurrence)
dès que uv E cc~ pour un vE U, c)
si u E alorsuj
E cc~si et seulement si 1
j
pour un entierpositif (éventuellement nul)
Les u E U
qui appartiennent
à l’arbrec.~
sontappelés
ses noeudstandis que les
couples
de noeuds de cc~ de la forme(u, uj )
où u E Uet j E N*, sont appelés
ses branches. Manifestement la donnée d’un arbre oéquivaut
à la donnée des nombres de branches issues de chacun de ses noeuds u.
Dans la suite nous écrirons v au lieu de v~.
Notons Q
l’espace
des arbres et pour tout u EU, désignons
parSZu
lesous-espace de Q formé par les arbres cc~ dont u est un
noeud,
soitCes sous-espaces vont
jouer
ungrand
rôle dans la suite. Enparticulier
S2~
= Qd’après
lapremière
condition de définition d’un arbre. Pour tout Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiquesu E
U,
lenombre vu
définit uneapplication
deQ~
dans N(vu
n’est pas définisur tout Q
!)
et les conditions(b), (c)
de définition d’un arbreéquivalent
exactement aux
égalités
dans
l’espace
Q. Munissons ensuitel’espace
Q de la tribuengendrée
par la famille desOu (u
EU) ;
les sous-espaces mesurablesQ~
de Q étant munis des tribus traces
SZu n /ff,
lesapplications vu :
Nsont alors mesurables
d’après
la formule ci-dessus.Soit n un
entier >
0. Pour tout arbre co EQ, désignons
parzn(w)
saneme génération,
c’est-à-dire le sous-ensemble fini cc~ n N*n de U formé par les noeuds de delongueur n ;
nous noteronsZn( w)
le cardinal de cetteneme génération.
Il est facile de voir que lesapplications
ainsi définies sont mesurables pour la tribu ~ de Q et les tribus discrètes des espaces dénombrables d’arrivées car pour tout u~N*n{03C9;zn(03C9)u}=03A9u~F;
cette formule entraîne d’ailleurs
plus précisément
que la tribu ~ est engen- drée par la suited’applications (zn, n E N).
Nous utiliserons aussi la
filtration
n EN)
formée par les sous-tribus discrètes~ n
de ~(n
EN) engendrées respectivement
par les zm(0 m n) ; d’après
la remarqueprécédente !Fn
=r(S~u ; ~ 1 U 1 n)
pour tout n E N et les variables aléatoires Vu : N* sontFn-mesurables lorsque u|
nstrictement. Notons enfin que pour n = 0 : zo
= {
0~, Zo
== 1 et!F 0 = { ~, S~ ~
tandis que pour n = 1 : z 1 =
[1, v] ]
dansN*, Zi
1 = v et~ 1
est la tribuengendrée
par la seule variable v.Nous noterons
l’arbre {v : v~U et uv~03C9}
obtenu en translatant l’arbre cv à l’un de ses noeuds u(u
Ec~) ;
nous définissons ainsi uneapplica-
tion
Tu : nu -+
Q pourchaque
u E U(sauf
si u =0, Tu
n’est pas définiepartout
surQ). Remarquons
immédiatement que vu = v oTu
surOu (u E U).
D’autre
part, quelques
soient 60 E Q et u, v EU,
il est clair que uv E cc~ si et seulement si u E cc~ et v E cela s’écrit encoredans Q et entraîne que les
applications Tu
sont mesurables sur leurs domainesVol. 22, n° 2-1986.
202 J. NEVEU
de définition
respectifs Q~ (u e U).
Enfinsi ) 1 u
= net 1 v = k, l’équivalence précédente
s’écrit encore en termes degénérations
.et les
égalités
suivantes en découlent pour les cardinaux desgénérations
(noter
que pour tout cv EQ, Tuco
a un senslorsque
u E3.
PROPR0152TÉ
DE BRANCHEMENT DES ARBRES DE GALTON-WATSONNous allons
probabiliser l’espace
SZ des arbres en rendant les variables aléatoires vuindépendantes
etéquidistribuées.
Néanmoins comme cesvariables ne sont définies que sur des
parties Ou
deSZ,
cespropriétés
d’indé-pendance
etd’équidistribution
n’ont de sensqu’en passant
par un condi- tionnement.PROPOSITION. - Pour toute
probabilité
q ~(q(j), j
EN)
surN,
il existeune
probabilité unique Pq
surl’espace (SZ,
des arbresqui
donne à la variable vla loi q et pour
laquelle
conditionnellementlorsque
v =j,
les variablesTi (1
ij)
à valeurs dans S~ soientindépendantes
et de mêmes loiséga-
lement à
Pq (Noter
que les domaines de définitionSz~
desT~
contiennent l’événementconditionnant ~ v = j ~ lorsque
ij).
Plus
généralement
pour tout n OEN*,
conditionnellement par rapport à la tribu surl’espace (SZ, Pq),
les variables aléatoiresTu (u
EZ")
sontindépendantes
et suivent la même loiPq
cequi sign ~e
quequelles
que soientles
fonctions
mesurablespositives fu :
S~ ~ R(u OE U),
D’autre part la suite des variables aléatoires entières
Zn (n
EN) qui
estdéfinie
sur(Q, ~, Pq)
est un processus de Galton-Watson de loi de repro- duction q et d’état initialZo -
1.Démonstration. Considérons
l’espace produit
Q* =NU
muni de sescoordonnées
vû :
S2* ~ N(u OE U),
de la tribu ~ * que ces coordonnéesAnnales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
engendrent
et de laprobabilité produit Pq
= Introduisons aussil’application Ç
de Q* dans Qqui
à tout associe l’arbredont les nombres de branches aux divers noeuds u valent
respectivement
soit
Notons que cette
application
est loin d’êtreinjective puisque
la connais-sance de ne donne que les pour
lesquels
u EL’appli- cation Ç
est mesurable car pour tout u =ji
...jp
dansU,
et de c=
r ~
vu,1 u n ~
dans Q*.L’image Pq
dePq par 1/1 possède
alors lespropriétés
désirées. En effet lestranslations de Q et celles de
Q*,
soientTû :
S~* -~ Q*(u E U),
que défi- nissent les formulesTû = v ü (v
EU)
sont liées par les relationsOr sur
(Q*, !F*,
pour tout n E Nfixé,
les variablesTû
à valeurs dansQ*,
d’indices u de
longueur n
sontindépendantes
entreelles,
suivent toutesla loi
Pi
et sont aussiindépendantes
de la tribu1 v 1 n),
donc de~r- 1(~n).
Celapermet
d’écrire que pour toutepartie
finie B de N*nN’écrivons
l’égalité précédente
que sur l’événementcomme cet événement
appartient
à latribu ~-1(~n)
et que sur luil’égalité
ci-dessus entraîne que pour toutepartie
finie B de N*nLa formule de la
proposition
en découle immédiatementpuisque
zn estFn-mesurable.
Vol. 22, n° 2-1986.
204 J. NEVEU
Enfin le processus
(Z,~,
EN)
est un processus de Galton-Watson de fonctiongénératrice
puisqu’il
résulte del’égalité Zn+ 1
et de la formulequi
vientd’être démontrée que
2014~
Li 1 -J
pour tout n E N. D "
4. UNE APPLICATION
Pour illustrer la
puissance
de laproposition
1 et du formalismeadéquat qui
apermis
del’énoncer,
nous montrerons dans ceparagraphe
que les résultats de Joffe etWaugh [3 ] peuvent
s’obtenir sans calculsgrâce
à laproposition plus générale
ci-dessous.Le début de
longueur n
d’une suite u e U delongueur supérieure
étantnoté
Dnu,
choisissons dans le modèle(Q, 3’, Pq)
un individu au hasarddans la
(n
+k)ème génération
si celle-ci n’est par vide. Si Xdésigne
cetindividu tiré de Zn + k, considérons l’arbre issu de son
kème
ancêtreDnX.
L’intérêt d’un tel arbre est de
permettre
de formuler lesproblèmes
deparenté
de cet individu X que l’on a obtenu par unsondage statistique
dela
(n
+k)ème génération ;
parexemple Z~ (TDnX)
est le nombre de cousinsd’ordre k
de X(X
ycompris !).
PROPOSITION. -
Supposons
que m =] 1, oo [ (cas super-cri- tique ) .
Alors pour tout k > 0fixé,
les lois deprobabilités
deT DnX
condi-tionnelles
0 ~
convergent en norme sur S~lorsque
n - oo versla
probabilité m - kZk . Pq.
Démonstration. Par
définition,
laprobabilité
sur Q vérifie la formulepour toute fonction mesurable
bornée , f :
S~ -~ R. La moyenne sur Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiquesqui figure
au second membreexprime
le choix au hasard de l’individu X dans la(n
+k)ème génération ;
comme pour tout v E l’ensemble desu E de début
Dnu
= vcomprend Zk(Tvw) éléments,
cette moyenneest encore
égale
à - ,sur #
0 )
*{03A3 Zk o Tv
# 0 1.
La proposition
1 montre alors que
à condition de poser
pour tout p > 1 et
F(0)
= 0.La loi des
grands
nombresappliquée
aux variables aléatoiresintégrables
/ , ,
et que comme Zn ~ aJ p, s, sur
[Lj
N( Zm
=0 ) lc lorsque
n - ce, il est clairCela établit la
proposition
mais seulement avec une convergence desprobabilités
moins forte que celle annoncée.Pour obtenir la convergence en norme, écrivons que par
symétrie
lafonction F vaut encore
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206 J. NEVEU
à condition de poser
si p >_ 2, G~(z)
= z etG~(z)
= 0 =0). [Ce
calcul montre queet donne donc la densité de
Radon-Nikodym
de parrapport
àPJ.
La loi des
grands
nombresimplique
ici que pour tout z E Net il s’cnsuit par ergence
car
Gk(z) _ 0)
uniformément en p ; cettemajoration
s’obtientpar un calcul de loi binomiale sur la
première majoration
Il est alors clair que la densité de
p;,k
par rapport àPq
converge dansL ~ (P~)
vers
m-kZk.
~5. EXTENSION AUX ARBRES
MARQUÉS
En dehors des processus
simples
deGalton-Watson,
les processus de branchement que l’on étudie affectent des marques aux divers individus(types, âges, positions spatiales
outrajectoires, etc.).
Le formalisme des arbres s’étend sans difficulté à ce cas comme nous allons le montrer briè- vement.Donnons-nous un espace
mesurable,
soitE,
dont lespoints
serontappelés
des marques. Un arbre
marqué
sera alors défini par la donnée d’un arbre03C9 E Q et d’une marque ~u E E pour chacun des n0153uds u E
Q,
soitSi
QE désigne l’espace
des arbresmarqués (par E)
et si p : Qdésigne
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques
la
projection canonique qui
associe l’arbre cc~ E Q à l’arbremarqué ~
EQ~,
les ryu définissent alors des
applications
dedans
E (u E U).
’ ’ ’
’ ’
La tribu
p-1(~ )
departies
deSZE
estengendrée
par lesS~û (u
EU)
par définition de la tribu ~ sur Q. Nous munironsl’espace QE
de la tribu~ E engendrée
par cette tribu et lesapplications
E(u OE U).
L’espace QE
est muni aussi d’une filtration(3il, n OE N) importante,
celledont
chaque
tribu~n
estengendrée
par la tribu =v(~û, C u ~ 1 n)
et les variables E d’indices u tels
que ) 1 u
n.L’espace QE
est muniégalement
de translationsqui
sont lesapplications T; : S~E -~ QE
définiesexplicitement
parCes translations de translations
Tu
(u ~ U) de 03A9puisque
Les variables aléatoires entières définies par
qui
donnent sur les nombres de descendants dechaque
n0153ud se déduisentévidemment par translation de la
n,;.
soitpuisque vu
= v JTu
surQ,,.
D’autre part en notant emore j~ la v. a. ~~définie sur
QE,
nous voyons aussi queUne extension facile de la
proposition
1 établit que pour touteproba-
bilité
Q
sur N xE,
il existe uneprobabilité unique
P surl’espace ~ E) qui
donne la loiQ
à la variable aléatoire(v, ~)
à valeurs dans N x E etqui
rende les variablesT; (u
Ez;
=p) indépendantes
etéquidistribuées
suivant
P,
conditionnellement parrapport
à(n
E Nfixé).
BIBLIOGRAPHIE
[1] B. CHAUVIN, Arbres et processus de Bellman-Harris. Ann. Inst. H. Poincaré.
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Vol. 22, n° 2-1986.