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L'astronomie au gré des saisons, 2018-05-15
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Fly me to the Moon
Tapping, Ken
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FLY ME TO THE MOON
Ken Tapping, 15 mai 2018
Voilà bien la première fois que je glisse le titre d’une de mes chansons préférées dans un bulletin d’astronomie. Étant donné les rigueurs du voyage et le milieu hostile qu’on trouve sur la Lune, pourquoi un astronome voudrait-il s’y installer? Faire des observations à partir de la surface de la Terre est difficile, car les ondes en provenance du cosmos doivent traverser l’atmosphère avant de pénétrer dans la lentille de nos télescopes. Certaines de ces émissions sont complètement bloquées, d’autres le sont en partie seulement, mais toutes sont déformées. Il faut également tenir compte du facteur humain. Les villes modernes émettent dans toutes les directions d’énormes quantités de pollution lumineuse qui éclairent le ciel et éclipsent les objets peu lumineux dans le ciel. Heureusement, nous avons compris qu’en plus de coûter des sommes pharaoniques, la pollution lumineuse est un énorme gaspillage d’énergie qui nous empêche aussi d’admirer pleinement la beauté du monde qui nous entoure. Et plus les télescopes optiques gagnent en puissance, plus leur sensibilité aux parasites lumineux s’accroît. Heureusement, il existe encore des endroits où la noirceur du ciel est préservée. Les radiotélescopes ne sont pas épargnés. Les sources d’ondes radio d’origine humaine sont partout – dans nos voitures et même dans le fond de nos poches, puisque nous trimbalons tous au moins un dispositif émettant des ondes radio. Les réseaux Wi-Fi sont devenus un incontournable de la vie moderne, et la demande pour les services fonctionnant sur ondes radio ne fait que
s’accroître. En plus de subir des interférences au sol, les radiotélescopes doivent percer le
brouillage causé par les connexions Internet des avions en vol et les satellites utilisés à des fins variées. Au cours des prochaines années
seulement, plus de 10 000 satellites seront lancés pour alimenter les services de communications 5G et de transmission de données dans le monde entier.
Pour l’heure, la Lune est déserte et il ne s’y trouve qu’une poignée d’émetteurs radio et strictement aucune pollution lumineuse ni luminance nocturne du ciel, des problèmes qui malheureusement sont omniprésents sur Terre. Dans le ciel lunaire, notre planète est quatre fois plus grosse et trois fois plus brillante que la pleine lune. Elle est aussi
extrêmement lumineuse dans les radiofréquences en raison des ondes radio que nous générons. Pour se soustraire à cet éblouissement, il serait toujours possible d’installer nos télescopes sur la face cachée de la Lune. Comme la Lune tourne sur elle-même une fois par révolution autour de la Terre, on ne voit jamais sa face cachée et celle-ci ne nous fait jamais face. Les problèmes
d’éblouissement optique et radio ne se poseraient donc pas. Il ne resterait que le Soleil, car si la face cachée ne voit jamais la Terre, elle reçoit la lumière du Soleil. À la nouvelle lune, il fait jour sur la face cachée et nuit sur la face visible, et vice versa à la pleine lune.
Il y aurait cependant des inconvénients à s’installer sur la Lune. Comme il n’y a pas d’atmosphère, il faudrait vivre à l’intérieur d’une base hermétique, sûrement sous terre pour être protégé des radiations, et ne remonter à la surface qu’en cas de besoin. Les écarts de température énormes entre le jour et la nuit qui induisent des
déformations thermiques poseraient aussi un risque pour les miroirs et les antennes de précision. Toutefois, après avoir surmonté ces obstacles, nous disposerions d’une vue inégalée sur l’Univers. Alors, pourquoi continuer de construire nos grands observatoires sur Terre? Tant que nous ne disposerons pas d’une base habitée sur la Lune, dotée d’un laboratoire et d’un atelier aussi équipés que ceux qu’on trouve sur Terre, les instruments lunaires ne seront que des instruments spatiaux. Vu la complexité que supposent les réparations d’instruments dans l’espace ou sur la Lune, il faut des mois, voire des années de labeur pour concevoir des appareils ayant le niveau de fiabilité nécessaire. Sur Terre, la fiabilité est moins critique en raison du soutien technique et matériel et la facilité d’accès qui
existent. Les instruments peuvent donc être conçus et installés rapidement. De plus, nous pouvons faire appel à des étudiants pour
manipuler les nouveaux instruments. Qui sait, on enverra peut-être des étudiants travailler dans des observatoires sur la Lune dans quelques dizaines d’années, mais nous n’en sommes pas encore là. Vénus brille avec éclat à l’ouest après le coucher du Soleil. Jupiter se lève à 21 h, Saturne, à 1 h, et Mars, à 2 h. La Lune sera nouvelle le 15 mai. Ken Tapping est astronome à l’Observatoire fédéral de radioastrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.
Tél. : 250-497-2300, téléc. : 250-497-2355 Courriel : [email protected]