UTILISATION DE LA BETTERAVE DANOISE DANS L’ALIMENTATION DU PORC EN CROISSANCE
I. - RECHERCHE D’UN PR,AN DE RATIONNEMENT A. RÉRAT Y. HENRY
avec la collaboration technique de 1?. ENGRAND et II. BOUSQL’ET.
Station de Recherches sur
l’!levage
des Porcs,Centre national de Recherches
zootechniques, Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise)
SOMMAIRE
Quatre expériences
successives ont été réalisées au cours des campagnes ig6o-6i et ig6i-62afin de rechercher les conditions
optimum
d’utilisation de la betterave danoise dans l’alimentation du Porc en croissance, suivant lesystème
Lehmann. Leprincipe
desexpériences
consiste, àpartir
du
régime
Lehmannclassique ( 225
g d’un concentré azoté renfermant 4o p. 100 de matières azotéesdigestibles
et 1250g d’orge, encomplément
des betteraves àvolonté),
à accroître, séparément ou simultanément, lesquantités journalières
de concentré azoté(de
2255 32;; g,puis
4z5g) et d’alimentcomplémentaire
(de i 475 à 1725g,puis
1925g). 7?n même temps, l’efficacité dusystème
Lehmannd’alimentation à base de betteraves est comparée à celle d’un aliment concentré
complet.
Les ani-maux, de race
I arge
White et d’unpoids
initial de gokg,
sontrépartis
par lots de dix et élevés enloges
individuellesjusqu’au poids
d’abattage de go kg.De l’ensemble des résultats obtenus, il ressort les faits suivants :
- Les animaux rationnés selon le
système
Lehmannclassique
présentent, entre lespoids
de 30 et gokg,
une vitesse de croissance inférieure d’environ 20p. 100à celle des animaux soumis au régimecomplet ( 532
g contre 675g) ;
l’indice de consommation est plus élevé( 3 ,66
kg de matière sèche par kg degain
contre 3,12) ;l’importance
des tissusadipeux
dans les carcasses estégalement
aug- mentée.- L’administration de
quantités
accrues d’alimentcomplémentaire
de betteraves (1 725 et r9 z
5g au lieu de r 475g) provoque une amélioration sensible de la vitesse de croissance, cette der- nière étant aussi élevée avec 1925 g
qu’avec
lerégime complet.
Dans ces conditions, laquantité
totale d’aliment concentré nécessaire à
l’engraissement
n’est pasplus
élevéequ’avec
lesystème
derationnement
classique.
Par contre, laquantité
totale de betteraves consommées est nettementplus
faible (environ 500kg
pour 1475g d’alimentcomplémentaire,
400kg
pour 1 725g et 300kg
pour 1925
g) ;
il en résulte une diminution notable de l’indice de consommationexprimé
en matièresèche. De la même
façon,
l’élévation de laquantité
de concentré azoté, pour un même niveau d’ali- mentcomplémentaire,
permet d’obtenir une amélioration sensible,quoique non significative,
de lavitesse de croissance et de l’efficacité alimentaire. En ce
qui
concerne lacomposition corporelle,
les effets sont différents selon le type d’aliment
complémentaire
utilisé :lorsqu’on
augmentesimple-
ment la
quantité d’orge,
le pourcentage de morceaux gras dans les carcasses a tendance à s’accroître.Lorsqu’on augmente simultanément la
quantité
de concentré azoté etd’orge,
lacomposition
corpo- relle des animaux n’estpratiquement
pas modifiée,malgré
une vitesse de croissanceplus rapide.
- La consommation de betteraves, faible au début de la croissance, ne devient
importante qu’au-delà
de 60kg
depoids
vif :rapportée
aupoids
vif, elle est d’autantplus
faible que laquantité
d’aliment
complémentaire
estplus
élevée, soitrespectivement
ro, 8 et 7,5p. 100pour 1 475, 1 725et1925 g. La consommation
journalière
de matière sèche,exprimée
en pourcentage dupoids
vif, estla même, en fin de croissance, d’un mode de rationnement à l’autre, alors
qu’au
début de la crois-sance elle est d’autant
plus
élevée quel’apport
d’alimentcomplémentaire
estplus important.
- Les
quantités
de betteraveséquivalentes
à ikg
d’aliment concentré varient entre 7,1 et8,
9
kg
pour une teneur moyenne en matière sèche de 16,8 p. ioo, la meilleure valeur deremplacement
étant obtenue avec le mode de rationnement le
plus large.
Compte
tenu des observations précédentes, on peut recommander de distribuer, encomplément
des betteraves à volonté à partir de 30
kg
depoids
vif, 3z5 g d’un aliment concentré renfermant 40 p. ioo de matières azotéesdigestibles
et i 600 g d’orge. La consommation de betteraves, selon ce mode de rationnement, représente environ 30 p. 100 sur la consommation totale de matière sèche et legain
depoids
moyenjournalier qui
en résulte est de l’ordre de 650g entre 3o et gokg
depoids
vif.INTRODUCTION
L’introduction en France des variétés de betteraves à haute teneur en matière sèche et d’un rendement élevé à
l’hectare,
apermis
de mettre à ladisposition
del’éleveur un aliment
apte
à couvriréconomiquement
unepartie
des besoinsénergé- tiques
de ses animaux.Cependant,
l’utilisation de cetteplante
sarclée en alimenta-tion
porcine
aposé,
dès ledépart,
de nombreuxproblèmes
liés enparticulier
à saforte teneur en eau et au
déséquilibre
entre les fractions azotée eténergétique.
Endehors de la détermination de sa valeur
alimentaire,
leproblème
leplus important
réside dans les modalités de son administration au Porc en croissance : il
s’agit,
d’une
part,
de connaître la nature et laquantité
de l’alimentcomplémentaire,
d’autrepart,
lesquantités
de betteraves à administrer aux différentsâges.
Il y a
déjà
unevingtaine
d’annéesqu’une
solution à ceproblème
a étéapportée
au Danemark par une
adaptation
dusystème
Lehmannd’alimentation, qui
étaitprimitivement
conçu pour l’utilisation d’alimentsplus
riches en matière sèche que les betteravesdanoises,
parexemple
les pommes de terre ou lestopinambours (L
/
EHMANN, i 9 2 9 ).
AinsiJES P E R SE N ( 1945 ) préconise,
encomplément
des betteraves àvolonté,
une distributionjournalière
de 1 250 gd’orge
et de 3 1 de lait écréméou d’un aliment concentré azoté en
quantité
telle quel’apport
de matières azotéesdigestibles
soitéquivalent
à celui fourni par le lait écrémé(soit
250 g d’uncomplé-
ment azoté renfermant 4o p. 100 de matières azotées
digestibles). Cependant,
lesanimaux ainsi
traités,
aussi bien dans lesexpériences
danoises que dans lapratique
de
l’élevage
enFrance, présentent
une croissancegénéralement
inférieure à celleprovoquée
par desrégimes
entièrementcomposés
d’aliments concentrés. En outre,l’adaptation
dusystème
Lehmann pourl’élevage
danois estdéjà
assez ancienne ets’appliquait
à des porcsn’ayant
pas les mêmescaractéristiques
deprécocité
que les souches dont nousdisposons
actuellement.C’est
pourquoi,
il nous a paruindispensable d’entreprendre
une séried’expé-
riences destinées à
préciser
lespossibilités
d’amélioration de latechnique
utiliséepar les auteurs scandinaves et
plus particulièrement
le niveau decomplémentation
azotée et
énergétique.
TECHNIQUES EXP!RIM!NTAI,!S
ETMATERIEL UTILISÉ
Quatre expériences
sont réalisées durant les campagnes ig6o-6i et ig6i-62, afin d’étudier les conditionsoptimum
d’utilisation des betteraves dans l’alimentation du porc en croissance ; ils’agit
de betteraves de la variété Flunsballe, récoltées sur le domaine de
Jouy-en-Josas.
Une
première expérience
A est destinée à : .- comparer l’efficacité d’un
régime
Lehmann à base de betteraves à celle d’unrégime complet
établi selon les recommandations
classiques ;
- contrôler si le niveau de
complémentation
azotéepréconisé
par les auteurs danois ne constitue pas un facteur limitant de la croissance.A cet effet, trois lots de la animaux
(i Large
White, 4Danois et5 croisés
Danois XLarge White)
sont constitués en tenant compte de
l’origine,
du sexe et dupoids
initial( 33 kg
enmoyenne).
Lesanimaux du lot Ia sont soumis à un rationnement
proche
de celuipréconisé
dans lesystème
Lehmannclassique.
Ilsreçoivent chaque jour
225 g d’un concentré azoté renfermant 46 p. 100de matières azotées totales(tabl. 1 ),
1 250 gd’orge,
et des betteraves à volonté dèsqu’ils atteignent
lepoids
de 35 kg. Dans le lot lIA les animaux
reçoivent,
outre les betteraves, dans les mêmes conditions queprécédemment,
325 g de concentré azoté et 1 150 gd’orge,
de telle manière que laquantité
totaled’aliment concentré
ingérée quotidiennement
soit la même que dans le lot lA. Dans le lot témoin 1I1A,les animaux
ingèrent
à volonté un alimentcomplet,
dont lacomposition
estrapportée
dans le ta-bleau 1.
Les
expériences
B, C et D(tabl. 2 )
ont pourobjet
dedéterminer,
àpartir
durégime
Lehmannclassique,
laquantité optimum
d’aliment concentré à administrer encomplément
des betteraves,et les
proportions respectives
de concentré azoté etd’orge.
A cet effet, on augmente, danschaque
expérience,
laquantité d’orge,
avec ou sans accroissement de laquantité
de concentré azoté, et oncompare avec un lot témoin commun à deux
expériences
successives. C’est ainsiqu’on
passe de r475 g d’aliment
complémentaire,
dansl’expérience
A, à 1725g, dans lesexpériences
B et C, et19z5 g, dans
l’expérience
D. Les animaux sont de raceLarge
White etproviennent
de laportées
différentes de
l’élevage
deJouy-en-Josas.
Au sein de chaque portée, deux ou trois animaux, suivant le cas, sont choisis de mêmepoids (en
moyenne 30kg)
et de même sexe et sontrépartis
dans chacun des lots.Les animaux sont élevés en loges individuelles et reçoivent
quotidiennement
3 repas de 20à 3o minutes, l’orge et le concentré azoté étant fournis
sous
forme de mélange. Les betteraves sont distribuées à volonté, sous forme de cossettes, àpartir
du moment où les animaux consomment la totalité de leurmélange
concentré.Au cours de la croissance, il est procédé à la pesée des animaux à intervalles
réguliers (tous
lesi¢
jours)
et àl’enregistrement quotidien
desquantités
de nourriture consommée.Après abattage,
à 90
kg
environ, les carcasses sontpréparées
suivant la découpeparisienne
et diverses mesures sont... , .
poids
net , , . _, . ! !(Rein
+ Dos) effectuées : rendement,-- poids -- net poids vif X 100 ),
/’ t épaisseur
moyenne du lard dorsal . 2
2 pour-f
centages de morceaux maigres
(jambon
-!-longe)
et de morceaux gras(bardière
-1-panne)
par rap- port au poids net de la carcasse.La
comparaison
statistique des moyennes à l’intérieur de chaque expérience est effectuée suivant le test de KEL’LS-NEWMAN(SnEDFCOR,
1956).RÉSULTATS
I. -
Composition chimique
desrégimes
Les résultats moyens des
dosages
effectués sur les échantillons des différentsrégimes
sontrapportés
dans le tableau i. En cequi
concerne lesbetteraves,
il a étéprocédé
à des déterminations hebdomadaires de la matière sèche et de l’azote total.Les teneurs moyennes ont été :
-
pendant
l’hiverig6o-6i, 1 6,8
p. 100 de matière sèche eto,18
p. 100 d’azotetotal,
soit 1,07p. 100de la matièresèche ;
-
pendant
l’hivery 6z-62,
17,1 p. 100 de matière sèche et 0,19 p. ioo d’azotetotal,
soit 1,12p. 100de la matière sèche.Il est à noter que les concentrations en éléments nutritifs diminuent
progressive-
ment en cours de
conservation,
sauf en cequi
concerne les minéraux(tabl. 3 ).
Ainsila diminution de la teneur en matière sèche est de l’ordre de 10 p. 100 ; ces
pertes
sont normales et
correspondent
aux indications des différents auteurs(F IDDIAN ,
i 95
r ;
Boyr,!, 1952 ).
Bienentendu,
il en a été tenucompte
dans l’estimation des consommations de matière sèche.2
. - Croissance et consommation
Afin d’étudier l’influence du niveau de concentré azoté ou
d’orge
selon le stade de lacroissance,
il a étéprocédé,
dans chacune desexpériences,
à undécoupage
dela
période
totale en deuxsous-périodes : 30 -6 0 kg,
et6o-go kg
depoids
vif. Les résul- tatscorrespondants
sontprésentés
dans les tableaux 4, 5 et 6.a)
TTitesse de croissance.Dans la
première expérience A,
les animaux recevant des betteraves suivant le rationnement Lehmannclassique (lot Ia) présentent
une croissancesignificative-
ment
plus
lente que ceux soumis aurégime complet (lot III A ) ;
lapériode
totaled’engraissement
estallongée
de 23jours, correspondant
à une diminution de la vitesse de croissance de l’ordre de 20 p. 100.Dans les
expériences
B, C et D, l’accroissement de laquantité
totale d’alimentconcentré,
de r 4!! g à 1 725 g,puis
à 1 925 g, se traduit par une améliorationsigni-
ficative de la vitesse de croissance sur l’ensemble de la
période
3o-gokg (fig. i).
Il en est de même à l’intérieur de chacune des
périodes 30 -6 0 kg,
sauf pourl’expé-
rience
D,
danslaquelle l’augmentation
de laquantité
d’alimentcomplémentaire
del 72j à l925 g ne provoque
plus
d’améliorationsignificative
de la croissance au-delà de 60kg.
La vitesse de croissanceenregistrée
avec 1 925 g d’aliment concentré(lots II D , III D )
estcomparable
à celleprovoquée
par lerégime complet (lot IIIa).
Le bénéfice obtenu par l’accroissement de la
quantité
de concentré azoté de2
25 g à 325 g,
puis
à 425 g,quoique sensible,
n’atteint pas le seuil designification ;
il est surtout
marqué pendant
lapremière phase
de la croissance.b)
Consommation de nourriture.Aliment conceutré. - Les modifications
apportées
dans le rationnement n’ontaucun retentissement sur la consommation totale d’aliment concentré. Cette dernière n’est pas
augmentée
defaçon significative lorsqu’on élève
laquantité journalière
desmélanges administrés,
du fait du raccourcissement de la durée totaled’engraissement.
Bette y
aves. - La consommation totale de
betteraves,
pour le lot soumis à laméthode Lehmann
classique (Ia)
est d’environ 5ookg.
Elle diminue fortementlorsque
lesquantités journalières
d’aliment concentré sontaugmentées ;
il enrésulte une économie
représentant
lecinquième
et le tiers de la consommation de betteraves suivant quel’apport
d’aliment concentré est accru de 250g ou de q5o g, et ceci sans que la consommation totale d’aliment concentré soitaugmentée
defaçon
sensible.L’évolution de la consommation
journalière
de betteraves estreprésentée
graphiquement
dans lafigure
i. Les animaux recevantquotidiennement
desquanti-
tés accrues d’aliment concentré
(r 725
et i g25g) ingèrent
tout aulong
de leur crois-sance des
quantités
de betteraves moins élevées que les animaux du lot Lehmannclassique,
les différences étant essentiellementmarquées
entre 30 et 60kg
depoids
vif. Comme il est bien connu, la consommation
journalière
de betteraves croît aufur et à mesure que les animaux
prennent
dupoids. Cependant, jusqu’à
60kg, l’aug-
mentation de consommation est
proportionnellement plus rapide
quel’augmentation
du
poids vif,
cequi
se traduit par une élévationrapide
desquantités
consomméesrapportées
à 100kg
depoids
vif(fig. r).
Au-delà de 60kg,
aucontraire,
lesquantités
de betteraves
rapportées
à 100kg
depoids
vif sontpratiquement
constantes et d’autantplus
élevées que laquantité
d’aliment concentré estplus
faible : 10p. 100 pour z q75 g, 8 p. 100 pour 1 725 g et 7,5 p. 100 pour z g25 g. Bienentendu,
il nes’agit
là que de moyennes. A cesujet,
il y a lieu de noter que la consommationjour-
nalière de betteraves
présente d’importantes
variationsindividuelles,
allant dusimple
au
triple, (soit entre et
12kg
parjour), lorsque
les animauxatteignent
90kg
depoids
vif.La
comparaison
des lots soumis à la méthode Lehmannclassique
dans les troispremières expériences (lots
I:!,I B , le)
montre que les animaux de ces lots ne se sont pascomportés
exactement de la mêmefaçon.
Au cours de lapremière expérience,
l’administration de
betteraves, tardive,
a commencélorsque
les animauxpesaient
entre 35 et 40
kg
et la consommationjusqu’à
60kg
a étéplus
faiblequ’au
cours desdeux
expériences
suivantes. Par contre, entre 60et 90kg
depoids vif,
la consomma-tion de betteraves a été
plus
faible dans le lot IIB que dans les deux autres lots.L’explication
de cette différencepeut
être fournie par ledécalage
dans letemps
des troisexpériences ;
la deuxième s’étant déroulée en fin desaison,
les betteraves utili- sées au cours de cettepériode
étaientprobablement
moinsappétibles
parcequ’ensilées depuis plus longtemps. Remarquons
par ailleurs que l’évolution de la consommation de betteravesdépend
del’âge auquel
les animaux commencent à les recevoir.Ainsi,
dans les lots IB et Ic, pourlesquels
la distribution des betteraves s’est faite dès que les animauxpesaient
30kg,
la consommationjournalière
de betteraves ramenée à 100kg
depoids
vif atteint un maximum dès lepoids
de 60kg (respectivement 8,5
et 10 p.100 ) ;
par contre, dans le lot I.!,qui
n’a reçu des betteravesqu’à partir
de 35-4o
kg,
la consommation maximum parrapport
aupoids
vif( 10
p.100 )
n’estatteinte
qu’aux
environs de 75kg.
Consommation de matière sèclae :
importance
relative de la consommation d’alimevct concentré et de betteraves. - La consommationjournalière
de matièresèche,
chez les animaux soumis au rationnement Lehmann
classique,
estlégèrement
inférieure
( 100
genviron)
à celle observée chez les animaux recevant uneplus
fortequantité
d’aliment concentré ou l’alimentcomplet.
C’est surtout au cours de lapremière partie
de la croissance que cette différence est sensible.Il en est de même
lorsqu’on
élève laquantité
d’aliment concentré de 1 725 g à1 925 g
(expérience D) ;
c’est durant lapremière phase
de la croissance que l’on observe des différences dans les consommations de matière sèche totale. Bienentendu,
les écarts de consommation entre les différents lots sont en relation pour unepart
avec des différences dans les vitesses de croissance. Ceci nous a conduit à étudier l’évolution de la consommation
journalière
de matière sèche en fonction dupoids
moyen des animaux par
période
de 14jours,
soit en valeurabsolue,
soit en pour-centage
dupoids
vif(fig. 2 ).
Lacomparaison
des deux lots del’expérience
C nous.montre que les animaux recevant deux
quantités
différentes d’aliment concentré(i 475
ou 1 725g) présentent
la même consommation de matière sèche à unpoids
donné. Par contre, il en va différemment des lots de
l’expérience D ;
à unpoids donné,
ce sont les animauxqui reçoivent
leplus
d’alimentcomplémentaire ( 1
925g)
qui
ont la consommationjournalière
de matière sèche laplus élevée,
et ceci surtoutpendant
lapremière phase
de la croissance. Dans tous les cas, laquantité
de matièresèche
ingérée
enpourcentage
dupoids
vif diminuerégulièrement
deplus
de 4 p. 100 pour 30kg
à moins de 3 p. 100pour 90kg
depoids
vif.La consommation totale de matière sèche est
toujours plus
élevée pour les animaux recevant des betteraves que pour ceux du lot.témoin (I_!).
D’autrepart,
elle diminue
après
addition dequantités
croissantesd’orge
ou de concentré azoté.Il est intéressant de connaître
l’importance
relative de la consommation des deuxaliments, compte
tenu de leur teneur en matière sèche(fig. 3 ).
Ainsi la consommationde betteraves par
rapport
à la matière sèche totale décroît d’unefaçon quasi
linéairelorsque
laquantité
d’aliment concentréaugmente :
sur l’ensemble de lacroissance,
ellereprésente
40 p. 100pour i 475 g demélange,
32 p. 100pourt 7 25
g et 26 p. 100pour
i 925
g. Deplus,
comme les betteravesreprésentent
l’élément variable de laration,
cepourcentage
varie au cours de la croissance : parexemple,
au bas niveaud’aliment concentré
( 1475 g),
lequart
environ de la matière sècheingérée provient
des betteraves au cours de la
période 30 -6 0 kg ;
par contre, celles-cireprésentent
lamoitié de la matière sèche
ingérée
au cours de lapériode 6o-go kg.
Ce dernier pour-centage
serait encore accru si l’onprolongeait l’engraissement
au-delà de gokg.
Consommation de matières azotées. -
L’ingestion moyenne j ournalière
de matièresazotées a été calculée pour chacun des
lots,
dans les deuxpériodes,
à l’aide des résultats dedosages
effectués sur lesrégimes (fig. 4 ).
Le terme decomparaison
choisi est le taux de matières azotées recommandé par le National Research Council
( 1959 ),
soit 16 p. 100 entre 30 et 60kg
et 13 p. 100entre 60et gokg
;. cesvaleurs,
comme lesprécédentes,
ont étéexprimées
enpourcentage
de la ration sèche.Le besoin azoté de croissance est loin d’être couvert par
l’application
dusystème
Lehmann classique ( 225
g de concentré azoté et 1 250 gd’orge).
Par contre,l’apport
de 325 g de concentré azotépermet
de réaliserpratiquement l’équilibre
azoté du
régime ( 17 ,5
p. 100de matières azotées parrapport
à la matière sèche avant 60
kg
et r4,5p. 100au-delà).
c)
Indice de consommation.L’indice de consommation calculé dans la
présente
séried’expériences
corres-pond
au nombre dekilogrammes
de matière sèche(aliment
concentré -f-betteraves) qui
ont été nécessaires pour obtenir unkilogramme
degain
depoids
vif.En ce
qui
concerne l’ensemble de la croissance( 3 o-go kg),
l’indice de consomma-tion pour les animaux recevant des betteraves selon le mode de rationnement clas-
sique
est nettementplus
élevé que pour les animaux recevant l’alimentcomplet
L’addition de concentré azoté oud’orge
se traduit par une amélioration sensible de l’indice deconsommation,
le meilleur indice étant obtenu pour les animaux ayant subi le rationnement leplus large ( 1
925g d’alimentconcentré).
Par
ailleurs,
si l’on considère l’évolution de l’indice de consommation au coursde la
croissance,
on constate que les écartsenregistrés
entre les lots sontplus
faiblesau-delà de 60
kg ;
cecicorrespond
à une meilleure utilisation des betteraveslorsque
les animaux sont
plus âgés.
Enparticulier,
avec 1 725g d’alimentconcentré,
l’indice deconsommation,
pour lapériode 6o-go kg
estpratiquement
le même que celui obtenu avec lerégime complet.
I,a connaissance de la
part prise
par les betteraves dans l’indice de consomma-tion total
permet,
parcomparaison
avec les résultats obtenus sur les animaux nourrisau
régime complet,
dans lesexpériences
A et B(qui
ont été réalisées la mêmeannée),
de calculer la valeur de
remplacement
des betteraves parrapport
à cerégime.
Bienentendu,
il ne saurait êtrequestion
de calculer lavaleur fourragère puisque
lacrois-
sance des animaux a été différente dans les trois lots et que, par
suite,
leur besoin d’entretien total n’a pas été le même. Dans le tableau 7sontprésentées
les correspon- dances en matières sèches et fraîches entre les betteraves et l’alimentcomplet :
les
quantités
de betteraveséquivalentes
à Ikg
d’aliment concentré. sonttoujours
très
importantes :
elles varient entre 7,1 et8,g kg
de racines à1 6,8
p. 100de matière sèche. Letype
de rationnement a une influencemarquée
sur la valorisation de labetterave,
la meilleure valeur deremplacement
étant obtenuelorsque l’apport
d’aliment concentré est
plus important ( 1 7 25 g).
3. -
Composition corporelle
Les résultats de composition corporelle
sontrapportés
dans le tableau 8. Sansqu’il
soitpossible
de déceler des différencessignificatives
d’un lot àl’autre,
onpeut
remarquer que les animaux recevant des betteraves suivant le rationnement
classique (lot I A )
ont tendance à êtreplus
gras que ceux du groupe témoin soumis aurégime complet (III A ) ;
par contre, l’addition de 325 g de concentré azoté pour une mêmequantité
d’alimentcomplémentaire ( I q 75 g),
dans le lot IIA, donne des carcassesplus maigres
que dans les deux lotsprécédents. L’apport
d’unequantité supplé-
mentaire
d’orge
seule(lot II B )
provoque l’élévation de laproportion
des tissus gras ; cette action est annulée parl’augmentation
simultanée de laquantité
de concentré azoté administrée(lot IIII3).
Les résultats del’expérience
D montrentqu’au-dessus
de325 g de concentré azoté les modifications du
régime
n’ont pas derépercussion
sensible sur la
composition corporelle.
DISCUSSION
L’utilisation
des betteraves danoises dans l’alimentation du Porc a faitl’objet
au cours de ces
vingt
dernièresannées,
d’ungrand
nombre de travaux, au Danemark(JES
P ERSE N
,
1945 ;JESPERSEN
etHANSEN, 1953),
auxPays-Bas (G RA SII UI S
et STONE-BRINK
, 1943 ; DAMMERS,
1951 ),
en Suède(NORD!!I,DT,
1947 ;OLOFSSON, 1953),
enGrande-Bretagne (D UN KIN
etCOOPER,
1949 ; BRAUDE et MITCH!r,I&dquo; Ig49 ; MEiKi<E- JOHN, 1951 ; DUNKIN,
195 2 ;
MITCH!I,I&dquo; 1952 ; BROWNING etWAI,SH,
1953 ; SIMetal.,
1953;
CARDER,
1955 ; LuCAS,195 8).
En raison de lapénurie
de céréales durant cettepériode,
les différents auteurs ont cherché à économiser au maximum ces alimentsen réduisant le niveau de
complémentation énergétique
à des niveaux situés entreI , I5
o
kg
et 1,350kg
d’alimentconcentré ;
il en résulte que lesperformances
réaliséessont
généralement
modestes(gain
moyenjournalier
de l’ordre de 500g)
et inférieures à cellesenregistrées
avec notrerégime
témoin dedépart.
Les résultats obtenus au cours de la
présente
séried’expériences
ontpermis
depréciser
lespossibilités
d’amélioration de la méthodeLehmann
à base de betteraves.L’équilibre
azoté durégime
est obtenugrâce
àl’apport
de 325g de concentré azoté renfermant4 6
p. 100de matières azotées totalespendant
toute la croissance. D’autres auteurs(M!IKI,!JOHN,
I95IDU N KIN,
Ig52 ;MITCHELL, 195 2 )
ont montréégalement
l’intérêt d’accroître le taux azoté de l’aliment concentré
complémentaire
de betteraves.L’application
stricte dusystème
Lehmann entraîne d’autrepart
un déficitimportant
sur leplan énergétique.
Eneffet,
l’encombrement de la rationprovoqué
par
l’ingestion
de betteraves relativement riches en eau limite la consommationmoyenne
journalière
de matièresèche ;
cette influence est d’autantplus marquée
que la
quantité
d’alimentcomplémentaire
administrée estplus faible,
ou que la teneur en matière sèche des betteraves estplus
basse(B RAUD E
etMiTCHEi<i<,
1949 ;D UNKIN
et
COOPER, 1949 ). lorsqu’on
administre unequantité plus
élevée( l 725 g)
d’aliment
concentré,
la consommationjournalière
de matière sèche devient aussiimportante qu’avec
lerégime complet ; cependant,
comme la croissance ainsi obtenue estplus
faible que celleproduite
par lerégime complet,
onpeut
en déduirequ’à
quan- tité de matière sècheégale,
la betteraveprésente
une valeur alimentaire inférieure à celle de l’aliment concentrécomplet (REES
et WESTMACOTT,ig56 ; HARNISC H ,
1957 ;PnxTnN!!, 19 6 0 ).
La valeur deremplacement
obtenue au cours de cette étude(
7 ,
1
à8, 9 kg
de betteraves fraîches à1 6,8
p. 100 de matière sèche parkg
d’alimentconcentré)
estidentique
à celle que nous avons trouvé par ailleurs encomparaison
avec
l’orge : 7 ,8 kg
parkg d’orge (RÉ RAT
etHENRY,
données nonpubliées) ;
mais elleest inférieure à celle
rapportée
par d’autres auteurset C OOPER ,
1949 ;M!IKr,EJoHN, 1951 )
pour des betteraves à teneur voisine en matière sèche.Quoi qu’il
ensoit,
cette valeur est fonction dutype
de betteravesutilisées ;
elle est d’autantplus
élevée que ces dernières sontplus
riches en matière sèche(S IM
etal.,
1953 ;S
TAROVEROV
,
1959 ; B!R!zovsKy etal., 19 6 1 )
et que leurpourcentage
dans la ration estplus
faible : ainsil’efficacité
alimentaire de la betterave danoise estpratiquement
la même que celle du
régime complet lorsque la quantité
d’aliment concentré adminis- trée atteint 1925 g. Demême,
RICHTER et at:( 19 6 2 ),
DANILENKO et BoGDnNOv( 19 6 2
)
ont obtenu pour la betterave la mêmevaleur.fourragère que pour
lescéréales,
dans le cas derégimes
isoazotés et pour un niveau de rationnementidentique.
Onpeut
penser, d’autrepart,
que la faible valeur alimentaire de la matière sèche de betteravecomparée
à celle de l’aliment concentré estimputable
enpartie
à l’allon-gement
dutemps
du repas, d’où il résulterait uneaugmentation
de ladépense
éner-gétique (I,!xov
etFÉVRIER,
1947,1949 ) ;
selon DI;NKrn-( 1952 ),
les porcs mettraient 3heures à consommer leur rationjournalière
de 8 à 9kg
de betteraves.Il est connu que la
capacité
du Porc à utiliser les betteraves varie avecl’âge.
Ainsi,
DUNKIN( 195 2)
et FAGAN( 1954 )
ont obtenu une meilleure croissance avec des animaux recevant des betteraves àpartir
de 40kg
depoids
vifqu’à partir
de 25-3okg.
Ceci est à
rapprocher
du fait que les écarts de croissanceenregistrés
entre les lotsrecevant différentes
quantités
d’aliment concentré sontplus
faibles en fin de crois-sance
(entre
60 et 90kg).
Il en résulte que laproportion optimum
de betteraves à introduire dans lerégime
est fonction du stade de la croissance. Pendant lapremière phase
de lacroissance,
lerégime
leplus
intéressant est celuiqui
renferme 325 g de concentré azoté et I 60o gd’orge. L’ingestion
de betteraves est alors faible etrepré-
sente seulement 15 p. 100 de la ration
sèche ;
deplus,
la diminution de laquantité
d’aliment
concentré,
durant cettepériode,
ne modifie que trèslégèrement
la consom-mation de betteraves. Au-delà de 60
kg,
aucontraire,
onpeut
réduireavantageuse-
ment la
quantité
totale d’aliment concentré à i 725 g( l 400
gd’orge
et 325g de con-centré
azoté) ;
la consommation de betteravesreprésente
alors entre 40 et 45 p. 100 de la ration sèche.Compte
tenu de ceséléments,
l’économie sur les céréales serait de l’ordre de 30 p. 100pour l’ensemble de la croissance(entre
3o et 90kg
depoids vif), correspondant
à ungain
moyenjournalier
de6 50
g, Il est intéressant de noter que les auteurs russes(S H EBITCHENKO, I g62 ; KAPKO, zg62 ; TIKHONOV, 1962)
ont obtenuune bonne utilisation de la betterave par le Porc