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Article pp.9-12 du Vol.1 n°1 (2009)

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Point de vue :

pour une épistémologie de l’IE

Par Damien Bruté de Rémur

Rédacteur en chef de r

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En Sciences Sociales, les pratiques précèdent généralement les démarches de concep- tualisation et la construction des modèles et théories. Ces Sciences, de type nomothétique, sont en évolution permanente parce que le monde bouge, les rapports humains évoluent, et qu’apparaissent de ce fait des champs de recherche en constant renouvellement. Comme dans tous les autres domaines, la construction des savoirs se fait selon deux processus principaux : d’une part des évolutions en continu, perfectionnement des approches et des concepts, affinement des méthodes, développement des outils ; et d’autre part des innovations dites « de rupture », autrement dit une rapide disqualification, cas extrême, ou plus souvent un nécessaire dépassement, des approches traditionnelles pour faire la place à de nouveaux paradigmes, concepts et méthodes. C’est la vie même de la recher- che en sciences sociales, ce qui en fait un ensemble de domaines vastes et complexes à l’infini, agrégation d’une richesse et variété en renouvellement permanent. Ce champ passionnant suppose régulièrement des remises en question, condition sine qua non du progrès, spécialement dans ces matières où l’Homme en lui-même et au sein des rapports sociaux, n’en finit pas de se révéler.

L’IE est peut-être une réelle innovation de rupture notamment en socio économie, en Sciences Politiques et dans les Sciences « plurielles » que sont les Sciences de Gestion et les Sciences de l’Information et de la communication. Si c’est le cas, elle nous amène à la question essentielle de sa scientificité. Autrement dit à la recherche fondamentale de son épistémologie.

Celle-ci se dévoile notamment à travers les premières recherches doctorales sur le sujet [1] et la Revue Internationale de l’IE sera partie prenante des journées doctorales de l’IE.

Les premières avaient été lancées par une coopération entre l’Université de Montpellier 1, l’École de Guerre Économique et l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité.

La prochaine journée aura probablement lieu à Aix en Provence le 31 mars 2009 [2]

à l’initiative du Réseau Français pour l’Enseignement et la Recherche en Intelligence Économique [3].

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Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur r2ie.revuesonline.com

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L’occasion nous est donnée pour ce premier numéro de lancer le débat, sachant qu’un appel à communications est lancé sur le sujet. Je voudrais donc, sans attendre les contributions traitant à proprement parler de l’épistémologie de l’IE, faire quelques réflexions liminaires et la première question tient à l’expression elle-même : « Intelligence Économique ».

L’actualité des débats fin 2008 sur la « Liste Veille », communauté des « adeptes » de l’IE qui échangent régulièrement via Yahoo, au nombre de 3 500 environ, est significative d’une angoisse à peu près continue des professionnels et chercheurs spécialistes de ce champ. La seule expression Intelligence Économique divise, même chez les tenants de la discipline.

Pour y voir plus clair, voire dépassionner les débats, tournons-nous vers un passé récent.

Lorsque le marketing est apparu, à peu près personne, même parmi ceux qui lançaient dans le milieu des années soixante cette discipline « à la mode » dont on ne donnait pas très cher entre gens sérieux, personne donc ne se serait trouvé capable de donner une défi- nition complète et universelle du concept. À l’époque, tout bon enseignant en la matière commençait son cours par ces mots : « Pour moi, le Marketing c’est… ». Aujourd’hui on dénierait facilement à qui que ce soit de remettre en question le Marketing ou de donner une définition personnelle originale de cette branche fondamentale des Sciences de Gestion. Le vent de la francisation des mots de la gestion nous a proposés un moment la « mercatique » mais le mot anglo-américain a très bien résisté ! Tant mieux car c’est sans doute vrai que sa définition nous échappe en partie tant elle réfère à une culture différente. Et pourtant le marketing a parfaitement droit de cité et donne lieu aux plus belles recherches, théories et encyclopédies spécialisées.

L’expérience montre que l’adage « traduction = trahison » reste vrai quoiqu’il arrive.

Est-ce une raison suffisante pour ne pas traduire ? Évidemment non ! Devons-nous alors conserver pour notre compte l’expression étrangère comme pour le marketing ? Le problème est que le concept d’intelligence en anglo-américain a plusieurs domaines d’application.

Il faudrait alors utiliser alternativement plusieurs expressions (Business Intelligence, Compétitive Intelligence…), chacune intraduisible, selon l’humeur de l’auteur ou le gré des modes et des conjonctures. C’est difficile à imaginer dès lors qu’on sent bien que ces démarches relèvent bien d’un même esprit. Il s’agit en effet toujours de mettre au premier plan l’information dans un but de performance stratégique ou tactique. C’est donc pro- bablement à bon droit que Robert Guillaumot [4] a traduit le concept par une expression unique. Les rapports officiels sur le sujet (Martre et Carayon en particulier) ont consacré l’expression Intelligence Économique qui parle maintenant suffisamment à nos esprits pour que la « communauté » de ceux qui s’en réclament, se reconnaisse sous ce vocable malgré les ambiguïtés de jeunesse inévitables. La notion d’Intelligence Informationnelle avait été évoquée [5] et semble plus « neutre » au regard de son objet. Il faut cependant bien reconnaître que les questions économiques sont constitutives de la téléologie qui fonde tout système qui se réclame du concept. Gardons donc cette expression.

Dès lors se pose la question de savoir si l’IE est un concept suffisamment englobant.

La pertinence de la question est illustrée par la floraison d’expressions dérivées qui se forment en fonction de la spécificité de l’objet concerné. Ainsi parle-t-on maintenant d’In-

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telligence Territoriale, d’Intelligence des Risques, d’Intelligence Touristique, d’Intelligence Culturelle… etc. Sans aucun doute, le succès du concept qui s’apparente à un « effet de mode » crée un tropisme qui attire les auteurs. Il faut évidemment s’en réjouir. Je pense cependant qu’il faut être prudent sur cette déclinaison qui peut se faire à l’infini, remettant du coup le « focus » sur le seul mot d’intelligence. La confusion arrive même avec la notion d’Intelligence Artificielle, montrant bien que le débat n’est pas sans enjeu. Le sens multiple de ce mot en français peut conduire à des confusions dommageables, comme s’il y avait les « intelligents » et les autres.

Le choix du titre de la revue est délibéré en vue de poser que l’IE est un champ aux multiples facettes. La thématique principale de ce premier numéro entre bien dans ce champ tout en orientant le regard sur l’objet particulier qu’est le territoire. L’Intelligence Territoriale tient clairement sa légitimité du concept plus large d’Intelligence Économique.

Sciences de l’Information et de la Communication et Sciences de Gestion montrent la voie des « sciences plurielles ». L’IE est par excellence partie prenante de ce caractère pluriel puisqu’elle traite d’objets multiples au travers d’un regard sur l’information : Stratégie, Innovation, Marchés, Ressources Humaines, Politiques Publiques, Gouvernance, Systèmes d’Information… !

Tous ces visages sont dans le champ de ses investigations. Si elle est bien « trans- versale », comme nous le soulignons tant de fois, cela signifie qu’elle ne remet pas en question les classifications traditionnelles des sciences ; mais qu’elle apparaît comme

« transdisciplinaire ».

En conclusion, je pense qu’on peut dire que l’expression est maintenant suffisamment admise pour qu’elle puisse fédérer. De là à dire qu’elle définit elle-même ce qu’elle est : non bien sûr ! Aussi faut-il maintenant s’atteler à la recherche de cette épistémologie et c’est la robustesse des appuis théoriques et conceptuels qui fera de ce nouveau champ de recherche une réelle opportunité de progrès dans la connaissance en sciences sociales. Rendez-vous donc bientôt dans ces colonnes sur le sujet.

[1] Damien Bruté De Rémur Et Didier Lucas [2] Inscriptions sur www.revue-r3i.net

[3] Groupe créé à l’initiative du HRIE en février 2008 [4] Fondateur de l’Académie de l’Intelligence Économique [5] Gestner

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