FACULTE DE MEDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNEE 1902-1903 K» 30
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE
DU
m au pieu do
TALUS PARALYTIQUE
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MÉDECINE
Présentée et soutenuepuWiquement le 26 novembre 1902
PAR
Marc-Emmanuel-Lucien BOUILLIEZ
Né à Saint-Pol (Pas-de-Calais), le 19 janvier 1879.
ÉLÈVE DU SERVICE DE SANTÉ DE LA MARINE
MM. P1ÉCHAUD, professeur, président.
torinatairsdelaThèse• ! MASSEi professeur, \ LAGRANGE, agrégé.
j
Juges.CHAVANNAZ, agrégé.
)
eCandidat répondraaux questions qui lui seront faitessurles diverses parties de l'Enseignement médical.
BORDEAUX
Imprimerie J. DURAND, 20, rue Condillac.
1902
FACULTÉ
DEMÉDECINE
ET DEPHARMACIE
DEBORDEAUX
M. de NABIAS Doyen. | M. PITRES Doyenhonoraire.
PROFESSEURS :
MM. MICÉ ' .
DUPUY Professeurs honoraires.
MOUSSÔÛS
MM.
Cliniqueinterne
YERGELY.
ARNOZAN.
MASSE.
LEFOUR.
PICOT. Physique biologiqueetélectri- PITRES. cité médicale
DEMONS. Chimie
LANELONGUE. Histoire naturelle....
Pharmacie Matière médicale Médecineexpérimentale Clinique ophtalmolo¬
gique
Clinique des maladies chirur¬
gicales des enfants Clinique gynécologique Clinique médicale des maladies
des enfants
Chimiebiologique... Physique pharmaceutique...
Pathologieexotique..
AGRÉGÉS EN EXERCICE :
sectionde médecine (Pathologie interneetMédecine Cliniqueexterne
Pathologie et théra¬
peutique générales.
Thérapeutique...
Médecine opératoire..
Cliniqued'accouchements....
Anatomiepathologique COYNE.
Anatomie CANN1EU.
Anatomie générale et
histologie VIAULT.
Physiologie JOLYET.
Hygiène LAYET.
Médecine légale MORACHE.
MM.
Pathologieexterne.
CASSA ET.
SABRAZÈS.
HOBBS.
MM, MONGOUR.
CABANNES.
sectionde chirurgieetaccouchements
MM. DENUGÉ.
I
Accouchements....
BEGOUIN.
mm.
BERGONIÉ.
BLAREZ.
guillaud.
figuier.
denabias.
ferré.
badal.
p1échaud.
boursier.
a. moussous denigès.
sigalas le dantec.
légale).
fieux.
anderodias
Anatomie.
section dessciences anatomiques et physiologiques
MM. GENTÉS, | Physiologie MM. PACHON.
CAVALIE. Histoire naturelle.
Chimie.
sectiondes sciences physiques M. BENECH. | Pharmacie....
beille.
m. dupouy.
COURS COMPLÉMENTAIRES
Cliniquedes maladies cutanéeset syphilitiques MM Clinique des maladies des voies urinaires
Maladiesdu larynx, des oreillesetdu nez Maladies mentales
Pathologie externe Pathologie interne Accouchements
Physiologie Embryologie Ophtalmologie
Hydrologieet minéralogie
Le Secrétaire de laFaculté:
LEMAIRU^^^
Par délibération du 5 août 1879, la Faculté a arrêté que les opinions
"mjf,L,lUtgUrs,
etThèsesqui luisont présentées doiventêtre considéréescommepropres a euia.
quelle n'entend leurdonner niapprobation ni improbation.
dubreuilh.
pousson.
moure.
régis. , denuce.
rondot.
anderodias.
pachon princeteau.
LAGRANGE.
gardes.
A MES CAMARADES
DU CORPS DE SANTÉ DES COLONIES EL DE LA MARINE
A MON
PRÉSIDENT DE THÈSE
Monsieur le Docteur
PIÉCHAUD
Professeur de clinique chirurgicale des enfants, Chirurgien des Hôpitaux,
Officierde VInstructionpublique.
AVANT-PROPOS
Arrivé au terme officiel de nos études médicales et avant
de quitter ce pays, nous ne
voudrions oublier de remercier
ici tous ceux qui ont
contribué à
notreinstruction pendant
toutletemps de notre vie scolaire.
Parmi eux, nous conserverons toujours le
meilleur
sou¬venir de nos professeurs de
renseignement secondaire qui
furent nos premiers maîtres et ont
ainsi droit à notre
reconnaissance.
A l'École annexe de médecine navale de Toulon, nous
avonstrouvé en MM. les Docteurs Boutin, Girard, Bous¬
quet et Viguier des professeurs
dévoués et bienveillants
que nous ne saurions trop remercier.
Nous nous souviendrons toujours de nos
maîtres de
Bordeaux et plus particulièrement
de MM. les Professeurs
Rondot,
Lanelongue,
Badal etMoussous dans les services
desquels nous avons
passé
et qui nousont initié à la
pra¬tiquemédicale.
Que M. le Professeur Piéchaud, qui a bien
voulu
nous donner le sujet de cette thèse, reçoivel'expression de notre
plus sincère gratitude. Nous nous
rappellerons toujours
saBonté pour ses élèves et ses malades ainn que les
soins
consciencieux dont nous avons été témoin en suivant ses bsites à l'hôpital des Enfants. Nous
tâcherons de l'imiter
Plus tard, car nous ne saurions mieux faire, pour ceux
qui
sei°nt confiés à nos soins, que de suivre son
exemple.
Mais notre reconnaissance est surtout acquise à M. le Docteur Fontan, médecin en chef de ire classe de lamarine, professeur de clinique chirurgicale à
l'École
d'applicationde Toulon, et à M. le Docteur Hassler, médecin-major
de ire classe à l'Hôpital militaire de Bordeaux, qui, non seulement dans leurs services hospitaliers ont contribué à notre instruction médicale, mais encore nous ont généreu¬
sement prodigué, avec toute la science et l'habileté qu'ils
ont su acquérir dans l'art chirurgical, les soins que notre santé réclamait, et nous ont ainsi permis de continuer nos études et d'arriverau but que nous nous étionsproposé.
Nous y associons M. le Docteur Rouvier, directeur du
Service de Santé de la Marine à Toulon, M. le Docteur Bourru, directeurdu Service de Santéde la Marine à Lorient, ancien directeur de l'École principale de Bordeaux et à
M. le Docteur Chevalier, médecin en chef de 2e classe de la marine, ancien sous-directeur de
l'École
principalede Bordeaux, pour toute la bienveillance et la sollicitude qu'ils ont montrées à notre égard dans cette circonstance.
INTRODUCTION
Le pied-bot
talus paralytique est une attitude vicieuse et
permanente du
pied, due à la paralysie infantile et telle qu'il
repose, non plus sur ses
points d'appui normaux, mais sur
la partie postérieure
de la plante, la face dorsale regardant
enhautet enarrière et la face plantaire en
face et
enavant.
On le rencontrerarement sous cette forme
simple, plus
sou-ventils'yjointun
certaindegré de valgus, qui fait que le pied
repose sur le talon et le
bord interne, la face dorsale regar¬
dantenhaut, en arrière et en
dedans, la face plantaire en bas,
enavant et en dehors, le bord externe
étant soulevé et le
bord interne abaissé. D'autres fois il s'yjointencore un
certain
degré de pied-creux, il peut
aussi être fixé
ouballant.
Trois cas s'en étant présentés cette
année à la clinique chi¬
rurgicale des enfants, M. le
professeur Piéchaucl
abien voulu
attirer notre attention sur cette intéressante
difformité
au pointée vue du traitement chirurgical qui afait tant de
pro¬grès dans ces dernières années.
Nous chercherons surtout à montrer que le
traitement chirurgical
seul peut nous permettrede restituer, au moins
en partie, aux pieds-bots talus
la forme et les fonctions du
pied normal. Pour cela nous commencerons par
décrire le
mécanisme du pied et ses
changements dans l'évolution du
pied-bot talus. Nous examinerons ensuite les
divers traite¬
ments employés jusqu'ici pour y
remédier
:les appareils
orthopédiques,
les' agentsphysiques et les interventions san¬
glantes. Ce n'est que parmi ces
dernières que nous trouve¬
rons les vrais moyens de
réparation et ce sont les trois
opérations : raccourcissement du tendon
d'Achille,
anasto¬mose tendineuse et arthrodèse que nous étudierons ensuite plus longuement.
Nous donnerons en quelques mots leur
historique,
nousen verrons les indications, les divers procédés, tout en réfutant les objections nombreuses qu'on leur a opposées. Ce quenous voulons l'aire ressortir ici, ce n'est pastant la technique opératoire spéciale de tel ou tel chirurgien, qui permet cer¬
tainement de mieux réussir quand le procédé est bon, mais le mode d'intervention qui convient à tel ou telcas de pied-
bot talus paralytique de quelque variété qu'il soit: valgus, pied-creux, ballant, etc.
Nous ajouterons quelquesobservations dont lepetit nombre s'explique par le peu.cle fréquence du talusparalytique: trois
sont personnelles, les autres ont été recueillies clans les ouvrages que nous avons dû consulter. Elles permettront,
nous l'espérons du moins, de mieux apprécier les résultats
du traitement chirurgical du pied-bot talus paralytique.
— 11 —
4
CHAPITRE I
Évolution
dupied-bot talus paralytique
Les mouvements si complexes du
pied
àl'état normal
se passent tous dans lesarticulations de l'astragale'avec la
jambe et avec le reste du tarse :
les autres
nefont que com¬
pléter et amplifier ces mouvements en
remplissant le rôle de
poulie pour les tendons
des muscles qui, dans l'organisme
humainsont chargés de les faire
exécuter. Mais c'est aussi là
que se trouve lecentre des déviations
pathologiques du pied-
bot talus paralytique, dont le
traitement fait le sujet de cette
étude; c'est là encore et sur toute la région
du cou-de-pied
queporteront les divers modes de
réparations
que nousétu¬
dieronsplus loin et qu'il nous
serait difficile d'expliquer si
nous ne connaissions, succinctement au
moins, l'anatomie
normale de cette partie du corps et ses
transformations
pathologiques à la suitede la
paralysie infantile dans l'évolu¬
tion du pied-bot talus paralytique.
L'astragale,
la clef de tout le tarse, «l'os à tout faire » de
Ghaput,
est reliéà la jambeau moyende l'articulation tibio-
astragalienne, que nous
pourrions appeler plus simplement
pour la description :
astragalo-jambière, et l'opposer ainsi a Ustragalo-tarsienne
formée desarticulations anatomiques
sous-astragalienne et
astragalo-scaphoïdienne.
Dans la première ou
astragalo-jambière, qui comprend la
mortaise tibio-péronière et
la poulie astragalienne, entourée
etfixéepar des ligaments latéraux assez
serrés et résistants,
plus
importants
et moinslâchesqueles antérieurs et les pos-
térieurs, se passent seulement des mouvementsde flexionet d'extension autour d'un axe horizontal, mais légèrement dirigé d'avanten arrière et de dehors en dedans.
La seconde ou astragalo-tarsienne comprend les surfaces articulaires héliçoïdales de l'articulation
calcanéo-astraga-
lienne postérieure et les surfaces spliériques de l'astragalo- calcanéo-scaphoïdienne. Elle est fixée et maintenue par le puissant ligament interosseux d'une part, le ligamenten V
de l'autre. Les mouvements qui s'y passeront, de parla forme
même des surfaces articulaires, ne seront ni des mouve¬
ments d'adduction pure ou d'abducation ; il y aura enplus
un mouvement tel que l'un des bords du pied se relèvera, pendant'que l'autre s'abaissera et réciproquement; nousles appellerons mouvements de torsion. (1)
Les autres os fixés énergiquement au scapho'ide ou aucal-
caneum et par conséquent reliés à l'astragalo-tarsienne sui¬
vent ces mêmes mouvements de torsion et contribuent à les
exagérer.
Des divers muscles qui agissent sur cette partie du
pied,
le triceps sural le plus fort, venant insérer son tendon d'Achille sur la face postérieure du calcanéum est un exten¬
seur-adducteur ; il n'agit que sur
Fastragalo-jambière
àl'état
normal et met le pied dans la position du varus-equin à cause de la direction de l'axe dans lequel se meut cette articulation.
Le jambier antérieur s'insère sur l'extrémité du
premier
métatarsien ; il produit la flexion et légèrement
l'abduction
il sera donc l'antagoniste du précédent.
Pour obtenir la flexion pure, son action doit êtrecombinée
àcelle de l'extenseur commun des orteils, quitous deux
sont
les muscles actifs du talus. Les péroniers latéraux s'insérant,
l'un à l'extrémité du premier métatarsien et en bas, et se réfléchissantsur le bord externe du tarse, l'autre à
l'extrémite
du cinquième, agissent dans la torsion en dehors, Le premier
(1) Poirier,Anatomiehumaine, t. I, Arthrologie.
est encore nécessaire pour
maintenir serrés entre eux les os
du tarse etassurer
ainsi le bon fonctionnement cle leurs arti¬
culations.
Il nous resterait les muscles
profonds de la région posté¬
rieure de la jambe, les
fléchisseures des orteils, ainsi que
ceux de la face plantaire,
mais ils n'interviennent jamais
dans le talusparalytique
simple, aussi les passons-nous sous
silence.
En temps
ordinaire
tous cesmuscles
secontrebalancent
par leur tonus
musculaire
:le pied est perpendiculaire à la
jambe; si l'un
d'eux
estmis
enmouvement soit par rellexe,
soit par une incitation
motrice, dès
quel'excitation nerveuse
aura cessé, les antagonistes
ramèneront le segment de
membre à sa position
normale. C'est à la suite d'une série
de mouvements réflexes se passant au
niveau des origines
des racines motrices de leurs nerfs dans les cornes
anté¬
rieures dela moelle que s'exécutentces
différentes actions.
Mais survienne une paralysie
infantile, débutant quelque¬
fois d'une façon tellement insidieuse que
les parents ne s'en
aperçoivent pas; d'autres
fois précédée d'une fièvre violente,
deconvulsions, de contractures que.
la famille rendra direc¬
tement cause del'état futurdu malade, le système
musculaire
des membres deviendra d'une flaccidité telle
qu'il
ne pourra plus imprimer aucun mouvementet
quele petit malade ne
pourra plus se soutenir, ni
marcher, si toutefois son âge et
son développement physique
le lui permettait déjà aupara¬
vant.
Cet état peut durer de deux à
six mois d'après Charcot ;
puis survient une nouvelle phase de la
maladie
:la phase de
régression ou de fixation de la
paralysie, pendant laquelle
certains muscles recouvrententièrementleurs
propriétés, tan¬
dis qued'autres restent paralysés.
Les muscles
ouune partie
des muscles du membre inférieur peuvent
ainsi être perdus.
Soitle cas du triceps sural
qui reste paralysé : le jambier
antérieur et les extenseurs n'étant plus
contrariés
parce
puissant antagoniste entraînent, par
la seule action de leur
— 14 —
tonus musculaire, le pied en position du pied-bot talus, que l'action des péroniers transforme ensuite en talus valgus,
c'est-à-dire que la face dorsale du pied regarde en haut,en
arrière et en dedans et la face plantaire en bas, en avant et en
dehors, le bordinterneétant abaissé et le bord externerelevé.
Cette mêmeattitude vicieusepourra aussi être obtenueparla paralysied'autres muscles combinée à celle du tricepssural, mais celui-ci sera toujours atteint.
A ce moment, la difformité peut être facilement réduite à l'aide d'une simple pression manuelle, très douce même dans certains cas etlepied reprend sans difficulté sa position
normale tant que dure l'effort de l'opérateur : c'est ce que certains auteurs appellent le pied-bot tendineux.
Les musclés ainsi paralysés sont-ils perdus définitivement?
11 existe des cas très variables, car, même quand les cellules motrices des cornes antérieures de la moelle qui les com¬
mandent sontdégénérées et détruites parl'effetde laparalysie
infantile elles peuvent être quelquefois suppléées par des
groupes voisins. D'autres fois leur vitalité simplement dimi¬
nuée peut revenir petit à petit et la difformitécesser à la suite de la reprise du tonus musculaire et de l'action des muscles.
A la réaction
électrique,
ils répondentde différentes façonson peut constater la présence ou l'absence de toute réaction.
Tantôt ils répondent encore aux courants faradiques et sont
toutsimplement affaiblis, tantôt lescourantsgalvaniquesseuls
peuvent les exciter; les secousses sont alors ou égales à
la
fermetureouà l'ouvertureducourantau pôlepositif :
réaction
ambiguë de dégénérescence qui permet d'espérer encorela
réparation, ou exagérées d'une manière très notable au pôle positif seul, tout en étant lentes à se produire : réactionde
dégénérescence de Erb.Avecunpied ainsi déformé l'enfant marchera difficilement,
quoique bien chaussé il soit tout à fait présentable. Pour
la
marche, il ne lui sera pas d'une utilité plus grande quesi la
partie antérieure était amputée, parce que cette
partie du
pied n'est.utile que lorsque le tendon est court et que letriceps
sural
secontracte,
orici,
parsuite de la paralysie,
letendon d'Achillese relâche et s'allonge.
Dans la marche normale, le poids du corps porte d'abord
surletalon, puis se transmet aux orteils, lorsque lecorps se porte en avant. Le
résultat
est unport égal et gracieux. Mais
dans cette affection, la plus petite fraction du poids du corps
nepeut être transmiseaux orteils, parce que
les muscles du
molletsont paralysés et que le tendon
d'Achille
estinutile.
Aussi le résultat est-il une démarche hésitante, claudicante,
assez semblableà celle que donne une jambe de bois.
Elle
se retrouve d'ailleurs parmi les naturels del'Amérique qui
amputent à leurs prisonniers la partieantérieure du pied,
pourles empêcher de s'échapper, sans
diminuer leur valeur
etleur utilitécomme esclaves (1).
Déplus les muscles ne recevant plus des centres nerveux l'influx nécessaire se transforment et s'atrophient : la plupart
de leurs libres dégénèrent en tissu fibreux,
leur striât ion
transversale disparaît et ils perdent toute
chance de
recou¬vrer jamais leurs propriétés de contractilité et
d'élasticité,
d'autres peuvent s'hypertrophier et tenter de
remplacer les
absentes, mais elles ne tardent pas à disparaître à leur tour,sil'intervention sefait attendre.
Lesarticulations du pied placées dans des
positions
anor¬malesetréagissant contre les ligaments qui les
retiennent
en place, les forcent à s'allongeret à se relâcher.Les faisceaux
postérieurs des deuxligaments latéraux et le
faisceau
moyenduligament latéral interne dans le talus valgus, fatiguées
de
résister à cette tension continue, sont les premiers à
subir
les conséquences de cet effort.
Les surfaces articulaires qui ne sont plus
entièrement
maintenues en rapport glissent l'une sur
l'autre, les
os se déplacent. On peutaussi voir l'astragale quitter enpartie la
'0geque lui forment la mortaise tibio-péronière etle calca-
(1)JUDSON.
— 10 —
néum, pendant que ce dernier repoussé en arrière augmente
encore ainsi d'unefaçon considérable la sailliepostérieuredu talon, déjà rendue plus forte par l'aplatissement du tendon d'Achille. Le pied est alors très mobile et suit, quant à sa
position dans l'espace, les lois naturelles de la pesanteur, devenant ce qu'on a appelé le pied-botballant.Siau contraire les muscles non paralysés l'emportent : à force d'être con¬
tractés, leur contracture deviendracontinue etirréductible,le pied est alors fixé. Dans le cas, assez fréquentchez le talus,
où le long péronier latéral n'est pas paralysé, sa contracture détermine une courbure exagérée de la face plantaire et produit le piedcreux talus.
Par suite duchangementde position des os, du relâchement des articulations, il peut encore se créerde nouvelles surfaces articulairespendant quelecartilage des anciennes, inutile, se transformera en tissu ostéoïde, les saillies osseuses peuvent
se réduire en d'autres endroits à la suite de frottements, d'autres se créeront à des places différentes et lepiedsera
encore fixé. Si ces changements surviennent dans lepied-bot ballant, c'est un pied-bot secondairement fixé que nous aurons, et la main ne suffira plus pour le ramenerdans sa position normale, mais il faudra l'aide des appareils les
plus
forts et les plus compliqués ou des interventions sanglantes.
Ce sont encore pour certains auteurs des pieds-bots
tendino-
osseux ou osseux suivant la force àdéployer pour les
réduire
ou mieux l'état des os et des ligaments.
Mais la difformité ne s'arrête pas aux pieds : les os
de la
jambe du côté malade s'accroissent moins que ceux ducôté
sain, occasionnant une boiteriequi vient encore
compliquer
la marche difficile du petit malade par suite du
raccourcisse¬
ment du membre et entraînant du côté de la colonne verté¬
brale des courbures de compensation dont
l'importance
pourra être très grande dans le sexe féminin au
moment de
l'accouchement.
La peau elle-même s'enressent : des troublestrophiquessy
observent. On y remarque : soit une
hyperproduotion du
— 17 —
système
pileux, soit
unehypersécrétion sudorale, en tout cas
elledevient très sujette aux
éruptions,
aux.engelures et les
moindres traumatismes y
déterminent des lésions d'une
durée considérable qu'explique le manque
de vitalité de
cetissu, causé par la dégénérescence
des
cornesantérieures de
lamoelle.
Le docteur Peraire présenta à
la Société anatomique de
Paris une radiographie de
pied-bot talus qui rend bien
compte cle l'état du
pied dans
unepériode assez avancée de
sonévolution : on y remarquait une
épaisseur anormale des
téguments au niveau du
talon, l'allongement du calcanéum
dans le sens vertical, comme s'il avait
bousculé d'arrière
en avant, saface antérieure étant devenuesupérieure et
saface
postérieure inférieure. Tous
les muscles de la jambe étaient
dans unétatd'atrophietrès
manifeste. (1)
L'état intellectuel même du sujet est à
considérer,
carle
trouble fonctionnel peut être assez
fort
pouréloigner en
partie l'enfant de la vie commune etdiminuer ainsi le déve¬
loppement de ses facultés, ou encore
l'exposer
auxrailleries
etaux moqueries de ses petits
camarades d'école, ce qui con¬
tribuera à le rendre taciturne et sournois.
Nous venons de voir que le
pied-bot talus paralytique
donnaitnaissance à unefoule devariétés: tendineuse,
tendino-
osseuse ouosseuse, ballante ou lixée,
pied-creux;
nousnous
borneronsà l'étude du traitement du pied-bot talus, ne nous occupant deces variétésqu'indirectement :
cette classification
nepeutd'ailleurs nous servir ici, les
interventions chirurgi¬
cales étant basées sur un tout autre principe :
celui de
l'étendue de la paralysie.
(') f'ÉiuiRE.— PresseMédicale, 21juin 1902.
— 10 —
CHAPITRE II.
Les divers traitements du
pied-bot talus paralytique.
Le traitement du pied-bot talus s'impose donc, puisque le
le plus souvent cette difformité s'aggrave continuellement
avecle temps. D'ailleurs, dans les cas très rares, où le pied- bot,peu important alors, se guérit seul, cette guérison est
assez rapide et l'enfant n'a pas été présenté au médecin,
les parents prenant à juste raison cette attitude anor¬
male pourune suite de la paralysie infantile, et croyant à
tortqu'elle disparaît d'elle-même, commela maladie causale.
Ce n'est qu'au bout d'un certain temps que le chirurgien est consulté, et quand la réparation naturelle n'est plus probable.
C'est donc aussitôt qu'il faudra remédier au talus paralyti¬
que, car plus on attendra, plus l'opération sera difficile et dangereuse et moins les résultats seront bons et rapides.
Queltraitement doit-on employer et surtout quel est le but qu'ondoit se proposer? Comme le pied-bot
réunit
unediffor¬
mité d'une certaine importanceau point de vue esthétique, et
une impotence fonctionnelle très sérieuse puisqu'elle gêne considérablement le malade, on devra s'efforcer :
1° D'obtenir l'orthomorphie, de réduire la
difformité
etde
lamaintenir réduite;
-° Après avoir rétabli la forme, de restaurer autant que Possible la fonctionet de rendre au membre son utilité. (1)
')•2. Métanas. ~ Congrèsdegynécologie, obstétrique et pœdiatrie de Oseille1898.
THÈSEbouilliez. 2
De ces deux résultats, c'est surtout le second quenous devrons rechercher, et si'nous nepouvons y arriver complè¬
tement,au moins devrons-nous tacher d'en approcher le plus possible et restaurer suffisamment le membre pour ne pas laisserau malade un pied inutile et peut-être même gênant.
Depuis longtempsonl'a compris eton s'est efforcé deremé¬
dier à cette attitude vicieuse du pied et de guérir cette diffor¬
mité. Des moyens très divers ont été employés, nousallonsen juger la valeur respective et voir ceux que nous devrons
conserver parce qu'ils réunissent les deux conditions (pie
nous nous sommes proposés ou y tendent le plus.
Nous ne parlons pas des traitements empiriques qu'on uti¬
lisa jusqu'au dix-septième siècle et qui, ne reposant pas
sur des bases scientifiques, ne pouvaient donner de
bons
résultats.
Mais à partir de cette époque le
perfectionnement des
appareils orthopédiques, le développement de laphysique et
l'application de l'électricité à la médecine commeagent thé¬
rapeutique, ainsi que les progrès modernes de
la chirurgie
permirent en s'appuyant surdes connaissances
anatomiques
et physiologiques exactes, en se bornant sur
l'observation
des causes el du mécanisme de production du
pied-bot talus
paralytique, d'utiliser des moyens variés que nous
diviserons
en trois classes suivant l'agent employé : 1° Appareils orthopédiques;
2° Agents physiques;
3° Interventions chirurgicales;
Ces procédés sont, denos jours, rarement
employés seuls,
mais l'un d'eux dominetoujours et par
exemple dans le pro¬
cédéchirurgical, on peut se servir
d'abord de l'électricité poui
reconnaître les muscles sains et les renforcer, et
ensuite
employer un appareil qui maintiendra le
pied
enbonne posi¬
tion pendant quelque temps, mais c'est
l'opération qui est la
partie la plus importante de ce mode
de traitement et qui
seule intervient dans le redressement et la
restauration de la
— 21 —
fonction, tandis que le reste ne sert
qu'à
préparer ou à par¬faireles résultats.
I.Appareils
orthopédiques
—Nous
pouvonsdès mainte¬
nant les diviser en deux catégories; les uns sont simplement
destinés à remplir la seconde condition que nous nous
somme proposée: maintenir la forme
réduite
et restaurerles
fonctions des muscles; les autres ont été créés pourrendre
au pied déformé son attitude normale.
Ces derniers ne sont utilisés que dans les cas de pieds-bots
tendino-osseux ou osseux. Ce sont des appareils de force, quelques uns assez simples, d'autres très
compliqués
etmunis de leviers, de poulies, de vis, de courroies
qui
enser¬rentle membre pour le ramener à sa forme primitive.
Quand
on lesutilise, si le patient n'est pasdéjà effrayéà leur vue, on entend trop souvent des craquements sinistres :
indice du
broiement des os, qui rappellent certains instruments
de
tor¬turedu Moyen-âge.
Ilest évident qu'ils doivent être complètement
rejetés
:l'orthopédiste
qui s'en sert, y va absolument enaveugle
etdétruit la plupart des éléments anatomiques du pied et leurs
rapports; il serait ridicule, sous prétexte de redresser un piedet dele rendre normal, d'acheverde le détruire.
Nous devrons, avant tout, rechercher le maximum
dé redressement,
mais avec le minimum de dégâts et aucune considération ne doit être assez forte pour laisser ainsiinté¬
ressertous les os du tarse quandl'attaque d'un
seul serait
peut-être suffisante pour obtenir le résultat
désiré. Le redres¬
sementavec les machines doit donc être, de ce fait, repoussé dunefaçon absolue, car, sous son apparente
innocuité, c'est
une véritable « ostéoclasie instrumentale »
(1)
qui intéresse aveuglément tous les os • du tarse et en entraîne tous les résultats variables : douleurs, atrophie musculaire,arthrite,
et
longs
soins consécutifs.0)Phocas.Nord médical, 1896.
Quand le pied est simplement tendineux, une pression
manuelle suffît à le redresser et aie remettre en position normale, mais un appareil est nécessaire pour lui maintenir
cette forme et remplacer les muscles paralysés dans leurs fonctions, en attendant qu'ils reprennent leur emploi, si leur
état est encore assez bon pour pouvoir être rendus à l'utilité.
On en a inventé un assez grand nombre, tels que les appa¬
reils de Venel, de Duchenne lils, les souliers deSayre munis
d'une semelle d'acierau talon de laquelle est fixée une petite tige métallique, terminée par un crochet qui sert à tenirun muscle artificiel.
Ce sont des appareils qu'il faut conserver très longtemps
et le traitement n'en finit plus. Thorens nous donne une observation de Sayre dans laquelle le traitement dura
deux
années et il est probableque c'est un des plus beaux
résultats
obtenus par cet orthopédiste, pour que son traducteur
fran¬
çais le cite. (1)
Il faudra donc les changer de temps en temps, à mesure
que le pied croîtra, de plus, comme leur
mécanisme n'est
jamais des plus simples,dès qu'il s'agit de
remplacer
pardes
muscles artificiels ceux que la maladie a
détruits, ils
sedété¬
rioreront très facilement et devront être remplacés
souvent.
C'est doncun traitement qui reviendra très cheret que
toutes
les classes de la société ne pourront appliquer ence
siècle
essentiellement pratique et pressé, où le temps
vaut de l'ar¬
gent.
Souvent encore ce sera le petit malade,
fatigué de porter
cet appareil lourd et gênant, dont l'utilité ne
lui paraîtra pas
démontrée qui suppliera ses parents de l'en
débarrasser ou
l'abandonnera peut-être lui-même.
D'ailleurs, les deux conditions que nous avons
demandées
à tout bon traitement sont-elles obtenues par les
moyens
orthopédiques? Nous ne le croyons pas. Eneffet, la forme du
(1) Leçons cliniques de chirurgie orthopédique de Sayres,
traductiO
THURENS.
pied est
peut-être rendue momentanément normale, mais
l'appareil qu'on lui appliquera
neviendra-t-il
pasrétablir
cette difformité qu'on veut
supprimer? Quant
àla fonction,
leplus souvent
les muscles artificiels qui, suivant les théo¬
ries et les idées de Duchenne fils, auront été placées pour
remplacerceux
des muscles des membres qui sont paralysés,
nejoueront leurs
rôles qu'imparfaitement, et de plus l'appa¬
reilne transformera pas le pied qui n'aura pas
changé quand
l'enfantaura quitté son soulier
orthopédique. Un
autredésa¬
vantage, non moins important, est
celui d'augmenter les
troubles trophiques du membre
quand il
neles produit
pas (Philippofï, Hochet).Ce traitement est simplement palliatif et ne peut trouver
indication que dans les cas où
l'intervention sanglante
auraété tentée sans succès. (I)
II. Agents physiques.—Ce sont
l'électricité, le
massage,l'hydrothérapie,
les frictions excitantesdont
onconnaît les
bons effets dans unefoule de circonstances médicales et chi¬
rurgicales où il importe de relever, comme
ici, la tonicité
desmasses musculaires, d'en activer la
nutrition, d'en pré¬
venirl'atrophie.
Nous avons vu plus haut que les
muscles paralysés du
pied-bot paralytique répondaient aux
excitations électriques
dedifférentes façons. Lesuns simplement
affaiblis,
secontrac¬
tent encore cependant avec les deux courants.
D'autres
ne répondent plus au courant faradique,mais gardent
une cer- tuineimpressionnabilité au galvanique;ils pourront avoir la
réaction ambiguë de dégénérescence
caractérisée
parl'égalité
des secousses
galvaniques. Certains ont
la réaction complète
do
dégénérescence,
c'est-à-dire que sousl'influence du
eou-r;lnt galvanique, on observe des secousses
lentes à
se pro¬duire niais prédominantes au choc de
fermeture et
aupôle
(') R-OCHÀRD.
— 24 —
positif. Quelques uns,plus avancésclans leur transformation,
neréagiront plus à aucun courant.
Il est bien évident que le traitement électrique différera
clans tous ces cas et que ses résultats seront tout à fait dis¬
semblables. Lorsque la réaction de dégénérescence existera nettement, ou lorsque lescourants ne produiront plusaucune
réaction, les muscles seront à toutjamais perdus et l'électri¬
cité n'y pourra plus rien. Leurs fibrilles ont perdu toute
striation transversale et rien ne saurait la leurrendre, d'ail¬
leurs les courants n'agissent que sur les fibres restées saines
ou hypertrophiées qui peuvent alors, à la suite deces excita- lions reprendre le dessus et remplacer celles que la paralysie
aura détruites. C'est donc seulement sur les musclesqui ne
présenteront que la réaction ambiguë, ou qui seront simple¬
ment affaiblis que nous aurons chance de réussir parce mode clé traitement. Ils pourront recouvrer leur tonusmus¬
culaire, revenir à l'état normal, remettre le pied clans sa bonne positionet servir denouveaud'antagonisteauxmuscles
d'action contraire qui ont entraîné le membre dans uneatti¬
tude vicieuse.
Ce ne séra que par courtes séances, avecdes courants de
faible tension et àintermittencesrapidesqu'il faudra opéreren évitantd'épuiser le muscle et de le fatiguer. S'il y
avait des
troubles tropliiques marqués, il faudrait au contraire utiliser
l'électricité statique. Mais en tout cas, dans les cas les
plus
heureux, il faudra de longs mois pour arriver à unbon
résultat, c'est ainsi que deux des malades que nous avons
observés dans le service de M. le professeur
Piéchaud
s'étaient fait électriser déjà pendant cinq et six
mois
sansaucune amélioration. Redard, en parlant du traitement
élec¬
trique recommandede lecontinuersans interruption
pendant
dix mois. (1),
Si encore il pouvait se faire dans les familles, maison m1
(1) Redard,Chirurgie orthopédique.
peut
le confier qu'à des personnes expérimentées, qui auront
àleur disposition les
appareils nécessaires et sauront exacte¬
ment surquelsmuscles
ils devront appliquer les courants.
L'enfant n'étant pas asez malade pour
être admis dans
un hôpital, devradonc être conduit chaque jour, pour quelques
minutes à peine et pendant
de longs mois;
ce sera uneperte
detemps considérable pour
les parents et
parconséquent un
traitement inapplicabledans toutes
les classes de la société.
C'est aussi un traitement que nous devrons commencer rapidement si nous
voulons le voir réussir. C'est Erb lui-
même qui nous le
recommande
: «plus le traitement aura
» étécommencé de bonne heure, plus on aurade
chances de
«dompter la maladie, de sauver ce
qui
ne sera pasencore
» suffisamment perdu, de préserver
les éléments musculai-
» res etnerveux à demi dégénérés d'une
complète destruc-
» lion. »
Nous ne pourrons donc, il nous
semble,
nousrésigner à
traiter un petit, malade de cette
façon et d'ailleurs nous ne
sommes pas seul à reconnaître
le
peude valeur de ce
mode detraitement, puisque M. le
professeur Bergonié lui-
même, dont la science et les connaissances en
physique
médicale et en électrothérapie ne sont
mises
endoute
parpersonne, nous dit que le plus
souvent, malgré tous les
efforts des médecins électriciens, certains
muscles restent
atrophiés etdégénérés(1).
Parconséquent il est préférable,
si nous trouvons un autre traitement moins
aléatoire de l'employer
plutôtque le traitementélectrique.
Nous ne parlons pas davantage de
l'hydrothérapie, du mas¬
sue, des frictions excitantes qui
réussiront
encoremoins
l}ien quel'électricité.
III. Interventions chirurgicales. —
Nous
venonsde
^°ir les deux premiers modes de
traitement
:les appareils
CL't. Bergonié. — Archivesd'électricitémédicale deBordeaux.