LES TECHNIQUES DE CONDITIONNEMENT ET DE COMMERCIALISATION DU MIEL
AU CANADA ET AUX U. S. A.
R. BORNECK R. GAUTHRON, F. GUIRAUTE P. HORGUELIN,
J.
LOUVEAUX A. PEDELUCQJ. LOUVEAUX, Station de Recheyches sur l’Abeille et les Insectes sociaux,
Bures-su l’
- Yvette
(Seine-et-Oise)
SOMMAIRE
Les auteurs, membres d’une mission d’étude envoyée en mars i963au Canada et aux U. S. A .
pour recueillir des
renseignements
d’ordretechnique
etéconomique
sur les méthodes de condition- nement et de commercialisation du miel utilisées en.Amérique
du Nord, présentent lesprincipaux
résultats de leur
enquête.
Ils font tout d’abord lepoint
destechniques
depréparation
du miel pour la vente et décrivent le matériel utilisé dans lesentreprises
visitées, ainsi que les bâtiments où se fait le conditionnement du miel.Après
une étudeéconomique
du fonctionnement descoopératives apicoles,
ils concluent sur lespossibilités
detransposition
au marchéfrançais
du miel des données recueillies.INTRODUCTION
Les difficultés
économiques
rencontrées parl’Apiculture française
au cours deces dernières années ont montré à l’évidence que la
profession apicole
ne pourra surmonter la concurrence des mielsétrangers
que si elleopère
un redressementtechnique
et commercialcomplet.
La création deCoopératives apicoles
dans ungrand
nombre de
régions
au cours des trois ouquatre
dernières annéescorrespond
à cedésir de renouveau et
d’organisation
sur des bases nouvelles de la commercialisation du miel abandonnéejusqu’ici
au hasard de circuitsplus
ou moinscompliqués
etgénéralement
peu satisfaisants pour leproducteur.
Mais si la création de
coopératives apicoles répond
à unbesoin,
la mise aupoint
des modalités de fonctionnement de ces
organismes
demande une étudepréalable
très
poussée.
Lesprincipes
selonlesquels
onpeut envisager
le traitement et la commer-cialisation du miel sous la forme
coopérative
sont connusdepuis
des années et nous avonsdéjà exposé
les uns ou les autres lesgrandes lignes
du processus. I,a miellerieexpérimentale
de l’I. N. R. A. à Montfavet a fait la démonstration concrète depossibilités
offertes par lestechniques
modernes du conditionnement du miel. Il n’en reste pas moins vrai que de nombreux détails du fonctionnement desgrandes
chaînes de conditionnement restaient à mettre au
point ;
il en allait de même pour tout cequi
concerne la commercialisation.C’est donc dans le but
d’épargner
auxcoopérateurs
des erreurs matérielles coûteuses que lesdirigeants
de laprofession apicole
ontentrepris,
vers la fin de19 6 2 , d’organiser
une mission d’étude dans les paysd’Amérique ayant
montréjusqu’ici
le
plus grand dynamisme
dans le domaine de lacoopération apicole,
le Canadaet les
États-Unis,
et d’examiier surplace
lesplus
belles réalisations.Afin d’assurer à la mission le maximum
d’efficacité,
il fut décidé de lui donnerune
composition
tellequ’elle
réunisse desspécialistes
venus d’horizons différents et à même d’en tirer le maximum deprofit.
31. HoRGU!r,rn-,président
de l’Unionnationale de
l’Apiculture française,
sechargea
d’établir les contacts avec noscollègues
américains et mit au
point
un programmeprécis
pour toutes les visites deCoopé-
ratives et
d’entreprises
commerciales.M.
L OUVEAUX ,
Directeur de la Station de Recherches sur l’Abeille et les In- sectessociaux,
futchargé
de coordonner les activités des membres de la mission et d’en assurer lecompte
rendu final. M. Box:VECx, Président de l’Union des grou-pements apicoles français
et 31.P!DE!,ucQ,
Président de laCoopérative apicole
deTartas,
furentplus spécialement chargés
desquestions
commerciales tandis que M.G UIRAUTE , Ingénieur
du Génie rural et M.G AUTHRON ,
Architecte de laCoopé-
rative
apicole
dePithiviers,
avaient pourmission,
chacun dans leurspécialité,
derassembler la documentation
technique
relative àl’appareillage
et aux bâtiments.Le financement de la mission fut assuré par des contributions
multiples
venuesde la
profession apicole,
du Service du Commerceextérieur,
desCoopératives api- coles,
du Ministère del’Agriculture
et de l’Institut national de la Recherche agro-nomique.
Sur le continent
américain, l’organisation
des visites fut laissée aux soins du prTOWNSEND
(Guelph)
pour le Canada et du DTJ.
H!MB!,!TO!; pour les U. S. A.Un programme
particulièrement chargé
nous amena de Montréal à Torontopuis
à
Guelph, Winnipeg, Saint-Paul-3.Iinneapolis, Sioux-City, Chicago, Colombus,
Ithaca et New York. Ce
périple
réalisé en moins de 15jours
nouspermit, grâce
à la
rapidité
desdéplacements
paravion,
de visiter :- à Montréal : les Services de
l’Apiculture
duQuébec.
La firme «Doyon
andDoyon
». La firmeLallemand ;
- à Toronto : la
Coopérative apicole
de l’Ontario et la «Billy-Bee
» ;- à
Guelph
le laboratoireapicole
de l’Université del’Ontario ;
- à
Winnipeg :
laCoopérative apicole
duManitoba ;
- à
Saint-Paul- M inneapolis :
le laboratoireapicole
de l’Université. Les établis- sementsBankers,
à Canon Falls(Minn.) ;
- à
Sioux-City :
la «Sioux-Bee,
»Coopérative apicole ;
- à
Chicago :
la firmeStraub ;
- à London
(Ohio) :
les établissementsapicoles Dunham ;
- à Ithaca : le laboratoire
apicole
de l’Université Cornell. LaCoopérative api-
cole de
Finger
Lake. La firme «Honey-Butter
».Au cours de ces
visites,
nous avonsphotographié
lesinstallations,
relevé leplan
des locaux etpris
des notes abondantescomplétées
par des documents de toute naturequi
nous furent remis par nos hôtes que nous avonssoumis,
parailleurs,
à un
questionnaire
serré etquelque
peu indiscret. Grâce à l’extrêmeobligeance
detous ceux
qui
nous ont reçus, nous sommes enpossession
d’une masse d’informa-tions dont il
importe
que nous fassions bénéficier tous lesapiculteurs français
sou-cieux
d’organiser
descoopératives.
Le but duprésent rapport
est de leur fournirun
exposé objectif
etcomplet
des résultats obtenus par notre mission.Respectant
la
répartition
des tâchesqui
fut celle que nous avonsadoptée pendant
notre voyage,nous vous
apportons,
chacun dans notredomaine,
le fruit de nos observations et de nos réflexions.I. - PRODUCTION ET COMMERCIALISATION DU MIEL
EN AMÉRIQUE
DU NORD —GÉNÉRALITÉS
A. - LA PRODUCTION
Comme toutes les autres branches de
l’Agriculture, l’Apiculture
est sous ladépen-
dance étroite d’un ensemble de facteurs
qui
constituent cequ’il
est convenud’appeler
le
milieu,
c’est-à-dire essentiellement le sol et le climat. Ces deux élémentsagissent,
bien
entendu,
enpremier
lieu sur laflore, laquelle
conditionne à son tour pour unelarge part
lespossibilités
de récolte du miel. Laproduction dépend
en second lieudu
peuplement humain,
de l’utilisation du sol et,finalement,
des méthodes misesen oeuvre par les
producteurs.
Nous examinerons donc successivement et, nous nous en excusons, de
façon
très
sommaire,
les différents facteurs de laproduction
du miel dans lapartie
norddu continent américain.
i)
Le milieuIl serait assez artificiel de
procéder
à une étudeséparée
du Canada et desÉtats-
Unis en ce
qui
concerne les conditions de milieu. Eneffet,
seule lapartie
méridionale duCanada,
c’est-à-dire cellequi
est située au sud de lagrande
zone forestièreboréale, présente
un intérêtapicole ;
ce territoire se rattache si étroitement dupoint
de vuegéographique
etagricole
auxrégions contiguës
des U. S. A.qu’il
estpréférable,
pour notreétude,
de considérer l’ensemble du continent nord-américainjusqu’à
la fron-tière mexicaine. Cet immense secteur
présente,
bienentendu,
une trèsgrande
diver-sité de climats et de
sols,
donc deflores,
et seul un effort desimplification
nous per- mettrad’y reconnaître,
gyossomodo,
huitgrandes régions apicoles.
Le Nord-Est.
Les sols de cette
région
sont surtoutd’origine glaciaire.
Le climat est continental et lapluviométrie dépasse généralement
i ooo mm par an. L’hiver est rude. Sur terrainscalcaires,
laprincipale
ressource mellifère est constituée par le Trèfle blanc(Trifolium repens)
Trèfle alsike(Tvifolium hybvidum).
Sur le relief et notamment sur les terrains acides ou neutres des Adirondacks et desmontagnes
Blanches les abeilles récoltent en abondance le nectar des Framboisiers(Ru b us idaeus)
et desÉpilobes (Epilobiuni sp.).
Les
Appalaches.
Cette
région
très humideporte
encore de vastes forêts dont certaines esssencessont d’un
grand
intérêtapicole :
Tilleul(Tilia sp.),
Robinier(Robinia !eudacacia),
Liviodendvon
<M/t!’!/e!a, Oxydendvon arborea, iilagnolia
sp., etc. Certaines de cesplantes
ne se retrouvent dans aucune autrerégion
desÉtats-Unis ;
enconséquence,
les miels
produits
sont souvent trèsparticuliers,
tels le mield’Oxydendvon qui
passe pour l’un des meilleurs miels américains.La
!Laine
côtièreatlantique.
Cette
région, qui
s’étendjusqu’au golfe
du3Iexique
est à la fois chaude et humide.Les zones
marécageuses
y abondent et on y rencontre diversesespèces
du genreNyssa qui
sont àl’origine
des fameux miels deTupelo,
riches en lévulose etqui
restentliquides
presque indéfiniment.Signalons
encore commeplantes
mellifères desplaines
côtières
atlantiques
Ilexglabra,
et, sur des millionsd’hectares,
le Cotonnier. Cette dernièreplante
fournit un miel dequalité
trèsvariable,
cristallisantrapidement.
Les
plaines
du centve.Cette immense
région
s’étend à la fois sur le Canada et les U. S. A. : c’est laprairie.
Le sol y est constitué d’un loess très fertile amené surtout par le vent à la fin de lapériode glaciaire.
Le climat est encore continental mais lapluviométrie
est
plus
faible que dans l’Est. C’est le domaine du Trèfle blanc(7’rifolium repens)
et du Mélilot
(Melilotus alba).
Dans lesvallées,
les abeilles récoltent le nectar de nombreusesComposées : Bidens, HeLianthus, Astev,
etc.Les hautes
plaines
à l’est desmo!2tagvces
Rocheuses.Ces
plaines
sontsemi-arides, coupées
de canyons et hérissées de buttes. Le sol y estd’origine
tertiaire. Le climat est caractérisé par legrand
écart destempé-
ratures diurnes et nocturnes ainsi que par une
pluviométrie généralement
inférieureà
65 0
mm. La seulevégétation
naturelle intéressante pourl’apiculture
est constituéepar les
Sauges (Salvia sp.).
Laproduction
dumiel,
essentiellement concentrée entre les mains desapiculteurs professionnels, dépend
surtout des culturesirriguées
de Luzerne(Medicago sativa)
et de Mélilot blanc( M elilotus alba).
Avecl’augmentation
incessante des surfaces
irriguées,
cetterégion
est devenue l’une desplus importantes
pour la
production
du miel. Cetteproduction
est caractérisée par ailleurs par sarégularité.
Les
montagnes
Rocheuses.La flore mellifère de ces
régions
très boisées est assez pauvre :Conifères,
Peu-pliers (Populus sp.),
Saules(Salix sp.). Cependant,
dans les valléesfertiles,
les cul-tures
irriguées
de Luzerne et de Mélilot donnent de très fortes récoltes de miel.La
partie
sud desmontagnes
Rocheuses est peupeuplée
en abeilles. D’unefaçon
générale,
ledéveloppement printanier
des coloniesprésente
des difficultés.Le désert
éPineux.
C’est la
région
située à l’Ouest des Rocheuses et à l’Est de la Sierra Nevada.La
partie
nord de cetterégion
est recouverte pour les9/10
par desSauges (Salvia sp.)
et lapartie
sud par des Cactacées.L’apiculture
est florissante dans lesrégions irriguées
où se cultive la Luzerne.La côte du
Pacifique ’
La côte du
Pacifique présente
dupoint
de vuegéologique
et dupoint
de vueclimatique
des caractères très différents du reste desÉtats-Unis.
Sa flore est très riche et trèsparticulière.
Du nord ausud,
on récolte des mielsd’oranger (Citrus),
de
Sauge (Salvia),
de Luzerne(Medicago sativa),
de Sarrasin(Fagopyrum
esculen-tu!ra),
de Trèfle ladino(Ttrifolium repens latum),
de Coton(Goss YP ium)
et d’Euca-lyptus.
2
) L’apiculture
Les
premiers
recensements concernant laproduction apicole
auxÉtats-Unis
datent de r93z.
Depuis
cetteépoque,
des mises àjours
sontpériodiquement publiées
par le Ministère de
l’Agriculture,
Bureauof Ag Y icultural
Economics. La lecture deces documents ne
permet
pas de connaître larépartition
ducheptel
entre les di-verses
catégories d’apiculteurs,
cequi
leur enlève unegrande partie
de leur intérêt.Il
semble, compte
tenu desrenseignements
que nous avons purecueillir,
que laproportion d’apiculteurs professionnels
soitplus
élevéequ’en
France.Le nombre des colonies d’abeilles est d’environ 4 500 ooo
depuis
un assezgrand
nombre d’années. La
répartition,
état parétat,
est connue d’une manière assez satisfaisante. Le volume de laproduction
est d’environ 100 ooo tonnes par an. Laproduction
par ruchequi
était de 20,14kg
dans la décade 1913-1922 estpassée
à 20,23
kg
pour les années1955 -io6i ( 20 , 3 6 kg
enig6o,
annéefavorable).
Ces chiffres montrent que laproduction
du miel par colonie n’a pour ainsi dire paschangé
en
près
de 40 ans, cequi
d’ailleurs nesignifie
pas que laproductivité
soit restée la mêmepuisque
le nombre d’heures de travaild’apiculteur
par ruche n’est pas connu.Il est hautement vraisemblable que les améliorations de la
production
se sont faitesdans le sens d’une réduction de la main-d’oeuvre nécessaire à la
production
du kilode miel.
La
production
canadienne se situe aux environ de z5 00o tonnes. Lesstatistiques disponibles
montrent unestagnation
de laproduction
par ruche et du nombre des coloniesexploitées
maiségalement
une forte réduction du nombre desapiculteurs (tabl. r).
Il est donc vraisemblable que, comme auxÉtats-Unis,
on a assisté à uneaugmentation
du nombre des ruches nécessaires pour faire vivre uneexploitation.
C’est ainsi que le nombre moyen de ruches des adhérents de la
Coopérative
de l’On-tario est de i ooo. Sur l’ensemble de
l’Amérique
duNord,
les méthodesd’exploitation
et le matériel se sont
beaucoup
améliorés et modernisés. La mécanisation est inter-venue comme dans les autres secteurs de
l’Agriculture.
L’abondance et lapuissance
du matériel
d’exploitation permettent
àl’apiculteur professionnel
américain de con-duire seul un millier de colonies
d’abeilles,
c’est-à-dire le double de son confrèrefrançais.
Il n’est pas rare de trouver desapiculteurs
amateurspossédant plusieurs
centaines de ruches ainsi que le prouve d’ailleurs la
répartition
destonnages
demiel
apportés
par les adhérents de laCoopérative apicole
« Sioux Bee» (tabl. 2 .)
Les
principaux
miels de tableproduits
enAmérique
du Nordproviennent
desdifférents
Trèfles,
de laLuzerne,
duMélilot,
desAgrumes
et desSauges.
D’autresmiels sont
produits
enquantités
moindres mais sontcependant
d’excellentequalité
bien que souvent
plus colorés ;
ce sont les miels deTilleul, d’Oxydendron,
deTupelo (Nyssa sp.),
deHoux,
deCoton,
etc. Il existe enfin des mielsfoncés, généralement
considérés comme miels d’industrie et
qui
entrent dans la fabrication de nombreuxproduits
alimentaires.B. - LA COMMERCIALISATION
Nous ne
possédons
pas de données nouspermettant
de déterminer defaçon précise
laquantité
de miel vendue sur le marché américain par les circuits commer-ciaux normaux. Dans son
ensemble,
le mielproduit
est livré enemballages
degrande capacité
chez lesconditionneurs, lesquels
sont, soit desnégociants,
soit desCoopé-
ratives.
Cependant
le nombre desapiculteurs qui
commercialisent eux-mêmes audétail leur
production
n’est pasnégligeable.
Aux U. S.
A.,
lesCoopératives
traitent à elles seules environ1/3
du miel commer-cialisé. La « Sioux Bee »,
qui
est laplus importante
descoopératives apicoles
d’Amé-rique,
a conditionné en19 6 1
dans sesusines
le1/ 6
de laproduction
du pays. AuCanada,
l’Union desCoopératives
conditionne et vend au moinsr/3
de la récoltecanadienne.
Dans les
régions
où la densité dupeuplement
humain lepermet,
et notamment dansl’Est,
il existe uneimportante
vente au détail del’apiculteur
au consomma-teur. Des stands et des chalets de
dégustation
sont établis lelong
des routes touris-tiques.
Dans les secteurs ruraux lesapiculteurs pratiquent beaucoup
la vente directeaux détaillants en alimentation.
Négociants, coopératives
etapiculteurs-conditionneurs
utilisent pour la vente dessystèmes
commerciauxidentiques
à ceux des payseuropéens.
Sauf en cequi
concerne
parfois
les ventes à des chaînes de distribution trèsimportantes
dutype super market,
on a recours à desreprésentants
dont la rétribution est assurée parun
pourcentage
sur les ventesqui
est soitégal
soitsupérieur
à ceuxqui
sont pra-tiqués
en France(de
5 à 7,5 p.1 00 ).
Dans la commercialisation du
miel,
leproducteur
américain est soutenu par deuxdispositions particulières
d’ordreéconomique.
Le Service des marchés du Ministère del’Agriculture publie
deux fois par mois un bulletin intituléHoney
market news
qui
fournit desrenseignements
détaillés sur les cours du miel et surla
production.
D’autrepart, l’Agricultural
Act de 1949(section
201, titreII)
ainstitué pour le miel un
système
de soutien desprix
fonctionnant sous l’autorité de l’A. S. C. C. 0(Agricultuval
Stabilizc!tion and Conservation CommitteeOffice).
Cet
organisme
consent desprêts
ou bien il fournit desagréments
d’achat(voir
àce
sujet
l’American BeeJournal,
oct.ig6o,
p.404 ).
II. - I,!S
TECHNIQUES
DE CONDITIONNEMENT DU MIELA. - LES BASES LÉGALES DU CONDITIONNEMENT
Que
ce soit au Canada ou aux U. S.A.,
lalégislation
concernant la vente du miel neprésente guère
depoints
communs avec lalégislation
similaire des pavseuropéens,
tout au moins dans sonesprit.
La loi américaine a surtout pourobjet
de
préserver
le consommateur contre certains défauts quepeut présenter
le miel :teneur en eau
excessive, malpropreté, fermentation, goûts parasites,
addition decorps
étrangers.
Il en résulte que la loi est muette sur lechapitre
desappellations
d’origine. Le
miel américain est classéd’après
ses caractèresphysico-chimiques
dansl’une des trois
catégories prévues
etqui correspondent
à troisqualités commerciales ;
par contre, son
origine géographique
et sonorigine
florale sont considérées commeaccessoires. Tous les traitements ayant pour but de
clarifier, d’épurer,
de débarrasser le miel desmicroorganismes qu’il peut contenir,
sont considérés commebénéfiques.
Aucune attention n’est accordée par la loi à la
présence
ou à l’absence des diastases ni à la teneur en H1IF( 1 ).
Un miel ayant subi une ultra-filtration et unchauffage prolongé
à8 0 °,
n’auraitplus
aux yeux de la loieuropéenne
le droit deporter
lenom de miel. En
Amérique,
le résultat del’opération
est le classement duproduit
dans la
catégorie
n° I. Parfaitementépuré, limpide
comme del’eau, pratiquement stérile,
c’est devenu unproduit
de luxe.Cette différence fondamentale entre
l’esprit
des lois américaines et celui des loiseuropéennes
a uneorigine profonde.
Pourl’Américain,
le miel est unproduit
sucrant, au même titre que le sucre de canne ou le corn
sy!M/).
Il ne lui demande donc que de sucrer les aliments alors que le consommateureuropéen
aurait volon-tiers la tendance de demander au miel de le
préserver
de toutes les maladies. Savoirlequel
des deux a raison dans cettequerelle
est, dans le fond,d’importance
assezsecondaire. L’essentiel est d’avoir conscience d’une différence de mentalité
qui explique pourquoi l’Européen
attache tantd’importance
à tous lesparticularismes
et
pourquoi
l’Américain recherche pargoût
leproduit
standardisé et dequalité rigoureusement
constante.B. - PRINCIPES GÉNÉRAUX DU COWDITIOBBEMEBT DU MIEL
L’étude de l’ensemble des installations de conditionnement que nous avons pu visiter tant au Canada
qu’aux
U. S.A.,
nouspermet
dedégager
un certain nombre derègles générales.
Si nous avons observé des variantes dans lesopérations
deconditionnement,
il n’en reste pas moins vraiqu’elles
neportent
que très rarementsur les
principes
mais presquetoujours
sur des détails que l’onpeut négliger
dansun
exposé qui
s’efforce d’êtresynthétique.
Nouspartirons
du miel récolté parl’api-
culteur pour aboutir au
magasin
d’alimentation de détail.PréparatioTi
du miel en vue de la livraisoll.Les miels étant
payés
en fonction de leurqualité,
l’intérêt duproducteur
estde fournir à la
Coopérative
ou aunégoce
unproduit
de valeur aussi élevée quepossible.
La
qualité
étant leplus
souvent, enAmérique,
fonction de lacoloration,
leproducteur procède
au moment de l’extraction à untriage
des cadres defaçon
à éviter dedépré-
cier un lot de miel clair par un
mélange
maladroit avecquelques kilogrammes
demiel foncé. De
même,
il évite de passer à l’extracteur uneproportion trop
élevée de cadres nonoperculés,
ceux-ci étantsusceptibles
de releverdangereusement la
teneur en eau du lot de miel à
livrer,
donc de lui faireperdre
de sa valeur. I,aplu- part
descoopératives
tiennentcompte
de lapropreté
du mielqui
leur est fournipour en fixer le
prix.
Leproducteur
a donc intérêt àprocéder
au moins à une filtra-tion sommaire sur une toile de
nylon qui
arrête lesparticules
de cirejusqu’à
2 ou3/10
de mm.( 1
) 1 !:VIF = liv(Iroxvinétli.vlftirfiirol.
C’est donc un miel trié et sommairement filtré
qui
est livré auxCoopératives
ou au
négoce.
Cette livraison se fait deplus
enplus
dans des fûts de 300kg.
L’esta-gnon de fer blanc d’une
vingtaine
dekilos,
les fûts de 50, 60 et 7okg
et tous lesdifférents modèles de contenants
qui
ont pu être utilisésjusqu’ici
sont en voie deremplacement
par le fût de 300kg
à revêtement interne enpeinture
alimentaire.Réce!tion
des miels.Chaque
fût de miel livré à laCoopérative
est tout d’abordpesé.
Il est ouvert et, au moyen d’unesonde,
un échantillon dequelques
dizaines de grammes estpré-
levé en vue des
opérations
de classement.Examens de laboratoire.
L’objectif principal
de laCoopérative
étant de «fabriquer
n un mielstandardisé,
semblable à lui-même d’un bout à l’autre de l’année et conforme à laloi,
ilimporte
que le contenu de
chaque
fîit de miel soit examiné au laboratoire. Cetteopération
est
également
rendueindispensable
par leprincipe
dupaiement
du miel auproduc-
teur en fonction de sa
qualité, laquelle
fait intervenir essentiellement lacoloration,
la teneur en eau et lapropreté.
Les échantillons
prélevés
dans les fîits au moment de laréception
sontpassés
à l’étuve
pendant quelques
heures pourpermettre
leur retour à l’étatliquide.
Lateneur en eau est ensuite mesurée et la coloration est
appréciée.
Lapropreté
nefait pas
l’objet
d’un testprécis
mais elle est notée d’unefaçon
sommaire.Enfin,
le miel estgoûté
pour s’assurerqu’il
n’a aucungoût parasite
etqu’il peut
être mé-langé
sans inconvénient à la cuvée.Manutention et
stockage
des miels.Toutes les manutentions de fîits de miel se font par des moyens
mécaniques.
Jamais
un fût de 300kg
n’esttransporté
autrementqu’au
moyen de l’unquelconque
de ces chariots
qui peuvent
saisir soit un fût isolé(et
souvent lebasculer)
soit unchargement posé
sur unepalette. Chaque organisme
de conditionnementdispose toujours
d’un vaste local couvert,généralement
degrande
hauteur sousplafond,
et où il est
possible
de stocker des fûtsreprésentant
souventplusieurs
centaines de tonnes de miel.Classement des lot.s.
Au cours du
stockage,
les fîits sontgroupés
selon lacatégorie
du contenu. Leclassement est fonction du résultat des examens de laboratoire. Les miels appar- tenant à une même
catégorie
par leur coloration et leur teneur en eau sontgroupés ensemble,
cequi
facilite leuremploi
ultérieur en vue de la fabrication d’une cuvée.Refonte
!le miel cristallisé.Les miels étant
susceptibles
de rester en stockpendant
despériodes
assezlongues,
il est rarequ’au
moment du conditionnement ils ne soient pas cristallisés dans les fîtts. Leproblème
de la refonte se pose donctoujours
et il nécessite des ins- tallationsappropriées.
Pour refondre un lot de
miel,
on commence par lepréparer
avec soin. Le butétant par
exemple
depréparer
5 tonnes d’un miel à y p. 100d’eau et de colorationcomprise
entre 10 et 12 au colorimètre dePfund,
onapportera
dans la chambre de refonte une combinaison de miels dont lemélange
soitsusceptible
derépondre
à
l’objectif
fixé. Les mielstrop
riches en eau serontcorrigés
parmélange
avec desmiels secs. On
opèrera
de la mêmefaçon
en cequi
concerne la coloration et, dansune certaine mesure, le
goût
final recherché.Les chambres de refonte les mieux conçues
comprennent généralement
deuxsections différentes. La
première
constitue un bloc depréchauffage
où le miel estporté progressivement
à40 0 C environ,
les fûts restent enposition
verticale et nonouverts. Il
s’agit
en somme de l’antichambre du local de refonteproprement
ditequi
repose, par contre, sur leprincipe
d’unchauffage
intense mais avec écoulement continu du miel fondu et évacuationrapide
pargravité
ou par pompage vers un autre local. Dans la chambre de refonteproprement dite,
lesfîits
de mielpréchauffé
sont mis en
position
couchée ou enposition
franchementrenversée,
cequi permet
à leur contenu de s’écouler librement au fur et à mesure de la
refonte,
dans des réci-pients appropriés disposés
en dessous. La chute de blocs de miel encore solidesest évitée par la
présence
degrilles métalliques
contrelesquelles s’appuie
l’oucer-ture des fûts. I>ans la chambre de refonte proprement
dite,
latempérature
estgénéralement
de 60 à7 o o C
et il existe une circulation forcée de l’air chaud entre les fîzts.I,a
capacité
des chambres de refonte courante est au moins de 5 tonnes par 24 heures.
Mélange.
Les miels refondus
qui
sortent de la chambre chaude sont forcément assezhétérogènes.
Recueillis dans des cuves degrande capacité,
ils y sont maintenusà
qo!
environ et brasséspendant quelques
heures par unmélangeur
à hélice ou àpalettes.
Les cuves demélange
sont très souvent en acierinoxydable
avec chemi-sage d’eau chaude. Les
mélangeurs
sont soit verticaux et fixés à lapartie supérieure
de la cuve sur une traverse
d’acier,
soit fixés directement au bord de la cuve, cequi
constitue la solution la
plus
moderne.L’industrie
du matériel pour laiteries fournit des cuves convenant assez bien pour lemiel,
mais il fautcependant
noterqu’elles
ne
présentent qu’une
ouverturesupérieure
de taille insuffisante.Pvéfcltvation.
Au sortir de la cuve à
mélange,
le miel estrepris
par une pompe etenvoyé
dans un circuit sous
pression,
presque continujusqu’à
la mise enpots.
Ce circuit constitue la chaîne de conditionnementproprement
dite. Lapremière étape
du cir-cuit est la
préfiltration.
Son but est d’éliminer toutes lesparticules
de cire et lesdébris divers d’une taille
supérieure,
à 0,1 mm environ. Les filtres utilisés fonc- tionnent souspression
et à unetempérature
de l’ordre de 4o à45!.
Ils sont cons titués par des manchons de toilemétallique
ou despiles
deplateaux
filtrants. Dans les installations les Diusperfectionnées,
il existe deux filtres installés enparallèle
et
qui
sont mis alternativement en service pourpermettre
lenettoyage.
Il existeégalement
desdispositifs
denettoyage automatique.
Pasteurisation.
Au sortir du circuit de
préfiltration,
le miel passe dans unpasteurisateur qui
estpresque
toujours
unappareil
àplaques
du modèle leplus classique
utilisé en laiterie.La
température
depasteurisation
est leplus
souvent de7 8°. Quant
autemps
depasteurisation,
il est variable et, chose assezcurieuse,
il n’estgénéralement
pas connuavec
précision.
Il doit être en moyenne de 5à 10minutes. Le circuit dechauffage
et lecircuit de refroidissement sont alimentés
respectivement
en eau chaude et en eautiède par desdispositifs complets
de conditionnementcomportant
unerégulation indépendante.
Cette solution permet de sortir le miel
à o °
environ sans aucune difficultétechnique.
Filtration.
Un filtre à terre de diatomées est
régulièrement
intercalé entre le circuit dechauffage
et le circuit de refroidissement dupasteurisateur.
C’est donc à7 8 0
environet sous
pression
que le miel passe sur lesplateaux
du filtre où il sedébarrasse,
non seulement de sesimpuretés
mais aussi de tous ses constituants solides ou colloïdaux.Les filtres utilisés sont, soit des
filtres-presses horizontaux,
soit des filtres verticaux àplateaux.
Pour mettre en fonctionnement lefiltre,
on commence par faire circuleren circuit fermé une
petite quantité
de mielmélangé
de terre de diatomées(Célite).
Peu à peu, cette terre se
dépose
sur les feuilles depapier-filtre qui
recouvrent lesplateaux
et constitue une couche filtrantehomogène qui
est utilisablependant
untemps
assezlong.
Une batterie de deux filtres enparallèle
est souvent utilisée pourpermettre
lenettoyage
sansinterruption
du travail.Nous reviendrons ultérieurement sur ce
procédé
de filtrationqui
a pour consé- quence, associé auchauffage,
de modifierprofondément
la nature du miel. Le pro- duit finalement obtenu est d’unelimpidité
totale mais onpeut s’interroger
sur l’inté-rêt de cette
qualité physique
étant donné lesconséquences biologiques
del’opération.
Pasteurisation et filtration ont pour but
principal
d’éliminer du miel tous lesmicroorganismes qu’il
contient normalement et degarantir
sa conservation indéfinie à l’étatliquide.
Il semble que ce but soitparfaitement
atteint. Nous reviendronsplus
loin sur cettequestion.
Pvépavation
du miel-crème.Le miel américain est conditionné sous deux formes
principales :
mielpasteurisé liquide
et miel-crème!c!a!M-Ao!y!.
Le circuit de conditionnement du mielliquide
s’achève
après
lapasteurisation
et la filtration dans la machine à mettre enpots.
Celui du miel-crème est
quelque
peuplus compliqué.
Au sortir du circuit de refroi- dissement dupasteurisateur,
le miel est tout d’abord ramené à 25! environ et malaxéavec un miel à cristallisation très fine
qui
sert de semence. Ce n’estqu’après
cemalaxage qu’il
est mis enpots
etporté
à14 °, température
idéale pour laprise
enmasse par croissance
rapide
des cristaux deglucose.
La fabrication du miel-crêmeprésente
assez de difficultés pourqu’on
ne trouve pas encore, à l’heureactuelle,
un processus de
préparation
bien uniformisé.Chaque entreprise
utilise un appa-reillage qui
lui est propre etqui
estplus
ou moinsperfectionné.
La
proportion
de semenceinjectée
est de 10 p. 100 en moyenne. Avant soninjection,
la semence passe dans unbroyeur qui
la rend assez fluide pour passer dans le mécanismed’injection
sans la réchauffer.Le miel-crème a pour
avantage
commercial essentiel dereprésenter
unproduit
facilement utilisable pour étaler sur les toasts et d’un
grain
trèsagréable
aupalais.
Embouteillage et empaquetage.
Qu’il s’agisse
de miel-crème ou de mielliquide, l’embouteillage
se fait au moyen de doseuses àgrand
débit n’utilisantqu’une
main-d’oeuvre réduite.Signalons
que dans toutes les chaînes deconditionnement,
nous avons noté laprésence
de réci-pients tampons
entre lapréparation
du miel et la mise enpots.
Cesrécipients
dequelques
centaines dekilogrammes
decapacité
amortissent les variations de débit etrégularisent
le travail. Ils sontgénéralement placés juste
au-dessus de la machine à mettre enpots.
Les verres ne sont pas lavés mais très souventdépoussiérés
à l’aircomprimé,
cequi
semble suffisant pour éliminer les germesparasites
de recristallisation.Conseynation.
La
température
idéale de conservation du miel est de14 °.
C’est à cettetempé-
rature que la croissance des cristaux de
glucose
est laplus rapide.
Le miel ense-mencé
s’y
transforme enquelques jours
en une massehomogène
duplus
belaspect.
Par
ailleurs,
le mielliquide,
telqu’il
est conditionné nerisque guère
dereprendre
en masse ; par contre, il est
protégé
contre les altérations de colorationqui
résultentd’un
stockage
à latempérature
ordinaire.Les
Coopératives disposent
presque toutes de vastes chambres froides(-1- 4 °
à !-
14 °)
où le miel est conservé avant sonexpédition.
Expédition.
Comme à
l’arrivée,
toute la manutention des cartons renfermant le miel enpots
se fait
mécaniquement,
ycompris
lechargement
des camions.Lorsque
ladisposition
des lieux le
permet,
le chariot vadéposer
les cartons à l’intérieur même du camion de livraison.Des échantillons sont conservés par la
Coopérative qui peut
ainsi suivre l’évo- lution duproduit
dans letemps, après
en avoir contrôlé lesqualités
essentielles.C. - L’OUTILLAGE UTILISÉ