Collection
A paraître :
Les Métiers de la Médecine par le Dr Pierre Signoret
Les Métiers du Tourisme,
de l'Hôtellerie et de la Restauration par Michel Benichou
Les Métiers du Sport par Jacques Belin
Les Métiers de la Mer
par Pierre Kerlourgan, Yves Pittéte, et Hervé Ponchelet
Les Métiers de l'Informatique par Annaik Salaün
Les Métiers de l'Aéronautique par Bernard Marck
Les Métiers de la Musique par Bernard Deutsch
Les Métiers de la Radio et de la T.V.
par André Roche
Photo de couverture : Michel Desjardins / Top
LES M É T I E R S DE LA MODE
ET DE L ' H A B I L L E M E N T
Collection «Orientations»
G u i d e d e s M é t i e r s
Sous la direction de Max Gallai et Jean Barraud
ouvrages à paraître : Les Métiers d e la M é d e c i n e
par le Dr Pierre Signoret Les Métiers d e l'Informatique
par Annaïck Salaün Les Métiers du T o u r i s m e
par Michel Bénichou Les Métiers du S p o r t
par Jacques Belin
Les Métiers de la Radio T.V.
par André Roche Les Métiers du Secrétariat
par Chantal Vincent
B r u n o d u Roselle /. /
LES MÉTIERS DE LA MODE
ET DE
L ' H A B I L L E M E N T
entretiens recueillis par Isabelle Forestier
Editions Marcel Valtat
ORIENTATIONS pour le choix d'un métier
Le marché du travail : tout est dit dans cette locution à laquelle nous nous sommes habitués. Derrière les relations factuelles entre l'offre et la demande, masqués par la sécheresse arithmétique et paradoxalement approximative des statistiques et des prévisions, on y pressent l'âpreté de la lutte, la réussite ou t'échec des destins individuels. Concrètement, le marché du travail signifie, aujourd'hui, en France, un volant durable de 1.500.000 chômeurs, lancés pour la plupart dans la course pathétique à l'emploi, et, chaque année jusqu'en 1985, où la tendance sera inversée, un sur- plus important de jeunes entrant dans la vie professionnelle, par rapport aux départs à la retraite.
Les places sont chères. Trois réalités s'affirment comme de plus en plus évidentes, prenant à rebrousse-poil des idées reçues ancrées chez les Français depuis des lustres. Les temps ne sont plus où tous les diplômés trouvaient une porte ouverte à la fin de leurs études. Les temps ne sont plus où les parents d'enfants peu doués en classe pouvaient se contenter d'attendre l'entrée en apprentissage, en s'en remettant au hasard, ou à une vague incli- nation. Les temps ne sont plus, sauf pour les fonctionnaires, où l'on pouvait espérer, sa vie durant, faire carrière dans la même entreprise. Spécificité accrue et mobilité de l'emploi, et, surtout, préparation méthodique et précoce au choix du métier sont, défi- nitivement, des donnée impératives qui conditionnent toute la vie professionnelle. Désormais, l'erreur d'aiguillage au départ ne par- donne pas. Les nouvelles vagues poussent dans le dos ceux qui piétinent.
Quand et comment faut-il commencer à se préparer à ce choix vital ?
On peut dire que, dès avant la terminale, tous les adolescents, aidés par leurs parents, devraient s'interroger sur ce dont sera faite leur vie professionnelle d'hommes et de femmes de demain. Ceci est évident des élèves qui ont peu de capacités pour les études, ou encore de ceux qui n'ont pas de goût particulier les portant vers une activité professionnelle plutôt qu'une autre. Mais ceci est éga- lement vrai pour tous ceux qui croient avoir une vocation. Car combien, parmi ceux-ci, seront capables de mener à terme les étu- des nécessaires ? Combien ne seront pas déçus, à l'arrivée, par les réalités humaines, professionnelles, ou financières, qu'ils trouve- ront au lieu de leurs rêves ? Pour tous ceux qui seront restés en route, comme pour ceux qui se seront trompés sur eux-mêmes, une nouvelle orientation se révélera toujours difficile. Mieux vaut viser juste au départ.
Les éléments d'information qui peuvent aider à une approche progressive d'un choix d'orientation professionnelle ne manquent pas. Les mass-media, pour leur part, aiguillonnés par l'acuité et l'actualité permanente des problèmes d'emploi, apportent leur contribution. C'est grâce à eux que, peu à peu, sont apparues dans l'esprit du public certaines réalités d'ordre général, le plus souvent négatives, qui peuvent permettre néanmoins d'éviter cer- taines erreurs. C'est ainsi que, très schématiquement, se reclas- sent, dans le contexte actuel, les métiers d'avenir et... les autres.
On sait mieux, par exemple, que l'informatique mène à tout, et que ses emplois nombreux et diversifiés sont ouverts aux débu- tants aussi bien qu'aux diplômés. On n'ignore plus qu'une maîtrise de psychologie, de lettres, ou d'histoire et géographie ne donne aucun espoir d'accéder à un poste à responsabilité dans le com- merce ou l'industrie, mais, tout au plus, à des emplois subalternes dans le tertiaire. On apprend encore qu'il existe désormais des médecins chômeurs...
Mais il ne s'agit là que de dossiers qui survolent les problèmes et n'exposent que des tendances générales. Les services publics, par leurs organismes spécialisés d'orientation, de formation complé- mentaire, ou de recyclage, tels que l'ANPE, l'APEC, le Centre d'Information et de Documentation Jeunesse, l'ONISEP, le Centre d'Information du Travail Manuel, etc... vont plus avant dans le détail complexe des structures, des caractéristiques des différen- tes professions, et des formations permettant de s'y préparer.
Mais leurs fiches, pour excellentes qu'elles soient, par leur préci- sion et l'actualité de leurs éléments, ont nécessairement les limites de leurs dimensions mômes.
C'est la raison pour laquelle nous avons pensé que, dans la mesure où les orienteurs professionnels ne peuvent traiter tous ces problèmes que cas par cas, il était nécessaire de concevoir, à l'intention d'un très large public, une collection d'ouvrages qui présenteraient, d'une manière aussi complète que possible, les dernières données pouvant intéresser celles et ceux qui sont atti- rés par une certaine forme d'activité professionnelle, et qui souhai- tent en savoir davantage.
Cette collection, nous l'avons intitulée «Orientations». Elle a demandé près d'un an de travaux préparatoires. Comme on le constatera, la somme et l'extrême diversité des informations réu- nies ont nécessité de très nombreuses enquêtes, recherches et entretiens, tant auprès des services administratifs, que des collec- tivités et des individus.
Ces informations comprennent, naturellement, ce qu'on attend de toute manière dans des ouvrages de cette nature, c'est-à-dire les caractéristiques des métiers étudiés : nombre d'emplois, moyenne d'âge, répartition géographique, répartition hommes-
femmes, chiffre d'affaire et place dans l'économie, échelle des salaires, nombre d'heures de travail, aménagement du temps, organisation de la profession et protection sociale, aussi bien que les filières de formation permettant d'y accéder, avec leurs diffé- rentes passerelles.
Elles comportent en outre des éléments prospectifs particulière- ment importants quand il s'agit du choix d'un métier par des jeu- nes, ayant devant eux un avenir professionnel qui s'échelonne sur 35 à 45 ans, dans un monde mouvant, où l'accélération de l'His- toire se fait sentir à tous les niveaux. C'est ainsi que nous avons mis l'accent sur l'évolution prévisible des technologies, du marché (c'est-à-dire de l'offre et de la demande dans chaque métier), et des systèmes de formation. Nous avons été, bien entendu, pru- dents dans ce domaine. Il ne pouvait être question de jouer aux oracles. Mais l'indication des possibles scenarii du futur, compte tenu des bouleversements qui se préparent dans la plupart des activités professionnelles, était nécessaire.
Pour limiter, autant que faire se peut, les erreurs d'appréciation quant aux véritables rapports entre la nature de l'activité profes- sionnelle, avec tout ce qu'elle implique, et le tempérament comme les capacités de celui qui envisage de s'y consacrer, nous avons tenu à faire apparaître, au travers de nombreux témoignages, les multiples facettes de la qualité de la vie dans ces professions, telle qu'elle est ressentie actuellement. Il n'est pas interdit de rêver, mais encore convient-il de ne pas trop s'éloigner des réalités. Cer- tes, les expériences ne sont pas toutes transmissibles, ni profita- bles, mais on peut penser qu'elles constituent, globalement, un frein aux emballements et aux vocations de mauvais aloi.
Nous avons choisi de présenter dans chaque ouvrage un groupe de métiers. Ceci nous donne la possibilité, en diversifiant au maxi- mum toutes les catégories d'emploi au sein de cette même famille professionnelle, de faire apparaître les passerelles permettant, à partir d'une certaine qualification ou expérience, de changer de métier à l'intérieur du même groupe, aussi bien que de trouver un emploi dans un autre groupe. Les listes de formations complémen- taires qui aident à mieux «vendre» ses diplômes, vont dans le même sens.
L'actualisation des données statistiques s'effectuera au fur et à mesure des rééditions, conjointement aux modifications éventuel- les de certaines composantes des tendances.
Nous avons voulu faire œuvre utile, en étant conscients de la complexité des problèmes que nous avons été amenés à aborder.
Quels que puissent être les manques relatifs - sans doute inévita- bles dans des ouvrages de ce genre - nous demandons au lecteur de bien vouloir mettre en balance ce que nous lui avons apporté.
Max GALLAI
Sommaire
Introduction Orientations
pour le choix d'un métier Remerciements
1
LES MÉTIERS DE LA MODE
ET DE L'HABILLEMENT AUJOURD'HUI 12
Profils des industries du vêtement 15
La haute couture : adaptation
Le tailleur et la couturière : régression Le prêt-à-porter : expansion
La naissance d'un vêtement :
rôle des différents métiers 21
La conception : quitte ou double sur la collection Le patronnage : les secrets de la graduation des tailles Les «répétitions» : premières séries pour les représentants L'ordonnancement-lancement : l'ordinateur règle la chaîne
de montage
La coupe : des tables de 50 mètres et un couteau automatique
Le montage : des machines travaillant à 3000 points à la minute
La presse et les finitions : la main après la vapeur Qualifications, emplois, salaires, dans les trois groupes
de métiers des industrie de l'habillement 37 La création.
Styliste. Toiliste. Modéliste. Patronier. Patronier-gradueur.
La fabrication.
Technicien du bureau d'études. Placeur. Coupeur.
Matelasseur. Piqueur. Presseur. Mécanicien d'entretien.
Agents de maîtrise et cadres.
La commercialisation.
Directeur commercial. Responsable à l'exportation.
Représentant.
Les autres métiers de la mode 45
La haute couture. Tailleurs et couturières artisans.
Ouvrière à domicile. Retoucheuse.
Les é l é m e n t s c o m p l é m e n t a i r e s d ' o r i e n t a t i o n 53 La localisation des emplois en France
La stabilité de l'emploi Les possibilités de carrière Le cadre du travail La convention collective
L'image des métiers de l'habillement
Z
L ' H I S T O I R E D E S M É T I E R S DE L ' H A B ) L L E M E N T . 62
Vêtir c e u x qui s o n t n u s 65
Les origines : assemblé et drapé co-existent déjà
Les débuts de l'artisanat : le tailleur précède la couturière
Et la m a c h i n e a p p a r a î t 73
Les premiers pas de l'industrie :
costumes tout faits et machines à coudre La haute couture : un précurseur, Frédéric Worth L'industrie du vêtement de 1850 à 1945 :
. confection et grands magasins
Les t e m p s m o d e r n e s 81
Le prêt-à-porter : une révolution économique et vestimentaire
Le «Sportswear» : un état d'esprit conduisant de la campagne à la ville
Les stylistes : place aux jeunes
Le retour au calme : les «jeunes» entrent dans la vie
3
E V O L U T I O N ET P E R S P E C T I V E S
D E S I N D U S T R I E S DE L ' H A B I L L E M E N T 96
Les transformations technologiques 99
L'automation n'est pas pour demain
La c o n s o m m a t i o n v e s t i m e n t a i r e e t s e s aléas 105 Changements plus qualitatifs que quantitatifs
La c o n c u r r e n c e i n t e r n a t i o n a l e . . . 111 La France résiste bien
Entretiens 117
Elisabeth de Beauchamp Didier Grumbach
Elie Jacobson Marcel Lassance
Claudine Reynes Sonia Rykiel Kenzo Takada
4
LA FORMATION PROFESSIONNELLE 136
Les voies d'accès et de progression 139
Les formations élémentaires rapides
La préparation d'une carrière 143
1. Les CAP des industries de la mode et de l'habillement . 143 2. Les brevets des industries de l'habillement 148
- Le brevet d'études professionnelles ( BEP ) - Le brevet de technicien ( BT )
- Le brevet de technicien supérieur ( BTS ) - Le brevet professionnel ( BP )
3. Les centres de formation, d'entretien,
et de perfectionnement 155
1. L'école de la chambre syndicale de la haute couture 2. La chambre de commerce d'Epinal
3. La chambre de commerce de Paris 4. L'école supérieure des industries
du vêtement ( ESIV )
5. Les formations pour handicapés
6. Les ateliers de fabrication au ministère de la Défense 7. Les différents professorats au ministère
de l'Education Nationale
4. La formation continue 163
Organismes de formation continue pour les industries de l'habillement
5. Les progresions possibles 166
6. Les débouchés à l'étranger 167
7. Changer de profession ? 167
CONCLUSION 169
ANNEXES 175
Annexe 1. Programme des cours et examens
de l'enseignement préparatoire aux métiers
de la mode et de !'habi!!ement 177
Annexe 2. Adresses utiles 197
Liste des établissements publics préparant aux CAP Liste des établissements publics préparant aux BEP Liste des établissements publics préparant aux BT Liste des établissements publics préparant aux BTS Liste des établissements pour handicapés assurant une formation habillement-couture
Liste des associations régionales
Jacques TAILLEFER
R e m e r c i e m e n t s
Je tiens ici à exprimer ma gratitude à toutes les per- sonnes qui m'ont fourni la documentation permettant de réaliser cet ouvrage de synthèse.
En particulier à Monsieur Claude Lecoq, qui gère depuis des années le Service Statistiques de l'Union des Industries de l'Habillement, qui m'a procuré tous les renseignements sta- tistiques sur les industries de l'habillement.
A Mademoiselle Yvonne Deslandres, historienne du vête- ment. La plupart des éléments concernant l'histoire des métiers de l'habillement viennent de ses ouvrages et en par- ticulier de «Le Costume image de l'homme» (Albin Michel
1976).
A l'Office National d'Information sur les Enseignements et Profesions ONI SEP. L'essentiel des éléments concernant les formations scolaires, les métiers de professorat et ceux des autres ministères proviennent de cet organisme, en particu- lier de son bulletin d'information n ° 287 (Août 1977) sur les métiers de l'habillement et de la couture.
Et enfin, à Monsieur Pierre Langlois et aux collaborateurs du Centre d'Etudes Techniques des Industries de l'Habillement CETIH, à qui je suis redevable de précieux renseignements, sur le fonctionnement et l'évolution des ateliers, sur les for- mations professionnelles en général et tout particulièrement, sur tout ce qui a trait à la formation continue.
Bruno du Roselle
1
L E S M É T I E R S D E L A M O D E
E T D E
L ' H A B I L L E M E N T
A U J O U R D ' H U I
Profil d e s i n d u s t r i e s d u v ê t e m e n t
Le temps n'est plus, depuis deux décennies, où l'on pouvait considérer séparément les industries de la mode et celles de l'habillement.
Jadis, la mode était essentiellement l'apanage de la haute couture et d'un certain nombre d'artisans de luxe, couturiè- res et tailleurs, qui s'efforçaient d'adapter les idées des créa- teurs en les mettant à la portée d'une clientèle aisée mais insuffisament fortunée pour acquérir les produits des gran- des maisons. On regroupait sous le terme habillement l'ensemble de la confection industrielle. Celle-ci produisait à bon marché des vêtements sans grande idée créatrice dont les formes variaient peu avec les années. L'élévation du niveau de vie, la diffusion de l'information par les magazines féminins, le cinéma et la télévision, ont entraîné dans les masses populaires le désir d'être à la mode et d'accéder à un nouveau système d'habillement. Ce mouvement a amené la disparition quasi-totale de la confection industrielle et l'apparition, puis le développement du prêt-à-porter.
Les entreprises qui se sont spécialisées dans ce produit étaient d'abord artisanales. Mais, devant l'ampleur de la demande, elles ont été poussées à s'industrialiser tout en conservant leurs caractéristiques propres, à savoir un souci de création continu s'exprimant par des collections saison- nières qui répondent aux impératifs de l'élégance et de la mode. Les anciennes entreprises de confection qui n'ont pas su se transformer ont progressivement disparu. N'ont réussi à subsister que celles qui ont choisi d'une part, de s'adjoindre un studio de création, d'autre part, de modifier leurs techniques de fabrication pour répondre aux désirs nouveaux de la clientèle.
De ce fait, tous les métiers de l'habillement sont, à l'heure actuelle, des métiers de la mode. Le vêtement masculin
n'échappe pas à cette définition bien que, dans le domaine du vêtement de ville, les évolutions y soient plus lentes et de moindre importance. Par contre, le secteur du vêtement de loisir, en accroissement permanent, se renouvelle chaque saison par des créations permanentes. La chemise d'homme, elle aussi, évolue sans cesse. Le vêtement de tra- vail, lui-même, connait de fréquentes modifications dues au moins autant à des impératifs techniques qu'à des soucis d'amélioration esthétique.
On peut donc dire que, globalement, il n'existe qu'une seule activité mode-habillement qui utilise peu ou prou les mêmes méthodes, avec un dosage différent des deux fonctions fondamentales de ces entreprises : la création et la fabrication. Cet ensemble économique rassemble environ 3.000 entreprises avec un effectif légèrement supérieur à 250.000 personnes. Ceci représente environ 4 % de la main-d'œuvre industrielle. De plus, comme il s'agit essentiellement d'emplois féminins, cela compte pour 13 % des emplois industriels féminins, ce qui est loin d'être négligeable. Si l'on met de côté la haute couture qui, avec une vingtaine d'entrepri- ses emploie environ 3.000 à 4.000 personnes, et l'artisanat qui est estimé actuellement à un effectif d'environ 40.000 personnes, on voit que l'industrie du prêt-à-porter constitue la partie essentielle de cette activité fournissant à elle seule de 210.000 à 215.000 emplois.
L a h a u t e c o u t u r e : a d a p t a t i o n
La haute couture, qui a toujours eu la création comme raison d'être fondamentale, se trouve confrontée au besoin de diffuser beaucoup plus largement ses produits.
Sa clientèle directe étant en très nette diminution, elle se trouve dans l'obligation d'atteindre une nouvelle couche de clientèle. La solution a été trouvée dans la fabrication d'un prêt-à-porter sous griffe-couture qui combine la force créa- trice de la couture aux techniques industrielles du prêt-à- porter.
Le tailleur et la couturière : régression
Seul, l'artisanat n'a guère changé ses méthodes de travail traditionnelles. Le tailleur ou la couturière continuent de faire des vêtements aux mesures de leurs clients et clien- tes. Ce faisant, ils se trouvent confrontés à des problèmes économiques importants. En effet, leurs méthodes de tra-
vail conduisent à des prix de revient considérablement plus élevés que ceux de l'industrie. Leur clientèle s'en trouve donc largement diminuée et la plupart d'entre eux ferment leurs portes. Certains, les plus dynamiques, ont transformé leurs entreprises en maisons de prêt-à-porter de luxe, fai- sant largement appel à la main-d'œuvre à domicile.
D'autres, en particulier chez les tailleurs, ajoutent à leur acti- vité propre une activité commerciale, la revente de vête- ments qui leur sont fournis par les meilleures maisons de prêt-à-porter masculin. D'autres continuent encore leur métier traditionnel mais leur clientèle vieillit et ne se renou- velle guère. Ce secteur semble donc appelé, sinon à dispa- raître complètement, du moins à voir se poursuivre encore cette diminution d'effectifs qui a marqué les vingt-cinq der- nières années.
Le prêt- à-porter : expansion
Traditionnellement, cette industrie du prêt-à-porter se divise en quatre branches :
1/ Le vêtement masculin de dessus 2/ Le vêtement féminin de dessus 3/ La chemiserie-lingerie
4/ Le corset, la gaine et le soutien-gorge
L'industrie du prêt-à-porter a réalisé en 1978 un chiffre d'affaires de 20,6 milliards de francs, dont 3 milliards et demi à l'exportation.
1/ Le vêtement masculin de dessus ( hommes et garçonnets )
Ce secteur représente un chiffre d'affaires de 7 milliards 230 millions de francs, réalisés par un peu moins de 1.000 entre- prises. Le vêtement de ville pour homme et garçonnet appelé professionnellement vêtement de draperie est resté longtemps le principal secteur d'activité avec 500 entrepri- ses produisant un chiffre d'affaires de 2 milliards 700 mil- lions de francs. Il est maintenant rejoint par la profession du vêtement de loisir qui, pour un chiffre d'affaires de 3 mil- liards, regroupe plus de 600 entreprises. Il s'agit là du sec- teur le plus en expansion de tout le vêtement masculin.
En effet, malgré la période difficile que nous traver- sons actuellement, l'accroissement des ventes de vêtements de loisir a été voisin de 30 %, tandis que le vêtement de draperie stagnait. Viennent ensuite, par ordre d'importance, le vêtement de travail : 900
millions, le vêtement de cuir et imitation cuir : 270 millions, l'imperméable en tissu ou en plastique : 300 millions. L'ensemble des exportations du vête- ment masculin représente environ 900 millions de francs.
L'activité de ce secteur industriel est incontestable- ment plus concentrée que dans le vêtement féminin. Il com- prend davantage d'entreprises importantes. De plus, près de 400 entreprises de ce secteur produisent aussi du vête- ment féminin, et environ 200 fabriquent aussi des articles de chemiserie et de lingerie.
2/ Le vêtement féminin de dessus ( femmes et fillettes ) Pour un chiffre d'affaires de 7 milliards 952 millions de francs, cette profession compte 1.860 entreprises, soit près du double du secteur précédent. Il résulte nécessairement de ceci que la taille moyenne des entreprises est sensible- ment plus faible. Cela tient d'une part à une industrialisation plus récente, d'autre part au fait que la diversité des pro- duits permet beaucoup mieux aux petites entreprises de vivre.
Dans ce domaine, la différenciation entre les vêtements de ville et ceux de loisir est extrêmement difficile à faire, beau- coup de vêtements pouvant être classés aussi bien dans un secteur que dans l'autre.
Le vêtement imperméable avec 230 entreprises représente 300 millions de chiffre d'affaires.
L'industrie du vêtement féminin est, de très loin, la plus exportatrice de la branche du prêt-à-porter. Ses ventes à l'étranger représentent plus de 2 milliards de francs, soit près de 30 % de l'activité globale.
3/ La chemiserie-lingerie
C'est la profession la plus vulnérable de l'ensemble. C'est elle qui est la plus menacée par les importations des pays à bas salaires ; ceci explique que son chiffre d'affaires de 4 milliards 500 millions de francs n'ait augmenté que de 50 % depuis 1973, alors que les deux branches précédentes ont cru de 60 %. La chemiserie lingerie masculine, avec 350 entreprises représente un chiffre d'affaires d'1 milliard 650 ; millions de francs. La lingerie féminine avec 350 entrepri- ses : plus d'1 milliard. Le secteur chemisier avec 390 entre- prises : 880 millions. La blouse tablier avec 300 entreprises : 550 millions. La layette avec 178 entreprises : 386 millions.
Les exportations de la branche dans son ensemble sont de 270 millions, et c'est le seul secteur où elles sont inférieures aux importations.
4/ Le corset, la gaine et le soutien-gorge
Cette profession est la moins importante de toutes puis- qu'elle ne compte que 80 entreprises pour un chiffre d'affai- res de 960 millions ; 16 % des entreprises réalisent 93 % du chiffre d'affaires, et 4 entreprises représentent à elles seules près de 40 % de l'activité totale. Le marché de ces produits est assez fluctuant en fonction des données de la mode.
Aussi beaucoup d'entreprises ajoutent-elles à leur activité la fabrication du maillot de bain : article qui se rapproche le plus des produits qu'elles ont l'habitude de confectionner.
Ce secteur est peu exportateur ( 150 millions de francs ) et la balance reste encore légèrement bénéficiaire.