1 Groupes, sous-groupes 2 1.1 Groupes . . . . 2 1.2 Sous-groupes . . . . 3 1.3 Sous groupes engendr´ es par une partie . . . . 4 2 Morphismes et actions de groupes 7 2.1 Morphismes de groupes . . . . 7 2.2 Actions de groupes . . . . 9 3 Classes ` a gauche, groupes quotients 11 3.1 Classes ` a droite, classes ` a gauche . . . . 11 3.2 Groupes quotients . . . . 12
4 Groupes finis 14
4.1 Th´ eor` eme de Lagrange . . . . 14 4.2 Equation aux classes . . . . ´ 15 4.3 Application aux automorphismes int´ erieurs . . . . 15 4.4 Formule de Burnside . . . . 16
Mathieu Mansuy - Professeur de Math´ ematiques en ECS2 au Lyc´ ee Louis Pergaud (Besan¸ con)
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Introduction
La notion de Groupe ´ emergea progressivement au cours du XIX
emesi` ecle. Evariste Galois et Niels Henrik Abel sont les premiers ` a l’avoir d´ egag´ ee, dans leurs travaux respectifs sur la r´ esolution par radicaux des ´ equations polynˆ omiales sur Q . Les ´ equations de degr´ e 2, 3 et 4 avaient ´ et´ e r´ esolues par des m´ ethodes n’utilisant, outre les op´ erations ´ el´ ementaires, que des extractions successives de racines n-i` emes. Abel, puis Galois ont montr´ e que ce proc´ ed´ e (r´ esolution par radicaux de l’´ equation) devenait insuffisant pour les ´ equations de degr´ e 5 ou plus.
Galois alla plus loin en introduisant ce qui deviendrait plus tard la notion de groupe afin de donner une condition n´ ecessaire pour la r´ esolution par radicaux d’une ´ equation. Le principe de sa th´ eorie est d’associer un groupe ` a l’´ equation ´ etudi´ ee, le Groupe de Galois de l’´ equation. Il s’agit, en termes vagues, de l’ensemble des permutations des racines qui laissent invariantes toutes les expressions alg´ ebriques de ces racines. Ce groupe exprime le degr´ e d’indiscernabilit´ e des racines. Le g´ enie de Galois consiste ` a avoir trouv´ e une condition op´ eratoire sur ce groupe qui est n´ ecessaire pour que l’´ equation de d´ epart soit r´ esoluble par radicaux.
D` es lors, le concept moderne et abstrait de groupe se d´ eveloppa ` a travers diff´ erents champs des math´ ematiques (g´ eom´ etrie, th´ eorie des nombres,...) de part son lien ´ etroit avec la notion de sym´ etrie. Il joue ´ egalement un rˆ ole important dans de nombreuses sciences. Les groupes g´ en´ eraux lin´ eaires, par exemple, sont utilis´ es en physique fondamentale pour comprendre les lois de la relativit´ e restreinte et les ph´ enom` enes li´ es ` a la sym´ etrie des mol´ ecules en chimie.
1 Groupes, sous-groupes
1.1 Groupes
Soit G un ensemble non vide muni d’une loi de composition interne not´ ee ∗, c’est ` a dire d’une application de G × G dans G :
∗ : (x, y) ∈ G × G 7→ x ∗ y ∈ G D´ efinition.
On dit que (G, ∗) est un groupe pour la loi ∗ si :
cette loi est associative : ∀ x, y, z ∈ G, x ∗ (y ∗ z) = (x ∗ y) ∗ z
cette loi poss` ede un ´ el´ ement neutre : ∃ e ∈ G, ∀ x ∈ G, x ∗ e = e ∗ x = x
tout ´ el´ ement admet un sym´ etrique par cette loi : ∀ x ∈ G, ∃ y ∈ G, x ∗ y = y ∗ x = e
Si de plus ∗ est commutative, c’est ` a dire : ∀ x, y ∈ G, x ∗ y = y ∗ x, on dira que (G, ∗) est un groupe commutatif ou ab´ elien. Si G est fini, son cardinal Card(G) s’appelle l’ordre de G.
Remarque. On peut montrer que :
l’´ el´ ement neutre e est unique, not´ e aussi 1
G;
Sie, e0sont des ´el´ements neutres pour (G,∗), on ae=e∗e0=e0.
pour tout ´ el´ ement x ∈ G, le sym´ etrique de x est unique. On l’appelle aussi l’inverse de x et on le note x
−1.
Soitx∈G, ety, y0des sym´etriques dexdans (G,∗). Alors :
y=y∗e=y∗(x∗y0) = (y∗x)∗y0=e∗y0=y0.
Lorsque le groupe est commutatif, on pourra pr´ ef´ erer une notation additive : + pour d´ esigner la loi de G, 0
Gpour l’´ el´ ement neutre, et −x pour le sym´ etrique de x aussi appel´ e oppos´ e de x dans ce cas.
Premiers exemples.
( Z , +) groupe commutatif d’´ el´ ement neutre e = 0. ( N , +) n’est pas un groupe.
Soit K un corps commutatif. Alors ( K
∗, ×) est un groupe commutatif d’´ el´ ement neutre e = 1
K.
Plus g´ en´ eralement pour tout anneau (A, +, ×) unitaire, l’ensemble U (A) des ´ el´ ements inversibles est un
groupe pour la loi × d’´ el´ ement neutre e = 1
A. Par exemple (GL
n( K ), ×) est un groupe, non commutatif
d` es que n ≥ 2, d’´ el´ ement neutre e = I
n.
Soit X un ensemble. Notons S(X ) l’ensemble des permutations de X , c’est ` a dire des bijections de X dans lui-mˆ eme. Alors S(X ) est un groupe pour la loi de composition ◦ d’´ el´ ement neutre l’application identit´ e e = Id
X. On l’appelle groupe sym´ etrique de X. Ce groupe est non commutatif d` es que X poss` ede plus de 3 ´ el´ ements.
Si X = {1, 2, . . . , n} avec n ≥ 1, on le notera plus simplement S
n, et on l’appellera groupe sym´ etrique d’indice n. Il est d’ordre n!. Un ´ el´ ement σ ∈ S
nse repr´ esente commun´ ement sous forme d’un tableau :
σ =
1 2 . . . n σ(1) σ(2) . . . σ(n)
.
Montrons queSnn’est pas commutatif d`es quen≥3. On consid`ere pour cela les deux permutations suivantes : σ=
1 2 3 4 . . . n 2 1 3 4 . . . n
et τ=
1 2 3 4 . . . n 1 3 2 4 . . . n
. Alors on a :
τ◦σ(1) =τ(2) = 3 et σ◦τ(1) =σ(1) = 2.
Ainsiτ◦σ6=σ◦τ, etSnn’est pas commutatif.
Exemple. Soient (N, ∗) et (H, ∗
0) deux groupes. Le produit cart´ esien N × H est muni d’une structure de groupe avec la loi produit suivante :
(n, h) ? (n
0, h
0) = (n ∗ n
0, h ∗
0h
0).
On l’appelle le produit direct des groupes N et H. On v´ erifie que e
N×H= (e
N, e
H) et (n, h)
−1= (n
−1, h
−1).
N × H est commutatif si et seulement si N et H sont commutatifs.
1.2 Sous-groupes
D´ efinition.
Soit G un groupe, et H ⊂ G. On dit que H est un sous-groupe de G, not´ e H < G, si ( e ∈ H
∀ x, y ∈ H, x ∗ y
−1∈ H
Exemples.
{e}, G sont des sous groupes de (G, ∗).
Les sous-groupes de ( Z , +) sont exactement les ensembles de la forme n Z = {kn, k ∈ Z } avec n ≥ 0.
Exercice.
a) Montrer que pour toutn≥0,nZest un sous groupe deZ.
b) SoitH un sous groupe de (Z,+),H6={0}.
(i) Montrer que la partieH∩N∗poss`ede un plus petit ´el´ement. On noteacet ´el´ement.
(ii) Montrer queaZ⊂H.
(iii) Montrer queH⊂aZ(penser `a utiliser la division euclidienne).
Solution.
a) On montre les diff´erents points d´efinissant un sous-groupe de (Z,+) : – 0 = 0×n∈nZ;
– Soienta, b∈nZ, il existek, l∈Ztels quea=knetb=ln. Alorsa+b=kn+ln= (k+l)n∈nZ; – Soita∈nZ, il existek∈Ztel quea=kn. Alorssym(a) =−a=−kn= (−k)n∈nZ.
AinsinZest bien un sous groupe deZ.
b) (i) Par hypoth`eseH6={0}, donc il existeh∈Htel queh6= 0. Sih >0, c’est bon. Sinon, commeHest un groupe, on asym(h) =−h∈H et−h >0. Dans tous les cas on a donc queH∩N∗est une partie non vide deN∗. Elle poss`ede donc un plus petit ´el´ementa.
(ii) Puisquea∈H et queHest un sous groupe, on a aussisym(a) =−a∈H. On montre alors par une r´ecurrence (`a faire) que pour toutk∈N,kaet−kaappartiennent `aH. AinsiaZ⊂H.
(iii) Soith∈H. Montrons queh∈aZ. Faisons la division euclidienne dehpara: il existeq, r∈Ztels que : h=qa+ret 0≤r < a.
On ah∈H,qa∈aZ⊂H. PuisqueH est un sous groupe, on en d´eduit quer=h−qaappartient `aH. Par minimalit´e dea, on en d´eduit quer= 0. Ainsi on a bienh=qa, et donch∈aZ.
On a ainsi montr´e que tout sous groupe de (Z,+) est de la formenZavecn≥0 (r´esultat `a retenir).
L’ensemble U des nombres complexes de module 1 est un sous groupe de ( C
∗, ×). Pour tout n ≥ 2, l’ensemble U
ndes racines n-i` emes de l’unit´ e est lui-mˆ eme un sous-groupe de ( C
∗, ×) (et de ( U , ×) aussi).
On a de plus les inclusions :
U
m⊂ U
n⇔ m divise n.
En effet, simdivisen, alors il existek∈Ztel quen=km, et alors pour toutξ∈Um, on a : ξn=ξkm= (ξm)k= 1k= 1.
R´eciproquement, siUm⊂Unalors on aurait :
1 = (e2iπm )n=e2niπm ⇒ n
m∈Z⇒n∈mZ.
Soit {H
i}
i∈Iune famille de sous-groupes d’un groupe G. Alors \
i∈I
H
iest un sous-groupe de G.
Propri´ et´ e 1
Preuve.
Pour touti∈I,e∈HicarHiest un sous-groupe deG. Donce∈T
i∈IHietT
i∈IHi6=∅.
Soientx, y∈T
i∈IHi. Alors pour touti∈I,x, y∈Hi.Hi´etant un sous-groupe deG,x∗y−1appartient `aHi. Ceci ´etant vrai pour touti∈I, on conclut quex∗y−1∈T
i∈IHi.
1.3 Sous groupes engendr´ es par une partie
Soit G un groupe, et soit A un sous-ensemble non vide de G. Le sous-groupe hAi de G engendr´ e par A est l’intersection de tous les sous-groupes de G qui contiennent A. On dit alors que A est une partie g´ en´ eratrice de hAi.
L’ensemble hAi co¨ıncide avec l’ensemble des produits x
1. . . x
mo` u m est un entier positif non nul, et o` u pour tout 1 ≤ i ≤ m, on a x
i∈ A ou x
−1i∈ A.
Propri´ et´ e 2
Exemple. Soit x un ´ el´ ement d’un groupe G. Alors on a hxi = {x
m, m ∈ Z }. On notera en particulier que hxi est un groupe commutatif.
D´ efinition.
Un ´ el´ ements x de G est dit d’ordre p ∈ N
∗si hxi est fini d’ordre p. L’ordre de x est aussi le plus petit entier naturel non nul p tel que x
p= e. On le note o(x). On a :
hxi = {e, x, . . . , x
p−1}.
Exemples.
Soit n ≥ 2. ξ = e
2iπnest un ´ el´ ement d’ordre n de ( C
∗, ×).
Dans S
n, on appelle transposition toute permutation de la forme τ
i,j=
1 . . . i − 1 i i + 1 . . . j − 1 j j + 1 . . . n 1 . . . i − 1 j i + 1 . . . j − 1 i j + 1 . . . n
o` u 1 ≤ i < j ≤ n. Les transpositions sont des ´ el´ ements d’ordre 2 dans S
n. Remarques.
Si x est d’ordre p, alors
x
q= e ⇔ p|q.
En effet sipdiviseq, il existek∈Ztel queq=kp. D`es lors, on a : xq= (xp)k=ek=e.
R´eciproquement supposons quexq=e. On effectue la division euclidienne deqparp: il existe (r, s) un couple d’entiers tel que :
(q=pr+s 0≤s < p On a alors :
e=xq=xpr+s= (xp)rxs=xs. Or 0≤s < p. Par minimalit´e dep, on en d´eduit ques= 0, et donc queq=pr.
Si x est d’ordre p, alors pour tout k ∈ Z , x
kest d’ordre p p ∧ k .
Soit donck∈Z. D´eterminons l’ordreqdexk. On a :
e= (xk)q=xkq d’o`u pdivisekq ⇔ ∃r∈Z, kq=pr.
Soientp0, k0 ∈Ztels que
p= (p∧k)p0 k= (p∧k)k0 k0∧p0= 1
. En substituant dans l’´egalit´e pr´ec´edente, on obtientk0q=p0r. On en d´eduit que :
(
p0divisek0q p0∧k0= 1
Gauss
⇒ p0= p
p∧k diviseq.
D’autre part, on ak× p
p∧k =p× k p∧k
| {z }
∈Z
et donc (xk)p∧kp = (xp)p∧kk = (e)p∧kk =e.Ainsiqdivise p
p∧k. Comme on a aussi
montr´e que p
p∧k diviseq, on conclut queq= p p∧k.
D´ efinition.
On dit qu’un groupe G est monog` ene s’il existe x ∈ G tel que G = hxi. Si de plus G est fini, on dit que G est cyclique.
On dit qu’un groupe G est de type fini s’il existe un nombre fini d’´ el´ ements x
1, . . . , x
mde G tels que G = hx
1, . . . , x
ni. Un tel n-uplet (x
1, . . . , x
n) est appel´ e syst` eme de g´ en´ erateurs de G.
Exemples.
Z et ses sous-groupes sont monog` enes.
Pour tout n ≥ 1, U
nest un groupe cyclique engendr´ e par ξ = e
2iπn. D’autres g´ en´ erateurs sont possibles, pr´ ecis´ es par l’´ equivalence suivante :
U
n= hξ
ki ⇔ (k ∧ n = 1).
En effet on a les ´equivalences suivantes :
Un=hξki ⇔ ξkest d’ordren ⇔ n
n∧k =n ⇔ n∧k= 1.
Z
2est de type fini, engendr´ e par les ´ el´ ements u
1= (1, 0) et u
2= (0, 1). Il n’est pas monog` ene.
Exemple. Soit n ≥ 2. Le groupe sym´ etrique S
nest de type fini, engendr´ e par les transpositions.
On le montre par r´ecurrence surn≥2.
Initialisation. S2={Id, τ1,2}, doncS2 est bien engendr´e par les transpositions.
H´er´edit´e. Soitn≥3. Supposons la propri´et´e au rangn−1. Soitσ∈ Sn. On a deux cas possibles :
– σ(n) =n. Dans ce cas,σpeut-ˆetre vue comme une permutation ˜σde{1,2, . . . , n−1}. Par hypoth`ese de r´ecurrence, il existek≥0 et ˜τ1, . . . ,τ˜kdes transpositions de{1,2, . . . , n−1}tels que :
˜
σ= ˜τ1◦ · · · ◦τ˜k. Pour tout 1≤i≤k, on d´efinit alors la transpositionτi∈ Snparτi(j) =
(
˜
τi(j) sij6=n
n sij=n, et on v´erifie qu’on a : σ=τ1◦ · · · ◦τk.
– σ(n)6=n. On noteτ0 la transposition permutant les entiersσ(n) etn. On aτ0◦σ(n) =n. On est ramen´e ainsi au cas pr´ec´edent : il existek≥0 et des transpositionsτi∈ Sntels que :
τ0◦σ=τ1◦ · · · ◦τk
soit encore :
σ=τ0◦τ1◦ · · · ◦τk. D’o`u la propri´et´e au rangn.
On conclut par principe de r´ecurrence. On a d’ailleurs montr´e plus pr´ecis´ement que toute permutation deSnest produit d’au plus n−1 transpositions.
Faisons un exemple. On consid`ere la permutation suivanteσ=
1 2 3 4 5
3 5 1 4 2
deS5. On s’inspire pour cela de la preuve
pr´ec´edente :
1 2 3 4 5
3 5 1 4 2
3 2 1 4 5
1 2 3 4 5
σ τ2,5◦σ τ1,3◦τ2,5◦σ Ainsi on aτ1,3◦τ2,5◦σ=Id, d’o`u :
σ= (τ1,3◦τ2,5)−1=τ2,5−1◦τ1,3−1=τ2,5◦τ1,3.
Exemple. Soit n ≥ 3, et P
0P
1. . . P
n−1un polygone r´ egulier ` a n cˆ ot´ es de centre O. On note D
2nl’ensemble des isom´ etries du plan qui conservent ce polygone r´ egulier. On montre facilement que c’est un sous-groupe du groupe des isom´ etries du plan, appel´ e le groupe di´ edral d’ordre 2n.
P0 O
P1
P2
P3
P4 P5
l
On note r la rotation de centre O envoyant P
0sur P
1, et s la sym´ etrie d’axe OP
0. On montre que : D
2n= {Id, r, . . . , r
n−1, s, r ◦ s, . . . , r
n−1◦ s}.
On a bien l’inclusion{Id, r, . . . , rn−1, s, r◦s, . . . , rn−1◦s} ⊂ D2n.
R´eciproquement, soit f une isom´etrie conservant le polygone r´egulier. On sait que f(O) = O(f conserve l’isobarycentre des sommets du polygone). On a alors plusieurs cas :
Supposons que f(P0) = P0. On discute alors de f(P1), il s’agit d’un des sommets du polygone satisfaisant l’´egalit´e des longueursP0f(P1) =P0P1. On a donc deux cas possibles :
– soitf(P1) =P1. Alorsf=Idcar ces deux isom´etries co¨ıncident en trois points non align´es du plan.
– soitf(P1) =P5. Dans ce casf=spour les mˆemes raisons.
Sif(P0) =Pkavec 1≤k≤n−1, alorsr−k◦f est une isom´etrie conservant le polygone et envoyantP0sur lui-mˆeme. On est donc dans le cas pr´ec´edent :
– soitr−k◦f=Id, et alorsf=rk; – soitr−k◦f=s, et alorsf=rk◦s.
Ainsi D
2n= hr, si, et {r, s} est un syst` eme de g´ en´ erateurs du groupe D
2n. On retiendra que D
2nest un groupe d’ordre 2n, non commutatif (on v´ erifiera que r ◦ s 6= s ◦ r), ayant un sous groupe cyclique hri = {Id, r, . . . , r
n−1} d’ordre n.
2 Morphismes et actions de groupes
2.1 Morphismes de groupes
D´ efinition.
Soient (G, ∗) et (G
0, ∗
0) deux groupes et une application ϕ : G → G
0. On dit que ϕ est un morphisme de groupes si
∀ x, y ∈ G
1, ϕ(x ∗ y) = ϕ(x) ∗
0ϕ(y)
Remarque. Soit ϕ : G → G
0un morphisme de groupes. Alors ϕ envoie l’´ el´ ement neutre e de G sur l’´ el´ ement neutre e
0de G
0, et l’´ el´ ement x
−1de G sur f (x)
−1pour tout x ∈ G.
On a
ϕ(e) =ϕ(e∗e) =ϕ(e)∗0ϕ(e) d’o`u en multipliant `a gauche parϕ(e)−1:ϕ(e) =e0.
Soitx∈G. On a :
ϕ(x)∗0ϕ(x−1) =ϕ(x∗x−1) =ϕ(e) =e0. De mˆeme on montre queϕ(x−1)∗0ϕ(x) =e0, et doncϕ(x−1) =ϕ(x)−1.
Exemples.
Le logarithme ln : ( R
∗+, ×) → ( R , +) et l’exponentielle exp : ( R , +) → ( R
∗+, ×).
L’application d´ eterminant det : (GL
n( K ), ×) → ( K
∗, ×).
D´ efinition.
Soit σ ∈ S
n. On appelle signature de σ le produit : ε(σ) = Y
1≤i<j≤n
σ(j) − σ(i) j − i .
Remarque. ε(σ) vaut 1 si le nombre d’inversions (i.e. le nombre de paires {i, j} (1 ≤ i < j ≤ n) telles que σ(j) − σ(i) < 0) est paire, −1 sinon.
La signature ε est un morphisme de groupes de S
ndans {−1, 1}
Propri´ et´ e 3
Preuve. Soientσ1, σ2∈ Sn. On a : ε(σ1◦σ2) = Y
1≤i<j≤n
σ1◦σ2(j)−σ1◦σ2(i)
j−i = Y
1≤i<j≤n
σ1(σ2(j))−σ1(σ2(i)) σ2(j)−σ2(i)
σ2(j)−σ2(i) j−i
= Y
1≤i<j≤n
σ1(σ2(j))−σ1(σ2(i)) σ2(j)−σ2(i)
Y
1≤i<j≤n
σ2(j)−σ2(i)
j−i = Y
1≤σ2(i)<σ2(j)≤n
σ1(σ2(j))−σ1(σ2(i)) σ2(j)−σ2(i)
Y
1≤i<j≤n
σ2(j)−σ2(i) j−i
= Y
1≤k<l≤n
σ1(l)−σ1(k) l−k
Y
1≤i<j≤n
σ2(j)−σ2(i)
j−i =ε(σ1)ε(σ2)
Remarque. On v´ erifie que la signature d’une transposition vaut −1. Pour calculer la signature d’une permu- tation quelconque, on commence par la d´ ecomposer en un produit de k transpositions. La signature est alors (−1)
k.
Soit ϕ : G → G
0un morphisme de groupes.
Pour tout sous groupe H de G, ϕ(H ) := {ϕ(h), h ∈ H } est un sous groupe de G
0 Pour tout sous-groupe H
0de G
0, ϕ
−1(H
0) := {h ∈ G, ϕ(h) ∈ H
0} est un sous groupe de G.
Propri´ et´ e 4
Preuve.
e0=ϕ(e)∈ϕ(H) (careappartient `aHsous groupe). De plus pour toutx0, y0∈ϕ(H), il existex, y∈H tels quex0=ϕ(x) ety0=ϕ(y). On a alors :
x0∗0y0−1=ϕ(x)∗0ϕ(y)−1=ϕ(x)∗0ϕ(y−1) =ϕ(x∗y−1)
qui appartient bien `aϕ(H) carx∗y−1∈H (H sous-groupe deG). Ainsiϕ(H) est bien un sous-groupe deG.
e∈ϕ−1(H0) carϕ(e) =e0appartient `aH0 sous-groupe. Soient `a pr´esentx, y∈ϕ−1(H0), on a : ϕ(x∗y−1) =ϕ(x)
| {z }
∈H0
∗0ϕ(y)−1
| {z }
∈H0
∈H0
carH0est un sous-groupe deG0. Ainsiϕ−1(H0) est bien un sous-groupe deG0.
On d´ eduit de cette propri´ et´ e que :
Im(ϕ) = ϕ(G) est un sous-groupe de G
0appel´ e l’image de ϕ. De plus on a Im(ϕ) = G
0si et seulement si ϕ est surjective.
Ker(ϕ) = ϕ
−1({e
0}) est un sous-groupe de G appel´ e le noyau de ϕ. De plus on a Ker(ϕ) = {e} si et seulement si ϕ est injective.
Exemple. A
n= Ker(ε) est un sous-groupe de S
nde cardinal n!
2 , appel´ e groupe altern´ e. Une permutation σ ∈ S
nest dite paire si σ ∈ A
n, impaire sinon.
Si un morphisme de groupe ϕ : G → G
0est bijectif, on dit que ϕ est un isomorphisme. Si ϕ : G → G est un isomorphisme de G dans G, on dit que f est un automorphisme. On v´ erifie que l’ensemble Aut(G) des automorphismes du groupe G est un groupe pour la composition.
Un classe importante d’automorphismes de G est donn´ ee par la propri´ et´ e suivante.
Soit G un groupe, et a un ´ el´ ement de G. L’application ϕ
a: G → G, x 7→ a ∗ x ∗ a
−1est un automorphisme de G appel´ e automorphisme int´ erieur associ´ e ` a a. De plus, l’ensemble Int(G) des automorphismes int´ erieurs de G est un sous groupe de Aut(G).
Propri´ et´ e 5
Preuve. Soita∈G. Montrons queϕaest un morphisme de groupes deGdansG. Pour toutx, y∈G, on a : ϕa(x∗y) =a∗(x∗y)∗a−1=a∗x∗a∗a−1∗y∗a−1=ϕ(x)∗ϕ(y).
Doncϕaest un morphisme de groupes. De plus pour touta, b∈G, on a :
∀x∈G, ϕa◦ϕb(x) =ϕa(b∗x∗b−1) =a∗b∗x∗b−1∗a−1= (a∗b)∗x∗(a∗b)−1=ϕa∗b(x).
et
∀x∈G, ϕe(x) =e∗x∗e−1=Id(x) On en d´eduit en particulier que pour touta∈G, on a :
ϕa◦ϕa−1=ϕa∗a−1=ϕe=Id=ϕa−1∗ϕa. Ainsi on a bien que pour touta∈G,ϕa∈Aut(G).
Finalement, on a montr´e que :
Int(G)⊂Aut(G) ; Id=ϕe∈Int(G) ; ∀a, b ∈ G,ϕa◦ϕ−1b = ϕa∗b−1 ∈ Int(G).
DoncInt(G) est un sous-groupe deAut(G).
2.2 Actions de groupes
Si on veut avoir une image “g´ eom´ etrique” d’un groupe G, on peut tenter de “r´ ealiser” G comme sous-groupe du groupe des permutations d’un ensemble X , c’est-` a-dire de trouver un morphisme injectif de G dans S (X ).
Une repr´ esentation moins “fid` ele” est fournie par un morphisme quelconque de G dans S(X ). On obtient les d´ efinition suivantes.
D´ efinition.
Une op´ eration (ou action) de G sur X est la donn´ ee d’un morphisme ρ de G dans S(X).
Remarque. L’action de G sur X se note plus simplement g · x = ρ(g)(x) pour tout g ∈ G et x ∈ X. On notera que :
(1) ∀(g, g
0) ∈ G
2, ∀x ∈ X, g · (g
0· x) = (gg
0) · x (2) ∀e ∈ X, e · x = x.
R´ eciproquement, toute application G × X → X v´ erifiant ces deux points d´ efinit une action de G sur X . D´ efinition.
On dit que l’action est fid` ele si ρ : G → S(X), c’est ` a dire :
g · x = x ∀x ∈ X ⇒ s = e.
L’action est transitive si :
∀(x, x
0) ∈ X, ∃g ∈ G, g · x = x
0.
Quelques exemples classiques.
Un groupe G op` ere sur lui-mˆ eme de deux mani` eres fondamentales : – par translation ` a gauche (resp. ` a droite) :
G × G → G, (g, x) 7→ g ∗ x (resp. G × G → G, (g, x) 7→ x ∗ g
−1).
Cette action est fid` ele et transitive.
– par conjugaison :
G × G → G, (g, x) 7→ g ∗ x ∗ g
−1.
Si X est une partie d’un espace affine euclidien E, l’ensemble G des isom´ etries de E qui laissent X globalement invariant est un sous-groupe de Is(E) qui op` ere naturellement sur X. L’op´ eration est fid` ele si et seulement si X “engendre” E, c’est-` a-dire n’est contenu dans aucun sous-espace affine strict. On a d´ efinit ainsi le groupe di´ edral D
2nlaissant stable un polygone r´ egulier ` a n cˆ ot´ es. On d´ efinit de mˆ eme le groupe du t´ etra` edre, le groupe du cube, etc.
Citons encore l’action du groupe lin´ eaire GL
n( K ) sur K
n, de O
n( R ) sur la sph` ere unit´ e de R
n. Ces actions
sont fid` eles et transitives.
D´ efinition.
Soit G un groupe agissant sur un ensemble X . Pour tout x ∈ X , on appelle :
orbite de x (ou trajectoire ) le sous-ensemble O
x= {g · x, g ∈ G} de X ;
stabilisateur de x le sous-ensemble G
x= {g ∈ G, g · x = x}.
Remarque. On notera que l’action de G sur X est transitive si et seulement si il n’y a qu’une seule orbite.
(1) Les orbites pour l’action de G sur X forment une partition de X.
(2) Pour tout x ∈ X , G
xest un sous-groupe de G.
(3) Si y = g · x est dans l’orbite de x, alors g ∗ G
y∗ g
−1= G
x, et donc les sous-groupes G
yet G
xsont isomorphes via un automorphisme int´ erieur de G.
Propri´ et´ e 6
Preuve. D´ emontrons (1). Pour cela on introduit la relation binaire ∼ sur X suivante, dont on v´ erifie qu’il s’agit d’une relation d’´ equivalence
1:
x ∼ y ⇔ ∃g ∈ G, y = g · x.
Pour cette relation d’´ equivalence, on note que la classe d’´ equivalence d’un ´ el´ ement x ∈ X n’est autre que son orbite O
xsous l’action de G. Ces classes d’´ equivalences formant une partition de X, on en d´ eduit le r´ esultat.
Les autres points sont laiss´ es ` a titre d’exercice.
Montrons (2). On ae.x=xdonce∈Gx. De plus pour toutg, g0∈Gx, on a : g·x=xetg0·x=x ⇔ x=g0−1·x.
On en d´eduit que :
g∗g0−1·x=g·(g0−1·x) =g·x=x et doncg∗g0−1 appartient `aGx.Gxest donc bien un sous-groupe deG.
On montre enfin (3). On a :
g0∈Gy⇔g0·y=y⇔g0·(g·x) =g·x
⇔(g−1∗g0∗g)·x=x⇔g−1∗g0∗g∈Gx
Exemple. Les orbites du groupe orthogonal O
n( R ) dans son action naturelle sur R
nsont les sph` eres de centre l’origine.
Consid´ erons l’action naturelle de S
nsur X = {1, 2, . . . , n} :
S
n× X → X, (σ, i) → σ(i).
Cette action est fid` ele et transitive. Soit γ ∈ S
n. Alors le groupe cyclique hγi agit aussi sur X . D´ efinition.
Soit γ ∈ S
n. On dit que γ est un cycle si parmi les les orbites de X sous l’action de hγi, il n’existe qu’une seule orbite non r´ eduite ` a un ´ el´ ement, autrement dit s’il existe p ≥ 2 et i ∈ {1, . . . , n} tels que :
O
i= {i, γ(i), . . . , γ
p−1(i)} et ∀j / ∈ O
i, γ(j) = j.
L’orbite O
is’appelle le support du cycle, son cardinal est la longueur du cycle, et on note γ = (i, γ(i), . . . , γ
p−1(i)).
Exemples.
Une transposition est un cycle de longueur 2.
1voir l’Annexe pour des rappels sur les relations d’´equivalences.
γ =
1 2 3 . . . n 2 3 4 . . . 1
∈ S
nest un cycle de longueur n, qu’on notera donc γ = (1, 2, 3, . . . , n).
σ =
1 2 3 4
2 1 4 3
∈ S
4n’est pas un cycle puisque O
1= {1, 2} et O
3= {3, 4}.
Remarques.
Des cycles ` a supports disjoints commutent.
L’ordre d’un cycle est sa longueur.
La signature d’un cycle de longueur p est (−1)
p−1.
Siγ= (a1, a2, . . . , ap) est un cycle de longueurp, alors on v´erifie que :
γ= (a1, ap)(a1, ap−1). . .(a1, a3)(a1, a2) produit dep−1 transpositions et doncε(γ) = (−1)p−1
Toute permutation σ 6= Id se d´ ecompose de mani` ere unique ` a l’ordre pr` es en un produit de cycles dont les supports sont deux ` a deux disjoints.
Th´ eor` eme 7
Preuve. Soient O
i1, . . . , O
irles orbites de X sous l’action de hσi. Alors les permutations σ
jd´ efinies par : σ
j(x) =
( x si x / ∈ O
ijσ(x) si x ∈ O
ijsont des cycles d’ordre Card(O
ij), deux ` a deux permutables car de supports disjoints, et on a σ = σ
1◦ · · · ◦ σ
r. Exemple. Consid´ erons σ =
1 2 3 4 5 6 7 8
3 6 4 5 1 8 7 2
∈ S
8. On a O
1= {1, 3, 4, 5}, O
2= {2, 6, 8} et O
7= {7}, et σ = (1, 3, 4, 5)(2, 6, 8)(7) = (1, 3, 4, 5)(2, 6, 8) (inutile d’´ ecrire les cycles d’ordre 1).
3 Classes ` a gauche, groupes quotients
3.1 Classes ` a droite, classes ` a gauche
Soit G un groupe, H un sous groupe de G. Le sous-groupe H agit sur G par translation ` a gauche H × G → G, (h, g) 7→ h ∗ g.
Les orbites pour cette action sont de la forme Hg = {h ∗ g, h ∈ H}. Elles sont appel´ ees classes ` a droites de G.
Elles forment une partition de G, et on note H \G l’ensemble des classes ` a droite.
On d´ efinit de mˆ eme les classes ` a gauches de G par gH = {g ∗ h, h ∈ H} pour tout g ∈ G, not´ ee dans la suite [g]. Elles forment aussi une partition de G (en faisant cette fois agir H sur G par translation ` a droite), et on note G/H l’ensemble des classes ` a gauche.
Les classes ` a gauches ont un lien important avec les orbites.
L’application G/G
x→ O
x, [g] 7→ g · x est bien d´ efinie et ´ etablit une bijection (ensembliste).
Propri´ et´ e 8
Preuve. Montrons tout d’abord que cette application est bien d´ efinie. Soit pour cela g
0pris dans la classe ` a gauche de g. On peut donc ´ ecrire g
0= g ∗ h avec h ∈ G
x. On a :
g
0· x = (g ∗ h) · x = g · (h · x) = g · x.
D’o` u la bonne d´ efinition de cette application.
Montrons ` a pr´ esent son injectivit´ e : soient pour cela g
1et g
2tels que g
1· x = g
2· x. Alors on a : (g
2−1g
1) · x = g
−12· (g
1· x) = g
2−1· (g
2· x) = (g
2−1g
2) · x = e · x = x.
Ceci nous montre que g
2−1g
1appartient ` a G
x, soit encore que g
1∈ g
2G
x. On a donc bien [g
1] = [g
2].
3.2 Groupes quotients
On souhaite munir l’ensemble G/H des classes ` a gauche d’une structure naturelle de groupe, pour laquelle la projection canonique π : G → G/H, g 7→ [g] soit un morphisme de groupes. Cela revient ` a d´ efinir si possible une loi sur G/H, encore not´ ee ∗, satisfaisant :
∀g
1, g
2∈ G, [g
1] ∗ [g
2] = [g
1∗ g
2].
Une telle loi n’existe pas toujours. Le r´ esultat suivant nous donne les propri´ et´ es que le sous-groupe H doit satisfaire pour cela.
Soit G un groupe et H un sous-groupe. Les conditions suivantes sont ´ equivalentes.
(1) G/H est muni d’une structure naturelle de groupe ; (1’) H\G est muni d’une structure naturelle de groupe ;
(2) Toute classe ` a droite est aussi une classe ` a gauche, i.e. x ∗ H = H ∗ x pour tout x ∈ G ; (3) Pour tout x ∈ G, x ∗ H ∗ x
−1⊂ H .
Propri´ et´ e 9
Preuve.
(1) ⇒ (3) (1) implique en particulier que [e] ∗ [g
−1] = [e ∗ g
−1] = [g
−1] et donc que H ∗ (g
−1∗ H) = g
−1H. Et comme e ∈ H, on obtient que :
H ∗ g
−1= H ∗ g
−1∗ e ⊂ g
−1∗ H Il vient donc que g ∗ H ∗ g
−1⊂ H , d’o` u la stabilit´ e.
(3) ⇒ (2) On a donc g ∗ H ∗ g
−1⊂ H, mais aussi en changeant g en g
−1, g
−1∗ H ∗ g ⊂ H , c’est ` a dire H ⊂ g ∗ H ∗ g
−1. D’o` u l’´ egalit´ e g ∗ H ∗ g
−1= H et donc g ∗ H = H ∗ g.
(2) ⇒ (1) Comme (2) est vrai, on a :
[g
1] ∗ [g
2] = (g
1∗ H ) ∗ (g
2∗ H ) = g
1∗ (H ∗ g
2) ∗ H = g
1∗ (g
2∗ H ) ∗ H
= (g
1∗ g
2) ∗ (H ∗ H ) = (g
1∗ g
2) ∗ H = [g
1∗ g
2].
Comme (1) et (1
0) jouent des rˆ oles similaires, on a boucl´ e la propri´ et´ e.
D´ efinition.
Un sous-groupe H v´ erifiant une de ces conditions est appel´ e sous-groupe distingu´ e de G, ce qu’on note H C G.
(G/H, ∗) est alors le groupe quotient G sur H .
Remarque. {e} et G sont des sous-groupes distingu´ es dans G. Tout sous-groupe d’un groupe ab´ elien G est distingu´ e dans G.
Exemple. Soit G un groupe. On appelle centre du groupe l’ensemble Z(G) des ´ el´ ements qui commutent avec tous les autres ´ el´ ements de G, soit :
Z(G) = {x ∈ G, ∀y ∈ G, x ∗ y = y ∗ x}.
On v´ erifie facilement que Z(G) est un sous-groupe distingu´ e de G.
Exemple fondamental. Soit n ≥ 1, n Z est un sous-groupe de ( Z , +), distingu´ e puisque ( Z , +) est commutatif.
On d´ efinit alors le groupe quotient Z /n Z , cyclique d’ordre n.
Soit ϕ : G → G
0un morphisme de groupes, et H
0un sous groupe distingu´ e de G
0. Alors ϕ
−1(H
0) est un sous groupe distingu´ e de G.
Propri´ et´ e 10
Preuve. On a d´ej`a ´etablit queϕ−1(H0) est un sous-groupe deG. Montrons que ce sous-groupe est distingu´e : soienth∈ϕ−1(H0) etg∈G, on a :
ϕ(g∗h∗g−1) =ϕ(g)∗0ϕ(h)
| {z }
∈H0
∗0ϕ(g)−1∈H0carH0 distingu´e dansG0
Ainsig∗h∗g−1∈ϕ−1(H0), etϕ−1(H0) est un sous-groupe distingu´e deG.
Remarque. Ce n’est pas vrai en g´ en´ eral pour l’image direct ϕ(H ) d’un sous-groupe distingu´ e de G.
Remarque. Le sous-groupe trivial {e
0} ´ etant distingu´ e dans G
0, on d´ eduit de la propri´ et´ e pr´ ec´ edente que Ker(ϕ) = ϕ
−1({e
0}) est distingu´ e dans G. Par exemple, le groupe altern´ e A
nest un sous-groupe distingu´ e de S
n.
Soit ϕ : G → G
0un homomorphisme de groupes. L’application ϕ : [x] 7→ ϕ(x) d´ efinit un isomor- phisme entre les groupes G/Ker(ϕ) et Im(ϕ).
Th´ eor` eme 11
Preuve. V´ erifions tout d’abord que ϕ est bien d´ efinie. Soit pour cela x
0∈ [x]. Il existe donc h ∈ Ker(ϕ) tel que x
0= x ∗ h, et on a :
ϕ(x
0) = ϕ(x ∗ h) = ϕ(x) ∗
0ϕ(h) = ϕ(x) ∗
0e
0= ϕ(x).
Donc l’application ϕ est bien d´ efinie. Elle d´ efinit donc un morphisme de groupes de G/Ker(ϕ) ` a valeurs dans Im(ϕ) par d´ efinition. Elle est par d´ efinition surjective, et injective car :
ϕ(x) = e
0⇔ ϕ(x) = e
0⇔ x ∈ Ker(ϕ) ⇔ [x] = [e].
Donc ϕ d´ efinit bien un isomorphisme entre les groupes G/Ker(ϕ) et Im(ϕ).
Exemple. Soit G = N × H le produit direct des groupes N et H . Consid´ erons la projection p
H: G → H d´ efinie par p
H(n, h) = h. C’est un morphisme de groupes, surjectif, de noyau le sous-groupe distingu´ e N de G, avec :
N = {(n, e
H), n ∈ N }.
On a :
(1) par le r´ esultat pr´ ec´ edent, G/N ' H ;
(2) la restriction de la projection p
N: N → N, (n, e
H) 7→ n est un isomorphisme.
Comme application de ce r´ esultat, on a la propri´ et´ e suivante.
Tout groupe monog` ene est isomorphe ` a Z s’il est infini, ` a ( Z /n Z ) s’il est fini d’ordre n ≥ 1.
Propri´ et´ e 12
Preuve. Soit G = hai un groupe monog` ene. On d´ efinit l’application : ϕ : Z → G, k 7→ a
k.
On v´ erifie facilement que ϕ est un morphisme surjectif. On a alors deux cas possibles :
soit ϕ est injectif, alors G est infini et ϕ est un isomorphisme de Z sur G ;
soit Ker(ϕ) 6= {0} et c’est un sous groupe de Z , alors il existe n > 1 tel que Ker(ϕ) = n Z . Par le r´ esultat pr´ ec´ edent, on en d´ eduit que G est fini, isomorphe ` a Z /n Z .
Commentaires. L’int´ erˆ et des sous-groupes distingu´ es est de permettre le “d´ evissage” des groupes : si G est un groupe et si on a un sous-groupe distingu´ e H dans G, on peut essayer de ramener l’´ etude de G ` a celles de H et G/H cens´ ees ˆ etre plus ais´ e
2, en montrant par exemple que G est isomorphe au produit direct G/H × H . Pour des exemples de d´ evissages (produits directs et semi-directs), voir [8].
Certains groupes sont cependant ind´ evissables car ils ne poss` edent pas de sous-groupes distingu´ es autres que {e} et G. On les appelle des groupes simples. Ce sont les briques fondamentales dans le d´ evissage des groupes.
Donnons deux exemples de groupes simples :
On pourra montrer ` a titre d’exercice que Z /p Z est un groupe simple si et seulement si p est premier (utilise le th´ eor` eme de Lagrange).
Le groupe altern´ e A
nest simple pour n ≥ 5 (voir [8] pour une d´ emonstration).
La classification des groupes simples finis a ´ et´ e achev´ ee en 1981. C’est en fait un ensemble de travaux, com- prenant des dizaines de milliers de pages publi´ ees dans 500 articles par plus de 100 auteurs. Les groupes finis simples se r´ epartissent ainsi :
1. les groupes cycliques Z /p Z avec p premier ; 2. les groupes altern´ es A
npour n ≥ 5 ; 3. les groupes finis du type de Lie ;
4. les 26 groupes sporadiques, nomm´ es ainsi car ils ne correspondent pas ` a une r´ epartition en “familles”
coh´ erentes comme les autres.
Parmi les groupes sporadiques, citons comme exemple le Monstre (de Fischer), le plus gros des groupes spo- radiques, de cardinal :
2
46× 3
20× 5
9× 7
6× 11
2× 13
3× 17 × 19 × 23 × 29 × 31 × 41 × 47 × 59 × 71(' 8 × 10
53...).
4 Groupes finis
4.1 Th´ eor` eme de Lagrange
Soit G un groupe fini, H un sous groupe de G. Faisons encore agir H sur G par translation ` a droite. Les orbites sont les classes ` a gauches [g] = gH , toutes de cardinal Card(H ) (h 7→ gh d´ efinissant une bijection de H sur gH). Puisqu’elles forment une partition de G, on obtient ainsi que :
Card(G) = X
[g]∈G/H
Card([g]) = X
[g]∈G/H
Card(H ) = Card(G/H)Card(H).
D’o` u le r´ esultat suivant.
Soit G un groupe fini. L’ordre de tout sous-groupe H de G divise l’ordre du groupe.
Th´ eor` eme 13 (Lagrange)
Remarque. L’entier Card(G/H) est appel´ e indice de H dans G, et not´ e [G : H]. On retiendra : Card(G) = [G : H] × Card(H ).
Par exemple, [S
n: A
n] = 2.
En appliquant le r´ esultat pr´ ec´ edent ` a H = hai pour a ∈ G, on obtient le
2siGest fini par exemple, ces groupes sont de cardinal plus petit comme on va le voir `a la section suivante.
Si G est fini d’ordre n, alors l’ordre de tout ´ el´ ement de G divise n. En particulier, tout ´ el´ ement a de G v´ erifie a
n= e.
Th´ eor` eme 14
Comme application directe, on a la propri´ et´ e suivante.
Soit G un groupe d’ordre p premier. Alors G ' Z /p Z . Propri´ et´ e 15
Preuve. Soit a ∈ G, a 6= e. Alors l’ordre de a divise l’ordre de G, c’est ` a dire p. C’est donc 1 ou p. Comme a 6= e, l’ordre de a est donc p. On en d´ eduit donc que G = hai est cyclique d’ordre p, et par une proposition
pr´ ec´ edente que G ' Z /p Z .
4.2 Equation aux classes ´
Soit toujours G un groupe fini agissant sur un ensemble X lui aussi suppos´ e fini.
Pour tout x ∈ X , nous avons ´ etablit une bijection entre les ensembles G/G
xet O
x. On en d´ eduit une premi` ere
´
egalit´ e sur les cardinaux de ces ensembles :
Card (G/G
x) = Card(O
x), soit encore Card(G)
Card(G
x) = Card(O
x).
De plus puisque les orbites sous l’action de G forment une partition de X , on obtient : Card(X ) = X
x∈X/G
Card(O
x) = X
x∈X/G
Card(G) Card(G
x)
o` u X/G d´ esigne l’ensemble des orbites de l’action. On note en passant que si le sous-groupe G
xd´ epend du choix de x dans son orbite, son ordre, lui, n’en d´ epend pas. Cette ´ egalit´ e est appel´ ee l’´ equation aux classes.
4.3 Application aux automorphismes int´ erieurs
Soit G un groupe fini. On applique l’´ equation aux classes dans le cas particulier de l’action de G sur lui-mˆ eme par conjugaison :
(G, G) → G, (g, x) 7→ g ∗ x ∗ g
−1. On obtient :
Card(G) = X
O
Card(O).
Or on a pour tout x ∈ G :
Card(O
x) = 1 ⇔ ∀g ∈ G, g ∗ x = x ∗ g ⇔ x ∈ Z(G).
Et si Card(O
x) > 1, alors on sait que Card(O
x) = Card(G)
Card(G
x) avec G
x6= G, {e} car x / ∈ Z(G) et car {e, x} ⊂ G
x. On en d´ eduit l’existence d’une famille finie (H
i)
i∈Ide sous-groupes stricts de G (i.e. neqG, {e}) telle que
Card(G) = X
Card(O)=1
Card(O) + X
Card(O)>1
Card(O)
= Card(Z(G)) + X
i∈I
Card(G) Card(H
i) .
Ce r´ esultat est tr` es pr´ ecieux car il permet d’avoir des renseignements sur Card(Z(G)) connaissant la forme des
ordres des sous-groupes de G. Donnons ici une application ` a l’´ etude des p-groupes. Un p-groupe est un groupe
dont l’ordre est une puissance de p.
Le centre d’un p-groupe est non trivial.
Propri´ et´ e 16
Preuve. On utilise la formule obtenue pr´ ec´ edemment : il existe une famille finie (H
i)
i∈Ide sous-groupes stricts de Gtelle que
Card(G) = Card(Z(G)) + X
i∈I
Card(G) Card(H
i) . Les entiers Card(G) et Card(G)
Card(H
i) sont divisibles par p. Donc p divise Card(Z(G). Comme Card(Z(G)) ≥ 1,
on en d´ eduit que Z(G) n’est pas r´ eduit ` a {e}.
4.4 Formule de Burnside
On cherche ` a d´ enombrer le nombre d’orbites Card(X/G).
On a :
Card(X/G) = 1 Card(G)
X
g∈G
Card(X
g) o` u X
g= {x ∈ X, g · x = x}.
Th´ eor` eme 17 (Burnside)
Preuve. On va calculer de deux fa¸ con le cardinal de l’ensemble R = {(g, x), g · x = x}.
Si on fixe x ∈ X , on a Card(G
x) possibilit´ es pour g, soit : Card(R) = X
x∈X
Card(G
x).
On peut alors regrouper tous les x d’une mˆ eme orbite puisque leurs stabilisateurs ´ etant conjugu´ es, sont de mˆ eme cardinal. Cela donne :
Card(R) = X
[x]∈X/G
Card(G
x) × Card(O
x) = X
[x]∈X/G
Card(G
x) Card(G)
Card(G
x) = X
[x]∈X/G
Card(G)
= Card(X/G)Card(G).
Si on fixe ` a pr´ esent g ∈ G, alors on a Card(X
g) possibilit´ es pour x, d’o` u : Card(R) = X
g∈G
Card(X
g).
D’o` u le r´ esultat avec les deux formules obtenues.
Les exemples d’applications de cette formules sont nombreux, en particulier en d´ enombrement, par exemple dans les probl` emes de coloriage ou de colliers de perles.
Annexe. Relations d’´ equivalences
D´ efinition.
Soit E un ensemble. On appelle relation binaire R sur E la donn´ ee d’une partie
Γ ⊂ E × E = {(x, y) | x, y ∈ E}.
On dira qu’un ´ el´ ement x ∈ E est en relation avec un autre ´ el´ ement y ∈ E si (x, y) ∈ Γ. On notera alors xRy.
Exemple. Prenons Γ = {(x, x)/x ∈ E}. Alors xRy si et seulement si x = y.
D´ efinition.
Une relation d’´ equivalence sur un ensemble E est une relation binaire R sur E qui est :
r´ eflexive : ∀x ∈ E, xRx,
sym´ etrique : ∀x, y ∈ E, xRy ⇒ yRx,
transitive : ∀x, y, z ∈ E, xRy et yRz ⇒ xRz.
On appelle alors classe d’´ equivalence modulo R d’un ´ el´ ement x ∈ E, not´ ee x ou C
R(x), la partie de E donn´ ee par :
x = C
R(x) = {y ∈ E/yRx} ∈ P(E).
Les ´ el´ ements de C
R(x) ∈ P(E) sont appel´ es les repr´ esentants de la classe de x.
On appelle ensemble quotient, et on note E/R, l’ensemble de toutes les classes d’´ equivalence : E/R = {Cl
R(x) | x ∈ E} ⊂ P(E).
Exemples.
La relation binaire R d´ efinie pr´ ec´ edemment par xRy si et seulement si x = y, est une relation d’´ equivalence.
La classe d’´ equivalence d’un ´ el´ ement x de E est donn´ ee par le singleton {x}.
On d´ efinit la relation binaire “ˆ etre de la mˆ eme classe” sur l’ensemble des ´ etudiants de l’Universit´ e de Franche-Comt´ e. C’est une relation d’´ equivalence dont les classes d’´ equivalence sont param´ etr´ ees par le nom de chaque section.
On note − →
P l’ensemble des vecteurs du plan. On rappelle que deux vecteurs − → e
1et − → e
2sont colin´ eaires si et seulement s’il existe un r´ eel k tel que − → e
2= k − → e
1ou − → e
1= k − → e
1. La relation de colin´ earit´ e n’est pas une relation d’´ equivalence sur − →
P (elle est r´ eflexive et transitive, mais elle n’est pas sym´ etrique). Cependant la relation de colin´ earit´ e est bien une relation d’´ equivalence si on se restreint ` a l’ensemble − →
P \ { − → 0 } des vecteurs non nuls du plan. Les classes d’´ equivalences sont alors param´ etr´ ees par un angle θ ∈] − π/2, π/2].
On d´ efinit la relation binaire suivante sur M
n( K ) :
M RN ⇔ ∃P, Q ∈ GL
n( K ), M = P N Q
−1On v´ erifie que c’est une relation d’´ equivalence, dont les classes d’´ equivalences sont param´ etr´ ees par le rang des matrices r ∈ {0, . . . , n}.
Soit n ∈ N
∗. La relation de congruence modulo n est une relation d’´ equivalence. Il y a n classes d’´ equivalences distinctes, qui sont :
0, 1, · · · , n − 1 ∈ P( Z ) avec pour tout 0 ≤ p ≤ n − 1 :
p = {q ∈ Z | q ≡ p[n]} = {p + kn | k ∈ Z } = p + n Z .
Soit R une relation d’´ equivalence sur un ensemble E.
(1) x = y si et seulement si xRy.
(2) L’ensemble des classes d’´ equivalences constitue une partition de E, c’est ` a dire : (a) pour tout x ∈ E, x 6= ∅,
(b) pour tout x, y ∈ E tels que x 6= y, on a : x ∩ y = ∅, (c) E = [
x∈E
x.
Propri´ et´ e 18
Preuve.
(1) Supposons que x = y. Puisque R est r´ eflexive, on a x ∈ x = y. Ainsi x ∈ y et donc xRy par d´ efinition.
R´ eciproquement, on suppose que xRy. Montrons que x = y. On proc` ede par double inclusion : soit z ∈ x, on a zRx. Comme de plus xRy, on obtient par transitivit´ e de R que zRy. Ainsi z ∈ y et on a montr´ e que x ⊂ y. On montre de la mˆ eme mani` ere l’inclusion r´ eciproque.
(2) Tout d’abord puisque R est r´ eflexive, x ∈ x pour tout x ∈ E.
En particulier, x 6= ∅.
On obtient ´ egalement que x ∈ S
x∈E
x et donc que E = S
x∈E