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1.2 Actions d’un groupe fini sur un ensemble fini

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Academic year: 2022

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101 - Groupe op´ erant sur un ensemble.

Exemples et Applications.

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1 G´ en´ eralit´ es sur les actions de groupes

1.1 D´ efinitions et ´ enonc´ es g´ en´ eraux

D´efinition 1.1. SoitGun groupe etX un ensemble. Une action (`a gauche) deGsurX est la donn´ee d’un morphisme de groupesρ:G→S(X), o`u S(X) d´esigne le groupe des bijections (permutations) de l’ensemble X.

Remarque 1.2. Cette d´efinition ´equivaut `a la donn´ee d’une application G×X →X not´ee (g, x)7→g·x, v´erifiant

— pour toutx∈X, 1·x=x.

— pour toutg, g0∈Getx∈X, (gg0)·x=g·(g0·x).

Exemples :

— Le groupeGagit sur lui-mˆeme par translation :g·x=gx; par conjugaison :g·x=gxg−1.

— SiHest un sous-groupe deG,Gagit naturellement sur l’ensembleX :=G/Hdes classes

`

a gauche deH dansGviag·(g0H) := (gg0)H.

— Pour tout ensembleX, le groupeS(X) agit naturellement surX, viaσ·x:=σ(x).

— SiKest un corps etV unK-espace vectoriel, GL(V)⊂S(V) agit surV.

— Le groupe SOn(R) agit sur la sph`ere unit´eSn−1⊂Rn.

On dispose d’une relation d’´equivalence naturellement associ´ee `a une action de groupe : si x, x0 ∈X, on dit quexetx0 sont ´equivalents s’il existeg∈Gtel quex0=g·x.

D´efinition 1.3. SoitX un ensemble muni d’une action d’un groupeG.

1. les orbites pour cette action sont les classes d’´equivalence associ´ees. Pour tout x∈ X, on note O(x) l’orbite dexsous G. On note X/Gl’ensemble des orbites.

2. pour tout x∈X,Gx:={g∈G:g·x=x} est un sous-groupe deGappel´e stabilisateur.

3. pour tout g∈G, on noteFixX(g) :={x∈X :g·x=x}, appel´e le fixateur de g.

4. l’action est dite fid`ele (resp. libre) si le morphisme ρest injectif (resp. si tous les stabi- lisateurs sont r´eduits `a{1}).

5. soit n≥1. On dit que l’action estn-transitive si pour tout (x1, . . . xn, y1, . . . , yn)∈X2n tels quexi6=xj etyi 6=yj pour touti6=j, il existe g∈Gtel queg·xi=yi pour touti.

6. on note XG:={x∈X:∀g∈G, g·x=x} l’ensemble des points fixes deGdansX. Exemples :

— l’action par translation deGsur lui-mˆeme est libre, donc fid`ele, et elle est transitive.

— l’action par conjugaison deGsur lui-mˆeme est fid`ele ssi le centre deGest trivial. Cette action est libre (resp. transitive) ssiG={1}. Les orbites sont les classes de conjugaison.

— l’action deS(X) surX est fid`ele et transitive.

— l’action de GL(V) surV est fid`ele. Elle est transitive si et seulement siV ={0}. Sinon, cette action a exactement deux orbites :{0} etV \ {0}.

— l’action de SOn(R) surSn−1est fid`ele et transitive.

Proposition 1.4. Soit X un ensemble muni d’une action d’un groupe G. Alors pour tout x∈X etg∈G,Gg·x=gGxg−1 et on a une bijectionG/Gx→ O(x).

Exemple : On a une bijection naturelle SOn(R)/SOn−1(R) −→ Sn−1, qui est en fait un hom´eomorphisme.

1.2 Actions d’un groupe fini sur un ensemble fini

Proposition 1.5. SoitX un ensemble fini muni d’une action d’un groupe fini G.

1. (´equation aux classes) |X|=P

ω∈X/G|ω|=P

O(x)∈X/G

|G|

|Gx|. 2. (formule de Burnside)|X/G|=|G|1 P

g∈G|FixX(g)|.

Remarque 1.6. L’´egalit´e 2 dit que le nombre moyen de points fixes d’un ´el´ement deGest le nombre d’orbites. Ainsi une permutation al´eatoire deSn a-t-elle en moyenne un point fixe.

Exemple :Si Gagit sur lui-mˆeme par conjugaison, on obtient la relation

|G|=|Z(G)|+ X

g∈CG\Z(G)

|G|

|ZG(g)|,

o`uCG⊂Gest un ensemble de repr´esentants des classes de conjugaison,ZG(g) est le centrali- sateur deget Z(G) est le centre deG.

Une application classique de l’´equation aux classes (pour l’action des inversibles d’un corps par conjugaison) :

Th´eor`eme 1.7(*). (Wedderburn) Une alg`ebre `a division finie est un corps.

2 Applications ` a la th´ eorie des groupes

2.1 Groupe sym´ etrique

Proposition 2.1. (Cayley)

SoitGun groupe fini. Il existen∈Ntel queGsoit un sous-groupe de Sn. En utilisant l’action deSn surX ={1, . . . , n}, on montre :

Th´eor`eme 2.2. Tout permutation de Sn s’´ecrit de fa¸con unique (`a l’ordre pr`es) comme produit de cycles `a supports disjoints.

SoitKun corps, on d´efinit l’action deSnsur laK-alg`ebreK[X1, . . . , Xn] parσ·Xi:=Xσ(i). Un polynˆomePest dit sym´etrique (resp. antisym´etrique) si pour toutσ∈Sn,σ·P =P(resp.

σ·P =(σ)P). On noteσ1, . . . , σn ∈K[X1, . . . , Xn] les polynˆomes sym´etriques ´el´ementaires, et ∆(X1, . . . , Xn) :=Q

1≤i<j≤n(Xi−Xj).

Th´eor`eme 2.3(**). SoitP ∈K[X1, . . . , Xn].

— SiP est sym´etrique, il existe un unique Q∈K[X1, . . . , Xn] tel queP=Q(σ1, . . . , σn).

— SiP est antisym´etrique, alors il existe R∈K[X1, . . . , Xn] sym´etrique tel queP = ∆Q.

1

(2)

2.2 Structure des groupes finis

Lemme 2.4(*). SoitGun groupe de cardinalpn (unp-groupe), o`upest un nombre premier, agissant sur un ensemble finiX. Alors|XG| ≡ |X|(mod p).

Th´eor`eme 2.5 (*). (Cauchy) SoitG un groupe fini etpun nombre premier divisant|G|.

AlorsGcontient un ´el´ement d’ordrep.

Proposition 2.6(*). SoitGun p-groupe, o`upest un nombre premier.

Alors le centre deGest non trivial. En particulier, le groupe Gest nilpotent.

Proposition 2.7(*). SoitGun groupe fini etple plus petit nombre premier divisant|G|.

Alors tout sous-groupe deGd’indice pest distingu´e.

2.3 Repr´ esentations lin´ eaires d’un groupe

D´efinition 2.8. SoitGun groupe fini. Une repr´esentation (lin´eaire) de Gest un morphisme de groupesρ:G→GL(V), o`u V est unC-espace vectoriel de dimension finie.

En particulier, une repr´esentation d’un groupeGest une action (lin´eaire) deG surV, i.e.

un morphismeρ0:G→S(V).

D´efinition 2.9. Soit(V, ρ)une repr´esentation d’un groupe fini G.

— Si (V0, ρ0) est une autre repr´esentation de G, un morphisme de repr´esentation ϕ : (V, ρ) → (V0, ρ0) est une application lin´eaire ϕ : V → V0 telle que pour tout g ∈ G, ρ0(g)◦ϕ=ϕ◦ρ(g).

— Une sous-repr´esentation de (V, ρ) est un sous-espace vectoriel W deV stable par ρ(g), pour toutg∈G.

— La repr´esentation (V, ρ) est dite irr´eductible si elle n’admet pas de sous-repr´esentation non triviale.

— Le caract`ere de la repr´esentation (V, ρ)est la fonction χV :G→Cd´efinie parχV(g) :=

tr(ρ(g)).

Th´eor`eme 2.10. 1. Deux repr´esentations de mˆeme caract`ere sont isomorphes.

2. (Maschke) Toute repr´esentation de G est somme directe de sous-repr´esentations irr´eductibles.

On dispose ´egalement d’un produit scalaire canonique sur l’espace des caract`eres, et de relations d’orthogonalit´e pour les caract`eres de repr´esentations irr´eductibles. Cela permet de construire la table des caract`eres irr´eductibles d’un groupe.

Exemples :

— (*) Tables de caract`eres des groupes cycliques.

— (**) Table de caract`eres deS4, en lien avec les isom´etries du t´etra`edre.

— (**) Tables de caract`eres du groupe di´edral et du groupe des quaternions (d’ordre 8).

2.4 Sous-groupes compacts maximaux de GL

n

( R )

SoitV unR-espace vectoriel. En utilisant le fait qu’une action d’un sous-groupe compact de GL(V) stabilisant un convexe compact non videK ⊂V a toujours un point fixe dansK, on montre :

Th´eor`eme 2.11 (**). SoitGun sous-groupe compact de GLn(R).

Alors il existe une forme quadratiqueqd´efinie positive surRn telle que G⊂ O(q).

Autrement dit, tout sous-groupe compact maximal deGLn(R)est conjugu´e `aOn(R).

3 Applications ` a la g´ eom´ etrie

3.1 G´ eom´ etrie affine

D´efinition 3.1. SoitKun corps. Un espace affine surKest un ensembleE muni d’une action libre et transitive du groupe additif d’unK-espace vectorielE.

Si on note GA(E) le groupe des transformations affines de E, l’action de GA(E) sur E est transitive.

3.2 G´ eom´ etrie euclidienne

D´efinition 3.2. SoitE un espace affine euclidien de dimensionn. Un poly`edre convexeP deE est dit r´egulier si le groupe des isom´etries dePagit transitivement sur les suites(F0, . . . , Fn−1), o`uFi est une face deP de dimension i, avec Fi ⊂Fi+1, pour touti.

Th´eor`eme 3.3. SoitE un espace affine euclidien de dimension 3.

— (*) Le groupe des isom´etries (resp. directes) du t´etra`edre est isomorphe `aS4(resp.A4).

— (**) Celui du cube ou de l’octa`edre est isomorphe `aS4×Z/2Z(resp. S4).

— (***) Celui du dod´eca`edre ou de l’icosa`edre est isomorphe `aA5×Z/2Z(resp.A5) R´eciproquement, en utilisant l’action de SO3(R) et de ses sous-groupes sur la sph`ere unit´e, on dispose de la classification des sous-groupes finis de SO3(R) :

Th´eor`eme 3.4(**). SoitG⊂SO3(R)un sous-groupe fini.

AlorsGest isomorphe `aZ/nZ,Dn,A4,S4 ouA5. Etudions maintenant les groupes de pavages :´

D´efinition 3.5. Soit E un espace affine euclidien. Un pavage de E est un couple (P, G), o`u P ⊂ E est compact connexe d’int´erieur non vide etG⊂Isom+(E)est un sous-groupe tel que

1. E =S

g∈Gg(P).

2. pour tousg, h∈G,g(P)∩h(P)6=∅ =⇒ g=h.

Proposition 3.6 (**). A conjugaison pr`` es dans le groupe affine de E, il y a exactement cinq tels sous-groupes G. Si on remplace Isom+(E) par Isom(E), on trouve 17 sous-groupes convenables.

Etudions maintenant les angles et les rotations.´

D´efinition 3.7. SoitP un plan euclidien. Le groupe SO(P) agit librement et transitivement sur la sph`ere unit´e. Soient u, v ∈ P de norme 1. La mesure de l’angle (u, v) est l’unique θ∈R/2πZ tel queRθu=v.

2

(3)

3.3 G´ eom´ etrie hyperbolique

On noteH:={z ∈C: Im(z)>0}. On dispose d’une action transitive de PSL2(R) sur H par homographies, via la formule

a b c d

·z:=az+bcz+d; on en d´eduitH ∼= SL2(R)/SO2(R).

On s’int´eresse en particulier `a l’action de PSL2(Z) surH.

D´efinition 3.8. On dit qu’une partieDdeH est un domaine fondamental pour cette action siD rencontre toutes les orbites de PSL2(Z) et deux points de D dans une mˆeme orbite sont sur la fronti`ere de D.

Th´eor`eme 3.9(**). L’action dePSL2(Z)surHadmet pour domaine fondamental l’ensemble D:={z∈C:|z| ≥1 et|Re(z)| ≤ 12}.

Corollaire 3.10(**). SL2(Z)est engendr´e parT :=

1 1 0 1

etS :=

0 −1

1 0

.

4 Applications ` a l’alg` ebre lin´ eaire

4.1 Bases

SoitK un corps etV unK-espace vectoriel de dimension finie n. On dipose d’une action naturelle de GL(V) sur l’ensembleBV des bases deV. Cette action est libre et transitive.

D´efinition 4.1. Si K = R et V est euclidien, le sous-groupe SO(V) ⊂ GL(V) agit sur les bases orthonorm´ees deV selon deux orbites, appel´ees orientations de V.

4.2 Actions par translation

On peut faire agir GLn(K) sur Matn(K) par translation `a gauche : Proposition 4.2(*). SoientA, B∈Matn(K).

AlorsAetB sont dans la mˆeme orbite si et seulement si A etB ont mˆeme noyau.

Si on consid`ere l’action par translation `a droite, donn´ee parP·A:=AP−1, on a : Proposition 4.3(*). SoientA, B∈Matn(K).

AlorsAetB sont dans la mˆeme orbite si et seulement si A etB ont mˆeme image.

4.3 Matrices semblables, matrices ´ equivalentes

On consid`ere l’action de GLn(K)×GLp(K) sur Matn,p(K) donn´ee par (P, Q)·M :=P M Q−1 (´equivalence des matrices), et l’action de GLn(K) sur Matn(K) donn´ee parP·M :=P M P−1 (similitude des matrices).

Th´eor`eme 4.4 (**). Soit K un corps. Alors les classes d’´equivalence de matrices dans Matn,p(K) sont donn´ees par le rang : pour tout M ∈ Matn,p(K), il existe un unique 0≤r≤min(n, p)tel queM est ´equivalente `a la matrice

Ir 0r,p−r

0n−r,r 0n−r,p−r

.

Remarque 4.5. Cet ´enonc´e est essentiellement ´equivalent `a l’algorithme du pivot de Gauss pour la r´esolution des syst`emes lin´eaires.

Th´eor`eme 4.6. SoitK un corps. Alors les classes de similitudes de matrices dansMatn(K) sont donn´ees par les invariants de similitude : pour toutM ∈Matn(K), il existe des polynˆomes unitaires (uniques) P1, . . . , Pr ∈ K[X] tels que Pi|Pi+1 pour tout i et M soit semblable `a diag(C(P1), . . . , C(Pr))(o`u C(P)d´esigne la matrice compagnon deP).

Remarque 4.7. De mˆeme, la classification des formes quadratiques sur un corps K peut s’interpr´eter comme la description des orbites pour l’action de GLn(K) sur les matrices sym´etriques Symn(K) d´efinie parA·M :=AMtA.

Exemples :

— SiK =C, l’action de GLn(C) sur Symn(C) a exactementn+ 1 orbites donn´ees par le rang 0≤r≤n.

— (Sylvester) SiK=R, l’action de GLn(R) sur Symn(R) a exactement (n+1)(n+2)2 orbites donn´ees par la signature (p, q)∈N2 avecp+q≤n.

4.4 D´ ecomposition de Bruhat et action sur les drapeaux

Si K est un corps, GLn(K) agit transitivement sur l’ensemble D des drapeaux de Kn. Th´eor`eme 4.8 (**). (Bruhat) Soit K un corps. Notons T (resp. U) le sous-groupe de GLn(K)form´e des matrices triangulaires sup´erieures (resp. unipotentes sup´erieures). Alors

GLn(K) = G

σ∈Sn

U PσT .

D´ecrivons les orbites de l’action de GLn(K) sur les paires de drapeaux :

Corollaire 4.9(**). On a une bijection canonique(D×D)/GLn(K)−→Sn. En particulier, cette action a exactement n! orbites.

5 Applications en combinatoire

5.1 Colliers de perles

On cherche `a d´enombrer les colliers `a 9 perles dont 4 bleues, 3 blanches et 2 rouges. En utilisant une action du groupe di´edralD9, on trouve qu’il y a exactement 76 tels colliers (*).

5.2 Coloriage de poly` edres

On d´enombre les coloriages des faces d’un poly`edre avec ncouleurs (`a rotation pr`es).

Th´eor`eme 5.1 (**). Soit X un ensemble fini muni d’une action d’un groupe fini G. Soit C ={1, . . . , n} l’ensemble des couleurs. Un coloriage de X (avec au plus n couleurs) est un

´

el´ement deCX.

Alors le nombre de coloriages de X (modulo G) est exactement N = |G|1 P

σ∈Gnλ(σ), o`u λ(σ) est le nombre de cycles deσvu comme permutation de X.

Exemple :(**) Il y a exactement N = n6+3n4+12n24 3+8n2 coloriages des faces du cubes avec (au plus)ncouleurs (`a rotation pr`es). En particulier, pourn= 3 couleurs, on trouveN = 57 coloriages.

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