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Etude, aux rayons X, des orientations superficielles ou interfaciales par la méthode de la goutte tangente

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Academic year: 2022

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(1)

HAL Id: jpa-00205365

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Submitted on 1 Jan 1929

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Etude, aux rayons X, des orientations superficielles ou interfaciales par la méthode de la goutte tangente

Jean J. Trillat

To cite this version:

Jean J. Trillat. Etude, aux rayons X, des orientations superficielles ou interfaciales par la méthode de la goutte tangente. J. Phys. Radium, 1929, 10 (1), pp.32-43. �10.1051/jphysrad:0192900100103200�.

�jpa-00205365�

(2)

ETUDE, AUX RAYONS X, DES ORIENTATIONS SUPERFICIELLES OU INTERFACIALES PAR LA MÉTHODE DE LA GOUTTE TANGENTE,

par M. JEAN J. TRILLAT, Docteur ès Sciences.

Sommaire. 2014 On

a

étudié,

au

moyen d’une nouvelle méthode de spectrographie X,

l’état des surfaces de séparation liquide-liquide, liquide-solide, solide-air, liquide air. On peut ainsi mettre

en

évidence les phénomenes d’orientation moléculaire qui ont leurs sièges dans

ces

surfaces.

La méthode

a

été appliquée

au cas

de l’action des acides gras

sur

le mercure, de la solidification de composés organiques à longue chaîne ; elle

a

permis de suivre l’influence de la température

sur

des corps à fusion pâteuse (oléale de plomb).

Les nombreux travaux effectués sur l’orientation des corps organiques à longue chaîne

,,ont montré qu’il était d’un grand intérêt de pouvoir étudier les régions de séparation entre

ces corps et les surfaces qui les orientent (verre, métal, eau, etc.,) (1); dans la plupart des

. cas, la méthode du cristal tournant permet d’explorer ces domaines où se manifestent les

phénomènes d’orientation. Il serait évidemment d’un intérêt encore plus grand de pouvoir

étudier les surfaces de séparation liquide-air, solide-air, ou liquide-liquide, puisque tout

fait prévoir que ces surfaces sont aussi le siège de discontinuités en rapport avec l’adsorp- tion, la tension superficielle et peut-être la catalyse. C’est pour répondre à celte question

que j’ai utilisé une méthode basée sur le principe suivant :

Principe de la méthode. - On sait que la méthode du cristal tournant nécessite une ,rotation du cristal afin d’obtenir successivement divers angles d’incidence du pinceau de

rayons X, sur la surface plane; si, au lieu de cette surface plane, on disposait de cristaux

courbés, on obtiendrait automatiquement et sans rotation, l’ensemble de raies de diffraction

correspondant aux réflexiç)a-, sur une famille de plans réticulaire;. C’est ce qui a été obtenu

notamment par 31. de Broglie avec une feuille je mica courbée. Si, au lieu d’une surface cristalline courbe, on considère une surf ce obtenue en déposant une goutte liquide sur un plan et une fente collimatrice horizontale, la forme de la goutte permettra, par sa courbure même, l’obtention d’angles 0 entre la surface et le faisceau, variant entre U° et une valeur ,déterlninée par l’angle de raccordement. Si donc la surface ainsi obtenue présente des phéno-

mènes d’orientation moléculaire sur une certaine épaisseur, il est à prévoir que l’on obtien- dra ainsi des spectres de diffraction, sans avoir à déplacer ou à faire tourner ni le tube à rayons X, ni la goutte.

La méthode peut évidemment s’appliquer aussi au cas d’une goutte solidifiée obtenue par refroidissement, ou au cas d’une goutte liquide ou solide surmontée d’une couche liquide capable .de l’envelopper.

C’est ce que j’ai constaté dans de nombreuses expériences qui ont porté sur les cas envisagés plus haut.

La figure 1 représente un schéma de l’appareil; celui-ci comporte un collimateur percé

d’une fente horizontale, ainsi qu’une série de cupules interchangeables, de diamètres et de , nature différents. Deux écrans réglables en plomb permettent d’éliminer le faisceau

~1) J.-J. ÏRILLAT, Annales de Physique, (192 î).

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphysrad:0192900100103200

(3)

33 direct. Le porte-châssis coulisse sur un banc giadué ; enfin, une résistance étalonnée permet de chauffèr la cupule et la substance qu’elle contient, à une température déterminée.

Le réglage est obtenu très aisément en élevant la goutte et la cupule qui la supporte

de façon à couper en deux le faisceau horizontal de rayons X ; les essais ont montré que le centre de la goutte pouvait être pris comnn origine des distances, avec une très bonne

approximation.

Il est à noter que le ruème appareil peut servir à l’étude ordinaire des liquides,

Fig. 1.

-

Schéma de l’appareil.

A, Collimateur

avec

fente horizontale; B, Châssis gradué

sur

lequel coulissent les diverses pièces de l’appa- reil ; C, Cupule (Fe, Cu, ébonite, etc.) de diamètre variable suivant les cas, mobile dans le

sens

vertical;

E, Goutte étudiée; F, Four électrique à résistance ; GG, Ecrans de plomb arrêtant le faisceau direct

(mobiles verticalement et horizontalement) ; H, Porte-films réglable ; I, Tiveau à bulle ; RX, Rayons X directs; RD, Rayons X diffractés.

avec cet avantage qu’il n’est pas besoin d’enfermer celui-ci dans aucune enveloppe de verre :

il suffit de placer une goutte sur une toute petite cupule et de la faire traverser par un pin-

ceau circulaire fourni par un collimateur spécial. De même, l’appareil peut être utilisé

sans modifications pour l’obtention de diagrammes de Debye-Sherrer.

A l’aide de ce dispositif, nous avons entrepris depuis une année un grand nombre de recherches, dont certaines ne sont pas encore terminées; dans le présent travail, nous

exposerons seulement les résultats obtenus relativement à l’orientation des acides gras par le mercure, à la structure des couches de séparation solide-air des composés organiques à lo«iiguie chaîne, aiii si qu’à l’étude des corps présentant un état mésoinorphe, non décelable

au micoscope polarisant.

I.

-

ErtnE DE L’ORIENTATION MS ACIDES GRAS PAR LE MERCURE.

Les premières investigations ônt eu pour but de compléter nos recherches antérieures sûr l’orientatiôn des acides gras par les en étudiant le cas (lu IDPI’Cl1fe. Pour c~ela,

on dépose une large goutte de iëert-ui-o d«tns la cupule de sur cette goutte, on place une toute petite quantité gras li(lUidp ou solide, et Fon dmuîfe légèrement 1

pour activer l’attaque.

Dans ces conditions, le IHPrCUl’p se l’f’COUVl’P alors d’une pellicule d, très faible épais-

seur, souvent seini-transparenle, qui provipnt de 1 action de Facide sur le métal. Cette pelli-

cule est surmontée d’une légère couche l’aci(le’eti excès.

3

(4)

34

Les spectrographies’ furent prises en des temps variant entre une heure et une heure

et demie, au moyen des rayons K du cuivre fournis par une ampoule Siemens-Phwnix à fenêtre Linderlnann, fonctionnant sous une tension constante de 40 000 volts avec un cou-

rant de i0 milliampères (2).

On constate alors que l’on ohtient des spectres très intenses, dont quelques-uns sont représentés sur les clichés de la planche l. Malgré l’état liquide du mercure, les couches

d’attaque sont parfaitement bien orientées, que l’acide soit liquide ou solide, ce qui montre

la possibilité d’explorer la surface de séparation entre deux liquides ou un liquide et un

solide capable de réagir l’un sur l’autre.

~ ,

Structure des couches d’attaque.

-

Les spectres obtenus ont un aspect spécial qui les différencie de ceux obtenus par les méthodes courante. Considérons d’abord, en effet, un spectre provenant de l’action d’un acide liquide à la température ordinaire, sur le

mercure (clichés 1 et 2. Pl. I). Le clïagramme montre iine série de raies intenses, el paral-

lèles à la surface libre du mercure figurée en projection radiograplliqoe dans le bas de la

photographie; ces raies sont donc courbées, mais ne sont nullement des arcs de cercle,

comme cela se produirait dans le cas d’une isotropie statistique dps particules diffractantes

ou microcristaux de la couche d’attaque.

Elles s’interprètent immédiatement en observant qu’elles sont dues à la réflexion sur

une série de feuillets courbes emboîtant la goutte de mercure, feuillets d’égale épaisseur,

sur lesquels se réfléchissent les rayons K du cuivre. Ces pellicules entourent la goutte

même sur les bords, aux points où la courbure de la goutte est maximum : en effet, il

suffit d’élever un peu la préparation de façon à ce que le sommet de la goutte ne soit plu s

Fig. 2.

-

Cas d’une goutte coupée (acide gras + Hg).

La goutte est hissée de façon à

ce

que le pinceau de rayons X passe au-dessous de la surface libre;

T, Radiographie de la goutte; 0, Raies d’orientation, parallèles

aux

bords de la goutte.

dans le faisceau des rayons X; l’image de diffraction se réduit alors à des secteurs s’étalant latéralement (fig. 2).

Ces feuillets comprennent-ils une ou deux molécules du sel de mercure? L’examen des intensités des divers ordres de réflexion, sur le même cliché que plus haut, ne permet pas de répondre immédiatement à la question : on voit, en effet, que les intensités

décroissent avec le numéro de la réflexion.

Or, les sels formés dans les conditions de l’expérience sont très vraisemblablement des sels mercureux, car ils apparaissent en présence d’un grand excès de mercure ; dans

ces conditions, le radical acide vient s’implanter à la surface du métal en s’y combinant,

et le reste de la chaîne se dresse verticalement ou un peu obliquement (fig. 3).

Une telle structure, dans laquelle les seuls plans diffractants peuvent être considérés

comme étant ceux chargés des atomes de mercure, doit donner lieu à des réflexions d’intensité régulièrement décroissante avec le numéro d’ordre, suivant la théorie établie (’) On pouvait éliminer les raies KS du cuire par

un

écran de nickel, et vérifier l’action possible du fond

continu

en

plaçant

sur

la moitié du cliché

une

feuille d’aluminium de 0,4

mm

d’épaisseur, arrêtant les raies

Ka et Kip du cuire et

ne

laissant passer que le fond continu plus pénétrant.

(5)

35 antérieurement (loc. cit.) par L. de Broglie et nous-même (3); la présence des disconti- nuités est trop faible pour se manifester d’une façon aussi visible que pour les acides gras purs, où elles amènent une diminution considérable des ordres pairs de réflexion.

Il apparaît toutefois, sur la plupart des clichés, que les ordres 2 et fi> sont

légèrement plus faibles que les ordres 1 et 3, ce qui confirmerait notre hypothèse.

Ainsi, les feuillets formés comprendraient deux molécules se tournant le dos, el la

distance réticulaire mesurée correspondrait donc il la longueur de deux chaines carbonées.

Les autres plans réticulaires des microcristaux orientés n’apparaissent que très faiblement, dans le cas de l’attaque du mercure par les acides liquides; ils se présentent

alors sous forme d’arcs (le cercloi allongées et assez flous. Le tableau 1 (voir plm loin) l

Fig. :3.

-

Schéma de la structure de la couche d’attaque Hg -}- acide gras.

D, Distance réticulaire mesurée (épaisseur des feuillets). (En réalité, les chaînes carbonées sont,

non

pas normales, mais obliques par rapport

aux

feuillets).

donne les mesures des distances réticulaires correspondantes lorsque a été possible de

les effectuer.

Ce phénomène d’orientation si parfaite des conches d’attaque malgré l’état liquide du

métal et de l’acide (si celui-ci est solide, il est en effet nécessaire de le fondre pour obtenir l’attaque), est très remarquable, et devient aisément visible au moyen de

la méthode que nous avons utilisée. Il constitue en quelque sorte le phénomène essentiel

observé : mais, en plus, on observe sur les clichés d’autres apparences qui en compliquent l’aspect et que nous allons décrire :

a) Cas d’un acide gras liquide (jusqu’à C’°). - En plus des raies d’orientation, on

obtient deux halos

«

amorphes », l’un dû au mercure, l’autre à la petite quantité d’acide

surmontant le métal (clichés i et 2. Pl. t). Ces halos sont circulaires et centrés sur le milieu de la goutte : ils sont dus à la diffraction normale des rayons Ti". du cuivre par les liquides,

(’1) On pourra!! lwut-t’l ft> envisager aussi la possibilité de la formule CH3 (CH2)n coohg

... Hg]

CHe ( C ll’ »1 COOIIg

bien que cette constitution

ne

soit pas étable cl’une façon certaine;

en ce

cas, la chaîne devrait être

repliée

comme

l’indique la formule ci-dessus.

(6)

36

sans aucun phénomène d’orientation. Le halo du mercure correspond à une distance,

intermoléculaire de ’2.,7 ¡ (mesure de Prins et Coster : 2,83 À) (4); le halo de l’acide gras est de l’ordre de 4 a 5 À, et varie légèrement avec le nombre d’atomes de carbone. Ces dernières observations seront publiées ultérieurement.

b) Cas d’un acide solide à la température ordinaire (C12 et au-dessus).

-

Dans ce

cas (voir cliché 3, pl. l, et figure 4), le diagramme est plus compliqué. En plus du halo du

mercure et des raies d’orientation du sel de mercure, on observe une deuxième série de

raies d’orientation parallèles à la surface de la goutte, et dues à des réflexions sur des couches stratifiées bimoléculaires d’un acide gras pur en excès, absolument comme nous

l’avions observé dans nos travaux antérieurs sur l’orientation des acides gras sur des lames

métalliques planes (loc. cit.). Les équidistances mesurées dans ce dernier cas sont les mêmes que celles que nous avions trouvées antérieurement; l’acidr gras en excès s’oriente

Fig. 4.

-

Schéma d’un diagramme.

,

T, Tache centrale (radiographie de la goutte) ; 00, Raies d’orientation, parallèles à la surface libre de la

goutte (ordres successifs) ; AA, Anneaux de Debye-Scherrer.

donc au-dessus de la couche d’attaque, en formant également des feuillets courbes, bimolé- culaires, emboîtés les uns dans les autres.

De plus, il apparaît une série d’anneaux circulaires intenses de Debye-Sherrer (fig. 4

et planche I), correspondant aux réflexions sur les autres plans réticulaires des microcris- taux d’acides gras : ces anneaux sont totalement diiférents des raies d’orientation; leur

présence indique que les microcristaux qui possèdent une orientation autour d’un axe, normal ou peu oblique à la surface de la goutte, peuvent en outre tourner autour de cet

axe en donnant lieu à une isotropie statistique. Il y a donc anisotropie suivant une direction,

et isotropie dans les directions perpendiculaires (1).

L’aspect du diagramme - raies parallèles à la surface de la goutte et anneaux ou halos circulaires

-

permet donc de déceler immédiatement ce qui est aux phénomènes d’orien-

tion, et ce qui est au désordre corrélatif à une structure confuse non ordonnée.

Variations des distances réticulaires des sels de mercure avec le nombre d’atomes de carbone. - Nous avons mesuré les distances réticulaires correspondant à

(4) Journal de Phygiqué,

s.

VI, t. 9 (mai 1928), p. 153..

(5) Voir aussi J.-J. TaiLLAi : Orientation de composés organiques par des surfaces cylindriques de

verre

et

orientation superficielle du

verre

[C. R., (18 février 1929), p. 5~~].

(7)
(8)
(9)

PLANCHE lI.

6 Oléate de Pb chauffé (transmission). i Oléate de Pb solide (transmission).

fl . 01éale de Pb solide

(réflexion).

9. Oléate de Pb fondu

(réflexion).

10. Oléate de Pb fondu

(réflexion).

11. Oléate de Pb solide

(réflexion;.

JOURNAL DE

PHYSIQUE J. TR1LLAT.

(10)
(11)

37

l’attaque du mercure par les divers acides gras liquides ou solides ; les nombres trouvés sont indiqués dans le tableau I.

TABLEAU 1.

De l’exameii de ce Lableau, il résulte que les grandes distances réticulaires varient avec

le nombre d’atomes de carbone; la courbe représentée sur la figure 5 montre que cette

Fig, 5.

variation est linéaire et que l’accroissement par atome de carbone est de 1,1 À. aussi,

on peut admettre que la chaîne est composée d’atomes de carbone empilés en zig-zag, et se

trouve légèrement inclinée par rapport à la normale à la surface de la goutte.

(12)

38

Influence de la température. - Il a été possible de suivre par cette méthode l’influ-

ence de la température sur l’orientation des couches d’attaque. Dans ces conditions, i’acide

en excès est toujours fondu, et il reste la couche d’attaque qui ne fond, pour beaucoup, qu’au-dessus de 80° à 900.

Malgré l’agitation moléculaire du mercure et de l’acide, les sels formés restent parfai-

tement orientés ; les distances réticulaires observées sont les mêmes qu’à froid. Dans ce cas seulement (acide palmitique), nous avons trouvé une anomalie (39,4 au lieu de 38 l)e11

chauffant à 901) : peut être est-ce là un phénomène analogue à celui du polymorphisme

observé pour les acides gras purs par Austin, Piper, Malkin et J. Thibaud.

Il.

-

ÉTUDE DE LA STRUCTUf(E SUPERFICIELLE (solide-air) D’UN COMPOSE A LOl’iGUE CHAINB.

On peut se demander maintenant quelle est la structure des couches superficielles

d’un composé organique à longue chaîne. Pour cela, il suffit de faire fondre sur la cupule

un acide gras, un triglycéride, une cire, etc. et de laisser le corps se solidifier lentement

sous forme d’une goutte bien régulière. Ce résultat s’obtient au moyen du petit four élec- trique de l’appareil, permettant d’amener la substance placée sur la cupule à l’état liquide;

le refroidissement s’opère avec toute la lenteur voulue en diminuant progressivement

l’intensité du courant.

On peut explorer la surface ou l’intérieur de cette goutte en hissant plus ou moins la cupule d’une quantité connue; il est bon d’utiliser des fentes assez fines (0,~ mm, par

exemple), et surtout, il devient indispensable de couper la goutte au moyen d’une lame de rasoir dans le sens vertical de manière à réaliser une lame à épaisseur constante (3 mm) (voir fig. 6).

Prenons le cas de l’acide palmitique, par exemple. Le diagramme de la surface de

Fig. 6.

-

Scliéma de la méthode d’examen de l’orientation des couches superficielles

des corps organiques à longue chaîne.

RX, Rayons X ; C, Cupule réglable

en

hauteur, permettant FohLention due diagrammes a diverses profondeurs ; G, Goutte figée, sectionnée

au

moyen d’une lame de rasoir.

solidification au contact de l’air, obtenu avec les rayons K du cuivre (cliché 5 pl. I), montre

les ordres successifs de réflexion sur des feuillets il grande équidistance (35,2 ~.). Ces feuil-

lets sont, ici aussi, courbes, et constituent l’enveloppe externe de la goutte; leurs ordres

impairs sont renforcés, leurs ordres pairs affaiblis, ils comportent donc deux molécules d’acide palmitique opposées comme dans le cas de l’orientation sur verre. Les raies obte-

nues - ou raies d’orientation

-

sont parallèles à la surface libre de la goutte.

Ol observe aussi, plus loin de l’origine, une série d’anneaux intenses correspondant à

des réflexions sur d’autres plans réticulaircs à petites équidistantes, allant de ~,2 à 3.9A.

Ces anneaux, à l’inverse des raies intérieures d’orientation, sont circulaires et centrés sur

le milieu de la goutte. Comme nous l’avons vu plus haut, cela signifie que, dans les couches extérieures au voisinage de la surface solide-air, les molécules sont orientées parfaitement,

un peu obliquement à la surface libre, et que les microcristaux peuvent tourner autour de

l’axc d’orientation, en donnant naissance à une isotropie des autres plans réticulaires à

(13)

39

petite équidistance. Le fait essentiel consiste donc en cette orientation parfaite des molécules de l’acide gras au voisinage de la surface de la goutte.

Si l’on prend des diagrammes à des distances de plus en plus grandes de cette surface libre, on constate alors que les raies d’orientation disparaissent et font place à des bandes floues difficiles à mesurer, tandis que les anneaux circulaires subsistent inchangés. C’est

un phénomène tout à fait analogue que l’on observe lorsqu’on spectrographie une petite quantité d’acide gras précipité par l’eau d’une solution alcoolique, ou encore finement pulvérisé : il s’agit donc uniquement d’une structure micro-cristalline confuse à très petits grains. Le cliché i, planche 1 représente ce que l’on obtient à 1 mm au-dessous de la surface libre de la goutte.

A insi l’ ol.ientation en couches CUlJtportant t orientation des 1nolécules entre,

ces couches, se fait d’une façon parfaite ait contact de l’air par simple refroidissement de la

goutte fondue.

Mais à mesure que l’on s’enfonce dans l’intérieur de la goutte, cette orientation disparaît

les feuillets se déforment, les microcristaux prennent toutes les orientations

possibles et l’on arrive à un désordre statistique complet.

Il est donc hors de doute que l’orientation peut s’accolnplir spontanément à l’interface

liquide-air et subsister à l’état solide, ce qui confirme, en les complétant, les célèbres expériences de Langmuir. Mais cette orientation n’est pas limitée à une ou deux assises ;

elle se propage assez loin, chaque molécule tendant à orienter la suivante, et ainsi de suite.

L’origine de cette orientation de molécules à longue chaîne, donc très dissymétriques, et possédant un groupe actif, est certainement dû aux discontinuités du champ moléculaire au

voisinage de la surface.

Il est difficile d’indiquer jusqu’à quelle profondeur les couches sont encore orientées, puisque la

«

désorientation o est progressive; l’on peut dire simplement, d’une façon très approchée, qu’elle est parfaite sur une épaisseur d’au moins 200 à 300 molécules, par la

comparaison de la finesse des raies obtenues.

Nous avons pu observer également dans l’état liquide ou fondu des phénomènes

d’orientation superficiels se traduisant par des fractions de halos parallèles à la surface libre, et dont la position varie avec le nombre d’atomes de carbone. Ces recherches très

importantes sont en cours actuellement et seront publiées ultérieurement.

Une dernière remarque peut être faite au sujet de ces orientations superficielles dans

les acides gras solidifiés. Nous avons vu plus haut qu’au contact des métaux, ou du verre,

ou de l’eau, les COOH s’enracinaient en quelque sorte sur le support; au contact de l’air, il

est probable que ce sont les CH3 qui tapissent la surface libre, car l’eau n’y adhère pas.

Ceci explique qu’une goutte d’acide gras fondu sur l’eau a une face mouillable, celle qui

s’est refroidie au contact de l’air (phénomène déjà observé macroscopiquement par Devaux).

Ainsi les propriétés physiques des deux faces apparaissent différentes par suite de

l’orientation, et sans doute aussi les propriétés chimiques, puisqu’un côté est tapissé

de COOH et est acide, et l’autre de CIP neutres.

D’ailleurs, d’autres recllerches que nous avons entreprises sur l’étirement des gels

colloïdaux montrent également des différences très notables dans les diagrammes X suivant l’étirement, et ceci est en rapport avec les propriétés mécaniques et aussi avec l’adsorption

des colorants, suivavt que la matière est orientée pal traction ou non : il y a peut-être

une manière imprévue d’agir sur l’activité chimique.

III.

-

ETUDE DES TRANSFORMATIONS DE L’OLÉATE DE PLOMB EN FONCTION DB LA TEMPÉRATURE.

L’emploi de la méthode de la goutte nous a permis d’obtenir des résultats intéressants.

sur la structure de l’oléate de plomb en fonction de la température.

I...’oléate de plomb est un corps pâteux, sans point de fusion défini, et qui, à notre

connaissance, n’a pas été classé dans la famille des cristaux liquides. L’examen au

microscope polarisant, u chaud, entre lames de verre ou sous forme de goutte, ne donne

(14)

40

rien ni en lumière parallèle ni en lumière convergente; -, l’ua peut tout au plus constater qu’à froid, la substance doit être microcristallisée.

Examinée aux rayons X, la surface d’une goutte d’oléate de plum b, obtenue par te lent refroidissement sur une cupule de fer ou d’ébonite, fournit le diagramme représenté

cliché 8, Pl. 11; on y constate l’existence de nombreux ordres successifs de réflexion,

correspondant à une distance rétit-ulaqre de 43,2 Â. n apparaît égaiement des fractions d’anneaux de Debye-Sherrer provenant de réflexions sur des plans séparés par des intervalles due 3,8 À, 3,4 À et 3 À. La structure superficielle de la goutte est semblable il celle des acides gras ou des tri-glycérides et les molécules d’oléate de plomb s’y trouvent

orientées. Notons ici que l’oléate de plomb est très absorbant pour les rayons h du cuivre,

à cause de la présence des atomes de plomb : il constitue donc un corps de choix pour l’étude des phénomènes superficiels, car les rayons X ne peuvent pénétrer à l’intérieur de la goutte et sont diffractés seulement par les couches superficielles:

Nous avons ensuite chauffé cette goutte à des températures variables, contrôlées au

moyen d’un couple thermoélectrique plongeant dans la substance. On constate alors

qu’à partir de 60° environ (ramollissement) jusqu’à 9.~0° à 100° (décomposition), le diagramme change brusquement et reste le même dans tout cet intervalle : et cependant,

le corps a pris l’état pâteux, puis liquide (clichés 9 et 10. Pl. II).

On n’aperçoit plus que deux ordres successifs de réflexion correspondant à 27 .1, et un

halo amorphe correspondant à une distance intermoléculaire de 3,8 À (à peine visible

sur le cliché, à cause de sa faible intensité (emplacement des flèches) ; toutc trace des

anneaux de Debye-Sherrer (correspondant aux petites équidistances) a disparu. Ces nouvelles

raies sont en général très intenses et beaucoup plus fines que les raies obtenues à l’état

solide; elles paraissent même d’autant plus nettes que la température est plus élevée et

ne sont pas affectées si on remue le liquide au moyen d’une aiguille, par exemple.

Ainsi, à l’état pâteux et liquide, l’oléate de plomb, même au voisinagc de la décom-

position, se comporte par réflexion comme un cristal très bien formé; en réalité, la surface

est constituée par des couches parallèles emboîtés épousant la forme de la goutte jusqu’à

une petite distance de la surface. Les molécules sont réparties normalement entre ces

couches; mais au lieu d’être emprisonnées dans une maille cristalline comme c’était le cas dans les exemples cités jusqu’ici, elles sont libres de se déplacer en restant parallèles les unes aux autres. Le corps est donc cristallisé suivant une direction, Nt amorphe dans la direction perpendiculaire.

Ce résultat nous a été confirmé immédiatement par un examen par transmission effectué de la façon suivante : la su kjstance était placée dans un trou de 2 inm percé dans

une lame de cuivre; cette lame portait à une extrémité une résistance électrique permettant le chauffage. La goutte formée tient parfaitement par capillarité, même à haute température; il suffit de la placer devant un collimateur circulaire de 1 mm de diamètre et de poser un temps assez considérable, il cause de la grande absorption (9 heures) (voir

clichés 6 et 7, pl. II).

Dans ces conditions, à froid, on obtient seulement des anneaux de Debye-Sherrer,

dont la mesure coïncide exactement avec les distances réticulaires obtenues par réflexion

sur la goutte froide : donc, il s’agit, à l’intérieur de la goutte, d’une structure microcristal- line confuse. A chaud, au contraire, on n’observe plus qu’un halo circulaire correspondant

à une distance intermoléculaire de 3,8 1, identique à celle observée à chaud par réflexion,

et deux très faibles anneaux correspondant à 27 ~.

Il s’agit donc à chaud, d’une forme analogue aux formes mésomorphes « smectiques

»

décrites par Friedel, dans laquelle les molécules sont placées parallèlement les unes aux autres, et, en plus, sont réparties de façon à ce que leurs extrémités soient contenues dans des plans parallèles. Dans le cas actuel, ces plans ne sont autres que des feuillets parallèles

à la surface de la goutte ; on comprend immédiatement que, par réflexion, on obtienne des

raies d’orientation (méthode de la goutte), tandis que, par transmission, les rayons X

rencontrant surtout des molécules parallèles à leur direction, ou des plans normaux, ne

fournissent que le halo amorphe caractéristique des corps liquides.

(15)

41

Ainsi, l’orientation des molécules de l’oléate de plomb, à l’élal pàLeux et liquide,

s’effectue spontanément et d’une façon parfaite à la surface libre au contact de l’air. L’influ-

ence du support paraît être négligeable, car le phénomène se produit aussi bien sur ébonite que sur fer, et, de plus, la distance entre la surface libre et la cupule est de l’ordre de 2 mm

à 2,5 mm, suivant les dimensions tle la goutte. Les essais par transmission semblent montrer que l’orientatiou à chaud subsiste sur une certaine profondeur, pour ensuite se

désorganiser progressivement en donnant lieu à des éléments smcctiques d’orientation variable fournissant de faibles anneaux d’équidistance 27 À et un halo amorphe.

A froid, au contraire, la surface est orientée, mais l’orientation se détruit progressive-

ment en donnant lieu à une structure microcristalline confuse.

Rapport entre les grands espacements mesurés à froid et à chaud. - La

comparaison des grandes distances obtenues à froid et à chaud va nous permettre d’avoir

une idée sur la structure de la molécule. Dans l’état smectique, ces molécules sont normales

aux plans qui les séparent; la mesure de l’espacement réticulaire est donc la mesure de la

longueur de la molécule, soit 27 1.

On sait, d’autre part, que la plupart des acides gras et de leurs sels cristallisent s’ous forme de prismes monocliniques, la chaîne carbonée étant parallèle aux grands côtés du prisme. L’espacement mesuré par les rayons X correspond à la distance séparant les extré-

mités de la cellule élémentaire, c’est-à-dire à la projection sur la normale aux plans de la longueur de l’arête ou de la molécule.

Si l’on admettait pour l’oléate de plomb une formule en ligne droite :

la longueur de la molécule serait beaucoup plus grande que 43 ~~, et donc ne serait pas en accord avec la mesure trouvée de 27 1. Si, au contraire, on admet que la chaîne est repliée

suivant le schéma :

le feuillet élémentaire à froid comprendra deux telles molécules opposées (voir figure 7),

comme pour les acides.

r >

.

~

La répartition des intensités dans les spectres ne permet pas de trancher entre ces deux structures. Mais dans le second cas, la projection sur la normale du feuillet de l’ensemble de ces deux molécules donne une longueur de 43 À, soit ~i,~ ~ pour la projection

d’une molécule. Comme, à chaud, la structure cristalline complète est détruite et que les molécules sont libérées individuellement, on voit immédiatement que la molécule, en se redressant, peut alors fournir la valeur mesurée de 27 1 (s). En ce cas, l’angle de la molé-

cule emprisonnée dans la maille cristalline avec la normale aux feuillets serait de d’où

Une difficulté subsiste cependant : les feuillets formés à chaud doivent, suivant notre

hypothèse, être monomoléculaires, c’est-à-dire qu’ici les molécules d’oléate de plomb ne

sont pas oppposées, mais placées bout à bout ( voir figure 7) : sinon, on obtiendrait non pas 27 À, mais 27 X 2

=

54 À. Rien ne prouve d’ailleurs qu’à l’état smectique, les molécules doivent se grouper de la même façon qu’à l’état cristallin : suivant notre hypothèse, le

(6) Dans

un

travail antérieur, nous avions admis pour les sels de plomb des acides gras saturés

une

stratification monomoléciLlaire (chaîne allongée) ; il semble que cette hypothèse doit être abandonnée

en faveur d’une chaîne repliée.

(16)

42

feuillet solide serait donc bimoléculaire, et le feuillet mésomorphc, monomoléculaire. Il est probable qu’ici aussi la surface libre est tapissée de CH3, la goutte n’étant pas mouil- lable.

Bien entendu, ceci ne constitue qu’une hypothèse servant à interpréter nos diagramn1es: d’autres explications sont sans doutè possibles, en parliculier si l’on admet

schéma de la structure de l’oléate de plomb à l’état solide et liquide.

A, Hypothèse d’une chaîne allongée ; B, Hypothèse d’une chaîne repliée.

qut Fêtât mésoinorplie ou à l’état liquide, les molécules n’ont pas les mêmes dimensions qu’à l’état solide cristallisé.

Réversibilité de 1 orientation de 1.’oléate de plomb. - Les phénomènes que

nous avons observés avec l’oléate de plomb sont réversibles, c’est-à-dire qu’après une pose il chaud et refroidissement de la goutte, on retrouve le spectre déjà obtenu à froid et ceci

plusieurs fois de suite. On constate cependant qu’après un certain nombre de cycles, surtout lorsqu’on opère à haute température, les raies obtenues à chaud subsistent quelquefois légèrement, de sorte que la matière semble se souvenir de son état antérieur. Le phéno-

mène inverse ne se produit jamais à chaud (fig. Pl. II).

Au début de ces recherches, nous avions sozzgé à un phénomène d’oxydation à chaud de

l’oléate de plomb, corps non saturé. Mais ceci doit ètre immédiatement abandonnée car, outre que l’oxylation ainsi réalisée est faible, on devrait toujours trouver, à froid comme à chaud, un mélange des deux spectres, et il n’y aurait pas réversibilité; (lie plus, la structure à chaud ne serait pas smectique mais microcristalline.

L’oxydation peut seulement être invoquée pour expliquer l’apparition, dans certains

cas, d’une très faible raie non réversible, correspondant à un espacement de 36 â, et en

assez bon accord avec nos mesures antérieures sur l’oxydation de l’acide oléique au contact

du plomb (spectre d’oxydation avec raies de 37,5 1).

Quoi qu’il en soit, l’étude de l’oléate de plomb par la méthodes ne la goutte montre

un phénomène intéressant et IlotllTPaïl, qui permet de faire rentrer dans la catégorie des

corps mésomorphes des substances qui n’y avaient pas été introduites par la voile optique,

sans doute parce que les oricltations sont localisées sur une épaisseur trop faible ou que

(17)

43 la biréfringence est très peu accusée. D’autres essais sont en cours sur divers sels

métalliques des acides gras, ainsi que sur divers corps classés parmi les cristaux liquides.

.. ~

CONCLUSIONS.

La méthode de la goutte nous a permis de mettre en évidence un certain nombre de faits nouveaux relatifs à la structure et à l’orientation superficielle des corps. Des résultats d’un grand intérêt ont été également obtenus par l’étude des liquides, qui permettront peut-être d’apporter quelques éclaircissements à notre connaissance de cet état.

Les phénomènes d’orientation, qui conditionnent un nombre immense de propriétés superficielles, comme la capillarité, l’onctuosité, l’adhérence, l’adsorption, la catalyse, peuvent donc être étudiés grâce à ce procédé; c’est ce que nous proposons d’effectuer par la suite au laboratoire de Physique des rayons X (M. de Broglie).

Manuscrit reçu le 17 novembre 1928.

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