ANALYSES ET CONIPTES- RENDU S
FélixGAFFIOT . Dictionnaire illustré latin-français . Paris, Hachette , 1934, xviii-1702 pages . Prix : 75 fr .
Il y a longtemps qu'on éprouvait le besoin d'avoir un dictionnair e latinfrançais sûr et largement informé, comme l'est, en Allemagne, ce -lui de George . La nécessité en était d'autant plus urgente que les récent s progrès des études sur le vocabulaire et la publication — jusqu'à la lettr e G — du Thesaurus linguae latinae des Cinq académies allemandes fai-saient sentir davantage les lacunes et les imperfections des dictionnaire s plus anciens, dont les premières éditions remontent toutes à une époqu e antérieure à la publication du premier fascicule du Thesaurus .
M. F . Gaffiot a utilisé pour la rédaction de son dictionnaire tout c e qui a paru jusqu ' à présent du Thesaurus . C' est dire que son ouvrage est , à l'heure actuelle, le seul au courant des dernières acquisitions de l a lexicographie latine . Mais ce n ' est là que son moindre mérite : il marqu e lui-même un très notable progrès dans ce genre de travaux .
Le nouveau dictionnaire donne un inventaire exact du latin classique . Par là il rendra de très réels services aux médiévistes, d'autant plus qu e l'auteur a apporté un soin tout particulier à l'étude du vocabulaire d u bas-latin . Les textes cités à titre d'exemple sont beaucoup mieux choisi s que dans les ouvrages similaires . Pourfabulo (-onis), Quicherat ne citai t que les Glossaires et Isidore ; M . Gaffiot cite saint Augustin, et la traduc-tion qu 'il en donne (« fabricant de mensonges ))) est beaucoup meil-leure que celle qu'on en proposait d'habitude : fabuliste . La forme
par-vissimusne se trouve pas dans Quicherat : on eût pu croire qu'elle a ét é forgée au moyen âge ; il n'en est rien, et M . Gaffiot en donne d'excellent s exemples puisés dans les textes classiques . Finaliter signifie r finale ment » (Gaffiot) et non « jusqu ' au bout » (autres dictionnaires) . La plu -part des dictionnaires ne contiennent pas le mot mansorius . M . Gaffiot en donne un exemple tiré de saint Augustin . Il donne une traductio n exacte de mansionarius, mal traduit en général . Il n ' omet pas le mot
factrix, qu'oublient la plupart des lexicographes, et il montre très bie n qu'il faut distinguer, pour le sens, deux verbes venéro .
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vocabulaire récent, et je suis loin d ' en avoir épuisé la liste . Je ne song e même pas à rappeler les progrès qui ont été faits à tous les autres point s de vue .
On peut à peine relever, de loin en loin, quelques explications tradi-tionnelles qui auraient besoin d ' être revisées : gratanter ne signifie pas , habituellement, « en félicitant s (traduction courante, maintenue pa r M . Gaffiot), mais « avec bienveillance s ou « avec joie » : le mot figur e surtout dans l ' expressionaccipere gratanter (accueillir avec joie ou ave c bienveillance) . Le dictionnaire est illustré . Par là même, il constitue u n véritable dictionnaire des antiquités romaines . On ne pouvait pas fair e mieux pour que l'ouvrage fût excellent : il l'est à tous égards .
Mathieu NIcoLAU .
Rev . Bernard Henry SKAHILL . The syntax of the Variae of Cassio-dorus . Washington, 1934, xv-271 pages .
Cette thèse, présentée à l'Université catholique de Washington, cons-titue le troisième volume de la série : Studies in Medieval and Renais-sance Lattn .
Après une Introduction traitant de la personne et de l'activité d e Cassiodore, M . Skahill donne, dans le cadre traditionnel d'ouvrages de ce genre, une description consciencieuse de la langue des Variae(édition des Mon . Germ . Hist .) au point de vue syntaxique . Successivement, i l étudie d'une manière rigoureusement systématique : genre et nombre , cas, adjectifs et adverbes, pronoms, prépositions, formes nominales du verbe, syntaxe de coordination et de subordination . Les tournures in-correctes dans Cassiodore sont constamment placées en regard des cons-tructions classiques pour faciliter la comparaison, procédé excellent .
Les déviations de syntaxe sont relativement rares . On en trouve le résumé clans un chapitre spécial (p . 250-259), malheureusement san s références aux paragraphes précédents .
Finalement (p . 259-260), l'auteur exprime son étonnement que la langue au temps de Cassiodore diffère si peu de celle de Cicéron : « We may well be surprised that the literary language of the Romans stil l remained so largely in the days of Cassiodorus, what it had been in th e days of Cicero . D L'assertion n'est pas très justifiée, car la langue de s Variaene saurait être considérée comme caractéristique de l'époque . Il n'est pas étonnant que les cas où Cassiodore s'écarte de la syntaxe clas-sique soient s so few and so conservative D. Cassiodore, de famille
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261 tive le beau langage par tradition 1 . Italien, il entend dans son milieu u n latin bien plus correct que la lingua rustica familière aux oreilles de s auteurs qui écrivent en Gaule au vi e siècle .
M . Skahill, comparant son texte avec ceux de Grégoire de Tours, d e la Peregrinatio Aetheriaeet des Inscriptions postérieures, nous fait ob -server combien ce modèle de correspondance officielle est éloigné d u « colloquial speech of the time » . Malheureusement, ni Grégoire, ni l a
Peregrinatio, ni les Inscriptions ne représentent le « colloquial speech 2» .
M . Skahill parle encore (p . 260) du « language » de Grégoire et de s Inscriptions, du « popular style » de la Peregrinatio . Ne faut-il pas en conclure que pour lui ces deux termes sont équivalents? Enfin, il avance que seulement les Inscriptions et « such authors as have a dis-tinctly popularorvulgar style » donnent une idée de la langue parlée d u temps de Cassiodore . Quel est donc, pour M . Skahill, le « popular style » et quel est le « vulgar style »? Y aurait-il des auteurs écrivant leur s ouvrages dans ces deux styles? Où sont les textes qui nous renseignent sur la langue parlée du vi e siècle? En quel pays peut-on les rencontrer ? Nous n ' en apprenons rien, puisque M . Skahill dit, sans préciser davan-tage, « the colloquial speech of Cassiodorus' time » .
Un index de mots et de locutions complète cet excellent ouvrage d'in -formation . Son auteur n'a qu'un tort, celui de n'avoir aucune idée nett e
de la langue latine « vulgaire » .
P .-W. lIoocTEnP . 1. P . de Labriollo,Hist . de la litt . lat . chrét .,673sqq . —F . Lot,A quelle époque a-t-oncessé
de parler latin?ALMA, 1931, 110 . 2. ALMA, 1931, 107, 130, 131 .