ANNALES
DE LA FACULTÉ DES SCIENCES
Mathématiques
ABDELAZIZBELLAGH, JEAN-PAULBÉZIVIN
Quotients de suites holonomes
Tome XX, no1 (2011), p. 135-166.
<http://afst.cedram.org/item?id=AFST_2011_6_20_1_135_0>
© Université Paul Sabatier, Toulouse, 2011, tous droits réservés.
L’accès aux articles de la revue « Annales de la faculté des sciences de Toulouse Mathématiques » (http://afst.cedram.org/), implique l’ac- cord avec les conditions générales d’utilisation (http://afst.cedram.org/
legal/). Toute reproduction en tout ou partie cet article sous quelque forme que ce soit pour tout usage autre que l’utilisation à fin strictement person- nelle du copiste est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou im- pression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
cedram
Article mis en ligne dans le cadre du
pp. 135–166
Quotients de suites holonomes
Abdelaziz Bellagh(1) et Jean-Paul B´ezivin(2)
R´ESUM´E.— SoitGun sous-groupe du groupe multiplicatif deC, etd1.
On noteGdl’ensemble des ´el´ements deCs’´ecrivantw1+· · ·+wdavec wj∈Gpour toutj. Soientunetvn deux suites de nombres complexes v´erifiant des relations de r´ecurrence `a coefficients polynˆomes en la variable n(suites holonomes), avecvn= 0 pournassez grand. Dans cet article, nous nous int´eressons au probl`eme suivant :
Soitan=uvn
n, on suppose que pour un entierd1,anappartient `aGd
o`uGest sous-groupe de type fini du groupe multiplicatif deC.
A-t-on que la suiteanest r´ecurrente lin´eaire ?
Dans ce qui suit, nous prouvons que dans quelques cas particuliers, la r´eponse est affirmative.
ABSTRACT.— (Quotient of holonomics sequences) For a subgroupGof the multiplicative group ofCandd1, let Gd be the set of complex numbers such that there existswj, j= 1,· · ·, dinGwithz=w1+· · ·+ wd. Let un and vn be sequences of complex numbers that verify linear recurrence relations with polynomials coefficients (holonomic sequences).
Suppose thatvn= 0 for largen.
In this paper, we are interested in the followingproblem:
Letan= uvn
n, and suppose that for an integerd1,anbelongs toGd
for a finitely generated subgroupGof the multiplicative group ofC.
Does it follows thatanis a linear recurrent sequence ?
We prove that in some particular cases, the answer to this question is positive.
(∗) Re¸cu le 06/05/2010, accept´e le 01/09/2010
(1) Facult´e de Math´ematiques, Universit´e des Sciences et de la Technologie Houari- Boumedi`ene, BP.32, El-Alia, Bab-Ezzouar, 16111, Alger, Alg`erie.
(2) Universit´e de Caen, D´epartement de Math´ematiques et M´ecanique, Laboratoire N. Oresme, Campus II, Boulevard du Mar´echal Juin, BP 5186, 14032 Caen Cedex, France.
http://www.math.unicaen.fr/ bezivin
1. Introduction et r´esultats
Soit K un corps de caract´eristique nulle, et wn une suite d’´el´ements de K. On dit que w= (wn) est une suite r´ecurrente lin´eaire `a coefficients constants (ou suite r´ecurrente lin´eaire pour simplifier) s’il existe un entier s 1 et des ´el´ements ak, k = 0,· · ·, s avec as = 0 tels que l’on ait pour toutn
aswn+s+· · ·+akwn+k+· · ·+a0wn = 0
Il a ´et´e conjectur´e par C. Pisot, et d´emontr´e par Y. Pourchet et A.J. Van der Poorten le r´esultat suivant (Th´eor`eme du Quotient de Hadamard, voir [18],[13] ou [14], et pour des am´eliorations au cas o`u on suppose que l’hypo- th`ese suran est vraie seulement pour une infinit´e den, [3]):
Th´eor`eme 1.1. — Soit K un corps de caract´eristique nulle, et un, vn
deux suites d’´el´ements de K, r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients constants.
On suppose que vn est non nul pour tout nassez grand, et que lesan= uvn appartiennent `a un sous-anneau deK, qui est de type fini sur Z. Alors lan
suitean est r´ecurrente lin´eaire `a coefficients constants.
On peut consid´erer des suites r´ecurrentes plus g´en´erales. Soits1,Pk, 0 k s des polynˆomes `a coefficients dans K, avec Ps non nul. On dit quewn est une suite holonome (d’´el´ements deK), si on a pour toutnassez grand :
Ps(n)wn+s+· · ·+Pk(n)wn+k+· · ·+P0(n)wn= 0
Il est ´evidemment naturel de se poser la question de g´en´eraliser `a ces suites holomones le th´eor`eme du Quotient de Hadamard, c’est-`a-dire de trouver des conditions assurant que le quotient de deux suites holonomes est encore une suite holonome.
La question la plus naturelle est d’imposer que le quotient des deux suites holonomes un et vn est une suite an d’´el´ements d’un anneau A de type fini surZ, et de se poser la question de savoir si sous cette hypoth`ese la suite an est holonome ; cependant nous n’avons pas trouv´e de moyens d’attaque sur un tel probl`eme.
Pour poursuivre, nous avons besoin de quelques notations.
SoitGun sous-groupe du groupe multiplicatif deK, etd1. On note Gd l’ensemble des ´el´ements deCs’´ecrivantw1+· · ·+wdavecwj∈Gpour toutj.
Le th´eor`eme 4 de [1] montre alors que si une suite holonomeun est telle qu’il existe un sous-groupe G de type fini, et un entier dtel que un ∈Gd
pour tout n, alors un est une suite r´ecurrente lin´eaire. Ce r´esultat a des cons´equences arithm´etiques int´eressantes, par exemple si un est une suite holonome d’´el´ements deZ qui n’est pas r´ecurrente lin´eaire, l’ensemble des nombres premiersptel qu’il existe un indicentel quepdiviseun = 0, est infini. On pourra voir l’article r´ecent de F. Luca [8] pour des r´esultats quan- titatifs sur ce type de probl`eme dans le cas de suites holonomes d’ordre 2.
Nous allons dans cet article, donner des r´eponses partielles positives `a la question suivante, qui est une g´en´eralisation du r´esultat du th´eor`eme 4 de [1], celui-ci correspondant au cas o`u la suitevn est ´egale `a 1 pour toutn:
Question. —SoitK un corps de caract´eristique nulle, et un,vn deux suites holonomes d’´el´ements deK. On suppose quevn est non nul pour tout n assez grand, et qu’il existe un sous-groupe G du groupe multiplicatif de K, de type fini, et un entier d1 tel quean= un
vn ∈Gd pour toutn.
La suitean est-elle une suite r´ecurrente lin´eaire ?
Remarque 1.2. — Une suite holonome, dont les valeurs appartiennent `a Gd pour un entierd1 et un groupeGde type fini est r´ecurrente lin´eaire
`
a coefficients constants par le th´eor`eme 4 de [1]. Donc dans le contexte de la question, les conditions “la suite an est holonome” et “la suite an est r´ecurrente lin´eaire `a coefficients constants”, dans la conclusion suran, sont
´
equivalents.
Dans toute la suite, le corps de base est le corps des nombres complexes, ce qui ne nuit pas `a la g´en´eralit´e ; nous devrons `a l’occasion nous placer dans un sous-corpsK deCde type fini surQ.
Nous allons d´emontrer les r´esultats suivants :
Th´eor`eme 1.3. — SoientP0, P1, P2, P3 des polynˆomes non nuls `a coef- ficients dans C. Soit G un sous-groupe de type fini du groupe multiplicatif deC,d1 etun,vn deux solutions de la r´ecurrence d’ordre3 suivante :
P3(n)wn+3+P2(n)wn+2+P1(n)wn+1+P0(n)wn = 0.
On suppose que vn est non nul pour tout nassez grand, quean= un vn ∈Gd et enfin que pour tout L∈C, l’ensemble des indices n tels que an =L est fini. Alors la suitean est une suite r´ecurrente lin´eaire.
Nous reviendrons `a la fin de l’article sur la conditionvn= 0 pournassez grand, et aussi sur la condition quean ne prend qu’un nombre fini de fois toute valeurLfix´ee.
Nous avons aussi un r´esultat plus g´en´eral, pour des suites holonomes d’ordresquelconques, mais avec des conditions beaucoup plus restrictives.
Th´eor`eme 1.4. — Soit s 2, et Pk, k = 0,· · ·, s des polynˆomes non nuls `a coefficients dansC.
On consid`ere l’´equation (E) d’ordre s2 :
Ps(n)wn+s+Ps−1(n)wn+s−1+· · ·+P0(n)wn = 0
On fait l’hypoth`ese que (E) assolutions lin´eairement ind´ependantesuj(n), j = 1,· · ·, s−1, et v(n), avec v(n) = 0 pour n assez grand, et on pose aj(n) = uj(n)
v(n). Nous ferons aussi la convention que a0(n)est la suite con- stante ´egale `a1.
On suppose que lesaj(n),j = 0,· · ·, s−1, appartiennent tous `a un Gd, pour un sous-groupe de type fini du groupe multiplicatif de C et un entier d1 fix´e. Alors les suitesaj(n)sont des suites r´ecurrentes lin´eaires.
On en d´eduit le r´esultat suivant :
Corollaire 1.5. — SoitG un sous-groupe de type fini du groupe mul- tiplicatif deC,d1un entier, etun etvn deux suites holonomes, v´erifiant la mˆeme r´ecurrence d’ordre2. On suppose quevn est non nul pour tout n, et on pose uvn
n =an. On suppose, de plus, quean ∈Gd pour tout n. Alors la suite an est une suite r´ecurrente lin´eaire `a coefficients constants.
Les auteurs remercient le Referee pour de nombreuses remarques int´eres- santes.
2. Remarques pr´eliminaires
Dans cette partie nous faisons quelques remarques destin´ees `a simplifier l’expos´e.
2.1 Nous aurons presque toujours `a consid´erer des suites pour n assez grand. Nous faisons donc cette convention pour tout ce qui suit, et nous ne rappellerons cette hypoth`ese que quand cela sera n´ecessaire.
2.2 Un cas particulier o`u la r´eponse `a la question pos´ee est affirmative est le suivant. Supposons que la suitevn soit une suite holonome inversible, c’est-`a-dire que son inverse est aussi holonome. C’est le cas si vn v´erifie une relation de r´ecurrence de la forme vn+t =R(n)vn, o`u t 1 et R est
une fraction rationnelle non nulle ; les suites holonomes inversibles sont caract´eris´ees par le fait qu’il existe un entiermtel que sur les progressions arithm´etiques de raison m, on ait une telle r´ecurrence d’ordre 1, cf [16], proposition 4.5, page 47.
Dans ce cas, une suitean = un
vn est aussi holonome comme produit de deux suites holonomes, et sous l’hypoth`ese qu’il existe un entier d et un sous-groupe de type fini G du groupe multiplicatif de C tel quean ∈ Gd pour tout n, le th´eor`eme 4 de [1] montre que la suite an est r´ecurrente lin´eaire `a coefficients constants.
3. Rappels Nous aurons besoin des r´esultats suivants :
Th´eor`eme 3.1. — Soit T un sous-groupe de type fini du groupe mul- tiplicatif de C. Soit s 1. Alors il existe seulement un nombre fini de pointsx= (x0,· · ·, xs)∈Ps(C) tels que les trois propri´et´es a), b) c) soient v´erifi´ees :
a) Pour touti,0is, on axi ∈T ; b) On ax0+· · ·+xs= 0 ;
c) Pour toute partieE de{0,· · ·, s} non vide et non ´egale `a{0,· · ·, s},
on a
i∈E
xi= 0.
D´emonstration. — Voir [4], [15].
Nous aurons besoin aussi de ce qui suit :
D´efinition 3.2. — Soit I un ensemble d’indices, non vide et fini, de cardinal s+ 1, et u(n) = (ui(n), i ∈ I) une suite d’´el´ements de Ps(C) et ui(n) non nul pour tout i et tout n∈N. Soit J une partie non vide de I.
On dit que la partieJ est irr´eductible pour l’entiern, si les deux propri´et´es suivantes sont v´erifi´ees :
a) On a
i∈J
ui(n) = 0 ;
b) Pour toute partieAdeJ non vide et diff´erente deJ, on a
i∈A
ui(n)= 0.
Lemme 3.3. — Soit K un sous-corps de C, de type fini surQ, etG un sous-groupe du groupe multiplicatif deK, que nous supposons de type fini.
Soit G ={z ∈ K ;∃n ∈N∗, zn ∈ G}. Alors G est un sous-groupe de type fini du groupe multiplicatif de K.
D´emonstration. — Voir [5].
Lemme 3.4. — SoitIun ensemble d’indices, non vide et fini, de cardinal s+ 1, et u(n) = (ui(n), i∈I) une suite d’´el´ements de Ps(C)v´erifiant que ui(n) non nul pour touti et toutn∈N, et que
ui(n) = 0 pour toutn.
Soit F une partie infinie de N. Alors il existe une partition I1,· · ·, It
de I, et une partie infinie E de F, tels que pour tout n ∈ E, et tout j, 1j t,Ij soit irr´eductible pourn.
D´emonstration. — Voir [1], lemme 1, page 63.
Les deux lemmes qui suivent sont tr`es proches de parties de la preuve du th´eor`eme 4 de [1], page 64 et 65 ; nous redonnons les preuves pour ˆetre complet.
Lemme 3.5. — Soit K un sous-corps deC, de type fini surQ. Soit I= {(k, j)}une partie non vide de cardinals+1deN2, etu(q) = (uk,j(q),(k, j)∈ I)une suite d’´el´ements dePs(K)v´erifiant queuk,j(q)est non nul pour tout (k, j)∈I et toutq∈N. Soit Gun sous-groupe de type fini du groupe mul- tiplicatif de K, G le sous-groupe de type fini du groupe multiplicatif de K donn´e par le lemme 3.3, on suppose que uk,j(q) appartient `a G pour tout k, j, q. Soit λ un entier non nul n’appartenant pas `a G, et q → mq une application injective de N dansN. On suppose que, pour tout entierq ∈N
on a
(k,j)∈I
λjmquk,j(q) = 0.
Soit F une partie infinie de N. Alors il existe un ensemble infini E inclus dans F, et une partition Ih de l’ensemble d’indice I tels que, pour toutq∈E, et pour touthon a
((k,j)∈Ihuk,j(q) = 0. Par suite, pour toute famille finieyj d’´el´ements de K, on a
(k,j)∈I
yjuk,j(q) = 0.
D´emonstration. — On applique le lemme 3.4 pour trouver une par- tie infinie E de F, et une partition de l’ensemble d’indices ayant les pro- pri´et´es indiqu´ees dans ce lemme 3.4. Pour q ∈ E, on peut appliquer le th´eor`eme 3.1 `a chaque somme
(k,j)∈Ih
λjmquk,j(q) et au sous-groupe T en- gendr´e par G et λ, qui est de type fini. Ceci implique que les ´el´ements
(λjmquk,j(q)), pour (k, j) dansIh et q∈E, ne prennent qu’un nombre fini de valeurs dans l’espace projectif. Soient (j, k) et (j, k) deux ´el´ements de Ih, on peut alors trouver un ´el´ement fix´e w ∈ K∗ tel que, pour une in- finit´e d’indices q, on aitλjmquk,j(q) = wλjmquk,j(q). Si on prend deux valeurs distinctesq1 et q2 de q, et si on fait le quotient, cela implique que λ(j−j)(mq1−mq2) ∈ G. Comme q → mq est injective, si j = j on obtient que λ∈ G, ce qui est contraire aux hypoth` eses faites. Donc l’indice j est fixe pour chaque ´el´ement de la partition. On obtient donc apr`es division par λjmq que
(k,j)∈Ih
uk,j(q) = 0. On multiplie paryj, et on resomme le tout, ce qui donne que
(k,j)∈I
yjuk,j(q) = 0 pour toutq∈E.
Lemme 3.6. — SoitK un sous-corps commutatif deC, de type fini sur Q. SoitT un sous-groupe de type fini du groupe multiplicatif deK,d, t des entiers non nuls, et pour1kt, des suitesbn,k telles quebn,k ∈Td pour toutn∈N. Soient d’autre part Pk(x)des polynˆomes `a coefficients dansK.
On suppose que, pour tout n, on a t k=1
Pk(n)bn,k= 0
Alors, pour touty ∈K, et pour toutm fix´e, il existe une suite strictement croissante d’entiers αq, telle que, si Jq ={αq,· · ·, αq+m}, pour tout n∈ J =∪q0Jq, on a
t k=1
Pk(y)bn,k = 0
D´emonstration. — On peut tout d’abord ´ecrire bn,k = d l=1
gn,k,l avec gn,k,l∈T.
Soitc ∈ {0, ..., m}. On posePk(c+x) =
j
mk,j(c)xj, o`u lesmk,j(c) d´ependent de c mais varient dans un ensemble fini. SoitH le sous-groupe engendr´e par T et tous les mk,j(c) qui sont non nuls, et soit λ un entier naturel n’appartenant pas `a H.
Nous consid´erons maintenant l’ensemble F0 d’entiers suivant : F0 = {c+λh, c= 0,· · ·, m, h∈N}. Nous voulons d´emontrer que pour touty∈K
et pour toutn∈F0 assez grand, on a : t k=1
Pk(y)bn,k = 0
Pour cela, nous raisonnons par l’absurde, en supposant qu’il existey0∈K, et une partie infinieF deF0o`u la somme consid´er´ee n’est pas nulle, et nous voulons trouver une contradiction.
PuisqueFest infini, on peut supposer, quitte `a se restreindre `a une partie infinie de F, que la valeur cintervenant dans la d´efinition des ´el´ements de F est fix´ee. Pourn=c+λq ∈F, la relation devient
k,j
mk,j(c)λqjbn,k = 0 Commemk,jλqjbn,k=
mk,jλqjgn,k,l, on est en pr´esence d’une somme de termes de la formeλjquk,j,l(q) (noter quend´epend deq). Si l’on n’est pas dans le cas trivial o`u tous lesgn,k,l sont nuls sauf pour un nombre fini de q, on peut supposer en rempla¸cant ´eventuellementF par une de ses parties infinies, que uk,j,l(q) appartient `a H ; on a λ ∈ H, et mq = q est bien injectif.
On peut donc appliquer le lemme 3.5 ; on choisit unx∈K, et on prend les yj ´egaux aux xj d’o`u l’existence d’une partie infinie E deF telle que, pour toutq∈E,n=c+λq, on a
k,j
mk,j(c)xjbn,k = 0
soit encore
k
Pk(c+x)bn,k= 0
Enfin, on choisitxtel quex+c=y0, ce qui donne la relation
k
Pk(y0)bn,k = 0
pour toutq∈E (avecn=c+λq). Mais ceci est absurde, puisque E⊂F, compte tenu de la d´efinition deF.
On a donc obtenu que, pour tout touty∈Ket toutn∈F0assez grand,
on a
k
Pk(y)bn,k = 0 ce qui termine la d´emonstration.
4. R´esultats techniques
Nous notons tout de suite que si l’on est en pr´esence d’une suite holonome d’´el´ements de C, il existe un sous-corps K de C, de type fini sur Q, qui va contenir toutes les valeurs de la suite, et les coefficients des polynˆomes intervenant dans la relation de r´ecurrence. Ceci est valable bien sˆur pour un nombre fini de telles suites, il existe un sous-corpsK deC, de type fi ni surQayant cette propri´et´e pour toutes les suites consid´er´ees. On peut donc appliquer les r´esultats de la section pr´ec´edente.
Lemme 4.1. — SoitT un sous-groupe de type fini du groupe multiplicatif deC,d, tdes entiers non nuls, et pour1kt, des suitesbn,k telles que bn,k ∈ Td pour tout n ∈ N. Soient d’autre part Pk(x) des polynˆomes `a coefficients dans C. On suppose que, pour tout n, on a
t k=1
Pk(n)bn,k= 0
On suppose de plus que, pour toutk, il existe deux suites holonomesun,k et vn,k telles que vn,k est non nul pourn assez grand, v´erifiantbn,k= un,k
vn,k
. Alors il existe un entierN, tel que sinN, le polynˆome
t k=1
Pk(y)bn,k
est le polynˆome nul.
D´emonstration. — Posonswn,k=un,k
h=k
vn,h. Les suiteswn,ksont des
suites holonomes comme produits de suites holonomes, et on a t k=0
Pk(n)wn,k
= 0 pour toutnpar hypoth`ese. Soity∈Cfix´e ; la suitetn = t k=0
Pk(y)wn,k est une suite holonome ´egalement. Il existe donc un entier m, d´ependant de la r´ecurrence v´erifi´ee par tn, telle que si tn est nulle pourn=M, M + 1,· · ·, M+m, alorstnest nulle pour toutnM. On applique alors le lemme 3.6 avec cette valeur dem, on a donctn= 0 pourn∈ {αq,· · ·, αq+m}; si l’on choisitqassez grand, on obtient par ce qui pr´ec`ede quetn est nulle.
Soit maintenantEl’ensemble des indicesntel que le polynˆomeTn(y) = t
k=1
Pk(y)bn,kn’est pas le polynˆome nul, etFl’ensemble des z´eros dansCdes
polynˆomesTn,n∈E. AlorsF est au plus d´enombrable ; prenonsy=y0∈C qui n’est pas dansF, il existe unN tel que sinN, on aTn(y0) = 0. Ceci implique par le choix dey0 que le polynˆomeTn est le polynˆome nul pour nN, ce qui termine la d´emonstration du lemme.
Soit maintenantm ∈ N, m 2, P0,· · ·, Pm des polynˆomes, et an une suite d’´el´ements deC. On d´efinit les matricesAm(n, y) = (αi,j) d’ordre 2m suivantes :
La premi`ere ligne est :
[0,· · ·,0, Pm(y),· · ·, P0(y)]
La troisi`eme ligne est obtenue en d´ecalant d’un rang et en rempla¸cantypar y+ 1 :
[0,· · ·,0, Pm(y+ 1),· · ·, P0(y+ 1),0]
On obtient ainsi en poursuivant ce proc´ed´e les lignes d’indice impair, celle de rang 2m−1 ´etant :
[Pm(y+m−1),· · ·, P0(y+m−1),0,· · ·,0]
La seconde ligne est :
[0,· · ·,0, Pm(y)an+m,· · ·, P0(y)an]
La quatri`eme ligne est obtenue en d´ecalant d’un rang et en rempla¸cant y pary+ 1, etnparn+ 1 :
[0,· · ·,0, Pm(y+ 1)an+m+1,· · ·, P0(y+ 1)an+1,0]
On obtient ainsi en poursuivant ce proc´ed´e les lignes d’indice pair, celle de rang 2m´etant :
[Pm(y+m−1)an+2m−1,· · ·, P0(y+m−1)an+m−1,0,· · ·,0]
La matriceA2(n, y) est donc :
A2(n, y) =
0 P2(y) P1(y) P0(y)
0 P2(y)an+2 P1(y)an+1 P0(y)an
P2(y+ 1) P1(y+ 1) P0(y+ 1) 0 P2(y+ 1)an+3 P1(y+ 1)an+2 P0(y+ 1)an+1 0
Nous noterons aussiBm(n, y) le d´eterminant de la matriceAm(n, y). On a alors le r´esultat suivant :
Lemme 4.2. — Soient an etvn deux suites d’´el´ements de C, et Pk des polynˆomes `a coefficients dans C,k= 0,· · ·, m, avec Pmet P0 non nuls.
a) On suppose que vn est non nul pour tout n assez grand, et que les deux suites vn etanvn v´erifient la r´ecurrence suivante :
Pm(n)wn+m+· · ·+Pk(n)wn+k+· · ·+P0(n)wn= 0 Alors on aBm(n, n) = 0pour toutn assez grand.
b) Si de plus il existe un entierdnon nul, et un sous-groupe de type fini G du groupe multiplicatif deC tel que an ∈Gd pour tout n, alors il existe un entierN tel que sinN, le polynˆomeBm(n, y)est nul.
D´emonstration. — a) Par hypoth`ese on a :
Pm(n)vn+m+· · ·+Pk(n)vn+k+· · ·+P0(n)vn= 0 et
Pm(n)vn+man+m+· · ·+Pk(n)vn+kan+k+· · ·+P0(n)vnan = 0 C’est un syst`eme de deux ´equations lin´eaires homog`enes en lesm+ 1 incon- nues (vn, vn+1, ..., vn+m).
Dans chacune de ces ´equations, on change nenn+ 1. On obtient deux nouvelles ´equations :
Pm(n+ 1)vn+m+1+· · ·+Pk(n+ 1)vn+k+1+· · ·+P0(n+ 1)vn+1= 0 et
Pm(n+1)vn+m+1an+m+1+· · ·+Pk(n+1)vn+k+1an+k+1+· · ·+P0(n+1)vnan+1= 0 et on peut consid´erer que l’on est en pr´esence de 4 ´equations lin´eaires, en lesm+ 2 variablesvn,· · ·, vn+m+1. On voit donc que le proc´ed´e augmente le nombre d’´equations de deux, et le nombre de variables par 1.
Au bout det=m−1 op´erations de ce type, on voit que l’on obtient un syst`eme de 2m´equations en les 2minconnuesvn,· · ·, vn+2m−1.
Il est facile de voir que la matrice du syst`eme est la matriceAm(n, n).
On a vn = 0 ; par suite ce syst`eme homog`ene admet une solution non triviale, et donc le d´eterminant de la matriceAm(n, n) est nul, ce qui d´emontre l’assertion.
b) Le d´eterminant Bm(n, n) va s’´ecrire sous la forme
Qh(n)bn,h, avec les Qh polynˆomes en les polynˆomes Pj(y+l), et les bn,h somme de monˆomes en les an+k. Par suite, on voit que les hypoth`eses du lemme 4.1 sont v´erifi´ees. Il en r´esulte que
Qh(y)bn,h est le polynˆome nul, ce qui d´emontre l’assertion.
Lemme 4.3. — Soit m 2 un entier, vn et an deux suites d’´el´ements deC. On suppose quevn est non nulle pour tout nassez grand, et que les deux suites vn etun =anvn v´erifient la r´ecurrence
Pm(n)wn+m+· · ·+Pk(n)wn+k+· · ·+P0(n)wn= 0 o`u l’on suppose que les polynˆomesPk sont tous non nuls.
SoitN un entier tel que pour toutn N, on ait Pk(n)= 0 pour tout k. SoitM un entier, avecM N, tel que les nombresaM+j,j= 0,· · ·, m soient tous ´egaux, sauf peut-ˆetre pour l’un d’entre eux. Alors la suitean est constante `a partir deM.
D´emonstration. — On montre d’abord que les aM+j sont ´egaux pour 0 j m. En effet, si on a aM+j = c pour tout j ∈ {0,· · ·, m} sauf peut-ˆetre pourj =k, on ´ecrit les relations de r´ecurrence pour la suite vn et la suite anvn en faisant n = M, on multiplie la premi`ere par c, et on soustrait `a la seconde ; il vient alors Pk(M)vM+k(c−aM+k) = 0, ce qui avec les hypoth`eses faites montre queaM+k=c.
On peut ensuite appliquer le r´esultat obtenu pour n = M + 1, on a que les valeurs aM+1,· · ·, aM+1+m−1 sont toutes ´egales `a aM, donc par le raisonnement pr´ec´edent on a aussi que aM+m+1 est ´egale `a aM, et une r´ecurrence imm´ediate termine la d´emonstration.
Remarque 4.4. — Le r´esultat ne s’´etend pas au cas o`u l’un des polynˆomes Pk, 1km−1, est nul.
En effet, la suite r´ecurrente lin´eaire v´erifiant la r´ecurrence 3wn+3 − 7wn+2+ 4wn = 0 (Le polynˆome P1 est donc nul) et les valeurs initiales w0= 0,w1= 40, w2= 0 ( il s’agit de la suitewn= 32−5.2n−27(−1)n2n
3n), v´erifie aussiw3 = 0, de sorte qu’il y a dans le quadruplet{w0, w1, w2, w3} trois valeurs ´egales, mais la suite n’est pas constante `a partir d’un certain rang.
Nous aurons besoin aussi du lemme qui suit, qui est particulier au cas d’ordre 3 :
Lemme 4.5. — SoitA un sous-anneau de type fini deC. Soient Pk(y), k= 0,1,2,3quatre polynˆomes non nuls `a coefficients dansC. On consid`ere la relation de r´ecurrence (R) suivante :
P3(y+k)wk+3+P2(y+k)wk+2+P1(y+k)wk+1+P0(y+k)wk = 0 Soient un(y),vn(y) deux suites d’´el´ements deC(y)v´erifiant la relation de r´ecurrence (R). On suppose qu’il existe une infinit´e de valeurs de n telles que vn(y) est non nul. Soit enfin an une suite d’´el´ements de A telles que l’on ait pour tout n un(y) = anvn(y). On suppose de plus que, pour tout L ∈ C, l’ensemble des n tels que an = L est fini. Alors an est une suite r´ecurrente lin´eaire.
D´emonstration. — Les quatre suites un(y + 1), un+1(y), vn(y + 1), vn+1(y) v´erifient la mˆeme r´ecurrence, qui est :
P3(y+n+1)wn+3+P2(y+n+1)wn+2+P1(y+n+1)wn+1+P0(y+n+1)wn= 0 Elles sont donc li´ees sur C(y). Soient h0, h1, h2, h3 des ´el´ements non tous nuls deC(y) (que l’on peut supposer ˆetre des polynˆomes) tels que
h0(y)un+1(y) +h1(y)un(y+ 1) +h2(y)vn+1(y) +h3(y)vn(y+ 1) = 0 pour toutnassez grand.
On a donc :
(h0(y)an+1+h2(y))vn+1(y) + (h3(y) +h1(y)an)vn(y+ 1) = 0 On montre d’abord queh0(y)an+1+h2(y) eth3(y) +h1(y)an sont non nuls
`
a partir d’un certain rang.
On regarde le premier terme h0(y)an+1+h2(y). Si h0 est non nul, ce polynˆome ne peut ˆetre nul que sih2est de mˆeme degr´e queh0, et sian+1est l’oppos´e du quotient des coefficients des termes de plus haut degr´e dansh0
et h2. Par l’hypoth`ese faite suran, ceci n’est pas vrai `a partir d’un certain rang.
Si maintenant h0 est nul, il faut montrer que h2 ne peut ˆetre nul. Si c’´etait le cas, on aurait la relation (h3(y) +h1(y)an)vn(y+ 1) = 0. Comme l’un des polynˆomesh1ouh3est non nul (puisque l’un deshk est non nul), un raisonnement analogue `a celui fait plus haut montre queh3(y) +h1(y)an est non nul `a partir d’un certain rang, doncvn(y+ 1) est nul `a partir de ce rang, ce qui est contraire `a l’hypoth`ese faite.
On montre de mˆeme queh3(y)+h1(y)anest non nul `a partir d’un certain rang.
On a donc queh0(y)an+1+h2(y) et queh3(y) +h1(y)an sont non nuls
`
a partir d’un certain rang.(Remarquer que cela donne aussi, puisqu’il existe une infinit´e d’entiersntels quevn(y) n’est pas nul, quevn(y) est non nul `a partir d’un certain rang).
Pour une fraction rationnelle non nulle F = A/B o`u A et B sont des polynˆomes, nous appelons degr´e de F la diff´erence entre les degr´es de A et B.
Montrons maintenant que le degr´e de h0(y)an+1 +h2(y) et celui de h3(y) +h1(y)an sont constants `a partir d’un certain rang.
Pour le premier termeh0(y)an+1+h2(y), c’est clair sih0 est nul, on a vu queh2 ne pouvait ˆetre nul. Supposons maintenant queh0 est non nul, alors le degr´e deh0(y)an+1+h2(y) est diff´erent du maximum des degr´es des deux polynˆomesh0eth2que s’ils ont mˆeme degr´e, et sian+1est l’oppos´e du quotient des coefficients des termes de plus haut degr´e de ces polynˆomes.
Comme an ne prend une valeur fix´ee qu’un nombre fini de fois, ceci est impossible pournassez grand. Ceci vaut aussi pourh3(y) +h1(y)an
Pournassez grand, le degr´e devn+1(y) est donc ´egal au degr´e devn(y) plus une constante δ ∈Z, et le degr´e de vn(y) est de la forme δn+τ. La fraction rationnelley−δn−τvn(y), admet donc une limite siy→ ∞, que l’on notebn, et qui est non nulle.
Soit dk le degr´e de Pk, et d le maximum de dk +δk+τ pour k ∈ {0,1,2,3}. On peut ´ecrire pour k ∈ {0,1,2,3} que Pk(y+n)vn+k(y) = yδn+τ+dk+δk(y−dkPk(y+n))(y−δ(n+k)−τvn+k(y)), de sorte qu’en multipliant pary−d−δn la relation de r´ecurrence v´erifi´ee parvn(y), on a
3 k=0
ydk+δk+τ−d(y−dkPk(y+n))(y−δ(n+k)−τvn+k(y)) = 0.
Le terme (y−dkPk(y+n) admet une limite non nulle ind´ependante de n (c’est le coefficient du terme de plus haut degr´e dePk) siy→ ∞, et comme dk+δk+τ−d 0 pour tout k, le terme ydk+δk+τ−d admet une limite qui est soit nulle, soit ´egale `a 1 si d = dk +δk+τ, ce qui se produit au moins une fois. Donc ydk+δk+τ−d(y−dkPk(y+n)) admet une limite Lk
ind´ependante denpourk∈ {0,1,2,3}, et l’un desLk est non nul. D’autre part y−δ(n+k)−τvn+k(y) converge versbn+k non nul.
Il vient donc que
3 k=0
Lkbn+k= 0
et de mˆeme en utilisantun(y) : 3 k=0
Lkan+kbn+k= 0
Les deux suites bm et ambm sont donc r´ecurrentes lin´eaires, on a bm = 0 pour tout m, leur quotient est am ∈A, donc par le th´eor`eme du quotient de Hadamard,amest une suite r´ecurrente lin´eaire.
5. Preuve du th´eor`eme 1.3 5.1. Mise en place
On a vu que le d´eterminantB3(n, y) ´etait nul (voir le lemme 4.2).
On pose :
R1= (an+5−an+2)(an+4−an+1)(an+3−an).
R2= (an+5−an+2)(an+4−an+3)(an+1−an) R3= (an+5−an+3)(an+4−an+1)(an+2−an) R4= (an+5−an+3)(an+4−an+2)(an+1−an) R5= (an+5−an+4)(an+3−an)(an+2−an+1) R6= (an+5−an+4)(an+3−an+1)(an+2−an) R7= (an+5−an+4)(an+3−an+2)(an+1−an) On remarque aussi que si l’on pose
J(y) = P2(y)P0(y+ 1)
P1(y)P1(y+ 1) et K(y) = P3(y)P0(y+ 1)P0(y+ 2) P1(y)P1(y+ 1)P1(y+ 2) et siwnest une solution de la r´ecurrence de d´epart, la suitetn=wn
n−1
k=N
P1(k) P0(k) v´erifie la r´ecurrence :
K(n)tn+3+J(n)tn+2+tn+1+tn = 0
Il est clair qu’en faisant ce proc´ed´e `a la fois surun et vn, ce qui ne change pas leur quotient, on peut simplement consid´erer les r´ecurrences de cette forme, ce que nous allons faire `a partir de ce qui suit.
On obtient en calculant le d´eterminantB3(n, y), la relation :
R1K(y)K(y+1)−R2(J(y+1)−1)K(y+1)−R3J(y)K(y+1)−R5J(y+2)(K(y)
−J(y)J(y+ 1)) +R7(K(y+ 1) +J(y)J(y+ 1)J(y+ 2)−J(y+ 1)J(y+ 2)) = 0 Le fait que le d´eterminantB3(n, y) est nul veut dire que les colonnes de ce d´eterminantB3(n, y) sont li´ees (noter que le corps de base n’est plusC, maisC(y) dans ce qui suit).
On fixem, et on se donne une combinaison lin´eaire non triviale entre les colonnes du d´eterminant, avec des coefficientsck,m(y), 0k 5 qui sont donc des ´el´ements deC(y), non tous nuls. On peut clairement supposer que ce sont des polynˆomes premiers entre eux. Le coefficientc5,m est affect´e `a la premi`ere colonne, etc.
On obtient deux s´eries d’´egalit´es.
La premi`ere concerne les lignes 1,3,5, o`u ne figurent pas les am. On trouve :
K(y)c3,m(y) +J(y)c2,m(y) +c1,m(y) +c0,m(y) = 0 K(y+ 1)c4,m(y) +J(y+ 1)c3,m(y) +c2,m(y) +c1,m(y) = 0 K(y+ 2)c5,m(y) +J(y+ 2)c4,m(y) +c3,m(y) +c2,m(y) = 0 SoitF la relation de r´ecurrence
K(y+k)wk+3+J(y+k)wk+2+wk+1+wk = 0
Soit vk,m(y) la suite holonome d’´el´ements de C(y) v´erifiant F telle que vk,m(y) = ck,m(y) pour k = 0,1,2. Le fait que K(X) est non nul, et les relations pr´ec´edentes montrent que vk,m(y) =ck,m(y) pour 0k5.
On regarde maintenant les autres lignes :
K(y)c3,m(y)am+3+J(y)c2,m(y)am+2+c1,m(y)am+1+c0,m(y)am= 0 K(y+1)am+4c4,m(y)+J(y+1)am+3c3,m(y)+am+2c2,m(y)+am+1c1,m(y) = 0 K(y+2)am+5c5,m(y)+J(y+2)am+4c4,m(y)+am+3c3,m(y)+am+2c2,m(y) = 0 On fait de mˆeme, en introduisant la suite holonomeuk,m(y) v´erifiantF avec uk,m(y) = am+kck,m(y) pour 0 k 2, et les relations pr´ec´edentes montrent queuk,m(y) =am+kck,m(y) pour 0k5.
On a donc obtenu queuk,m(y) =am+kvk,m(y) pour 0k5.
On reprend maintenant la matriceA3(m, y) et on y supprime les lignes 1,2, et la colonne 6.
On trouve la matriceMm(y) suivante :
0 K(y+ 1) J(y+ 1) 1 1
0 am+4K(y+ 1) am+3J(y+ 1) am+2 am+1
K(y+ 2) J(y+ 2) 1 1 0
am+5K(y+ 2) am+4J(y+ 2) am+3 am+2 0
qui a donc 4 lignes et 5 colonnes. Le 5 -uplet
[v5,m(y), v4,m(y), v3,m(y), v2,m(y), v1,m(y)]
est solution du syst`eme associ´e `a la matriceMm(y).
On regarde maintenantA3(m+ 1, y+ 1), et cette fois-ci on y supprime la ligne 5 et la ligne 6, et la premi`ere colonne.
On v´erifie que l’on retrouve la matriceMm(y). Le 5-uplet
[v4,m+1(y+ 1), v3,m+1(y+ 1), v2,m+1(y+ 1), v1,m+1(y+ 1), v0,m+1(y+ 1)]
est solution du syst`eme associ´e. On a donc deux solutions du syst`eme associ´e
`
a la matrice Mm(y), et on peut remarquer que les deux solutions sont non triviales.
5.2. Le rang de la matrice Mm(y)
Le rang de la matrice Mm(y) est au moins deux, car le d´eterminant form´e avec les lignes 1,3 et les colonnes 1,2 est non nul.
Si le rang est ´egal `a 2 pour un entier m fix´e, on voit en utilisant les d´eterminants d’ordre 3 form´es avec les lignes 1,2,3, et les colonnes 1,2, k aveck= 3,4,5, qui sont donc nuls, que l’on aam+1=am+2=am+3=am+4
(on a suppos´e que les polynˆomes Pk ´etaient non nuls). On sait qu’alors la suitean est constante `a partir dem+ 1.
Il nous reste donc deux cas :
A) Il existe un entierN tel que si mN, le rang deMm(y) est 4 ; B) Il existe une infinit´e d’entiersmtels que le rang deMm(y) est 3.
5.3. Le cas de rang4
On suppose donc dans cette partie que le rang de Mm(y) est 4 `a par- tir d’un certain rang. Dans ce cas, les deux 5-uplets solution trouv´es sont proportionnels. Il existe doncθm(y) non nul dansC(y) tel quevk+1,m(y) = θm(y)vk,m+1(y+ 1) pourk= 0,· · ·,4.
La suitek→vk,m+1(y+ 1) v´erifie la r´ecurrenceGsuivante : K(y+ 1 +k)wk+3+J(y+ 1 +k)wk+2+wk+1+wk = 0
et il en est de mˆeme de la suitek→vk+1,m(y). Par suite c’est le cas aussi de la suiteτk=vk+1,m(y)−θm(y)vk,m+1(y+1), qui est nulle pourk= 0,· · ·,4.
Donc elle est nulle pour toutken utilisant la relation de r´ecurrenceG.
On a aussi queηk=uk+1,m(y)−θm(y)uk,m+1(y+ 1) est nulle pour tout kpar le mˆeme argument.
En particulier, on a u6,m(y) = θm(y)u5,m+1(y+ 1) et v6,m(y) =θm(y) v5,m+1(y+ 1). Mais u5,m+1(y+ 1) = am+6v5,m+1(y+ 1), donc u6,m(y) = am+6v6,m(y).
On a doncuk,m(y) =am+kvk,m(y) pour 0k6. Supposons montr´e que pour tout m, on a uk,m(y) = am+kvk,m(y) pour 0 k 5 +q ; on vient de le faire pour q = 1. On a uk+1,m(y) = θm(y)uk,m+1(y + 1) et vk+1,m(y) =θm(y)vk,m+1(y+ 1) pour tout k. Comme uk,m+1(y+ 1) = ak+m+1vk,m+1(y+1) pour 0k5+q, on auk+1,m(y) =ak+1+mvk+1,m(y) pour 0kq+ 5, et doncuk,m(y) =ak+mvk,m(y) pour 0k5 +q+ 1.
On a donc finalement queuk,m(y) =am+kvk,m(y) pour toutk0.
On note aussi que l’on ne peut avoirvk,m(y) nul `a partir d’un certain rang ; en effet, ceci impliquerait par la relation de r´ecurrence que vk,m(y) soit nul pour toutk, ce qui n’est pas vrai.
On fixe maintenant m, on pose u∗n(y) =un,m(y), vn∗(y) = vk,m(y), et a∗n =an+m. L’hypoth`ese faite sur an assure que a∗n appartient `a un sous- anneauAdeC, de type fini surZ, et les autres hypoth`eses du lemme 4.5 sont v´erifi´ees, par suitea∗nest une suite r´ecurrente lin´eaire, et doncan´egalement.
5.4. On suppose que le rang de Mn(y) est 3 pour une infinit´e d’entiers
Dans ce cas, on r´ecup`ere pour un tel entier donn´e n et fix´e tel que la matrice soit de rang 3, que tous les d´eterminants extraits d’ordre 4 sont
nuls. On note tout de suite que l’on peut sans probl`emes remplacer y+ 1 pary dans la matriceMn(y). Notons Ck,k= 1,2,3,4,5 les colonnes de ce d´eterminant. Nous allons utiliser l’annulation de trois de ces d´eterminants extraits :
L’annulation du d´eterminant construit en ´eliminant la colonneC3donne apr`es simplification :
Relation L1 :
(am+4−am+1)(am+5−am+2)K(y)−(am+2−am+1)(am+5−am+4)J(y+1) = 0 L’annulation du d´eterminant construit en ´eliminant la colonne C2 donne apr`es simplification :
Relation L2 :
(am+3−am+1)(am+5−am+2)J(y)−(am+2−am+1)(am+5−am+3) = 0 Enfin, l’annulation du d´eterminant construit en ´eliminant la colonne C4 donne apr`es simplification :
Relation L3 :
(am+4−am+1)(am+5−am+3)K(y)
−(am+3−am+1)(am+5−am+4)J(y)J(y+ 1) = 0 Nous aurons besoin du lemme suivant, qui n’utilise que le fait que le d´etermi- nant B3(n, y) est nul pour toutnassez grand :
Lemme 5.1. — On se place sous les hypoth`eses du th´eor`eme 1.3, de sorte que le d´eterminant B3(n, y)est nul pournassez grand. Alors :
a) Si on a J(y) = 1, et s’il existe une infinit´e d’entiers m tels que am+1=am+4=am+5, alors an est r´ecurrente lin´eaire ;
b) Si on aJ(y)J(y+ 1) =K(y), et s’il existe une infinit´e d’entiers m tels queam+1=am+2=am+5, alors an est r´ecurrente lin´eaire.
D´emonstration. —
a) On reprend la relationB3(n, y) = 0 pour tout nassez grand, disons nN, qui devient :
R1(a, n)K(y)K(y+1)+(R7(a, n)−R3(a, n))K(y+1)−R5(a, n)(K(y)−1) = 0 On peut choisir l’entiermde telle sorte que les valeurs introduites `a partir demdans ce qui suit soient toutes plus grandes queN.