A. B IGARD
Analyse de l’inégalité multicritère
Mathématiques et sciences humaines, tome 97 (1987), p. 47-55
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ANALYSE DE L’INEGALITE MULTICRITERE
A. BIGARD*
On
étudie l’inégalité
dans larépartition
de n biensparmi
une popu-lation de N
individus.
On étudieégalement l’inégalité
entre les classesd’une stratification.
Dans le cas des revenus
(ou d’un
seulbien),
la théorieclassique
con-sidère une allocation
(y ,...,y )
commeplus égalitaire
que(x ,...,xN)
si,
pour toutefonction
U concave etsymétrique,
Ainsi,
on ne compare une sociétéqu’avec elle-même.
Nous nous proposons degénéraliser
cettethéorie,
en tenantcompte
despoids
desindividus,
cequi
permettra
de lever cettelimitation.
Dans un
jeu
de marché oùchaque coalition
considère commeréalisables
les allocationsqui
sont au moins aussiégalitaires
que celle despatrimoines,
on montre que le coeur est non
vide.
Soit
gp
unepopulation d’individus
numérotés de 1 à N .Chaque
indrividu k est muni
d’un poids ak
>0 ,
avecLk ak =
1 .DEFINITION 1. On
appellera
stratification en P classes ladonnée d’une
ma-trice
de Markov(p x N) :
M =[m.k] J
..On suppose donc
Z. m jk
1 etm.k
> 0 .J J J
Ces stratifications se rencontrent souvent en économétrie : un
ménage
dont le revenu est à 40%
agricole
et à 60% ensalaires
ouvrierspeut
être classé à la fois dans lacatégorie agriculteurs
et dans lacatégorie ouvriers,
avec cette
pondération .
*
GERESUM, Université
duMaine. (Manuscrit
reçu enjuin 1986)s
Munissons chaque classe j
dupoids
j km.k jk ak .
k . On note que lastratification
est propre si et seulementsi,
pourtout j ,
B. > 0 . De JSoit
TR l’espace
desbiens.
On supposechaque
individu k munid’un panier
debiens x k
Les
x k
" munis despoids a k
’) constituent un nuage dont lebarycentre
akxk
*Etant donné une stratification propre, on
peut
définir lebarycentre
dechaque
classe :PROPOSITION 2.
En
effet,
il vient :COMPARAISON DE DEUX ALLOCATIONS.
Nous
appellerons
H le cône convexe deae n+1
constitué des vecteursf =
(fo9...efn)
tels que f = 0 ouf
> 0 . Pour unepopulation d’effectif N ,
nous allonsconsidérer
des fonctions debien-être
V : Ces fonc- tionsprennent
encompte
non seulement lespaniers
debiens,
mais aussi lespoids
desindividus.
DEFINITION 2. Une fonction U :
H p - IR
est ditecompatible
avec V siquel
que
soit (e ,...,e )
l N EHN ,
@ etquelle
que soit lapartition
S en P clas-ses :
V(e1,...,eN)
.Le
principal
résultat que nous avons en vue est le suivant :THEOREME 1. Soient
On pose
Les
conditions
suivantes sontéquivalentes :
1)
Il existe des matrices departition 51,...,sur
et des scalaires2)
Il existe unestratification
M telle quesont concaves et
compatibles,
4)
Pour toute fonction concave(p : TR -~ lR ,
on a :Il suffit de poser
On voit facilement que U et V sont concaves. Leur
compatibilité
ré-sulte du raisonnement
qui
a été fait dans2) ~ 4) .
Il suffit maintenant de remarquer que :4) 1)
Lesek
k sont leslignes d’une matrice E(N x (n+1)) ,
et lesf.
Jsont les
lignes d’une
matriceF(P x (n+1)) .
Nous allons montrer tout d’abord le lemme suivant :
(i)
Pour toute matriceC((n+1)
xP) ,
il existe unepartition
S telle quePar
suite,
Soit
maintenant S l’enveloppe
convexe des matrices departition
etsoit ~ l’ensemble
desmatrices C((n+1)
xP)
telles que pour tout(1,£) , 0
-ci
i - 1 . Ce sont des convexescompacts.
Déf inissons T : x
parT(C;M) =
Trace(CME) -
Trace(CF) .
Cette
application
estbilinéaire. D’après
leThéorème Minimax,
ilexiste
unpoint-selle (C ,M ) , c’est-à-dire qu’on
a pour tous CE 6
et M6 j :
0 0
D’après
lelemme,
il existeS , matrice
departition,
avecTrace ~ 1 , ce
qui s’écrit
aussi 0 . On adonc,
pour tout C
Par
ailleurs,
enprenant
lacondition
4 donnepour
chaque
i > 0 :Comme
Il en
résulte :
Ce
théorème
nous conduit à poser ladéfinition
suivante :DEFINITION 3. Une allocation
(S.,y.)
sera dite aussi ouplus égalitaire
que J J(ak,xk) lorsque
les conditions duthéorème
1 sontsatisfaites.
Dans le cas où N = P et où tous les
poids
sontégaux,
on retrouve ladéfinition
classique [3].
La matrice M est alorsbistochastique
car. Si U est concave et
symétrique :
L’axiome
desymétrie
est en faittrès
fort. Ilpeut
êtreassoupli
de lamanière
suivante :
soit G un sous-groupe du groupe despermutations
de[1,N] .
DEFINITION
4. Nous dirons
q ue U : estG-symétrique si,
pour tout DEFINITION 4. Nous dirons que U :OR )
estG-symetr1que S1,
pour toutPar
exemple, considérons
unepartition A1,...,A P
de[1,N]
etsoit
G
l’ensemble
des a tels quea(A.) =
JA.
J pourtout j .
Une fonction debien-être est
G-symétrique
si elle reste invariantelorsqu’on permute
lesallocations
de deux individusappartenant
à la même classe.THEOREME 2. Considérons deux allocations ; les conditions suivantes sont
équivalentes.
1) (Y1’...’YN)
est dansl’enveloppe
convexe deslorsque
a parcourt G .2)
Pour toute fonction U :(]Rn)N - IR
concave etG-symétrique :
montrer
qu’elle
estG-symétrique,
prenonscar,
lorsque
aparcourt G ,
auparcourt
Gégalement. L’égalité (i)
donne une contradiction.
En
résumé, l’introduction
despoids
etl’introduction
des sous-groupesconstituent
deuxvoies possibles, évidemment
fortdifférentes,
pouraffaiblir l’axiome
desymétrie.
Il estprobable qu’il
en existed’autres.
COMPARAISON DE DEUX STRATIFICATIONS
L’inégalité
est rarementappréhendée d’ime façon exhaustive.
Engénéral,
onne connait pas réellement
l’allccation
(x ,...,xN) , mais
seulement les allo-cations
entre les classes dedifférentes stratifications (par C.S.P.,
parâge, etc.).
Ilpeut
êtreutile
de comparer deuxstratifications
dupoint
devue de
l’information qu’elles apportent
surl’allocation
inconnue. Nous nousplacerons
dans le cadre de lathéorie
del’information
de Marschak etMiyasawa [2].
Considérons
unestratification M ,
dont les classes ont pourpoids S.
Jet pour
barycentres g..
Marschak etMiyasawa définissent
la valeur del’in-
Jformation
apportée
parM ,
pour un espace dedécision
Kqui
est unepartie
convexe
compacte
delRn ,
par :(a,g.>
est leproduit scalaire).
Etant donnée une autrestratification M’ ,
J
qui
donne nous avons :PROPOSITION 3. Les
conditions
suivantes sontéquivalentes
pour M etM’ : 1)
Il existe une stratification T telle queM’ =
TM .2)
Pour tout convexecompact K , I(M’,K) I(M,K) .
Cette
proposition, démontrée
dans[2], peut
êtredéduite
du Théorème 1 de lafaçon suivante :
posonsC’est
une fonction con-cave. La
condition
2s’exprime
sous la forme :Ceci est un cas
particulier
de la condition 4 duthéorème
1.Or,
dans la dé- monstration de ce Théorème(4 ~ 1) ,
onn’utilise
en fait que des fonctionsconcaves de cette forme.
MESURE DE
L’INEGALITE
Soit (ak,xk)k
uneallocation.
LeThéorème
1suggère
deprendre
comme mesurede
l’inégalité l’expression :
où ~p
est une fonctionstrictement
concave. On a alors I > 0 . I diminue sil’on
passe à une allocationplus égalitaire
et 1=0 si et seulement sitous les
x k
sontégaux.
Par
exemple,
si1R
est munid’une
normeeuclidienne,
onpeut prendre
= -Ilxll 2 L’indice
obtenun’est
autre que le momentd’inertie
du nua-ge
(a kl’xk) -
Supposons donnée
unestratification
propre M =[m jk JK
. Nous allons mon-trer
qu’elle induit
unedécomposition
del’indice.
On pose Bj =Lk mjk a,
et
gj
=E k mjk OEkxk /
°L’inégalité
àl’intérieur
de laclasse j
estmesurée
par :L’inégalité
intra-classepeut
être définie par :L’inégalité
inter-classe sera définie naturellement par :En
ajoutant,
il vient :COEUR EGALITAIRE
D’UN
JEU DE MARCHEOn
considère toujours
lapopulation J= [1,N]
etl’espace
desbiens R
Chaque
individu k est muni d’unpoids ak
>0 ,
avec¿k
1 . I1possède
une
fonction d’utilité
-~1Rcontinue
etquasi-concave.
Ildispose
d’un patrimoine Pk
On
appelle "coalition"
~~ toutepartie
C CÉ~Î(1). Chaque coalition consi-
dère comme réalisable toute allocation~xk)k E C qui
est aussi ouplus égali-
taire que celle des
patrimoines (Pk)k E C ’ La
coalitionpeut bloquer
touteallocation (y1g..-eyN)
tellequ’il
existe(xk)k E C réalisable,
avec, pourDEFINITION 5. On
appelle
coeurégalitaire l’ensemble
des allocations réali- sablespar ~ qui
ne sontbloquées
par aucunecoalition.
THEOREME 4. Le coeur
égalitaire
est non vide.Soit
R(C) l’ensemble
desallocations
réalisables par C .D’après
le Théo-rème 1,
’R(C)
estl’ensemble
desM(p )t où M
parcoursl’ensemble
des kke C
matrices carrées Card C x Card C
qui
sont de Markov. C’est donc un convexecompact. L’ensemble
est compact carles
uk
sontcontinues.
Parconséquent, l’ensemble V(C)
des(vk)k E C
tels
qu’il
existe(xk)k E C ’
réalisablepar C ,
avec :(1) Chaque
k E C étant muni dupoids
est fermé et
borné.
Considérons le
jeu coopératif
défini par lesV(C) .
Nous allons nousramener au Théorème de Scarf
[1].
Il reste à montrer que cejeu
estéquilibré.
Prenons une famille E de
parties C ,
avec desscalaires
,vérifiant,
pour toutSoit
q e
laprojection canonique
deEN
surTR C
. Nous devonsdémon-
trer que :
réalisable
parC ,
telle que pour tout k E C :Posons est
quasi-concave,
Il reste à montrer que
(x 1’ .., ’ x ) N
ER(~) .
Pourcela,
nousutiliserons
lepoint
4 du Théorème 1.Prenons (p : R
concave. Il vient :r
BIBLIOGRAPHIE
1. AUBIN
J.P., L’analyse
nonlinéaire
et sesmotivations économiques, Paris,
Masson,
1984.2. MARSCHAK J. et MIYASAWA
K., "Economic comparability
of informationsystems",
International Economic Review,
9(1968),
137-170.3. SEN