Cours Analyse (Maths fondamentales)
Cours de L2, 2020-2021 Université PSL
David Gontier
(version du 27 mai 2021).
Cours Analyse (Maths fondamentales)deDavid Gontierest mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution- Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0
International.
TABLE DES MATIÈRES
1 Séries Entières 8
1.1 Rayon de convergence . . . . 8
1.1.1 Définitions . . . . 8
1.1.2 Comparaison de rayons de convergence . . . . 10
1.1.3 Calcul de rayon de convergence . . . . 11
1.2 Opérations sur les séries entières . . . . 11
1.3 Fonctions développables en séries entières . . . . 12
1.3.1 Définitions et propriétés . . . . 12
1.3.2 Arbre de décision des séries entières . . . . 14
1.3.3 Développement de Taylor . . . . 14
1.4 Quelques exemples . . . . 15
1.4.1 La fonction exponentielle . . . . 15
1.4.2 Les fonctions trigonométriques. . . . . 15
1.4.3 Logarithme . . . . 17
1.4.4 Arctan . . . . 17
1.4.5 Fonction puissance (1 + x)
α. . . . . 17
1.4.6 Fonction arcsin . . . . 19
1.5 Comportement sur le cerle de convergence . . . . 19
1.5.1 Applications : quelques jolies formules . . . . 21
2 Séries de Fourier 23 2.1 Introduction . . . . 23
2.2 Polynômes trigonométriques, fonctions continues périodiques . . . . 24
2.2.1 Polynômes trigonométriques . . . . 24
2.2.2 Un produit scalaire . . . . 25
2.2.3 Coefficients de Fourier . . . . 25
2.2.4 Meilleur polynôme trigonométrique . . . . 26
2.2.5 Le cas des fonctions continues . . . . 27
2.2.6 Et pour la norme ∞ ? . . . . 28
2.2.7 Dérivabilité et transformée de Fourier . . . . 29
2.3 Le cas des fonctions continues par morceaux . . . . 30
2.3.1 Fonctions continues par morceaux . . . . 30
2.3.2 Séries de Fourier pour les fonctions continues par morceaux . . . . 31
2.3.3 Un exemple important . . . . 32
2.4 La convergence simple : le noyau de Dirichlet . . . . 33
2.4.1 Propriétés du noyau de Dirichlet . . . . 33
TABLE DES MATIÈRES 4
2.4.2 Convergence simple pour les fonctions dérivables . . . . 35
2.4.3 Exemples . . . . 35
2.4.4 Compléments : le phénomène de Gibbs . . . . 36
2.4.5 Compléments : noyau de Féjer . . . . 36
2.5 La convolution . . . . 39
2.5.1 Définition et premières propriétés . . . . 39
2.5.2 Convolution et régularité . . . . 40
3 Intégrales à Paramètres 41 3.1 Rappels sur les intégrales . . . . 41
3.1.1 Primitives . . . . 41
3.1.2 Intégrales de Riemann . . . . 41
3.2 La théorème de convergence dominée (TCD) . . . . 42
3.3 Intégration d’une série de fonction . . . . 43
3.3.1 Exemple type . . . . 44
3.4 Intégrales à paramètres . . . . 44
3.4.1 Une démonstration alternative, sans le TCD. . . . . 45
3.4.2 Dérivabilité sous le signe intégrale . . . . 46
3.4.3 Exemple type . . . . 47
4 Transformée de Fourier 48 4.1 Introduction . . . . 48
4.2 Transformée de Fourier pour les fonctions intégrables . . . . 49
4.2.1 Premières propriétés . . . . 49
4.2.2 Régularité . . . . 50
4.2.3 Produit de convolution . . . . 51
4.3 Transformée de Fourier inverse . . . . 52
INTRODUCTION
Ces notes de cours ont été écrites dans le cadre du cours Maths Fondamentales, Analyse
1(L2, Université PSL).
Le thème général du cours concerne la représentation de fonctions sous forme de séries. Dans le chapitre 1, on s’intéressera aux séries entières, et dans le chapitre 2, aux séries de Fourier.
Au chapitre 3, nous étudierons les intégrales à paramètres, afin de conclure au chapitre 4 sur la transformée de Fourier.
Je remercie Nicolas Forien et Yijun Wan pour leur aide dans ce cours (et la rédaction des corrigés des exercices).
Nous commençons par quelques rappels important (déjà vus).
Rappels sur les différentes notions de convergence pour les fonctions
Convergence simple et convergence uniforme Soit (F
n)
n∈Nune suite de fonctions définies sur I ⊂ R .
Définition 0.1 (Convergence simple). On dit que (F
n) converge simplement vers F sur I si
∀x ∈ I, F
n(x) −−−→
n→∞
F (x).
Définition 0.2 (Convergence uniforme). On dit que (F
n) converge uniformément vers F sur I si sup
x∈I
|F
n(x) − F (x)| −−−→
n→∞
0.
Lorsque le contexte est clair, on écrit
kF
n− F k
∞:= sup
x∈I
|F
n(x) − F(x)| .
La convergence uniforme s’écrit alors kF
n−F k
∞→ 0. La convergence uniforme implique la convergence simple. La réciproque est fausse, comme le montre le contre-exemple suivant.
Exemple 0.3. La suite F
n(x) = x
nconverge simplement sur I = [0, 1] vers F(x) =
( 0 si x > 0, 1 si x = 1.
La convergence n’est pas uniforme (les fonctions F
nsont continues, mais pas la fonction F , voir Lemme suivant).
1. Page web du coursici.
TABLE DES MATIÈRES 6
La convergence uniforme a un lien fort avec la continuité, comme le montre le lemme suivant.
Lemme 0.4 (Continuité). Si (F
n) est une suite de fonctions continues qui converge uniformément vers F sur I , alors F est continue sur I.
Démonstration. Soit ε > 0. On choisit N assez grand pour que kF − F
Nk
∞≤ ε. Pour tout x, y ∈ I, on a
|F (x) − F (y)| ≤ |F (x) − F
N(x)| + |F
N(x) − F
N(y)| + |F
N(y) − F
N(y)|
≤ ε + |F
N(x) − F
N(y)| + ε.
Fixons x ∈ I. Comme F
Nest continue en x, il existe δ > 0 tel que ∀y ∈ I avec |y − x| < δ, on a
|F
N(x) − F
N(y)| < ε. On en déduit que pour tout y ∈ I avec |y − x| < δ, on a |F (x) − F (y)| ≤ 3ε.
Ceci étant vrai pour tout ε > 0, F est continue en x. Ceci étant vrai pour tout x ∈ I , F est continue sur I .
Lemme 0.5 (Intégrabilité). Si (F
n) est une suite de fonction continue qui converge uniformément vers F sur I = [a, b] un intervalle fini, alors
n→∞
lim Z
ba
F
n= Z
ba
n→∞
lim F
n, ou encore lim
n→∞
Z
b aF
n= Z
ba
F.
Démonstration. On a
Z
b aF
n− Z
ba
F
=
Z
b a(F
n− F )
≤ Z
ba
|F
n− F | ≤ Z
ba
kF
n− Fk
∞= (b − a) kF
n− F k
∞−−−→
n→∞
0.
On en déduit le théorème de dérivation.
Lemme 0.6. Soit (F
n) une suite de fonction de classe C
1sur l’intervalle fini I = [a, b] telle que
— (F
n(a)) converge vers α,
— la suite des dérivées (F
n0) converge uniformément vers une fonction G.
Alors (F
n) converge uniformément sur I vers F (x) := α +
Z
x aG(s)ds.
Démonstration. On remarque que F
0= G et F (a) = α. On utilise le Lemme précédent avec la suite (F
n0). Pour tout x ∈ I , on a
|F
n(x) − F (x)| =
F
n(a) + Z
xa
F
n0(s)ds − F (a) − Z
xa
F
0(s)ds
∞=
F
n(a) − F (a) + Z
xa
F
n0− F
0(s)ds
≤ |F
n(a) − α| + Z
ba
F
n0− G
∞.
La constant de droite est indépendante de x ∈ I. En prenant le sup sur tous les x, puis en faisant la limite n → ∞, on obtient kF
n− F k
∞→ 0.
Il est important ici d’avoir la convergence uniforme pour les dérivées F
n0et non pour F
n. Exemples 0.7. Quelques contre-exemples classiques.
— La suite de fonction F
n(x) :=
q
x
2+
n12CVU vers |x| sur [−1, 1], mais pas les dérivées : |x|
n’est même pas dérivable.
— La suite de fonction F
n(x) :=
sin(nx)nCVU vers 0, mais pas les dérivées.
TABLE DES MATIÈRES 7
Convergence normale
Lorsque F
nest de la forme F
n(x) = P
nk=0
f
k(x), on parle de série de fonctions.
Définition 0.8 (Convergence normale). On dit que la série P
∞n=0
f
nconverge normalement sur I si
∞
X
n=0
kf
nk
∞< ∞.
Attention, la convergence normale n’a pas de limite : on parle de convergence normale, mais pas de convergence normale vers ...
Si la série P
f
nconverge normalement, alors on a kF
n+p− F
nk
∞=
p
X
k=0
f
n+k∞
≤
p
X
k=0
kf
n+kk
∞≤
∞
X
k=0
kf
n+kk
∞.
Le terme de droite est indépendant de p, et tend vers 0 lorsque n tend vers l’infini (c’est le reste d’une série convergente). On en déduit que la suite (F
n) est de Cauchy (je n’utiliserai cette notion que dans ce paragraphe). De plus, pour tout I ⊂ R , l’ensemble des fonctions continues de I dans R , noté C
0(I, R), est un espace de Banach. Donc la suite (F
n) converge vers une limite. On en déduit le lemme suivant :
Lemme 0.9. Si (f
n) est une suite de fonctions continues sur I telle que la série P
f
nconverge normalement sur I , alors il existe F ∈ C
0(I, R ) telle que F
n:= P
nk=0
f
kconverge uniformément vers F sur I.
On écrit généralement F (x) :=
∞
X
n=0
f
n(x), dans le sens
F(x) − lim
N→∞
N
X
n=0
f
n(x)
!
∞−−−→
n→∞0.
Tous les théorèmes précédents s’appliquent. On a par exemple R
F
n→ R
F , ou plus exactement : Z
ba
X
n
f
n= X
n
Z
b af
n.
De plus, si les dérivées F
n0= P
nk=0
f
k0converge uniformément vers un certain G, alors X
n
f
n0= X
n
f
n!
0.
À retenir
— Convergence normale = ⇒ Convergence uniforme = ⇒ Convergence simple (CVN = ⇒ CVU = ⇒ CVS). Les réciproques sont fausses.
— Si convergence uniforme, alors on peut permuter limite et intégrale.
— Convergence uniforme des dérivées = ⇒ Convergence uniforme.
CHAPITRE 1
SÉRIES ENTIÈRES
Les séries entières forment une famille de fonctions qui ont de bonnes propriétés :
— Elles peuvent être représentés facilement (intérêt numérique) ;
— Elles sont stables par addition, soustraction, multiplication et même division ;
— Elles sont C
∞, et sont stables par dérivation/intégration.
Les séries entière peuvent être vues comme une extension de la famille des polynômes : ce sont en quelques sortes des polynômes de degré infini...
1.1 Rayon de convergence
1.1.1 Définitions
Définition 1.1 (Série Entières). Soit (a
n)
n∈N∈ C
Nune suite complexe. La série entière de terme générale a
nest la série (formelle)
∞
X
n=0
a
nz
n, notée aussi X
n
a
nz
nou X a
nz
n.
Pour le moment, tout est formel ! La variable z est une variable muette. C’est à rapprocher des polynômes P (X) ∈ R[X], où la variable X est formelle.
On aimerait donner un sens à cette série, et parler de la fonction S : C → C définie par S(z) :=
∞
X
n=0
a
nz
n.
Pour cela, il faut que la série soit convergente. On note I :=
n
r ≥ 0, la série X
n
a
nr
nconverge o
et J :=
n
r ≥ 0, la suite (a
nr
n) est bornée o
.
On a toujours 0 ∈ I et 0 ∈ J, donc ces ensembles sont non vides. On pose R
I:= sup I ∈ [0, ∞], et R
J:= sup J ∈ [0, ∞].
On note B(r) le disque complexe ouvert de rayon r, c’est à dire B(r) := {z ∈ C , |z| < r}.
Théorème 1.2 (Théorème d’Abel
1). On a R
I= R
J.
Plus précisément, si r
0> 0 est tel que la suite a
nr
n0est bornée, alors, pour tout z ∈ B(r
0), la série P
n
a
nz
nconverge (absolument).
1. Niels Henrik Abel, mathématicien norvégien, 1802-1829
1.1. Rayon de convergence 9
Définition 1.3 (Rayon de convergence). Le rayon de convergence de la série entière P
a
nz
nest le nombre commun R := R
I= R
J∈ [0, ∞].
Le disque (ouvert) de convergence est l’ensemble B(R) ⊂ C .
Preuve du théorème d’Abel. Pour commencer, on remarque que I ⊂ J . En effet, si une série converge, la suite qui la définit doit converger vers 0, donc est bornée. En particulier R
I≤ R
J.
Montrons l’autre inégalité R
J≤ R
I. Soit r
0∈ J , de sorte que la suite a
nr
0nest bornée, et soit M un majorant de a
nr
0n. Pour z ∈ B(r
0), on pose α := |z|/r
0. On a 0 < α < 1, et
∞
X
n=0
|a
n| · |z|
n=
∞
X
n=0
|a
nr
0n| |z|
r
0 n≤ M
∞
X
n=0
α
n= M
1 − α < ∞.
Pour la dernière égalité, on a reconnu la série géométrique de raison α < 1. Ainsi, la série P
a
nz
nest (absolument) convergente. En particulier, |z| ∈ I . Ceci étant vrai pour tout z ∈ B(r
0), on en déduit que [0, r
0) ⊂ I , puis que R
I≥ r
0. Ceci étant vrai pour tout r
0∈ J , on a bien R
I≥ R
J.
En pratique, il est beaucoup plus facile de montrer qu’une suite est bornée (ensemble J ), que de montrer qu’une série converge (ensemble I).
Exercice 1.4
Soit (a
n) et (b
n) deux suites telles que a
n= b
npour tout n ≥ N . Montrer que P a
nz
net P b
nz
nont le même rayon de convergence.
En reprenant les étapes de la preuve, on en déduit le corollaire suivant.
Corollaire 1.5. Les ensembles I et J sont des intervalles.
— Si I = {0}, alors J = I = {0} ;
— Si I = [0, R), alors J = [0, R) ou bien J = [0, R] ;
— Si I = [0, R], alors J = I = [0, R] ;
— Si I = R
+, alors J = I = R
+.
D’après la démonstration du théorème d’Abel, la suite |a
n| · |z|
npeut être majorée par une suite géométrique de raison strictement plus petite que 1. On obtient le lemme utile suivant.
Lemme 1.6. Pour tout z ∈ B(R), il existe M ≥ 0 et α < 1 tel que |a
n| · |z|
n≤ M α
n.
Démonstration. Puisque |z| < R, on peut trouver r
0tel que |z| < r
0< R. On applique ensuite la démonstration du Théorème d’Abel.
On a vu que si z ∈ B(z), alors la série P
a
nz
nconverge. Si |z| = R (cercle critique), on ne sait pas si la série P
a
nz
nconverge, ni si la suite a
nz
nest bornée. L’étude du comportement des séries entières sur le cercle critique fera l’objet de la fin de ce chapitre. En revanche, si |z| > R, la suite (a
nz
n) diverge (par définition de R = R
J), donc la série P
a
nz
ndiverge grossièrement.
DESSIN DU DISQUE DE CONVERGENCE Exemples 1.7. Quelques exemples importants.
(i) a
n= 1. On pose S
1(r) := P
n
r
n. La suite r
nconverge ssi r ≥ 1. Donc J = [0, 1], puis R = sup J = 1. Enfin, la série P
n
1 diverge, donc 1 ∈ / I, et donc I = [0, 1).
(ii) a
n=
n12. On pose S
2(r) := P
n 1
n2
r
n. La suite
rnn2est bornée ssi r ≤ 1. Donc J = [0, 1] et R = 1.
De plus, la série P
n 1
n2
converge, donc I = [0, 1].
(iii) a
n=
n!1. Pour tout r ≥ 0, la suite
rn!ntend vers 0, donc est bornée. Donc J = R
+, puis R = ∞ et I = R
+. (Ce sera bientôt la fonction exponentielle).
(iv) a
n= n!. alors pour tout r > 0, la suite n!r
ndiverge, donc J = {0}. On en déduit R = 0 et
I = {0}.
1.1. Rayon de convergence 10
À retenir
— On associe à une série entière un rayon de convergence R ∈ R
+∪ {∞}.
— Le cercle complexe {|z| = R} sépare le plan complexe en deux régions : si |z| < R, la série P
n
a
nz
nconverge absolument, et si |z| > R, la série diverge grossièrement (la suite a
nz
ndiverge).
— Tout peut arriver sur le cercle critique {|z| = R}.
1.1.2 Comparaison de rayons de convergence Soit P
a
nz
net P
b
nz
ndeux séries entières, et soit R
a∈ [0, ∞] et R
b∈ [0, ∞] leur rayon de convergence respectif.
Lemme 1.8. Si |a
n| = O(|b
n|), c’est à dire s’il existe C ≥ 0 tel que |a
n| ≤ C|b
n|, alors R
a≥ R
b. Si
|a
n| ∼ |b
n|, alors R
a= R
b.
Démonstration. Soit r ∈ J
b. Par définition de J
b, la suite b
nr
nest bornée : il existe M ≥ 0 telle que
|b
nr
n| ≤ M. On a alors
|a
nr
n| = |a
n| · |r|
n≤ C|b
n| · |r|
n≤ CM,
et on en déduit que la suite a
nr
nest bornée aussi. Ainsi r ∈ J
a. Ceci étant vrai pour tout r ∈ J
b, on a J
b⊂ J
a, et enfin R
b≤ R
a.
On retiendra que plus (a
n) converge vite vers 0, plus le rayon de convergence est grand.
En fait, on a beaucoup beaucoup mieux !
Lemme 1.9. Soit s ∈ R . Si a
n≤ n
sb
n, alors R
a≥ R
b. En particulier
∞
X
n=0
a
nz
net
∞
X
n=0
na
nz
nont le même rayon de convergence.
Démonstration. Soit r < R
b. D’après le Lemme 1.6, il existe M ∈ R et 0 < α < 1 tel que |b
nr
n| ≤ M α
n. On en déduit que
|a
nr
n| ≤ n
s|b
nr
n| ≤ n
sM α
n.
La suite n
sM α
ntend vers 0, donc est bornée. Ainsi, la suite (a
nr
n) est aussi bornée, et donc r ∈ I
a. Cela montre que [0, R
b) ⊂ I
a, et on en déduit R
b≤ R
a.
Pour le deuxième point, on pose b
n= na
n. On a alors a
n≤ b
n≤ na
n, et on applique le Lemme deux fois pour en déduire que R
a≤ R
b≤ R
a, puis finalement que R
a= R
b.
Remarque 1.10. On peut faire le même raisonnement pour |a
n| ≤ |c
n| · |b
n| où (c
n) est une suite telle que pour tout 0 < α < 1, c
nα
n→ 0.
Exercice 1.11
Calculer le rayon de convergence de P
∞n=1
a
nz
ndans les cas suivants :
— a
nest la n-ième décimale de π ; (on pourra remarquer que 0 ≤ a
n≤ 9).
— a
nest le nombre de diviseur de n ; (on pourra remarquer que 1 ≤ a
n≤ n).
— a
n= (−1)
n2arctan(n)n
2020;
À retenir
— Plus la suite a
nconverge vite vers 0, plus son rayon de convergence est grand.
— Si a
n= 0 à partir d’un certain rang, alors R = ∞ (c’est un polynôme !).
— Les séries entières P a
nz
net P na
nz
nont le même rayon de convergence.
1.2. Opérations sur les séries entières 11
1.1.3 Calcul de rayon de convergence
On se donne maintenant des règles de calculs pour calculer efficacement le rayon de convergence.
Lemme 1.12 (Critère de D’Alembert
2). Si
|a|an+1|n|
→ ` ∈ R , alors R =
1`. Lemme 1.13 (Critère de Cauchy
3). Si |a
n|
1/n→ `, alors R = 1/`.
Dans les deux cas, on pourra penser à la série P
∞n=0
`
nx
n= P
∞n=0
(`x)
n, qui ne converge que si |`x| < 1.
On rappelle que si une suite vérifie le critère de d’Alembert, alors elle vérifie aussi le critère de Cauchy (voir Lemme ci-dessous). On pourrait donc se contenter du critère de Cauchy.
Démonstration. Pour le critère de d’Alembert, on écrit que pour tout r > 0, on a
|a
n+1|r
n+1|a
n|r
n= |a
n+1|
|a
n| r −−−→
n→∞
`r.
D’après le critère classique de d’Alembert, la série |a
nr
n| converge ssi `r < 1. On en déduit R = 1/`.
Pour le critère de Cauchy, on écrit cette fois que
(|a
n|r
n)
1/n= |a
n|
1/nr −−−→
n→∞
`r, et on raisonne comme avant.
Suivant les suites qu’on a, il est parfois plus simple de travailler avec le critère de d’Alembert que celui de Cauchy. On fera attention cependant aux suites qui peuvent s’annuler : on ne pas utiliser le critère de d’Alembert si a
ns’annule ! On peut tenter de traiter ces termes séparément.
Lemme 1.14 (Rappel : d’Alembert = ⇒ Cauchy). Si (u
n) est une suite telle que
|u|un+1|n|
→ `, avec
` > 0. alors |u
n|
1/n→ ` aussi.
Démonstration. On remarque que
|u
n| = |u
n|
|u
n−1| |u
n−1| = |u
n|
|u
n−1| · |u
n−1|
|u
n−2| · · · |u
1|
|u
0| · |u
0|.
En passant au log et en divisant par n, on obtient 1
n log(|u
n|) = 1 n
log
|u
n|
|u
n−1|
+ · · · + log |u
1|
|u
0|
+ log(|u
0|)
. La suite log(
|u|un|n−1|
) converge vers log(`) (continuité du log), donc d’après le théorème de Cesàro,
1
n
log |u
n| converge aussi vers log(`). En passant à l’exponentielle, qui est aussi une fonction continue, on obtient que |u
n|
1/nconverge vers `.
1.2 Opérations sur les séries entières
On étudie maintenant les opérations de base pour les séries entières.
Changement d’indices Soit S
a(z) := P
∞n=0
a
nz
nune série entière de rayon de convergence R
a≥ 0, et soit b
n:= a
n+1. La série S
b(z) := P
∞n=0
b
nz
na pour rayon de convergence R
b= R
a. En fait, on a z
∞
X
n=0
a
n+1z
n!
=
∞
X
n=0
a
n+1z
n+1=
∞
X
n=1
a
nz
n= S
a(z) − a
0.
Donc zS
b(z) = S
a(z) − a
0.
Décaler une série entière, c’est la multiplier par z.
2. Jean Le Rond D’Alembert, scientifique français, 1717-1783 3. Augustin Louis Cauchy, mathématicien français, 1789-1857
1.3. Fonctions développables en séries entières 12
Multiplication par un scalaire Si b
n= λa
n, alors S
aet S
bont le même rayon de convergence, et S
b= λS
a.
La somme Si c
n= a
n+ b
n, alors la série entière S
c:= P
∞n=0
c
nz
na pour rayon de convergence R
c≥ min {R
a, R
b}, et on a S
c= S
a+ S
b. En effet, si |z| < min{R
a, R
b}, alors z ∈ B(R
a) ∩ B(R
b) est dans le disque de convergence de S
aet de S
b, et, comme toutes les séries sont convergentes, on peut écrire
∞
X
n=0
(a
n+ b
n)z
n=
∞
X
n=0
a
nz
n+
∞
X
n=0
b
nz
n.
Le produit Soit P
∞n=0
a
nx
net P
∞n=0
b
nx
ndeux séries entières et soit c
n:=
n
X
k=0
a
kb
n−k.
Alors la série entière P
c
nx
nvérifie R
c≥ min{R
a, R
b}, et pour tout |z| < min{R
a, R
b}, on a
∞
X
n=0
c
nz
n=
∞
X
n=0
a
nz
n!
∞X
n=0
b
nz
n! .
La démonstration de ce résultat est hors programme.
Dilatation Soit b
n= α
na
npour un certain α > 0. Alors S
ba pour rayon de convergence R
b:= R
a/α, et on a S
b(z) = S
a(αz). En effet, on a
S
b(z) =
∞
X
n=0
b
nz
n=
∞
X
n=0
α
na
nz
n=
∞
X
n=0
a
n(αz)
n.
La dernière somme (donc les autres aussi) est convergente si |αz| < R
a, donc si |z| < R
a/α.
1.3 Fonctions développables en séries entières
Soit P
a
nz
nune série entière de rayon de convergence R. Dans cette section, on étudie la fonction S : z 7→
∞
X
n=0
a
nz
n.
D’après ce qu’on a vu précédemment, S est bien définie sur B(R) ⊂ C . Dans ce cours, on s’intéressera principalement à ce qui se passe sur R : S est bien définie sur l’intervalle ouvert (−R, R).
1.3.1 Définitions et propriétés
Théorème 1.15. La fonction S est C
∞sur (−R, R). Toutes ses dérivées sont des séries entières de rayon de convergence R, et
∀x ∈ (−R, R), S
0(x) =
∞
X
n=1
a
nnx
n−1=
∞
X
n=0
(n + 1)a
n+1x
n.
Démonstration. Soit f
n(x) := a
nx
n. Soit 0 < r
0< R fixé. On a sup
x∈[−r0,r0]
|f
n(x)| = |a
n| · |r
0|
n.
1.3. Fonctions développables en séries entières 13
Comme 0 < r
0< R, la série de droite est convergente. Donc la série P
f
nconverge normalement sur
4[−r
0, r
0]. D’après le Lemme 0.9, il existe S e continue sur [−r
0, r
0] telle que P
f
nconverge uniformément (et donc simplement) vers S. Par unicité de la limite, on a e S(x) = e S(x) pour tout x ∈ [−r
0, r
0]. Donc S est continue sur [−r
0, r
0]. Ceci étant vrai pour tout r
0< R, S est continue sur tout l’intervalle ouvert (−R, R).
Pour la dérivée, on pose g
n(x) = f
n0(x) = na
nx
n−1. D’après le Lemme 1.9, la série entière P (n + 1)a
n+1z
na pour rayon de convergence R. En raisonnant comme précédemment, cela montre que la série P
n
g
nconverge normalement sur [−r
0, r
0]. D’après le Lemme 0.6, on en déduit que S est dérivable sur (−r
0, r
0), et que
S
0(x) =
∞
X
n=0
f
n!
0(x) =
∞
X
n=0
f
n0(x) =
∞
X
n=0
na
nx
n−1.
Enfin, comme S
0est une série entière de rayon de convergence R, on S
0est dérivable d’après ce qu’on vient de démontrer, donc S est 2 fois dérivable. En raisonnant par récurrence, on obtient que S est C
∞.
Par récurrence, on voit que la dérivée k-ème de S est une série entière de rayon de convergence R, et que
∀x ∈ (−R, R), S
(k)(x) =
∞
X
n=k
a
nn(n−1) · · · (n−k+1)x
n−k=
∞
X
n=k
a
nn!
(n − k)! x
n−k=
∞
X
n=0
a
n+k(n + k)!
n! x
n.
On se pose maintenant la question inverse : étant donné une fonction f , est-ce que f peut s’écrire comme une série entière ?
Définition 1.16 (Développement en série entière). Soit I un intervalle ouvert contenant 0, et soit f : I → R . On dit que f est développable en série entière au voisinage de 0 s’il existe une série entière P a
nz
nde rayon R > 0, et un nombre 0 < ρ ≤ R tel que (−ρ, ρ) ⊂ I et
∀x ∈ (−ρ, ρ), f (x) =
∞
X
n=0
a
nx
nSi f est développable en série entière, alors d’après le Théorème 1.15, f est une fonction C
∞sur (−ρ, ρ), et
∀x ∈ (−ρ, ρ), f
(k)(x) =
∞
X
n=0
a
n+k(n + k)!
n! x
n.
En évaluant en x = 0, tous les termes de droite s’annulent sauf celui pour n = 0. On obtient
∀k ∈ N , f
(k)(0) := a
kk! que l’on écrit sous la forme ∀n ∈ N , a
n= f
(n)(0) n! .
Autrement dit, si f est développable en série entière, alors forcément la suite a
nest unique, et donnée par la formule explicite a
n:=
f(n)n!(0). On définit la série entière S
fpar
S
f(z) :=
∞
X
n=0
f
(n)(0) n! z
n.
Dire que f est développable en série entière, c’est dire que f (x) = S
f(x) sur un voisinage de x = 0.
4. On ne peut pas prendre directementr0=R, car la sérieP
|an|Rnpeut diverger. C’est pourquoi nous considérons le rayon intermédiairer0< R.
1.3. Fonctions développables en séries entières 14
Exercice 1.17
Soit f : R → R définie par
f (x) =
( e
−x12si x > 0, 0 si x ≤ 0 .
Montrer que f est C
∞et que f
(n)(0) = 0. En déduire que f n’est pas développable en série entière.
Exercice 1.18
Montrer que les polynômes sont développables en série entière, avec ρ = R = ∞.
1.3.2 Arbre de décision des séries entières
Soit I ⊂ R un intervalle ouvert contenant 0, et f : I → C une fonction. Pour savoir si f est développable en série entière, on répond aux questions suivantes :
Question 1 : Est-ce que f est C
∞localement autour de 0 ?
• NON : f n’est pas DSE.
• OUI : on continue. On pose
S
f(x) :=
∞
X
n=0
f
(n)(0) n! x
n. Soit R le rayon de convergence de S.
Question 2 : Est-ce que R > 0 ?
• NON : f n’est pas DSE.
• OUI : on continue.
Question 3 : Est-ce qu’il existe 0 < ρ < R tel que f(x) = S
f(x) pour tout x ∈ (−ρ, ρ) ?
• NON : f n’est pas DSE.
• OUI : f est DSE.
1.3.3 Développement de Taylor
Si f est développable en série entière, son développement peut être vu comme une série de Taylor in- finie. Cela nous permet d’avoir des critères pour savoir si une fonction est développable en série entière.
On rappelle le théorème de Taylor
5.
Théorème 1.19 (Développement de Taylor). Si f est C
∞sur (−ρ, ρ), alors pour tout N ∈ N et pour tout x ∈ (−ρ, ρ), on a
f (x) =
N
X
n=0
f
(n)(0)
n! x
n+ R
N(x), avec R
N(x) := x
N+1N !
Z
1 0(1 − t)
Nf
(N+1)(tx)dt.
On en déduit le lemme suivant.
Lemme 1.20. Soit ρ > 0 tel que la suite des restes (R
n) converge simplement vers 0 sur (−ρ, ρ).
Alors f est développable en série entière.
Démonstration. On pose f
N(x) := P
Nn=0 f(n)(0)
n!
x
n. Les hypothèses du Lemme montre que f
Nconverge simplement vers f sur [−ρ, ρ]. En particulier, la série entière S
f(x) := P
f(n)(0)n!
x
nest bien définie pour tout x ∈ (−ρ, ρ), donc son rayon de convergence vérifie R ≥ ρ. De plus, on a bien S
f(x) = f (x) pour tout x ∈ (−ρ, ρ).
5. Brook Taylor, mathématicien anglais, 1685-1731
1.4. Quelques exemples 15
Exercice 1.21
Soit K := [−ρ, ρ], et soit f ∈ C
∞(K, R ) telle qu’il existe A > 0 avec kf
(n)k
∞≤ n!A
nMontrer que f est développable en série entière sur (−a, a), avec a = min{ρ, A
−1}.
1.4 Quelques exemples
1.4.1 La fonction exponentielle
Définition 1.22. On définit la fonction exponentielle
e
x:=
∞
X
n=0
x
nn! , (rayon de convergence R = ∞).
Lemme 1.23. La fonction e
xest de classe C
∞. Elle est (l’unique) solution de l’équation f
0= f et f (0) = 1. Elle vérifie e
x+y= e
xe
y.
Démonstration. On pose f (x) = e
xpour cette preuve. Par définition, l’exponentielle est développable en série entière. On a déjà démontré que R = ∞. D’après le Théorème 1.15, elle est C
∞sur R . Toujours d’après le Théorème 1.15, sa dérivée est
f
0(x) =
∞
X
n=0
n + 1 (n + 1)! x
n=
∞
X
n=0
1
n! x
n= f (x).
De plus, on a f
0(0) = 1. Le fait que cette solution est unique vient du théorème de Cauchy-Lipschitz.
Voici cependant une preuve directe. Soit g une autre fonction telle que g
0(x) = g(x). On introduit la fonction λ(x) telle que g(x) = λ(x)f (x). En dérivant, on obtient
g
0(x) = λ
0(x)f (x) + λ(x)f
0(x), donc g(x) = λ
0(x)f(x) + λ(x)f (x), et enfin λ
0(x) = 0.
Ainsi, λ est une fonction constante, et g est un multiple de f . Si g(0) = f(0) = 1, on a λ = 1, et f = g, ce qui montre l’unicité.
Montrons maintenant que f (x + y) = f (x)f (y). Soit y ∈ R fixé, on pose g(x) := f (x)f (y)
f (x + y) . En dérivant on obtient
g
0(x) = f (x + y)f
0(x)f(y) − f
0(x + y)f (x)f (y)
f
2(x + y) = 0
car f
0= f . Donc la fonction g est constante, avec g(0) = 1. On en déduit que f(x)f(y) = f (x + y).
Remarque : On peut aussi utiliser la définition du produit de séries entières.
1.4.2 Les fonctions trigonométriques.
On a
cos(x) = 1
2 e
ix+ e
−ix. On en déduit
cos(x) = 1 2
∞
X
n=0
1
n! ((ix)
n+ (−ix)
n)
1.4. Quelques exemples 16
et le rayon de convergence est infini. On remarque que si n est impair, la parenthèse vaut 0. Il ne reste donc que les termes avec n pair. La somme se simplifie donc en
cos(x) =
∞
X
k=0
(−1)
k(2k)! x
2k, (rayon de convergence R = ∞).
Pour la fonction sinus, on peut faire le même raisonnement, ou simplement utiliser que sin = − cos
0. On obtient
sin(x) =
∞
X
k=0
(−1)
k(2k + 1)! x
2k+1, (rayon de convergence R = ∞).
On peut aussi faire le développement des fonctions hyperboliques cosh(x) et sinh(x) respectivement définies par
cosh(x) := 1
2 e
x+ e
−xet sinh(x) := 1
2 e
x− e
−x.
On peut soit raisonner comme avant, soit remarquer que cosh(x) = cos(ix) et sinh(x) = sin(ix) (on rappelle que les séries entières sont bien définies sur tout le plan complexe). On obtient
cosh(x) =
∞
X
k=0
1
(2k)! x
2k, sinh(x) =
∞
X
k=0
1
(2k + 1)! x
2k+1, (rayon de convergence R = ∞).
Fractions rationelles
On rappelle qu’une fraction rationnelle est une fonction de la forme f (x) = P (x)
Q(x) où P et Q sont des polynômes. Une telle fonction peut se décomposer en éléments simples. Comme nous travaillons dans le corps C qui est scindé, les éléments simples sont les fonctions de type
(x−a)1 n.
Lemme 1.24. Pour tout |x| < 1, on a 1
1 − x =
∞
X
n=0
x
n. (rayon de convergence R = 1).
Démonstration. Pour tout N ∈ N , et pour tout x 6= 1, on a la série géométrique 1 + x + x
2+ · · · + x
N= 1 − x
N+11 − x .
Si |x| < 1, alors x
N+1→ 0 lorsque N → ∞. Cela montre que la somme est de gauche est convergente.
Donc
∀|x| < 1,
∞
X
n=0
x
n= 1 1 − x . Comme la somme diverge en x = 1, on a R = 1.
On en déduit facilement le développement de tous les
x−a1. En effet, on a 1
x − a = −1 a
1
1 −
xa= −1 a
∞
X
n=0
x a
n, et le rayon de convergence est R = a.
Exercice 1.25
Quel est le développement de 1
1 − x
2? Et de 1
1 + x
2?
Indice : on pensera aux nombres complexes...
1.4. Quelques exemples 17
Remarque 1.26. De manière surprenante, la fonction 1
1 + x
2est C
∞sur tout R , mais son dévelop- pement n’est défini que sur (−1, 1). C’est étonnant, car les points x = ± 1 ne semblent jouer aucun rôle particulier pour cette fonction... C’est en regardant ce qui se passe dans les nombres complexes qu’on voit que cette fonction à des pôles en z = ±i, et donc que R = 1.
1.4.3 Logarithme
En intégrant la relation pour
1−x1, on trouve (Attention aux 2 signes moins)
− log(1 − x) =
∞
X
n=0
x
n+1n + 1 , (rayon de convergence R = 1).
Exercice 1.27 Montrer que
− log(1 − x) 1 − x =
∞
X
n=0
H
nx
n, avec H
n:= 1 + 1
2 + · · · + 1 n .
1.4.4 Arctan
Pour tout x < 1, on a |x
2| < 1, donc, en utilisant le Lemme 1.24, on a 1
1 + x
2=
∞
X
n=0
(−x
2)
n.
En intégrant, on obtient arctan(x) =
∞
X
n=0
(−1)
nx
2n+12n + 1 , (rayon de convergence R = 1).
Remarque 1.28. Comme R = 1, on peut appliquer cette égalité pour tout |x| < 1, mais pas en x = 1.
Supposons qu’on peut (on le montrera dans la suite du cours), alors on aurait, avec arctan(1) =
π4, π
4 =
∞
X
n=0
(−1)
n2n + 1 = 1 − 1 3 + 1
5 − 1
7 + · · · (formule de Leibniz).
1.4.5 Fonction puissance (1 + x)
α.
Soit f (x) := (1 + x)
α. On a f
0(x) = α(1 + x)
α−1, donc
f
(n)(x) = α(α − 1) · · · (α − n + 1)(1 + x)
α−n, puis f
(n)(0) = α(α − 1) · · · (α − n + 1).
On introduit la fonction
S
f(x) :=
∞
X
n=0
α(α − 1) · · · (α − n + 1)
n! x
n=
∞
X
n=0
α n
x
n,
où on a posé
α n
:= α(α − 1) · · · (α − n + 1)
n! .
Si α = N ∈ N , on retrouve le coefficient binomiale
Nn=
n!(N−n)!N!, avec la convention 0! = 1 et
N n
= 0 is n > N .
1.4. Quelques exemples 18
Calculons le rayon de convergence de S
f. Si α ∈ N , la somme est finie, et le rayon de convergence est R = ∞ (c’est un polynôme). Sinon, on remarque que
a
n+1a
n= α(α − 1) · · · (α − n + 1)(α − n) (n + 1)!
n!
α(α − 1) · · · (α − n + 1) = (a − n)
n + 1 → −1.
D’après le critère de d’Alembert, le rayon de convergence est R = 1. Montrons maintenant que S
f= f sur (−1, 1). On propose deux méthodes.
Méthode 1. Pour commencer, on remarque que S
f(0) = 1. De plus, on a (1 + x)S
f0(x) = (1 + x)
∞
X
n=1
α(α − 1) · · · (α − n + 1) (n − 1)! x
n−1= α +
∞
X
n=1
α(α − 1) · · · (α − n)
n! + α(α − 1) · · · (α − n + 1) (n − 1)!
x
n= α +
∞
X
n=1
α(α − 1) · · · (α − n + 1)
n! ((α − n) + n) x
n.
On reconnaît αS
f(x) dans la dernière ligne. Ainsi, S
fest solution de l’équation différentielle ( (1 + x)S
f0(x) = αS
f(x),
S
f(0) = 1.
Une solution de cette équation est donnée par la fonction x 7→ (1 + x)
α. Par unicité de la solution (Cauchy-Lipschitz), on en déduit que S
f(x) = (1 + x)
α= f (x).
Méthode 2. On montre que le reste intégrale de Taylor CVS vers 0 pour x ∈ (−1, 1). On a R
N−1(x) := x
N(N − 1)!
Z
1 0(1 − t)
N−1f
(N)(tx)dt
= x
N(N − 1)!
Z
1 0(1 − t)
N−1α(α − 1) · · · (α − N + 1)(1 + tx)
α−Ndt
= α
N
N x
NZ
10
(1 − t)
N−1(1 + tx)
α−Ndt
Pour N > −α, la dernière puissance est négative, et comme |x| < 1, on a (1 + tx)
α−N< (1 − t)
α−N. Ainsi
|R
N−1(x)| ≤ α
N
N x
NZ
10
(1 − t)
α−1dt = α
N N
α x
N.
En utilisant de nouveau le critère de d’Alembert, la série converge, et en particulier, la suite R
N(x) converge vers 0. On peut donc appliquer le Lemme 1.20, et on a bien f = S
fsur (−1, 1).
Donc f est développable en série entière sur (−1, 1), et (1 + x)
α=
∞
X
n=0
α n
x
n, (rayon de convergence R = 1).
Si α ∈ N , la série s’arrête à partir d’un certain rang. Dans ce cas, c’est un polynôme, et R = ∞.
Remarque 1.29. C’est une extension de la formule binomiale de Pascal.
Dans le cas particulier α =
12, on a
√
1 + x =
∞
X
n=0
12
n
x
n=
∞
X
n=0
1 · (−1) · (−3) · · · (1 − 2n + 2)
2
nn! x
n=
∞
X
n=0
(−1)
n+11 · 3 · · · (2n − 3)
2
nn! x
n.
1.5. Comportement sur le cerle de convergence 19
On peut simplifier un peu l’expression en remarquant que
(2n)! = 1 · 2 . . . (2n) = [1 · 3 · 5 · . . . · (2n − 1)] · [2 · 4 · · · . . . · (2n)] = [1 · 3 · 5 · . . . · (2n − 1)] 2
nn!, ce qui donne (attention au signe −)
√
1 − x = 1 −
∞
X
n=1
1 4
n2n n
1 2n − 1 x
n.
1.4.6 Fonction arcsin On a
arcsin
0(x) = 1
√ 1 − x
2= (1 − x
2)
−1/2=
∞
X
n=0
−
12n
(−x
2)
n.
En factorisant les facteurs 2 et les facteurs −1, c’est aussi
√ 1
1 − x
2=
∞
X
n=0
1 2
n(1 + 2) · · · (1 + 2n − 2)
n! x
2n=
∞
X
n=0
1 2
n1 · 3 · 5 · · · (2n − 1) n! x
2n.
Avec la même technique que précédemment, on obtient
√ 1
1 − x
2=
∞
X
n=0
1 4
n(2n)!
n!n! x
2n=
∞
X
n=0
1 4
n2n n
x
2n.
En intégrant, on obtient arcsin(x) =
∞
X
n=0
1 4
n2n n
1
2n + 1 x
2n+1, (rayon de convergence R = 1).
Remarque 1.30. De nouveau, on peut appliquer cette égalité pour tout |x| < 1, mais pas en x = 1.
Supposons qu’on peut, alors on aurait, avec arcsin(1) =
π2, π
2 =
∞
X
n=0
1 4
n2n n
1 2n + 1 .
Nous démontrons que ce type de formule est valide dans la section suivante.
1.5 Comportement sur le cerle de convergence
Dans cette section, on répond partiellement à la question de ce qui se passe sur le complexe |z| = R.
Le théorème principal est celui d’Abel (le deuxième Théorème d’Abel). Formellement, ce théorème dit :
Si z sur cercle de convergence |z| = R est tel que S
f(z) converge, alors f (z) = S
f(z).
On met en garde tout de suite que la «réciproque» est fausse : ce n’est pas parce que f (z) existe que f (z) = S
f(z). Par exemple, on a
f (x) := 1 1 + x =
∞
X
n=0
(−x)
n.
Le rayon de convergence est R = 1, f (1) =
12existe, mais la série P
∞n=0
(−1)
nn’est pas convergente.
1.5. Comportement sur le cerle de convergence 20
En écrivant z = Re
iθet en posant g(z) := f (e
−iθz), on a f (z) = g(R) (les phases s’annulent).
De plus, g est DSE ssi f l’est, et avec le même rayon de convergence. Autrement dit, sans perte de généralité (quitte à faire une rotation dans C ), on peut se contenter de démontrer le théorème d’Abel en z = R.
On rappelle que si on pose f (x) := P
∞n=0
a
nx
nde rayon de convergence R > 0, alors f est par définition définie sur (−R, R).
Théorème 1.31 (Théorème d’Abel). Soit f (x) := P
∞n=0
a
nx
nune série entière de rayon de conver- gence 0 < R < ∞. Si la série P
∞n=0
a
nR
nconverge, alors f admet un prolongement par continuité en x = R, et
x→R
lim
−f (x) =
∞
X
n=0
a
nR
n.
On commence par donner une preuve facile dans le cas où les coefficients a
nsont tous positifs.
Dans ce cas, en posant f
n(x) := a
nx
n, on a sur [−R, R] que kf
nk
∞= f
n(R) = a
nR
n. Donc
∞
X
n=0
kf
nk
∞=
∞
X
n=0
a
nR
nconverge.
La série est normalement convergente sur tout [−R, R] (comparer avec le Théorème 1.15), donc il existe une fonction f ˜ , continue sur [0, R] telle que f ˜ (x) = P
n
a
nx
n. Par unicité de la limite pour x ∈ [0, R), on en déduit que f ˜ est le prolongement par continuité de f sur [0, R].
Démonstration. On pose f
n:= P
n−1k=0
a
nx
n. Le but est de montrer que la suite (f
n) converge unifor- mément vers f sur [0, R]. Cela montrera que f est continue au point x = R. On introduit le reste de la suite
S
n:=
∞
X
k=n
a
kR
k, de sorte que a
nR
n= S
n− S
n+1.
Cette manipulation qui consiste à exprimer les termes d’une suite comme la différence de deux restes de série s’appelle la transformation d’Abel. Soit 0 < x ≤ R. On a
(f − f
N) (x) =
∞
X
n=N
a
nx
n=
∞
X
n=N
a
nR
nx R
n=
∞
X
n=N
(S
n− S
n+1) x R
n=
∞
X
n=N
S
nx R
n−
∞
X
n=N
S
n+1x R
n.
En changeant d’indices dans la première somme, on obtient (f − f
N) (x) = S
Nx R
N+
∞
X
n=N
S
n+1x R
n+1− x R
n.
La suite à gauche converge simplement vers 0 si x < R. On veut montrer que la convergence est en fait uniforme sur [0, R], où on a posé f (R) := P
a
nR
n. Soit ε > 0. On choisit N suffisamment grand tel que |S
n| < ε pour tout n ≥ N . Le premier terme est borné par ε, et le second par
∞
X
n=N
S
n+1x R
n+1− x R
n≤ ε
∞
X
N
x R
n− x R
n+1= ε x
R
N+1− x R
∞≤ ε.
Ceci montre que max
x∈[0,R]P
n≥N
a
nx
n≤ 2ε, donc la série P
a
nx
nconverge uniformément sur [0, R].
La limite correspondante est un prolongement par continuité de f sur (−R, R].
1.5. Comportement sur le cerle de convergence 21
1.5.1 Applications : quelques jolies formules Avec arcsin
On veut appliquer le théorème d’Abel à la fonction arcsin. On commence par étudier la série
∞
X
n=0 2n
n
4
n1 2n + 1 En utilisant l’équivalence n! ∼ √
2πn
nen, on obtient 1
2n + 1 1 4
n(2n)!
(n!)
2∼ 1 2n
1 4
n√ 4πn
2ne 2n2πn(n/e)
2n∼ 1 2n
√ 1 π √
n ∼ 1 2 √
π 1 n
3/2.
La série est donc sommable, et on peut appliquer le théorème d’Abel. Comme on a arcsin(1) =
π2, on en déduit la formule (inutile mais jolie)
π 2 =
∞
X
n=0
∞
X
n=0 2n
n
4
n1 2n + 1 .
Avec arctan
On commence par étudier la série
∞
X
n=0
(−1)
n1 2n + 1 .
C’est une série alternée dont le terme converge vers 0. Donc la série converge. On peut donc utiliser le théorème d’Abel. Avec le fait que arctan(1) =
π4, on obtient
π 4 =
∞
X
n=0
(−1)
n2n + 1 = 1 − 1 3 + 1
5 − . . . =
∞
X
n=0
2
(4n + 1)(4n + 3) .
Pour la dernière égalité, on a regroupé les termes 2 par 2.
Remarque 1.32. On ne peut pas appliquer le théorème d’Abel en x = −1, car la série P
∞ n=01 2n + 1 n’est pas convergente. En revanche, on a arctan(−1) = −
π4.
Avec log La série
∞
X
n=0
(−1)
nn + 1
est alternée, avec un terme qui terme vers 0, donc converge. En appliquant le lemme d’Abel, on obtient log(2) =
∞
X
n=0
(−1)
nn + 1 = 1 − 1 2 + 1
3 − · · · =
∞
X
n=0
1
(2n + 1)(2n + 2) .
1.5. Comportement sur le cerle de convergence 22
Figure 1.1 – Mais alors, où est l’erreur ? The Simpsons, Sky Police, March 2015.
CHAPITRE 2
SÉRIES DE FOURIER
2.1 Introduction
Soit E
Tl’ensemble des fonctions continues et T périodiques : f(x+T ) = f (x). Sur E
T, on introduit un produit scalaire (en fait hermitien : linéaire à droite, antilinéaire à gauche)
∀f, g ∈ E
T, hf, gi :=
Z
T 0f (x)g(x)dx, et on note kf k
2la norme associée kf k
2:= R
T0
|f |
2(x)dx. Pour n ∈ Z , on pose e
n(x) := 1
√
T e
i2πTnx.
On a bien e
n(·) continue, et e
n(x + T ) = e
n(x), donc e
n∈ E
T. De plus, on a, pour tout n, m ∈ Z , he
n, e
mi = 1
T Z
T0
e
−i2πTnxe
i2πTmxdx = 1 T
Z
T 0e
i2πT(m−n)xdx.
Si n = m, alors on trouve ke
nk
2= 1, et si n 6= m, on trouve he
n, e
mi = 1
T
"
e
i2πT(m−n)xi
2πT(m − n)
#
T0
= 1
i2π(m − n)
e
2π(m−n)− 1
= 0. (2.1)
Autrement dit, la famille (e
n)
n∈Zest une famille orthonormale pour le produit hermitien h·, ·i.
Malheureusement, cette famille est infinie, et nous n’avons pas le droit de dire que c’est une base de
1E
T(ça le serait si E
T= Vect{e
n}). On pose donc
H := Vect{e
n}.
Identifier l’espace H est malheureusement hors du cadre de ce cours. On l’appelle l’espace H = L
2([0, T ]). Pour le définir proprement, il faut connaître la théorie de la mesure et les intégrales de Lebesgue... Mais sans rentrer dans ces subtilités, on a
H ≈
f T -périodiques, kf k
22:=
Z
T 0|f|
2(x)dx < ∞
.
1. L’ensembleET n’est pas bien défini, car l’intégrale n’est pas toujours bien définie (intégrale de Lebesgue versus intégrale de Riemann)...