Ecole Normale Sup´´ erieure 1`ere ann´ee
Ann´ee 2015-2016 Alg`ebre 1
TD10 : Produit tensoriel
Exercices ?: `a pr´eparer `a la maison avant le TD, seront corrig´es en d´ebut de TD.
Exercices ??: seront trait´es en classe en priorit´e.
Exercices ? ? ?: plus difficiles.
Exercice 1 : ?
SoitK un corps, et soientA etB desK-alg`ebres.
a) D´efinir une structure de K-alg`ebre sur A⊗KB.
b) Montrer que lesK-alg`ebres K[X]⊗KK[Y] etK[X, Y] sont isomorphes.
c) Montrer que le morphisme naturel de K-alg`ebres deK(X)⊗KK(Y) vers K(X, Y) est injectif mais non surjectif.
Solution de l’exercice 1.
a) On sait que A⊗K B est naturellement muni d’une structure de K-espace vectoriel. Il reste `a d´efinir la multiplication. Pour cela, on remarque par exemple que la multiplication sur A est une application bilin´eaireA×A→A, donc elle induit une application lin´eairemA:A⊗A→A.
On dispose donc d’une application lin´eaire naturelle
mA⊗mB : (A⊗A)⊗(B⊗B)→A⊗B
d´efinie sur les tenseurs purs par (mA⊗mB)(a⊗a0⊗b⊗b0) =aa0⊗bb0. Alors la commutativit´e et l’associativit´e du produit tensoriel permettent d’identifier cette application `a une application lin´eaire
mA⊗B : (A⊗B)⊗(A⊗B)→A⊗B ,
correspondant `a une application bilin´eairem: (A⊗B)×(A⊗B)→A⊗Bqui est la multiplication souhait´ee. Par construction, elle v´erifiem(a⊗b, a0⊗b0) = (aa0)⊗(bb0).
En utilisant le fait que les multiplicationsmAet mB munissentA etB d’une structure de K- alg`ebre, il est facile de v´erifier quemmunitA⊗B d’une structure deK-alg`ebre : par exemple, on v´erifie que
(a1⊗b1+a2⊗b2)a0⊗b0 = (a1⊗b1)(a0⊗b0) + (a2⊗b2)(a0⊗b0) =a1a0⊗b1b0+a2a0⊗b2b0, et queK est central dans l’alg`ebreA⊗B ainsi d´efinie.
Une variante consiste `a consid´erer, pour tout (a, b) ∈ A×B, l’application bilin´eaire ma,b : A×B → A⊗B d´efinie par (a0, b0) 7→ aa0 ⊗bb0. Elle induit naturellement une application lin´eaire ma,b : A⊗B → A ⊗B. Il est facile de voir que l’application m : (a, b) 7→ ma,b est une application bilin´eaire m : A×B → EndK(A⊗B), donc elle induit une application lin´eaireM :A⊗B →EndK(A⊗B). Il est alors clair que M induit une application bilin´eaire M0: (A⊗B)×(A⊗B)→A⊗B, qui est la multiplication souhait´ee.
b) L’application naturelle K[X]×K[Y]→ K[X, Y] d´efinie par (P(X), Q(Y))7→ P(X)Q(Y) est clairement bilin´eaire, donc elle induit une application lin´eaireϕ:K[X]⊗KK[Y]→K[X, Y]. Il est facile de voir queϕest un morphisme deK-alg`ebres (pour la structure deK-alg`ebre d´efinie en a)).
On voit ensuite queϕenvoie la base (Xi⊗Yj)(i,j)∈N2 deK[X]⊗K[Y] sur la base (XiYj)(i,j)∈N2
de K[X, Y], doncϕest un isomorphisme.
On peut ´egalement consid´erer l’application lin´eaireψ:K[X, Y]→K[X]⊗KK[Y] d´efinie par P
m,nλm,nXmYn7→P
m,nλm,nXm⊗Yn (ces sommes sont finies), et v´erifie queψ◦ϕetϕ◦ψ sont bien les applications identit´e sur chacun des espaces en question.
c) On dispose comme en b) d’une application lin´eaire naturelle ϕe:K(X)⊗KK(Y) →K(X, Y), d´efinie parϕ(f(X)⊗fe (Y)) =f(X)g(Y). On voit que l’image deϕeest incluse dans le sous-espace strict
V :=
R(X, Y)∈K(X, Y) :∃(Q1(X), Q2(Y))∈K[X]×K[Y], R(X, Y)Q1(X)Q2(Y)∈K[X, Y] . Ceci montre bien que ϕe n’est pas surjective, puisque par exemple l’´el´ement X+Y1 ∈ K(X, Y) n’est pas dans V.
D´efinissons
ψe: V → K(X)⊗KK(Y)
P
m,nλm,nXmYn
Q1(X)Q2(Y) 7→ P
m,nλm,n
Xm
Q1(X) ⊗ Yn Q2(Y)
.
On constate facilement queψeest bien d´efinie et queψe◦ϕeest l’identit´e, ce qui assure l’injectivit´e voulue.
Exercice 2 : ?
a) Notons M2(C) la C-alg`ebre des matrices 2×2 `a coefficients dans C et H la R-alg`ebre des quaternions. Montrer que lesC-alg`ebres M2(C) et H⊗RC sont isomorphes.
b) Montrer queH⊗RHest isomorphe `a M4(R).
Solution de l’exercice 2.
a) On constate d’abord que H⊗RC est naturellement munie d’une structure de C-alg`ebre : on a un isomorphisme naturel de C-espaces vectoriels H⊗RC ∼= C⊕Ci⊕Cj⊕Ck, avec i2=j2 =k2 =−1, etij =−ji=k.
Par cons´equent, il est facile de v´erifier que l’application 1⊗a+i⊗b+j⊗c+k⊗d7→
a+bi c+di
−c+di a−bi
d´efinit bien un isomorphisme de C-alg`ebres H⊗C−→∼ Mat2(C).
b) On va montrer queH⊗RHest isomorphe `a Mat2(R)⊗RMat2(R) (qui est isomorphe `a Mat4(R), puisque pour touteK-alg`ebre A, on a que Matn(K)⊗KA'Matn(A)).
On consid`ere la sous-R-alg`ebreAde dimension 4 deH⊗RHengendr´ee par 1⊗1, i⊗1, j⊗j, k⊗j (on v´erifie que le sous-espace vectoriel engendr´e par ces quatre vecteurs est bien une sous- alg`ebre). Alors l’application lin´eaire a :A → Mat2(R) d´efinie par a(1⊗1) := I2, a(i⊗1) :=
0 −1
1 0
, a(j ⊗j) :=
0 1 1 0
et a(k⊗j) :=
−1 0
0 1
est bien un isomorphisme de R-alg`ebres. De mˆeme, on d´efinit la sous-R-alg`ebre B de dimension 4 de H⊗RH engendr´ee par 1⊗1,1⊗j, i⊗k, i⊗i (on v´erifie que le sous-espace vectoriel engendr´e par ces quatre vecteurs est bien une sous-alg`ebre). Alors on voit que l’isomorphisme lin´eaireA→B d´efini par 1⊗1 7→1⊗1, i⊗17→1⊗j,j⊗j 7→i⊗k etk⊗j7→i⊗i est un morphisme deR-alg`ebres, doncB ∼= Mat2(R) commeR-alg`ebres.
Enfin, les deux sous-R-alg`ebres A et B commutent dans H⊗RH, donc l’application lin´eaire naturelle A⊗RB → H⊗RH induite par la multiplication dans H⊗RH (i.e. (a, b) 7→ ab) est un morphisme de R-alg`ebres. On v´erifie enfin que c’est un isomorphisme en calculant les dimensions et en montrant par exemple que l’image contient des g´en´erateurs de H⊗RH.
Plus directement, notons σi =
1 0 0 −1
, σj =
0 1
−1 0
et σk =
0 1 1 0
. On pose ensuite
α(1⊗1) = 1⊗1, α(i⊗1) =σi⊗σj, α(j⊗1) =σj⊗1, α(k⊗1) =σk⊗σj. Ces matrices v´erifient les mˆemes relations que les g´en´erateurs de H. Faisons la mˆeme chose de mani`ere sym´etrique :
α(1⊗1) = 1⊗1, α(1⊗i) =σj⊗σi, α(1⊗j) = 1⊗σj, α(1⊗k) =σj⊗σk.
Cela suffit pour prolongerαen un morphisme d’alg`ebresH⊗RH→Mat2(R)⊗RMat2(R), dont on v´erifie (en calculant les dimensions) que c’est un isomorphisme.
Exercice 3 : ??
a) Soient U et V des espaces vectoriels (sur un corpsK). On note U∗ = HomK(U, K) le dual de U. Expliciter une application lin´eaire naturelle injective Φ :U∗⊗KV →HomK(U, V). Quelles sont les images des tenseurs d´ecompos´es (c’est-`a-dire les λ⊗v avec λ∈U∗ et v∈V) ? Quelle est l’image de l’application Φ ? Quand est-elle un isomorphisme ?
b) SoientE etF deux K-espaces vectoriels de dimension finie. Que vaut
x∈E⊗Fmax min (
n∈N:∃(e1, . . . , en)∈En et (f1, . . . , fn)∈Fn, x=
n
X
i=1
ei⊗fi
)
?
Solution de l’exercice 3.
a) On d´efinit φ : U∗ ×V → HomK(U, V) par φ(ϕ, v) := ϕ(.)v. Il est clair que l’application φ est bilin´eaire, donc elle induit une application Φ : U∗⊗KV → HomK(U, V). Il est clair que l’image de Φ est exactement le sous-espace W ⊂ HomK(U, V) des applications lin´eaires de rang fini. Par construction, les tenseurs d´ecompos´es sont envoy´es sur les applications lin´eaires de rang 1. En outre, pour tout f ∈ W, on choisit une base (vi)1≤i≤n de Im (f), de sorte que f =Pn
i=1fi(.)vi, avec fi ∈ U∗. La formule de changement de bases assure que l’´el´ement Ψ(f) :=Pn
i=1fi⊗vi ∈U∗⊗KV ne d´epend pas de la base (vi) choisie. Cela permet de d´efinir une application lin´eaire Ψ :W →U∗⊗KV telle que Ψ◦Φ = id, ce qui assure que Φ est injective (d’imageW).
Finalement, Φ est un isomorphisme si et seulement si tout application lin´eaire U → V est de rang fini si et seulement siU ou V est de dimension finie.
b) La question a) assure que l’on a un isomorphisme canonique Φ :E⊗KF −∼→HomK(E∗, F), et que si pour toutx∈E⊗KF, on note
rg(x) := min (
n∈N:∃(e1, . . . , en)∈En et (f1, . . . , fn)∈Fn, x=
n
X
i=1
ei⊗fi
) ,
alors on a rg(x) = rg(Φ(x)), o`u le second rang est le rang classique d’une application lin´eaire.
Par cons´equent, on voit imm´ediatement que l’on a
x∈E⊗Fmax min (
n∈N:∃(e1, . . . , en)∈En et (f1, . . . , fn)∈Fn, x=
n
X
i=1
ei⊗fi
)
= min{dim(E),dim(F)}. Remarque : la question plus g´en´erale du nombre maximal de tenseurs d´ecomposables dont on
a besoin pour ´ecrire un ´el´ement quelconque de E1⊗K· · · ⊗KEn, o`u les Ei sont desK-espaces vectoriels de dimension finie, est tr`es difficile si n ≥ 3. Cette question est encore largement ouverte, et la r´eponse d´epend du corpsK...
Exercice 4 :
SoitK un corps et soit E un espace vectoriel de dimension finie sur K. Soitn≥1 un entier. Montrer que le dual (VnE)∗ de VnE est canoniquement isomorphe `aVnE∗.
Solution de l’exercice 4. D´efinissons l’application bilin´eaire suivante b: (E∗)n×En → K
((αi)i,(xj)j) 7→ det((αi(xj))ij) .
Pour tout (xj)j, l’applicationb(·,(xj)) est altern´ee et passe donc au quotient pour d´efinirVn
E∗×En→ K. De la mˆeme mani`ere, c’est encore altern´e en l’autre variable et b induit donc une application
bilin´eaireb:VnE∗×VnE →K. Cette derni`ere est non d´eg´en´er´ee : il suffit de prendre pour (αi)i la base duale de (xi) pour obtenir 1.
L’application (αi)i 7→b((αi),·) est l’isomorphisme Vn
E∗ ∼−→ Vn
E∗
recherch´e.
Exercice 5 :
Soit n ≥ 1 un entier, soit K un corps et soit E un espace vectoriel de dimension n sur K. Montrer que le dual (Vi
E)∗ deVi
E est non canoniquement isomorphe `aVn−i
E.
Solution de l’exercice 5. L’application naturelleVi
E×Vn−i
E→Vn
E compos´ee avec l’isomorphisme non canonique (voir cours) VnE ' K montrent que (ViE)∗ est non canoniquement isomorphe `a Vn−i
E.
Exercice 6 : ??
Soit K un corps et soient E et F des K-espaces vectoriels de dimension finie. Soit n≥ 1 un entier.
Montrer que l’on a une bijection entre l’ensemble des applications lin´eaires VnE → F et l’ensemble des applicationsn-lin´eaires altern´eesEn→F.
Solution de l’exercice 6. Si f :Vn
E→F, on peut lui associer (ei)i 7→f(e1∧ · · · ∧en).
On peut construire l’application r´eciproque de la mani`ere suivante : notons φ : VnE∗ ∼−→ VnE∗
l’isomorphisme de l’exercice 4. Notons (f1, . . . , fr) une base de F et (f1∗, . . . , fr∗) la base duale. Si g : En → F est n-lin´eaire altern´ee, on lui associe P
jφ(fj∗ ◦g)fj. On v´erifie ensuite que c’est bien l’inverse de l’application pr´ec´edente.
Exercice 7 : ??
SoitK un corps et soit E un K-espace vectoriel. Soientu1, . . . , ur des ´el´ements de E.
a) Montrer que l’on au1∧ · · · ∧ur6= 0 dansVr
E si et seulement si la famille (u1, . . . , ur) est libre dansE.
b) Montrer que l’on au1∧ · · · ∧ur 6= 0 dansVrE si et seulement s’il existe une forme altern´eef surE telle que f(u1, . . . , ur)6= 0.
Solution de l’exercice 7.
a) Si on a une relation lin´eaire non triviale λ1u1+· · ·+λrur = 0 avec les λi dans K, on peut supposerλi0 = 1 pour un certain i0. Alors on a
u1∧ · · · ∧ur=−X
j6=i0
λju1∧ · · · ∧ui0−1∧uj∧ui0+1∧. . . ur= 0.
Si la famille (ui)i est libre, notons F le sous-espace de E engendr´e par ces vecteurs : la droite VrF ⊆VrE est alors engendr´ee paru1∧ · · · ∧ur.
b) Siu1∧ · · · ∧ur est non nul, notonsF le sous-espace de E de base (u1, . . . , ur). Alors la forme lin´eaireVr
F →K d´efinie paru1∧ · · · ∧ur 7→1 peut se prolonger par 0 sur un suppl´ementaire deVr
F dansVr
E et on obtient une forme lin´eairef :Vr
E →Ktelle quef(u1∧ · · · ∧ur)6= 0.
La r´eciproque est ´evidente.
Exercice 8 :
SoitK un corps et soient E etF desK-espaces vectoriels. Soitn≥1 un entier et soitu:E→F une aplication lin´eaire.
a) D´efinir une application lin´eaire “naturelle” Vn
u:Vn
E →Vn
F.
b) Supposons que le rang deu est fini ´egal `a un entier r. Montrer que si n≤r, alors le rang de Vnu est nr
, et sin > r, l’applicationVnu est nulle.
Solution de l’exercice 8.
a) Il s’agit de Vn
u:x1∧ · · · ∧xn7→u(x1)∧ · · · ∧u(xn).
b) On v´erifie que l’image de Vnu est Vn Im (u)
, ce qui assure le r´esultat.
Exercice 9 :
SoitK un corps et soientA etB desK-alg`ebres gradu´ees.
a) Montrer qu’il existe sur A⊗KB une structure naturelle deK-alg`ebre gradu´ee telle que (a⊗b)(a0⊗b0) = (−1)(degb)(dega0)(aa0⊗bb0).
On note A⊗suK B l’alg`ebre ainsi obtenue.
b) SoientV etW des espaces vectoriels surK. Montrer que l’on a un isomorphisme deK-alg`ebres
^(V ⊕W)'^
V ⊗suK ^ W.
Solution de l’exercice 9.
a) D’abord, la multiplication ainsi d´efinie est bien associative. Ensuite, la distributivit´e par rapport
`
a l’addition permet de d´efinir la multiplication surA⊗B et de lui fournir la structure d’alg`ebre voulue (voir aussi l’exercice 1).
b) En tant queK-espaces vectoriels, l’isomorphisme est clair puisque l’on a, pour toutn≥0, un isomorphisme naturel :
^n
(V ⊕W)'
n
M
k=0
^k
V
⊗K
^n−k
W
, et ce dernier espace est exactement le sous-espace vectoriel de (V
V)⊗K (V
W) form´e des
´el´ements de degr´en.
Reste `a v´erifier la compatibilit´e avec la multiplication, qui se fait sur les tenseurs ind´ecomposables.
Pour cela,
soient n, n0∈N,0≤k≤n,0≤k0 ≤n0, v1, . . . , vk, v01, . . . , v0k0 ∈V, wk+1, . . . , wn, wk00+1, . . . , wn00 ∈W . On calcule le produit suivant dans V
(V ⊕W) :
(v1∧ · · · ∧vk∧wk+1∧ · · · ∧wn)∧(v01∧ · · · ∧vk00 ∧w0k0+1∧ · · · ∧w0n0) = (−1)(n−k)k0vI∧wJ, o`u on a pos´e vI =v1∧ · · · ∧vk∧v10 ∧ · · · ∧v0k0 etwJ =wk+1∧ · · · ∧wn∧wk00+1∧ · · · ∧wn00. Or par d´efinition de⊗su, on a dansV
V ⊗suK V W :
(v1∧ · · · ∧vk⊗wk+1∧ · · · ∧wn)·su(v10 ∧ · · · ∧v0k0⊗w0k0+1∧ · · · ∧wn00) = (−1)(n−k)k0vI⊗wJ, ce qui assure que l’isomorphisme naturel deK-espaces vectoriels entreV
(V ⊕W) et (V V)⊗suK (V
W) est bien un isomorphisme de K-alg`ebres.
Exercice 10 :
SoitK un corps et soit E un K-espace vectoriel.
a) Supposons E de dimension finie. On note V
E = L
n
Vn
E et on ´ecrit tout ´el´ement z ∈V E sous la forme z=P
n≥0zn. Montrer quez∈V
E est inversible si et seulement siz0 6= 0.
b) Montrer que tout ´el´ementz∈V
E appartient `a unV
F pour un certain sous-espaceF ⊂E de dimension finie. En d´eduire une description des inversibles de V
E.
Solution de l’exercice 10.
a) Notons r la dimension de E. Si z est inversible d’inverse y, en projetant sur la composante en degr´e 0 de l’alg`ebre ext´erieure la relation zy = 1 dansV
E, on voit que z0y0 = 1, donc la condition est n´ecessaire.
R´eciproquement, supposonsz0 6= 0. On v´erifie quez0−1
r
P
i=0
−z0−1 P
n≥1
zn
∧i
est une somme finie dansV
E qui est l’inverse dez.
b) Seuls un nombre fini dezn sont non nuls. Chacun s’´ecrit alors comme une somme finie zn=zn,1(1)∧ · · · ∧z(1)n,n+· · ·+zn,1(αn)∧ · · · ∧zn,n(αn).
Il suffit alors de consid´erer pourF le sous-espace deE engendr´e par tous leszn,ik avec n≥0 tel quezn6= 0, 1≤i≤net 1≤k≤αn. Alorsz∈V
F ⊂V E.
La question a) assure alors que si z0 6= 0, alors z est inversible dans V
F, donc dans V E.
R´eciproquement, sizest inversible dansV
Ed’inversey, alors il existe un sous-espace vectoriel G⊂E de dimension finie tel que y, z ∈V
G⊂V
E, et la question a) assure que z0 6= 0.
Exercice 11 : ??
Soit n ≥ 1 un entier. Soient F ⊂ E des corps tels que E est un F-espace vectoriel de dimension n, de base (1, x1, . . . , xn−1). On suppose l’existence d’un groupe G de cardinal n, compos´e de F- automorphismes de E, tel que le corpsEG={e∈E | ∀g∈G, ge=e} est exactement F.
a) Montrer que les ´el´ements de Gsont lin´eairement ind´ependants.
b) SoitV unE-espace vectoriel, muni d’une action semi-lin´eaire deG. On d´efinit le sous-F-espace vectoriel des G-invariants par VG := {v ∈ V | ∀g ∈ G gv = v}. Prouver que l’application naturelleE-lin´eaireη :VG⊗F E →V commute `a l’action de G.
c) Montrer que η est un isomorphisme.
Solution de l’exercice 11.
a) On raisonne par l’absurde. Soit λ1g1+· · ·+λkgk = 0 dans EndF(E) ⊂ EE une relation de d´ependance lin´eaire surEde longueurkminimale (avec lesgi∈Gdeux-`a-deux distincts etλi ∈ E∗pour touti). On peut supposerk≥2. Comme les caract`eresgisont distincts, on a l’existence d’un ´el´ement y ∈ E avec g1(y) 6= g2(y). On a alors, pour tout x ∈ E, g1(y)P
iλigi(x) = 0, et aussi P
iλigi(xy) = P
iλigi(x)gi(y) = 0. En soustrayant ces deux ´egalit´es, on obtient une combinaison lin´eaire non triviale et strictement plus courte, `a savoir
λ2(g2(y)−g1(y))g2+· · ·+λk(gk(y)−g1(y))gk= 0, ce qui contredit la minimalit´e de la relation initiale.
b) Tout d’abord, on dispose bien d’une applicationE-lin´eaireη :VG⊗F E → V puisque l’appli- cationVG×E→V d´efinie par (v, e)7→ev est bilin´eaire.
Pour toutg∈G, et tous v∈VG ete∈E, on a
η(g·(v⊗e)) =η(v⊗g(e)) =η(g(v)⊗g(e)) =g(e)g(v) =g(ev), doncη est bienG-´equivariante.
c) Montrons d’abord que η est surjective. Notonsg1= Id, . . . , gn les ´el´ements deG. On renomme aussi x0 := 1 ∈ E. Soit v un ´el´ement non nul de V. Posons, pour tout j ∈ {0, . . . , n−1}, vj := P
igi(xjv)∈VG. Par la question a), la matrice (gi(xj))i,j est inversible, et en inversant le syst`eme pr´ec´edent, on obtient les gi(v) comme combinaisons lin´eaires des vj. La relation donnantg0(v) affirme alors la surjectivit´e souhait´ee.
Montrons ensuite que η est injective. Si ce n’est pas le cas, il existe une famille (v1, . . . , vm) de vecteurs deVG qui estF-libre mais nonE-libre. On suppose l’entierm minimal pour cette propri´et´e. On dispose d’une combinaison lin´eaire non trivialeP
iλivi = 0 surE. Comme lesλi ne sont pas tous dans F, on peut supposerλ1 ∈/ F et λm = 1. Commeλ1 ∈/ F =EG, il existe g∈G tel queg(λ1)6=λ1. On obtient alors une relation
m−1
P
i=1
(g(λi)−λi)vi= 0, qui contredit la minimalit´e de m. Doncη est bien injective.
Exercice 12 : ??
SoitK un corps.
a) D´efinir une notion de suite exacte deK-espaces vectoriels.
b) Soit 0→ V1 → V2 → V3 → 0 une suite exacte de K-espaces vectoriels. Soit ´egalement W un K-espace vectoriel.
i) Montrer que la suite
0→HomK(V3, W)→HomK(V2, W)→HomK(V1, W)→0 est une suite exacte.
ii) Montrer que la suite
0→V1⊗KW →V2⊗KW →V3⊗KW →0 est une suite exacte.
Solution de l’exercice 12.
a) Soient (En)n∈Z des K-espaces vectoriels et fn :En → En+1 des applications lin´eaires. On dit que la suite
. . .−−−→fn−2 En−1 fn−1
−−−→En fn
−→En+1 fn+1
−−−→. . .
est exacte en rangn(ou en En) si et seulement si Im (fn−1) = Ker(fn). On dit que la suite est exacte si elle est exacte en rangnpour toutn∈Z.
b) On notef :V1 →V2 etg:V2 →V3 les deux morphismes non triviaux de la suite exacte.
i)
— Montrons que la compos´ee HomK(V3, W) → HomK(V2, W) → HomK(V1, W) est l’ap- plication nulle. Soit ϕ : V3 → W une application lin´eaire. Alors l’image de ϕ dans HomK(V2, W) est ϕ◦get son image dans HomK(V1, W) estϕ◦g◦f. Or la suite initiale est exacte, donc g◦f = 0, donc l’image de ϕdans HomK(V1, W) est nulle.
— Montrons maintenant que le noyau de HomK(V2, W)→HomK(V1, W) est contenu dans l’image de HomK(V3, W) → HomK(V2, W). Soit ϕ : V2 → W dans ce noyau, i.e. tel que ϕ◦f = 0. Alors f(V1) ⊂ Ker(ϕ), donc le th´eor`eme de factorisation assure que ϕ se factorise en une application lin´eaire V2/f(V1) → W. Or g induit un isomorphisme V2/f(V1)'V3, donc ϕse factorise en ϕ:V3 → W de sorte que ϕ◦g =ϕ. Cela assure queϕ est l’image deϕ par l’application naturelle HomK(V3, W)→HomK(V2, W).
— Montrons que l’application HomK(V3, W)→ HomK(V2, W) est injective. Soit ϕ:V3 → W tel queϕ◦g= 0. Commeg est surjective par hypoth`ese, il est clair que cela implique queϕ= 0, d’o`u l’injectivit´e souhait´ee.
— Montrons que l’application HomK(V2, W)→HomK(V1, W) est surjective. Soitϕ:V1→ W une application lin´eaire. On choisit un suppl´ementaire V10 de f(V1) dans V2, et on d´efinit une application lin´eaireψ:V2→W en posant ψ|f(V
1) =ϕ◦f|V
1
−1 etψ|
V0 1
= 0. Il est alors clair queψ◦f =ϕ, doncϕest l’image deψpar HomK(V2, W)→HomK(V1, W).
On a bien prouv´e l’exactitude souhait´ee.
ii) — Montrons que la compos´eeV1⊗KW →V2⊗KW →V3⊗KW est l’application nulle. Soit v1⊗w∈V1⊗W. Alors l’image dev1⊗wdansV2⊗W estf(v1)⊗wet son image dans V3⊗W estg(f(v1))⊗W. Or la suite initiale est exacte, donc g◦f = 0, donc l’image de v1⊗w dansV3⊗W est nulle.
— Montrons maintenant que le noyau de V2⊗W → V3⊗W est contenu dans l’image de V1⊗W →V2⊗W. Pour cela, on constate que le point pr´ec´edent assure que l’application V2⊗W →V3⊗W se factorise en une application lin´eaire f :V2⊗W/Im (V1⊗W) → V3⊗W, d´efinie par f(v2⊗w) = f(v2)⊗w. On d´efinit une application h :V3×W → V2⊗W/Im (V1⊗W) de la fa¸con suivante : si (v3, w)∈V3×W, la surjectivit´e degassure qu’il existev2∈V2 tel queg(v2) =v3, et on d´efinith(v3, w) comme l’image dev2⊗wdans le quotientV2⊗W/Im (V1⊗W). V´erifions que la d´efinition dehest correcte : siv2, v20 ∈V2 v´erifient queg(v2) =v3 =g(v02), alorsv2−v02∈Ker(g) = Im (f), donc il existev1∈V1tel quev1−v02=f(v1). Alors on av2⊗w−v02⊗w= (v2−v20)⊗w=f(v1)⊗w∈Im (V1⊗W).
Donc hest bien d´efinie.
En outre, il est clair que h est bilin´eaire, donc h induit une application lin´eaire h : V3⊗W →V2⊗W/Im (V1⊗W)
Il est imm´ediat de v´erifier quehest la r´eciroque de l’applicationg. Cela assure bien que le noyau de V2⊗W →V3⊗W est ´egal `a l’image deV1⊗W →V2⊗W.
— Montrons que l’applicationV1⊗W →V2⊗W est injective. On fixe une base (wi)i∈I de W. AlorsW ∼=L
i∈IKwi, et le morphismeV1⊗W →V2⊗W s’identifie que morphisme L
i∈If⊗idi :L
i∈IV1⊗Kwi→L
i∈IV2⊗Kwi, qui est bien injectif puisque chacune des composantes de ce morphisme est le morphisme injectiff :V1 →V2.
— Montrons que l’application V2 ⊗W → V3⊗W est surjective. Soit v3⊗w ∈ V3⊗W. Par surjectivit´e de g, il existe v2 ∈ V2 tel que g(v2) = v3. Alors v3⊗w est l’image de v2 ⊗w par l’application V2 ⊗W → V3 ⊗W. une application lin´eaire. On choisit un suppl´ementaire V10 de f(V1) dans V2, et on d´efinit une application lin´eaireψ :V2 → W en posant ψ|f(V
1) =ϕ◦f|V
1
−1 etψ|
V0 1
= 0. Il est alors clair que ψ◦f =ϕ, donc ϕ est l’image deψ par HomK(V2, W)→HomK(V1, W).
On a bien prouv´e l’exactitude souhait´ee.
Remarque : on peut ´egalement d´eduire la question b) ii) de la question b) i), en montrant le fait suivant : une suite 0→E1 →E2→E3 →0 deK-espaces vectoriels est exacte si et seulement si pour toutK-espace vectorielF, la suite 0→HomK(E3, F)→HomK(E2, F)→HomK(E1, F)→0 est une suite exacte. La preuve de ce fait est facile (du mˆeme ordre que la preuve de b)i)). Il suffit ensuite d’appliquer cela `a la suite 0 → V1 ⊗W → V2⊗W → V3 ⊗W → 0, en utilisant les identifications HomK(Vi⊗W, F)'HomK(Vi,HomK(W, F))...
Exercice 13 :
SoitV un espace vectoriel hermitien complexe de dimension finien, de base (e1, . . . , en). On ne suppose pas que cette base est orthonormale. Pour 1 ≤ i ≤ n, soit si une transformation unitaire telle que si(ei) =ciei avec ci 6= 1 et telle que si est l’identit´e sur e⊥i . On appelle G le sous-groupe de GL(V) engendr´e par les si.
a) Soit x∈V. Exprimer si(x) comme combinaison lin´eaire dex et de ei.
b) Soitkun entier sup´erieur ou ´egal `a 1. Montrer que tout ´el´ement deVkV invariant parGest nul (on pourra proc´eder par r´ecurrence surnen consid´erant le sous-espaceV0 de base (e1, . . . , en−1) et en d´ecomposantV en somme directe de V0 et de son suppl´ementaire orthogonal).
c) On suppose que G est fini. Montrer que pour tout ´el´ement Ade End(V) on a : X
g∈G
det(A−g) =|G| ·det(A) et X
g∈G
det(Id−Ag) =|G|.
d) En d´eduire que pour tout A de End(V), il existe g ∈G tel que Ag n’a aucun point fixe non nul.
Solution de l’exercice 13.
a) La formule usuelle de projection orthogonale assure que l’on a si(x) = (ci−1)hx, eii
keik2 ei+x . b) On raisonne par r´ecurrence sur n:
— sin= 1, alors la seule valeur int´eressante est k= 1, et on a Vk
V =V1
V =V =Ke1. Or par d´efinition, on as1(e1) =c1e1 6=e1, donc
VkVG
={0}.
— Soitn >1 et supposons le r´esultat d´emontr´e si dimV =n−1. On consid`ere le sous-espace vectorielV0 sugg´er´e dans l’´enonc´e, ainsi que la d´ecomposition en somme directe orthogonale V =V0⊕⊥V0⊥. Alors dimV0=n−1 et dimV0⊥= 1. Soitk≥1. On a alors un isomorphisme canonique
^k
(V)'
k
M
i=0
^i
(V0)⊗^k−i
(V0⊥) =^k
(V0)⊕
^k−1
(V0)⊗V0⊥
.
Supposons d’abord k ≥ 2. Alors l’hypoth`ese de r´ecurrence assure que Vk(V0)G0 = {0} et Vk−1
(V0)G0 ={0}, o`u G0:=hs1, . . . , sn−1i ⊂G. Soit alors x=x1+x2⊗v∈Vk(V)G, avec x1 ∈ Vk
(V0), x2 ∈Vk−1
(V0) et v ∈ V0⊥. Alors pour tout 1 ≤ i≤ n−1, on a si(x) = x, donc comme V0 etV0⊥ sont stables parsi, on a si(x1) =x1 etsi(x2)⊗v =x2⊗v. Donc x1 ∈ Vk(V0)G0 = {0}, donc x = x2 ⊗v. Si v = 0, alors x = 0, sinon, on a si(x2) = x2 pour tout 1≤i≤n−1, doncx2∈Vk−1
(V0)G0 ={0}, donc x= 0 dans tous les cas. Donc Vk
(V)G={0}.
Supposons maintenantk= 1. Alors par r´ecurrence, on a seulementV1(V0)G0 ={0}, et donc si x = x1 +x2⊗v ∈ V1
(V)G, on a toujours x1 = 0, et donc x = x2⊗v, avec x2 ∈ C et v ∈ V0⊥. On applique alors sn ∈ G `a ce vecteur : sn(x) = x implique que sn(v) = v. Si v 6= 0, Kv est un suppl´ementaire deV0 et la restriction de sn `a V0 est l’identit´e, alors que sn6= id, doncsn(v)6=v. Par cons´equent,v= 0 et doncx= 0. Donc V1
(V)G ={0}.
Cela conclut la preuve.
c) On consid`ere l’endomorphismeS:=P
g∈G
Vn
(A−g) :Vn
(V)→Vn
(V). C’est une homoth´etie de rapportP
g∈Gdet(A−g). Soit alorse:=e1∧ · · · ∧en un vecteur non nul deVn
(V). Alors S(e) =S(e1)∧ · · · ∧S(en)
s’´ecrit, en d´eveloppant, comme une somme finie de termes dont le premier est P
g∈GA(e1)∧
· · · ∧A(en) =|G|det(A)·eet les suivants sont des multiples de vecteurs de la forme A(eik+1)∧ · · · ∧A(ein)∧X
g∈G
g(ei1)∧ · · · ∧g(eik) avec 1≤k≤net{i1, . . . , in}={1, . . . , n}. Or pour toutk≥1, le vecteur P
g∈Gg(ei1)∧ · · · ∧ g(eik) ∈ Vk(V) est clairement fixe par G, donc la question b) assure que P
g∈Gg(ei1)∧ · · · ∧ g(eik) = 0, donc finalement
S(e) =|G|det(A)·e , i.e.
X
g∈G
det(A−g) =|G|det(A).
De mˆeme, on obtient avec un raisonnement exactement similaire que
X
g∈G
^n
(Id−Ag)
(e) =X
g∈G
e=|G| ·e ,
puisque tous les termes restants sont nuls pour la mˆeme raison que plus haut. On en d´eduit donc que
X
g∈G
det(Id−Ag) =|G|.
d) Soit A ∈ End(V). La seconde formule de la question c) assure qu’il existe g ∈ G tel que det(Id−Ag)6= 0. Donc Id−Ag est inversible, doncAg n’a pas de point fixe non nul dans V. Exercice 14 : ? ? ?
Soientp un nombre premier impair, r≥1 etq =pr.
a) On note V1, V2 := (Fq2)2, et (ei, fi) la base canonique de Vi. On munit V := V1 ⊗F
q2 V2 de la forme bilin´eaire sym´etriqueb d´efinie par b(v1⊗v2, v01⊗v02) :=b1(v1, v10)b2(v2, v20), o`u bi est la forme bilin´eaire altern´ee surVi telle que bi((1,0),(0,1)) = 1. On pose enfin
V0 := VectFp{e1⊗e2, f1⊗f2, λe1⊗f2+λf1⊗e2 :λ∈Fq2} ⊂V . i) Montrer que dimFpV0 = 4.
ii) Construire un morphisme de groupes SL2(Fq2)→O(V0, b).
iii) En d´eduire un isomorphisme de groupes PΩ−4(Fq)∼= PSL2(Fq2).
b) On note (ei) la base canonique deF4q et on noteW :=V2
(F4q).
i) Quelle est la dimension deW comme Fq-espace vectoriel ?
ii) Montrer que W est muni d’une forme bilin´eaire sym´etrique non d´eg´en´er´ee naturellef telle que pour tout σ : {1,2,3,4} → {1,2,3,4}, f(eσ(1)∧eσ(2), eσ(3)∧eσ(4)) = ε(σ), avec par convention ε(σ) = 0 siσ n’est pas bijective.
iii) Montrer que GL4(Fq) agit naturellement surW.
iv) Construire un morphisme de groupes SL4(Fq)→O(W, f).
v) En d´eduire un isomorphisme PΩ+6(Fq)∼= PSL4(Fq).
c) On note (e1, e2, e3, e4) une base orthonorm´ee pour la forme sesquilin´eaire naturelle sur X :=
(Fq2)4, et X0 ⊂ V2X le sous-Fq-espace vectoriel engendr´e par les vecteurs λeσ(1) ∧eσ(2) + λeσ(3)∧eσ(4), pour toutσ ∈A4 etλ∈Fq2.
i) Montrer que dimFqX0= 6.
ii) Montrer que X0 est muni d’une forme bilin´eaire sym´etriquef telle que pour tout σ ∈A4, λ, µ∈Fq2,
f(λeσ(1)∧eσ(2)+λeσ(3)∧eσ(4), µeσ(1)∧eσ(2)+µeσ(3)∧eσ(4)) =λµ+λµ . iii) Construire un morphisme de groupes SU4(Fq2)→O(X0, f).
iv) En d´eduire un isomorphisme de groupes PΩ−6(Fq)∼= PSU4(Fq2).
Solution de l’exercice 14.
a) i) On fixe un ´el´ement ε∈Fq2 \Fq. On v´erifie facilement que V0 est unFp-espace vectoriel de dimension 4, dont une base est e1⊗e2, f1⊗f2, e1⊗f2+f1⊗e2, εe1⊗f2+εf1⊗e2. ii) On consid`ere la repr´esentation de SL2(Fq2) surV d´efinie par l’action diagonaleg·(v1⊗v2) :=
g(v1)⊗g(v2). Montrons que le sous-Fp-espace vectorielV0 ⊂V est stable par cette action.
Comme SL2(Fq2) est engendr´e par les transvections, il suffit de montrer que V0 est stable par les transvections. Pour cela, il suffit de consid´erer l’´el´ementg=
1 0 λ 1
(dans la base (ei, fi) de Vi), avecλ∈Fq2. On a alors
g·(e1∧e2) = (e1+λf1)⊗(e2+λf2) =e1⊗e2+ (λf1⊗e2+λe1⊗f2) +λλf1⊗f2∈V0 car λλ∈Fq. De mˆeme,
g·(f1⊗f2) =f1⊗f2 ∈V0, et
g·(εe1⊗f2+εf1⊗e2) = (ελ+ελ)f1⊗f2+ (εe1⊗f2+εf1⊗e2)∈V0 car ελ+ελ∈Fq.
Donc V0 ⊂ V est stable par SL2(Fq2). On a donc un morphisme de groupes naturel SL2(Fq2)→GL(V0).
Soit alors g=
1 0 λ 1
∈SL2(Fq2). Si on note q la forme quadratique associ´ee `ab, on a q(g·(e1⊗e2)) =q(e1⊗e2+ (λf1⊗e2+λe1⊗f2) +λλf1⊗f2) =−2λλ+ 2λλ= 0 =q(e1⊗e2) et
q(g·(f1⊗f2)) =q(f1⊗f2) et
q(g·(εe1⊗f2+εf1⊗e2)) =q((ελ+ελ)f1⊗f2+(εe1⊗f2+εf1⊗e2)) =−2εε=q(εe1⊗f2+εf1⊗e2). Cela assure que les ´el´ements de SL2(Fq2) agissant sur V0 pr´eservent la forme b, donc le morphisme pr´ec´edent est en fait un morphisme ρ: SL2(Fq2)→O(V0, b), comme souhait´e.
iii) Un calcul simple assure que le noyau du morphismeρconstruit `a la question pr´ec´edente est {±I2}. Le calcul du groupe d´eriv´e de SL2(Fq2) assure que le morphismeρ est `a valeurs dans Ω(V0, b). Donc ce morphisme induit un morphisme injectif ρ : PSL2(Fq2) → Ω(V0, b). Un calcul de cardinaux assure alors que ce morphisme induit un isomorphisme PSL2(Fq2) −→∼ PΩ(V0, b). Enfin, on v´erifie facilement que la forme bilin´eaire sym´etriquebest de type−, et par cons´equent le groupe PΩ(V0, b) s’identifie au groupe PΩ+4(Fq), ce qui conclut la preuve.
b) i) On sait queW est de dimension 42
= 6 surFp.
ii) On d´efinit la formef sur la base (ei∧ej)i<j deW, de la fa¸con suivante : on posef(ei∧ej, ek∧ ek) := 1 si la permutation (i j k l) est paire,f(ei∧ej, ek∧ek) := −1 si cette permutation est impaire, et f(ei∧ej, ek∧ek) := 0 sinon. Il est clair que cela d´efinit une forme bilin´eaire sym´etrique non d´eg´en´er´ee v´erifiant la propri´et´e souhait´ee.
iii) Il suffit de consid´erer l’action diagonale de GL4(Fq) surW donn´ee parg·(x∧y) :=g(x)∧g(y).
iv) On a construit `a la question pr´ec´edente un morphisme de groupes SL4(Fq) → GL(W).
Montrons que les ´el´ements de SL4(Fq) agissant surW pr´eservent la forme bilin´eairef. Pour cela, on consid`ere la transvectiong=
1 0 0 0 λ 1 0 0 0 0 1 0 0 0 0 1
∈SL4(Fq). On a alorsg·(e1∧e3) = e1∧e3+λe2∧e3 et g·(e1∧e4) =e1∧e4+λe2∧e4, et g·(ei∧ej) = ei∧ej sinon. Par cons´equent, un calcul simple assure que l’on af(g·(e1∧e3), g·(e1∧e4)) =f(e1∧e3+λe2∧ e3, e1∧e4+λe2∧e4) =λ−λ= 0 =f(e1∧e3, e1∧e4), et de mˆeme, pour tout i, j, k, l, on a f(g·(ei∧ej), g·(ek∧el)) =f(ei∧ej, ek∧el). Comme les transvections engendrent SL4(Fq), on en d´eduit que l’action de SL4(Fq) surW pr´eserve la forme bilin´eairef. Par cons´equent, l’action de la question pr´ec´edente induit un morphisme naturel
ρ: SL4(Fq)→O(W, f).
v) On v´erifie que Ker(ρ) = {±I4}, que la forme quadratique associ´ee `a f est de type +, et alors le calcul du groupe d´eriv´e de SL4(Fq) assure que le morphismeρ induit un morphisme de groupes injectif
ρ: PSL4(Fq)→PΩ(W, f)∼= PΩ+6(Fq).
Un argument de cardinalit´e assure alors que ce morphisme est un isomorphisme.
c) i) On note εun ´el´ement fix´e deFq2\Fq. On v´erifie qu’une base de X0 est donn´ee les vecteurs e1∧e2+e3∧e4, e1∧e3+e4∧e2, e1∧e4+e2∧e3, εe1∧e2+εe3∧e4, εe1∧e2+εe3∧e4, εe1∧e2+εe3∧e4. Par cons´equent, dimFqX0= 6.
ii) On introduit la forme f comme la somme orthogonale des trois formes naturelles suivantes d´efinies sur les trois Fq-plans en somme directe {λei ∧ ej +λek ∧ el : λ ∈ Fq2} (pour (i, j, k, l) = (1,2,3,4), (1,3,4,2) et (1,4,2,3)), par les formules suivantes
f(λei∧ej+λek∧el, µei∧ej +µek∧el) :=λµ+λµ .
Remarquons que la restriction de f `a chacun de ces trois plans (deux-`a-eux orthogonaux) est une forme quadratique non d´eg´en´er´ee de type −, donc f est une forme quadratique non d´eg´en´er´ee de type −surX0.
iii) On dispose de l’action naturelle de SU4(Fq2) surV2
X d´efinie parg·(x∧y) :=g(x)∧g(y).
Or on v´erifie que SU4(Fq2) est engendr´e par les matrices de permutation des vecteurs ei, ainsi que par les matrices correspondant aux applications d´efinies par e1 7→ αe1 +βe2, e2 7→ −βe1+αe2, avec α, β ∈ Fq2 tels que αα+ββ = 1. Or un calcul ´el´ementaire assure que ces ´el´ements de SU4(Fq2) pr´eservent tous le sous-espaceX0 de V2X, et qu’ils laissent
´
egalement la forme quadratique f invariante. Par cons´equent, l’action susmentionn´ee de SU4(Fq2) sur V2
X induit un morphisme de groupes ρ: SU4(Fq2)→O(X0, f).
iv) On voit que Ker(ρ) ={±I4}, et le calcul du sous-groupe d´eriv´e de SU4(Fq2) assure que le morphisme ρ induit un morphisme de groupes injectif
ρ: PSU4(Fq2)→PΩ(X0, f)∼= PΩ−6(Fq).
Un calcul de cardinaux assure alors que le morphismeρ est un isomorphisme.
Exercice 15 : ? ? ?
Soit K un corps de caract´eristique 6= 2, V un K-espace vectoriel de dimension n et q une forme quadratique surV.
a) On noteI(q) l’id´eal bilat`ere deT(V) engendr´e par les ´el´ements de la formev⊗v−q(v) pourv∈ V. On poseC(q) :=T(V)/I(q). Montrer queC(q) est uneK-alg`ebre, canoniquement isomorphe
` aV
V commeK-espace vectoriel, et admettant une d´ecompositionC(q) =C(q)+⊕C(q)−d´efinie par le degr´e des ´el´ements de T(V).
b) V´erifier C(q)+ est une sous-alg`ebre de C(q).
c) Montrer que dimKC(q) = 2n et donner une base de C(q) commeK-espace vectoriel.
d) Montrer queV se plonge naturellement dansC(q).
e) Calculer C(q) lorsque K = R, dimR(V) ≤ 2. G´en´eraliser au cas o`u K est quelconque et dimK(V)≤1.
f) Calculer le centre de C(q).
g) On note α := idC(q)+ ⊕ −idC(q)− ∈ GLK(C(q)) et pour tout x ∈ C(q)×, ρx ∈ EndK(C(q)) d´efini par ρx :z7→α(x)zx−1. Montrer que cela d´efinit un morphisme de groupes ρ:C(q)×→ GLK(C(q)).
h) On note Γ(V, q) :={x ∈ C(q)× :ρx(V) ⊂V}. Montrer que Γ(V, q) contient les vecteurs non isotropes de (V, q).
i) On suppose q non d´eg´en´er´ee. Montrer que Ker(ρ) =K∗.
j) Montrer qu’il existe un uniquet∈GLK(C(q)) tel quet|V = idV ett(xy) =t(y)t(x) pour tout x, y∈C(q).
k) Pour tout x ∈ C(q), on pose x := t(α(x)). Montrer que la formule N(x) := xx d´efinit une applicationN :C(q)→C(q) induisant un morphisme de groupesN : Γ(V, q)→K∗.
l) On suppose q non d´eg´en´er´ee. Montrer que Im (ρ) = O(V, q).
m) On supposeq non d´eg´en´er´ee. Montrer que l’on dispose d’un morphisme naturel θ: O(V, q)→ K∗/(K∗)2.
n) On supposeq non d´eg´en´er´ee et isotrope. Montrer que θ: SO(V, q)→K∗/(K∗)2 est surjectif.
o) On suppose q non d´eg´en´er´ee. On note Pin(V, q) := Ker(N) = {g ∈ Γ(V, q) : N(g) = 1} et Spin(V, q) :={g∈Pin(V, q) : det(ρ(g)) = 1}. Montrer que l’on a des suites exactes de groupes :
1→ {±1} →Pin(V, q)−→ρ O(V, q)−→θ K∗/(K∗)2 et
1→ {±1} →Spin(V, q)−→ρ SO(V, q)−→θ K∗/(K∗)2.
p) On suppose K =R et q non d´eg´en´er´ee et non d´efinie. Montrer que θ: SO(V, q) →K∗/(K∗)2 est surjective.
q) Montrer les isomorphismes suivants : Spin2(C)∼=C∗, Spin3(C)∼= SL2(C), Spin4(C)∼= SL2(C)× SL2(C), Spin5(C) ∼= Sp4(C), Spin6(C) ∼= SL4(C), ainsi que Spin2(R) ∼= U1(C), Spin3(R) ∼= SU2(C), Spin4(R)∼= SU2(C)×SU2(C).
Solution de l’exercice 15.