Analyse Complexe
Philippe Charpentier Université Bordeaux I
Septembre 2010
UNIVERSITÉBORDEAUXI
LABORATOIRE DE MATHÉMATIQUESPURES
351, COURS DE LALIBÉRATION, 33405 TALENCE
Adresse électronique:[email protected]
Préface
J
ai donné ce cours à l’université Bordeaux I en première année de Master durant les années universitaires 2007-08, 2008- 09, 2009-10 et 2010-11. Le contenu de ce polycopié est exactement ce que j’ai traité devant les étudiants. Pour aller plus loin dans la théorie des fonction holomorphes d’une variable complexe, le lecteur pourra consulter les ouvrages cités dans le bibliographie.Les exercices en fin de chapitre correspondent aux listes d’exercices distribuées par A. Yger au cours de l’année universi- taire 2010-2011.
Table des matières
Préface iii
CHAPITRE I. Formes différentielles, homotopie 1
I.1. Définitions générales. . . 1
I.2. Intégration des1-formes différentielles . . . 4
I.2.1. Définitions générales et formule de Stokes . . . 5
I.2.2. Indice d’un lacet par rapport à un point . . . 7
I.3. Homotopie . . . 8
I.4. Deux applications . . . 10
I.4.1. Logarithme complexe . . . 10
I.4.2. Quelque propriétés de l’indice . . . 11
Exercices. . . 11
CHAPITRE II. Fonctions holomorphes 21 II.1. Définition et propriétés fondamentales . . . 21
II.2. Premières propriétés des fonctions holomorphes . . . 24
II.3. Séries de Laurent et Théorème de l’application ouverte. . . 27
II.4. Le Théorème de Phragmen-Lindelöf . . . 31
Exercices. . . 32
CHAPITRE III. Fonctions harmoniques 41 III.1. La formule de Green . . . 41
III.2. Fonctions harmoniques et sous-harmoniques et propriété de la moyenne . . . 42
III.3. Le problème de Dirichlet classique dans une boule . . . 45
III.4. Cas particulier de la dimension2, liens avec les fonctions holomorphes . . . 49
III.4.1. Noyaux de Green et de Poisson du disque unité et fonctions harmoniques . . . 50
III.4.2. Fonctions sous-harmoniques. . . 52
III.4.3. Intégrale de Poisson et fonctions holomorphes . . . 53
Exercices. . . 53
CHAPITRE IV. Théorème de Runge, équations de Cauchy-Riemann et Théorème de Weierstrass 59 IV.1. Théorème de Runge et enveloppes d’holomorphie . . . 59
IV.2. RésolutionC∞des équations de Cauchy-Riemann . . . 62
IV.3. Le Théorème de Weierstrass . . . 64
IV.3.1. Première démonstration du Théorème de Weierstrass. . . 65
IV.3.2. Produits infinis de fonctions holomorphes . . . 65
IV.3.3. Les facteurs élémentaires de Weierstrass . . . 67
IV.3.4. La sphère de Riemann . . . 68
IV.3.5. Seconde démonstration du Théorème de Weierstrass . . . 69
Exercices. . . 70
CHAPITRE V. Transformations biholomorphes, Théorème de Riemann 75 V.1. Généralités . . . 75
V.2. Exemples de groupes d’automorphismes. . . 76
V.2.1. Le groupe des automorphismes deC . . . 76
V.2.2. Le groupe des automorphismes de la sphère de Riemann . . . 76
V.2.3. Le groupe des automorphismes du disque unitéD . . . 77
V.3. Le Théorème de Riemann . . . 77
V.4. Régularité au bord des transformations conformes . . . 79
Exercices. . . 81
VI.1. Le cas des séries entières . . . 85
VI.2. Le Théorème de Monodromie . . . 86
VI.3. Fonctions modulaires. . . 87
VI.4. Le Théorème de Picard . . . 90
VI.4.1. Un Théorème de Landau et un Thèorème de Bloch . . . 90
VI.4.2. Un Théorème de Schottky. . . 91
VI.4.3. Démonstration du Grand Théorème de Picard . . . 92
Exercices. . . 93
Annexe 97
CHAPITRE A. Intégration en polaires 97 A.1. Mesure euclidienne (ou invariante) sur une sphère . . . 97A.2. Intégration en polaires . . . 98
CHAPITRE B. Mesure euclidienne sur une sous-variété différentiable. Intégration par « tranches » 101 B.1. Cas des sous-variétés paramétrées . . . 101
B.2. Cas général . . . 102
Index 104
Bibliographie 107
C HAPITRE I
Formes différentielles homotopie
I.1
Définitions générales
DÉFINITIONI.1.1.
SoitUun ouvert deRn. On appelleforme différentielle de degré1(ou1-forme différentielle) surUune application f de U dans l’espace des formes linéaires surRn. Précisément, sia∈Rnetx∈U, on ahf(x),ai=∑ni=1fi(x)ai. En d’autres termes, si on note(dxi)ila base canonique de formes linéaires surRn(i.e.hdxi,ai=ai), on af(x) =∑ni=1fi(x)dxi, et on note doncf =∑ni=1f dxi. On dit que fest de classeCk,k∈N∪ {∞}, si les fonctionsfisont de classeCk.
DÉFINITIONI.1.2.
SoitUun ouvert deRn. On appellechamp de vecteurssurUune applicationX= (Xi)ni=1deUdansRn. On dit queXest de classeCk,k∈N∪ {∞}, si les fonctionsXi(deUdansR) sont de classeCk.
Les1-formes différentiellesf =∑ni=1f dxiet les champs de vecteursX= (Xi)ni=1sont mis en dualité par la formule hf,Xi(x) =
∑
ni=1
fi(x)Xi(x).
Exemple I.1.1 (Exemple fondamental). SoitUun ouvert deRnet soit f :U→Rune fonction de classeC1. Pour toutx∈U, soitd f(x)la différentielle de fau pointx. Alors l’applicationx7→d f(x)est une1-forme différentielle appelée ladifférentielle extérieurede f.
DÉFINITIONI.1.3.
SoientUun ouvert deRpetVun ouvert deRn. Soitϕ= (ϕi)i :U→Vune fonction de classeC1. Soitω=∑ωidxiune 1-forme différentielle surV. On appelleimage réciproquedeωparϕla1-forme différentielleϕ∗ωdéfinie surUpar
ϕ∗ω=
∑
i
(ωi◦ϕ)dϕi
oùdϕiest le différentielle extérieure deϕi. En particulier, siω=dgest la différentielle extérieure d’une fonctiongalors ϕ∗ω=d(g◦ϕ)(i.e.ϕ∗◦ωest la différentielle extérieure deg◦ϕ).
Avant de définir lesp-formes différentielles, nous faisons quelque rappels sur les formesp-multilinéaires alternées. Nous notonsΛp(Rn)l’espace de ces formes surRn. SiT ∈Λp(Rn)et sivi,1≤i≤p, sont des vecteurs deRn, on a donc
T(v1, . . . ,vp) =sign(σ)T vσ(1), . . . ,vσ(p) ,
pour toute permutationσde{1, . . . ,p}.
SiS∈Λp(Rn)etT ∈Λq(Rn), on appelleproduit extérieurdeSparT, notéS∧T, la formep+q-multilinéaires alternée définie par : si(v1, . . . ,vp,vp+1, . . . ,vp+q)∈Rp+q,
S∧T(v1, . . . ,vp+q) =
∑
σ
sign(σ)S vσ(1), . . . ,vσ(p)
T vσ(p+1), . . . ,vσ(p+q ,
où la somme est étendue à toutes les permutationsσ de{1, . . . ,p+q} telles queσ(1)< . . . <σ(p)etσ(p+1)< . . . <
σ(p+q). On vérifie facilement que l’on a aussi S∧T(v1, . . . ,vp+q) = 1
p!q!
∑
σ
sign(σ)S vσ(1), . . . ,vσ(p)
T vσ(p+1), . . . ,vσ(p+q ,
où, cette fois-ci, la somme est étendue à toutes les permutations. De même, la vérification des propriétés citées dans la Proposition qui suit ne pose pas de difficulté :
PROPOSITIONI.1.1.
SoientS∈Λp(Rn),T ∈Λq(Rn)etR∈Λr(Rn). 1. S∧T = (−1)pqT∧S.
2. (S∧T)∧R=S∧(T∧R). 3. S∈Λp(Rn),S∧S=0.
4. Sifi,1≤i≤p, sont des formes linéaires surRn, alors, pourvi∈Rn f1∧. . .∧fp(v1, . . . ,vp) =
∑
σ
sign(σ)f1 vσ(1)
. . .fp vσ(p) ,
c’est-à-dire f1∧. . .∧fp(v1, . . . ,vp) =det(fi(vj)). 5. Toute formeS∈Λp(Rn)s’écrit, de manière unique,
S=
∑
1≤i1<...<ip≤n
ci1...ipdxi1∧. . .∧dxip,
ce qui signifie que lesp-formes alternéesdxi1∧. . .∧dxip,i1<i2< . . . <ip, forment une base de l’espace vectoriel Λp(Rn). On les notedxIoùI= (i1, . . . ,ip).
Pour simplifier les notation, la somme∑1≤i1<...<ip≤nsera généralement notée
∑
0IavecI= (i1, . . . ,ip). On remarquera que, pourp>n,Λp(Rn) =0et queΛn(Rn)est de dimension1.DÉFINITIONI.1.4.
On appelle formedifférentielle de degrép(oup-forme différentielle) sur un ouvertUdeRnune applicationωdeUdans Λp(Rn). Elle s’écrit donc de manière unique
x7→ω(x) =
∑
0I
ωI(x)dxI.
On dit queωest de classeCksi les fonctionsωIsont classeCk. Nous noteronsAp(U)l’espace desp-formes diffé- rentielles surUetApk(U)l’espace de celles qui sont de classeCk.
Lesp-formes différentielles sont mises en dualité avec lesp-champs de vecteurs : siωest unep-forme etX= (X1, . . . ,Xp) unp-tuple de champs de vecteurs, la relation de dualité est
hω,Xi(x) =ω(X1, . . . ,Xp)(x) =ω(x)(X1(x), . . . ,Xp(x)) =
∑
0I
ωI(x)(X(x))I.
DÉFINITIONI.1.5.
SoientUun ouvert deRpetV un ouvert deRn. Soitϕ= (ϕi)i :U→V une fonction de classeC1. Soitω=
∑
0IωIdxI unep-forme différentielle surV. On appelleimage réciproquedeωparϕlap-forme différentielleϕ∗ωdéfinie surUparϕ∗ω=
∑
0I
(ωI◦ϕ)(dϕ)I,
où(dϕ)I=dϕi1∧. . .∧dϕipsiI= (i1, . . . ,ip).
I.1. DÉFINITIONS GÉNÉRALES
DÉFINITIONI.1.6.
Soitω =
∑
0IωIdxI une p-forme différentielle de classeC1. On appelledifférentielle extérieurede ω la p+1-forme différentielledωdéfinie pardω=
∑
0I
dωI∧dxI.
On remarquera que cette Définition prolonge celle donnée pour les fonctions (ExempleI.1.1).
PROPOSITIONI.1.2.
La différentiation extérieuredvérifie les propriétés suivantes : 1. dest linéaire.
2. Sifest une fonction de classeC2surU, on ad(d f) =d2f =0.
3. Siω1∈A1p(U)etω2∈Aq1(U), alorsd(ω1∧ω2) =dω1∧ω2+ (−1)pω1∧dω2.
Démonstration. Vérifions 2. : la Définition donne aussitôtd2f=∑ ∂
2f
∂xi∂xjdxi∧dxj, et commedxj∧dxi=−dxi∧dxj, la conclu- sion résulte du Théorème de Schwarz. Montrons maintenant le 3. Par linéarité, il suffit de le faire lorsqueω1=adxI et ω2=bdxJ:
d(ω1∧ω2) = d(ab)dxI∧dxJ
= (bda+adb)∧dxI∧dxJ
= da∧dxI
∧bdxJ+adb∧dxT∧dxJ
= da∧dxI
∧bdxJ+ (−1)padxI∧bdxJ
= dω1∧ω2+ (−1)pω1∧dω2, puisqued dxI=d dxJ=0par définition de la différentielle extérieure.
PROPOSITIONI.1.3.
Le carré de la différentielle extérieure est nul :d2=0.
Démonstration. En effet, siω=
∑
0IωIdxI, on a, par définition,dω=∑
0IdωI∧dxIet d2ω=∑
0I
d(dωI)∧dxI+dωI∧d dxI
=0,
puisque la Proposition précédente impliqued2ωI=0(et qued dxI
=0).
PROPOSITIONI.1.4.
SoientUun ouvert deRpetVun ouvert deRn. Soitϕ= (ϕi)i :U→Vune fonction de classeC1. Soitω=
∑
0IωIdxIune p-forme différentielle surV. Alorsd(ϕ∗ω) =ϕ∗(dω).Démonstration. En effet, la définition deϕ∗ωmontre queω7→ϕ∗ωest un homomorphisme d’algèbre lorsque l’on munit l’espace des formes du produit extérieur. Il suffit dons de vérifier la formule pour les fonctions (ce qui a été remarqué à la DéfinitionI.1.3) et pour les1-formes ce qui se fait aisément.
DÉFINITIONI.1.7.
SoitUun ouvert deRn. Une formeω∈A1p(U)est diteferméesidω=0. Une formeω∈Ap(U),p≥1, est diteexacte sur Us’il existe une formeu∈Ap−1(U)telle quedu=ω. Une formeω∈Ap(U),p≥1, est ditelocalement exacte surUsi, pour tout pointxdeU, il existe un voisinageV(x)dexdansUtel que la restriction deωàV(x)est exacte.
Commed2=0toute formede classeC1localement exacte est fermée (noter que cette affirmation n’a pas de sens pour une forme localement exacte seulementcontinue!). Nous allons voir tout de suite que la réciproque est vraie. Par contre, en général, une forme fermée n’est pas toujours exacte surU: ceci dépend de la topologie deU. Nous caractériserons un peu plus loin les ouverts deR2pour lesquels cette propriété est vraie (l’étude générale dansRnfait partie d’un cours de topologie algébrique, nous ne l’aborderons pas ici). Dans le cas général, nous nous contentons de donner une formule classique simple qui permet de construire une solution de l’équationdu=ωlorsque l’ouvertUest étoilé.
Rappelons que l’on dit qu’un ouvertUdeRnestétoilé par rapport à un de ses pointsasi, pour toutx∈U, le segment[a,x]
est contenu dansU. Par exemple un ouvert convexe est étoilé par rapport à chacun de ses points.
PROPOSITIONI.1.5.
SoitU un ouvert deRnétoilé par rapport à un de ses pointsa. Alors toute p-forme, p≥1, de classeC1fermée surU est exacte surU. Plus précisément, en supposanta=0pour simplifier les notations, si, pour toute formeω∈A1p(U), on définit la(p−1)-formek(ω)par
k(ω)(x),(ξ1, . . . ,ξp−1)=Z 1
0
tp−1ω(tx),(x,ξ1, . . . ,ξp−1) dt, on a :
1. siω=d f,f∈C1(U),k(d f) =f−f(0),
2. en général,d(k(ω)) +k(dω)=ω, et, en particulier,d(k(ω)) =ωsiωest fermée.
En particulier, toute forme fermée sur un ouvert quelconque deRnest localement exacte (une boule euclidienne étant convexe donc étoilée).
Démonstration. La vérification du 1. est immédiate : k(d f)(x) = Z 1
0 hd f(tx),xidt
= Z 1
0
∑
∂∂xfi
(tx)xidt=f(x)−f(0).
Nous démontrons maintenant le 2. uniquement pour les1-formes pour simplifier les calculs (c’est le seul cas que nous utiliserons pour la théorie des fonctions holomorphes). Par linéarité, il suffit de les formes s’écrivantω(x) =a(x)dx1. Alors dω=∑j≥2∂∂xa
jdxj∧dx1et il vient
d(k(ω)) =
∑
j≥1
Z 1 0
∂a
∂xj(tx)tx1dt
dxj+Z 1 0
a(tx)dt
dx1,
hk(d(ω)),ξi = Z 1
0
t
∑
j≥2
∂a
∂xj
(tx)
dxj∧dx1,(x,ξ) dt
= Z 1
0
t
∑
j≥2
∂a
∂xj
(tx) xjξ1−ξjx1 dt,
donc
k(dω)(x) =Z 1
0
t
∑
j≥2
∂a
∂xj(tx)(xjdx1−x1dxj)dt, ce qui donne
d(k(ω)) +k(dω) = Z 1
0
∑
j≥2
∂a
∂xj(tx)txjdx1+ ∂a
∂x1(tx)tx1dx1
! dt+
Z 1
0 a(tx)dt
dx1
= Z 1
0
∂(ta(tx))
∂t dt
dx1=a(x)dx1=ω.
I.2
Intégration des 1 -formes différentielles
I.2.1 Définitions générales et formule de Stokes
I.2. INTÉGRATION DES1-FORMES DIFFÉRENTIELLES
Rappelons tout d’abord que l’on appellechemin(orienté)Ck par morceaux dans un ouvertU deRnune application continueγd’un segment[a,b]dansUtelle qu’il existe une subdivisiontk,0≤k≤m, de[a,b]telle que la restriction deγà tout segment[tk,tk+1]soit de classeCk. De plus, siϕ :[a0,b0]→[a,b]est unC1difféomorphisme, on dit queλ=γ◦ϕest un autre paramétrage du cheminγ,ϕétant le changement de paramètre. Un changement de paramètreϕest ditadmissiblesi ϕ0>0(ce qui signifie, géométriquement, qu’il ne change pas l’orientation deγ).
Un chemin est ditfermésiγ(a) =γ(b). Un chemin fermé est aussi appelé unlacet.
DÉFINITIONI.2.1.
Soitγun chemin (orienté)C1par morceaux dans un ouvertUdeRn. 1. On appellelongueurdeγle nombreL(γ) =Rabkγ0(t)kdt=∑k
Rtk+1
tk ∑ni=1γi0(t)21/2
dt. 2. Soitωune1-forme continue surU. On appelleintégrale deωle long deγle nombre
Z γ
ω=Z b
a
γ∗ω=
∑
k Z tk+1
tk n i=1
∑
ωi(γ(t))γi0(t)
! dt.
De plus siϕest un changement de paramètres deγetλ=γ◦ϕ, on aR
λω=Rγωsiϕest admissible,R
λω=−Rγωsinon.
Par exemple, pourω=d f, on aR
γω=f(γ(b))−f(γ(a)).
T
HÉORÈMEI.2.1.
SoitUun ouvertconnexedeRn. Soitωune1-forme différentiellecontinuedansU. Les conditions suivantes sont équi- valentes :
1. Siγ1etγ2sont deux cheminsC1par morceaux dansUayant même origine et même extrémité alorsR
γ1ω=Rγ
2ω; 2. Siγest un chemin ferméC1par morceaux dansUalorsR
γω=0; 3. ωest exacte dansU.
Démonstration. En effet, tout d’abord, en mettant « bout-à-bout »γ1etγ2, on voit aussitôt que 1. et 2. sont équivalents, ensuite, il est clair que 3. implique 1. et 2. Montrons donc que 2. implique 3. Soitx0un point quelconque deU. CommeUest supposé connexe, il est connexe par arc, pour toutx∈Uun existe un chemin continuγxde classeC1, dansU, joignantx0à x. On pose alors
f(x) =Z
γx
ω
après avoir remarqué que, compte tenu de l’hypothèse 1., cette intégrale est indépendante du cheminγx, contenu dans U et joignantx0àxchoisit, et ainsi la fonction f est bien définie. Soit alorsh∈Rn,khksuffisamment petit de sorte que la boule fermée de centrexet de rayonkhksoit contenue dansU, et soitγh(t) =x+thle segment joignantxàx+h. En mettant « bout-à-bout »γxetγh, il vient aussitôt f(x+h)−f(x) =Rγ
hω =R01(∑ihiωi(x+th))dt. Commeω est supposée continue,∀ε>0, il existeη>0tel que|ωi(x+th)−ω(x)| ≤εpourkhk ≤η. Par suite l’inégalité de Cauchy-Schwarz donne
|f(x+h)−f(x)− hω(x),hi|=R01(∑ihi(ωi(x+th)−ωi(x)))dt≤εkhk, pourkhk ≤η, ce qui montre qued f(x) =ω(x).
T
HÉORÈMEI.2.2.
SoientΩun ouvert deR2etωune1-forme différentiellecontinuesurΩ. Les conditions suivantes sont équivalentes : 1. Pour tout triangle fermé∆contenu dansΩon aR
∂∆ω=0; 2. Pour tout rectangle fermé∆contenu dansΩon aR
∂∆ω=0; 3. ωest localement exacte dansΩ.
Démonstration. Il est clair que 1. implique 2. en découpant un rectangle en deux triangles avec une diagonale. D’autre part, si∆est un triangle fermé contenu dansΩ, on peut découper∆en quatre triangles en utilisant les milieux des cotés de∆. En répétant cette opération un certain nombre de fois, pour toutε>0, on découpe∆en triangles∆i, d’intérieurs deux à deux disjoints qui sont chacun contenu dans un disque centré en un point de∆et de rayonε. Par compacité, sous l’hypothèse 3., on peut choisirε>0tel que sur chacun de ces disquesω admet une primitive. Alors, pour chaquei,R
∂∆iω =0, et comme R
∂∆ω=∑iR∂∆iωon aR
∂∆ω=0, ce qui montre que 3. implique 1.
Reste à voir que 2. implique 3. SoitD x0,r
un disque ouvert contenu dansΩ. Pour chaque pointx= (x1,x2)contenu dans D x0,r
considérons le cheminγxréunion des segments
x0, x1,x02 et
x1,x01 ,x
et posonsf(x) =Rγxω. Six+h∈D x0,r , soitγhla juxtaposition des segments[x,(x1+h1,x2)]et[(x1+h1,x2),x+h]. L’hypothèse 2. implique alors que f(x+h) =
f(x) +Rγ
hω, soit (en notantω=ω1dx1+ω2dx2), puisqueωest continue f(x+h)−f(x) = Z 1
0
ω1(x1+th1,x2)h1dt+Z 1
0
ω2(x1+h1,x2+th2)h2dt
= ω1(x)h1+ω2(x)h2+o(|h|), ce qui montre qued f=ω.
DÉFINITIONI.2.2.
Soitγ :[a,b]→Uun chemin dans un ouvert deRn. On dit queγestrégulierau pointt0∈[a,b]si le gradient deγ au pointt0,∇γ(t0), est non nul.γest dite régulière si elle est régulière en tout point de[a,b].
On appellecourbe lisse de classeCkun chemin régulierγ :[a,b]→Ude classeCktel que : 1. Siγ(a)6=γ(b),γest injective ;
2. Siγ(a) =γ(b),γest injective sur]a,b[,γ−1(γ(a)) ={a,b}et toutes les dérivées jusqu’à l’ordrekdeγcoïncident en aet enb.
On appellecompact à bord orienté de classeCkpar morceaux dans R2 un compactKdont la frontière est une union finie de courbes lisses de classeCkdeux à deux disjointes à l’exception faite de leurs extrémités. De plusKest dit positivement orienté si, pour chaque courbeγcomposant le bord∂KdeKlorsque l’on parcourtγ(t)dans le sens dest croissant on a à sa gauche les points intérieurs deK, c’est-à-dire si∇γestdirectementorthogonal à la normale sortante de∂K.
Avec cette définition, siωest une1-forme différentielle définie au voisinage d’un compact à bord orientéKdont le bord est la réunion (« disjointe ») des courbes lissesγi,1≤i≤k, on défini l’intégrale deωsur le bord∂KdeKparR
∂Kω=∑ki=1Rγiω. D’autre part, siωest une2-forme différentielle définie sur un ouvertUdeR2, elle s’écrit de manière uniqueω=f(x)dx1∧ dx2,(x1,x2)étant les coordonnées canoniques. Pour toute partie mesurableFdeUon pose alorsR
Fω=RFf dλ, oùλest la mesure de Lebesgue (orientation du plan).
T
HÉORÈMEI.2.3 (
Formule de Stokes dansR2).
SoitKun compact à bord orienté deR2. Pour toute1-forme différentielleωde classeC1définie au voisinage deKon a Z
∂K
ω=Z
K
dω.
Remarque. Cette formule se généralise bien sûr aux compacts deRnet, plus généralement aux compacts dans les variétés différentielles. Nous nous contentons ici du casR2pour éviter d’avoir à définir l’orientation des variétés différentielles qui est nécessaire pour énoncer la formule en général.
Démonstration. On commence par vérifier la formule lorsqueKest une carré,K= [a,b]2, et, avec les notations usuelles(x,y) pour les coordonnées canoniques deR2,ω=ω1dx+ω2dydoncdω=
∂ ω2
∂x −∂ ω∂y1
dx∧dyetR
Kdω=R[a,b]
∂ ω2
∂x −∂ ω∂y1 dxdy. D’autre part
Z
∂Kω = Z b
a ω1(x,a)dx+Z b
a ω2(b,y)dy+Z a
b ω1(x,b)dx+Z a
b ω2(a,y)dy
= Z b
a (ω1(x,a)−ω1(x,b))dx+Z b
a (ω2(b,y)−ω2(a,y))dy
= Z b
a
Z b
a
∂ ω2
∂x dx
dy− Z b
a
Z b
a
∂ ω1
∂y dy
dx, ce qui montre le résultat dans ce cas.
Pour le cas général, pour chaque entiern≥1, on découpe le plan en carrés de côtés parallèles aux axes avec les droites d’équationsx=2kn,y= 2ln,k,l∈Z. On noteKnla réunion de ces carrés contenus dans l’intérieur deKetLnla réunion de ceux qui coupent le bord deK. SiC1etC2sont deux tels carrés ayant un côté en commun, on vérifie aussitôt queR
∂C1ω+ R
∂C2ω =R∂(C
1∪C2)ω, et la formule pour un carré donne doncR
∂Knω =RK
ndω. Pour conclure, il suffit donc de montrer les deux propriétés suivantes :
n→lim+∞
Z Kn
dω=Z
Kdω, (I.1)
et,
nlim→∞ Z
∂Kn
ω=Z
∂K
ω. (I.2)
Commeωest supposée de classeC1au voisinage deK,dωest bornée surKet il existe une constanteC>0telle que RKdω−RKndω≤Cλ(Ln)(λ mesure de Lebesgue), et, pour vérifier (I.1), il suffit de voir quelimn→+∞λ(Ln) =0:
I.2. INTÉGRATION DES1-FORMES DIFFÉRENTIELLES
Lemme. Il existe une constanteB>0, indépendante den, telle que le volume deLnest majoré parB2−n. De plus, il existe une constanteA, indépendante den, telle que le nombre de carrés composantLnest majoré parA2n.
Preuve du Lemme. SoitTn=n
x∈R2tels quedist(x,∂K)≤√ 22−no
. Comme∂Kest un compact réunion d’un nombre fini de courbes lissesγi, il existe une constanteB, indépendante den(en fait2√
2fois la somme des longueurs des courbesγi) telle que le volume deTnest majoré parB2−n, ce qui montre la première assertion du Lemme. Enfin la seconde en résulte puisqueLnest réunion de carrés d’intérieurs deux à deux disjoints et de volumes2−2n.
Vérifions maintenant (I.2). Pour chaque carréCcomposantLn, soitΓC la partie de∂Ccontenue dans l’intérieur deKet orientée négativement, et soitxCun point deC∩K. Un rapide dessin montre aisément que∑C
R
ΓCω=R∂Knω, la somme étant étendue à tous les carrésCcomposantLn. Par ailleurs, commeωest de classeC1, si on poseωC=ω1(xC)dx+ω2(xC)dyet ω=ωC+εC, on a|εC|=O(2−n), avec une constante indépendante den. De plus, commeωCest à coefficients constants, elle est exacte et son intégrale sur le bord deC∩Kest nulle, c’est-à-dire (compte tenu de l’orientation négative deΓC)R
ΓCωC= R
∂K∩CωC. Ainsi, il vient
Z
∂K∩C
ω− Z
ΓC
ω=Z
∂K∩C
εC− Z
ΓC
εC
et il existe une constanteD>0indépendante dentelle queR∂K∩Cω−RΓCω
≤D2−2n(les longueurs de∂K∩CetΓCétant O(2−n)). En sommant sur tous les carrésCcomposantLn, le Lemme donneR∂Kω−R∂Knω≤E2−npour une constanteE indépendante den, ce qui achève la démonstration du Théorème.
Nous introduisons maintenant des notation propres au plan complexeCque nous utiliseront constamment par la suite : (x,y)étant les coordonnées canoniques usuelles deR2, on pose
dz=dx+idyetdz¯=dx−idy,
et toute1-forme différentielleωsur un ouvert deCs’écrit de manière uniqueω=ω1dz+ω2dz¯et quedz∧dz¯=−2idx∧dy. Par ailleurs sif est une fonction de classeC1sur un ouvert deC, sa différentielle extérieure s’écrit de manière unique
d f=∂f
∂zdz+∂f
∂z¯dz,¯ et on vérifie immédiatement que∂f
∂z =12
∂f
∂x−i∂f
∂y
et∂f
∂z¯=12
∂f
∂x+i∂f
∂y
. PROPOSITIONI.2.1 (Formule de Cauchy-Pompeïu).
Soitf une fonction de classeC1sur un ouvertΩdeC. SoitKun compact à bord orienté contenu dansΩ. Alors pour tout pointz0∈K◦
2iπf(z0) =Z
∂K
f(z) z−z0dz−2i
Z K
∂f
∂z¯(z) z−z0dλ(z).
Démonstration. SoitD(z0,r)le disque ouvert centré enz0et de rayonr. On supposerassez petit de sorte que l’adhérence de ce disque soit contenu dans l’intérieur deK. La Formule de Stokes appliquée au compact à bord orientéK\D(z0,r)donne
Z
∂K
f(z) z−z0dz−
Z
∂D(z0,r)
f(z) z−z0dz=Z
K\D(z0,r)
∂f
∂z¯(z)
z−z0dz¯∧dz=2i Z
K
∂f
∂z¯(z) z−z0dλ(z).
Comme
lim
r→0 Z
∂D(z0,r)
f(z)
z−z0dz=lim
r→0 Z 2π
0
f z0+reiϑ
reiϑ ireiϑdϑ=2iπf(z0), la formule s’obtient en passant à la limite quandr→0.
I.2.2 Indice d’un lacet par rapport à un point
DÉFINITIONI.2.3.
Soitγun lacet (i.e. un chemin fermé) de classeC1par morceaux dansC. On noteImγl’image deγ. On appelleindice de γpar rapport à un pointa∈C\Imγle nombre
I(γ,a) = 1 2iπ
Z γ
dz z−a.
PROPOSITIONI.2.2.
L’indiceI(γ,a)d’un lacetγpar rapport à un pointa∈C\Imγest un entier relatif (i.e.I(γ,a)∈Z).
Démonstration. En effet, supposons, pour fixer les notationsγ :[α,β]→C, et posons ϕ(t) =exp
Z t α
γ0(s) γ(s)−ads
.
La Proposition dit queϕ(β) =1. Or, excepté au points oùγn’est pas dérivable (c’est-à-dire pour un nombre fini de valeurs det) on a
ϕ0(t)
ϕ(t) = γ0(t) γ(t)−a,
c’est-à-dire
ϕ γ−a
0
(t) =0. Commeγϕ−a est continue, cela signifie qu’elle est constante, et commeϕ(α) =1, on aϕ(t) =
γ(t)−a
γ(α)−a. Commeγest un lacet (γ(α) =γ(β)) on a bienϕ(β) =1. PROPOSITIONI.2.3.
Soitγun lacetC1par morceaux dansC.
1. I(γ,a)est constant dans chaque composante connexe deC\Imγ;
2. Siγest la frontière d’un compact à bord orienté, alorsI(∂K,a) =1poura∈K◦etI(∂K,a) =0poura∈C\K.
Démonstration. Le 1. résulte de la Proposition précédente puisquea7→I(∂K,a)est clairement continue dansK◦. Sia∈K◦, la forme zdz−a est fermée au voisinage du compactK\D(a,r)oùD(a,r)est un disque ouvert contenu dans l’intérieur deK. La formule de Stokes donne alorsR
∂(K\D(a,r)) dz
z−a=0, doncI(γ,a) =2iπ1 R∂D(a,r)zdz−a=2iπ1 R02πi dϑ=1. Lorsquea∈C\K, la formezdz−aest fermée au voisinage deKet la formule de Stokes donneI(γ,a) =0.
I.3
Homotopie
DÉFINITIONI.3.1.
SoitΩun ouvert deC. Soientγ1etγ2deux chemins continus dansΩque l’on suppose paramétrés surI= [0,1]. On dit queγ1etγ2sonthomotopes(avec extrémités fixes) s’il ont même origine et même extrémité et s’il existe une application continueδ :I×I→Ωtelle que :
1. Pour toutt∈I,δ(t,0) =γ1(t)etδ(t,1) =γ2(t);
2. Pour toutu∈I,δ(0,u) =γ1(0) =γ2(0)etδ(1,u) =γ1(1) =γ2(1).
Dans le cas oùγ1etγ2sont des chemins fermés (i.e.γ1(0) =γ1(1) =γ2(1) =γ2(1)) on dit aussi que les chemins sont homotopes(comme chemins fermés) (dans ce cas on aδ(0,u) =δ(1,u) =γ1(0),∀u∈I).
De plus, on dit qu’un chemin ferméγ(i.e.γ(0) =γ(1) =a) esthomotope à un points’il est homotope (comme chemin fermé) a un chemin constantγ1(t) =a,t∈I.
Dans toute la suite, nous dirons simplement « homotopes » sous-entendant « avec extrémités fixes » ou « comme chemins fermés ».
On remarquera que l’homotopie ainsi définie dépends de l’ouvertΩdans lequel on considère les chemins.Par exemple le chemint→eitest homotope à un point dansCmais ne l’est pas dansC∗.
Pour simplifier les notations, dans toute la suite les chemins seront supposés paramétrés surI= [0,1]sauf précision contraire.
DÉFINITIONI.3.2.
Soitωune1-formecontinue localement exactedans un ouvertΩdeC. Soitγun chemincontinudansΩ. On dit qu’une fonctioncontinue f :I= [0,1]→Cest uneprimitive deωle long deγsi∀t0∈Iil existe un voisinageV =V(γ(t0))de γ(t0)dansΩet une fonctionF=Ft0de classeC1dansVtelle quedF=ωdansVetf(t) =F◦γ(t)au voisinage det0.
I.3. HOMOTOPIE
On notera que cette Définition s’applique en particulier aux formesωfermées puisque celles-ci sont localement exactes (PropositionI.1.5). De plus, siω=∑ni=1ωidzi, et siγestC1par morceaux, alors une primitivefdeωle long deγest aussiC1 par morceaux et la définition de fdonnée dans la Définition ci-dessus équivaut à «f de classeC1par morceaux et,∀t0∈I,
f0(t) =∑ni=1ωi(γ(t))γi0(t)au voisinage det0».
PROPOSITIONI.3.1.
SoientΩun ouvert deC,γ un chemin continu dansΩetωune1-formecontinue localement exactedansΩ. Alors il existe une primitive deωle long deγet celle-ci est unique à une constante additive près.
Démonstration. Unicité. Soient f1etf2deux primitives deωle long deγde sorte que∀t0∈Iil existe deux primitivesF1etF2 deωdans un voisinageV deγ(t0)telles que fi=Fi◦γ,i=1,2, au voisinage det0. Comme on peut supposerV connexe,F1 etF2diffèrent d’une constante, ce qui montre que f1−f2est localement constante. Comme cette fonction est continue, elle est constante.
Existence. Par compacité deγ([0,1]), il existeδ >0tel que au voisinage de toute disque fermée de rayonδ centrée en un point du chemin la formeω admet une primitive. La continuité uniforme deγ montre alors qu’il existe des pointsti, 0=t1<t2< . . .ti<ti+1< . . . <tn=1, tels que chaque intervalle[ti,ti+1]est contenu dans un disqueDi, de rayonδ, centré en un point du chemin et sur lequelω admet une primitiveFi. Pour chaque i ,Di∩Di+1est un ouvert connexe non vide (il contientγ(ti+1)) doncFi−Fi+1est constante sur cet ouvert. Par récurrence, il est alors clair que l’on peut modifier lesFi en leur rajoutant des constantes convenables de sorte que la fonctionf définie par f(t) =Fi(γ(t))pourt∈[ti,ti+1]soit une primitive deωle long deγ.
Cette Proposition permet d’étendre la définition de l’intégrale d’une1-forme continue localement exacte (mais pas né- cessairement de classeC1) aux chemins qui sont seulement continusγ:
DÉFINITIONI.3.3.
Soientωune1-formecontinue localement exactedans un ouvertΩdeCetγun chemin continu dansΩ(paramétré sur I= [0,1]). Soit f une primitive deω le long deγ. On appelleintégrale deω le long deγle nombre, indépendant de la
primitive choisie f, Z
γ
ω=f(1)−f(0).
Naturellement, si le cheminγestC1par morceaux, cette Définition est la même que celle donnée à la DéfinitionI.2.1.
PROPOSITIONI.3.2.
Soitω une1-forme continue localement exacte dans un ouvertΩ deC. Soit(γn)nune suite de chemins continus qui converge uniformément vers un cheminγ. Alorslimn→+∞Rγ
nω=Rγω.
Démonstration. En effet, les primitives locales deωFi,1≤i≤k, utilisées pour définirR
γωsont définies sur des ouverts qui recouvrentImγnpournassez grand (convergence uniforme et compacité deImγ), on peut donc les prendre pour définir les intégralesR
γnω, d’où la conclusion.
T
HÉORÈMEI.3.1.
Soitωune1-forme continue localement exacte dans un ouvertΩdeC. Siγ0etγ1sont deux chemins continus homotopes (avec extrémités fixes) dansΩon aR
γ0ω=Rγ
1ω.
Démonstration. SoientI1= [a,b]etI2= [c,d]deux segments et soitϕ :I1×I2→Ωune application continue. On dit qu’une fonction continue f(t,u);I1×I2→Ωest uneprimitive deω le long deϕsi∀(t0,u0)∈I1×I2il existe une primitiveF0de ωau voisinage deϕ(t0,u0)telle que, dans un voisinage de(t0,u0)on ait f(t,u) =F0(ϕ(t,u)). Comme dans la preuve de la PropositionI.3.1, il est clair que deux primitives deωle long deϕdiffèrent d’une constante.
Remarquons alors que la démonstration du Théorème revient à voir qu’il existe un primitive f deωle long d’une ho- motopieδ :I×I →Ωdeγ0àγ1: en effet si une telle primitive existe, alors (l’homotopie étant à extrémités fixes) on a f(0,0) = f(0,u) = f(0,1)et f(1,0) = f(1,u) = f(1,1),∀u∈I, et commet→f(t,0)est une primitive deωle long deγ0et t→f(t,1)une primitive le long deγ1, on aR
γ0ω=f(1,0)−f(0,0)etR
γ1ω=f(1,1)−f(0,1)ce qui montre le Théorème.
Pour achever la preuve construisons donc une telle primitive. Par compacité, il existeε>0tel que, pour tout(t,u)∈I×I δ([t−ε,t+ε]×[u−ε,u+ε])soit contenu dans un disque ouvert sur lequelωadmet une primitive. On considère alors un découpage deI×Ien carrés[ti,ti+1]×
uj,uj+1
,1≤i≤k1≤j≤l, tels queti+1−ti=uj+1−uj=ε. Alors, la preuve de la PropositionI.3.1montre que l’on peut construire une primitive deωle long du chemint→δ
t,uj+12+uj
,t∈I, en utilisant ces disques ce qui donne une primitive fjdeωle long de la restriction deδ àI×
uj−ε/2,uj+1+ε/2
∩[0,1]
. Comme f1 etf2sont deux primitives deωle long de la restriction deδàI×[u2−ε/2,u2+ε/2]elles diffèrent d’une constanteC2, et, en remplaçant f2par f2+C2on défini une primitive deωle long de la restriction deδ àI×[0,u3+ε/2]. On conclut alors par récurrence surj.
Remarque. On notera que ce Théorème s’applique en particulier aux formes fermées (c.f. PropositionI.1.5). En particulier, il permet d’étendre la notion d’indiceI(γ,a)d’un lacetγ par rapport à un pointaaux lacets qui sontseulement continus puisque la formez−adz est fermée au voisinage de l’image du lacet.
DÉFINITIONI.3.4.
On dit qu’un ouvert deCestsimplement connexes’il est connexe et si tout chemin continu fermé contenu dansΩest homotope à un point.
T
HÉORÈMEI.3.2.
Toute1-forme différentielle continue localement exacte dans un ouvert simplement connexe y est exacte.
Démonstration. En effet, le ThéorèmeI.3.1montre que, pour tout chemin ferméγcontenu dansΩon aR
γω=0. La conclu- sion résulte donc du ThéorèmeI.2.1.
Comme pour le précédent, on notera que ce Théorème s’applique aux formes fermées.
I.4
Deux applications
I.4.1 Logarithme complexe
DÉFINITIONI.4.1.
Soitz∈C∗=C\ {0}. On appelledétermination du logarithme dezun nombre complexeζtel queeζ =zc’est-à-dire un nombre tel queζ =log|z|+iArgz+2ikπ,k∈Z. Le nombrelog|z|+iArgzs’appelle parfois ladétermination principale du logarithme dez.
La question que l’on se pose est de savoir si on peut trouver une applicationz→ζ(z)continuedans un ouvertΩdeC∗ telle queζ(z)soit une détermination du logarithme dez. Lorsqu’une telle fonction existe, on parle dedétermination continue du logarithme dezdansΩ.
En général une telle détermination continue n’existe pas : par exemple siζ(z)était une détermination continue delogz dansC∗, on auraitζ eiϑ=iϑ+2ikπdoncζ ei0=2ikπetζ ei2π=2i(k+1)πce qui contredit la continuité deζ(z). Pour avoir l’existence d’une telle détermination il faut faire une hypothèse topologique sur l’ouvertΩ:
PROPOSITIONI.4.1.
Sur tout ouvert simplement connexe deC∗il existe une détermination continue du logarithme dezqui est unique à l’addition d’un multiple entier de2iπprès.
Démonstration. Soitaun point deΩet posonsloga=log|a|+iArga. D’après le ThéorèmeI.3.2la formedzz (qui est fermée dansC∗) est exacte surΩ. Soitlogzsa primitive (surΩ) qui vautlogaau pointaet considérons la fonctionh(z) =elogz. Par définition cette fonction vérifie l’équation ∂h
∂z(z) = h(z)z . Remarquons alors que la fonctionh0(z) =zest aussi une solution de cette équation, et, par suite, la fonctiong(z) = hh(z)
0(z) vérifie ∂g
∂z =0, et comme on a de manière évidente ∂g
∂z¯ =0,gest localement constante donc constante puisqueΩest supposé connexe. Ainsih(z) =λz, pour une constanteλ, et comme h(a) =apar définition deh, on aλ=1ce qui montre que la fonctionlogzdéfinie ci-dessus est une détermination (continue) du logarithme dezsurΩ.
Remarque. Comme deux déterminations continues du logarithme dezsurΩdiffèrent d’une constante, la démonstration ci- dessus montre qu’une détermination continue du logarithme dezsurΩest une primitive de la formedzz (i.e. sa différentielle extérieure estdzz).
EXERCICES
I.4.2 Quelque propriétés de l’indice
Après le ThéorèmeI.3.1, nous avons remarqué que l’on peut étendre aux chemins continus la notion d’indice par rapport à un point : siγest un chemin continu (paramétré sur[0,1]), et sia∈/Imγ, la formezdz−aest localement exacte sur un voisinage deImγet sifest une primitive de cette forme le long deγ, par définition, on aI(γ,a) =f(1)−f(0). De plus,fest caractérisée par la fait que, au voisinage det0∈[0,1], on af(t) =log(γ(t)−a) +C0de sorte que γ(t)ef(t)−a=eC0 est localement constante, donc constante. Ainsi,I(γ,a) = f(1)−f(0)oùf est une fonction continue vérifiantef(t)=γ(t)−a,t∈[0,1].
PROPOSITIONI.4.2.
SoitDle disque unité du plan complexe centré en0,Tsa frontière. Soit f :D→Cune fonction continue et posons γ(t) =f eit
. SiI(γ,a)6=0en un pointa∈C\f(T)alorsfprends la valeurasur l’intérieur deD. Démonstration. En effet, dans le cas contraire,δ(t,r) = f reit
est une homotopie deγ vers le lacet constant égal à f(0) contenue dansC\ {a}. Commezdz−aest fermée surC\ {a}, donc localement exacte, et on aI(γ,a) =0d’après le Théorème I.3.1.
PROPOSITIONI.4.3.
Soientγ1etγ2deux chemins fermés continus dansC∗et posonsγ(t) =γ1(t)γ2(t). AlorsI(γ,0) =I(γ1,0) +I(γ2,0). Démonstration. En effet, pour chaqueisoitfiune primitive dedzz le long deγitelle queefi(t)=γi(t)Alorsf=f1+f2est une primitive dedzz le long deγetI(γ,0) = f(1)2iπ−f(0)=I(γ1,0) +I(γ2,0).
PROPOSITIONI.4.4.
Soientγ0etγ1deux chemins fermé continus dansCtels que0∈/Imγet,∀t,|γ1(t)|<|γ0(t)|. Alorst7→γ0(t) +γ1(t)a son image dansC∗etI(γ0+γ1,0) =I(γ0,0).
Démonstration. En effet, en écrivantγ0+γ1=γ0
1+γγ1
0
, on remarque que le cheminν=1+γγ1
0 étant contenu dans le disque centré en1et de rayon1(par l’hypothèse) on a (PropositionI.4.1)I(ν,0) =0, et on applique la Proposition précédente.
PROPOSITIONI.4.5 (Théorème de Rouché).
Soientγ0etγ1deux chemins fermé continus dansC. Si,∀t, on a
|γ0(t) +γ1(t)|<|γ0(t)|+|γ1(t)|, alors les chemins ne passent pas par0et on aI(γ0,0) =I(γ1,0).
Démonstration. Il est clair que l’hypothèse implique que les chemins ne passent pas par l’origine. L’hypothèse s’écrit donc aussi1+γγ1
0
<1+||γγ1|
0|, ce qui montre que l’image deγ1
γ0 est contenue dansC\R−, qui est un ouvert simplement connexe de C∗, et, par suite,I(γ1/γ0,0) =0. Or, sifiest telle queefi(t)=γi(t), on aef1(t)−f0(t)=γγ1(t)
0(t), donc0=I(γ1/γ0,0) =f1(1)−f0(1)− (f1(0)−f0(0)) =I(γ1,0)−I(γ0,0).
Exercices
E
XERCICEI.1 (
la dualité champ de vecteurs/1-formes différentielles et les « coordonnées »(z,z)en place de(x,y)).
1. Un champ de vecteurs complexe dans un ouvertUdeR2s’exprime sous la forme u(x,y)∂
∂x+v(x,y)∂
∂y,