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Galoxina, "jointée"

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(1)

GALOX.INA

«

J®INTÉL

»

Le 3 novembre 1916, j ' ai fait à l ' Académie des Inscriptions e t Belles-Lettres une communication qui est ainsi enregistrée dan s les Comptesrendus, p . 463-464 :

« M . Antoine Thomas résume une étude philologique, destiné e aux Mémoires de l'Académie et dans laquelle il expose l ' origine et l ' extension géographique de certains mots français, provençaux , espagnols, catalans, italiens, etc ., qui sont synonymes du françai s jointée » et désignent le contenu des deux mains jointes e n forme de coupe . Les plus anciens, ambosta (Lyonnais, Dauphiné , Savoie, Suisse romande, Piémont, Catalogne, Aragon, Asturies) e t

galo,cina (Normandie, Champagne, Franche-Comté, Belfort), s e rattachent à des types prélatins sur la famille linguistique des -quels on ne peut que faire des conjectures ; un autre, répandu sur-tout clans le Massif Central (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne, Dor-dogne, etc .) parait reposer sur un type gaufcta., dérivé du haut allemandgau.ft, qui a le même sens D .

Je ne m ' occuperai ici que de galoxina, mais je tiens à rappele r que, depuis 1916, le mystère qui enveloppait ambosta a ét é éclairci par M . le professeur Jacob Jud, de Zurich, dont je ne sau -rais trop m ' applaudir d ' avoir provoqué les recherches par ma com-munication .

Voici en quels termes j ' ai signalé cette découverte à l ' Académie , dans sa séance du 26 janvier 1917 (Comptes rendus, p . tri-25) :

« M . Thomas communique à l ' Académie, au nom de M . Jaco b Jucl, privat-docent à l ' Université de Zurich, une étymologie nou-velle du mot ambosta, qui signifie « jointée » et qui occupe actuel -lement un domaine considérable, morcelé entre le Nord de l ' Italie , la Suisse romande, le Sud-Est et le Sud-Ouest de la France, et l a plus grande partie de l 'Espagne . M . Jud le rattache à la langu e celtique, qui a possédé le substantif *bosta « creux de la main » , encore vivant dans le breton boz et dans le gaélique bas, et qui s e

BULL . DU CANGE . 1928

(2)

9 ;

ANTOINE TITONIAS .

trouve en moyen irlandais sous les formes boss et bass . Le typ e ambosta est composé avec *bosta, auquel s'ajoute le préfixeambi- , pour marquer la réunion des deux mains . M . Thomas se ralli e sans hésiter à l'opinion de M . Jud . 11 insiste sur l'intérêt de cett e étymologie, qui jette un jour nouveau sur l'extension du celtiqu e dans la péninsule ibérique à une époque très reculée et témoign e de l'extraordinaire vitalité de certains éléments linguistique s communs à la Gaule et à l'Espagne a .

h)epuis lors, M . Jud a publié, dans la Revista de /ilolog/a espa-iola t , un article intitulé, : rlcerca de a ambuesta n y a alntuerz a ou il a traité à fond cette question au point de vue roman2. Et, dè s

le 14 novembre 1919, M . J, Loth a signalé un terme irlandais , imbus, attesté au x" siècle, qui représente l'ancien celtique

ara-bosta .

Je reviens à,alo.rina, mot dont personne, à ma connaissance , n'a parlé avant moi . Il se rencontre à plusieurs reprises dans u n traité de médecine conservé par deux manuscrits du ixe siècle : Paris, Bibi . nat ., lat . 11219, fol . 104-170 ; Londres, Brit . Mus . , Arundel 1663. Voici les exemples que j'y ai relevés ; je les cit e d'après le manuscrit de Paris, le seul que j'aie vu de mes yeux, o ù le traité est intitulé : Incipit liber nzedicinalis de omni cahore ho

-minis Terattpētica 4.

XXXIII ifol . 118 d ) . Ad renes purgandum : . . . furforis galoxina .1 .

XLIII (fol . 122 b ) . Potio ad guttam, ad ficum : ebreulso 5 radice

mun-datagalo.rinas .m .

LXXXVI (fol . 142ab ) . Confectio oximellis : . . . rad[ices] de apio mi -nute capulatasgalon na . . . 6 .

1. T. ''II (1920), p . 339-350 . L'auteur croit que le français boisseau remonte a u celtique `bosta, opinion qui me parait peu vraisemblable .

2. Analyse dans les Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, p . 437 ; text e de la lecture dans Revue celtique, t . XXXVII, p . 311-314 .

3. Une copie du ms . Arundel 166 se trouve dans les papiers du D' Darember g conservés ù la Bibi . de l'Académie de médecine de Paris sous le n° 440 (voi r A . Boinet, Calai. des mss . de la Bibi . de l'Académie de médecine, Paris, 1908, p . 60a Le D' Daremberg a mentionné ce recueil, sous le titre de Liber

therapeu-licus, dans son Hist . des sciences médicales (Paris, 1870), t.I, p . 247, n . 1 (relativ e au mot cariola, .

4. Forme altérée de Therapeutica .

5. Ce nom de plante, glosa par hederæ dans une note interlinéaire ajoutée a u xvr (devis, . se trouve aussi au fol . 122° (hebreulso radicis) et au fol .122b(ebreulso

man{ipulum] t .) .

(3)

GAI.oXINA a ,mtxrr t, 31 .

95

LXXX.VII (fol . 1431 . Oximel qui facia act coleram recipit heec : aqu a sestaria .vat,, umblone t pennas galosinas .u . . .

Un autre exemple se trouve dans le Liber niedicinalis du ms . I3ibl . nat . 10251. (ix°-x° siècle), dont j'ai parlé en dernier lieu dan s le Bulletin Du Cange, III (1.926), p . 52 ; on y lit, au fol . 72" :

Chsrbrlu& silYlpltcetn ad cannes hua-tores deponendas (sic) : sat[is ] galosinas ,n .

Je puis citer encore la recette suivante, qui est transcrite dan s le ms . Bibi . nat ., lat . 11218 que L . Delisle attribue au ix° siècle , fol . 124 v° :

Pocio ad apostema : mane prima (sic) accipe lardottncias tres, rafan o radices nitidas rotellas galosinas .in,, et rnitte eas in vino calido .

Enfin, il faut reconnaître le mène mot, sous une forme con -tractée, dans tuie formule analogue du rns . Bibi, stat .,lat . 11219 ,

déjà cité, où on lit, au fol . 222° : Polio contra apostomarn 3 :

ratant) radices gallonias

Pour déterminer le setts précis do galoxina, etc ., il. faut fair e appel it un texte anglo-normand do la fin du xrli" siòelo, lo traité.

de Gauthier de I3iblesworth pour apprendre Io français, dont o u possède au moins quatorze manuseri.tO . On lit dans l'éditio n qu'en a donnée Th, Wright (A volumeo f rolxalaulrtrr,'es, Liverpool , 1857), p . 14.7 (d'après lo ans . Arundel dtt 13t'itisli Museum) :

Deus raeyns ensemble, vodes ou pleins , Sonna apeles les galeyns .

L'éditeur a ajouté eu note cotte intéressante vtu'iaute, cutprunté c au ms . Sloane 51 3

Amedious les rnayns, voiles ou ployns,

En Frauns apellom [lire : apelle omj les ployas .

(aussi du ix° siècle), où on lit, au fol . 123" : a rad, de apis minutate caculata (sic )

l;alosina s .

1 . l'orme non relevée da nom du houblon ; of. l'art . ttueit.o do Du Cange , 2, Je ne connais pas cc mut, quo le scribe coupe en doux(clisi biir~ne) .

3 . Le nt final est representci par une barre au-dessus do l'a ,

(4)

96

ANTOINE T1IOMA5 .

La forme romanisée du type latin galoxina a dû être an-ciennement *galueisne, et se simplifier, par la suite, en *galuisn e

ou*galeisne, d'où plus récemment, *galuine, *baleine . Les manus-crits de Gautier de Biblesworth traduisent en anglais par thepsene , thespone ou par goupynes, ce qui confirme le sens précis du mot1. B . de Roquefort a enregistré galeyne dans son Glossaire de l a langue ronzane, t . I (1808), p . 659, et l'a traduit verbeusemen t par a faisceau, brassée, poignée, gerbe, fagot » . Il ne cite qu'u n exemple, emprunté à un manuscrit dont il était possesseur et qu i est parvenu àla Bibliothèque nationale, où il porte aujour d'hui le n° 1 du fonds français (anciennement 6701) . C'est une traduction de l a Bible, faite en Angleterre au début du xiv° siècle 2 . Le mot galeyn e y est employé au fol . 57 e pour rendre le latin nzanipulunz (Deu-teron, 24, 19) : a Quando znessueris segetem in agro tuo et ohlitu s manipulant reliqueris » — « et tu ubliaunt averas deguerpiz t a galeyne a . B . de Roquefort aurait pu se contenter du mot actue l javelle pour traduire l'ancien motgaleyne, et c'estjavelle qu'a

em-ployé avec raison Lemaistre de Sacy pour traduire le latin nzanu-pulunz dans ce passage . Selon son volume, la javelle peut forme r une poignée, une jointée, voire une brassée .

Galoxi,za a survécu (en se romanisant, bien entendu), jusqu 'a u xv e siècle, dans la langue usuelle d'une région très éloignée de l a Normandie et de l'Angleterre, à savoir la partie orientale du dé-partement de la Creuse .

Dans les coutumes de Clairavaux 3 , rédigées en 1270, l'art . 6 4 est ainsi imprimé par Louis Duval 4 :

Tout horns que vend blat huez ditz luecs, fors que a l'ueps de las bes-tias de sous hontes, deu laydas, so es assaber une gualaeinhe dei quar-tal del nuench .

L'éditeur a singulièrement méconnu le sens de cette phrase : 1° en glosant gualveinhe par « droit, amende » et en ajoutant qu e galvanus, d'après Du Cange, signifie « receveur' u ; 2° en glosant

1. Ct. les articlesGowPEN et YEeSEN du New English Dictionary ; ajouter Roma

-nia, t . XXXVI, p . 447 ; t . XXXVII, p . 182 .

2. Voir S . Berger, la Bible française au moyen âge (Paris, 1884), p . 230 et suiv. et p . 324-325 .

3. Gant. de La Courtine, arr . d 'Aubusson .

4. Chartes communales . ., de la Creuse (Guéret, 1877), p . 45 .

(5)

me-GALOXINA tt dOINTiE P .

9 7 meuch par « noix a . II est certain que gualveinhe signifi e « jointée n, et que nueuch est une faute de scribe pour nzueuch , a muid a . Au lieu de gualveinhe,

il

vaut mieux imprimer : gua-lueinlze ; peut-être mémo faut-il corriger gu- en gh-, car le g pri-mitif devant a devientj dans cette région et le sonjy est souven t noté par le groupe gh t .

Parmi les nombreux actes transcrits dans le Cartulaire d'Évaux 2, il y en a cinq échelonnés de 1420 à 1428 et tous relatifs à la mêm e paroisse, où figure, plus ou moins évolué, la mesure dénommé e primitivement galoxirza .

1420, septembre 25 . — Pierre Mornat, de Floyrat 3 , paroisse d e Domeran a , . ., a cogneu et confessé a devoir . . . a . . . Frere Guilhaume Be-raud, prieur de Toul 5 . . . une quarte seigle, mesure de Jarnage°, une ge-lenne moins . . ., sur tout son heritage assis et situé and . lieu de Fleurat . . . (fol . 113 v o) .

1426, septembre 25 . — Guilhaume Raganault, de Boufl'eys 7 . . ., un g seixtier de seigle, mesure de Jarnage, quatre gellines (sic) moins . . .

(fol . 115) .

Même date . — Peyl Aupageys, de Floyrat . . ., une quarte de seigle , mesure de Jarnage, de laquelle quarte de seigle led . Peyr doit lever un e

jalenne . . . (fol . 104) .

Même date . — Jehan Beau, de La Poyadc s , et Pierre, son Emre . . ., un g sextier de seigle, mesure de Jarnage . . ., quatre jalennes moins . . .

(fol . 147) .

1428, novembre li . — Jehan de la Villese°, dernorant ìi Baull'ex . . . a

dix et infimx latinitatis un article ainsi conçu : « *GALvANUS, florsun] qui redite s exigu, Gall . Receveur . Comput . ann . 1373 . ex Tabul, S . Petri Insul . : Primo pro

capensis Galvani, cunlis dc mandats capituli pro qurtdam ieformationc faciende , occasions decimæ cujusdam . Vide supra in Gablum » . Bu réalité, Galvani est le

gé-nitif du nom de personne Galvanos, on français Gauvain .

1. Le texte publié par L . Duval est très incorrect, vu que l'original de 1270 es t perdu, et que la confirmation des coutumes primitives, qui date de 1364, ne nou s n été conservée que dans un terrier de 1485 .

2. Ch .-1 . de cant, de l'arr . d'Aubusson . — Ce cartulaire appartient aux arch . dép . de l'Allier, qui ont bien voulu en autoriser le transport aux Archives natio-nales, où j'y ai pris des extraits à la fin de 1919 .

3, Fleurat, comm . de Domérot. 4. Domérot, cant . de lamages .

5. Toula-Sainte-Croix, cant . de Boussac, arr . de Guéret. 6. lamages, ch.-1 . de cant . de l'arr . de Guéret. 7. Beaufaix, comm . de Domérot.

8. La Pouyade, comm . de Domérot .

9. La Villette, comm . de Saint-Silvain-Bas-le-Roc ou de Nouzerines, cant. d e Boussac,

(6)

98

ANTOINE THOMAS .

esté condempnés a randre et payer . . . ung sextier seigle, mesure de Jar -nage . . ., reservé queled . Jehan doit prendre de chascune quarte une ge-lengneraisonnable. . . (fol . 108 v°) .

De galoxina a été tiré, avec le suffixe -sua, destiné à mieu x mettre en relief l'idée de contenu, un nouveau substantif *galo,xinata, qui ne figure pas, sous sa forme primitive, dans les textes la -tins qui nous sont parvenus, mais qu ' il est facile de reconnaîtr e dans un soi-disant galasnzata, qui a mis en défaut la critique des historiens de la ville de Noyon . J ' ai la plus grande reconnaissanc e à mon confrère et ami Abel Lefranc de m' avoir entretenu jadis — je parle de longtemps, car c ' était à un des dimanches de Gasto n Paris — de cette question, pour la solution de laquelle je ne pu s alors que le renvoyer à l ' article GALONEE de Godefroy, si

insuffi-sant qu ' il soit, ne prévoyant pas qu ' il me serait réservé la joie d e voir de mes yeux, le 6 juin 1916, le mot galoxina clans un ma-nuscrit du lx° siècle, mais en ajoutant que, vraisemblablement , galusmata devait étre lu : galusniata, Le vraisemblable, aujour-d' hui, est certain i .

Le type 'galoxinata est abondamment représenté en ancie n français .

1 0 En Normandie . — Dans ses Études sur la condition de la

1 . Voir A . Lefranc, Hist . de la ville de Noyon et de ses institutions . . . (Paris, 1887 , 75' fasc. de la Bibliothèque de l'École des hautes études), p . 170 . L'auteur dit dan s la note 6 : « Sézille, dans ses Nouvelles Annales, à la date 1203, dit que cette me -sure est mal connue . Elle signifierait, selon lui, une bassinée par demi-muid . Toutes nos recherches sur ce point ont été vaines N . La charte de 1203, où figure

le mot, présente un si grand intérêt que le lecteur me saura gré de la lui mettr e sous les yeux telle que l'a publiée M . Lefranc (op .laud .,pièces j'astif ., n' 30, p . 208 -209) ; il va de soi que j'y fais la correction indiquée .

Lettre de Jean, châtelain de Noyon, sur la mesure du sestérage des grains .

Ego, Johannes, castellanus Noviomensis et Thorotensis, omnibus qui presen s scriptum inspexerint, notum facio quod cum, de mensura sesteragii Noviomensi s accipienda, esset contentio, tandem in inquisiLione bonorum virorum hoc positum est, ut sicut temporibus patris mei bene memorie, Johannis castellani, accipieba-tur, ita deinceps accipietur . Inquisitum est igitur quod temporibus ipsius

galus-niata de dimidio modio frumenti solebat accipi et de tremesio dupliciter

accipie-batur ; et si plus vel minus mensurari contingebat, ad rationem galusniate vel plus vel minus accipiebatur. Et quoniam iterum discordia super hoc posset exoriri, que -dam mensura enea loco galusniate assensu et voluntate mea formata est, ad qua m mensurabitur et in perpetuum tenebitur . Et ut hoc ratura permaneat, presen s scriptum meo feci sigillo roborari .

(7)

GALOXINA (( JOINTÉE » .

9 9 classe agricole . . . en Normandie au moyen cZge (Évreux, 1851) , p . 568, L . Delisle a relevé parmi les e mesures et poids divers » , une mention de « la gallesnie », qu ' il appuie de la citation sui-vante : e Debet xiiij asquet[os] cum xiiij gallesnies salis albi ; Lib . rnb . Troarni, fol . 125 r° l » . Il est évident qu ' il faut lire : gallesnies , et rapprocher cette mesure de sel de galoxina, appliqué aussi a u sel, dans le texte cité ci-dessus . Sur ce cartulaire de Troarn (ch .-1 . de cant ., arr . de Caen, Calvados), qui date du mn° siècle, voi r H . Stein, Bibliogr . des cartulaires, Paris, 1907, n° 3954) .

Dans un aveu du 21 mai 1426, relatif à SaintGermaindes -Angles (cant . nord d' Evreux, Eure), on lit : a En payant une gal-lenee de farine a deux mains » (Arch . nat ., P . 294 4 , cote 396) . Une copie de cet aveu porte galleure (ibid ., P . 308, fol . 21 v° -22 r°), forme fautive, que Godefroy (qui n ' a pas d ' art . GALLONEe ) a malencontreusement recueillie, en définissant vaguement pa r sorte de mesure » . Un autre aveu pour le même fief, du 9 oc-tobre 1453, porte correctement gallenee(ibid ., P . 294 4 , cote 415) . 2° En Picardie . — Godefroy a cité, comme exemple unique d e son article GALVINIE, et sans définition, un acte de 1215 publié pa r V . de Beauvillé (Ree . de doc . inédits concernant la Picardie , 4° partie, Paris, 1881), p . 40 . C ' est un accord entre l ' évêqu e d ' Amiens et son maréchal, Thibaud de Poulainville, conclu pa r l ' entremise de Pierre de Sarton, chanoine d 'Amiens . Voici un ex -trait plus complet que celui de Godefroy, où je corrige en u le c' du mot qui nous intéresse :

On li demanda [à P . de Sarton], quant li vesques n'estoit mie a Amiens, se mesires Tiebaus pooit manoir en le maison le vesque, o u prendre avaine à son cheval par son droit ; che ne seut il mie . Et si di t sire Pierres que des galuinies des prouvendes d'avaines, lesqueles galui-niesmesires Tiebaus demandoit, k ' il n ' en savoit nient .

Dans un accord conservé en original au Trésor des chartes , daté de juin 1266 et passé entre l ' évêque de Laon, d ' une part, e t les maire et jurés de la ville, on lit le passage suivant :

Gum discordia essetinter nos ., . super puigneiis et ,joloneiis (sic) quas

1 . Godefroy cite cet exemple dans son art. Geu.esuIE (c'est le seul) avec cette définition : s mesure pour le sel s, et en renvoyant par erreur i; Du Cange .

(8)

100 ANTOINE THOMAS .

nos diebus sabbatis (sic) Lauduni, in foro et extra, per servientem nos-trum capere volebamus de porris et caulibus et oignonnis et nucibus . . . que ad vendendum adportabantur, dictis majore et juratis dicentibu s econtra quoddictas puigneias etjoloneias (sic) non poteramus capere . . . , concordia facta est, quad nec nos de cetero capiemus . . . puigneias cli-quas necjaloneias (sic) de quibuscumque rebus { . . .

3" En Champagne . -- Carpentier a inséré à la fin de l'art . GALo de Du Cange (bien qu'il n'y ait aucun rapport) l'extrait suivant d e lettres patentes du roi Jean (décembre 1363) qui transcrivent, e n les confirmant, des lettres de l'évêque de Langres (Li août 1358) , d'après le Ree . (les Ordonnances, t . III (publié en 1734), p . 657 , art . 13, où Secousse a joint au texte un commentaire extrêmemen t confus :

Oppressoient nosdiz ventiers les marchans estrainges amenans ou vendanz sel en nostredite ville, en exigeant excessivement les debite s acoustumées pour les chevaux, chers et cherrettes, géloinie ou me -sure2 . . .

A la suite de cette citation, Carpentier a été bien inspiré d' im-primer (mais en renvoyant sans raison à son art . * JALOTUS) ce t extrait de la convention passée, le 22 mai 1461, entre le prieur et les habitants de Saint-Blin (ch .-1 . de cant .de l'arr . de Chaumont , Haute-Marne), confirmée par le roi Charles VIl au mois de sep-tembre suivant, et publiée clans le Ree . des Ordonnances, t . XV

(1811), p . 69-100 (art . 3, p . 73)3 :

A chacune beste trahant (Carp . imprime : traihant) qui sera à (aire le s dites corvées, unegeloingnye d'avoine4 .

1. Layettes du Trésor des chartes, t . IV, art . 5183, p . 178-179 . Le même texte ,

d'après une transcription conservée dans le registre ß du Trésor, uété publié pa r Carpentier dans son art . * JeeoNEI,e inséré clans le Glossnrircnt de Du Cange .

2. Un peu plus bas (comme le remarque Carpentier), p . 659, art . 11, on lit :

gd-loingnie et gélonngnie . Voir dans Godefroy, art . Gi :Loxe , la fin de citation que j e

néglige ici pour faire court, malgré son intérêt .

3. Carpentier cite (comme il va de soi) le registre JJ 198 du Trésor des chartes , source du nec . des Ord .

-t. L'éditeur, le comte de Pastoret, fait cette remarque exacte, sinon profonde : a On trouve quelquefois galoingnie, gelonngnie, geloinie : mesure de capacité pour les choses sèches s . Godefroy, art . cité, ne donne que les quatre derniers mots en renvoyant au Bec . des Ord. et au registre du Trésor .

(9)

10 1 GALOXI\A (( JOINTßß )) .

4° En GAtinais . — Carpentier a été mal inspiré en ramenan t à un nominatif masculin sing . en -us un mot qu'il a trouvé à l'ablatif pluriel dans un texte latin de 1360, copié sous le n° 522 dans le registre .13 89 du Trésor des chartes, dont il a donné l'ex -trait suivant :

Dictus Johannes ruerai deprehensus saisitus de quatuorjalognci .s, ve r

circiter, avenæl.

Ce texte est relatif (ce qu'il a omis de dire) à la petite ville d e P oiseaux(Puttlicolisin Vas/ino),ch .-1 . de cant . de l'arr . de Pithivier s (Loiret) . Il est, clair que le rédacteur a voulu latiniser en jale -gneiss le françaisjalon iee, réduction d'un plus ancien jalogniee . Le copiste a écrit jalotineus, au lieu (le jaloi;neiis, à l'ablatif plu -riel ; c'est cette leçon qu'il faut rétablir . La date complète est : annoDomini nillesimo trecentesimo se .raÿesimo, mense fèbruarii, c'est-à-dire : « février 1361 (nouv . style) u2.

5" En Flandre et clans la région wallonne . — Carpentier a bi-zarrement rattaché à l'art . GOLENA, inséré clans le Glossar•iunz d e 1)u Cange, sans bonnes raisons, par les Bénédictins, les deux ex -traits suivants, tout en reconnaissant lui-même qu'il n'y a aucu n rapport de sens, et (lue dans ces deux extraits il s'agit d'une petit e mesure, et non d'un petit lac :

Si prent on doti mui de bleit mesurer quatre golenécs, teles que l i mesureres les porca prendre (Redit . comitat . Hannon . ann . 1265 . e x Cam . Comput . lnsul .) .

Le septieme fiefvé est lung des fourriers avec ung autre, et eux deu x ensembles(sic) doivent délivrer l'avaine aux chevaux, et par ce moien su r chascune prouvende doivent avoir une èollenéc d'avaine (Recognit . Ms . 24 . feud . Gamone .) .

1. Le texte ajoute que le coupable portait cette qunntit, d'avoine insuo gramio

(faute pourgremio) .

2. Il n'y a pas lieu de faire élut du mot jaglonnée, relevé par Carpentier dan s une lettre de rémission de 1408, relative au Gùtinnis, et rattache pur lui au bas -latin jaloneia (Godefroy, qui pille (,rpcnticr, traduit ù tort para botte de foin , de paille n), car ce mot est synonyme de a jonchée d'erbe n (comme le dit le docu-ment mcme où il figure), et il dérive de ju luel a glaïeul s, comme jonchée dériv e de jonc ; voir G . Paris, ,Mélanges linguistiques, p . 340, in-8e . Je crois étre d'accor d avec le maitre en considérant jaglonnéc comme une forme dissimilée de*jagloléc , mais le rattachement de jaghecl au latin jaculune, qu'il propose, me parait impossible ; j'y vois simplement une urétnthi:se de glaiuci, c'estàdire le latin gladio -lum .

(10)

102

ANTOINE 'rnOJIAS .

Godefroy reproduit ces deux exemples (en abrégeant le second ) en tête de son art . GALONEE, où l'on trouve, en outre, un exempl e

de Valenciennes, daté de 1457 (Iceluy bled tel que à la prisee de s galenees de la huge de le halle "1 ), un exemple des poésies de Frois -sart, on a golonnees est pris au figuré (Quant Fortune ensi me de-part De ses biens a golonnees), et un exemple de 1717, tiré de s comptes de la châtellenie de Mortagne-du-Nord, cant . de Saint-Amand, arr . de Valenciennes (Un hotteau contient douze l;olle-nces) .

L ' hésitation entre gal- et gol- rappelle ce que l ' on a pu re-marquer ci-dessus dans le texte de Laon, où l ' on trouve concur-remment /al- et/ol-,et le sens convient bien à celui de *n.aloxinat a tel que je l' ai établi, malgré l ' altération de la forme 2 .

Ce serait sortir du cadre de ce Bulletin que d ' énumérer les nombreuses formes, toutes explicables par les lois phonétiques , que le type *tialoxinata a prises dans le domaine considérabl e qu'il occupe aujour d' hui . Ces formes sont répandues clans presqu e toute la Normandie (voir les dictionnaires de Decorde, Delboulle , A . et E . Duméril, Fleury, Guerlin de Guer, Joret, Maze, Moisy , Robin, etc .), dans une faible partie de la Lorraine (voir le dictionnaire de Labourasse pour Les Vouthons, Meuse, p . 333, art . .l ' nou

-GNEIL,Et celui de M . Mathis, encore inédit, que me signale Ch .

Bru-neau, pour Fraize, Vosges), clans toute la Franche-Comté (voir le s dictionnaires de Boillot, Contejean, Dartois, Roussey, Tissot) e t clans le territoire de Belfort (voir le dictionnaire de Vautheri n pour Châtenois), sans parler du domaine wallon, dont il a ét é question ci-dessus .

Mais ce que le lecteur voudrait sans cloute connaître, c'est l ' ori-gine du mot galoxina . Je dois avouer que toutes mes recherche s à ce sujet, poursuivies depuis près de trente ans, ont échoué . A

1. Cf . l'art . GoLtEE L d'Hécart, Die"t . rouchi-transcris, 3' M . (Valenciennes, 1834) .

2. Cf. d'ailleurs Grandgagnage, Diet . étym . de la langue wallonne, art . GORLI E (I, 238), où on lit comme définition : s ce que les deux mains jointes contiennen t de grain s, et GOLENPIE (II, 599) . Mon collègue M . J . Haust nie signale guindyc e t

gorleye, qui se font aujourd'hui concurrence dans la Hesbaye . Le g explosif initial

est surprenant, dans la Hesbaye comme à Namur, car on attendrait un dj ; s'agit-il d'un emprunt au wallon occidental, ou d'une variante du type étymologique? E n tout cas, en patois paumais (près de Virion, dans le Luxembourg), on a régulière-ment djinoliye (métathèse de *djiloniye) : s jointée, grosse poignée, petite brassée a

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GALOXINA tt JOINTIìE » .

103 priori, le mot semble contenir comme premier élément le préfix e germanique ga- (allemand actuel ge-), apparenté étymologique-ment au latin cam ; mais le radical lac- demeure inexpliqué, ca r on ne peut pas mettre en cause l ' allemand loch u trou, ouverture » , qui ne rendrait pas raison du x de galoxina . D ' autre part, consi-dérer l ' initiale gal- de notre mot comme un radical, et l ' apparen-ter aux mots énumérés dans les articles GALO de Du Cange e t

GALLÈTA de Meyer-Liibke, ne me parait qu 'un piètre expédient'] .

Antoine TrIORIAS .

17 octobre 1925 ,

1 . Mon confrère Antoine Meillet m'écrivait, à la date du S juin 1916 : a Je ne vois rien en germanique qui puisse expliquer galoxina. Je ne suis pas très germa-niste ; mais j'ai peine à croire que ce mot soit germanique » . — Vers la même date , mon confrère J . Loth attirait mon attention sur l'irlandais moderne glas ou glees , qui a le sens de a poignée », et qui comporte un diminutif glaicin, a petite poignée , petit faisceau » . Il ajoutait : « L'irlandais glas remonte sûrement à *glakso, pour un indo-européen *glapso . Il est très possible qu'il ait existé un vieux celtique insu-laire *glaksinù, qui. est bien près de votre galoxina . Je crois que *glap-, à cóté de

Références