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ARTheque - STEF - ENS Cachan | Pour ou contre la science et la technique en spectacle ?

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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POUR OU CONTRE LA SCIENCE ET LA TECHNIQUE

EN SPECTACLE ?

Quelques réflexions provisoires et succinctes

à

propos de ce débat

Ivan GILLET

Université de Liège. Faculté des Sciences

A. GIORDAN, J.-L. MARTINAND et D. RAICHVARG, Actes JIES XV, 1993 111

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1. PRÉAMBULE

Je voudrais d'abord préciser, en trois points, les questions et remarques que me suggère le titre de ce débat :

- Science et technique: De quoi s'agit-il?

- Spectacle: Lequel? Pour qui? Dans quel but? Comment?

- Quant aux arguments pour et contre, on peut se tourner vers le passé, voir ce qui a été fait jusqu'à présent et apprécier. Mais on peut aussi envisager l'avenir et imaginer ce qui serait souhaitable et ce qui serait à éviter.

2. SCIENCE ET TECHNIQUE: DE QUOI S'AGIT-IL?

Est-il question seulement des sciences et techniques du monde physique et biologique ou également des sciences humaines et sociales?

Parle-t-on des résultats, c'est-à-dire des connaissances, classiques ou récentes, acquises par l'activité scientifique, et des réalisations techniques, anciennes ou contemporaines?

Ou bien s'agit-il des activités scientifiques et techniques elles-mêmes, c'est-à-dire de la science qui se fait (recherche) et de la technique qui s'invente et construit? Cela implique alors des facteurs humains considérables, et l'intégration de ces activités dans une société, imprégnée d'une culture, gérée par une économie et organisée selon des projets politiques.

Je pense qu'il ne faut négliger aucun de ces aspects de la science et de la technique.

3. SPECTACLE 3.1 Quel spectacle ?

On peut parler du spectacle, souvent impressionnant, parfois prodigieux, que chacun peut s'offrir spontanément en regardant, telles quelles, la nature, de l'infiniment grand à l'infiniment petit, ou l'activité humaine, en science et en technique, ainsi que ses résultats comme ils apparaissent dans tous les médias, y compris les livres.

Maisilya aussi des spectacles mis en scènes sur des thèmes scientifiques ou techniques. Et dans ce cas, on peut se demander ce qui est préférable: de grands spectacles centralisés devant des foules passives ou bien un grand nombre de petits spectacles interactifs décentralisés, avec chaque fois un petit nombre de participants impliqués dans l'interaction.Àcondition de toucher vraiment les gens, les deux peuvent être complémentaires et avoir un impact. Néanmoins, le second terme de cette alternative me paraît permettre une action plus profonde et des résultats plus durables.

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3.2 Pour qui ?

Spectacles pour le grand public, c'est-à-dire pour tous, pour le public le plus large, pour la multitude ou, au moins, pour la majorité. Ou bien spectacles pour des groupes spécifiques : les jeunes, les élèves d'écoles (primaires, secondaires, supérieures), les membres d'associations, les gens dits "cultivés" ou les scientifiques eux-mêmes.

Dans chacun de ces cas, le contexte culturel et la "tournure d'esprit" des gens sont à prendre en considération.

3.3 Dans quel but ?

La mise en spectacle de questions scientifiques, au sens le plus large (point 2), cela peut induire toutes sones de réactions salutaires chez les spectateurs: prise de conscience vers plus de lucidité, incitation à la réflexion, pouvant aller jusqu'au débat public. Cette prise de conscience et cette réflexion peuvent amener les gens à se poser des questions sur les grands problèmes de notre temps. Chez certains, cela pourrait même provoquer une évolution personnelle dans les conceptions, les valeurs, la vision du monde, les attitudes et les componements.

Il est donc essentiel que les spectacles de science donnent une image correcte de la science et de la technique, de leurs démarches et de leurs résultats, ainsi que des rapports complexes qu'elles entretiennent avec la société. La responsabilité sociale des scientifiques est impliquée dans ce dernier point pour aider le public à apprivoiser la science.

De tout cela peut résulter un désir d'en savoir plus, donc une motivation à apprendre, une diffusion du savoir, de la compréhension et de la culture scientifique. Mais ce résultat ne peut être atteint que par une action personnelle du spectateur, cherchant à étudier et à interroger.Lespectacle n'est alors qu'un déclencheur. L'enseignement pourrait faire usage du spectacle dans ce sens.

Si celte vision du spectacle de science avec ses avantages pouvait devenir une réalité plus répandue, cela serait de nature à réduire les exclusions sociales et culturelles.

Une autre question se pose alors: le spectacle de science, qui peut être utile à la formation culturelle, peut-il aussi servir à la préparation professionnelle? Je pense que c'est beaucoup plus douteux, si ce n'est comme déclencheur, par le jeu de l'incitation à la réflexion et de la motivation à apprendre.Letravail personnel d'apprentissage reste évidemment indispensable.

En face de tous ces effets avantageux possibles des spectacles de science et de technique,ily a des risques et des inconvénients. On les trouve, notamment, dans la publicité et les "plaidoyerspro domo" avec leurs "effets de vitrine de prestige", leur fausse science, leurs mystifications, tromperies

et désinformations aveuglant les gens. On pourrait évidemment imaginer des spectacles de démystification.

Reste encore le spectacle de pur divenissement. Mais alors, pourquoi évoquer ou montrer la science et la technique plutôt qu'autre chose?

3,4 Comment ?

Pour faire réfléclrir et comprendre, il ne faut pas ennuyer.Lespectacle de science doit donc plaire et toucher, captiver, attirer le regard, susciter l'attention, exciter l'imagination, provoquer l'émotion

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qui met en mouvement et entraîne l'attachement du sujet ému à ce qui l'émeut Dans le vécu de l'être humain, en effet, les dimensions affective et intellectuelle ne sont pas séparables. Ce n'est que par une démarche intellectuelle ultérieure que l'on peut éventuellement distinguer ces deux dimensions. Mais alors, il faut prendre soin de n'en refouler aucune et de les traiter lucidement pour ce qu'elles sont et ce qu'elles peuvent donner.

À propos de ces réactions affectives et intellectuelles, une remarque essentielle s'impose: l'ensemble des spectateurs, qui assistent à l'un ou l'autre spectacle de science, représente un très large éventail de milieux et de personnalités, donc de réactions possibles, et aussi des degrés de liberté très divers. De ce point de vue, un spectacle scolaire est très différent d'un spectacle où l'on vient librement.

Ces faits sont cause d'une grande difficulté de conception et de mise en scène d'un spectacle de science qui atteigne réellement son but.

D'où la nécessité d'une qualité rigoureuse dans l'écriture d'un scénario, la mise en scène, le jeu des acteurs, et aussi, bien entendu, dans la justesse du contenu scientifique. On se souvient des spectacles qui marquent comme, par exemple, La vie de Galilée de Bertolt Brecht, Le dossier

Oppenheimerde Jean Vilar, Family life, etc...

Mais pour atteindre une telle qualité, une communication effective est indispensable entre scientifiques et artistes du spectacle pour qu'ils puissent coopérer à la création d'œuvres communes... à moins que les deux compétences ne se trouvent en une même personne, raccourci rarissime!

4. CONCLUSION

"Pour ou contre la science et la technique en spectacle1"On voit bien qu'à cette question il est impossible de donner une réponse simple et catégorique.

Lorsqu'il s'agit du spectacle de la nature ou de la science et de la technique, que chacun peut se donner spontanément, nous devrions tous prendre le temps de découvrir ce qui s'offre à notre regard. L'éducation et la culture ont un grand rôle à jouer pour développer cette attitude.

Dans le cas du "spectacle mis en scène", il est évident que, selon l'objectif, la manière et la qualité, on peut obtenir toute une gamme de résultats, depuis les plus souhaitables, jusqu'aux plus néfastes. Chaque fois, la mise en jeu des émotions est importante. Mais c'est là une démarche à double tranchant qu'il convient d'aborder avec une extrême précaution et le plus grand souci d'honnêteté et de respect du public.

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