A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION B
L ÉONARD G ALLARDO
Chaînes de Markov à dérive stable et loi des grands nombres sur les hypergroupes
Annales de l’I. H. P., section B, tome 32, n
o6 (1996), p. 701-723
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Chaînes de Markov à dérive stable et loi des grands nombres
surles hypergroupes
Léonard GALLARDO Université de Tours, Département de Mathématiques,
Parc de Grandmont, 37200 Tours, France.
Vol. 32, n° 6, 1996, p. 701-723 Probabilités et Statistiques
à Pierre Eymard et Paul Louis Hennequin en témoignage
d’amitié à l’occasion de leur 65e anniversaire.
RÉSUMÉ. - Sur une classe
d’hypergroupes
réels noncompacts
contenant laplupart
desexemples
connus, nous montrons que toute marche aléatoired’espérance finie,
a une dérivequi
tend vers une limite D à l’infini.À
l’aide de résultats élémentairesayant
un intérêtindépendant
deshypergroupes,
nous en déduisons une loi desgrands
nombresqui prend
leplus
souvent la formeclassique
limXn/n
= D p.s.Key words: Markov chains, law of large numbers.
ABSTRACT. - On a
large
class of noncompact
one dimensionalhypergroups
we show that every random walk(Xn)nO
with finiteexpectation,
has a drift which tends to a limit D atinfinity. By elementary
results on Markov chains of
independent interest,
we can then deducea law of
large
numberswhich,
in most cases, takes the classical formlimXn/n
= D a.s.A.M.S. Classification : 60 F 15, 43 A 05.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Probabilités et Statistiques - 0246-0203
Vol. 32/96/06/$ 7.00/© Gauthier-Villars
INTRODUCTION
L’intérêt pour l’étude du
comportement asymptotique
des marches aléatoires sur leshypergroupes
remonte à une trentaine d’années.Déjà
à la fin des années
cinquante,
Gertsenshtein et Vasilov[11] et Karpelevich
et al.
[19]
considéraient des marches aléatoires sur le demiplan
de Poincaré-Lobachevsky SL ( 2, R)/SO(2)
pour résoudre unproblème d’impuretés
dansun
guide
d’onde. Mais la loi de ces marches étaitisotrope
et la situationappartenait
en fait àl’hypergroupe
des doubles classesS L ( 2 ; f~ ) / / SO ( 2 ) ^_J [0, -E-oo ~.
Desquestions analogues
furent alors étudiées sur les espaceshyperboliques ([9], [ 12]),
les espaces à translationsgénéralisées
de Delsarte et Levitan([3], [28])
etplus
tard sur lescouples
de Gelfand([17], [23]).
L’étude de la convolution des mesures àsymétrie sphérique
del’espace
euclidien(en
fait celle ducouple
de GelfandR~
x30 ( d) / / 30 ( d) )
conduisait d’autre
part
Haldane[15]
etKingman [20]
à mettre en évidencedes situations intermédiaires de
paramètre
acompris
entre d et d + 1dont
l’interprétation géométrique manquait
mais où on obtenait les mêmesthéorèmes limites. La théorie des marches aléatoires sur les groupes et les espaces
homogènes qui
s’est ensuitedéveloppée
autour de Guivarc’ h et al.([13], [14])
servait aussi de motivation pour examiner deplus près
le casdes
couples
de Gelfand oùl’analyse
de Fourier[1] est
un outil très efficace dansl’investigation
despropriétés asymptotiques.
La notion
d’hypergroupe (voir
leparagraphe 1)
réalisant lasynthèse
detous les
exemples précédents,
il était naturel de considérer laquestion
ducomportement
limite des marches aléatoires dans ce cadrethéorique.
Ainsila loi des
grands
nombres a été étudiée sur divershypergroupes (K, *)
avecK c R
(ou IRd) ([2], [8], [31], [34], [35]). Généralement,
la méthode suivie consiste à trouver des fonctions moments et une notiond’espérance
et devariance
généralisées qui permettent
de « cas ser » la convolution de( ~, ~ )
et d’utiliser les méthodes
classiques
deKolmogorov
et Doob(cf. [31 ], [34]).
Mais ces fonctions moments ne sont pas obtenues de manière
intrinsèque
et leur mise en évidence nécessite dans
chaque exemple
un calcul difficile.C’est l’un des
principaux
inconvénients de ceprocédé.
Dans cet article nous abordons le
problème
d’unpoint
de vuecomplètement
nouveau en utilisant la notion très concrète de dérive d’une chaîne de Markov. Nous avons en effet découvert que pour une vaste classed’hypergroupes
noncompacts
de dimension un(en
fait laplupart
des
exemples connus)
les marches aléatoires avec moment(usuel)
d’ordreun, ont une dérive stable à l’infini. Ce
phénomène peut
très facilement être mis àprofit
pour obtenir des lois desgrands
nombres. C’est ce que nousmontrons dans une
première partie
de notre travail où nous établissons par unetechnique
demartingale, quelques
lois desgrands
nombresayant
un intérêt
indépendant
deshypergroupes.
Enparticulier
nous étudions desconditions pour
qu’une
chaîne de Markov réelle(Xn)n2::0
dont la dérivetend vers une constante D à
l’infini,
vérifie une loi desgrands
nombressous la forme lim
Xn/n
= D p.s.. Ces résultats trèssimples qui
sontréduits ici à leur strict ,
minimum,
mériteraient une étudeapprofondie
quenous
espérons pouvoir développer
ultérieurement.Le
paragraphe
2 contient desrappels
sur leshypergroupes.
Dans lapartie
3 nous introduisons la nouvelle classe deshypergroupes
stablespour
lesquels
nous établissons la loi desgrands
nombres auxparagraphes
suivants. La
partie
4 est consacrée à une méthode de troncature utilisantune
représentation
deXn
commepseudo
somme de variables aléatoires iidet
qui permet
d’obtenir la loi desgrands
nombres avec moment d’ordreun sous la forme
où
d ( x )
est la dérive en x e K de la marche aléatoire( X n ) .
Une loi desgrands
nombres sous la forme habituelle limXn /n
= D p.s. en découledans la
plupart
des cas ainsiqu’une
valeurexplicite
de D =D (,~),
fonctionde la
loi
de(Xn)
et de la structured’hypergroupe.
Nous terminons dans lapartie
5 parquelques
remarques concernant des lois desgrands
nombresdéjà
connues que nos résultats contiennent etprécisent
et par unepropriété
d’additivité de
l’application D(J1) qui
lui donne une sorte delégitimité
à être
l’espérance (généralisée) intrinsèque
del’hypergroupe ( K, * ) .
1. LOIS DES GRANDS
NOMBRES
POURCERTAINES CHAÎNES
DE MARKOVSoit
(Xn)nO
une chaîne de Markovayant
pour espace des états un borélien E de R~ et dont le noyau de transition à l’instant k E estdonné par
d~) _
E =x).
SiP~
= P(indépendant
de
k), (Xn)nO
estsimplement
une chaîne de Markovhomogène.
Noussupposerons dans toute la suite que pour tout k E
N*,
et tout x EE,
laprobabilité P~ (x, . )
a un moment d’ordre 1. Il est alors habitueld’appeler
dérive
(ou
drift enanglais)
de à l’instant k la fonction vectorielled~ : E -~
R~ définie parVol. 32, n° 6-1996.
Dans le cas d’une chaîne de Markov
homogène,
on a bien entendudk
= d(indépendant
dek).
DÉFINITION 1.1. - On dit que est à accroissements bornés dans
L2 (condition AB)
si pour tout k EN*,
la fonction nonnégative
est définie et bornée sur E
( ~ . ~ ] désigne
la normeeuclidienne).
On noteraalors
Il
c~ sup~EE
THÉORÈME 1.2. - Soit une chaîne de Markov à accroissements bornés dans
L2
et telle que +oe. Alors(où
0désigne
le vecteur nul deDémonstration. - Soit la filtration naturelle du processus
(Xn)nO’
On a =
dn(Xn-1)
par définition de la dérive. Il en résulte aussitôt que le processus défini parMo
=x(E E)
etest une
martingale
à valeurs dans IRq. On montre alors comme en dimensionun que l’accroissement
Zn
=Mn - Mn-l
vérifieet que le
processus {|Mn|2 , n ~ 0}
est une sousmartingale.
D’autrepart
on a
car
La série est donc
convergente
et un résultatclassique
de Chow
([26]
p.153)
montre alors quelim
= 0lP:r
p. s .. D’où le théorème. DCOROLLAIRE 1.3. - Si est une chaîne de Markov
homogène satisfaisant (AB) (voir l.1 )
alorsDémonstration. - On a cn = c
(indépendant
den)
et la condition du théorème estautomatiquement
vérifiée. DRemarques
1.4. -a)
Le corollaire 1.3 contient la loi desgrands
nombresclassique (avec
moment d’ordre2).
En effet siXn = ~1
+ ... +~n
où les~~
sont des variables aléatoires i.i.d
ayant
un moment d’ordredeux,
la chaînede Markov satisfait
(AB)
et sa dérive est constante etégale
àb)
Nous verrons dans lapartie
consacrée auxhypergroupes qu’il
existe deschaînes de Markov
qui
ne sont pas à accroissements bornés dansL2
etqui
satisfont la conclusion du corollaire 1.3. C’est
pourquoi
nous introduisons la définition suivante :DÉFINITION 1.5. - On dira que la chaîne de Markov
homogène
satisfait la
propriété (L)x (au point x
EE)
siHypothèse générale
1.6. - Dans toute la suite de ceparagraphe
noussupposerons sans le
répéter
danschaque énoncé,
que la chaîne de Markov est à dériveasymptotiquement
stable i.e.homogène
à valeursréelles avec E = ou N et sa dérive d est une fonction bornée
sur E telle que :
PROPOSITION 1.7. - Si la chaîne de Markov
satisfait (L)x
et silim
~Xn ~ _
+00 p.s., alors lim ~~L = D -~p.s.Démonstration. - La suite
d(Xn)
converge vers D parhypothèse (1.6.1)
donc ses moyennes de Cesaro aussi d’où le résultat. D
Vol. 32,n° 6-1996.
THÉORÈME 1.8. - Si E = 7~ ou ~I et si la chaîne
( X n ) n ~ o vérifie
lapropriété (L)x
alors :(i)
si x est récurrentpositif
on a lim = 0Px
p.s.(ii)
si x est récurrent nul outransient,
on a lim = DPx
p.s.Démonstration. -
i)
Soit ~r laprobabilité
invariante(concentrée
sur la classe des élémentsqui communiquent
avecx).
La dérive d est ~rintégrable (car bornée)
et le théorèmeergodique
pour les chaînes de Markov donne immédiatementOn a donc aussi lim
Xn/n
=d) ~~
p.s.. Sid)
était nonnul,
larécurrence de
Xn
serait contredite donc(7r,d)
= 0. D(ii)
Onpeut
se restreindre au cas récurrent nuld’après
laProposition
1.7.Soit la
mesure invariante de la chaîne. Pour tout k EN,
la fonctionqui
vautd(x) -
D si x E[-k, k]
et zéro si|x|
>k, est intégrable (car
àsupport fini).
La loi desgrands
nombres pour lesquotients
defonctionnelles
(cf [4]
p.127)
donne :pour tous les entiers k et m. Il en résulte que
pour tout entier m. Mais lim +00, donc la
lim sup précédente
est nulle et on a en faitpour tout entier k. Or la fonction
f
= d - D tend vers zéro à l’infini.Étant
donné E >0,
il existe doncKE
E N* tel queuniformément pour x E E dès que
I~ > KE .
Pour un tel entierk,
on a ainsiAnnales de l ’Institut Henri Poincaré - Probabilités
quel
que soit n E N*. Grâce à(1.8.1)
on déduit queD’où
f(Xi)
= 0Px
p.s.puisque
E est arbitraire. Les moyennes de Cesaro ded(Xi) convergent
donc vers D~~.
p.s.. D’où le résultatii) grâce
à lapropriété ( L ) ;~..
DRemarque
1.9. - Pour les chaînes à accroissements bornés dansL2
on a donc une loi desgrands
nombrescomplète
dans le cas discret. Le cascontinu est évidemment
plus délicat;
nous ne l’aborderons que dans le cas D = 0. Dans le cas de(1.8)
onpeut
noter que :1 )
Dans le cas récurrentpositif,
on n’a pastoujours
D = 0 parexemple
si E = N on
peut
trouver facilement des chaînes avec D 0.2)
Dans le cas récurrent nul on atoujours
D = 0 mais D = 0 estaussi
possible
dans le cas transient(par exemple prendre
sur N unechaîne de naissance et mort avec une
probabilité
d’avancerp(n; n
-t-1)
=1/2
+(n
EN*)
avec a une constante strictementsupérieure
à1).
3)
Si D =0,
on atoujours
= 0~~.
p.s.(voir 1.10).
THÉORÈME 1.10. - Si est une chaîne de Markov
satisfaisant
et telle que D =
0,
alors limX,n/n
= 0 p.s.Si E = N ou Z la preuve de 1.10 résulte de 1.8 mais dans le cas
général
elle découle du lemme
analytique
suivantLEMME 1.11. - Soit
(un)
une suite de nombres réels etf :
f~ -~ (~ unefonction
bornée et telle que limf (x)
= 0.Supposons
queDémonstration. - Soit En =
u.n /n - (n
EN)
et soitE > 0. Par
hypothèse
il existe A > 0 telque
> Aimplique
E.Notons M = E
E~.
Il y a deux caspossibles :
(i)
Il existe un entier N tel que~un ~ ]
> A pour tout n > N. Alors pour tout n >N,
on aVol. 32, n° ° 6-1996.
ce
qui
montre quelimsup
3E.(ii)
Il existe une suite strictement croissante d’entiers(np)
telle querunp E ~-A, A].
Pour tout p E N* et tout entier q E on aD’où
ce
qui
montre aussitôt que lim 5E.Dans tous les cas 5E d’où le résultat
puisque
E estarbitraire. D
Remarque
1.12. - SiD ~ 0,
onpeut
dans certains cas montrer que la chaîne de Markov est transiente à conditionqu’elle
vérifie une certainehypothèse
d’irréductibilité. C’est ce que montre le résultat suivant que nous considérons commepurement
illustratif.PROPOSITION 1.13. - Soit une chaîne de Markov
satisfaisant
la condition
(AB) (voir l.1 )
et à espace d’états E = On suppose deplus
que a des sauts bornésinférieurement (Le.
~B >0,
Vx EE,
-BP.c p.s.)
etvérifie Px(lim sup Xn
= = 1pour un x E E
(condition d’irréductibilité).
Alors D > 0implique
lim +oc
P~
p.s.La preuve
qui
utilise les idées deLamperti (cf. [21])
nécessite le lemme suivant :LEMME 1.14. -
(cf ~21 J
Th.2.2,
p.318)
Soit(Xn)nO un p rocessus à
valeurs dans l’intervalle borné
[0, T ]
et telque P(lim
supXn
=T )
= 1.On suppose
qu’il
existe M T tel queAlors lim
Xn
= T P p.s.Démonstration de 1.13. - Notons
Fx(dy)
la loi deX 1 -
x sachantXo =
x. On a évidemmentPour le processus
Yn
= 1 -(1
+ on voit facilement que pour tout entier n et tout x > B :où 0 =
0(x, y) 1~ [ d’après
la formule deTaylor Lagrange appliquée
à la fonction
f (x,)
=(x
+1)-1.
Mais le terme résiduel estmajoré
parIl
c(x
+ 1 -B)-3
si x > B. Si deplus
x est assezgrand (~ > xo)
pour que
cl(~c) > D/2
>0,
on apour x ~
xi. Ainsi siYn >
M = 1 -(xi
+1)-1.
Le lemme 1.14
appliqué
àYn
donne alors immédiatement le résultat 1.13 D.2.
RAPPELS
SUR LES HYPERGROUPESPour faciliter la lecture de la suite de cet article nous
présentons
brièvement les
principaux exemples d’hypergroupes
dont il estquestion
dans les
paragraphes
suivants.DÉFINITION 2.1. - Soit K un espace
topologique
localementcompact
à base dénombrable(LCD)
et * uneopération
bilinéaire etséparément
continue
(pour
latopologie faible)
surl’espace M(K)
des mesures deRadon
complexes
bornées surK, appelée
convolution etqui préserve
lesprobabilités (i.e. Mi(K) * Ml(K)
cMl(K)).
On dit que(K, *)
est unhypergroupe (ou
convo au sens de Jewett[18])
si lespropriétés
suivantessont satisfaites
(8 désigne
une masse deDirac) :
1) (associativité) 8x * (8y * bz ) _ (8x (Vx,y,z
EK).
2) (élément unité)
Il existe e E K tel que8x = b~. * 8e
=8x (Vx
EK).
3) (involution)
Il existe une involution continue x - X- de K telle queVol. 32, n° 6-1996.
où pour E
Mi (K), - désigne l’image
par .c ~ .r et supp est lesupport de
4) (continuité) szcpp(b;x.
*by)
estcompact (Vx, y
EK)
eta) l’application (x, y)
~--~ deK2
dans est continue pour latopologie
faible.b) l’application (x, y)
~by)
de K dans l’ensemble desparties compactes
de K est continue pour latopologie
de Hausdorff.Dans toute la suite de l’article nous ne considérerons que des
hypergroupes
commutatifs i.e. satisfaisant= by ~ b~ (Vx,
y EK).
En
particulier
si l’involution « - » estl’identité,
on ditque K
est hermitienet 3a montre aussitôt que K est commutatif.
Pour deux mesures et v E
M(K)
et pour toutef
EB (K) (ensemble
des fonctions mesurables bornées sur
K)
on a bien entenduPour IL
EM(K),
on définit la translatéeT, f
def
EB(X)
par IL(ou
même de
f
localement bornéesi IL
est àsupport compact)
par la formuleOn
abrège
enTx lorsque == 8x
et on écrira aussi = *f
de sortequ’on
a la formuleagréable
suivantepour toutes E
M(K)
etf
EB(K).
D’après
un résultat deSpector [25]
touthypergroupe (commutatif)
aune mesure de Haar m
unique
à constantemultiplicative près
i.e. unemesure de Radon
positive
m sur K telle que(m, Txf)
=(V f
ECc(K)
et Vx EK).
Tout
hypergroupe
commutatifpossède
un dualÀ
et uneanalyse
de Fourier mais comme nous n’en aurons pas besoin dans cet article nousrenvoyons le lecteur intéressé à
[18].
Exempl es
2.2. - Tout groupe G est évidemment unhypergroupe
pour la convolution naturelle =bxy
mais les espaces de doubles classes sont lesexemples
clés : Soit G un groupe LCD et H un sous groupecompact. L’espace K
=G//H
=~HgH; g
EG~
des doubles classes est unhypergroupe lorsqu’il
est muni de latopologie quotient,
de l’élémentunité H eH
(où
e est le neutre deG),
de l’involution( HgH ) -
=et de la convolution
où dh est la mesure de Haar de H. La mesure de Haar de
(K, *)
estalors m =
fG 03B4HgHdg (avec dg
la mesure de Haar deG). Lorsque
laconvolution
(2.2.1)
estcommutative,
on dit que(G, H)
et(par
abus delangage) que
=G//H
est uncouple
de Gelfand.2.3.
Hypergroupes
de Chebli-TrimècheSoit A une fonction strictement croissante non bornée sur telle que
A(0)
= 0. On suppose Adérivable, A’/A
décroissante surI~+
etA’(X)/A(x)
=cx/x
+B(x)
dans unvoisinage
dezéro,
où a > 0 et B estune fonction
impaire
de classe CCXJ sur R. Considéronsl’opérateur
Chebli
[3]
et Trimèche[27]
ont montréqu’il
existe uneunique
structured’hypergroupe ( I~+ , * )
surR+
muni de satopologie usuelle,
telle que pour toute fonctionpaire f
de classe C°° surR,
la fonction u définie surR+
x parsoit solution du
problème
deCauchy hyperbolique Lxu
=Ly u
de conditions initialesu(x, 0)
=f(x)
et0)
= 0. Cethypergroupe
esthermitien et d’unité 0. De
plus
la convolution est telle queUn
couple
de GelfandG//H ^_~ R+
esttoujours
dutype
Chebli-Trimècheavec une fonction
A(x)
de l’une des formes suivantes :1),
2), 2), 2)
et(cf [33]).
Cecicorrespond
au cas oùl’espace homogène G/H
est l’un des espaces Riemannienssymétriques
noncompacts
de rang 1 suivants :Vol. 32, n° 6-1996.
Dans ce cas L est la
partie
radiale del’opérateur
deLaplace
Beltramide
G / H
etA ( x ) s’interprète
comme l’aire de la boule Riemannienne de rayon x(cf [16]).
2.4.
Hypergroupes polynomiaux
Soient
(rn )
trois suites de nombres réels tels que pn >O,rn
>0, qo
= 0 et pn + rn+ qn
= 1 pour tout n E N. Lespolynômes
définis parPo -
= x etforment une suite
(Pn, n > 0)
depolynômes orthogonaux
sur[-1.1]
pour une certaine mesure S’ils sont à coefficients de linéarisation
non
négatifs (i.e.
si pour tout m et n, on aP.,.,.z { x ) Pr,, {x )
_~m ~,m_n~ c{m,
n,r)Pr (x)
avecc{m,
n,r) >
0 pour toutr)
on définitune structure
d’hypergroupe
hermitien(N, *)
sur N avec e = 0 etC’est
l’hypergroupe polynomial
associé auxparamètres ( pn ) , ( qn )
et( ~r~, ) .
On dit
qu’il
est àparamètres convergents
si les limites lim pn = p E]0;1 ~ et lim qn
= qE~O;1 ~ existent. Presque
toutes les famillesclassiques
de
polynômes orthogonaux
sur~-1;1]
sont associées à des structuresd’hypergroupes (cf. [22]).
DÉFINITION 2.5. - On
appelle
marche aléatoire de loi ~c E surl’hypergroupe (K, *),
toute chaîne de Markovhomogène
denoyau de transition
d~) _ (b~
*(cf. [6], [7]).
Remarque
2.6. - Dans cet article nous ne nous intéressons pas auxhypergroupes compacts
surlesquels
la loi desgrands
nombres est triviale.3. HYPERGROUPES STABLES
3.1. - Soit
(K, ~)
unhypergroupe (commutatif)
telque K
c tR. Si K = (~avec sa
topologie usuelle,
iln’y
aqu’une
seule structured’hypergroupe;
c’est celle de groupe additif usuel
(cf [33]).
Sur par contre il y ade nombreuses structures
d’hypergroupe
et àisomorphisme près,
onpeut
supposer que la convolution vérifie lapropriété
suivante :Le cas discret
(i. e.
K = N avec latopologie discrète)
estplus
varié maisdans la
plupart
desexemples
connus la convolution vérifie aussi(3.1.1 ).
DÉFINITION 3.2. - Soit
(K, *)
unhypergroupe hermitien,
d’unité0,
telque K = f~l ou
(~+ (avec
latopologie usuelle)
et dont la convolutionvérifie
la condition(3. l.1 ).
On diraqu’il
est stable si pour tout y EK,
-la limite
lim E(03B4x
*03B4y) -
x =D(y)
existedésigne l’espérance
dela
probabilité ~c).
Remarques
3.3. -1) Pour y
E Kfixé,
laprobabilité bx
*by
a uneespérance E(03B4x
*by )
~ xquand
x ~ oo et ladifférence E(03B4x
*by ) -
x estmême bornée
(par y).
Si elle a une limitequand
x -~ il est natureld’y
voir unepropriété
de stabilité de la convolution. Voici une autre raison :2)
Si est une marche aléatoire surK,
de loi ~c = sa dérive(cf ( 1.0))
estprécisément
la fonctiond(x)
*by ) -
x . On demandedonc que la dérive soit stable à l’infini.
3)
Il aurait étépréférable
deparler d’hypergroupe
à convolutionasymptotiquement
stableplutôt
qued’hypergroupe
stable mais cetteterminologie
al’avantage
d’êtreplus
concise.PROPOSITION 3.4. - Sur un
hypergroupe
stable(K, *),
toute marchealéatoire de loi ~.c ayant une
espérance finie
est à dérive bornée etasymptotiquement
stable de limiteDémonstration. - Si
~(bx ~ by) -
~, on a~d(~; ~) ( ?/
pour tout xd’après (3.1.1 ).
La fonctiond (~; . )
estdonc intégrable
car~c a un moment d’ordre 1.
Or par définition de la convolution
(voir (2.1.1 ))
est la dérive en x de la marche aléatoire de loi On a
alors lim
d’après
le théorème de convergence dominée. DVol. 32, n° 6-1996.
THÉORÈME 3.5. - Les
hypergroupes
de Chebli- Trimèche( ~+ , ~ ) engendrés
par la
fonction
A sont stables et pour tout y E on aPour la preuve on aura besoin du résultat suivant
LEMME 3.5.1. - Soit
LI’ opérateur (2.3.1 ).
Pour toutefonction
g de classeC2
sur R et telle queg’(0)
=0,
on aDémonstration. - On
peut invoquer
un résultat de[29]
mais il estplus simple d’intégrer
parparties l’intégrale
cidessus,
on obtientd’où le résultat
puisque
le terme toutintégré
est nul. DDémonstration du théorème 3.5. - Soit ~o > 0. Pour ~; assez
grand,
lafonction
~définie
parest de classe
C2
et vérifieg~. (0)
= 0. En effet soit E >0;
onpeut
trouverune fonction
paire f (t)
de classe C~ telle quef (t)
= t si t > E. Pourx > go + E on a alors :
avec les notations de
(2.1.2)
etu(x, y) =
satisfait auproblème
de
Cauchy hyperbolique
associé àl’opérateur
L. Enparticulier
gx est de classeC~
etg~ ( o )
= 0 pour tout x > fixé. D’autrepart
comme Lcommute aux translations
Tz.
on a pour tout x > go + E :Annales de l’Institut Henri
où Id est la fonction t, ~ t,. On a alors
pour tout t E
(~~
fixé. La formule(3.5.1)
avec g - gx et y fixé et le théorème de convergence dominée donnent alorsd’où le résultat. D
THÉORÈME 3.6. - Tout
hypergroupe polynomial (N, *)
àparamètres
convergents est stable et pour
tout y ~ N,
on aLa preuve est basée sur le lemme suivant
LEMME 3.6.2. - Avec les notations de
(2.4.2)
et sil’hypergroupe ( f~l, ~ )
està
paramètres
convergents, alors pourtout y ~ N
et tout l E{0,..., 2y},
la limite
Démonstration. - Comme la convolution est telle que
le résultat est donc vrai pour y = 1. On voit de même que les masses de tendent aussi vers une limite
lorsque x -~
Par récurrence ilen est de même des coefficients
(masses)
de laprobabilité bx; ~ 8i
pour toutyEN
fixé(8i
=bl ~ ~ ~ ~ ~ bl, ~ fois).
Mais par définition de laconvolution,
8y
est une fonctionpolynomiale
debl, précisément
où
P~
est le~P polynôme
de la famille( P,z ) .
Il en résulte alors immédiatement que les masses de8;r- * 8y
i. e. les + y -f): f
E~0, ~ ~ ~ . 2~/}}
tendent vers une limitequand
~~ -~ +00. DVol. 32, n° 6-1996.
Démonstration du théorème 3.6. - On a
(si
x >y) :
Posons
by ) -
x. Grâce à 3.6.2 on a doncEn utilisant ensuite de manière
répétitive
la relation(3.6.4),
on montreaisément que l’on a :
Si on fait tendre x vers dans
(3.6.5)
on obtientavec
D (0)
= 0 etD ( 1 )
= p - q. Il est facile de résoudre cetteéquation
aux différences finies en
posant 0394(z)
=D ( z ) - D ( z - 1),
03B1z =et
bz
= p -q/pz-i,
on obtientet par récurrence descendante :
On obtient alors la formule annoncée pour
D ( y )
en sommant tous les~ ( z )
de z = 1 à ~. D
PROPOSITION 3.7
(loi
desgrands
nombres avec moment d’ordre2). -
Soitune marche aléatoire de loi ~c sur un
hypergroupe
stable(I~. *)
telle que ~c ait un moment d’ordre deux
(au
sensusuel).
Alors(X~ ) satisfait
la
propriété (L)x(Vx
EK) (voir 1.5)
i.e. :où
d(x) = ~c) - ~
est la dérive de(Xn).
Démonstration. - Grâce à la condition
(3.1.1)
sur laconvolution,
on ace
qui
montre que est à accroissements bornés dansL2,
lecorollaire 1.3 donne alors le résultat. D
Remarque
3.8. - Les résultats duparagraphe
1s’appliquent
alorsimmédiatement à En
particulier
on obtient la limite deXn /n
dans le cas
discret,
dans le cas transient oulorsque
= 0. Le but duparagraphe
4 est de montrer que(3.7)
est encore vrai avec seulement unehypothèse
de moment d’ordre un pour ~.Remarque
3.9. - En ce moment nous ne connaissons pasd’exemple d’hypergroupe
non stable. Nous laissons donc ouverte laquestion
de savoirsi une loi des
grands
nombres estquand
mêmepossible
dans ce cas.4. LA LOI DES GRANDS NOMBRES SUR LES HYPERGROUPES STABLES
4.1. Pseudo sommes
Depuis
les articles[15] et [20],
on saitqu’on peut
de diverses manièresreprésenter
l’état d’une marche aléatoire deloi Il
sur unhypergroupe (K, *)
comme unepseudo
somme de variables aléatoires~~.
iid à valeurs dans K et de loi ~~. Onpeut
se référer à[34]
mais il estplus simple
d’endonner brièvement une construction.
Étant
donné uneprobabilité v
sur!R,
de fonction derépartition F(t) = v(] - t])
et Z : SZ -~~0, 1]
une v.a.uniforme,
il est bien connu que la v.a.(définie
surf2) :
Vol. 32, n° 6-1996.
est de loi v sur l~ . Si maintenant
( I~. ~ )
est unhypergroupe
avec K c~,
pour construire une v.a. de à
partir
de deux v.a.indépendantes
X et Y à valeurs dans K et de lois
respectives
et v, il suffit de choisirune v.a. auxiliaire Z
indépendante
de(X, Y)
de loi uniforme sur~0. l~
puis
de définirz
Nous dirons alors que S = X + Y est la
pseudo
somme de X et Yrelativement à Z. On
peut
alors construirecanoniquement
une marchealéatoire de loi sur K à
partir
d’une suite(03BEn)
de v.a. i.i.d deloi
etd’une suite auxiliaire
indépendante (Zn)
de v.a. i.i.d uniformes sur~0, 1]
Z Il Z’T2
en
posant X o
= = a +!;i
etXn
=-~- ~yZ pour n >
1. Onécrira alors
en
respectant
l’ordre des facteurs car cettepseudo
somme n’est pas commutative.4.2. Méthode de troncature
Avec les notations de
(4.1.1),
supposons que IL a un moment d’ordre 1 et pour tout c > 0(fixé),
posonsLa v.a.
tronquée £(
est de loi ~c~.qui
est manifestement telle quepour toute fonction h mesurable bornée sur K et où
~~~~. (0) _ 0)
+~ (~~ > ck).
Considérons maintenant lapseudo
sommeoù la suite auxiliaire
(Zk)
est la mêmequ’en (4.1.1 ).
Le processusest clairement une chaîne de Markov non
homogène
dont le noyau de transition à l’instant k est donné pardy) = (8x * (dy)
et dont ladérive à l’instant k est la fonction
Rappelons
qued(~) ==
est la dérive de la marche aléatoireXn.
Le résultat crucial suivant montre quedk
est uniformémentproche
ded
lorsque k ~ +~ :
LEMME 4.3. - Avec les notations de
4.2,
on aDémonstration. - En utilisant
(4.2.2)
et le fait =0,
on obtient
et le
majorant
tend clairement vers zéro uniformément en x. DLEMME 4.4. - Si est le moment d’ordre 2 de la
probabilité
k(voir 4.2),
on a M2( k) k2 +oc.Démonstration. - Ce résultat est
classique (cf [5]
p.240).
THÉORÈME 4.5. - Sur un
hypergroupe
stableK,
toute marche aléatoire ayant une loid’espérance finie, satisfait
lapropriété (L)~. (i.e.
la loi desgrands
nombres1.5)
pour tout x E K.Démonstration. - Le lemme 4.4 montre
qu’on peut appliquer
leThéorème 1. 2 à la chaîne de Markov On a donc
Or on a
Vol. 32, n° 6-1996.
où Ek
=~ dk -
tend vers 0d’après
4.3 donclim n-l 03A3nk=1
Ek = 0et on
peut remplacer dk
par d dans la formule(4.5.1).
Si on considèremaintenant l’ensemble
on a
Xn(w)
= pour tout n et tout c~ EA~. D’après (4.5.1)
et(4.5.2)
on a donc
pour tout cv E
A~.
Mais = 1 -l~c~) >
1 -~~, ~(~~; >
=
1 - 1 ~(~c)
--~ 1quand
c -~ +ce. D’où le résultat. DCOROLLAIRE 4.6. - Sur un
hypergroupe
de Chebli- Trimèche ou sur unhypergroupe polynomial
stable avec p > q, toute marche aléatoireayant
une loi ~cd’espérance finie, satisfait
la loi desgrands
nombresoù la constante est donnée par les
formules (3.4.1 ), 3.5, (3.6.1 ).
Démonstration. - Si
l’hypergroupe
est deChebli-Trimèche,
le résultat découle de 1.10si p
= 0.Si # 60
etsi p
>0,
la marche aléatoire esttransiente ; ([10]
ou[30]) permet
de conclure(p
est définidans le Théorème
3.5). Lorsque l’hypergroupe
estpolynomial
le résultatdécoule de 1.8. D
Remarques
4.7. -1) Lorsque l’hypergroupe polynomial
est stable avecp q, on a bien entendu lim = 0
Px
p. s . conformément à 1.8i).
2)
Dans le cas p > 0 et p > q le résultat de 4.6 avait été obtenu dans[31] ]
et
[34]
mais le « cas difficile » p = 0 et p q résistait aux méthodes utilisées.3)
Le corollaire énoncé pour leshypergroupes polynomiaux,
est vrai pourtoute structure
d’hypergroupe
discret stabled’après
1.8.5.
REMARQUES
FINALESLa constante de la loi des
grands
nombres a aussi unesignification
analytique
commel’indique
le résultat suivant.PROPOSITION 5.1. - Sur un
hypergroupe
stable(K, *),
pour toutes lesprobabilités
~c et v EMl (K) d’espérance finie,
on aDémonstration. - Il est clair
qu’il
suffit de prouver le résultatlorsque
~4 =
by
et v =bz
sont des masses de Dirac. Avec la notationd(x; t)
_ *st) -
x., on a : .Le résultat découle alors immédiatement du lemme suivant LEMME 5.1.2. - Pour tous y, z E K on a
Démonstration. - Si I d
désigne
la fonction identité surK,
on agrâce
à
(2.1.3) :
Mais si on fait tendre x ~ +00, on a aussi t ~ +0oc, la fonction sous le
signe
somme tend vers la constanteD ( z )
et le résultat s’en suit. DRemarque
5.1.3. - Lafonction y ~ D(y)
est donc une fonction momentd’ordre 1
généralisé
au sens de Zeuner[35] ]
del’hypergroupe ( K, ~ ) .
Laloi des
grands
nombress’interprète
alors comme la convergence deXn /n
vers
l’espérance généralisée
de la loi ,u de la marche aléatoire.5.2. - Soit R =
G/H
un espace Riemanniensymétrique
noncompact
de rang 1 et1 x 1
la distance riemannienne de x E R àl’origine.
Soit vune mesure de
probabilité
sur R invariante àgauche
par H etune marche aléatoire
gauche
sur R de loi v. Ladistance 1
=Xn
estclairement une marche aléatoire de loi v
profil
de v surl’hypergroupe
desdoubles classes =
[0, +oo[ (précisément v(A)
= ER; ~x~
EA~
pour A borélien de
!R+).
La loi desgrands
nombres 4.6exprime
alors que= p.s.
Évidemment
dans ce cas la convergencede
résulte
plus simplement
du théorèmeergodique
sous additif(cf. [ 13])
maisnotre méthode fournit une valeur de la limite.
Vol. 32, n° 6-1996.