LES REPRÉSENTATIONS SOCIALES DE LA NATURE
Maria Helena da Silva CARNEIRO – Universidade de Brasília Daniel LOUZADA-SILVA - Secretaria de l’ Éducation
Mots-clefs : Représentation social, nature, didactique de science,
Résumé : L'objectif de ce travail est de présenter les résultats d’une étude sur les représentations sociales sur la nature construits par les élèves universitaire de Science de l’éducation. Les 30 participants ont répondu a un questionaire composé par 16 items. À partir de l’analyse des données, nous avons pu conclure que les représentations du groupe étudié sont fortement marquées par une vision très idéalisée de la nature et en général très loin de la ville.
Abstract : We present the results of a study on social representation of nature constructed by undergraduate Science Education students of a Brazilian university. Thirty participants answered a 16 items questionnaire. From data analysis, we concluded that the representations of the group studied are strongly marked by a highly idealized vision of nature that usually do not include urban environment as part of it.
INTRODUCTION
Le thème de l'environnement occupe aujourd'hui une place importante dans les médias. Le discours sur l'environnement véhiculé par les médias contribue à la diffusion des concepts, principes et procédures scientifiques qui ne correspondent pas toujours au consensus scientifique actuel. A titre d'exemple nous citons l'utilisation, souvent erroné, des termes de l'écologie, de la nature et de l'environnement. L'écologie, par exemple, est parfois utilisé comme synonyme de l'environnement pour attirer l'attention sur les problèmes actuels de dégradation de l'environnement, soit comme adjectif pour mettre en relief une préoccupation avec l'environnement et, très rarement fait référence à la science qui étudie les relations des êtres vivants entre eux et les relations mutuelles qu'ils établissent avec l'environnement physique - l'écologie. Les annonceurs conscients ou pas de la véritable signification des termes, les utilise de façon naïve, ou volontairement en profitant de la «révolution verte» pour vendre les produits en question: des détergents écologiques, shampoings écologiques, éco-plastique, une promenade écologique, restaurants écologiques etc. Cette confusion de sens, vide d’une pensée critique est aussi présente dans le milieu scolaire et dans la communauté universitaire, notamment dans les discussions concernant les questions environnementales.
Les étudiants de Science de l'Éducation, par exemple, reproduisent les discours médiatiques, ce qui montre une certaine incompréhension des aspects scientifiques et idéologiques qui sous-tendent les questions environnementales.
Selon Carneiro (2007), les enseignants brésiliens qui travaillent dans l'enseignement primaire ont une formation très faible en Sciences Naturelles. Pendant le cour de formation initiale de ces enseignants le seul contact qu’ils auront avec les différents domaines des sciences naturelles serait des cours de didactique des sciences. Au cours du développement des activités de cette discipline on travaille avec les élèves quelques concepts centraux des Sciences Naturelles, mais le temps est très court pour enseigner tout le programme qu’ils devront enseigner à l’école primaire. Dans ce cas, si les concepts de base en biologie, physique, chimie, astronomie et sciences de la terre n’etaient pas acquis au cour de l'école secondaire, les chances d’apprendre dans l'enseignement universitaire se font rare.
L'objectif de ce travail est de présenter les résultats d’une étude sur les représentations sociales sur la nature construits par les élèves (futur enseignent) universitaire de Science de l’éducation et favoriser une intervention pédagogique probable au regard des représentations de la nature construite par les futurs professeurs. Il est destiné à répondre aux questions suivantes: quelles sont les représentations sociales des futurs enseignants sur la nature? Quels sont les éléments constitutifs
de ces représentations? Comme les éléments sont articulés? Quelles sont les implications pédagogiques?
ASPECTS THÉORIQUES
La théorie des représentations sociales - TRS - a été conçue en France par Serge Moscovici, après des études sur les formes de d'appropriation par la population en générale (ou communauté laïque) de connaissance scientifique sur la psychanalyse. Les résultats de l'étude ont été publiés dans le livre: La psychanalyse, son et image publique, au début des années 60. Depuis lors, cette théorie a été appliquée dans différents domaines du savoir, en particulier dans l'éducation.
Les représentations sociales peuvent être définie par « un ensemble de phénomènes sociaux qui dépassent la sphère des simples opinions, images, attitudes, les croyances et les stéréotypes. Il s’agit, selon une définition de Moscovici (1969), des systèmes sociocognitifs qui ont une logique et un langage particulières, de théories orientées vers la compréhension du réel, sa mise en ordre, sa communication au cours de la vie quotidienne, et qui servent de guides pour l’action. Plus sociales que les représentations (scripts, schémas) étudiées par les psychologues cognitivistes, mois globales que les mythes et les idéologies étudiés par les anthropologues, les sociologues et politologues, les représentations sociales se situent, telles qu’on les conçoit actuellement, à l’intersection de l’individu et de la société. »(Carugati et Selleri, 2000, p.2).
L'étude des représentations sociales n'est pas limitée aux interactions entre l'individu et l'environnement social, ou chaque élément séparément, mais se concentre sur l'interface et le dynamisme de cette relation. Il faut dire que pour l’auteur de la théorie il n'ya pas de dichotomie entre le sujet individuel et social, ou entre et l’objet de représentation.
Moscovici, (1973) souligne « qu’il n’y a pas une coupure entre l'univers intérieur et de l'univers de l'individu (ou groupe), que sujet et objet ne sont pas assez hétérogènes dans leur domaine commun. L'objet est placé dans un contexte actif, dynamique, en partie parce qu'il est conçu par la personne ou la communauté comme une extension de son comportement et n'existe que pour eux en fonction des moyens et des méthodes qui vous permettent de le rencontrer» (p. 48).
De ce point de vue la représentation sociale de la nature dépend de l’expérience personnelle de chaque personne. L'auteur nous rappelle aussi que la représentation sociale est une préparation [SIC] pour l'action, ce n'est que dans la mesure qui guident le comportement, mais particulièrement dans celui reconstruit et remodèle le comportement des éléments environnementaux dans lesquels
L’application de la théorie des représentations sociales pour expliquer les faits éducatifs a été de plus en plus utilisée par les chercheurs qui ont l'éducation comme un objet d'étude. Lorsque Gilly,1989, nous explique l’intérêt des études des représentations sociales dans le champs de l’éducation il nous rappelle que l’articulation entre la psicosociologie et la sociologie de l’éducation permet non seulement une compréhension des phénomènes plus généraux, comme le comportement d'un groupe social particulier devant l'école et comment les enseignants voyaient sa profession, ainsi que des questions plus spécifiques comme la communication pédagogique en classe. L'auteur souligne également que la RS « offre ainsi une voie nouvelle à l’explication de mécanismes par lesquels de facteurs proprement sociaux agissent sur le processus éducatif et en influencent les résultats » (p.384).
L’école est un espace privilégié d’étude de représentation sociale, car cette institution contribue, en grand parti, à la construction et circulation des représentations. Dès lors, les représentations des futurs enseignants joueraient un rôle important dans la manière dont les élèves envisageront leurs relations avec la nature. D’où découle l’importance d’explorer les points de vue de ces futurs enseignants.
Malgré la stabilité de la structure et la logique des représentations sociales, ils sont susceptibles au changement. À cet égard, Guimelli, 1994, souligne que ces transformations se produisent lorsqu'un nouvel événement est considéré par le groupe comme alarmante et pourrait menacer l’organisation ou de compromettre sa survie. Dans ce cas, cela provoque souvent l'émergence des nouvelles pratiques imposées de l'extérieur ou au sein du groupe lui-même, à s'adapter aux nouvelles circonstances.
Qu’est-ce que la nature? Le mot nature est polysémique. Il est compris de différentes manières: chez le citadin, la nature c’est la maison de campagne, la plage, le vert, la détente. Pour les autres, la nature est définie par la confrontation de deux adjectifs: naturel et artificiel: « Nature au sens strict du terme relève de ce qui est naturel, c’est-à-dire soustrait à toute action humaine. (…) Le caractère naturel est souvent mis en opposition à la notion de artificialité” (Bioret; Estèves; Sturbus). Dans ce cas est artificiel tout ce que l’homme transforme et lui donne une autre valeur. Naturel est donc, tout ce qui n’est pas modifié par l’homme. Selon Lebreton, 1990, «une telle définition exclut l'homme de la nature, alors qu’il ne s’est pas créé lui-même. L’homme a ses origines, méritait vraiment et pleinement le qualitatif de naturel, lorsqu’il s’intégrait à mains nues aux équilibres écologiques» (p.14). Peut-on considérer qu’il existe encore quelque chose qui soit naturel ? Dans ce contexte, la nature est toujours quelque « chose » en dehors de l`homme, il n’y fait pas partie, c’est quelque « chose » qui est « disponible pour l’étude, ou pour l’usage, parfois simplement pour le contemplation» (Burbage, 1998).
En effet, la représentation de la nature a une large diversité d’approche qui varie selon la culture où le champ d’étude. Ainsi, nous pouvons parler d’un approche anthropologique, économique, religieux, artistique, écologique etc. La philosophie, par exemple, d’Aristote aux philosophes actueles, en passant par Rousseau, Kant, Bergson et Whitehead a une discussion/reflexion sur le sujet. Pour Whitehead, nous presente une vision très global de la nature: “La nature est ce que nous observons dans la perception par les sens. Dans cette perception sensible nous avons conscience de quelque chose qui n’est pas la pensée et qui est autonome par rapport à la pensée. Cette propriété d’être autonome par rapport à la pensée est la base de la science naturelle. Elle signifie que la nature peut être pensée comme un système clos dont les relations mutuelles n’exigent pas l’expression du fait qu’elles sont objet de pensée.” (Whitehead, 2004)
Dans cette perspective, la précision du terme nature est limitée, mais ce n'est pas un facteur limitant pour leur utilisation. Dans ce cas, il est important de bien préciser le sens donné à ce terme.
PROCÉDURE MÉTHODOLOGIQUE
Cette étude a été menée avec la participation de 30 étudiants de la Faculté d'éducation de l'Université de Brasilia qui étaient dans le troisième semestre des cours. Le groupe est composé principalement par des élèves du sexe féminin, ce qui correspond à une caractéristique des cours de Sciences de l’éducation. Ces étudiants avaient entre 19 à 21 ans (soit 18 participants). Cinq participants ont entre 16 et 18 ans, et sept avaient plus de 22 ans, et un seul d'entre eux avait plus de 30 ans.
Les données ont été faites à partir de l'application d'un questionnaire construit à cet effet. Visant à améliorer le questionnaire, cet instrument a été appliqué à un petit groupe d'étudiants de pédagogie. Ensuite, les corrections ont été faites pour faciliter la compréhension de chacune des questions. Pour obtenir plus d’informations à ce propos surquelques motsoules expressions qui aparaissentdansleurtexteécrit, nousavons fait un entretien avec 11 participants.
Considérant l'ampleur de la version finale du questionnaire nous présenterons, dans un premier temps, l'étude, de trois questions qui ont des rapports directs sur le thème de la nature. Dans la première question, nous présentonsune expression inductive - nature - et les participants devaient en écrire cinq en corrélation et ensuite ils devaient choisir un mot ou les expressions qui mieux représentent la nature et justifie son choix.
question que nous avons demandée aux élèves est celle d’écrire de façon plus détaillée possible un cours de science sur le thème de la nature.
L'ANALYSE DES DONNÉES
A partir de l’analyse de la première question – association libre d’idée - nous avons pu identifier 45 mots ou expressions qui ensuite ont été regroupés selon leur similitude de significations: des aspects biologiques, aspects physiques/géographiques et actions humaines. Pour construire le tableau ci-dessous nous avons retenu les mots/expressions qui ont été cité au moins cinq fois.
Biologiques Fréquence Physiques et géographiques
Fréquence Actions de l'homme
Fréquence
Arbre 9 Eau 05 Incendie 03
Plants 12 Pluie 03 Pollution 03
animaux 22 rivières 07 Homme 12 Vie 3 écosystèmes 5 Flora 5 forêt 5 faune 5 Fleurs 6
Parmi les mots/expressions choisis pour représenter la nature les plus cités : l’arbre (05), vie (03), l’écosystème (03) et la forêt (03). L’analyse des tableaux nous invite à construire l’hypothèse selon laquelle la majorité des participants les éléments constitutifs de la nature se limitent à l’existence des être vivants, car la présence des éléments abiotiques a été très réduit. Un autre indicateur que l’on peut utiliser pour renforcer notre hypothèse est le choix des mots arbre (05), vie (03) et forêt pour représenter la nature.
L’analyse de textes produits par les étudiantes qui exprime le sens de la nature met en évidence trois types de représentations: naturaliste, anthropocentrique et descriptif. Il faut dire que les catégories n’ont pas été définies à priori, mais élaborées au fur et à mesure de lectures successives des textes.
Naturaliste - Tout ce qui ne provient pas des entreprises humaines, qui existent indépendamment de l’homme. Exemple: « Il est tout naturel sans intervention humaine » (F2). Dans ce cas l’homme est en dehors de la nature.
Anthropocentrique - L'homme comme centre de la nature. Exemple: « Tout ce qui entoure l'homme » (F8)
Descriptif - Évoque les éléments de la nature, parfois l’homme en fait partie. Exemple: «Les plantes et les animaux et l'homme lui-même" (F7) ; «C'est l'union des arbres, les animaux et les forêts" F21.
En ce qui concerne la planification d'un cours, la plupart des élèves se tourne sur des questions de préservations de milieux naturels et sur les aspects socio-politiques: le recyclage; l’action de l'homme sur la nature, les différentes formes de pollution, l'utilisation durable des ressources. On constate aussi une fragmentation de contenu au moment de la préparation du contenu pour chacun des cours. Parfois, les étudiants reproduisent aussi les discours prédominants dans les manuels scolaires.
RÉFLEXIONS FINALES
Les représentations sociales de la nature chez les étudiants de Science de l’Éducation se limitent à deux types: soit elle est idéalisée dans une sorte d’un espace loin de l’homme que nous cherchons à les retrouver, soit la nature est représentée comme un système des éléments harmonieux. En ce qui concerne les éléments constitutifs des represéntations des élèves nous pouvons conclure qu’il y a une centralisation sur les être vivants, tout en oubliant les aspects abiotiques.
Connaître les représentations des futurs professeurs à propos de la nature nous a permis de mieux comprendre leurs systèmes de connaissances et leur relation avec son milieu ce qui a favorisé la mise au point d’une intervention pédagogique.
BIBLIOGRAPHIE
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