COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES
D'UN UNIVERSITAIRE
Josiane TATIN Education Permanente Université Paris XII (Val de Marne)
RESUME : Les enseignants chercheurs de l'Universitté ont des rôles divers dans cette organisation, qui les amènent à réaliser plusieurs types de communications scientifiques:
Communication scientifique aux étudiants de formation initiale, de formation continue, communication de leurs travaux avec leurs collaborateurs et le tissu socio-économique.
Savons-nous nous adapter à ces divers interlocuteurs, quels sont les objectifs et enjeux mis en cause?
ABSTRACT : Teaching researchers at the University have various raies within the community wich lead them to issuing severa! typ es of scientific communications: Scientific communications tostudents in their prime training or those in continuing education.
Do we know howtaadapt ouseelves to these various interlocutors, and what are the aims at stake ?
A. GIORDAN,
JL
MARTINAND, Actes JES X, 1988L'Université est une organisation institutionnelle qui constitue une entreprise collective, où les individus ne doivent pas seulement coexister. Elle a une vie spécifique, avec des structures et des fonctions mais aussi des rythmes et des rites, des valeurs et des faiblesses; c'est une société en réduction qui a des échanges avec les divers environnements auxquels elle est liée (étudiants, stagiaires de Formation Continue, collègues, tissu économique et social, institutions, réseau politique).
Cette organisation particulière qu'est l'Université se doit de formaliser la conduite de ses membres, c'est-à-dire que les comportements des différents individus qui la constitue va se codifier, et influencer le type de communication qui s'installe entre les diverses composantes, chacun se conformant à des règles qui normalisent le profil professionnel de son poste, la communication se faisant de moins en moiins de manière affective ou de personne à personne et de plus en plus de fonction à fonction. L'enseignant qui travaille dans cette institution, a au moins deux fonctions : l'enseignement et la recherche ; bien souvent s'y ajoute au fur et à mesure que sa carrière évolue, une responsabilité administrative ou/et de relations extérieures. Nous avons donc plusieurs fonctions qui s'adressent à des individus très diffférent<; et nous sommes confrontés aux problèmes de :
· Communication scientifique vis-à-vis de nos étudiants en formation initiale et aux adu ltes en formation continue.
· Communicaton scientifique de nos travaux de recherche.
· Communication scientifique avec nos collaborateurs mais aussi avec le tissu socio-éconmique.
Dans tous les cas nous faisons de la communication scientifique à des publics très divers et nous allons tenter d'analyser les différences, et aussi les difficultés que cela induit. Nous posons conune hypothèse que les nombreux niveaux de communication scientifique auxquels nous sommes confrontés peut expliquer l'image hétérogène voire hétéroclite perçue par les personnes extérieures à cette organisation.
1. LA COMMUNICATION SCIENTIFIQUF: VIS A VIS DES
ETUDIANTS
Déjà en 1964, P. BOURDIEU et Le. PASSERON, dans "Les héritiers, les étudiants et la culture" donnaient des caractéristiques, toujours vérifiées, des corps sociaux particulierrs que sont les étudiants et les professeurs (au sens d'enseignants des universités). De très grandes disparités existent entre les étudiants, mais ils ont en commun des pratiques: ils font tous des études, et leur future réussite professionnelle et/ou sociale passe par l'obtention d'un diplôme qu'ils viennent chercher dans l'institution Université.
L'enseignant doit conununiquer aux étudiants des connaissances et des concepts; il utilise pour atteindre ces objectifs des méthodes pédagogiques diverses qui devraient normalement être intégrées dans une analyse didactique de la matière àenseigner,
(aspect largement abordé dans ces Xèmes Journées de CHAMONIX).
Cette communication est souvent normalisée et ne tient pas compte de l'hétérogénéité des étudiants, seuls les enseignements de type individualisé prennent mieux en compte ce facteur. Par exemple, l'enseignement assisté par ordinateur que nous avons largement utilisé et analysé, permet une ammélioration des apprentissages de l'apprenant.
Par contre, il me semble que dans la majorité des cas, la dimension psychologique et sociologique des étudiants est peu prise en compte dans notre pratique d'enseignant. L'étudiant est mal situé socialement, il est dans une parentèse par rapport à la vie familiale et professionnelle, il estàla recherche d'orientations, de choix pour sa vie. Son avenir est flou, et encore pour un grand nombre de formations, l'image de la profession qu'il exercera reste indéterminée. L'enseignant a l'initiative pour communiquer son savoir à l'apprenant, ce dernier étant souvent en état de dépendance passive, et il doit s'efforcer de deviner, découvrir les normes ou objectifs qu'il doit atteindre.
En même temps, le professeur d'université a un niveau hiérarchique non discutable dans l'échelle du savoir, il présente àl'étudiant un idéal intellectuel fait de culture sientifique et de raisonnement critique qui constitue un modèle (Mucchielli A). Même si les étudiants se défendent d'être en recherche d'exemples, ils sont en situation de novices valoriés explicitement. Cette relation influence l'appropriation des connaissances par l'apprenant, et il nous apparaît que le mixage entre des activités interactives et des périodes d'auto-apprentissage pourrait améliorer la communication scientifique, et faire évoluer la relation enseignanUapprenant ; ces quelques remarques sont encore plus marquées quand l'apprenant suit un cursus de formation continue car les écarts entre lui et l'organisation universitaire où il doit s'intégrer sont plus importants que pour le jeune bâchelier.
2. LA COMMUNICATION VERS LES AUTRES INTERLOCUTEURS
Lorsqu'un Chercheur communique ses travaux par oral ou par écrit, il est confronté à un mode d'expression très diffférent de ce qu'il fait pour les étudiants. Le rôle joué est tout à fait normalisé, les règles du jeu sont connues par l'intervenant et ceux qui l'écoutent ou le lisent. Derrière ces normes comportementales se trouvent des valeurs de références qui sont reconnues par l'ensemble du groupe. Enfin, pour être rapide, la dialectique est commune, codée, et c'est très probablement le type de communication scientifique la plus abordable, même si elle est laborieuse.
Comme nous le notions dans l'introduction, l'Université est une organisation où un nombre non négligeable de ses membres asssure des fonctions d'encadrement eUou de relations avec le milieu sodo-économique. Les rôles de chaque auteur se diversifient (COULON A). Il suffit d'analyser l'organigramme de la structure d'une université pour constater qu'elle est composée d'unités bien définies (U.F.R., ou Instituts) et
d'un réseau formel de liaisons officielles, par lesquelles les instructions, informations "descendent" ou "montent". A la présidence de l'Université et à la tête de chacune de ces structures, se trouve un professeur, qui reproduit ce modèle dans sa propre unité d'enseignement et de recherche. Ces mini-sociétés constituées essentiellement de cadres intellectuels, ont souvent des objectifs vagues, l'attachement à l'institution finit par être flou, et l'on peut y voir se développer les valeurs individualistes jusqu'à l'hypertrophie (luttes pour le pouvoir, les postes, etc ... ).
Si la communication scientifique et informative devient quasiement inexistante dans cette organisation, cela induit un isolement dans lequel peuvent se trouver une grande partie des membres de la "Communauté" Universitaire. La parcellisation des tâches, le cloisonnement des postes de travail, l'inaccessibilité des informations motivantes, la carence des communications, aboutissentà la "privatisation" de chacun qui finit par ne rechercher que son intérêt individuel aux dépens de la collectivité.
L'enseignant-chercheur qui se retrouve avec une responsabilité administrative doit donc lutter conntre ces effets pervers et la communication est son arme essentielle. Il devra diriger de l'intérieur son service en y développant et en entretenant une "Culture" du groupe. Cette culture est constituée par les activités d'enseignements, de recherche et une large communication entre tous les membres de l'universitté ; ce rôle de manager nécessite d'organiser le travail, de la commander, mais peut-être surtout de motiver toutes les personnes impliquées, d'innover et aussi de former pour obtenir une meilleure participation de chacun. Nous sommes là sur un autre niveau de communication que celui précédemment évoqué mais l'un ne va pas sans l'autre, l'étudiant ne se forme pas avec un enseignant mais grâce à un curriculum concerté par l'ensemble de la communauté universitaire. Enfin, si notre organisation est en constante amélioration sur tous ces plans, il nous reste à le faire savoir à l'extérieur de l'Univerrsité. Notre communication scientifique reste dirigée vers les étudiants, nos collègues ou les spécialistes de notre domaine. Peu d'entre nous acceptent de vulgariser, et encore moins de multiplier les contacts avec le milieu socio-économique environnant.
Pourtant, seule cette communication vers les milieu x professionnels où exerceront les
étudiant~ que nous formons, peut rendre crédibles nos actes pédagogiques. Là encore, c'est une communication scientifique d'un autre ordre, les interlocuteurs se méconnaissent réciproquement et c'est très probablement à nous de nous adapter au langage de l'entreprise et autres décideus en allant sûrement jusqu'à apprendre à communiquer les connaissances scientifiques, leur impact, de manière publicitaire et médiatique.
BIBLIOGRAPHIE
BOURDIEU P. et PASSERONJ.e.(19964) :"Les Héritiers, les éLudianls eL la culLure" BOURDIEU P. et PASSERONJ.e.(1970) : "La reproduction. Eléments pour une Lhéorie du sysLème d'Enseignemenl" Ed. de MinUit p. 1-268.
MUCCHIELLI A. (1985) : "Rôles eL communications dans les organisaLions" . Formation Jlermanente en Sciences Humaines. p. 1-157.
COULON A. (1988) : "Ethnomélhoaolgie ct éducation" , Revue française de pédagogie n° 82