Astérisque
F RANÇOIS L OESER
Polytopes secondaires et discriminants
Astérisque, tome 201-202-203 (1991), Séminaire Bourbaki, exp. no742, p. 387-420
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387
POLYTOPES SECONDAIRES ET DISCRIMINANTS
par
François
LOESERSéminaire BOURBAKI Juin 1991
43ème
année, 1990-91,
n° 742INTRODUCTION
Le but de cet
exposé
estd’expliquer pourquoi
dans4p3
+27q2
on a4 =
22
et 27 =33.
A la suite de leurs travaux sur les fonctionshy- pergéométriques
associées à des variétéstoriques [G-K-Z 1], Gelfand, Kapranov
etZelevinsky
ont introduit un nouvelobjet
combinatoire as-socié à un ensemble fini de n
points
A dansR~ :
lepolytope
secondaireQQ(A),
décrit à l’aide destriangulations
* de A etplongé
dans Rn. Unde leur résultat
principal [G-K-Z 2],
que nous allons décrire dans cetexposé,
est queQQ(A)
est lepolyèdre
de Newton d’un discriminant as-socié à A. De
plus
ils donnent une formuleexplicite
pour les coefficients des monômes extrémaux de ce discriminant. Enparticulier
ce sont tou-jours,
ausigne près,
desproduits
d’entiers de la formeNN. Récemment, Kapranov,
Sturmfels etZelevinsky [K-S-Z]
ont donné uneprésentation plus conceptuelle
de ces résultats en terme dedégénérescences toriques
et de formes de Chow.
Le
plan
est le suivant. La section 1 est consacrée à ladescription
du
polytope secondaire,
de ses sommets et de ses arêtes. Dans la sec-tion 2 on énonce les
principaux
résultats sur lespolyèdres
de Newtondes discriminants. On donne
quelques exemples classiques (pour lesquels
* de telles
triangulations
avaient été considérées antérieurement par 0.Viro,
engéométrie algébrique
réelle(cf. [V]).
S.M.F.
Astérisque 201-202 - 203 (1991)
les résultats sont
cependant nouveaux)
en 3. Dans la sectionsuivante, plus technique,
on donne uneinterprétation géométrique
dudiscriminant, qui permet
dans la section 5 deprésenter
la démonstration deGelfand, Kapranov
etZelevinsky.
On expose brièvement(section 6)
le lien avecles fonctions
hypergéométriques.
Les sections suivantes sont consacrées àl’approche
récente deKapranov,
Sturmfels etZelevinsky.
Dans la section7,
on expose desgénéralités
concernant lesdégénérescences toriques
et lespolytopes
deChow,
et dans la suivante les résultats de Sturmfels sur les idéauxtoriques
et les éventails de Grôbner. Ceci nouspermet
deprésenter
dans la section 9 les résultats de
Kapranov,
Sturmfels etZelevinsky
con-cernant le
polytope
de Chow d’une variététorique, desquels
ondéduit,
dans la section
10,
une autre démonstration des résultatsprincipaux.
N.B. La théorie de
l’élimination,
des résultants et des formes de Chowa une
longue
histoire. Faute decompétence
nous ne tenterons pas de la retracer ici. C’est donc par choix délibéré que les références données sont exclusivement modernes.Signalons cependant
quel’interprétation
du résultant comme déterminant d’un
complexe
de Koszul(cf.7.5)
sembleremonter,
aumoins
enpartie,
àCayley,
etqu’elle
a étédéveloppée
dans uncadre
général
par E.Fischer(Über
dieCayley’sche Eliminations-methode,
Math. Z. 26
(1927), 497-550).
0. CONVENTIONS ET NOTATIONS
Pour k >
1,
on note[k] _ ~l, 2, ~ ~ ~, k~.
Si X CR~,
on noteQ(X)
l’enveloppe
convexe de X.Si M est un réseau de rang r dans
Rn,
la forme volume associée à M sur M 0z R est la mesure deLebesgue
normalisée de telle sorte que le volume d’une maille du réseau soitr !,
c’est-à-dire que le volume d’unsimplexe
standard soit 1.1. POLYTOPES SECONDAIRES
1.1
Rappelons qu’un
éventail dans Rn est une famille finie(Ca)aE j
decônes
polyédraux
telle que :(i)
Si C est une face deCa,
on a C =C~
pour un~i
E I.(ii) Quels
que soient a et~i
dansI, Ca
nC/3
est une face deCa
etC/3.
Un éventail
(Ca)aEI
estcomplet
si~03B1~IC03B1
= Rn. A unpolytope
I~ dans Rn on associe un éventail
complet F(K)
de la manière suivante.Pour tout
point
p deI~,
soit(( , ) désignant
leproduit
scalaire euclidienusuel).
Si T est une facede
Il,
on définitC(I~, T)
comme étantégal
à pour p unpoint
de l’intérieur relatif de T. L’éventail
F(K)
est la famille desC(I(, T),
Tdécrivant l’ensemble des faces de ~~.
1.2 Soit A =
~al, ~ ~ ~, an}
un ensemble de npoints
distincts deRk
etQ(A) l’enveloppe
convexe deA,
que l’on suppose de dimension k - 1.Une
triangulation
de A est par définition unetriangulation simpliciale
Tde
Q(A),
telle que les sommets dessimplexes
de Tappartiennent
à A.On notera
T(A)
l’ensemble destriangulations
de A. Plusprécisément
on voit un élément T de
T(A)
comme une famille(a)aET d’applications
strictement
croissantes, ~ :
:[k]
-~(n~ .
On associe à a lesimplexe à enveloppe
convexe desQue
T soit unetriangulation
deQ(A)
estéquivalent
aux deux conditions suivantes :(i)
(ii)
Si a et ~’appartiennent
àT,
l’intersection a n a’ est soitvide,
soitune face de (7 et 7~.
Plus loin on sera
parfois amené,
par abus delangage,
àappeler
lesa
(et
lesa)
dessimplexes
de dimension maximale et les faces des 03C3(et
des
a)
dessimplexes.
1.3 A une
triangulation
T ET (A)
on vaassocier,
suivant[G-K-Z 2],
uncône
polyédral
dans Rn de lafaçon
suivante. On identifie tout d’abord Rn àRA (~1, ~ ~ ~ , lbn)
ERn,
on écrit donc Toutvecteur 1/;
de Rn détermine une fonction continue gT,~ : :i~(A) -~ R,
affine sur chacun des
simplexes E T,
et telle que si ai est sommetd’un
simplexe
r,g~~~(ai) _ ~(ai).
On définit le côneC(A, T )
commel’ensemble
des 03C8
tels que :(i)
La fonction soit convexe.(ii)
Pour tout ai EA, gT~~,(ai) 2~(ai).
(Un point
de A n’est pas nécessairement un sommet deT.)
On vérifieque
.~’(A) _ (C(A,
est un éventailcomplet.
1.4 On définit les subdivisions
polyédrales
deQ(A), ayant
leurs som-mets dans A de
façon
similaire auxtriangulations;
ce sont descomplexes polyédraux
au lieu d’être descomplexes simpliciaux.
A toutvecteur ~
deRn associons une subdivision
polyédrale
deQ(A), ayant
ses sommetsdans
A,
comme suit. SoitP1j; l’enveloppe
convexe despoints (ai,
danson obtient
Q~
enprojetant
l’ensemble des facescompactes
duconvexe
P~
+~0}~
xR+
surRk.
Une telle subdivisionpolyédrale
estdite
régulière. Pour ~ général, Q,~
est unetriangulation.
Si T est unetriangulation régulière,
il est clair que l’ensembledes 03C8
tels queQ03C8
= Test
égal
à l’intérieur du côneC(A, T ).
On vérifie que,réciproquement,
si
C(A, T)
est d’intérieur nonvide,
T estrégulière.
Engénéral
une sub-division
polyédrale
estrégulière
si et seulement si il existe une fonctioncontinue sur
Q(A),
affine sur chacun despolytopes
de la subdivision et strictement convexe(en
un sensévident).
On notera
T° (A)
l’ensemble destriangulations régulières
de A.1.5 Tous les éventails
complets
ne sont pas nécessairement de la formeF(K),
avec I( unpolytope.
Nous allons voir que c’estcependant
le casde l’éventail
.~’(A).
Notons(el, ~ ~ ~ , en)
la basecanonique
de Rn. Onva
définir,
suivant[G-K-Z 2],
un nouvelobjet
associé à A : lepolytope
secondaire
QQ(A).
DÉFINITION
1.5.1[G-K-Z 2].- (i )
Si T ET(A),
on note03C6T
le vecteur(ii )
On définitQQ(A)
commel’enveloppe
convexe des T ET(A).
THÉORÈME
1.5.2[G-K-Z 2].-
Les deux éventails
F(QQ(A))
et sontégaux.
Plusprécisément,
si T E
T(A),
on aDémonstration. Comme les deux éventails sont
complets,
il suffit de montrer que pour tout T ET(A~,
(Remarquons
enpassant
que cette inclusion donne directement queest un
éventail.)
Il faut montrer quesi 1/J
EC(A,T), (~ , ~~ ,
pour tout T’ E
T(A).
Pour cela on remarque que, par définition même deC(A,T),
on agT ~(x) gT, ~(x)
si T’ ET(A)
et x EQ(A).
On adonc
D’autre
part
on ala même
égalité
valant pour T’. Ceci donne bien oOn déduit de 1.5.2 le corollaire suivant :
COROLLAIRE 1.5.3.- Les sommets de
QQ(A)
sont lesT E
Remarque
1.5.4. Onpeut
étendre 1.5.3 aux faces de dimensionquel-
conque de
QQ(A) :
les faces deQQ(A)
sont enbijection (en
fait on a unisomorphisme
d’ensemblespartiellement ordonnés)
avec les subdivisionspolyédrales régulières
de A. Si P est une subdivisionpolyédrale
de Aon lui associe une cône
C(A, P)
défini comme pour lestriangulations,
et,quand
P estrégulière, C(A, P)
coïncide avec le cône normal de la face deQQ(A) correspondant
à P([G-K-Z-2], [B-F-S]).
1.6 Nous donnons ici une construction de
QQ(A)
due àBillera,
Fillimanet Sturmfels
([B-F-S]).
A l’ensemble A on associe la matrice
(n, k)
dont la i-èmeligne
estcomposée
des coordonnées de ai.Soit ~
EAkRn
leproduit
extérieurdes colonnes. Si a : :
[k]
2014~[n]
est strictement croissante on pose ea = 11 ~ ~ ~ I1 ea(k) EAkRn.
On étend( , )
à et on pose~(cr) = signe (r~ , ea).
Si T ET(A)
on poseOn note
U(A) l’enveloppe
convexe des T ET (A).
Si T et T’ sontdeux
triangulations distinctes,
on ace
qui
prouve que les sommets deU(A)
sont exactement les T ET(A).
Considérons 7r :
le
produit
intérieur H étant défini par(a
Ab, c)
=(a,
b Hc).
Le lien entreU(A)
etQQ(A)
est donné par :PROPOSITION 1.6.1
[B-F-S]
.2014On a
régalé QQ(A) = 03C0(U(A)) .
1.7
Description
des arêtes deQQ(A)
Les
parties
de A minimalesparmi
cellesqui
sont linéairementdépen-
dantes sont
appelées
des circuits. Si Z est uncircuit, T(Z)
a exactementdeux éléments
notés,
noncanoniquement, T+ (Z)
etT_ (Z).
Eneffet,
soitune relation linéaire non triviale entre les
points
deZ,
Z+ = {p E Z ;
ap0}.
On définitT+(Z),
resp.
T_ (Z),
comme formée dessimplexes Q(Z 1 {p~) ,
p EZ+,
resp.Z- .
DÉFINITION
1.7.1.2014Soient T E
T(A),
Z un circuit. On dit que Ts’appuie
sur Z si(i)
Les sommets de Tappartenant
àQ(Z) appartiennent
à Z.(ii)
Lepolytope Q(Z)
est union de faces desimplexes
de T.(iii)
Soit unsimplexe
de dimension maximale de l’une des deuxtriangulations
deQ(Z).
Si il existe J C~4 B ~
tel queQ(I
UJ)
soit unsimplexe
de dimension maximale deT,
alors pour tout autresimplexe
dedimension maximale l’ de la même
triangulation
deQ(Z) , Q(I’
UJ)
estun
simplexe
de T.Si T
s’appuie
surZ,
T induit unetriangulation
deZ,
disonsT+(Z).
On obtient une nouvelle
triangulation
deA, sz(T),
de lafacçn
suivante :on
remplace
lessimplexes
de la formeQ(7UJ)
avecI E T+ (Z) ,
J Cpar les
simplexes
UJ)
avec 7’ ET (Z).
On asz(sz(T))
= T. Lesdessins suivants fournissent des
exemples.
Le résultat suivant décrit les arêtes de
QQ(A) :
THÉORÈME
1.7.2[G-K-Z 2].-
Soient T et T’ deuxtriangulations régulières
de A. Les sommets deQQ(A)
sont reliés par unearête si et seulement si il existe un circuit Z C A sur
lequel s’appuient
Tet T’
tel que T’ = sz(T).
On aura besoin en 2.5 de la définition suivante.
DÉFINITION
1.7.3.- Si T’ =s z(T),
on noteS(T, T’)
l’ensembledes
parties
J de~4 B
Z tellesqu’il
existeI C Z,
avecQ(I) simplexe
dedimension maximale d’une
triangulation
de Z etQ(I
UJ) simplexe
dedimension maximale de T.
2.
POLYÈDRES
DE NEWTON DE DISCRIMINANTS2.1. Dans cette section et dans les suivantes on suppose A =
{al, ~ ~ ~ , an~
C
Zk.
Leshypothèses
suivantes seront deplus supposées
satisfaites par défaut.(*1)
Il existe une forme linéaire h :Zk -~
Z à coefficients entiers telle que A Ch-1 (1).
(*2)
Le groupe additifM(A) engendré
par A estégal
àZk.
On notera
S(A)
lesemi-groupe engendré
parA,
et M le réseauZk.
2.2. Le discriminant
DA
On note
V l’espace
vectoriel Cn muni de coordonnées(ci , ... , cn).
On identifiera V à
l’espace
vectoriel despolynômes f
=cixai
EC~xl, ~ ~ ~,
SoitV A
l’adhérence de Zariski du lieu desf
E V telsqu’il
existe xo E
(C*)~
vérifiant :Par définition le discriminant
~A
EZ~cl, ~ ~ ~ , cn]
est lepolynôme
irréduc-tible,
défini ausigne près,
dont le lieu des zéros estégal
à la réunion descomposantes
irréductibles de codimension 1 deV A .
Cette définition serainchangée
si les conditions(*)
ne sont pas vérifiées.2.3.
Interprétation pro jective
deDA
L’interprétation
d’un discriminant commeéquation
de variété duale est tout à faitclassique.
Nous allons la détailler dans le casprésent.
Nous noterons VV le dual de V et
(yl, ~ ~ . , yn)
les coordonnées duales.On a un
morphisme :
Les
hypothèses (*) garantissent
queiA
est une immersion. On noteXÂ
le tore
iA((C*)k)
etX A
l’adhérence de Zariski deXÂ
dans V ~ . C’est unevariété
torique (non
normale engénéral).
En effet l’action de( C * ) ~
surXA
définie par(y1,...,yn)
~ (x03B11y1, ... ,xan yn)
si x E(C*)k prolonge
l’action naturelle de
(C*)~
surXÂ
parmultiplication. Algébriquement
on peut voir
X A
comme étantégale
àSpec C ~S(A)~,
leplongement
deXA
dans V~ étant donné par :La normalisée
XÂ
deXA
est donnée parX~
=Spec C ~R+S(A)
nM].
On notera
IA
le noyau de LA. C’est l’idéal définissantXA
dans Y~.Comme
XA
estconique d’après (*1),
ellepossède
une variété dualeXÂ
C V. L’énoncé suivant est essentiellementtautologique :
PROPOSITION 2.2.1.- On a
régalé XA
=V A .
2.4. Le discriminant
EA
Dans la situation
générale,
les résultats de[G-K-Z 2]
concernent les discriminantsEA
que nous allons définir et non les~A.
Nous donnons ici une définition combinatoire desEA.
Unedescription géométrique
ensera donnée dans la section 4. En 2.6 on
expliquera
comment passer deEA
à~A.
2.4.1. Soit T une face de
Q(A).
Dansl’espace
vectoriel RT il y a deuxréseaux naturels contenus l’un dans l’autre : le réseau
M(S(T)) engendré
par le
semi-groupe S(A) n
RT et M n RT. On notei(T, S(A))
l’indice dupremier
dans le second.Si S ~ M est un
semi-groupe
detype
fini contenantl’origine,
tel queR+ S
soit strictement convexe,engendrant
un réseauM ( S),
et tel que5’ -~
M(S)
soitinjectif,
on noteI~_ (S)
=R+S 1 ~?(S 1 ~0~).
On définitl’entier
u(S)
comme le volume deI~_(S)
relativement au réseauM(S).
Si T est une face de
Q(A),
on noteS(A)/T l’image
deS(A)
danset
M(S(A) /T)
le réseauengendré.
On définitS(A))
commeétant
égal
àu(S(A)~T).
2.4.2
DÉFINITION.-
(i )
Si T est une face de on pose(ii )
Le discriminantEA
est leproduit,
défini ausigne près,
T
parcourant
l’ensemble des faces non-vides deQ(A) (parmi
lesquelles figure Q(A)~).
2.5. Le résultat
principal
On
rappelle
que si F EC[cl, ~ ~ ~ , cn]
est unpolynôme,
F =EpENn
apcP ,
lepolyèdre
de Newton deF,
notéNw(F),
est par définition l’enve-loppe
convexe dans Rn des p tels que 0. Le résultatprincipal
de[G-K-Z 2]
est le suivant.THÉORÈME
2.5.1[G-K-Z 2] .-
1 )
Lepolyèdre
de Newton du discriminantEA, Nw(EA),
estégal
aupolytope
secondaire
QQ(A) .
2)
Si’ T ETO(A),
le coefficient du monôme dansEA
estégal
à±
03A003C3~T(vol03C3)vol03C3
.Ce résultat a le corollaire
suivant,
apriori
assezsurprenant :
les coefficients des monômes extrémaux deEA
sont desproduits
d’entiers de la formeNN
avec N entier. Cecigénéralise
le fait que dans4p3
+27q2,
4 =
22
et 27 =33 (cf. §3).
En fait
Gelfand, Kapranov
etZelevinsky
ont même déterminé leschangements
designe
des coefficients des monômes extrémaux reliés parune arête. Avec les notations de
1.7,
on a :THÉORÈME
2.5.2[G-K-Z 2] .-
Si on choisit unsigne
pourEA,
onpeut
écrire dans le2)
du théorèmeprécédent
avec
p(T)
E vérifiant lapropriété
suivante : si T et T’appartiennent
à
?’°(A),
et si~T
et sont reliés par une arète deQQ(A),
alorsavec Z le circuit sur
lequel s’appuient
T et T’et k~J
UZ)
l ’indice dans Zn du réseauengendré
par J U Z.Remarque :
Dans[G-K-Z 2]
la formule pourp(T’) - p(T)
n’est pascorrecte telle
qu’elle
estdonnée ;
en suivant la démonstration de[G-K-Z 2]
on obtient la formule ci-dessus.2.6. Passer de
EA
à~A
Si S est un
semi-groupe
comme en2.4.1,
ondéfinit,
suivant[K],
l’entier
v(S) - TU(S n T) ,
T décrivant les faces du côneR+S. D’après. [K],
on atoujours v(S) > 0,
etv(S)
= 0 si et seulement sile
semi-groupe
S estisomorphe
à 1.Rappelons (cf. [D]) qu’une
variété
torique
affine de la forme X =Spec C[C
nZ’’],
avec C un cônepolyédral
de dimension r,ayant l’origine
commeunique sommet,
est lissesi et seulement si C est de la forme
R+vi
+... +R+ vr
avec( v 1, ~ ~ ~ , vr )
une base de Z’’. On déduit de cela immédiatement l’énoncé suivant : PROPOSITION 2.6.1
[G-K-Z 2].-
Si la variététorique XA
C Vvest un cône sur une variété lisse
(i.e. P(XA)
CP(VV)
estlisse ),
alors lesm(7’, S(A))
définis en 2.4 sont touségaux
à 1. Autrement dit :EA =
T
parcourant
l ’ensemble des faces non-vides deQ(A).
Ce résultat va
permettre, quand P (XA )
estlisse,
de déterminer ex-plicitement
àpartir
de 2.5.Si T est une face de
Q(A),
on notevolT
la forme volume surl’espace
affine
engendré
par T, normalisée par la trace du réseauZ’~ .
Si T E
T(A),
on noteFj(T)
l’ensemble dessimplexes a
de dimensionj
de T tels que Q soit contenu dans une face dedimension j
deQ(A),
notée
T(a).
On pose
Ainsi coïncide avec
~T
définiprécédemment.
On poseDÉFINITION
2.6.2.- On noteT(A)
lequotient
deT(A)
par larelation
d’équivalence
T ~ T’ si et seulement si~T
= et on noteC
T(A)
1’ensemble des classesd’équivalence
detriangulation régu-
li ères.
On déduit de la
proposition précédente
et du théorème2.5.2,
lerésultat suivant :
THÉORÈME
2.6.3[G-K-Z 2].-
SiP(XA)
est lisse alors1 )
estl’enveloppe
convexe des~T ,
T ET(A)
et les som-mets de sont les
$T ,
T E2)
Si T E le coefficient du monômec’T
dansDA
estégal
à3. EXEMPLES
Dans tous ces
exemples P (XA )
est lisse.3.1 Discriminant d’un
polynôme
à une variableSoit P =
crxr
+ + ... + co unpolynôme
d’une variable. Le discriminantD(P)
est définiclassiquement
commeal, ~ ~ ~ , ar
étant les racines de P dans une clôturealgébrique.
C’est unpolynôme
à coefficients entiers en les ci.Soit A =
{ao, ... , ar~
avec ai =(i, 1)
ER2.
Il est clair(exercice)
queD(P) = ~~A.
On voit que toutes lestriangulations
de A sontrégulières
et
qu’elles
sont décrites par lesparties
de{ l, ~ ~ ~ , r -1 ~.
Si T est décrite par Q ={il,...,
C~1, ~ ~ ~ ,
r -1}
avecil
...is , ~T
est lepoint
de coordonnées dans
avec la convention que
io
= 0 et r.D’après
laproposition 2.6.1, EA
= Les théorèmes 2.5.1 et 2.5.2 donnent maintenant directement le résultat suivant :THÉORÈME
3.1.1[G-K-Z 3].-
Les sommets dupolyèdre
de New-ton de
D(P)
sont lespoints
de coordonnées .ro =il - 1,
is -1 ,
xik = = 0sinon,
avecil
...is
décrivant l’ensemble desparties
de~l, ~ ~ ~ , r 2014 1}.
Le coefficient du monôme associéà ... °
is
est avecik,
enconvenant que
et ls
= r -is.
Le lecteur trouvera dans l’article
[G-K-Z 3]
unedescription plus
détaillée de
Nw(D(P)).
Le cas depolynômes
"creux" est tout à fait similaire : nouslaissons le lecteur s’amuser à retrouver que le discriminant
de x3
+ px + qest -(4p3
+27q2). Remarquons qu’une
formulegénérale simple
pour les coefficients des monômes non extrémaux deD(P)
ne semble pas connue.3.2. Résultant de deux
polynômes
à une variableSoient m et n >
1,
etP(x)
=Q(x)
=deux
polynômes
à une variable. Le résultantR(P, Q)
est par définitionégal
à~~ ),
les ai(resp. ~i~ )
étant les racines de P(resp. Q)
dans une clôture
algébrique.
C’est unpolynôme
à coefficients entiers enles ai,
bj .
On pose A =
{( i, 0) , (j,1) ;
i E{0, ~ ~ ~, m~ , j
E~0, ~ ~ ~, n}~.
On vérifie aisément que
R(P, Q) = ±0394A.
La relationd’équivalence ~
introduite en 2.6.2 sur les
triangulations
admet ladescription
suivantedans le cas
présent :
c’est la relationd’équivalence engendrée
par T N T’si T’ est obtenue à
partir
de T en subdivisant untriangle
en deux tri-angles.
Deplus
on vérifie que toutes lestriangulations
sontrégulières.
Une
triangulation
est ditebasique
si la réunion de deuxtriangles
n’estpas un
triangle. Chaque
classed’équivalence
dansT° (A)
a donc ununique représentant basique.
NotonsB(A)
l’ensemble destriangulations basiques.
Si T EB(A),
on vérifie que le vecteur~T
estégal
à(p(T), q(T))
avec
p(T)
Eq(T)
E définis comme suit :pi (T )
=~b
-c)
s’ilexiste un
triangle
de T de sommets(i, 0) , (b,1)
et(c, 1) ;
sinonpi(T)
= 0.Demêmeqj(T) = s’il y a un triangle
de T de sommets( j,1 ) , (b, 0)
et
(c, 0) ;
sinonqj (T)
= 0. On déduit du théorème 2.6.3 le résultat suiv- ant :THÉORÈME
3.2.1[G-K-Z 3].-
L’application
T ~(p(T), q(T))
est unebijection
entreB(A)
etl’ensemble des sommets de
Nw(R(P, Q)).
Les coefficients des monômescorrespondants
sontégaux
à ~1.On
peut
voir l’ensemble des(p(T), q(T)) ,
T EB(A)
comme l’en-semble des "chemins monotones" sur le réseau
Z2
reliant(0,0)
à(m, n) (cf [G-Z-K 3]).
Onpeut
calculer lessignes
des coefhcients des monômes extrémaux deR(P, Q) : d’après ([G-K-Z 3]
prop.15)
le coefficient du monôme associé à T est(-1)pl+2p2+w+~p~,
sip(T) = (po, ~ ~ ~, ,Pm).
Onpeut
déduire ce résulat du théorème2.5.2,
mais la preuve dans[G-K-Z 3]
est directe. En fait dans
[G-K-Z 3]
est donnée une formule pour tous lescoefficients des monômes de
R(p, q)
en terme de fonctions combinatoires associées au groupesymétrique.
A titre d’illustration traitons
explicitement
le cas m = n = 2. On aExcepté
ledernier,
tous les monômes sont des sommets deNw(R(P, Q)).
Il y a exactement six
triangulations basiques
de Aqui correspondent
re-spectivement
aux monômesaôb2, aoalblb2, a21b0b2
,ala2bobl
eta0a2b21 (voir
lafigure).
3.3. Déterminants
Notons
(ei,..., em )
la basecanonique
de(/i,..., f n)
celle deSoit A = ~ e
M}.
On vérifie facilement que lepolynôme EA(f)
estégal
ausigne près
auproduit
des mineurs de tout ordre de la matrice sif
= CC~i,...
~~,?/i,..., Sim = n , est
égal (au signe près)
au déterminant de la matrice carrée Cette remarque permet dedéfinir,
à la suite deCayley,
"l’hyperdéterminant
d’une matrice de dimension cT[G-K-Z 5] :
si Aest la famille des (E ~
[~] ,
étant la base
canonique
de et C = on pose Det C =dLA~(/c’) , fc
étant la forme multilinéaire associée à C. On montre(cf 5])
que7~
±1 si et seulement sipour tout k.
4.
INTERPRÉTATION GÉOMÉTRIQUE
DEEA
4.1.
Rappels
sur det et Div[Kn-M]
Dans cette section on
rappelle
brièvement des constructions déve-loppées
dans l’article[Kn-M],
dans un cadre moinsgénéral
que celui del’article,
maisplus
que sufhsant pour leprésent exposé.
DÉFINITION
4.1.1.2014 Uncomplexe parfait
sur un schéma X est uncomplexe
deOx-modules qui est,
localement surX, quasi-isomorphe
àun
complexe
borné deO x-modules
libres detype
fini. On noteParf x
la
sous-catégorie pleine
de lacatégorie
dérivée de lacatégorie
desO x-
modules dont les
objets
sont lescomplexes parfaits.
D’après Grothendieck,
Ferrand et Knudsen-Mumford[Kn-M],
il ex-iste un foncteur "déterminant" naturel
qui
à unobjet
.~’ deParfx
associeun
Ox-module
libre de rang 1 noté det(.~’’~.
On suppose dans ce
qui
suit que X est irréductible etrégulier.
Soit un
morphisme
decomplexes
bornés de0 x-modules
libres de
type
fini. On suppose que A est unquasi-isomorphisme
aupoint générique
de X et on note l’ouvert surlequel
À est unquasi- isomorphisme.
En choisissant des basesdes E2
on obtient des isomor-phismes
En
composant
avecdet(A) :
--~ on obtient unmorphisme O x - ~x qui
est unisomorphisme
surU (.1) .
Il détermine donc unesection s de et s = 0 définit un diviseur de Cartier sur
X,
noté Div
(A), indépendant
des choix.Cette construction s’étend aux
morphismes À : .~’ --~ ~’
dansParfx qui
sont desquasi-isomorphismes
aupoint générique
de X. Enparticulier
si .~’’ E
Parf x
est exact aupoint générique
deX,
enappliquant
cequi précède
àl’application
nulle 0 --~.~’,
on obtient un diviseur Div .~’’ =Div(0 -~ .~’’).
Lespropriétés
de Div sont détaillées dans[Kn-M] .
Une desplus importantes
est la suivante :PROPOSITION 4.1:2
[Kn-M].2014
Soit F un
complexe parfait
deOx-modules,
exact aupoint géné- rique
de X. Pour tout diviseur irréductible D dans X notons l’anneau localisé de X en D etiD :
1Spec
X. L’anneauOx,D
est un anneau de valuation discrète de rang
1 ,
et lesiD (Hi (.~’’ ))
sont desOX,D-modules
detorsion ;
notons leurlongueur
etmD(F)
=~(-1)zmD(,~’’).
On a E4.2. On
assouplit
ici leshypothèses (*)
de 2.1. On se donne un sous-ensemble fini A de
Zk, A
=(al,...,an).
On supposequ’il
existe uneforme
Q-linéaire h : Q k
-~Q
telle que A Ch-1 ( 1 ) .
On se donne unsemi-groupe
S CZ~,
detype
fini contenantl’origine
tel que :(i)
Si s E S est non nulh(s) >
1.(ii)
A est contenu dans S n etR+A
=R+S.
(iii)
Le réseauM(S) engendré
par S est tel que soit libre.On notera
Si
= S n et M le réseau Pour i entierpositif
etp E Z on note
Si a
E A,
on a une différentielleda : Ai (p)
-~ définie paravec la convention
~y(u -
Sif
appartient
àV,
on posed f
Pourchaque
p, on a ainsiun
complexe
borné deGv-modules
libres detype
finiA’ (p) v
sur V. Enfait,
comme on a une structure entière surA2(p)
en posanton définit de même un
complexe
borné deOVz-modules
libres de
type fini,
surVz
=Spec
Cescomplexes dépendant
de
A, S, M,
on les noteraA’(p)(A, S, M)vz,
..., si besoin est.4.3 Dans cette section on
interprète géométriquement EA
comme l’é-quation
d’un Div associé àA’ (p) :
THÉORÈME
4.3.1[G-K-Z 2].-
Supposons
que A vérifie les conditions(*). Alors,
pour pgrand, A’ ( p) (A, S(A), M)Vz
est exact aupoint générique
deVz,
etDiv(A’ (p) (A,. S(A), M) vz )
est le diviseurd’équation EA
= 0.Démonstration :
1)
On montre que pour pgrand, A’(p)(A, S(A), M)v
est exact aupoint générique
de V et que son Div a pouréquation EA
= 0.(Cette partie
de la démonstration est valide même si A ne vérifie pas(*),
enremplaçant
M par le réseauengendré M(A).)
Onpeut
voirAi
=comme un module sur l’anneau
C[S(A)].
Il lui est donc associé unfaisceau
0(A’)
surXA
=Spec C[S(A)].
Soit 7r :XÂ -~ XA
la nor-malisation de
XA (XÂ - Spec C[R+S(A)
nM]).
Notons Z le ferméXA B x1 (c’est
la réunion des( C * ) ~-orbites
de codimension >1)
etZ’ =
~r-1 (Z).
Sur la variététorique
normaleXÂ
ondispose
du fais-ceau des i-formes différentielles
(algébriques)
àpôles logarithmiques
lelong
de Z’(défini
parexemple
dans[D])
noté(log Z’).
On poseA
(log Z’). D’après
ladescription
deA
(log Z’)
donnée dans
[D]
on trouve que(log Z)
estcanoniquement
isomor-phe
àF(Ai)
surXA B {0~
et que lagraduation
sur les sections decorrespond
à celle sur(log Z) provenant
de la structureconique
deXA.
Deplus
la différentielled f correspond
auproduit
extérieur pardf.
Comme on voit directement que si
EA( f ) ~ 0, (OXA (log Z), df A)
est acy-clique sur X B ~0~,
on obtient que pour pgrand, A’(p)(A, S(A), M)v
estexact au
point générique
de V et que le Div associé estindépendant
de p.De
plus
ceci donne que lescomposantes
irréductibles du Div sont de la formeAnT
avec T une face deQ(~4).
Onpeut
donc écrire pour pgrand :
°Il reste à montrer que = Pour cela on voit
comme un
complexe
de faisceaux sur V~ xV,
que l’on note S~’. A toute face T deQ(A)
est associée une sous-variététorique X(T)
dansX A
C Vv définie par leséquations yi =
0 siai ~
T. On noteT;
son espace conormal contenu dans le
cotangent
T*V~(par
définitionT;
est l’adhérence du conormal auxpoints
lisses deX(T)).
On voitT:
comme contenu dansV~
x V en identifiant V~ x V àT *V ~.
Des considérations standard demultiplicités, jointes
à laproposition 4.1.2, permettent
de montrer que estégal
à la somme alternée des mul-tiplicités
des aupoint générique
deL’étape
finale consiste àutiliser les D-modules. Notons
Dvv
l’anneau desopérateurs
différentielsalgébriques
sur V~ et F la filtration par l’ordre desopérateurs.
Onpeut
munir(log Z) D~~
d’une différentielle naturelle dqui prolonge
la différentielle extérieure d :
OXA (log Z) - 03A9+1XA(log Z).
On munit03A9XA (log Z) DVv
de la filtrationLa remarque cruciale est que
(log Z) Dvv)
s’identifie na-turellement au
complexe
S~’. Ceci donne que estégale
à la multi-plicité
deT;
dans lecycle caractéristique
ducomplexe
deDvv -modules
à droite
(log Z) Dvv,
que l’on notera M’. D’autrepart
lecomplexe
de De Rhamanalytique
DRM’ s’identifie naturellement aucomplexe 03A9XA (log Z) qui
estquasi-isomorphe
au faisceaupervers
RiA*
On vérifie que lecomplexe
M’ est àcohomologie
holonome
régulière.
On en déduit que lecycle caractéristique
de Af’est
égal
à celui deRiA*
Pour calculer lecycle caractéristique
deRiA*
onemploie
la méthode descycles
évanescents(cf
J.-L.Brylin- ski,
SéminaireBourbaki, exposé n°585,
th.4.2.8 ou V.Ginsburg,
Invent.math.
84,
327-402(1986)).
Lamultiplicité J-l(r)
s’obtient comme suit :on
prend
g : : Y~ -~ C linéairequi
s’annule surX(T) (la
restrictionde g
àXA
est de la forme avec ci = 0 siT) ;
alorsp(T)
est
égale
à lacaractéristique
d’Euler de la fibre du faisceau des cy- cles évanescents - A aupoint général
deX (T).
Le fait que(T) = m(T, S(A))
est alors essentiellementconséquence
du théorèmede
D.Bernstein,
Kouchnirenko etHovansky (cf [K]) exprimant
la car-actéristique
d’Euler d’unehypersurface
enposition générale
dans unevariété