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La prévention des abus d'alcool et de l'alcoolisme à l'école primaire

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

Master

Reference

La prévention des abus d'alcool et de l'alcoolisme à l'école primaire

WILLENER, Nadine

Abstract

On trouve à l'école depuis bon nombre d'années des programmes officiels d'éducation sexuelle, d'éducation routière. On parle avec les élèves de l'alimentation et de la manière de manger sainement. Mais qu'en est-il de la question de l'alcool? La consommation d'alcool chez les jeunes, toujours plus précoce, constitue un réel problème, mais aussi un danger.

Chabrol (1995) explique que l'alcool est le toxique le plus meurtier chez les adolescents.

Constatant que peu de choses sont concrètement mises en place à l'école primaire pour prévenir cette cause, j'aimerais explorer la question de l'utilité d'une telle prévention et de sa mise en oeuvre. Pour ce faire, l'essence de ce mémoire reposera sur des entretiens menés avec de multiples personnes, toutes concernées différement par cette thématique: des enseignants, une infirmière scolaire, des instituts de prévention et des adolescents.

WILLENER, Nadine. La prévention des abus d'alcool et de l'alcoolisme à l'école primaire. Master : Univ. Genève, 2010

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:12512

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TITRE/SOUS-TITRE

La prévention des abus d'alcool et de l'alcoolisme à l'école primaire

MEMOIRE REALISE EN VUE DE L’OBTENTION DU/DE LA

LICENCE EN SCIENCES DE L'EDUCATION MENTION ENSEIGNEMENT

Veuillez vous référer à la dénomination officielle des titres figurant dans le guide des étudiants

PAR (Prénom-Nom) Nadine Willener

DIRECTEUR DU MEMOIRE (Prénom-Nom)

Jean-Marie Cassagne

JURY

(Prénom - Nom) Mireille Cifali Bessa Myftiu

LIEU, MOIS ET ANNEE GENEVE juin 2010

UNIVERSITE DE GENEVE

FACULTE DE PSYCHOLOGIE ET DES SCIENCES DE L'EDUCATION SECTION SCIENCES DE L'EDUCATION

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RESUME

(maximum 150 mots)

On trouve à l'école depuis bon nombre d'années des programmes officiels d'éducation sexuelle, d'éducation routière. On parle avec les élèves de l'alimentation et de la manière de manger sainement. Mais qu'en est-il de la question de l'alcool?

La consommation d'alcool chez les jeunes, toujours plus précoce, constitue un réel

problème, mais aussi un danger. Chabrol (1995) explique que l'alcool est le toxique le plus meurtier chez les adolescents.

Constatant que peu de choses sont concrètement mises en place à l'école primaire pour prévenir cette cause, j'aimerais explorer la question de l'utilité d'une telle prévention et de sa mise en œuvre.

Pour ce faire, l'essence de ce mémoire reposera sur des entretiens menés avec de multiples personnes, toutes concernées différement par cette thématique: des enseignants, une infirmière scolaire, des instituts de prévention et des adolescents.

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Le verre en main, l’ivrogne a bu à l’insouciance, il a bu à la gaîté qui pétille, il a bu à l’égalité, il a bu à l’oubli de toute chose et de lui-même, et il se trouve qu’en définitive il a bu à l’égoïsme, il a bu à la honte, car il emporte le mépris des autres, le dégoût de son être.

Jules Denis (1906)

(5)

Chapitre I Introduction

……….

6

Chapitre II - Cadre théorique

.………

9

II.1. Alcool, abus d’alcool et alcoolisme : définitions, usages et représentations sociales II.1.1. Qu’est-ce que l’alcool ?

...9

II.1.2. Les usages sociaux de l’alcool

………10

II.1.3. Abus d’alcool et alcoolisme : vers une définition

………..14

II.1.4. Quel est l’impact sur les proches d’alcooliques ?

...18

II.2. Prévention : définition et principes de base II.2.1. Qu’est-ce que la prévention ?

...20

II.2.2. Quelques principes de base et pistes de départ

………..23

Chapitre III – Problématique

…….………

26

Chapitre IV – Méthodologie

…….…….….

27

IV.1. Choix des sujets

……….27

IV.2. Choix des méthodes

……….………..29

IV.3. Difficultés méthodologiques anticipées

………..29

Chapitre V – Contexte et déroulement des entretiens

…….………

31

V.1. Enseignants

……….……….31

V.2. Instituts spécialisés dans la prévention

……...………..32

V.3. Adolescents

………..………34

V.4. Infirmière scolaire

………38

(6)

Chapitre VI – Analyse

….………

40

VI.1. Quelle peut être l’utilité ou non de faire de la prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme dès la fin de l’école primaire ? VI.1.1. Les différents points de vue sur l’utilité de la prévention

……...……41

VI.1.2. Qu’en est - il des enfants vivant avec un/des parent(s) alcoolique(s) ?

...46

VI.1.3. Une mesure des effets des actions menées presque impossible…

………47

VI.1.4. Un biais possible dû à la nature même de ce travail de recherche

……….………..50

VI.2. Prévenir : le rôle de qui ? VI.2.1. Les parents

……….……...…53

VI.2.2. La FEGPA

………54

VI.2.3. Addiction Info Suisse

……….56

VI.2.4. La FASe, le quartier, la commune

………...…57

VI.2.5. Le SSJ

……….59

VI.2.6. L’école

………..60

VI.2.7. Les commerçants et gérants de discothèques

……….…61

VI.2.8. Conclusion

………62

VI.3. Quelle prévention pour l’école primaire ? VI.3.1. Préventions primaire et secondaire : des concepts méconnus ?

……….……66

VI.3.2. Etat des lieux et appréciation des projets et actions actuellement menés

………68

VI.3.3. Quelle forme donner à la prévention ?

……….70

VI.3.4. Quels contenus aborder ?

………..71

VI.3.5. Des contraintes en apparence insurmontables

……….…72

VI.3.6. Pour une prévention la plus efficace possible

………75

VI.4. Obstacles, tensions et dysfonctionnements VI.4.1. Le risque de produire un effet inverse

………77

VI.4.2. Le point de vue et la réaction des parents

………...……….79

VI.4.3. Des intérêts différents

………80

VI.4.4. L’alcoolisme : un sujet encore tabou

………82

VI.4.5. Un manque de communication

………..83

VI.4.6. Conclusion

………85

Chapitre VII – Conclusion

………

87

Bibliographie

…………..……….

90

(7)

Annexes

1. Glossaire

………..93

2. Retranscription des entretiens 2.A. Jeunes A, B, C et D (Anthony, Billy, Charles, Damien)

………..………..96

2.E. Jeune E (Elena)

………..……….103

2.F. Jeune F (Fanny)

………..…………106

2.G. Jeune G (Gabriel)

………..…………108

2.H. Jeune H (Hanna)

………...……111

2.I. Enseignante en centre de jour (Isabelle)

………...…….113

2.J. Enseignant en division moyenne (Jack)

………..119

2.K. Infirmière scolaire

……….125

2.L. Laurence Fehlmann Rielle, secrétaire générale de la FEGPA

………….…133

2.M. Geneviève Praplan, cheffe de projets à Addiction Info Suisse

………..…152

(ISPA) 3. Statistiques d’Addiction Info Suisse sur la consommation d’alcool

………170

4. Tests CAGE et AUDIT

……….……177

.

5. Remerciements

………180

(8)

J’ai intitulé mon mémoire de licence : « La prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme à l’école primaire ». Il ne s’agit pas de prévenir une dépendance à l’alcool sur le moment même, car rares sont les cas signalés d’enfants qui s’alcoolisent en fin d’école primaire, mais d’intervenir en prévision d’une possible future dépendance qui pourrait se produire par la suite, à l’arrivée au cycle d’orientation mais aussi des années plus tard.

On trouve à l’école primaire depuis bon nombre d’années des programmes officiels d’éducation sexuelle, d’éducation routière. On parle avec les élèves de l’alimentation et de la manière de manger sainement. Mais qu’en est-il de la question de la consommation d’alcool ? Depuis tout récemment, on commence à en parler dans les classes de 6ème primaire, à travers le programme « Anatole », qui relate l’histoire d’un jeune garçon qui se trouve confronté à la question de l’usage de produits tels que le tabac et l’alcool comme facilitateur de l’intégration dans un groupe. Cette méthode reste cependant très générale et intervient ponctuellement. Les actions mises en place actuellement semblent demeurer encore fragiles et pas bien établies, ni acceptées peut-être.

Je me suis trouvée partagée entre l’idée qu’il n’est peut-être pas le rôle de l’école de mener toute cette prévention, qui, partie dans cette lancée, pourrait bien prendre de plus en plus de place pour parler de nouvelles thématiques ; et celle qu’il n’y a pas de raison que la problématique alcoolique soit mise de côté, et ne soit pas présente au même titre que d’autres causes.

Je me suis néanmoins ravisée et suis revenue à mes premières convictions qui penchent pour la seconde idée, en me plongeant davantage sur le sujet à travers mes premières lectures. La consommation d’alcool chez les jeunes constitue un réel problème, mais aussi un danger. Les statistiques (cf. annexes 3) ne montrent pas que la consommation de cette population ait réellement augmenté ces dernières années, mais illustre en revanche une consommation bien plus précoce, et ce depuis plusieurs années, si bien que le fait de "retarder l’âge de la première consommation d’alcool chez les jeunes" ait été choisi parmi les trois objectifs prioritaires du plan cantonal genevois de promotion de la santé et de prévention 2007-2010. Chabrol (1995) illustre bien ce danger : "L’usage des toxiques à l’adolescence expose à des risques multiples : augmentation des doses et passage à des drogues plus puissantes, perturbation du

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développement, échec de l’intégration sociale, complications physiques et décès" (p.56). Il ajoute par la suite que : "Les accidents de la circulation représentent 70% des causes du décès des 15-19 ans dans la communauté européenne. La contribution de l’alcool et des drogues à chacune de ces causes de décès est significative. […] L’alcool reste donc le toxique le plus meurtrier pour les adolescents" (p. 62).

Je pense par conséquent que ce véritable problème que peut constituer l’alcool ne doit pas être occulté ou minimisé, mais qu’au contraire il doit faire l’objet d’une réelle démarche préventive. Etter (1996), dans son Enquête auprès de la population genevoise sur la consommation d’alcool et sur les opinions concernant la prévention de l’alcoolisme montre que "la prévention de l’alcoolisme est classée par les participants comme la 4ème priorité parmi 11 problèmes de santé" (p.40). Ce constat traduit selon moi une volonté et un besoin d’agir contre ce fléau ressenti aussi par la population. Certes, cette enquête date d’il y a quatorze ans, on peut par conséquent se demander si la prévention de l’alcoolisme figure toujours comme une des principales priorités, mais étant donné la tournure que prennent les événements, je pense qu’elle l’est.

La prévention de l’alcoolisme ne date pas d’hier. J’évoquerai d’ailleurs durant ce mémoire un auteur, Denis, qui déjà en 1906 mettait en place une action préventive. On peut trouver positif et rassurant de savoir que cette question fait l’objet d’une réflexion depuis longtemps, et qu’on souhaite trouver des éléments de réponses. Il est paradoxalement inquiétant de se rendre compte que plus de cent ans après, des préventions de tout type se sont relayées, et que des modifications s’opèrent encore aujourd’hui, témoignant du fait que l’on n’arrive toujours pas à lutter suffisamment contre les méfaits de l’alcool. D’où la raison non pas de perdre espoir et d’abandonner toute tentative, mais au contraire de redoubler d’efforts pour parvenir à trouver une prévention qui soit à la fois réalisable et la plus efficace possible.

C’est pourquoi j’ai pensé qu’il serait intéressant de mener ma recherche de mémoire sur ce sujet si vieux et pourtant encore d’actualité, qui continue de poser problème et de faire parler de lui. La prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme a fait l’objet de plusieurs recherches. Néanmoins, d’après les informations que j’ai pu trouver, la plupart d’entre elles sont plutôt d’ordre général, pas ciblées spécifiquement sur le contexte scolaire, encore moins sur l’école primaire. De plus, les données récoltées sont souvent de type quantitatif. Bien qu’étant nécessaires, j’aimerais pour ma part centrer ma recherche sur la prévention à l’école primaire à Genève, et m’intéresser à l’autre versant, autrement dit, à la récolte de données

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plus qualitatives. La recherche dans ce domaine est suffisamment avancée pour me permettre de mener à bien ce mémoire, d’avoir suffisamment d’informations et d’outils, mais elle n’est cependant pas exhaustive, encore incomplète, ce qui justifie pour moi la pertinence de cette recherche.

Je vais donc effectuer un mémoire de recherche empirique, étant donné que j’aimerais approfondir une problématique et tenter de répondre à certaines questions pour faire avancer la recherche dans la question de la prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme à l’école primaire. Pour ce faire, je vais dans un premier temps inspecter les recherches déjà menées sur ce sujet ou sur une thématique proche, lire des ouvrages spécialisés dans le domaine dont il est question ici afin de mieux cerner le sujet, de prendre en compte les différents points de vue existants et donc de définir un cadre théorique afin de conduire ce mémoire de la manière la plus appropriée qui soit. Suite à la mise en place de la problématique et de quelques éclaircissements méthodologiques, je récolterai dans un second temps les avis de différents types d’acteurs, tous concernés à leur manière par cette thématique, qui feront finalement l’objet d’une analyse.

Pour finir, je pense que le lecteur l’aura deviné, le choix de cette thématique est également personnel, puisque ce sujet m’intéresse beaucoup et me touche particulièrement. De plus, constatant que peu de choses sont concrètement mises en place à l’école primaire, j’aimerais explorer la question de l’utilité d’une telle prévention et de sa mise en œuvre. C’est donc l’absence d’un contenu d’enseignement et d’éducation qui justifie aussi le choix de cet objet de mémoire. Je me sens concernée par cette cause, et j’aimerais, à ma manière, tenter de faire avancer un tant soi peu la recherche.

(11)

Les multiples lectures effectuées concernant la prévention de l’alcoolisme et la toxicomanie chez les adolescents m’ont beaucoup apporté. Elles ont la plupart du temps confirmé certaines connaissances de base et représentations issues du sens commun. Toutefois, ces ouvrages m’ont également ouvert les yeux sur des concepts me semblant évidents, qui se sont avérés souvent bien plus complexes, notamment dans les essais de définition de l’alcoolisme. Ce chapitre fait état de ces spécificités, et propose un éclairage par différents auteurs et mon propre regard qui s’en est dégagé sur les concepts traités dans ce mémoire, à savoir, l’alcoolisme et la prévention.

1. Alcool, abus d’alcool et alcoolisme : définitions, usage et représentations sociales

1

1. . Q Qu u’ ’e es s t- t -c c e e q qu ue e l l’ ’a al lc co oo ol l ? ?

L’alcool contenu dans les boissons alcoolisées, ou éthanol, est une substance psychotrope issue de la fermentation ou de la distillation, qui agit sur le système nerveux et la structure mentale d’un individu. Il est facile de le définir concrètement, mais nous verrons qu’il implique plusieurs enjeux bien plus complexes. Ehrenberg (1995) signale une des spécificités de l’alcool : "L’alcoolisme est un aspect de la consommation de l’alcool. On distingue usage, abus et dépendance" (p.37). La consommation d’alcool varie selon les personnes et les occasions, elle n’est donc pas à associer systématiquement à une forme d’alcoolisme. On peut boire de l’alcool à dose raisonnable, sans engendrer de conséquences sur sa santé.

Il existe différents types d’alcools. Caballero (1989) relève que "tous les alcools n’ont pas le même statut" (p. 44). L’auteur distingue ainsi l’absinthe qui fait partie des drogues intermédiaires dures (niveau inférieur aux drogues dures) au même titre par exemple que les amphétamines et le LSD ; l’alcool de distillation (spiritueux et apéritifs) compris dans les drogues intermédiaires douces comme l’opium, le haschich et le tabac; et finalement l’alcool de fermentation tels que le vin et la bière considérés comme une drogue douce, de même que le cannabis ou encore les champignons hallucinogènes.

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Caballero n’est pas le seul à inclure l’alcool parmi les drogues. Cela me semble justifiable puisque cette substance, selon le type, est associée à d’autres produits considérés comme une drogue sur le plan du niveau d’impact et de l’intensité des effets.

D’un autre côté, Ehrenberg (1995) pose la question suivante : "comment se fait-il que des produits fort hétérogènes, aux effets si divers sur le système nerveux central et aux risques de pharmacodépendance si variables, aient été subsumés sous la même appellation négative de ‘drogue’ ?" (p.35). Outre la différence que l’alcool, contrairement à la plupart des drogues, soit un produit licite et tende par conséquent à être banalisé – en Suisse et dans bon nombre de pays – ce dernier n’a pas du tout la même symbolique que la drogue telle qu’on l’entend dans le sens commun, c’est-à-dire des drogues dures. A ce propos, Ehrenberg (1995) distingue l’ "alcool public" de la

"drogue privée" (p.42), qui ne s’opèrent donc pas dans un même contexte et fonctionnement social. "L’usage des drogues pose un problème en soi, tandis que pour l’alcool, seul l’abus en est un" (p.42). Je reviendrai sur cette distinction au point II.1.3 à propos des abus et de la dépendance.

Il me semble enfin nécessaire de rappeler les effets tant positifs que négatifs que peut engendrer la consommation de boissons alcoolisées. Pour cela je souhaite me référer à Chabrol (1995), qui propose une liste relativement complète. Sur les aspects plaisants il relève : "sentiment de bien-être, euphorie, […] modification agréable de l’humeur, sentiment d’apaisement par réduction de l’anxiété et des tensions, sentiment de désinhibition et de puissance, impression d’augmentation des capacités physiques ou intellectuelles, impression plaisante de dépersonnalisation, modification des perceptions sensorielles et du comportement avec une hyperactivité, facilitation de la communication" (p.32-33). Les effets déplaisants quant à eux sont : "une dysphorie, une torpeur désagréable, un sentiment d’inhibition, une impression pénible de dépersonnalisation, un sentiment d’emprise et de perte de contrôle, un état de tension et de nervosité" (p.33).

2. 2 . L Le es s u us sa ag ge es s s so oc ci ia au ux x d de e l l’ ’a al lc co oo ol l

L’alcool socialise-t-il ? Enferme-t-il ? Cela dépend-il du contexte, de la quantité et du type d’alcool consommé ? Le vin a-t-il la même symbolique que le whisky, la vodka ou même la bière ? Cela dépend-il de la culture, du milieu ? Voici quelques unes des premières questions qui me sont venues en m’interrogeant sur les usages de l’alcool

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dans la société. Pour chercher quelques éléments ou pistes de réponses et complexifier cet aspect, je vais présenter certaines idées d’auteurs qui m’ont interpellées.

Si l’on se penche un peu sur le passé, Mayer, dans son ouvrage Alcool, alcoolisme et lutte antialcoolique : évocation historique (1993) explique que l’alcool, à commencer par le vin, semble exister depuis des millénaires. Une multitude de textes s’agissant de l’Egypte ancienne en 3000 avant J.-C., de l’Ancien Testament, en passant par la Grèce antique jusqu’au Moyen Age et à l’après Renaissance – pour ne citer que ça – témoignent que de tout temps, l’alcool a parfois été consommé sans modération.

Néanmoins, sa consommation abusive était majoritairement réservée aux grandes occasions.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’alcoolisme, véritable plaie sociale, est né : avec l’émergence de l’ère industrielle, la classe ouvrière fait son apparition, entraînant avec elle son lot de misère et de souffrances, liées à l’insalubrité des conditions de travail , d’hygiène de vie. Dès lors, l’excès d’alcool se répand largement à travers la société, touchant en premier lieu les classes défavorisées puis, peu à peu, toutes les couches sociales" (p.3)

Ehrenberg (1995) quant à lui vient nuancer cette explication des raisons de la naissance de l’alcoolisme que j’ai retrouvée à plusieurs reprises.

Dans la genèse de l’alcoolisme français, l’augmentation formidable de la consommation est moins le résultat, comme le laisse entendre la rhétorique canonique, d’une détresse que l’on s’efforce d’oublier, que celui d’une sociabilité qui s’accroît en même temps qu’un alcool différent du vin qui se diffuse : l’alcool distillé. (p.48).

L’importante production et distribution d’alcool distillé liées aux progrès industriels va donc changer comme l’explique Ehrenberg l’usage et le statut de l’alcool, passant "du vin de messe", puis à "l’intersection entre aliment et psychotrope" pour que finalement la propagation de l’alcool distillé fasse "sortir l’alcool de l’alimentation" (p.48).

Désormais, l’alcool connaît plusieurs usages. Il "sert à la fois le sacré et la dérision, le travail et la fête, le rituel social et les transgressions" (Monjauze, 2000, p.13). Il rythme pour certains les grandes occasions, pour d’autres le quotidien. Qu’en est-il du contexte social de son usage ? Mes représentations communes me font penser qu’une consommation « ordinaire » d’alcool s’opère toujours en groupe, tandis qu’une forme

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d’alcoolisme se caractérise par une consommation excessive en groupe mais aussi en solitaire. La distinction entre alcool et drogue (dure) relevée déjà auparavant permet de faire ressortir clairement la singularité de l’alcool. C’est ce qu’Ehrenberg (1995) décrit :

"Dépossession de soi-même ou recherche d’une plus grande maîtrise, la drogue est un raccourci vers le for intérieur. L’alcoolisme, à l’inverse, apparaît comme un raccourci pour la communication avec l’autre" (p. 48), idée partagée par Monjauze (2000).

Il me paraît important de préciser qu’une consommation d’alcool peut être la première étape d’une escalade vers des produits toujours plus forts. Chabrol (1995) dit ainsi :

Les études longitudinales montrent que, dans la plupart des cas, l’engagement dans la toxicomanie suit une séquence habituelle : l’emploi des drogues licites précède celui des drogues illicites. La consommation de toxiques commence par le vin et la bière puis passe au tabac et aux alcools forts, suivis du haschich puis des autres drogues illicites (p.58) .

Toutefois, je pense que cela ne signifie pas pour autant que toute personne passera forcément du cap des drogues licites à celle des drogues illicites ou drogues dures.

Selon Mayer (1993), "boire est une solution avant de constituer un problème" (p.3). Sur cette difficulté de déterminer une temporalité entre les problèmes et l’alcool, Chabrol (1995) a posé un constat qui m’a interpellée : "L’usage de toxiques peut entraîner le désordre psychiatrique ou en être la conséquence, ou l’un et l’autre peuvent être liés à des déterminismes communs […]" (p.44). De même que durant cette formation en licence mention enseignement la question de la relation et de la co-responsabilité entre échec scolaire et troubles du comportement des élèves s’est souvent posée, il en est de même pour la relation entre une consommation d’alcool problématique et certains troubles. Quel fait entraîne-t-il l’autre ? Quelle est la cause et quelle est la conséquence ? Il se peut que l’alcool en soit la cause, ou qu’au contraire les troubles soient à l’origine d’une consommation d’alcool venant soulager la souffrance du sujet.

Les troubles liés à l’alcool figurent dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM IV, Masson, traduit par Guelfi, 1996). A propos des usages sociaux de cette substance, on y distingue des différences selon la culture, le sexe, et l’âge, et on marque leur importance et leur influence sur la consommation d’alcool.

Les traditions culturelles relatives à la consommation d’alcool dans les réunions familiales, religieuses et sociales, spécialement pendant l’enfance,

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peuvent affecter à la fois les modes d’utilisation de l’alcool et la probabilité que des problèmes liés à l’alcool se développent. Des différences notables caractérisent la quantité, la fréquence et les modalités de la consommation d’alcool selon les pays" (p.237).

Le DSM IV explique que les abus et la dépendance à l’alcool sont bien plus marqués chez l’homme que chez la femme, "avec un rapport hommes-femmes qui peut atteindre 5 :1" (p.237).

Il me semble important de parler quelque peu des usages sociaux de l’alcool chez les adolescents, puisque c’est à eux que je m’intéresse particulièrement dans ce projet de recherche, et que leur consommation diffère de celle des adultes. Le DSM IV dit à ce sujet : "Parmi les adolescents, les Troubles des conduites et des comportements antisociaux répétés, sont souvent concomitants de l’Abus et de la Dépendance alcoolique, et d’autres Troubles liés à une substance" (p.237). "Les adolescents boivent en général pour ressentir l’ivresse" (Forney et coll., 1988 ; Myers et Andersen, 1991, cités par Chabrol, 1995, p.36). Chabrol ajoute que "L’alcoolisation toxicomaniaque marquée par la recherche réitérée de l’ivresse est rarement solitaire et reste habituellement un comportement de groupe : ‘On ne boit pas seulement à l’occasion d’une rencontre, on se rencontre aussi pour boire’" (Choquet et coll., 1990, cité par Chabrol, 1995, p.36). Les prémisses d’un alcoolisme peuvent par conséquent tout à fait se développer durant l’adolescence, car bien que l’usage reste occasionnel, s’il est excessif il entraîne de possibles risques.

Concernant les raisons qui peuvent pousser un jeune à boire, Chabrol (1995) encore, qui s’est intéressé particulièrement à cette population, évoque que :

Le déterminisme de l’usage de toxiques des adolescents résulte de l’intervention de multiples facteurs […] L’usage de toxiques se développe à la rencontre d’une pression sociale et d’une problématique personnelle : les troubles du développement de l’adolescent, les dysfonctions familiales et les difficultés d’adaptation sociale et scolaire peuvent y contribuer dans des proportions variables (p.5).

Il précise quelques lignes plus loin que ces facteurs sont de type sociaux, familiaux, psychologiques et biologiques. Par conséquent, il y aurait donc certaines conditions ou plutôt certains risques qui pousseraient plus certains adolescents que d’autres à boire de

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l’alcool, et à entretenir un rapport problématique avec celui-ci.

On peut ajouter à cela un autre type de raison : "Faire comme les autres, le verre ou la canette à la main, est considéré comme un signe d’intégration sociale, d’entrée dans la vie adulte mais aussi de reconnaissance de ses pairs" (Tiliard, 1997, cité par Ferréol, 1999, p.16). Puis, citant Chapuis (1989) et Gomez (1993) l’auteur ajoute:

Au-delà du plaisir et de l’aspect festif, il est fait état d’un ‘désir d’évasion’, d’une ‘opposition aux aînés’ et d’un ‘dépassement de ses propres limites’.

L’adolescent en quête d’identité, peu sûr de lui et préoccupé par son avenir, cherche de la sorte un début d’affirmation (p.16).

Les facteurs évoqués ici ne me poussent que davantage à penser qu’une intervention préventive avant l’adolescence, et donc en fin d’école primaire, prend tout son sens.

3. 3 . A Ab bu us s d d’ ’a al lc co oo ol l e et t a al lc co oo ol li is sm me e : : v ve er rs s u un ne e d éf fi in ni it ti io on n

Le titre de mon mémoire, « La prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme à l’école primaire », traduit cette distinction qu’il m’a paru primordial d’établir entre abus d’alcool et alcoolisme, qui n’ont je pense pas exactement la même signification, ni les mêmes enjeux. Nombreuses sont les définitions que j’ai pu trouver de l’alcoolisme.

Plus rares sont celles qui décrivent à partir de quand on parle d’abus d’alcool. Où est la frontière entre un usage dit normal, une consommation abusive, et une dépendance à l’alcool ? Quels sont les indicateurs ? Comment bascule-t-on de l’usage à l’abus, et de l’abus à la dépendance ?

Il existe des questionnaires tels que le CAGE, le MAST et l’AUDIT que l’on peut faire passer à une personne, et qui, par un système de comptage de réponses ou de points permet de déceler son type de rapport à l’alcool et si problème il y a ou non. Toutefois, il me semble difficile d’identifier où se situe la phase « abus d’alcool ». Accietto (2003), a consacré sa thèse en faculté de Médecine, La validation d’une version française du questionnaire A.U.D.I.T. "Alcohol Use Identification Test"sur ces tests (cf. annexe 4). Il dit à propos du test AUDIT : "Ce questionnaire permet de façon intéressante de faire la distinction entre les consommateurs à risque et les alcoolodépendants selon DSM IV et ICD 10 (59)". Après un questionnement sur l’efficacité et la validité des trois tests que j’ai précédemment nommés, l’auteur conclut :

Alors que le CAGE et le MAST étaient plutôt utilisés jusqu'alors dans le

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repérage de cas a priori déjà ‘suspects’ (case-finding), le questionnaire AUDIT permettra de s'inscrire dans une démarche de détection de facteurs de risques.

[…] le repérage conduira plutôt à une intervention de type éducationnel voire de promotion de la santé qu'à référer le patient à un traitement spécialisé formel.

Le questionnaire AUDIT, élaboré par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), semble donc constituer un outil possiblement utilisable chez les jeunes afin d’évaluer leur consommation d’alcool, pour autant que cela s’avère réellement utile et que les jeunes se prêtent au jeu en donnant des réponses sincères, ce qui est loin d’être évident au regard du thème des questions. Bien entendu, ces tests ne sont qu’un premier pas, ils n’apportent qu’une réponse concrète sur laquelle il semblerait qu’on puisse se fier, mais n’évoquent pas en profondeur de quelle nature est le problème et si problème de consommation il y a.

Selon le DSM IV (1996), "La Dépendance et l’Abus alcoolique sont parmi les troubles mentaux les plus fréquents dans la population générale" (p. 238). Dans cet ouvrage, on s’attache à définir la distinction et le passage entre abus et dépendance, d’une manière généralisée aux diverses substances, avec toutefois quelques particularités pour ce qui concerne l’alcool. On énonce toute une série d’effets néfastes ou de situations possibles dus à l’abus d’alcool. Citons par exemple : "des absences liées à l’alcool peuvent se produire à l’école ou au travail" ou encore : "la personne peut utiliser l’alcool dans des circonstances physiquement dangereuses" (p.231). "Enfin, les sujets ayant un Abus d’alcool peuvent continuer à en consommer bien qu’ils sachent qu’une poursuite de la consommation leur pose des problèmes sociaux ou interpersonnels significatifs"

(p.231). Les abus d’alcool se traduisent donc déjà par une entrée dans une phase de risques, d’exposition à des dangers et de problèmes.

Quelle différence alors avec la dépendance ? Outre l’aspect comportemental, cette dernière se marque plus par l’entrée physiologique : "Quand ces problèmes sont accompagnés par des arguments en faveur d’une tolérance, d’un sevrage ou d’un comportement compulsif liés à l’utilisation d’alcool, un diagnostic de Dépendance, plutôt que d’Abus d’alcool doit être envisagé" (p.231). Le terme diagnostic renvoie à l’évaluation d’un individu. Il semblerait donc que, bien que divers indicateurs permettent de déceler une phase d’abus d’alcool ou de dépendance, le constat s’établit

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au cas par cas.

Dans la définition générale du DSM IV (1996) sur la dépendance à une substance, on explique qu’elle "est définie comme l’apparition d’au moins trois des symptômes ci- dessous à un moment quelconque au cours d’une période continue de 12 mois" (p.210).

Le premier symptôme est la tolérance, qui signifie le fait de s’accoutumer peu à peu à l’alcool et de devoir par conséquent augmenter progressivement les doses afin de continuer à ressentir ses effets. Le second symptôme est le sevrage, qui quant à lui "est une modification comportementale inadaptée avec des concomitants physiologiques et cognitifs se produisant quand diminuent les concentrations sanguines ou tissulaires d’une substance à la suite d’une utilisation massive et prolongée" (p. 210). On explique bien cependant dans le DSM IV que "Ni la tolérance ni le sevrage ne sont nécessaires ou suffisants pour le diagnostic de dépendance à une substance" (p.210). Cinq autres symptômes (donc 7 critères au total) possibles figurent dans la liste, tous attachés à un

"mode d’utilisation compulsive" (p. 210), portant sur : une augmentation des quantités d’alcool ingérées (symptôme 3), une volonté et/ou des tentatives d’arrêter ou de maîtriser sa consommation (symptôme 4), un temps considérable consacré à la recherche ou l’usage de la substance (symptôme 5), une diminution ou un renoncement à diverses activités, un éloignement de la famille au profit d’un usage en solitaire ou d’une fréquentation de personnes qui boivent de l’alcool (symptôme 6) ou encore une difficulté à contrôler ou cesser sa consommation d’alcool malgré la prise de conscience d’un problème (symptôme 7).

Selon Chabrol (1995), on distingue 4 étapes du processus toxicomaniaque : 1. l’expérimentation, l’usage socialisé

2. l’utilisation occasionnelle et récréative

3. l’usage régulier, la recherche d’euphorie devient une préoccupation envahissante, la tolérance se développe, le fonctionnement psychosocial se détériore, des conduites antisociales peuvent apparaître

4. usage quotidien, perte de contrôle de l’utilisation du toxique, de la recherche d’euphorie on passe à la recherche de réduction de l’impression de malaise (p. 61-62).

Au regard de mes différentes lectures et du DSM IV, je pense qu’on peut considérer la première étape comme l’usage « normal » de l’alcool, que les abus d’alcool surviennent

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après la seconde mais avant la troisième étape, donc à cheval entre les deux. On peut parler de début d’alcoolisme à l’étape 3, où l’aspect jovial et sociable de l’alcool s’estompe peu à peu et les conséquences sur la santé commencent à se faire sentir, et de dépendance avérée à l’alcool pour l’étape 4, où la substance devient l’objet d’une obsession.

Les abus d’alcool peuvent être occasionnels, ils sont marqués par la recherche d’une ivresse passagère, le temps d’une soirée. Lorsqu’ils deviennent plus réguliers, on peut selon moi considérer que le basculement vers une forme d’alcoolisme n’est pas très loin.

Les critères propres à l’alcoolisme en revanche sont plus évidents. Déjà à la fin du XIXème siècle, Denis (1906) parlait de l’alcoolisme comme une maladie à double tranchant :

L’alcoolisme est l’intoxication du corps par l’alcool et par les boissons alcooliques ; c’est une maladie individuelle. Le mot alcoolisme désigne aussi les funestes habitudes de boire, avec toutes leurs terribles conséquences pour la famille et pour la société ; c’est un fléau de la société, c’est une maladie sociale » (p.88).

La manière dont l’auteur dépeint tout au long de son Manuel d’enseignement antialcoolique les méfaits absolus de l’alcool m’amène à penser que Denis porte peut- être un certain jugement de valeur quand au terme de « maladie sociale » qui est un mot fort. L’alcoolique, outre les conséquences néfastes sur sa propre santé et sur sa vie au sens général, sur des proches, causerait également beaucoup de tort à la société.

Ehrenberg (1995) à propos des personnes alcooliques donne une définition tout en subtilité qui relève une fois de plus ce lien indissociable entre alcool et drogue pourtant différents : "L’ivrogne est celui qui, cherchant l’ivresse sans le lien social, se drogue à l’alcool" (p.52). Je partage cette proposition tout à fait intéressante. Cela dit, je pense que l’alcoolisme peut également prendre place en collectif, on peut être alcoolique et s’alcooliser en groupe avec d’autres personnes en état d’ébriété.

Comme l’explique Chabrol (1995), "La consommation abusive et fréquente d’alcool engendre chez le sujet une dépendance psychique et physique". L’auteur propose la définition de ces deux types de dépendances suivante :

Dépendance psychique : Désir impérieux de répéter la consommation du

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toxique pour éprouver un état mental agréable ou pour dissiper un sentiment de malaise.

Dépendance physique : État d’adaptation somatique à la drogue, marqué par le développement d’une tolérance et l’apparition de symptômes physiques de sevrage (p.7-8).

J’aimerais faire un détour sur les différents termes pour désigner une personne alcoolique. Le terme ivrogne évoque un aspect plutôt grossier et péjoratif. On utilise le plus souvent l’appellation « alcoolique », étant la plus commune et populaire. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit dénuée de connotations. C’est pourquoi certains experts lui préfèrent le mot « alcoolodépendant », plus scientifique, plus neutre, n’évoquant pas de jugement particulier. J’aimerais à ce sujet rajouter que Mme Praplan, cheffe de projet d’Addiction Info Suisse, m’a suggéré au début de notre entretien de remplacer le mot « alcoolisme » du titre de mon mémoire par « alcoolodépendance » précisément pour ces raisons-là. Je dois avouer avoir longuement hésité, et si j’ai finalement pris la décision de maintenir le terme d’ « alcoolisme » ce n’est bien entendu pas pour les préjugés qu’il invoque dans le sens commun, mais parce qu’il parle à tout un chacun, pour rendre sa place à l’alcoolisme, qui, qu’on veuille bien l’accepter ou non existe bel et bien, et contre lequel je suis intimement convaincue qu’il faut lutter.

Une autre particularité de l’alcoolisme, c’est qu’on le désigne comme une maladie, sans pour autant lui attribuer tout ce qui caractérise la maladie. Un malade guérit, un toxicomane se soigne, mais un alcoolique, bien qu’il parvienne à cesser toute consommation d’alcool, est appelé « alcoolique abstinent ». Le terme alcoolique reste, faisant ainsi qu’un alcoolique le demeure toute sa vie, même s’il est abstinent.

L’alcoolisme serait-il donc une maladie dont on ne peut jamais guérir ? C’est dire la gravité, les ravages qu’il cause, et les représentations qu’on en a.

4 4. . Q Qu ue el l e es st t l l’ ’i im mp pa ac ct t s su ur r l le e s s p pr ro oc c he h es s d d’ ’a al lc co oo ol li iq qu ue es s ? ?

Addiction Info Suisse (2006), qui porte beaucoup d’attention aux proches de personnes alcooliques et plus particulièrement aux enfants est univoque :

Les personnes qui vivent dans l’entourage très proche d’une personne dépendante de l’alcool sont particulièrement affectées par le problème. Leur vie quotidienne en est souvent bouleversée aussi bien d’un point de vue

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pratique et matériel qu’affectif et relationnel. La souffrance est même parfois si importante que l’entourage en devient malade à son tour.

Il y a donc des répercussions, qui peuvent s’avérer plus ou moins graves selon la situation.

La conséquence la plus extrême est peut-être qu’un enfant de parent alcoolodépendant devienne lui-même alcoolique par la suite. Addiction Info Suisse (2004) estime que cette probabilité est six fois plus élevée pour ces enfants que pour ceux qui ne sont pas touchés par le problème d’alcoolisme au sein de leur famille proche. Chabrol (1995) citant Jesse (1989) explique à ce propos :

Les perturbations des familles addictives peuvent conduire à la consommation de toxique par les enfants par les troubles du développement qu’elles induisent mais aussi par un mécanisme spécifique d’apprentissage social : "exposés à l’abus de toxique quotidien, ils peuvent en venir à compter sur les pratiques addictives plutôt que sur les autres pour soutenir un moi vide et solitaire" (p.82).

Le grand nombre d’enfants tombant à leur tour dans une dépendance à l’alcool a amené des chercheurs à se demander si, hormis les facteurs de déséquilibre, de troubles, d’un manque de repères ou de modèle, il y aurait également une hérédité en jeu. "Bien que l’alcoologie ne puisse prendre position sur le caractère héréditaire de la maladie, toutes les recherches s’accordent à montrer qu’un très grand nombre d’alcooliques (70 à 90%) ont un ou deux parents alcooliques" explique Monjauze (2000, p. 51). Chabrol (1995), lui, dit qu’ "une hétérogénéité de transmission génétique a été constatée suggérant l’existence de formes d’alcoolisme qui pourraient être au moins modérément transmissibles héréditairement" (p.83).

Jusqu’à présent, rien ne semble encore prouver concrètement l’existence d’un caractère héréditaire, et les chiffres en terme d’enfants de parent alcoolique qui le deviennent eux-mêmes varient. Néanmoins, le simple fait de constater qu’ils sont exposés à plus de risques encore que les autres enfants justifie pour moi la nécessité d’intervenir pour tous, et encore plus pour eux, sans pour autant signifier une différence dans la prévention.

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2. Prévention : définition et principes de base

1 1. . Q Qu u’ ’e es st t- -c ce e q qu ue e l la a p pr év v en e nt ti io on n ? ?

On peut lire sur le site d’Addiction Info Suisse cette définition : "La prévention désigne toutes les activités développées par une personne pour éviter et empêcher l’apparition d’une maladie". Mes premières représentations rejoignent cette définition, en apportant toutefois un bémol quant au terme « maladie », qui est je pense trop restrictif et auquel on pourrait ajouter « problème ». Prévenir évoque chez moi le fait d’agir avant, d’empêcher le danger d’arriver, avec ce fameux dicton qui résonne dans mon esprit:

"Mieux vaut prévenir que guérir". Ma conception s’est retrouvée bousculée suite à plusieurs lectures dans lesquelles on distingue trois types de prévention (tous les auteurs concernés s’accordent sur les termes choisis et les définitions sont plus ou moins semblables mais comportent tout de même certaines nuances). Voici les définitions que je propose, fondées sur la base des différentes définitions de plusieurs auteurs :

La prévention primaire

La prévention primaire s’approche de la définition que le sens commun attribue au terme « prévention ». Il s’agit bien là de mettre en place des dispositifs d’information et de sensibilisation dans le but d’empêcher toute entrée dans un terrain à risque, ou

"l’entrée dans un désordre" comme l’appelle Bergeret (1991, p.15). Dans le cas présent, la prévention primaire prend place afin de retarder la première consommation d’alcool des enfants et/ou adolescents. Le même auteur explique que pour ce faire, il faut

"déterminer le plus tôt possible quels sont les facteurs de risques présents chez tel ou tel enfant ou adolescent" (p. 16). Chabrol (2005) citant Miller et coll. (1990) explique que :

"Les auteurs considèrent que les dernières années d’école primaire où se conditionnent les attitudes prédisposant à la consommation d’alcool pourraient être un moment privilégié pour les efforts de prévention" (p.91).

La prévention secondaire

Cette dernière s’inscrit à autre niveau, qui varie selon les auteurs. Pour certains, ce type de prévention concerne le moment où une personne commence à consommer de l’alcool et présente déjà certains effets d’accoutumance : "la prévention secondaire s’efforce de déceler les cas à un stade précoce et de les traiter avant que les complications graves n’entraînent une incapacité" (Grant & Hodgson, 1992, p.32).

D’autres auteurs pensent qu’elle intervient au moment où une personne est déjà

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considérée comme dépendante : "traiter une toxicomanie avérée pour éviter au sujet de demeurer dans la dépendance et de développer des complications" (Bergeret, 1991, p.

16). La prévention secondaire semble donc recouvrir plusieurs étapes, penchant plutôt d’un côté ou de l’autre selon les auteurs qui ne sont pas unanimes. L’objectif poursuivi est alors dans le premier cas d’éviter que la personne tombe dans une dépendance avérée, et dans le second cas de l’aider à sortir de sa dépendance et à ne pas aggraver sa situation.

La prévention tertiaire

Enfin, le troisième type de prévention prend place dans une phase encore plus avancée temporellement, c’est-à-dire, lorsqu’une personne anciennement alcoolique est amenée à retrouver et à se forger une place au sein de la société. On peut ajouter à cela le fait d’éviter également une rechute. Uehlinger (1998) parle alors de "prévention de la récidive" (p.785).

Ces trois formes de prévention bien différentes se distinguent donc selon le rapport temporel et l’état d’avancement de la dépendance. Morel (1989) synthétise bien ces trois temps : "Prévenir, c’est intervenir avant, avant le premier usage, avant les complications, avant une rechute" (p.20).

Contrairement à mes premières impressions, le caractère anticipatoire de la prévention primaire n’est donc pas généralisable à toute forme de prévention. Il est cependant précisément l’aspect qui m’intéresse dans cette recherche, étant donné que la question d’une prévention à l’école primaire vise un public d’enfants, de préadolescents, qui, on peut le supposer, ne se trouvent pas encore dans une consommation d’alcool.

La lecture d’un des ouvrages d’Ehrenberg (1995) m’a permis de me rappeler qu’il faut être conscient que la prévention suggère des choix, qui ne sont pas forcément pris par les principaux intéressés. Il pose ainsi : "la question des limites à la libre disposition de soi et, à l’inverse, celle des contrôles publics de la vie privée se posent partout" (p.155).

La prévention peut se faire sous des angles d’approche multiples. Bachmann &

Karsenti (1996) proposent une typologie de pédagogies préventives et une typologie d’acteurs à partir de l’étude de douze actions menées en France dans des établissements du second degré (auprès d’adolescents).

(24)

La première typologie relève cinq types de pédagogies préventives : "l’approche directement centrée sur les toxicomanies" qui se veut plutôt dissuasive en faisant peur, en impressionnant ; "l’approche visant à modifier l’environnement immédiat", par la mobilisation de plusieurs intervenants au sein de l’établissement scolaire, le repérage des besoins des jeunes et la mise en place d’activités ludiques; "l’approche indirecte"

qui souhaite sensibiliser également les adultes face à leur propre rapport à l’alcool ;

"l’approche orientée vers le sujet " qui aborde "les aspects psychologiques, émotionnels, affectifs, comportementaux ", et donc se centre surtout sur le renforcement des compétences personnelles ; enfin, "l’approche santé globale et déspécialisée" qui se veut comme son nom l’indique plus large, abordant divers aspects en lien avec la santé, et non seulement l’usage de drogues en particulier. Notons qu’une démarche préventive peut inclure plusieurs de ces typologies. Il semblerait que l’efficacité de chacune dépende du contexte d’application, de l’implication et d’autres facteurs, ne permettant donc pas de valider ou de rejeter une fois pour toute une approche.

La seconde typologie liste cinq différents intervenants possibles dans les établissements du secondaire (correspondant à Genève au cycle d’orientation et aux écoles supérieures), que l’on peut facilement retrouver également dans le système scolaire genevois sous d’autres appellations parfois, mais qui diffèrent quelque peu de ceux de l’école primaire : infirmière, médecin scolaire ; assistante sociale ; équipe de direction ; conseiller principal d’éducation ; enseignant.

Une troisième entrée concerne celle des lieux dans lesquels la prévention peut se dérouler: école, maison de quartier, famille, rue, etc.

On trouve sur l’ancien site Internet d’Addiction Info Suisse un tableau à double entrée faisant état de deux critères sur les types de prévention primaire des dépendances : la prévention centrée sur l’individu ou structurelle, et la prévention spécifique ou non des dépendances.

Prévention spécifique des dépendances

Prévention non-spécifique des dépendances

Prévention centrée sur l’individu

-information et renseignements -conseils

-intervention précoce et réduction des risques

-amélioration des compétences personnelles

-renforcement de la personnalité

Prévention structurelle

-interdictions et règlements -mesures de protection de la

jeunesse

-limitations de l’accessibilité -restrictions de la publicité et

politique des prix

-mise sur pied de conditions de vie meilleures et possibilités de développement personnel

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Addiction Info Suisse semble penser que la prévention spécifique et non-spécifique des dépendances devraient coexister : "Pour amener les gens à faire des choix favorables à la santé, il faut bien entendu les informer, mais aussi leur permettre de développer leurs capacités de surmonter des conflits, de supporter des frustrations, de communiquer, de renforcer leur confiance en eux-mêmes et en leurs ressources". Plusieurs types de contenus peuvent donc être travaillés simultanément. Dans cette logique, on peut émettre l’hypothèse qu’Addiction Info Suisse considère également que la prévention devrait être à la fois centrée sur l’individu et structurelle.

La case que j’ai surlignée en vert représente la prévention dominante telle que je la perçois à ce stade-là dans le domaine scolaire : plus centrée sur l’individu, et spécifique à la dépendance à l’alcool. C’est donc sur ces deux aspects particuliers que j’aimerais me centrer. Néanmoins, la case jaune peut être intéressante pour les entretiens que je mènerai avec des enseignants (cf. Méthodologie IV), qui pourraient travailler à ce niveau là. Enfin, la case que j’ai surlignée en bleu fera probablement aussi l’objet d’une conversation avec les représentantes d’Addiction Info Suisse et de la FEGPA, ainsi qu’avec l’infirmière scolaire.

2

2. . Q Qu ue el lq qu ue es s p pr r in i nc ci ip pe es s d de e b ba as se e e e t t p pi is st te es s d de e d ép pa ar rt t

Je pense qu’on peut tirer parti des expériences passées en matière de prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme afin de retenir quelques pièges à éviter ou quelques pistes ayant déjà fait leurs preuves. Il me semble difficile et inapproprié de faire état ici de toutes les expériences relatées dans mes différentes lectures. C’est pourquoi je choisirai certaines actions qui ont particulièrement retenu mon attention, pour leurs défauts ou au contraire leurs apports.

Je souhaiterais commencer par parler du Manuel d’enseignement antialcoolique de Denis, destiné aux élèves de fin d’école primaire, datant de 1906. Tout au long de ce livre, l’auteur montre sur tous les aspects que l’alcool est foncièrement mauvais, qu’il n’est au final que mal : sur la santé, la société, la famille, le travail et l’économie. Il diabolise totalement l’alcool, si bien que je me suis demandée si cela ne risquait pas de produire un effet contraire, par esprit de rébellion ou de refus de l’autorité et du prescrit.

Il décrit avec beaucoup de détails et sans mensonge aucun tous les effets possibles sur la santé, d’un point de vue scientifique, s’appuyant sur diverses sciences telle que la

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chimie et la biologie, mais avec en plus des adjectifs qualificatifs, des avertissements, et un donc un parti pris clairement annoncé. J’ai ressenti que son but était de faire peur pour dissuader. Sur l’alcool il donne des informations ; sur l’alcoolisme il donne ses représentations qui ne semblent pas toujours fondées. Il me paraît évident que l’ouvrage de Denis est parti d’une bonne intention, de protéger, d’avertir les enfants des dangers qu’ils pourraient encourir en consommant de l’alcool. Je doute cependant de la manière dont il s’y est pris, et il n’est pas le seul à avoir entrepris une démarche de ce type.

Morel (1989) rappelle une chose essentielle : la prévention de la toxicomanie, et plus précisément de l’alcoolisme, peut être de deux formes très distinctes. La première, par l’information et un côté moralisateur tend à "stigmatiser, criminaliser, interdire et punir", alors que le deuxième courant vise à "accueillir et socialiser" (p.21). L’une veut empêcher la consommation d’alcool en faisant peur, l’autre prône la compréhension et le dialogue.

Il y a donc deux informations, l’une (la seconde) qui passe sous réserve de certaines mises en garde, et l’autre (la première) pas. En effet, plusieurs recherches ont démontré que l’approche visant à interdire, à effrayer, presque même à menacer ne porte pas ses fruits. Par conséquent, c’est bien évidemment dans le deuxième type d’information dont parle Morel que j’envisage une prévention à l’école primaire.

Ce constat d’échec a appelé les chercheurs à trouver une autre manière de prévenir : On assiste aujourd’hui – et dans tous les pays occidentaux – à une transformation du concept de prévention et à une évolution des méthodes utilisées. La culpabilisation et l’intimidation d’autrefois ne sont plus de mises. Grâce aux nouvelles connaissances en matière de psychologie des motivations, elles ont cédé la place à des techniques fondées sur le développement de l’esprit critique, grâce à un raisonnement logique et à partir d’informations objectives (Mayer, 1993, p.36).

Nous verrons au fil de ce mémoire si cette optique qui me semble pertinente est toujours d’actualité, plus de quinze plus après.

Une autre piste que j’ai souhaité retenir est celle de Bergeret (1991) : "Cette étape exploratoire de recherche des facteurs de risques chez un sujet ou groupe de sujets est indispensable avant de se poser la question des remèdes à envisager" (p.17). Autrement dit, pour une prévention utile, efficace et bien située, il est nécessaire de connaître avant la situation, le contexte, d’identifier les besoins des jeunes pour mieux y répondre.

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Concernant la Suisse et Genève, j’ai pu voir au travers de mes lectures de brochures et d’articles sur le site Internet d’Addiction Info Suisse que l’aspect « récolte d’informations sur le terrain » est tout à fait mis en avant. Des enquêtes sont faites, des statistiques sont publiées, il n’y a donc a priori pas d’obstacle de côté-là, le premier pas vers une prévention optimale est déjà lancé.

Enfin, j’aimerais revenir sur une dernière piste, évoquée par Nizzoli et Bertolli (1994) parlant du modèle italien en terme d’éducation à la santé au sein de l’école qui semble bien fonctionner et apporter des résultats positifs. La première idée qui m’a interpellée est celle d’impliquer les parents d’élèves, en leur proposant une formation parallèle.

Ces derniers font partie intégrante des acteurs dans la prévention auprès de leur enfant, et je trouve que c’est une bonne idée que de les faire participer pour non seulement leur donner des outils pour mieux s’en sortir avec ces questions de santé parfois délicates, mais aussi pour former une réelle cohérence avec l’école. C’est d’ailleurs l’objectif évoqué par les auteurs : "créer une entente solidaire avec le corps enseignant et les autres collaborateurs" (p.23). A côté de cela, un ou plusieurs professeurs sont formés, pour désigner un groupe d’experts. J’imagine que ces derniers permettent d’avoir un appui sur lequel se reposer, et que ceux-ci puissent progressivement transmettre leur savoir. Un autre point positif est le fait que des projets distincts aient été mis en place pour l’école supérieure, le collège, l’école primaire et même la maternelle, apportant ainsi une cohérence dans la démarche mais aussi un suivi. Je pense que cette direction commune entre les différentes actions préventives est un pas nécessaire pour que les enfants, les adolescents y trouvent du sens, et qu’un réel message soit porté.

Ce type de projet demande du temps, des efforts, et de l’argent. Je m’intéresserai par ailleurs à voir dans quelle mesure une démarche plus ou moins similaire à celle-ci qui me paraît positive est réalisable à Genève.

(28)

Suite à mes lectures et à une prise de distance critique vis-à-vis de celles-ci, le type de prévention primaire tel que je le conçois poursuit deux objectifs principaux : retarder l’âge de la première consommation d’alcool chez les jeunes, et leur apprendre à connaître les effets et conséquences d’une consommation abusive d’alcool.

La prévention passe selon moi avant tout par l’information, le dialogue, la compréhension du phénomène d’alcoolisme. Il s’agit de rompre le tabou qui se trame autour des abus d’alcool et surtout de l’alcoolisme, afin d’accorder une place aux questions que certains enfants se posent et n’osent pas demander, à leurs éventuelles appréhensions et incompréhensions, et de leur apporter des réponses. De plus, une démarche préventive de ce type peut à mon avis apporter une aide aux enfants de parents alcooliques. L’intention est donc de sensibiliser les enfants aux problèmes de dépendance, de santé et d’accidents de la route que peut amener une consommation abusive d’alcool, en leur offrant un espace de parole. C’est du moins la vision actuelle que j’ai d’une prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme porteuse de sens.

En vue des enjeux évoqués ci-dessus, le problème qui en résulte et fait l’objet de ma recherche de mémoire est la question de l’utilité de mener une telle prévention à l’école primaire, de sa faisabilité, de la distribution des rôles entre différents intervenants, de la manière la plus appropriée de la mener et enfin des obstacles, difficultés et risques encourus par l’acte même de prévention.

En fonction de ce problème, mes questions de recherche sont les suivantes :

Quelle peut être l’utilité ou non de faire de la prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme dès la fin de l’école primaire ? En quoi le fait de commencer la prévention dès l’école primaire peut-il aider à diminuer la consommation abusive d’alcool chez les jeunes ?

Prévenir, le rôle de qui ? Est-ce le rôle de l’école ? Quels sont les différents intervenants et quelle place occupent-ils ?

Quelle prévention pour l’école primaire ? Quel type de prévention devrait-on mettre en place (forme, contenus) ?

Quels sont les obstacles à une démarche préventive de ce type ? Quelles sont les difficultés et contraintes en jeu ?

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1. Choix des sujets

J’ai fait le choix de récolter des données qualitatives plutôt que quantitatives. Cela pose bien entendu quelques inconvénients, tels que le fait de ne pas pouvoir étendre certains propos comme une généralité, en raison du petit nombre de sujets interrogés. Le GAP (2004) précise toutefois que "ces restrictions limitent la possibilité de généraliser, mais n’affectent en rien la fiabilité ou la validité concernant la population-cible" (p.47). J’ai fait le choix pour la partie recherche du mémoire de m’intéresser à quatre types d’acteurs différents, tous en lien avec la question de la prévention des abus d’alcool et de l’alcoolisme. Ce choix est motivé par ma volonté d’avoir une vue d’ensemble la plus complète et réaliste possible. Le peu de temps à disposition me permettra d’interroger un nombre de personnes assez restreint pour chacun des quatre types, mais les entretiens assez approfondis me permettront, je l’espère, d’aller plus loin dans la réflexion et de saisir les éléments importants. La particularité de chaque type de population amènera une dimension supplémentaire, et donc au final, plus de richesse.

Le premier type d’acteurs représente les institutions et associations spécialisées dans la prévention de l’alcoolisme. Il s’agit de la FEGPA et d’Addiction Info Suisse. J’attends de ce type de population, spécialiste dans le domaine, qu’il me donne des informations pour aller plus loin dans la recherche, qu’il m’expose les problèmes en jeu, l’éventuelle difficulté de faire de la prévention, les avantages que cela apporte, qu’il définisse selon lui le rôle de l’école dans la prévention et les types de dispositifs mis en place, ainsi que les projets actuels et futurs.

Le deuxième type de population concerne le Service de santé de la jeunesse (SSJ) qui fait le pont entre l’état et les établissements scolaires. En m’entretenant avec une infirmière scolaire je souhaiterais savoir ce qui est fait dans les écoles en matière de prévention de l’alcoolisme, ce qui est envisagé, pourquoi cette prévention aujourd’hui n’est pas très présente, quelles sont les contraintes, les tensions et difficultés.

Un troisième type de population concerne les enseignants à l’école primaire genevoise.

Ceci devrait me donner des informations sur la prévention de l’alcoolisme telle qu’elle est perçue par des professionnels de l’enseignement. Les visions pourront être diverses, mais

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