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Jules Ferry
Thermodynamique industrielle
T6Les principes de la thermodynamique en système fermé permettent de comprendre le fonctionnement des machines thermiques cycliques vues au chapitre T4 et de prédire leur rendement.
Nous présentons ici les principes de la thermodynamique en système ouvert qui permettent, par exemple :
• de dimensionner le compresseur à utiliser pour un récepteur ditherme (i.e. estimer sa puissance mécanique utile au bon fonctionnement du récepteur) ;
• comprendre le fonctionnement d'un détendeur (pièce nécessaire d'un récepteur) ;
• estimer la puissance mécanique fournie par une turbine d'une centrale nucléaire (cycle moteur ditherme) ;
• comprendre les machines thermiques dont le fonctionnement repose sur un système ouvert, comme le turboréacteur d'un avion par exemple.
La thermodynamique en système ouvert est souvent appelée « thermodynamique industrielle ».
I. Description de l'écoulement
1. Définitions
a) Volume de contrôle
On considère un fluide en écoulement qui traverse une machine (M) comportant une entrée (1) (ou admission) et une sortie (2) (ou échappement). Cette machine peut présenter des pièces mobiles (pales, piston, auget, tambour, …) qui permettent un échange de travail avec le milieu extérieur et un échangeur thermique qui permet un transfert thermique avec le milieu extérieur.
On définit un volume fixe dans le référentiel d'étude, appelé volume de contrôle Vc. Le fluide contenu dans le volume de contrôle constitue un système ouvert qui est le système thermodynamique Σ étudié par la suite.
On réalise l'étude dans le seul cas de l'écoulement permanent du fluide, i.e. que les grandeurs thermodynamiques du fluide en un point quelconque de l'écoulement n'évoluent plus au cours du temps.
b) Équilibre local
On considère le fluide localement en équilibre de sorte que les grandeurs thermodynamiques soient définies au niveau de l'entrée (1) et de la sortie (2) :
• Pext1=Padm=P1 : la pression extérieure à Σ au niveau de l'entrée (1), aussi appelée pression d'admission, est égale à la pression du fluide immédiatement après l'entrée (1) ;
• Pext2=Péch=P2 : la pression extérieure à Σ au niveau de la sortie (2), aussi appelée pression d'échappement, est égale à la pression du fluide immédiatement avant la sortie (2).
échangeur thermique volume de contrôle Vc
définissant le système ouvert Σ
fluide en écoulement
entrée (1) ou admission
pièce mobile
machine (M)
sortie (2) ou échappement
fluide en écoulement
c) Débit massique
On définit le débit massique Dm d'un fluide en écoulement à travers une surface (S) comme étant le rapport de la masse Δm qui traverse la surface (S) pendant la durée Δt divisée par Δt :
Dm=Δm
Δt (en kg.s−1) ; c'est la masse qui traverse (S) par unité de temps.
Remarque : on définira de manière complète les débits dans le cours de mécanique des fluides.
Dans ce chapitre, on considère le débit massique d'entrée Dm1=Δm1
Δt à travers la surface S1 définissant l'entrée (1) de la machine et le débit massique de sortie Dm2=Δm2
Δt à travers la surface S2 définissant la sortie (2).
Si on note c1 la vitesse de l'écoulement en entrée et ρ1 la masse volumique du fluide en entrée, il vient Dm1=Δm1
Δt =ρ1S1L1
Δt =ρ1S1c1.
En effet, la masse Δm1 entrant dans le volume de contrôle à travers S1 entre les instants t et t+ Δt, se trouve, à l'instant initial t dans un volume V1 situé en amont de S1 sur une distance L1=c1Δt .
De la même manière et avec les mêmes notations, Dm2=ρ2S2c2.
2. Système fermé associé et conservation du débit massique
Pour pouvoir démontrer les principes de la thermodynamique en système ouvert, il faut se ramener à un système fermé associé, noté ΣF. On définit ΣF par le fluide en système fermé :
• contenu dans Vc et V1 à l'instant t ;
• contenu dans Vc et V2 à l'instant t+ Δt .
On note m(t) la masse du fluide contenue dans Vc à l'instant t (i.e. la masse du système ouvert Σ à l'instant t ). À t+ Δt, la masse du fluide contenue dans Vc est alors m(t+Δt).
Pour le système fermé ΣF :
• mΣF(t)=m(t)+Δm1 ;
Vc
L1=c1 Δt V1=L1S1 S1
Vc V1
à l'instant t
Vc
à l'instant t +Δt
V2 L2=c2 Δt
L1=c1 Δt
II. Les principes de la thermodynamique en système ouvert
1. Le premier principe
a) ÉnoncéLe premier principe en système ouvert, en écoulement stationnaire, prend la forme : Δh+ Δec+Δep=wi+q (homogène à J.kg−1), aussi appelé premier principe industriel.
• Les lettres sont en minuscules car on utilise des grandeurs massiques pour la thermodynamique industrielle ;
• wi est le travail massique indiqué, ou travail massique utile wu, reçu par le système :
Wi=Δm.wi représente le travail reçu par Σ de la part du milieu extérieur au travers des pièces mobiles entre les instants t et t+ Δt ;
• Q=Δm.q est le transfert thermique reçu le système Σ au travers de l'échangeur thermique et des parois entre les instants t et t+ Δt ;
• il faut maintenant comprendre Δh (ou Δec ou Δep) alors que l'écoulement est permanent ! En fait Δh représente h2−h1, i.e. la variation d'enthalpie massique entre l'entrée et la sortie.
On peut écrire de façon plus explicite :
(
h2+12c22+gz2)
−(
h1+12c12+gz1)
=wi+q.Remarques :
• on aura souvent Δec et Δep qui seront négligeables d'où le premier principe industriel simplifié : Δh=wi+q . Attention, pour l'étude des tuyères, on ne négligera pas Δec ;
• la relation de Bernoulli, loi fondamentale de la mécanique des fluides, provient d'une réécriture du premier principe industriel.
b) Lien entre puissance et débit massique Définitions :
• on appelle puissance indiquée Pi=Wi
Δt (ou puissance utile) ;
• on appelle puissance thermique de l'échangeur Pth= Q Δt .
Le lien entre les puissances et le débit massique est : Pi=Wi
Δt=Δm.wi
Δt =Dmwi ; de même Pth=Dmq .
On peut alors réécrire le premier principe industriel en faisant apparaître les puissances échangées : Dm(Δh+Δec+ Δep)=Pi+Pth .
Remarque : cette réécriture est intéressante si l'on souhaite dimensionner un compresseur (i.e. connaître la puissance utile du compresseur nécessaire au bon fonctionnement d'un réfrigérateur par exemple), une turbine ou un échangeur thermique.
c) Démonstration du premier principe industriel
La démonstration est basée sur le premier principe de la thermodynamique en système fermé appliqué à ΣF entre les instants t et t+ Δt : ΔEtot(ΣF)=W+Q avec W=Wadm+Wéch+Wi ;
or
{
WWadméch=−=−∫ ∫
PPextext((adm).éch).dVdVéchadm=−=−∫ ∫
PP2.1dV.dVéchadm=−P=−P2(V1(0−V2−0)=−P1)=P21VV21 d'où ΔEtot(ΣF)=P1V1−P2V2+Wi+QLe lien avec le système ouvert Σ se fait par extensivité de l'énergie :
{
EEtottot(Σ(ΣFF, t, t)=+ ΔEt)=tot(ΣEtot,t( Σ)+E, t+Δtot(Vt1)+, t)Etot(V2, t+Δt) avec{
EEtottot(V(V12, t, t)=U+Δt)=1(t)+U2E(tc1 ,macro+Δt)+(tE)+c2 , macroEp1 ,ext(t(t+Δ) t)+Ep2 , ext(t+ Δt) .L'écoulement étant permanent, Etot(Σ,t+Δt)=Etot(Σ, t), Etot(V1,t)=Etot(V1) et Etot(V2,t+Δt)=Etot(V2) donc le premier principe de la thermodynamique prend la forme :
(U2+Ec2 , macro+Ep2 , ext)−(U1+Ec1 , macro+Ep1 , ext)=P1V1−P2V2+Wi+Q soit (U2+P2V2+Ec2 , macro+Ep2 ,ext)−(U1+P1V1+Ec1 , macro+Ep1 , ext)=Wi+Q
d'où (H2+Ec2 ,macro+Ep2 , ext)−(H1+Ec1 , macro+Ep1 , ext)=Wi+Q donc ΔH+ ΔEc+ ΔEp=Wi+Q ; en divisant par Δm=Δm1=Δm2, il vient Δh+ Δec+ Δep=wi+q.
2. Le second principe
Le second principe de la thermodynamique en système ouvert prend la forme :
Δs=séch+scréée avec
{
sséchcréée=Tq{
>th0 si transformation irréversible=0 si transformation réversible
; avec Δs=s2−s1 i.e. variation d'entropie massique entre l'entrée et la sortie ; alors que séch et scréée représentent bien l'entropie massique échangée et créée au sein de la machine.
Remarques :
• l'expression étant inchangée, on ne parle pas de second principe industriel ;
• la démonstration se fait de la même manière que pour le premier principe.
Vc V1
à l'instant t
Vc
à l'instant t +Δt
V2 L2=c2 Δt
L1=c1 Δt
III. Exemples de quelques dispositifs industriels
1. Détendeur calorifugé
Il s'agit d'un des 4 constituants nécessaires au bon fonctionnement d'un récepteur ditherme.
La fabrication et donc la modélisation la plus simple d'un détendeur est :
Photo d'un détendeur de réfrigérateur :
1er principe industriel appliqué au système défini par le volume de contrôle Vc en écoulement permanent : Δh=wi+q=0 car il n'y a ni pièce mobile ni échangeur thermique (et parois calorifugées) !
L'évolution du fluide au sein du détendeur est donc isenthalpe au cours d'un écoulement permanent.
Remarque : pour des raisons historiques, on parle de détente de Joule-Thomson car c'est par cette expérience qu'est née la deuxième loi de Joule.
2. Compresseur et turbine calorifugés
a) Compresseur calorifugéIl s'agit en général d'un moteur électrique dont le but est de fournir du travail au fluide. Pour se faire, le rotor du moteur électrique est directement relié à des pales (ou autres pièces mobiles). C'est un des 4 constituants nécessaires au bon fonctionnement d'un récepteur ditherme.
Photo d'un compresseur de réfrigérateur : Vue en coupe d'un compresseur (il existe plusieurs technologies différentes …)
sens de l'écoulement
P1 ; T1 P2 ; T2
Vc
milieu poreux fixe (ou vanne réglable mais fixe lors de l'écoulement permanent étudié)
P1 > P2
Modélisation :
1er principe industriel appliqué au système défini par le volume de contrôle Vc en écoulement permanent : Δh=wi+q=wi (q=0 car pas d'échangeur thermique et parois calorifugées) et wi>0 : le but du compresseur est de fournir du travail au fluide.
Remarque : si le but est de dimensionner le compresseur à utiliser, i.e. estimer la puissance que doit fournir le compresseur, on utilisera plutôt le 1er principe industriel sous la forme DmΔh=Pi+Pth d'où
Pfournie par compresseur=Pi=DmΔh car Pth=0. b) Turbine calorifugée
Il s'agit de pales dont le but est de recevoir du travail de la part du fluide, modélisation :
Photo d'une turbine de centrale nucléaire :
1er principe industriel appliqué au système défini par le volume de contrôle Vc en écoulement permanent : Δh=wi+q=wi (q=0 car pas d'échangeur thermique et parois calorifugées) et wi<0 : le but d'une turbine est de recevoir du travail de la part du fluide.
Remarques :
moteur électrique
rotor
entrée basse pression
sortie haute pression
Vc
turbine
sortie basse pression
entrée haute pression
Vc
3. Tuyère calorifugée
Il s'agit d'un conduit placé à l'arrière d'une chambre à combustion (dans un réacteur d'avion par exemple, cf TD) dont le but est de transformer l'énergie thermique en énergie cinétique.
Modélisation : Photo d'une tuyère de fusée :
1er principe industriel appliqué au système défini par le volume de contrôle Vc en écoulement permanent : Δh+ Δec=wi+q=0 car il n'y a ni pièce mobile ni échangeur thermique (et parois calorifugées) !
Donc Δh+1
2(c22−c12)=0 soit c22=c12−2Δh.
Si le fluide considéré est un gaz parfait (l'air de l'atmosphère pour un réacteur d'avion par exemple), Δh=cpΔT= Rγ
Mgaz( γ−1)(T2−T1)<0 donc c2>c1, ce qui est le but de la tuyère.
4. Échangeur thermique, condenseur, évaporateur
Le fluide circule dans un serpentin en métal (cuivre par exemple) rigide permettant les échanges thermiques. Le volume de contrôle est alors défini par les parois internes du serpentin en métal.
Fabrication la plus simple d'un échangeur thermique :
Échangeur thermique d'un réfrigérateur (il s'agit du condenseur sur cette photo) :
Vc
T1 ; c1 T2 ; c2
T1 > T2 sens de
l'écoulement
1er principe industriel appliqué au système défini par le volume de contrôle Vc en écoulement permanent : Δh=wi+q=q car il n'y a pas de pièce mobile.
• Un condenseur est un cas particulier d'échangeur thermique où le fluide subit une liquéfaction, on a donc q<0 ;
• un évaporateur est un cas particulier d'échangeur thermique où le fluide subit une vaporisation, on a donc q>0 .
Remarque : ce sont les deux autres constituants nécessaires au bon fonctionnement des récepteurs dithermes.
5. Chambre à combustion
Elle est en général située en amont d'une tuyère (dans un réacteur d'avion par exemple, cf TD) afin de chauffer le fluide.
Il s'agit d'une enceinte rigide, cœur d'une réaction chimique (une combustion), dont les parois sont calorifugées, sans pièce mobile ni échangeur thermique.
Modélisation : Vue en coupe d'un réacteur d'avion :
3.entrée ; 8.sortie ; 6.chambre de combustion (12.compresseur ; 11.turbine ; 10.tuyère)
1er principe industriel appliqué au système défini par le volume de contrôle Vc en écoulement permanent : Δh=wi+q=q avec q=qtransferts thermiques+qcombustion=qcombustion donc Δh=qcombustion.
Remarque : attention, lors de l'explosion dans un moteur thermique de voiture, les soupapes sont fermées et le fluide n'est pas un écoulement : il faut appliquer le premier principe de la thermodynamique en système fermé (cf TD du chapitre T4).
Vc
sens de l'écoulement
injecteur