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DECEMBRE 1974
FONCTIONS DU GROUPE
en Pédagogie Freinet
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Document N° 49 No 23
c H AN T E ~s ~~É~~C~LA;R~
- B U L L E T I N M E N S U E L D ' A N I M A T I 0 N P Ë D A G 0 G I Q U E
i
R Ë AL I SE PAR LA C 0 MM I SS I 0 N 11 Ë DUCAT ION S P Ë C I AL I S È E 11 DE L 1 I. C . E • M .
COMMISSI ON HËDUCATlON SPËCIALISËEu
DE L'ÏNSTITUT CocPÉRATIF DE L'EcoLE MoD ER NE.
I ...
L'1 .C.E. M.
"L'I.C.E.M. est une orande fraternité dans l~ travail constructif au service du peupl2.
~'ait unique en France, si ce n'est dans 1~ monde, des milliers d'édu- cateurs de toutes tendcJ.nccs C'C dl.; toutes conditions pêlrtici.pent depuis 25 ans
à une des plus grandes entrcpris~s coo9éra'Civ~s de notre histoire pédagogique.
Et leur unité n'est point faite de silen~G ou d'abandon, ~ais de èynamisme et de loyauté au service d'une gr:i.ndc cause: la lutte: sur tous les terrains pour que s'amt:!liorcnt et s'humanisent nos condit'ions de travail .:=t de vie de nos enfants, l'action hardie pour que les forc2s de réactions ne sabotent pas da- vantage, ne pervertisse~t ou ne détruisent les El~urs que nous tâchons de laisser éclore et s'épanouir, parc~ qu'elles portent la graine de notre bien le plus précieux: l'enfant". C. FREINET, Nancy 1950
L'éducation ~st épanouiss~ment et élév~tion et non accumulation de connaissances, dressage ou mise ~n condition.
Dans cet esprit nous recherchons les techniques de travail et les ou- tils, les modes d'organisation et de vie, dans le cadre scolaire et sociai qui permettront au maximum cet ~panouiss~ment et cette élévation.
Soute~us par l'œuvre de Célestin Freinet et forts de notre expérien- ce, nous avons la certitude d'influ~r sur le co~portement des enfants qui se- ront les hommes de demain, nais également sur le comportement des éducateurs appelés à jouer dans la société un rôle nouveau.
II -
LA COMMieSION 1 0 "tnuc~TION SP~CirL1ct~~·- ' ' · '- ' \ .~ .... '- regroupe plus particulière-
!D.-.'nt les enseignants et é- ducateurs spécialisés, attachés à la laïcit:~.Les <.:?changes pédagogiques se font au sein des SECTEUP.S DE TP.AVAIL. cmvert:; à tous nos adhérents. Pour participer aux travaux des divers secteurs, il vous suffit è'écrir9 aux responsables.
La commission publie un bulL:tin rr:~nsuel: "CHAl'!TIERS" pouvant compren- dre un dossier pédagogique ccnt::r:é sur un sujet en plus des .?\ctualités et "Vie"
de la commission. Conunc E:!lle n 'e:st pas un.::: P.ntrepris-:; co;.mn12rcial12, la commis - sion ne livr-::! pas aux libraires et ne peut <~tablir de factures.
Ill -
La raison d'êtrl:'.! dE: notre col!'.mission e:st 1'0xistence raême de l'ense:i:]ne- ment .:;pécië:.l. Les militants d0 1 'ICE11 luttent cependant contre toutes les formes de ségrégntion scol~in?. Ils c::.stiment d'ailleurs qu'il n'existe pas de pédagogie spéciale. L'expérience prouve qu'il y~ dans les individus des ressources indéfinies qu'ils peuvent mari.if ester lc.Yr-squ' ils sont parvenus à se dégager d~s handicaps scolastiques, et qu'ils réussirnient èans bien dGs cas si les éducateurs les y aidaient par .une reconsidération totale et profonde de l'éducation dans le cadre de conditions normalGs d'~nscigncment (15 élèves par éducateur notamment) .Aussi, encourageons-nou3 nos adhérents à participer au travail des groupes départ~mentaux de l'Ecolc Mod~rne et des autres commissions de l'ICEM.
L'I.C.f.M. - boite postale 251 - 06406 CANNES, publie un mensuel: ''L'EDUCATEUR"
La C.E.L. - B.P. 282 - 06406 CANNES vend le matériel néc2ssaire à la pratique de la pédagogie Freinet. D2venGz actionnaire de notre coo~érative.
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o,L'é cattio ouvelle de ' n • •
L' exp é rienc _ ometteuse de 'éco!e Paul-Bert
Samedi, l'opération portes ouvertes sera placée sous la présidence de Mme Claveau {84 .:ins), fondatrlce1 de l'école.
cc Les échecs scol:l.(res sont souvent liés :i. des problème,.. de relations affective" : en effet même s'il y a eu des lésions or~
-ganiques lors de la i!'T'05.'t'•S<" ou de la petite enfance. li !<'y ajou- te malheureu~ment très sou- vent des problèmes d'ordre af- fectif. Il en résulte un m:i.nque
d'intérêt pour toute acth'ité sco-
laire : l'enfant échoue ».
Ainsi parlent les ::-es?onsables du groupe d'éducation nouvelle de l'école de per!ectionneme:it Paul-Bert qui. samedi. or::::mi- sent une opération po::-tes cu- ver.tes à laquelle sont cordiale- ment conviés les parents. ks - amis. mais aussi tous ceux que le grave- problt!me posé par les enfanls handico.pës· et leur r-:m- sertion préoccupe.
On parle beaucoup depuis qui:lqu'! temps de l'éducatio:1 nouvelle dont ce sera demain la journée nat:onalc mise st:r pied par le C.L.E.N .. e~ des ce soir. à l'école normale de g=:r- cons. un débat portant sur 1'en- f.,nc:e dite " sur-::;>rotë:rëe »
abordera l'un des aspects du·
sujet... Trop souvent. en effet.
mais sans doute avec de loua- bles intentions. les parents ver- sent dai;is un excès d'cc s.tten- tions 11 il. l'égard de leurs en- fan ~s i."la da ptés et cette con- duite entraine immanquable- ment des conséquences. parfois
sérlc.is~s sur la vie d'adulte.
Jeudi. iu ThC:•àtre municipal. une
cxposillon·d~at et un spectacle.
continueront de r ournir les. élemenls :iêccssaires à la réflexion.
A U:colc Paul-Bert - 45 c:i·
.J'ants na:idicapés - o:i s'efforce de créer. dans l'ensemble de l'êtablis- sement. un climat sécurisant : Je personnel de se:-vicc a un rôle presque aussi important Que les pédas:ogues. Grace il cett.c équipe accueilia.'1te. mais aussi il la coo- pêratio:i c!es parents. l'cn!ant pour- ra nvre. eXJster vr3.i:nent. Dans ce climat. il pourr~ exprimer cc c;i.:.i le i;êne et sera enfin apte à reccvo:•. lorsqu'il sera disponible.
;es con-'lajssances scolafres.
Ecole Paul
Notre péaagogie, souligne l'un des responsab~es. c co11:>lstera tout d'abord à prc;ioscr et à développer toutes
les
technlqnea d'expl'CllsiOI?po~ibles (ocus en cherchons tou- jours )
- pour les petits, ce sera bi~
si1r le~ pleurs, lei cri~. la terrl'.
l'eau. le ~ln. la ]teinture, l'ex-
pres~;~n libre oralt.
- pour !Es plus grnnds. on y ajoute l'tlCPTeMlon libre ttrlte. les travaux manucb. le jeu dramati- que. les coœeils où peuvent pu- ticiper les parent~. El()lrcssion de l'être donc, ma.ls aussi du corps par le jeu, ID dlll!Se, la !Ultlltion, le sport collecm.
Aicsi l'cllfant, dans ce climat prendra peu il. peu conscience de
~a pcrsonnaiité. de ses difficultés certes. mai<; surtout de se" possi- bilités : ensolte li aara envie d'ap.
f)rcndrc. et de se faire une pie.ce dnns notre société. Et Il en est capable. "{'xpérle:icc nous l'a mon·
..ré. »
Bert, l'.: MA~'S - 3/3/72
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FONCTIONS DU GROUPE
EN
P Ê D A G 0 G 1 E F R E I N E T
S 0 M M A I R E
DOCUMENT N° 49
DÉCEMBRE
1974
I n:tlto du.c;tio i1 _ ... _ ... ···-···-···-··· ·-··· .......... _ ...... ·--· .. ····-··-·-···· 4 F f.M h da.no .la. cW!:i e. . --··-·. ···-··-····---···-... ···-···---···· .. ·-····---···-· 5
BuA: plto po1:i é .... ... . . . - ·----·· ··--··--· .. ·· ·-··· -··-··· ···-·-···-···-·-·--··· ... _ -· 6
Le.!:i moye.no: doc.wne.ntl.i 1 .ù1J.i;::,i;tu;Uovi.6 e.:t. c.on,t:Jtcit . ···-·--····-·-···-·· 7
Rei.a.û.on. d 'u.n.e. YU!:i.toJ..Jr..e. ... ····-· _ ... ... ..1
o ·
Po UJtq u.o-<. "T o-i. 1' ? ... ··-···-···--··· ···-···--·----·-··--·~···--·-···-... -··-·····--··· ... ____ .. 3 O
Râ.le. du. rruû;tJte.: gaJta.nt de.!:i -i.no.û..:tu.t-i.o no ... ···-···--·-···-····-·--·-·· _J 7 gaJta.nt de. .l' e.xp1t.e.!:i!:iio11 de. .e. r
e.n 6a.nt · --·· -· ...
..3:2 E xplt.e.!:i!:i-<..OY1. . de.
~ ?I e.n.ua.rvt.. L .• + ,..+ ~ e.xpJte.!:i.6-<.on. . d :u. ma,U;Jte. - ... : ... . .37 .La.n.ga.ge. d' e.n6a.nt e;t po0.s-i.e. ... - ... - ... --... - ... 40
L e. gJtou.pe. d1 e.n.uarV\./.) !. .. -1-, : - !:iOYl. -<.mpoti:Ca.n.c.e. ,_ ... : • • .. ___ , .... -.----·-···--··· t.r 5 - q!.Lei. g1t.ou.pe. ? _____ ... ····--······· .. ·--·-···-46 - 1:i on.
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&büo git.a.ph.te. .. ... ··-··· ... _ ... ... . ... -···--... 5J
Re.ma1t.qu.e.1:i -6 u.gg é.Jté e.1:i paJL c.e. do c.u.me.n;t ....... ---···--···-5 8
Ce. doc.wne.vi;t a. é.té 1téai.Mé. pa!t Je.c..11-C.lau.de. FERRAND, I. M. E.
1t.u.e. dv.i P1te.u.x 95100 ARGENTEUIL
INTRODUCTION
Notre commission a l'avantage, de par sa spéci=icité, d'être le creuset où versent 12s recherches diverses de ses groupes de travail. Elle bénéficie àes travaux et des expériences de camarades, réalisés au sein de leur classe. Ces cl asses ou écoles publiques sont nos 11laboratoires11 des SCIENCES DE L'ÉDUCATION.
J .C. FERRAND, par le présent document, apport e sa pierre à notre chantier coopératif.
Plus particulièrement au cours des dernières années, l 'atten- tion s 'est portée sur les conduites en groupe. A la pédagogie tra- ditionnelle unanimement condamnée , du moins e~ théorie, on a cherché parfois à opposer une pédagogie de groupe. D'où l'intérêt porté à la psychologie de groupe et à ses applications pédagogiques. Non d'ailleurs sans raison, car l'aspect relationnel en pédagogie est fondamental , de même que l'idée de groupe. Cependant, bien des in- certitudes et des équivoques se manifestent, à la lumière àe diffé- rentes tentatives pédagogiques.
L'Ecole Moderne ne rejette pas les recherches et découvertes contemporaines .. -J.C. FERRAND se réfère à un certain nombre d'ouvra- ges qul permettent à chaque éducat eur d"' approfondir ses recherches personnelles. Praticiens, nous sommes attentifs à tout apport de techniques; mais nous cherchons aussi à renforcer nos idées, en les étayanT, en les élargissant toujours davantage.
Avec J .C. FERRAND, nous regrettons qu'un tel docunent ne soit pas élucidé par des spécialistes. L'analyse eT l'interprétation des textes par ces spécialistes apporteraient plus que toute suggestion
du ·maître.
Nous retiendrons la place que notre camarade accorde au groupe comme élément de ~rise de conscience de soi pour chacun de ses mem- bres. Ce document-devrait aider les éducateu;s à avancer dans la compréhension de la praxis scolaire.
P. YVIN
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F L A S H D A
I~s L A C L A S S E
TOI POISSON
Toi, 'petit poisson
tu te plais dans ta maison.
Qv.and on te met de lreau propre, tu es tout content,
tu nages, tu nages. Toi, petit poisson, tu es joli,
tu n'es pas tout seu.i, tu as ton cama rode.
As-tu peur des grenouilles?
C'est vrai, tu ne parles pas, tu ne joues jamais.
Tu aimerais bien aller dans la mer pour jouer avec tes c0J11arades. Moi, j 'aime' les poissons,
c'est très jo.li à voi:t> dans un aqv.ariwn.
Nicole, une fi 1 lette de onze ans, a présenté ce texte un matin. Après la communication de ce texte à la classe> un camarade 'lui a. ·demandé: ··
.. - Et si tu··remplaçais "toi poisson" pa·r "toi Nicole?" ·
. .
Nicole a p_aru d'abord troublée, puis subitement el IE! a dit: "D'accord!tt El le a pris son cahier et est allée dans le couloir écrire le texte suivant:
TOI NICOLE Toi Nicole,
tu te plais à l 'I.M.P., Toi Nicoie, tu es jolie.
Tu n'es pas toute seule, tu as tes cama:r>ades. As-tu peur de pa:r>ler? ·
C'est vrai, tu·ne pa:t>Zes pas,
tu es trop timide.
Tu ne joues j0J11ais.
Nicole a peur de parler,
Nicole a peur de faire des commissions, Nicole a peur de tout.
Au revoir Nicole et ne sois plus timide.
'~
Nicole s'est exprimée une première fois; un membre de la classe a réagi;
alors Nicole, dans un second t exte, a pu prendre conscience, devant ses camarades, de son identité. Identité à partir de laque! le .. el le pourra se construî.re, pro- gresser dans la dynamiquE! du groupe d'enfants .
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B U T P R 0 P 0 S E
Je me propose de montrer 1 ' Importance du langage de 1 'enfant dans la classe, ainsî que de 1 ;écoute et de le parole du groupe, la quai ité de cette écoute et des échanges qu'elle provoque permettant une prise de conscience de soi pour chaque enfant du groupe.
Une restriction cependant: 1 ienfant possède de multiples langages. 11 parle avec sa bouche, son corps, ses yeux, ses cris, ses pleurs, etc .. . Je me propose seulement de relever son langage dans ses textes:
- ceux qu'I 1 écrit lui-même (pour celui qui est capable d1écrire);
- ceux qu'il dicte à un camarade; - ceux relevés de la bande magnétique.
ON NE SAISIRA DONC QU1UNE INFIME PARTIE DU LANGAGE. DE L'ENFANT: LE LANGAGE QU'IL CONFIERA AU CAHIER, AU CAMARADE, AU MÀGNËTOPHONE, POUR COMMUNICATION
A LA CLASSE. .
11 y au;a donc deux moments importants pour ce langage. Le premier sera, bien sOr, celui où ! 'enfant écrit son texte; et le second, le moment où 11 le présente à ses camarades: i 1 communique ce qu1il a écrit et provoque les réactions du groupe_.
11 arriv~ra qu'il écrive un texte (ou plusieurs) et qu' il attende ~our le présenter à la classe, comme s''i 1 n'était pas encore prêt à communiquer o~ à écha:ng.er avec le.groupe., ou comme s7il craignait les réactions du groupe, ne jugeant: pas ce dern 1er as·sez· réceptif ou en état de 1 e comprendre .
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L E S ' 10YE N S DO C UMENTS , INSTITUTIONS ET C ONTRAT
1° LES GROUPES 0 1EXPRESSION
Au début de chaque année scolaire, je répartis les enfants en quatre groupes d'expression, en m'appuyant sur le seul critère de la facîl !té d'expression (bien souvent ces groupes correspondaient aux groupes de niveau de français). Ainsi, le groupe A est constitué de quatre élèves qui s'expriment facllement, et ceux qui ont le plus de dlfficultés constituent le groupe D. Pourquoi ces groupes d'ex- pression?
- d'une part, parce qu'à chacun de ces groupes correspond un MOMENT D'ÉCOUTE.
Par exemple, le groupe A sait qu'i l sera entendu le lundl, qu'i 1 y aura un moment de communication et d'écoute posslbles pour chacun de ses membres, même pour celul qui ne veut pas communiquer. La classe sera en quelque sorte en attente vis à vis de chaque enfant de ce groupe, et tôt ou tard 1 'enfant répondra à cette attente; i 1 prendra sa place pour s'exprimer.
- d'autre part, !'Intérêt des groupes d'expression ''de niveau" réside dans le fait que 1 'écoute de la classe sera moins sélective, face è quatre enfants qui ont senslblement la même posslbil ité d1expression. On écoute.plus .. fac!Jeme.nt celui q·ui corrmun-ique· a·!sément, ! 'attention se relâchant lorsqu' il déchiffre son texte, par exemple. Ainsi, à tous les niveaux d1e)\presslon, en priyl légl.era davan- tage le contenu des textes que leur mode d8 transmission. '
Ces moments d'écoute ne seront évidemment pas rigides dans le temps, et il arrivera que les enfants dernanderor.t à s'exprimer immédia7ernent,. à n'importe quel moment de la jour:née; le texte qu1on ! Ir.a plus loin en témoigne .
. C'est l 1après-midl. Michel le a participé très activement au match de basket, prenant des initiatives, véritablement déchaînée. En sortant de la salle pour al-
ler en récréation, el le me demande:
- Monsieur, est-ce que je peux falre un texte au magnéto?
- Pourquoi au magnéto? (Personne ne 1 'ava lt encore employé cette année pour l'expression 1 ibre).
- Parce que c'est pressé! me diT-el le en sautant. Va voir Sylvain, c'est lui le responsable. Peu après, Sylvain vient me chercher sur la cour:
- Venez, Monsieur, venez vite, c7est très important ce que Michel le vient de dire!
J'entre dans la classe. Déjà tout le groupe entoure Michel le, qui"-sëinble très ém.ue près du magnéto. Et dans un profond silence, tout le monde a entendu ce texte. 11 n'y a pas eu de commentaires ni de réflexions: ce ~'était pas la peine, c'était un grand moment du groupe. ·
Voici donc le texte oral de Miche.! le (10 ans). t 'écrit ne pourra. pas donner une idée de f 1intensité de la corrmunication, car les si lences ne seront pas enten- dus, mals les mots évoqueront 1 'importance ·de cette commu·nicatlon:.
.J
- a -
Pourquoi?
pov.:l'quoi je veux me délivrer
je veux me délivrer 4e tout ce mal qui me gên.e dans la tête
pour-quoi?
parce cr.1..e ça me gêne
je voudrais que ma mère guérisse et qu'on soit tra:nquiZZe !'
après~ on pourrait être vraimen~ 01.-6n
et puis on fer-ait tcut ce qu'on voudrait mais il faudrait y arriver
alors moi je veux me délivrer je ne veux pas rester corrune ça j'en ai mor.Y'e
ça fait un an que ça dure j'en ai marre
je veux me dJlivrer pourquoi?
ça me gêne
.je le veux et je Ze ·ferai
alors je ferai tout ce que je pourrai pour me délivrer de ce ma.Z
je Ze sortirai texte par te~te
peu importe·si on me dit n'importe quoi
• , +'.
;;e m en Jou ...
j 'ai fait ce textz pour me Zib4rer.
2° LE MOMENT DE R~FLEXION PERSONNELLE
Bien entendu, l 'enfont écrit ses textes au moment chois! par lui. Mais i 1· a été liîstitué, la vei lie du jou,r de son moment d'écoute '(présentation de textes) un moment de réflexlon personnel le qu'on est 1 ibre ou non d'utiliser.
Ainsi , pour .quatre enfants, chaque jour pendant une demi-heure environ, l 1 y avait la possibi 1 ité
- soit de participer à 1 'exercice collectif de français;
- soi.t d'uti 1 iser son moment de 11réflexion personnel len (appelé "temps l lbre11) . Dans ce second ca~ 1 'entant prerait souvent son carnet et i 1 écrivait, soit en
classe, soit dehors; certains, gênés par le brLllt de leurs camarades et du maî- tre, préféraient écrire dans un coin de !a cour ou sous le préau. Je les 'voya!s médlter devant leur page qui parfois restait blanche, mals qui bien souvent
se rempl lssait de signes intradu·isibles (momentanément).
"CEUX-LA FURENT DES CUISTRES QUI PRÉTENDIRENT DONNER DES RÈGLES POUR
ÉCRIRE~ COMME S' IL Y AVAIT D'AUTRES RÈGLES POUR CELA QUE L1USAGE, LE GOUT ET LES PASS IONS, TOUTES NOS FA 1 BLESSES, TOUTES NOS FORCES"
.( Anato 1 e FRANCE)
3° LE CONTRAT (au sujet de tout ce qui sera dit ou écrit, et pas seuleme·nt au sujet du texte chcisi) .
. Le maître s'engage à respecter les mots de 1 'enfant, sa participation se réduisant à corriger avec lui l'orthographe et à mettre la ponctuation;·
Tout texte sera sclt Imprimé, soit tapé à la machine: - un exemplaire pour 1 'enfant
- un exemp:aire pour le maître
- un tlrëge également pour ceux qui le demandent.
- 9 -
. Ce texte sera conservé par 1 'enfant dans son cahier, qui recuel 1 lera tous ses textes libres par ordre chronologique. 11 pourra, s'il le désire, le compléter par un dessin (poînt de départ d'un complément d'expression) .
. L'enfant est maitr~ de son texte et de son langage; c'est lui qui décide de sa diffusion (journal, parents ... ).
Ces institutions, ce contrat Cqui n'ont aucur. caractère définitif) sont le résultat d'une expérience de dix ans de contacts avec des enfants déficients Intellectuels au cours de deux années scolaires:
- 1 'année scolaire 1970-71 dans une classe d'un Institut Médico Pédagogi- que r~cevant des déficients intellectuels avec troubles associés;
. - l'année scolaire 1971-72 dans une classe d'une école auto~ome de perfec- tionnement recevant des déficients intellectuels légers et moyens.
En 1972, je disposais donc du double de 28 cahiers de textes, car deux élè- ves m'avalent suivi, sur c.onsel 1 du médecin neuro-psychiatre: Bertrand et Chrlstîan. Je possédaîs donc leurs textes écrits ou dictés durant les années scolatres
1970 à 1972.
Bertrand écrivait ses textes le plus souvent en classe; quant à Ch~lstian,
qui ne savait pas encore écrire, l 1 ut! 1 isait, pour s'exprimer, le magnétophone ou 11alde d'un camarade. ·
Le langage de ces deux enfants, contenu dans ces cahiers, serait très Inté- ressant à étudier, mals Bertrand s'étant directement exprimé sur le papier, li est plus coMmode ici de le suivre.
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REL,~TION
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Iu N E H I S T 0 I R E
PRÉSENTATION DE BERTRAND
Extrait de son doss ier d1entrée: Bertrand présente un retard Intel- lectuel du niveau de la débi 1 ité légère. En effet, au "Terman-Merri 1··, son âge est de 6 ans 6 tTiols, ce qui lui donne un quotient intellectuel de 72, conf irmé. aux cubes de Kohs. Toutefois, i 1 a obt•enu par ail leurs un niveau de développement moteur qui paraît supérieur à ces résultats.
L'étude de son affectivité souligne une immaturité partiellement en rela- tî on avec des facteurs fam i 1 i aux. 1 1 pourrait bénéficier d'un p 1 acemei:it en 1 MP pour déb i 1 es 1 égers .
. ~a tami l le: le père est représentant, souvent absent. La mère a fait une dépression à la suite de la scolarisation de Bertrand; el le a quatre enfants de 13, 12, 11 et 4 ans; Bertrand est le troisième.
ANNÉE SCOLAIRE 1970-71
Durant le 1er trimestre~ Bertrand ne s'engage pas, i 1 commence une act ivité, mals ne va jamais jusqu'au bout. Le peu de travail qu 'il effectue est 11pour faire plaisir à sa mère11• Rien ne l'intéresse vraiment, à part le sport, où ll est brll lant. Je le stimule pendant les deux premiers mois, puis, épuisé, je 1 'abandonne à lui-même, après lui avoir dit tout ce que je pensais de
lu J.
Il quitte 1 'l.M.P. pour passer les vacances de Noël dans sa tamil le. Le matin de la rentrée, il présente à la classe le texte suivant:
TOI BERTRAND Tu te plais ici:;
tu n'as pas encore bien ta place
dans le groupe et dans la cZasse aussi. Tu t'œrzuses 'bien avec tes camarades. Toi:: Bertrand:;·
en classe, tu peux toujours mieux fa.ire, mais tu ne veux pas:; pourquoi?
Tu écris beaucoup de textes,
~ais tu ne les montres pas, pourquoi?
Tu as peur qu'on te critique en mal. Il ne faut pas avoir peur.
Si tu as peur~ tu ne progresseras ;jamais.
Ii faut bien te dire ca dans ta tête.
Si tu progresses:; ·
tu sais que tu p::œtiras plus vite. Toute ta famille sera contente,
surtout ta mœran.
19 janvier 1971
JE REGARDE EN L'AIR
Je regarde en l'air~ je vois, je pense mais oui~
je vois quelqu'un. Que je suis bête, c'est moi cr~i rêve! En vérité, je ne vois que du blanc: c 1est le ciel
ou peut-être les nuages. La nuit tombe, je regarde en l'air.
Cette fois je ne rêve plus, je vois bien une ombre. Je la suis, je l 'appelle, elle ne me répond pas.
Je Zui pose une question: elle ne me répond toujours pas.
Pourquoi ne me rGpond-eZle pas?
A-t-elle peur cr~e je la mange?
Tout ça m'~blouit, je ~ais me coucher.
26 janvier 1971: deux textes LA GUERRE
La guerre, ce n1est pas beau.
Pourquoi iZ y a eu Za guerre?
- Parée qu'il y en a qui veulent avoir
plus de terre que les autres; je ne sais pas. La guerre c'est horrible et ça ~E sert à rien,
ça me .fait peur. A Za guerre, on ne fait que de se tuer.
En ce moment:- il y a la guerre au Viet-Nam.
Pauvres petits enfants, po..1' mi ll1:ers ils meurent,
et les parents? Moi je trouve que ce n'est pas une vie pour eux, c'est une prison.
Ce que je dis est vrai.
LA VIE ET LA LIBERTÉ
La vie pour moi, c'est la liberté. Ce n'est pas n'importe quoi.
La 1;ie, c'est difficile à construire, c'est corrme un l77U:t' à sauter.
La vie ou la libertê, c'est la même chose.
La liberté, c'est se relâcher~ se sauver.
IZ y a des personnes qui voudraient avoir
leur vie à eux tout seuls. Mais ils ne'péuvent plus, car ils ont.une femme et d~s enfants.
Peut-être qu'ils regrettent: je ne aais.
(Ce texte a sidéré les enfants et le maître. Un autre Bertrand émerge peu à peu ... )
2 FtVRIER 1971
JE' PENSE Je pense,
oui je pense,
je pense à quoi? A rien?
Si, à moi plus tard, à ce que je ferai.
Je pense à ma vie, à mon métier.
Je pense à gagner ma croûte.
Je pense à être heureux avec ma fa:niUe,, à être heureux partout où je vais ·
Je ne pense pas à être coquet;
mais non,
je pense à être intelligent, à êtl'•e un homme,
à rattacher· une vie comme toutes les autres, une vie normale~
Je pense vivre à respirer L'air pur. Mais pour l'insta.nt,
tout cela n'existe pas.
Bertrand sort de p 1 us en p 1 us de sa "coqu i 1 1 el!: 11 se préoccupe ma 1 ntena nt de son avenir et·paraît gêné par.ca qu'il vit en ce moMent, par le Bertrand d'au- jourd'hui. 'Il réalise qu'il ne doit pas rester ainsi, qu'il doit réagir, mais quelque chose le gêne ...
6 FtVRI ER 1971
Bertrand se cherche, i 1 a du mal ô se situer. Dans le texte précédent, l 1 a fait part d'une gêne: quelqu'un empêchait son expression; sa 1 ibératlon.
11 semble tout à coup le découvrir à la fi n du texte suivant:
JE NE DI?.AI Ji.MAIS TOUT.
Non_, ;je ne dir-ai jamai:> tout ce que j'ai en mo1~-même.
Ce n'est vas ·toujours faciZe de diY'e Za vérit-J.
Je me dis- en moi-même: est-c~ qu'il faut q~e je Ze dise?
Mais iZ y a queZqv.1un à côté âe moi qui m'empêche de Le dire. Est-ce Le diable? Non.
Mon coeur peut -être? Non.
Tout le monde est avec mo( je le sa.is bien d 'aiUeurs.;
mais moi je n'y peux rien_. je n'ai que onze ans_, je suis e-11.core bien .jeune pour Ze dire.
Mais iZ faut_, je l'ai trouv~_, crest ma müre.
A partir de ce texte, Bertrand semble de plus en plus absent dans la clas- se; J 1 participe moins. Par contra, on devine une vie Intérieure intense qui le pousse à écrire et à présentGr ses textes à ses camarades, alors qu'il sait très bien que personne ne 1 'y obi ige.
11 FÉVRIER 1971
J'AI EtlVIE D'ÉCRIR2
mais il y a quelque ch.ose en moi_, qi~oi?
C'est ça que Je me dis_, 7.:l .faut que tout sor•te:- tout sorte corr.me une fZèche.
Mais ceci n'intéresse pas Zes a-~trgs_, al.ors comment faire?
Ze dire tout haut ou par éc~it_, ou bien avec ma nère?
Je sais très iJien que c'es~ dur de dire Za vérité_,
mais si je ne Le dis pas_, ,je semi moins tronquiUe_, je me dirai toujours faut-il Ze di1•e oui ou non_, et mo:-1. coev.r ne ser-a pas content
iZ me dira que tu n'es pas honnête.
J 1 aime m-/.,ei.I..:::, le diY'e mais qu 'à ma mère.
Ce texte a été choisi par ses camarades et Bertrand 1 'écrit au tableau pour la mise au net. Au cours de la transcription, il envoie un camarade me demander s'il ~vait le droit de changer les idées. Mais bien sûr! Voici le texte écrît au
tableau: ·
J'AI ENVIE D'ÉCRIRE
mais il y a queZque cl-i.0se en moi qui me gêne:; crv.oi?
C'est ça que je me pose conme question.
IZ faut que tout sorte corrme une flèc/ze_,
mais ce n'est pas tou.jou~s facile devant les parents. Quand on est tout seul entre cru.atre mur.s, on se sent gânc;.
Ce n'est peut-être pas la vérité,
mais p"our un enfant de onze o.n$ c:orrme moi, si.
Je sens que je m'en tirera.ide cette vie, que j'ai été relâché de chez moi.
Je serai libre comme je Z'ai écrit dan.s un autre ~exte.
C'était là un texte différent du premier; les camarades ne fLlrent pas d'ac- cord; ce n'était pas celui qu'ils avaient choisi .
Gêne de Bertrand, quf. ne peut pas expliquer à ses camarades qu1il ne peut pas copie~ un texte en ce moment, tellement toutes ses idées boui! lonnent en lui et telleme.nt elles ont besoin de sortir au fur et à mesure qu76lles s' lm.Posent
Le maîtr-e se fait alors l'avocat de Bertrand·: le le journal, mais on ne refuse pas ·le second.
premier texte sera mis dans
27 FÉVR! ER 1 97i
TOI PÈRE
Toi père, tu es timide avec tes enfants.
Toi pè:c>e, ton père t'a rendu mécha:rtt et t 'a fa'~t de la peine; tout ce qu'on t'a dit de méchan~et6: o~ tu l'as ramené ~t pourquoi ça?
Tu sais père, moi je le '°;;a1>s tout ce que tu as ei..t de peine~
tu l 'c.s relâché sur ta femme e·t tu le sais ça.
Alors pourquoi ne crca.nges-tu pas? Parce qu.e tu es orgueiZ.Z.eu.x: moi je crois que c'est ça.
Moi, je veux bien t'aider, à une condition: que tu rendes ta femme heureuse, car tu sais père_, ta fem:ne a besoin de tenàresse, eZ.Z.e a: besoin
qu'on l'embrasse un peu.
:•fais toi, es-;-ce r....-ue tu essaierais de le f ai1"e?
Non; tu n'essaierais même pas de Zui parler seul à seule.
Sois courageux au moins, je sais que tout ça ne t'aiderait pas beaucoup, mais je te dis u~e choses c1est ck rendre ta femme heureuse:
elle a besoin de rire.
1er MARS 197
VOUS PARENTS
Vous parents, vous n'êtes pas d'accord.
Vous parents, vous ne vous enteri.dez pas sur q_;_elques sujets, et ça n'est pas bien pour une femme et un homme, et Zes enfan-cs, ils s :inquiètent pour Z.eur père et leur mère.
Vous pc.rents:i essayez que ceZa s 'aYTa.nge.!' ça je '3a1:s qv..e c'est dûr mais si vous ne le dites pas à quoi ça servirait?
Tu sais père:. je serais toi~ je laisse:c>ais pas ma femme souffrir:.
je l 'errmènerais au bal comme tu ne l 'c:s ;;as fait.
Le matin,
;e
lui dirais bonJou:c> comme tu ne l'as pas fait souvent. Je la ferais rire et ne pas lui faire avaler toujours .des médicaments. Tu sais mère, je lui dis ça parce que j'ai envie qu'il comprenne,je· l'aime bien et il le sait bien. Toi mère, c 1est toi cr~i supportes tout et ce que tu as supporté, ça devrait §tre lui~ mais il ne veut pas
l'admettre. Pourquoi? C'est ça que .f
'a":
envie de lui dire,mais qu'est-ce qu'il me di:c>ait? Des bêtises; je le connais trop maintenant, il ri1"ait. Vous parents:. je vous œZ:me tous bien_, c'est pour ça que j 'ai fait ce texte.
DEBUT MARS 1 971 VOUS MA BELLE
Vous ma belle, je vous hais, Que fa1:tes-vous là?
Vous passez discrètement comme ça. Vous croyez que je vous ignore:.
eh bien non:i je corrm~nce à en avoir mcrre.
Tous les jou:c>s vous . ne suivez comme si j 16tais un voleur ..
Vous c:c>oyez que je suis beau~ vous vous trompez,
je ne suis qu'un pauvre qui traine. Et vous qui êtes-vous?
Une belle fille qui cherche à se marier et être r"~c:he?
Eh bien non, tout cela vous passer•a sous l-es pieds et vous ne serez qu'une vieille fleur qui fane devant les yeux.
Là, vous serez tr>iste, vous direz à vos petits:
'1Ne faites jamais ce qvle j 1ai fait co.r j'étais une petite foZ.Z.e '~. ->-
Mais·pour l'ins~ant_, ·vous êtes une sorcière et vous voulez faire de moi un sorcier; eh bien non_, vous v~s ~tes trompée de porte; allez frapper ailleurs, mais jamais devant mon portrait.
Au revoir, fleur qui meurt devant moi, je vous mettrai au feu. Maintenant, continuez votre ~oute.
7 MARS 1971
J'OBSERVE
J'observe, je fixe l'ennemi devant moi, je regarde ses mains, je tre0ble, j'avance. Tout le monde est rentr~,. il ne 11este que nous deux. On se parle, on se "traite'·» on tire. J'attends, je rega1>d..e, je vois l 1ennemi tombé, il est vaincu, il est allongé, endormi, mort_, iZ ne respire plus. ·Tout le monde sort, il y a du sar;.g zr.1.i coule tout gen:timent, sans faire de bruit.
Les yeux se ferment, comme chaque soir. IZ y a du. silence partout, car c'était lui le shérif.
8 MARS 1971
JE TE CHERCHE
Oui, je te cherche où que tu sois, où que je sois, je te trouver-ai, il le faut: si je ne te trouve pas je serai perdu_, je serai un autre. J'ai besoin de ton aide. Si tu restes où tu es, je serai mort, oublié dans les nv.a.ges, je resterai tout seul: bon à rien, il faut revenir-. ,Je te ferai tout 'ce que tu voudras, mais reviens un jour de moins, un pour rien. A chaque pas, je te revois dans le jardin, je te cherche, je te regarde dans les nv.a.ges, nous deux .. (Ji;. es-tu? Derrière moi? Non. Pourqu.oi t'es-tu sauvé sans rien me dire, il fa11-.; que je te retrouve.
9 MARS 1971: Bertrand écrit 6 textes:
•::
TOI JACK~
Toi Jacky: tu m'aimes bien et moi aussi. Toi Jacky, tv. fais du sport,
tu aimes le basket-ball. Toi Jacky~ tu t'ennuies à la maison, peut-être que tu voudrais être plus libre avec tes copains. Tu voudrais être plus
libre comme Catherine elle aussi. Toi Jacky, tu as une raquette· de ping-pong,
tu· joues avec des gq.rçons ·sérieux. Toi Jacky, tu aimes bien sortir.
J'AI PLEURÉ
Oui j'ai pleuré car j'ui besoin de pleurer car- ça me soulagera, tout ce que j'ai je l'oublierai, je la briserai et je finirai par pleurer de joie. Toutes mes larmes, je les enfermerai pour qv.'elles ne puissent plus revenir.
Pour moi, la pleure me fait peur, la pleure, j'ai ~nvie qu'elle s'éloigne, qu 'eUe s.g pardonne.
J'AI PARLÉ
Oui j'ai parlé, il fallait que je parle, sans ça mon coeur s'arrêterait_,
j'irais entre quatre murs assis sur la paillasse. LA, JE TE REVOIS
Je te revois, Za main sur. mon épaule. Là, je te revois courir, chanter de joie.
Là, je te revois~ là-haut ~~r les nuages. Là, je te re~ois sur la voie.
Nous·deux, nous serons hev.:reux.
Là, je te revois avec moi.
OUI, JE '1E REVERRAI
Oui> je te reverrai> et quand? Dis-moi Z.e vite.
Pourquoi t'en vas-tu? As-tu peur de moi?
Peut-être veux-tu que je ne te pc:f'le plus.
Moi aussi, j 'a1: besoin de le savoir, de m 'arrv.ser un peu.
Mais, par l'occasion, tu n'as qu'à t'occuper des enfants.
Jarrais tu n'essaierais de t'approcher d'eux, de t 'amuser avec eux, et tout ça parce qu.e tv.. es orgueiH19u.::c.
TR 1 STE
ti>iste Zc:. mor;;
triste de se quitter tris·te de se reZâcher
quand on est habitu~ triste
quand tu partiras la ~ête baissée triste pour moi
triste pour toi triste pour· nous
qui étions si joyev...x et qui vivions dans l'espoir
triste tu es partie d.ans le passé maintena.nt, peut-être
tu es plus heureuse cfu 'avant triste mon visage tout tremblant tristes mes souliers percés triste mon beau rubis
que j 'avais adopté entre mon coeur·
triste mon plus beau cadeau de mari~ge
qui était toi .
qui a fini par mourir tr>iste tu es morte
mon coeur se brisera en deux
et là peut-être que je serai heureux je mov.I'rai de tristesse
triste tu es mort<:..
mon coeur se brisera en deux
comme tu
· z;i
as vouZ.:1. et que tu as eutoi cr~i croyais que j 'allais passer ce mur oui je l;ai passG ce mur
mais il éta.it trop tard
après un changement entre nous deu.::c et l1 c 'était du. ri.oil~
que j'ai pour toute la vie qui me continuera
là tous les jours je passerai devant le cimeti~re de mon rubis et u.n beau J·our-
je la remplacerai
11 MARS: Bertrand parait mo ns c:ibsorbé et plus disponible. 11 1 it un recuel 1 de poèmes d1Apol 1 inaire qui lu inspire le{ texte suivant :
J'entends quelque ch.ose un bruit un pas
qui vient vers moi pour donner ma gamelle et me donner mon nwnéro je ne suis plus un poète je ne suis qu7un voleur qu'un mendiant
CABANE
pour rroi ici a 'est confortable
je mange bien je regarde le soleil C(Ui reflète sur mes barreaux
tous Les matins je me réveille en sursaut car je vois une tête que je n'aime pas l 'après-midi
je tourne je to>~r-ne je tourne col'iY"'le i 'o.urs du cirque
le soir Je m'endors pas tro.nquiZ le
15 MARS 1971
MA VIE A MOI
Ma vie à. moi .sero belle et joyeuse. Ha vie ne se:m pas col'?V'?e celle que j'ai connue. Ma ferrme, je la ferai rire et vivre heureuse pend.a.nt toute
sa vie. Je fe'!'ai rir·e me3 enfants et eux (;J)..SSi rie feront r'l~re. Moi, dans ma vie~ je ne cherche qu'à être heureux et à gagner ma no~rriture.
Peut-être que mes enfants aussi auront des morr;ents durs à passerJ nnis je leur dirai: il n'y a pas que vous qui êtes corrme cela, il y a tout le monde, même moi j 'ai eu des moments difficiles à sauter, mais dites-vous bien une chosej si vous voulez, vous.pouvez arriver à franchir ces
moments durs et quand ce sera passé, on fgro de belles parties de rigolade.
(N.B.- Le passage soul igné a été lu par Bertrand mais non reporté au tableau. )
Ce texte a été choisi après une longue discussion. Le cas de Bertrand n'é- tait plus un cas particulier; car tout le monde a eu OL aura des difficultés dans la vie. Chaque enfant s'est situé dans sa fami 1 le et beaucoup ont accusé
les difficultés du moment, leur enfance pénibl.e: non a du mal b s'en sortir!n Le maître, interrogé lui aussi, a fai+ part des difficu ltés qu' i 1 avait rencontrées et surmontées, tout comme Bert-1nd avait nsauté le mur".
Bertrand semble plus ouvert, le traval 1 scolaire 1 'intéresse de nouveau, 11
part icipe de plus en plus aux activités de la cl asse; alors que, pendant toute une période, sa vie intérieure était si intense qu'i 1 écrivait ou pensait sans cesse, étranger à to~tes les activités ou sol 1 icitations de ses camarades.
On verra ci-apr~s les résultats de ses Plans de Travaïl pendant sa période
"troublée11• Bertrand "amblait constamment rêver; il pensait inTensément; une feui 1 le blanche et un crayon toujours è côté de. lui , i 1 écrivait de nombreux tex- tes.
Ses camarades paraissai.ent comprendre son besoin d'isolement et ne le sol-
1 ici ta i ent pas.
Du point de vue scolaire, aucune acquisition, car aucun intérêt: Bertrand était t rop absorbé par tout çe qu' i 1 ressentait et découvrait au bout de son crayon. Je ne lui al pas proposé d'activités scolêires, sentant leur inuti 1 !té.
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PLANS DE TRA VA 1 L DE E.ERTRAND PENDANT SA "PÉR 1 ODE TROUBLÉE" <Graphiques hebdoma- daires personnels)
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Graphique n° 17
(27 janvier eu 1er févr. )
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Graphique n° 19 (1)
· (27 févr.- 5 mars)
Graphique n° 21 ( 2)
19 MARS 1971
TOI GR4ND-UÈRE
T. B. , B.
A.B.
1 PAS. MAL
: T. 8. 1
! B.
'A. 8. PAS. MAL
Toi grand-mère, tu es ge~til&e avec ~oi.
Toi grand--mèr.e, tu sais, je pense beaucoup à toi.
Tu me donnes beaucoup de friandises.
Toi grand-mère, papé ne pens~ pas beaucoup à toi, mais il aime mieux sa pa~re de boules.
Lui aussi, il est égoiste avec toi, mais tu sais,
tu n'as qu'à lui en faire autant. Tu lui d·is bonjoui"
et tu ne lui fais pas son café Ze ~atin.
Là, peut-être qu'il réfléchira dans sa petite caboche.
1) Pas de Plan n° lé, Bertrand ~st abs~nt (gripp2).
. y(
2) Pas de Plan n° 20: Bertrand n1a pas vo~lu o~ganiser sa semaine; il n'était plus dans la classe, ses pensées l 'accaparaient totalement.