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Analyse continue du spectre d'absorption de l'argon et du néon entre 2 et 8 Å

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(1)

HAL Id: jpa-00206350

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Analyse continue du spectre d’absorption de l’argon et du néon entre 2 et 8 Å

François Wuilleumier

To cite this version:

François Wuilleumier. Analyse continue du spectre d’absorption de l’argon et du néon entre 2 et 8 Å.

Journal de Physique, 1965, 26 (12), pp.776-784. �10.1051/jphys:019650026012077600�. �jpa-00206350�

(2)

776.

ANALYSE CONTINUE DU SPECTRE D’ABSORPTION DE L’ARGON ET DU

NÉON

ENTRE 2 ET

8 Å (1)

Par

FRANÇOIS WUILLEUMIER,

Laboratoire de Chimie physique de la Faculté des Sciences de Paris.

Résumé. - Le rayonnement de freinage issu d’une anticathode de tungstène a été utilisé pour

l’analyse continue, par la méthode photographique, du spectre d’absorption de l’argon et du néon

entre 2 et 8 Å. Les coefficients d’absorption photoélectrique ont été calculés toutes les 50 uX et des formules empiriques en ont été déduites. Une valeur de la force d’oscillateur du niveau K de

l’argon a été déterminée (1,46) ; elle est en accord avec les valeurs calculées par différentes méthodes

théoriques. En fin, deux raies de résonance attribuables chacune à l’excitation simultanée de deux électrons (1s 3s et 1s 3p) ont été mises en évidence dans le spectre d’absorption de l’argon.

Abstract. - The bremsstrahlung emitted by a anticathode of tungsten has been employed

for the continuous analysis, by the photographie method, of the absorption spectrum of argon and neon between 2 and 8 Å. The coefficients of photoelectric absorption have been in fact calcu- lated every 50 uX and empirical formulae have been deduced. The oscillator strength of the

K-shell of argon has been determined and the value (1,46) is in perfect agreement with the results obtained by various theoretical methods. Finally, two resonance lines, each of which

can be attributed to simultaneous excitation of two electrons (1s 3s and 1s 3p), have been observed in the absorption spectrum of argon.

LE JOURNAL PHYSIQUE 26, 1965,

I. Introduction. - Les difficult6s inhérentes à la determination des coefficients

d’absorption expliquent qu’aucun expérimentateur

n’ait encore

entrepris,

à notre

connaissance,

leur mesure conti-

nue en fonction de la

longueur

d’onde dans un

large

domaine. De

plus,

dans le cas d’une 6tude sur les gaz dans la

region

des rayons X mous, la nature meme de 1’absorbant et la faible

6nergie

du rayon- nement étudié introduisent des dinicultes

parti-

culi6res :

absorption

6lev6e des fen6tres utilisables pour clore une cuve

d’absorption,

faible intensite du

rayonnement

de

freinage susceptible

d’être 6mis par une

anticathode,

necessite de

placer

1’ensemble

de

l’appareillage

sous vide. Les rares mesures exis- tantes

[1-8]

ont ete eff ectuees a 1’aide de

quelques

emissions

caractéristiques,

le

rayonnement

continu

n’ayant

ete utilise que pour Fetude des discon- tinuit6s

d’absorption

et de leurs structures secon-

daires

[9-12].

Des mesures continues ont

cependant l’avantage

de

permettre

la determination de toute la courbe

d’absorption

et d’en d6duire des lois

empiriques

pour la variation du coefficient

d’absorption photo- électrique

avec la

longueur

d’onde. De

plus,

elles

offrent la

possibilite

de mettre en evidence dans les

spectres d’absorption

des

phenomenes

tres

faibles

(raies

ou

bandes) qui

se traduisent par de

16g6res

fluctuations du coefficient

d’absorption

pour des

frequences impossibles

a

pr6voir

avec

pre-

cision.

Nous avons effectue la mesure continue de

l’absorption

des rayons X par

1’argon

et le neon

entre 2 et 8

Å,

domaine delimite

d’apr6s

nos

(1) Abrégé de These Troisieme Cycle, Paris (mai 1964).

conditions

experimentales. Apres

une

rapide descrip-

tion de la m6thode de mesure, nous

pr6senterons

et discuterons les résultats obtenus.

II. - M6thode

expérimentale.

- Le coefficient d’aff aiblissement d’un gaz assimilable a un gaz

parfait,

pour un faisceau de rayons X

parallele, homog6ne

et

rigoureusement monochromatique,

a

pour

expression :

ou

Poet To

sont les

pression

et

temperature

nor-

males

(76

cm

Hg, 273,15 OK),

P et T les

pression

et

temperature

du gaz, x

1’epaisseur g6om6trique

de

l’absorbant,

po sa masse

sp6cifique

dans les

conditions

normales, I o

et I les intensités des faisceaux incident et transmis. La mesure d’un coefficient d’affaiblissement

exige

donc la d6ter-

mination de

P, T,

x, po,

I,

et I.

A. A.PPAREILLAGE. - Nous avons utilise un

spectrographe

a vide a cristal courbe du

type Johann,

realise par le Laboratoire de Chimie

Phy- sique

de la Faculte des Sciences de

Paris,

sous la

direction du pr Y.

Cauchois,

avec 1’aide du Labo- ratoire des

Prototypes

du C. N. R. S. de Bellevue.

II a ete installe et mis au

point

par C. Bonnelle

[13].

Le tube a rayons

X,

alimente par un

g6n6rateur

stabilise en tension a 2 X 10"4

pres,

est

s6par6

de 1’enceinte par une fenêtre recouverte, dans nos

experiences,

de deux feuilles d’aluminium battu de

0,5 y d’6paisseur.

Nous avons

employ6

des anti-

cathodes de

tungst6ne

et de

platine

pour la pro-

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphys:019650026012077600

(3)

777

duction du

rayonnement

continu et des anti-

cathodes de

quinze

autres éléments pour l’étalon- nage des

spectres

en

longueur

d’onde. Des lames de

quartz

taillees

parallelement

aux

plans

r6ticulaires

(0001), (1120), (1011)

et

(1010) [14]

ont ete mont6es dans des

porte-cristaux

due 50 cm de rayon de courbure et contr6l6es

optiquement

et

spectros- copiquement

avant utilisation. Le d6tecteur est un

film

photographique KODAK-DIFRAX, place

dans un chassis

automatique :

un volet mobile

permet,

par commande

ext6rieure, 1’enregistre-

ment de six

spectres

sur un meme clich6.

Nous avons introduit le gaz, non dans 1’ensemble du

spectrographe,

mais dans une cellule de dimen-

sions r6duites

plac6e

entre le tube et le cristal.

Cette m6thode

permet

en effet une definition

pr6-

cise du parcours des rayons X dans

l’absorbant,

une mesure et un controle

plus

fideles et

plus

ais6s

de la

pression

et un fonctionnement

plus simple

de

1’ensemble de

l’appareillage.

De

plus,

la

position

choisie élimine certaines erreurs

syst6matiques

dues

a des

rayonnements parasites.

L’intensit6 du

rayonnement

de fluorescence r66mis par le gaz dans la direction du cristal est tres

faible, compte

tenu du caractere

isotropique

de

son emission et du rendement de fluorescence de

l’argon (0,14 [15])

et il n’atteindra le d6tecteur que s’il est requ par le cristal sous

l’angle

de

Bragg.

D’autre

part

le

rapport

de la section efficace totale

de diffusion à la section efficace

d’absorption photo électrique

est voisin de 1

%

pour

l’argon

et de 3

%

pour le neon a 10 keV

[16]

et diminue tres

rapi-

dement

quand

la

longueur

d’onde

augmente.

Nous

pouvons done admettre que la contribution de tous les

rayonnements parasites

au noircissement du film est

n6gligeable

devant les erreurs

experi-

mentales.

Les deux ouvertures de la

cellule, longue

de

51,5

mm, sont obtur6es par

collage

de feuilles de

mylar

de

6 , d’épaisseur.

La transmission a travers deux de ces feuilles passe de 85

%

a 2

A

a 30

%

a 8

A.

Nous avons

vérifié,

pour des

pressions

com-

prises

entre 50 et 100

mmHg,

que la transmission des f enetres ne varie

pratiquement

pas avec la

pression regnant

dans la cellule. Nous avons utilise des

ampoules

de gaz a

pointe seell6e, charg6e

sous

1

atmosphere,

de

composante

suivante

(2) (en volume) : 99,9985 % d’argon,

traces de

N2, O2, H2

et

H20; 99,8 %

de

neon,

He et traces de

N2.

Nous avons tenu

compte

de la

presence

de

0,2 %

d’hélium dans le neon pour la determination de la

pression

r6elle du neon. La

pression

dans la cellule

est mesur6e avec un manom6tre a hiiile aux sili-

cones a tres faible tension de vapeur

(10-8 mmHg)

et a faible viscosite. La

temperature

du gaz est

relev6e a 1’aide d’un thermom6tre au dixi6me de

degr6

fix6 le

long

de la branche du manom6tre contenant le gaz.

FIG. 1. 2013 Vue d’ensembie de l’installation.

(2) Renselgnement fournis par la Société « Air Liquide a >>

(4)

L’ensemble de l’installation est

repr6sent6

sur la

figure

1.

B. ENREGISTREMENT ET DÉPOUILLEMENT DES

CLICHTS. - Sur trois hauteurs d’un meme film 6taient successivement

enregistrées :

l’intensit6

Io

en l’absence de gaz dans la cellule avec des

temps

de pose allant

jusqu’a

4

heures,

l’intensit6 I trans- mise a travers le gaz,

eDregistr6e

dans les memes

conditions,

et deux raies de reference.

Les densités

optiques correspondant

aux inten-

sit6s

Io

et I ont ete mesur6es a l’aide d’un micro-

photometre Kipp,

modifi6 au laboratoire. La loi de variation des densités

optiques

en fonction de

l’intensit6 X reçue a ete d6termin6e par C. Bonnelle

[17]

pour le film Difrax dans notre domaine de

longueur

d’onde. Nous nous sommes

toujours places

dans la gamme de densite assurant

une

r6ponse

lin6aire du film.

L’enregistrement

de deux raies de reference sur

chaque

clich6

permet

son

6talonnage

en

longueur

d’onde a 1’aide de la formule de

Haglund [18].

Nous

avons utilise les tables de

longueurs

d’onde de

Y. Cauchois et H. Hulubei

[19].

Un pas de 50 uX

a ete

adopt6

et les coefficients d’affaiblissement pour cent

vingt

valeurs de la

longueur

d’onde com-

prises

entre 2 000 et 8 000 uX ont ete ainsi d6ter- min6es pour

chaque

gaz.

I I I. Rdsultats relatifs aux coefficients

d’absorp-

tion. - A. PRESENTATION DES RESULTATS. - La formule

(1)

s’ecrit :

La section efficace totale de diffusion 6tant

n6gli- geable

devant la section efficace

d’absorption photoelectrique,

nous assimilerons dans la suite les coefficients d’aff aiblissement

T f P

aux coefficients

,

d’absorption photoélectrique I p.

La valeur

de Vfp

pour

chaque longueur

d’onde a

6t6 obtenue en

appliquant

la m6thode des moindres carr6s aux résultats de toutes les mesures eff ectuees pour cette

longueur

d’onde. Nous avons

dispose

de 6 a 30 observations pour calculer la valeur moyenne de

chaque

coefficient

d’absorption.

Les erreurs

possibles

commises dans la d6ter- mination des valeurs

de t/p

sont de deux

types :

erreurs

syst6matiques

dues a la

technique experi- mentale,

erreurs dues aux incertitudes sur les diffe- rents termes de la formule

(2).

Les erreurs

syste- matiques pouvant provenir

entre autres de

pheno-

m6nes de diffusion sont difficiles a estimer. Les

erreurs de mesure

proprement

dites sont

d’impor-

tance tres

in6gale :

les erreurs relatives sur

Po, To,

Po et Pgg sont de l’ordre de 10"5 et done

n6gli- geables ;

les erreurs relatives sur x, p, phuile et T sont de l’ordre de 5 X

10-3, 10-3, 10-3, 10-3,

leur

somme dtant donc inf6rieure a 1

% ;

1’erreur

sur

Io /I,

nettement la

plus importante,

est due à

l’instabilité du debit du tube

(erreur

relative

d’environ 2

%)

et a 1’erreur de lecture sur les

microphotogrammes (environ

4

%

sur

log I0/I).

Nous avons, en

fait,

determine pour

chaque longueur

d’onde 1’erreur moyenne

qui

nous semble

etre la me lleure

representation

de 1’erreur r6elle.

De l’ensemble des

résultats,

il ressort

qu’elle

est de

l’ ordre

de +

4

%.

A titre

indicatif, signalons

que 1’ erreur

quadratique

moyenne calcul6e pour

quel-

ques

points

est

de +

2

%

environ.

L’erreur relative sur les valeurs de la

longueur

d’onde est

beaucoup plus

faible. L’incertitude moyenne sur la

longueur

d’onde en

chaque point

d’un

microphotogramme peut

etre

estimee, compte

tenu de la

dispersion

des cristaux et du

grandis-

sement du

microphotomètre,.

a environ

0,25

uX et

entraine donc une erreur relative inférieure a 10-4.

Les résultats sont

reproduits

dans le tableau I.

TABLEAU I

(5)

779 TABLEAU I (suite)

N. B. - On remarquera que, pour certaines longueurs d’onde, le nombre élevé de mesures effectuées (jusqu’à 30)

abaisse 1’erreur moyenne jusqu’à 3 %.

Nous avons

indique

successivement pour

chaque longueur d’onde consideree :

la valeur moyenne du

coefficient (LIp

en

em2/g,

1’erreur relative moyenne

(E. M.).

Sur les

figures

2 et

3,

nous avons

port6

les valeurs mesur6es

de (LIp

en fonction de la

longueur

d’onde

pour

1’argon

et le n6on ainsi que 1’erreur moyennea

(6)

780

FIG. 2. - Courbe d’absorption de l’argon. pL/p = f À).

FIG. 3. - Courbe d’absorption du n6on. (LIp = j(À).

Nous avons

indique

a titre de

comparaison

les

résultats des mesures de Colwert

[2], Spencer [3]

et

Woernle

[4],

les deux series de mesures de Bearden

[7, 8]

et les evaluations

semi-empiriques

obtenues

par les m6thodes de Jonsson

[20]

et Henke

[21].

B. Discussion. 2013 1°

Comparaison

avec les autres

détermination de

y /p.

De cette

comparaison

il ressort que :

- les valeurs mesurees pour des

longueurs

d’onde inférieures a 2

A

se

placent

bien dans le

prolongement

de nos

courbes ;

- les mesures

d6jh

effectuoes dans notre domaine d’étude sont en bon accord avec nos

propres

determinations,

a

1’exception

de la pre- mi6re serie de mesures de A. J. Bearden

[7]

pour

(7)

781

l’argon,

l’écart variant alors de 12 A 25

%.

Il faut

d’ailleurs noter que ses deux determinations pour la raie

Loc,

de

1’argent (4 145,6 uX) présentent

entre elles un 6cart de 15

% ;

- les valeurs d6termin6es par la m6thode de Jonsson sont

plus

faibles que les notres :

1’ecart, petit

vers 2-3

A,

crolt ensuite assez

vite ;

pour

l’argon

il est de 10

%

à 5

Å

et de 25

%

A 8

Å ;

pour le neon il est

respectivement

de 5

%

et 8

%.

L’accord entre nos mesures et les valeurs d6ter- min6es par la m6thode de Henke est

g6n6ralement meilleur ;

- la variation de

Jog lL/p

en fonction de

log À

est,

d’apr6s

nos mesures,

quasi-linéaire

pour

chaque

branche des courbes

d’absorption qui peuvent

ainsi

etre

repr6sent6es

chacune par une formule dont les

param6tres

ont ete determines par la m6thode des moindres carrés :

- Pour

l’argon :

- Pour le nion :

De leurs résultats

exp6rimentaux

pour

1’argon (cf. fig. 2)

Woernle et Colwert avaient

6galement

d6duit des lois

empiriques :

pour À

3,87 A,

Woernle avait

propose : lL/p

=

43,54

À2.6 et pour

À >

3,87 A : >/p

=

3,86 À2.1;

pour X 2

A

Colwert avait

suggere : lLl p = 34,5 X2-77 ;

enfin

signalons

que Yu

[5], pour-

2

A,

avait

trouve, toujours

pour

l’argon : Vfp

=

33,4

X2,8 +

0,67

À094

A part

la

premiere

formule de

W oernle,

ces expres-

sions sont assez

proches

des notres.

Le saut

d’absorption

K de

l’argon,

d6fini comme

le

rapport

des coefficients

d’absorption

de

part

et

d’autre de la

discontinuite

et calcule a

partir

des

formules

(3)

et

(4),

est

6gal

a

(10,5 ± 0,8),

r6sultat

en accord avec la valeur

10,1

tire directement des coefficients mesures. Ces valeurs sont tres voisines de celles d6termin6es

expérimentalement

par

Spencer (9,96)

et Woernle

(10,0).

20

Comparaison

avec les calculs

théoriques.

-

ttant

donne le domaine

d’énergie

étudié

(1,5-

6

keV),

les

energies

de liaison K de

l’argon

et du

neon

(voisines

de

3,202

et

0,867 keV) [22]

ne

peuvent

etre

negligees

devant

Fenergie

de relectron

6ject6

par le

photon

et

l’approximation

de Born

n’est pas

applicable

ici. Nous avons donc

compare

nos résultats aux valeurs que nous avons calcul6es a

partir

de la formule de Stobbe

[23] qui

tient

compte

des effets de liaison. Pour la

longueur

d’onde de 3 100 uX choisie a titre

d’exemple,

nous

avons obtenu : sx

(argon)

=

6,37

X 104

barns/at

(valeur

mesur6e : cr =

5,39 x

101

barns/at),

air

(neon)

=

7,83

x 103

barns/at

On voit que les sections efficaces ainsi calcul6es pour la couche K sont

d6jh supérieures

de

plus

de 20

%

aux sections efficaces totales mesur6es.

On

peut

conclure de cet

exemple

que meme la for- mule de Stobbe ne

permet

pas une evaluation assez

precise

de 1’effet

photoélectrique quand

les

energies

de liaison des electrons sont

proches

de

1’energie

du

rayonnement

incident.

C. DETERMINATION DE LA FORCE D’OSCILLATEUR

DU NIVEAU K DE L’ARGON. - Si

(y/p)K

est la

contribution des electrons K au coefficient

d’absorp-

tion

massique

de

1’argon,

la force d’oscillateur

fKc

pour les transitions du niveau vers les 6tats du continuum s’écrit

[24] :

Afin de calculer

l’int6grale (6),

on

peut remplacer (V,lp).K

par une formule

empirique

tir-6e des rela- tions

(3)

et

(4).

Mais cette méthode est moins

pre-

cise que

l’int6gration graphique

que nous avons

effectuée: pour determiner

(u/p)K

pour

chaque longueur d’onde,

nous avons

prolonge

la courbe de la

figure

2

jusqu’a l’origine,

en utilisant les mesures

ant6rieures cit6es

plus

haut en dessous de

2 A

et

prolonge

de

meme,

pour les

longueurs

d’onde infé- rieures a xK, la courbe 6tablie pour les

longueurs

d’onde

superieures, qui correspond

done a la con-

tribution des electrons L et M a

l’absorption photo- électrique (nous

avons

6galemeiit

fait passer cette courbe par

l’origine).

Nous avons ainsi

trouve, compte

tenu des incertitudes sur les valeurs

de V. /p :

A cette

valeur,

il faudrait en

principe ajouter

les

forces d’oscillateur des transitions de la serie is -¿. np

(n > 4).

Mais leurs valeurs sont trjps

faibles,

comme

l’indiquent

les calculs de Wata- nabe

[25]

effectu6s a

partir

des mesures de

Schnopper [12] : f(Is

-->

4p) == 1,8

X

10-3 ; 1(1s

-->

5p)

=

0,57

X 10-3. Notons que la valeur

d6duite

par J. A. Bearden et Wheeler

[26]

des for-

mules

empiriques d’absorption

de Woernle est

1,61,

valeur notablement

superieure

a la notre et

proba-

blement erron6e.

Le calcul

th6orique

de

fK peut

8tre eff ectue par

plusieurs

m6thodes :

- La m6thode de

Sugiura [27]

et de Honl

[28], qui comporte

le calcul des elements de matrice de toutes les transitions

possibles depuis

le niveau K

vers un 6tat du continuum. Pour ces

calculs,

on

est amene a utiliser des fonctions d’onde

hydro- génoïdes

en tenant

compte

de 1’eff et d’6cran des

électrons K et de l’interaction des electrons K avec

(8)

782

le

potentiel

cree par les électrons des couches externes. Utilisant la formule donn6e dans le cas

de

l’approximation dipolaire électrique,

nous avons

obtenu

fKe =.1,45.

D’autre

part

Platzman et

Durup [29],

avec les memes

hypotheses

que Honl mais par un

proc6d6

de calcul different

(ils

ont

eff ectue une

integration graphique

sans

approxi-

mation de

calcul)

ont 6tabli une formule

qui

donne

un r6sultat extramement voisin :

1,44.

- La m6thode

plus simple

de J. A. Bearden et

Wheeler

[27] qui part

de la

r6gle

de sommation des forces d’oscillateur de Thomas-Reiche-Kuhn

[30],

donnant 2 pour la valeur

th6orique

de la force d’oscillateur du niveau K. S’il est tenu

compte

de

l’occupation

d’un certain nombre d’états

discrets,

cette valeur est remenee I"

no 6tant le nombre

quantique principal du premier

6tat discret non

occupe.

11 suffit alors de calculer les forces d’oscillateur des transitions vers les niveaux

occupés.

Utilisant les fonctions d’onde de Hartree

[31],

Bearden et Wheeler ont ainsi d6ter- min6 les

I K

de

quelques

elements. Nous avons

repr6sent6,

a

partir

de leurs

valeurs,

la variation de

fK

en fonction de Z et évalué a

1,47

la force

d’oscillateur

I K

de

l’argon.

Nous trouvons donc un accord assez

remarquable

entre les calculs

th6oriques

et nos mesures, et nous

sommes ainsi conduits a retenir pour la force d’oscillateur du niveau K de

1’argon

une valeur

vosine de

1,46.

IV. Les processus doubles

d’absorption.

- Au

cours de

1’enregistrement

continu des

spectres d’absorption

de

1’argon

entre 2 et 8

A,

nous avons

recherche

systématiquement

1’existence de pro-

cessus doubles dans

l’absorption,

c’est-a-dire de

ph6nom6nes

li6s a l’interaction simultan6e d’un

photon

avec deux electrons d’un meme atome

(le

neon ne

pr6sente

aucune

possibilité

de ce genre dans ce domaine

d’énergie).

De telles transitions

peuvent

etre de différents

types

suivant que l’état final de l’un ou 1’autre des deux electrons est un

6tat libre du continuum ou un 6tat lie de l’atome : excitation simultan6e des deux

electrons, ejection

d’un electron et excitation de

l’autre, ejection

des

deux electrons.

Des raies de resonance attribuables a 1’excitation simultan6e de deux electrons ont

d6ja

ete mises en

evidence dans les

spectres d’absorption

UV de

quelques

elements

(baryum [32],

calcium

[33]).

Plus

r6cemment,

Madden et

Codling [34]

ont

observe,

dans le

spectre d’absorption de’l’h6lium,

entre 180 et 210

A,

une serie de raies attribuables à des excitations

doubles,

et dont les

probabilités

ont ete 6tudi6es par

Cooper,

Fano et Prats

[35].

Derni6rement

enfin,

Madden et

Codling [36]

ont

relev6 dans le

spectre d’absorption

du

krypton,

vers

400 A,

une serie de raies

analogues.

Toutes ces transitions ne font intervenir

que’des

electrons externes. Dans le domaine

X,

il n’existait

jusqu’a

maintenant que la mise en evidence par

Schnopper [12]

dans le

spectre d’absorption

de

1’argon

gazeux, d’une raie de resonance attribuable a l’excitation simultan6e d’un electron is et d’un electron

3p.

RÉSULTATS OBTENUS. - 11 n’existe pas, pour les faibles num6ros

atomiques,

de travail

comparable

a celui effectue sur les elements lourds par Y. Cau- chois

[37] qui,

par 1’etude de leurs raies hors-dia- gramme, a pu dresser un

premier

tableau des

niveaux

d’énergie

d’atomes ionis6s en couche pro- fonde. Nous ne

disposions

que des valeurs des

niveaux de monoionisation

K,

L et M dans l’atome

neutre

d’argon

donn6es par Y. Cauchois

[24],

valeurs

qui

situaient le domaine

d’absorption

double K - L a une

6nergle superieure

d’environ

250 eV au moins a

1’energie

du niveau

K,

et le

domaine

d’absorption

double K - M a

plus

de

12 eV de cette meme

6nergie.

Nous avons enre-

gistre

dans ces deux

regions spectrales

une

quinzaine

de clich6s avec des

temps

de pose allant

jusqu’A

15 heures. Le cristal utilise était un

quartz

taille

parallèlement

au

plan

1120. Nous avons

employ6

la

pression

maximum de gaz utilisable

(100

mm

Hg)

Nous avons pu ainsi mettre en

evidence,

dans la

region d’absorption KM,

deux raies de

r6sonance,

distinctes des structures

d’absorption

K propre- ment dites. La

figure

4

repr6sente

la variation du coefficient

d’absorption massique p.,fp

en fonction

de

1’6nergie :

le zero de

1’6nergie

a ete choisi au

pic

Px de la

premiere

raie de resonance

qui

corres-

pond [10]

a la transition

monoelectronique IS2 -> ls 4p.

Les valeurs de

plp

observables au

maximum des raies sont fortement influencées par les conditions de

pression

et les effets instrumen- taux et nous ne les avons pas d6termin6es avec

pr6-

cision. C’est

pourquoi

les raies de resonance ont ete trac6es en

pointill6s.

La

raie,

not6e ici

P1,

se

situe, d’apres

un

grand

nombre de mesures effectuées sur une dizaine

d’enregistrements,

a

(21,8 ± 0,1 eV)

du

pic

PK.

Schnopper

1’avait mesur6e a environ 22 eV du meme

pic.

La raie

P2

est situ6e a

(33,8 ± 0,1 eV)

de Pg et

n’avait,

a notre

connaissance, jamais

6t6

observ6e.

Ayant repris

et

precise

certaines mesures

depuis

la

parution

d’une

pr6c6dente

note

[38],

nous avons

mis en evidence une différenee de densite

optique,

done de coefficient

d’absorption,

de

part

et

d’autre

de la raie

P, ( fig. 5).

Le

prolongement

de la courbe d’ionisation

simple

a ete trace en

pointill6s

sur la

figure

4 et fait ressortir ce

d6calage.

Cette diffé-

rence montre 1’existence d’un nouveau continuum au-dela de la raie

P1, correspondant

a une ioni-

sation double

(ou

4 une ionisation et 4 une exci-

(9)

783

FIG. 4. - Region d’absorption K - M de F argon.

, ..., raies de resonance ; - - - - -, prolongement de la courbe d’ionisation simple.

FIG. 5. - Enregistrement microphotométrique

de la raie d’excitation double PII, III.

tation

simultan6es).

Ce r6sultat serait en accord

avec les observations de

Schnopper.

Nous n’avons pas observe

jusqu’a

maintenant de telles transitions dans la

region spectrale

K - L.

INTERPRETATION ET DISCUSSION. - Nous attri- buons la raie

P1

a une transition simultan6e d’un electron Is et d’un electron

3p;

la raie

P2

a une

transition

analogue

mettant

en jeu

un electron is et un electron 3s. L’existence de seulement deux

raies,

alors

qu’il

existe trois sous-couches

M, s’explique

aisément : la

separation

des niveaux M11

et MIII n’est que de

0,2

oV dans

1’argon

neutre, et

probablement

peu diff6rente dans

1’argon

ionise en

couche

Is ;

il n’est donc pas

possible

de r6soudre la raie

P1

en deux

composantes,

vu sa

largeur

brute

a mi-hauteur. Pour la meme

raison,

on ne

peut

observer les

démultiplications

6ventuellement introduites par le

couplage

des moments orbitaux

et de

spins

des électrons excites et des lacunes créées.

Les

r6gles

de sélection relatives aux moments orbitaux dans le cas de transitions a deux elec- trons

[39] permettent

de determiner les

configu-

rations

possibles

des 6tats finaux

respectifs.

Leur

application (ð.l1 = ± "I ð.l2

=

0,

iL

2 ; ll et 12

6tant les moments

orbitaux

initiaux des deux

electrons), conduit, compte

tenu de la loi de conser-

vation du

spin,

aux résultats suivants :

- pour la raie

PX-MII.III :

On

peut

alors determiner les transitions les

plus probables

en

appliquant

les

règles

de selection determinees dans le

couplage

Russel-Saunders : AL =

0,

±

1 ;

AJ =

0,

+ 1

(sauf

0 -->-

0).

On

obtient ainsi :

-

pour la

raie

PgsMIhIII ’

- pour la raie

PK-MI :

Nous allons supposer que la

configuration

corres-

pondant

a la raie

PX-MIIeIII

est

(10)

784

et

6valuer,

dans cette

hypoth6se,

la difference

d’énergie ðE1

entre cette

configuration

et celle de

1’etat final de la transition

correspondant

a la

raie PR : Is 2S2

2p6

3S2

3p6 4p.

Elle aurait pour valeur

1’energie

de la transition

3p5

4S2 -->-

3p6 4p

dans un atome

d’argon

ionise en couche 1s. Les niveaux

d’6nergie

de

F argon

ainsi ionise n’ont pas ete calcul6s

jusqu’a present.

Mais on

peut

avoir

un ordre de

grandeur

de

1’energie

de cette transi-

tion en assimilant les niveaux de cet atome a ceux

du

potassium

ionise en couche 4s. Les tables de niveaux

atomiques [40]

donnent dans ce cas

1’energie

de la transition

3p5

4s

-*,3p6.

En

n6gli- geant

donc en

premiere approximation

la diff erence

d’énergie

entre les electrons 4s et

4p,

on trouve :

ð.EI

=

20,4

eV. L’accord est donc assez bon avec

la valeur

exp6rimentale

obtenue

ici,

soit

21,8 eV, mais,

s’il confirme ]’ exactitude de notre

interpr6-

tation

(excitation

simultan6e d’électrons Is et

3p),

il ne

permlt

pas de choisir entre les

cinq

transitions

possibles

vu les

approximations

faites.

La difference

d’6nergie

entre les raies

PX-MI

et

PX-MII III

doit de meme etre peu différente de la

separation

3s -

3p

dans un atome

d’argon

ionise

en couche Is. Il n’en existe pas de valeur calcul6e

theoriquement ;

on sait seulement

qu’elle

est de

15 eV dans

1’argon

neutre et de 16 eV dans le

potassium

neutre

[24],

valeur a comparer avec le r6sultat

experimental

de 12 eV.

La sensibilite actuelle de

Fappareillage

ne

permet

pas de

pr6ciser

la forme r6elle des raies

en question,

ni d’observer d’autres termes des memes series.

Les considerations tr6s

approchées

faites ici font ressortir la necessite d’une th6orie

complète

des

processus doubles

d’absorption

en ce

qui

concernE

les

energies

des niveaux aussi bien que les

proba-

bilit6s de transition.

V. Conclusion. -

L’enregistrement

continu des

spectres d’absorption

de

l’argon

et du neon entre

2 et 8

A

a

permis

de mesurer le coefficient

d’absorp-

tion en fonction de la

longueur

d’onde et d’en

d6gager

la loi de variation pour ces deux gaz, d’en d6duire la force d’oscillateur du

niveau k

de

1’argon,

ce

qui

a donne une valeur en accord avec

les determinations

th6oriques,

et de mettre en

evidence deux raies de r6sonance attribuables cha-

cune a

1’excitation sirriultanee

de deux

electrons, dont

l’un

appartient

a ’une couche

interne,

dans

l’atome d’ argon.

Ces recherches doivent etre étendues a d’autres gaz et a un domaine

plus large

de

longueur

d’onde.

L’auteur tient a

exprimer

ici tous ses remer-

ciements a MIle le Professeur Y. Cauchois

qui

a

dirig6

de tres

pres

ces recherches ainsi

qu’au

Doc-

teur C. Bonnelle dont l’aide

bienveillante,

tout au

long

de ce

travail,

lui a ete tres

precieuse.

Manuscrit requ le 3 mai 1965.

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