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Article pp.299-307 du Vol.136 n°3-4 (2015)

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Revue de synthèse : tome 136, 6e série, n° 3-4, 2015, p. 299-307. DOI 10.1007/s11873-015-0288-9

PRÉSENTATION

LE VIF DE L’HISTOIRE

Éric Brian *

P

our le jubilé de ses soixante-quinze ans, en 1953, Lucien Febvre reçut un double volume d’hommages de ses collègues et amis, la plupart embarqués depuis plus de cinq années déjà dans l’aventure de la VIe Section de l’École pratique des hautes études 1, créée par un décret publié le 5 novembre 1947 2, et inaugurée vers la mi-avril de l’année suivante :

« Départ pour l’Italie vers le 10-12 et rentrée au début juin. – Naturellement, la bousculade est plus forte que jamais, d’autant que la 6e Section de l’École des hautes études s’inaugure tous ces jours-ci. C’est une grosse affaire. 3 »

Le titre du recueil d’hommages – « éventail de l’histoire vivante » – a suggéré celui du présent fascicule. Le vif était hier, comme il l’est aujourd’hui, dans l’enthou- siasme que procure l’ébauche de voies nouvelles pour l’Histoire une fois engagé un dialogue avec d’autres compétences. Ce sont en 1953, celles passées en revue dans le sous-titre même de l’ouvrage : la linguistique, la géographie, l’économie, la socio- logie, l’ethnologie, en un mot un parcours des premières affiches de la VIe Section, où perce l’empreinte de l’Encyclopédie française et les tentatives des premiers numéros des Annales. Depuis cette époque, cette VIe section a pris son indépendance vis-à-vis de l’institution mère, et l’idée d’une école pratique s’est perdue, bien qu’elle ait duré dans la maison d’origine (l’EphE), non sans fructifier. En 1975, ce fut la création de ce que l’on a appelé quelque temps l’ « Ex-VIe Section ». En 2015, l’École des hautes études en sciences sociales (en d’autres termes, le prolongement de l’éphémère « Ex ») a entendu fêter les quarante ans de l’instauration du préfixe, et donc de sa création au sens administratif du mot.

* Éric BrIan, né en 1958, est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur invité à l’Institut für Philosophie an der Universität Wien, il dirige la Revue de synthèse. Ses travaux portent sur l’épistémologie et l’histoire des sciences mathématiques, économiques et sociales.

1. BraudEl et al., 1953.

2. Journal officiel de la République française, 5 novembre 1947, p. 10936.

3. Lettre de Lucien FEBVrE à Henri BErr, datée de « Paris, [le] 13 avril 1948 », lettre n° 308, dans FEBVrE, 1997, p. 599-600.

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Fac-similé – L. Febvre « Discours 6e section »

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Fac-similé – L. Febvre « La sociologie, cet humanisme »

(4)

NOtES DE FEBVRE POuR L’INAuGuRAtION DE LA VIe SECtION 4

La « grosse affaire de la mi-avril 1948 », c’est donc, outre les questions d’adminis- tration, l’expression solennelle des rapports entre les composantes qui se retrouvaient maintenant sur la première affiche des enseignements. Il ne s’agissait pas encore des disci- plines au sens actuel et universitaire du mot car la plupart d’entre elles ne verront leurs diplômes officiellement instaurés qu’en 1958, dix ans plus tard. Ainsi, les ethnologues et les linguistes étaient-ils alors formés au titre de la philosophie, et leurs compétences particulières relevaient d’un certificat, non pas d’une maîtrise ni d’un doctorat. La socio- logie se distinguait d’elles par ses objets et ses méthodes. Par voie de conséquence, les notes de Febvre pour son « discours d’inauguration de la 6e section »sont précieuses pour qui veut saisir une expression directe de l’histoire vivante au moment de l’inauguration.

[f°2]

« Discours 6e section.

La sociologie 5 – qui n’est pas pour nous une suite d’enquêtes sur le temps présent.

La sociologie qui est à la base d’un humanisme nouveau. La sociologie en mettant en lumière les analogies que présentent les diverses sociétés humaines saisies au même stade de leur développement culturel, constitue ces archives de l’Humanité. – dont nos fils auront besoin pour construire fermement sur les racines de nos civilisations fragmentaires, l’édifice cohérent de la civilisation de l’archive humaine.

[f°3] —

La Sociologie, cet humanisme

Par la Sociologie générale, qui nous donne des images de plus en plus précises et — riches de systèmes préhistoriques, de faits religieux, sociaux, politiques, etc. dont un certain nombre de systèmes historiquement attestés sont, pour une bonne part, la survi- vance – l’histoire 6 accède à ces vastes archives humaines qu’un siècle d’explorations méthodiques a réussi à constituer. C’est un humanisme non plus restreint aux limites de quelques sociétés choisies dont nous nous targuons d’être les héritiers – Mais élargi aux limites même du monde qui se constitue sous nos yeux. Et qui commence à nous doter du sens humain qui désormais, de plus en plus, nous est nécessaire pour vivre.

Cf. Dumézil, Servius, 27 7. »

4. Archives de l’École des hautes études en sciences sociales, déposées d’abord à l’ImEc (Institut mémoire de l’édition contemporaine) puis, récemment, aux Archives Nationales, 591 AP ; EphE, 6e, Section, 4 f° ms, tous de la main de Febvre. Ici trois f° sont transcrits : le f°1, plié, porte le titre

« Discours d’inauguration 6e section », le f°2, incipit : « Discours 6e section », et le f°3, incipit :

« La sociologie, cet humanisme ». Nous remercions les archives de l’École des hautes études en sciences sociales et les ayant droits de la famille Febvre, dont Mme Jacqueline Febvre s’est ici faite la porte parole, pour nous avoir autorisé à reproduire et à transcrire ce document exceptionnel.

Mme Brigitte Mazon, responsable du service des archives de l’EhEss a bien voulu relire notre transcription et l’améliorer. Sur la création de la VIe Section, voir sa thèse mazon, 1988.

5. Les passages en italique ici sont soulignés dans l’original.

6. Abréviation « l’h. ». Nous transcrivons « Histoire » car Febvre entend indiquer les usages des

« archives de l’Humanité », mais ce pourrait-être « Homme », songeant cette fois à l’humanisme nouveau.

7. Soit dumézIl, 1943, p. 27.

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Ainsi, la « grosse affaire » au sortir de la seconde Guerre mondiale et de ses mons- truosités, aux temps de la décolonisation – alors même que les étudiants retrouvent le sens de leur liberté dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, – ce n’est pas la fonda- tion d’une institution mais celle de ce nouvel humanisme, indispensable, homologue de celui qu’appelait déjà de ses vœux le même Lucien Febvre sur le champ de ruines laissé par le premier conflit mondial, dans ses enseignements et par son action à la tête de l’Encyclopédie française. La VIe Section en serait à ses yeux l’instrument et son discours d’inauguration sur la sociologie paraît s’adresser au dernier survivant de l’école durkheimienne, Marcel Mauss, dont la pratique savante perce dans ces lignes.

Elles sont encore une invitation adressée à de plus jeunes générations à découvrir ces analogies et à fouiller les fragments dispersés. L’ethnologie, la linguistique et la socio- logie sont ici convoqués, et la mission assignée aux jeunes entrants est d’offrir plus de lisibilité dans la diversité de l’expérience humaine afin d’affermir le socle d’un huma- nisme contemporain sans borne. Nul doute que Febvre lui-même, aussi convaincu qu’il fût du bien fondé de cette mission, ait parfois mis en suspens l’enthousiasme que par exemple la lecture du Servius de Dumézil lui avait procuré.

Pour recourir à un mot qui n’était pas alors en usage, il y a dans ces deux feuillets comme un modèle de co-production des connaissances, comme une conjugaison exem- plaire de deux disciplines : l’Histoire et la Philosophie, telle que la tradition durkhei- mienne l’avait orientée vers l’horizon d’une Sociologie générale. La Sociologie offrait alors aux yeux de Febvre une méthode et l’étendue d’un spectre d’enquêtes robustes illimitée dans le temps et dans l’espace, – à la manière de Mauss ou bien à celle de la linguistique comparative de Dumézil. L’Histoire, face à ces nouvelles archives de l’Humanité, devait ensuite se mettre à l’œuvre à sa manière propre, non pas en se faisant dicter sa conduite par son partenaire, mais en interrogeant à nouveaux frais ces fragments sûrs. Si bien que les uns et les autres, historiens et sociologues, se trouvent ici par l’effet d’une division du travail savant comme par celui de l’amitié que proclame le titre du recueil d’hommage de 1953 8, les artisans d’un même chantier où l’on bâtit un « sens humain » désormais vital.

PIStES CONtEMPORAINES

Le présent numéro n’est pas livré au public avec l’ambition de fonder ici même, soixante-sept ans plus tard, un nouvel humanisme, bien que la mission febvrienne et générale de l’Histoire demeure d’actualité. Depuis un quart de siècle, en effet, l’humanité qu’on croyait débarrassée du spectre des destructions massives agité aux temps de la Guerre Froide, nous a offert le spectacle de sociétés tenues pour avancées ou de celui d’autres groupes qui s’opposent à cet avancement, les unes et les autres soudés dans une même frénésie de destruction des traces d’antiques civilisations, ou de nos liens avec elles dont précisément l’antiquité les avait fait oublier.

De même, au sein des communautés savantes et parmi les industriels et profes- sionnels de l’information – ne prononcez plus le mot d’« éditeur » vous paraîtriez

8. Febvre écrit « nos fils » comme Diderot écrivait « nos neveux ».

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« ringards » ! – il est des activistes des nouvelles technologies, protégés par des établis- sements scientifiques publics de renom, qui ont saisi l’opportunité de bénéfices à tirer de la liquidation de ces archives anciennes et de ces savoir faire centenaires qu’évoquait Febvre en 1948, et de leurs recueils dans des ouvrages jadis tenus pour des classiques : les collections patrimoniales des revues et les grandes séries des maisons d’édition.

Ainsi, aujourd’hui, les enjeux fébvriens sont on ne peut plus vifs.

Comment dès lors procéder ? tout d’abord en demeurant exigeant sur les méthodes et la qualité des nouvelles archives de l’Humanité celles que les sciences et leurs auxi- liaires rebâtissent incessamment, ensuite en écrasant dans l’œuf toutes les manifesta- tions de l’esprit de liquidation, ligne de conduite qui est la nôtre à la Revue depuis au moins deux décennies ! Enfin, en se fixant pour objectif la préservation de la solidarité encyclopédique des sciences, au risque sinon de voir les moins téméraires, les plus conformes à des définitions disciplinaires étroites, s’étioler dans un académisme obso- lète au moment même de leur expression.

Il n’est sans doute pas de meilleure manière de se dégager des pièges épistémolo- giques qui ont enfermé l’Histoire, l’Anthropologie et la Sociologie dans un bantoustan distant des disciplines expérimentales ou de calcul (Économie, Démographie, et sciences mathématiques et physiques, et pourquoi pas Biologie) que de soumettre à une même analyse, ici conduite par Aaron Cicourel 9, les méthodologies que dans les sciences sociales exprimées en langue anglaise on qualifie de top-down (telle la Démo- graphie) et celles, dans la même langue qualifiées de bottom-up. Les historiens ont connu ces deux mouvements d’ascenseurs quand l’ancienne histoire économique et sociale (top-down), à son déclin, a vu passer, remontant, la micro-histoire et les tenta- tives de « reconstruire le macro par le micro ». On pourrait en rester à deux voies paral- lèles prises en sens inverse selon les conjonctures historiographiques, mais Cicourel nous démontre en socio-cognitiviste, et au prix d’une analyse serrée des deux itinéraires qu’ils relèvent l’un et l’autre d’un même registre de phénomènes cognitifs et sociaux : celui de la mémoire collective, pour autant qu’on prenne soin de montrer comment opère d’un point de vue cognitif, la mise en oeuvre des strates de mémoires collectives, dans les récits ou dans les opérations formelles des calculs. Soulignons le trait : ce sont les mêmes processus, analysables en terme de mémoire collective, et susceptible d’être mis en œuvre de manière réflexive qui rendent compte des constructions de « haut en bas » et de celles de « bas en haut ». Le sociologue cognitiviste offre ici à l’historien, ce que Febvre attendait sans doute du sociologue ethnographe ou du linguiste compa- ratiste. une enquête méthodique qui puisse tenir lieu de socle à un édifice commun. Il faut seulement payer le prix : c’est-à-dire prendre au sérieux une conceptualisation des temps sociaux et historiques pareille à celle à laquelle œuvrait Maurice Halbwachs.

La question de la « psychologie collective », formule ancienne, que la cognition sociale permet sans doute de réactiver pour autant que l’on procède avec discernement, apparaît dès lors cruciale, et comme le point aveugle des discussions sur l’épistémologie des sciences sociales et de l’histoire, celles tenues au cours de la vingtaine d’années passées. La revue critique que Marie Jaisson accorde, ci-après, à l’édition d’un cours

9. Voir p. 309-328.

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de Halbwachs ainsi titré 10, une fois mesurés les enjeux dégagés dans l’analyse de Cicourel, est particulièrement cinglante. Les rapports entre Histoire et Sociologie, chez Febvre, on vient de le lire, ne traduisent en rien un esprit historien défensif à l’égard d’on ne sait quel impérialisme sociologique. Agiter cet épouvantail, ce fut sans doute, une fois l’EphE et l’EhEss établies, une manière commode de ne pas payer le prix du travail conceptuel qu’impose la construction conceptuelle des temps. Dans l’article de Cicourel, c’est par l’analyse socio-cognitive comparée de connaissances fondées sur des récits et de celles construites dans les calculs, donc par une voie épistémologique réflexive, qu’on s’arrache aux tendances à la balkanisation épistémologique. J’ose donc paraphraser l’une des premières lignes du f°2 des notes de Febvre : La sociologie cognitive, qui est à la base d’un humanisme nouveau.

D’autres moyens sont mis en œuvre dans l’article d’Étienne Anheim, Mathieu thoury et Loïc Bertrand 11 dont nous donnons dans ce fascicule la première livraison.

Qui a jamais édicté cette loi, qu’on ne pourrait faire de l’Histoire avec un accélérateur de particules ? C’est pourtant bien ce qu’ils font, en respectant à la lettre les contraintes techniques, méthodologiques et épistémologiques des physiciens et des historiens. Les auteurs s’en expliquent tant cette expérience nouvelle leur a fait mettre au point un nouveau protocole de co-construction d’objet 12. Quant on a voulu expédier l’Histoire, la Sociologie et l’Anthropologie dans un même bantoustan, et que la physique des particules, était ce jour-là tenue à Johannesburg. Force est de constater que les deux zones ségréguées formaient une même nation, celle de la Science et de sa formation dans l’acharnement encyclopédique 13.

La mise à l’épreuve, sur pièce, des critères de la radicalité – en l’occurrence fémi- niste, – que nous propose Marie-Frédérique Pellegrin en considérant François Poulain de la Barre (1647-1723) relève d’un rapport entre Philosophie et Histoire intellectuelle plus classique que les avancées cognitives ou physiciennes des deux articles précé- dents. C’est ici la catégorie de « radicalité » qui est interrogée au prix éventuel de sa révision 14. Preuve que toute l’historiographie n’est pas rétive en bloc au travail des concepts. Il est vrai, qu’en l’occurrence, il s’agit d’histoire intellectuelle et que la critique n’est pas étrangère à cette spécialité. tant mieux !

Dans « Vie et mort des gorilles d’Afrique de l’Est », Violette Pouillard 15, étend encore le périmètre des archives de l’Humanité jusqu’à une espèce connectée : elle met ainsi en évidence les rapports entre une histoire mondiale de la fin de cette espèce et celle de ses interactions avec le Monde occidental. Ici, la méthode mérite attention : le procédé relève bien de la micro histoire, il est probant et nous épargne les conclusions hâtives.

10. Réédition par thomas hIrsch. Voir p. 495-501.

11. Voir p. 329-354.

12. Nous avons reçu cet article assez tôt pour le publier « d’abord en ligne » en 2014, puis l’inté- grer dans le présent numéro. C’est la procédure « on line first » offerte par l’édition électronique via Springer. Pendant cet intervalle d’un an il s’est trouvé des lecteurs pour informer la Rédaction que dans des disciplines différentes de celles discutées usuellement dans nos colonnes (en bio-chimie par exemple), le modèle de co-construction qu’offre l’article n’était pas passé inaperçu.

13. Pour une ample discussion de cette ségrégation plaidée il y a un quart de siècle par Jean-Claude passEron, voir mIéVIllE et BusIno, 1996.

14. Voir p. 355-373.

15. Voir p. 375-402.

(8)

Henri Berr lançait depuis la Revue de « grandes enquêtes ». Au cours des dernières années, pour les raisons évoquées plus haut, nous avons proposé au plus fin limier de la Rédaction en la matière, lui-même spécialiste de l’œuvre de Febvre et des systèmes documentaires, de faire le point sur la question des archives des sciences, particulièrement troublante pour les responsables institutionnels et pour ceux qui ont journellement à arbitrer entre le soutien à de nouveaux travaux, la conservation de ceux déjà accomplis, et la construction sur leur base, et leur documentation, d’un socle sur lequel les compétences actuelles trouveraient matière à se renouveler. Le bilan de cette investigation, soutenue par l’Inshs du cnrs, prend ici la forme de « onze thèses sur les archives de la recherche, pour une nouvelle politique patrimoniale et scienti- fique » 16. On ne saurait être plus clair et plus utile.

Conjuguer histoire des sciences, histoire de l’art et histoire de la philosophie, telle est la caractéristique de l’article de Jenny Boucard et Christophe Eckes 17, mais ce geste qu’on a connu dans l’étude de moments antiques ou tenus pour révolus – telle la magistrale analyse de Suger offerte il y a près de quatre-vingt-dix ans par Panofsky 18 – opère ici sur la lecture combinée d’œuvres récentes, celles du mathé- maticien Louis Poinsot (1777-1859), de l’architecte Jules Bourgoin (1838-1908), et du philosophe Antoine-Augustin Cournot (1801-1877). Or, il se trouve que les deux premiers ont partagé une même théorie de l’ordre transmise de l’un à l’autre par le troisième. Loin de toute surinterprétation contextualisante, l’importance de l’œuvre de Cournot dans la formation de la philosophie des sciences économiques et sociales à la fin de xIxe siècle en France, fait de cet article une clé pour ré-ouvrir la boite de Pandore des combinatoires, des causalités historiques, des probabilités subjectives et des hasards objectifs.

À cet ensemble déjà riche, nous avons adjoint l’essai de Maurizio Sibilio 19, qui plaide, à propos des recherches sur les méthodes éducatives, pour un recours à la théorie adaptative de la simplexité formulée par le physiologiste cognitif Alain Berthoz 20. Cette théorie a la beauté élémentaire de la linguistique comparée, et comme elle, elle se fonde méthodiquement sur l’épreuve expérimentale, certes par des voies distinctes. Ici encore, l’extension du concept d’adaptation à la dimension cognitive de l’activité humaine peut ouvrir aux historiens des pans de recherche aujourd’hui insoupçonnés.

La science historique se renouvelle dans ses interactions avec les autres sciences, celles dont elle est déjà familière et qui se transforment elles-mêmes, et d’autres nouvelles avec lesquelles elle a jusqu’ici peu commercé. Cette hybridation construc- tive des sciences, la Revue l’accueille et l’encourage depuis ses débuts. Febvre la tenait pour exemplaire.

16. Voir p. 449-476.

17. Voir p. 403-447.

18. panoFsky, 1967.

19. Voir p. 477-493.

20. BErthoz, 2009.

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LISTE DES RÉFÉRENCES

BErthoz (Alain), 2009, La Simplexité. Paris, Odile Jacob.

BraudEl (Fernand) et al., 1953, Éventail de l’histoire vivante [Hommage à Lucien Febvre, offert par l’amitié d’historiens, linguistes, géographes, économistes, sociologues, ethnologues].

Paris, Colin, 2 vol.

FEBVrE (Lucien), 1997, De la Revue de synthèse aux Annales : Lettres à Henri Berr, 1911-1954.

Paris, Fayard [établissement du texte, présentation et notes par Gilles candar et Jacqueline pluEt-dEspatIn].

dumézIl (Georges), 1943, Servius et la Fortune : Essai sur la Fonction sociale de Louange et de Blâme et sur les Éléments indo-européens du Cens romain. Paris, Gallimard.

mazon (Brigitte), 1988, Aux origines de l’École des hautes études en sciences sociales : le rôle du mécénat américain : 1920-1960 [préf. de Pierre BourdIEu ; postf. de Charles morazé].

Paris, Cerf.

mIéVIllE (Ariane) et BusIno (Giovanni), 1996, « Du bon usage de la sociologie. Pavane pour Jean-Claude Passeron », Revue européenne des sciences sociales (Cahiers Vilfredo Pareto), t. XXXVI, n°103.

panoFsky (Erwin), 1967, Architecture gothique et pensée scolastique, trad. et postf. de Pierre BourdIEu. Paris : éditions de Minuit.

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