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ÉCHOS DE LA JOURNÉE

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ÉCHOS DE LA JOURNÉE

A

près les banlieues, le CPE, et Clearsteam, comment exister ? Comment faire comme si l’on gouvernait vraiment ? Comment faire face à une majorité parlementaire qui ne rate pas une occasion de vous faire savoir que vous êtes honni ?

Mais c’est bien sûr ! Vous aussi, dans la peau de D. de Villepin, vous y auriez pensé, même si vous n’êtes pas énarque. « Ils » veulent de la rupture, on va leur en donner ! 5 000 emplois de fonc- tionnaires supprimés l’an dernier, je triple la mise d’un seul coup : 15 000 pour 2007 ! Qui dit mieux? Et en plus, par chance, à l’Éducation, j’ai un ministre, toujours prêt à faire du zèle – il défend encore le CPE ! – qui est partant pour 8 500 suppressions à lui tout seul !

La comédie des hommes du pouvoir prêterait à sourire si les conséquences n’en n’étaient pas désastreuses. Pour le second degré, cela fera 25 000 suppressions en cinq ans (plus du double de ce qui correspond à la diminution du nombre des élèves). Un tel « plan social » ne peut se concevoir sans restructu- rations profondes pour augmenter la productivité de l’offre d’enseignement et pour peser sur la demande. D’où :

• l’augmentation du temps de travail des enseignants (remise en cause dans un premier temps des premières chaires, des pondérations BTS et des diverses décharges à objectif pédagogique) ;

• l’éviction de dizaines de milliers de jeunes vers l’apprentissage ;

• la diminution des horaires d’enseignement (c’est l’objectif officiel des audits lycées et collèges commandés par le ministère du Budget) et les regroupements de disciplines.

Impossible, dans ces conditions de travailler mieux dans les établissements, de limiter le nombre des sorties sans qualifications, d’augmenter l’accès au bac général (en baisse de – 3,5 %) et d’améliorer l’accès aux diplômes du supérieur.

Et si la question était de dégager les moyens qui sont effectivement indispensables au Supérieur, disons-le clairement, l’avenir du Supérieur serait bien incertain s’il devait se construire sur les décombres d’un second degré mis à sac.

Le Bureau national du SNES propose que soit immédiatement débattu dans les établissements, avec toutes les forces syndicales et à titre de première riposte, le recours à la grève dès la période de rentrée.

Bernard Boisseau, cosecrétaire général

ÉDITO

L’HEBDOMADAIRE DU SYNDICAT NATIONAL DES ENSEIGNEMENTS DE SECOND DEGRÉ

ACTU 3 et 4

BUDGET 2007 :

15 000 SUPPRESSIONS

SOCLE COMMUN : APRÈS LE VOTE DU CSE

MÉTIER 5

PRÉSIDENTIELLE 2007 : AU-DELÀ DE LA POLÉMIQUE SUR LA DÉLINQUANCE

CATÉGO 6

ORIENTATION : OÙ VONT LES RÉGIONS ?

MOUVEMENT INTRA 2006

DROITS ET LIBERTÉS 7

ÉLÈVES SANS PAPIERS : SOUS NOTRE PROTECTION

SOMMAIRE

638 17 JUIN 2006

DANS LA PEAU DE...

P rès de 300 personnes se sont retrouvées le 10 juin à l’Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne, répondant ainsi à l’invitation des 7 organisateurs (UNEF, FIDL, UNL, CGT jeunes, FERC CGT, FSU et Solidaires). Il s’agissait, au- delà du retrait du CPE obtenu de haute lutte en avril, de commencer à creuser les questions de fond qui étaient au cœur du mouvement et qui ont commencé à être débattues un peu partout, dans les villes, les universités et les lycées au cours de deux mois exceptionnels.

D’où les 4 ateliers sur formation et qualifica- tion, emploi et insertion, autonomie de la jeu- nesse et droit des lycéens.

CONFRONTATION DE POINTS DE VUE Jérôme Vérité (Jeunes-CGT), ouvrant les tra- vaux de la journée, soulignait les enjeux de ces

questions en rappelant que pour la première fois depuis longtemps, la jeunesse semblait promise à des conditions de vie plus difficiles que la génération précédente. Tous les partici- pants ont signalé l’intérêt et le caractère assez nouveau de la confrontation des points de vue entre générations. Entre enseignants et jeunes de l’UNEF sur la formation ou entre adultes et lycéens sur les droits des jeunes, par exemple.

Deux regrets se sont cependant exprimés. Une assez faible présence des lycéens, bien com- préhensible du fait de la très grande proximité du bac, et surtout un gros manque du côté des salariés lié au refus de certaines organisations de participer (CFDT, FO et UNSA) et d’une par- ticipation limitée de la CGT qui ne s’était pas engagée en tant que confédération et donc au niveau interprofessionnel.

ÉTATS GÉNÉRAUX POUR LA JEUNESSE

C’EST BIEN PARTI !

FLORÉAL MANGIN

UNL Union Nationale des Lycéens

« Le travail en intersyndicale a fait la force du mouvement contre le CPE, nous avons obtenu une victoire importante mais la précarité reste.

C’est pourquoi ce coup d’envoi des États généraux est important. »

ANAÏS DESBORDES

FIDL (Fédération Indépendante et Démocratique des Lycéens)

« En tant que lycéen on est en plein bac mais on a tenu à être présent car il est indispensable de se retrouver pour avancer des solutions et finaliser un projet au premier trimestre prochain. » YANN BENHAYOUN

UNEF (Union Nationale des Étudiants de France)

« De ce premier débat enrichissant, il faut tirer les problématiques pour unifier les revendications.

Il s’agit de garantir le droit à l’avenir de la jeunesse »

Clément Martin Thierry Nectoux

Thierry Nectoux ©Daniel Maunoury

Suite page 2

(2)

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PESER SUR LE DÉBAT DES PRÉSIDENTIELLES

Bruno Julliard,président de l’UNEF,sou- lignait dans les conclusions de la jour- née la nécessité pour le mouvement syndical de s’unir pas seulement pour s’opposer à des reculs sociaux, mais pour aussi faire aboutir des proposi- tions allant dans le sens du progrès.

Pour cela, l’apport spécifique de cha- cune des organisations qui ont parti- cipé au mouvement serait précieux.

Et cela d’autant plus que l’élan du

mouvement donne au syndicalisme les moyens de peser sur le débat des prochaines présidentielles.

ÉTATS GÉNÉRAUX EN NOVEMBRE

Réunies le 14 juin,les 7 organisations ont considéré que cette journée leur donnait les moyens de poursuivre la démarche en essayant de l’élar- gir,notamment en y intégrant mieux les problématiques qui ont émergé

de la crise des banlieues et qui concernent elles aussi la jeunesse.

Des initiatives décentralisées sur des thèmes particuliers pourraient être organisées dans plusieurs grandes villes qui seraient choisies en concer- tation au niveau national.

Par ailleurs les structures départe- mentales de chacune des organi- sations sont sollicitées pour que, partout où le mouvement a permis

Suite de la page 1

©Thierry Nectoux

ÉTATS GÉNÉRAUX POUR LA JEUNESSE

C’EST BIEN PARTI !

FORMATION/QUALIFICATIONS

Une partie importante des débats a porté sur l’ap- prentissage du fait de la campagne sans précédent menée en faveur de son développement. Est appa- rue la nécessité de distinguer alternance et appren- tissage et de diversifier les analyses en fonction des différents niveaux de formation (au niveau CAP l’apprentissage est associé à l’échec scolaire avec de nombreuses ruptures de contrat ; au niveau bac il est présenté comme une voie de réussite sou- vent choisie par défaut du fait de difficultés pour financer ses études).

Les autres interventions ont porté sur le rôle essen- tiel joué par le diplôme, la nécessité d’élever le niveau de qualifications pour tous, de lutter contre la fausse idée qu’il y aurait trop de diplômés.

Pour réduire l’échec dans le 1er cycle des universi- tés, il faut repenser la pédagogie mais aussi les moyens accordés à l’Université sans que cela ne se fasse au détriment du second degré. L’inadaptation de l’Université aux bacheliers professionnels et technologiques a été soulignée comme la néces- sité de développer des passerelles pour accueillir en BTS ceux qui ont échoué à la fac. La place du post-bac dans les lycées a été aussi débattue.

« EMPLOI ET INSERTION »

Le poids du chômage permet au patronat de dégrader les statuts des salariés, de ne pas rému- nérer leur qualification. Les jeunes en sont les pre- mières victimes ; avant d’accéder à un emploi stable (en 8 ans en moyenne), ils connaissent fré- quemment « stages », CDD, emplois aidés, entre- coupés de périodes de chômage.

Tous se sont donc accordés sur le rôle central de la bataille pour l’emploi, incluant l’emploi public.

Est apparue la nécessité d’expliciter nos démarches, car les différences de point de vue de l’étudiant, de l’enseignant, du salarié peuvent conduire à donner un contenu différent aux mêmes termes, à valori- ser certaines approches. Ainsi, il a été nécessaire de revenir sur la notion de « grand service public de l’orientation » d’autant plus que la reprise de la même formule par le Premier ministre sert à déna- turer le travail des CIO dont le gouvernement orga- nise l’asphyxie. On pourrait aussi citer la notion de « sécurisation des parcours professionnels ».

AUTONOMIE DE LA JEUNESSE

Aujourd’hui plus de 800 000 étudiants sont salariés et il n’existe aucun statut spécifique qui « cadre » cette période de la vie du jeune. La situation n’est pas tolérable et les aides actuelles sont insuf- fisantes : les bourses représentent 1.3 milliard d’eu- ros mais ne ciblent qu’un public d’étudiants très précaires, laissant de côté tous les jeunes issus des classes moyennes. Le ministère, en supprimant l’embauche de MI-SE en 2003, n’a pas amélioré la situation ! En effet, c’est le seul statut d’étudiants- salariés qui existe, basé sur un recrutement sur critères sociaux avec un horaire hebdomadaire de 28 heures à plein-temps et des avantages pour les concours et examens. En réponse à cette crise, l’UNEF a développé son mandat phare : la création d’un statut du jeune en formation avec une allo- cation d’autonomie pour tous, basée sur la situa- tion sociale de l’étudiant, et non de sa famille uni- quement. Beaucoup ont approuvé un tel dispositif mais ont aussi évoqué la difficulté immédiate de sa mise en place.

DROITS DES JEUNES

L’ensemble des participants à l’atelier a mis en évidence le fait que des droits importants exis- taient dans les lycées et les facs mais n’étaient pas appliqués, ou seulement formellement : droits d’expression, d’affichage, de publication, maison des lycéens, CVL... droit de représentant au conseil d’administration, au CROUS... Les jeunes présents étaient demandeurs du soutien des adultes de l’établissement pour les faire respecter. Pour tous les jeunes, des droits fondamentaux restent à conquérir : droit au logement, au transport, la cul- ture, droit à l’autonomie financière... Le droit à l’éducation des élèves étrangers, « expulsables » dès juillet, a été réaffirmé alors que, seuls 7 à 8 % des élèves sont concernés par les annonces du ministre de l’Intérieur. Donc, des droits méconnus à appliquer, des droits inexistants à conquérir.

ATELIER 4 ATELIER 3 ATELIER 2 ATELIER 1

de tisser des liens, s’organisent des initiatives de même nature.

Sur la base de ces différentes ren- contres se tiendraient ensuite les États généraux à Paris au mois de novembre avec l’objectif de débou- cher sur des propositions concrètes.

Bernard Boisseau, cosecrétaire général

(3)

BREF

ACTUALITÉ

POUVOIR D’ACHAT

REPRENDRE LA MAIN

BUDGET 2007

15 000 SUPPRESSIONS

L

’obsession libérale de réduire les finance- ments collectifs pèse sur l’emploi public mais aussi sur les traitements des personnels.

Selon l’INSEE, sur les cinq premiers mois de l’an- née,les prix à la consommation ont progressé de 1,5 %, tandis qu’il nous faudra attendre juillet pour que nos traitements augmentent de 0,5 %, la revalorisation suivante étant renvoyée à février 2007. Le gouvernement a de fait réussi à casser le front intersyndical de la fonction Publique et les signataires minoritaires des

« accords » du mois de janvier lui ont permis de clore le dossier salarial sur une perte de pou- voir d’achat.

En se cumulant, ces pertes ont conduit à dégra- der fortement la situation salariale des ensei- gnants. Avec un début de carrière à 125 % du SMIC, ce sont la rémunération de leur qualification et l’attractivité de leur métier qui sont en cause.

Pour tous, actifs et retraités, il devient plus diffi- cile de boucler son budget, d’autant que le loge- ment, l’énergie et les transports contribuent for- tement à l’inflation.

Les retraités ont manifesté le 8 juin pour dénon- cer le poids croissant de la pauvreté parmi eux et revendiquer une augmentation de leur pouvoir d’achat.

Vers l’ANPE ?

Augmenter la productivité des agents publics : cette notion que l’on pouvait penser incongrue pour les enseignants a trouvé illustration dans les audits du ministère des Finances. Il suffit de les faire travailler plus, de confier plus d’élèves à chaque enseignant et COP pour gagner en productivité et dégager des « surnombres ».

Du point de vue gouvernemental, il s’agit de ne remplacer qu’une partie des départs en retraite.

Au Sénat, les propos sont plus libres et le sénateur UMP Arthuis considère que l’on devrait pouvoir licencier les fonctionnaires lorsque certaines missions disparaissent.

L’exemple qu’il cite ? Les enseignants « en surnombre »(1).

Au fait, avez-vous entendu le Premier ministre venir défendre l’emploi comme dans d’autres affaires récentes ?

(1) Le Parisien, édition du 1erjuin 2006.

EMPLOI PUBLIC

Protection sociale complémentaire : espoir de solution

Après de nombreuses tergiversations de la part des ministres successifs (Renaud Dutreil puis Christian Jacob), le gouvernement semble avoir tranché en faveur d’une solution pérenne respectant les solidarités, notamment intergénérationnelles.

Cette prise de position a été confirmée par Jacques Chirac à l’ouverture du congrès de la mutualité le 8 juin. Face à la détermination unitaire des 5 fédérations représentant 80 % des fonctionnaires et de la MFP (Mutuelles de la Fonction publique) qui travaillent ensemble depuis plus de 3 ans sur ce dossier, le ministère a dû écarter le « titre santé » préconisé par la CGC et la CFTC, dont l’objectif est l’ouverture au marché et à la concurrence de la protection complémentaire des fonctionnaires. Cependant, tout n’est pas joué.

Il s’agit de baliser très fortement le terrain juridique avec la Commission européenne, qui avait jugé non-conformes les aides d’État à la mutualité en vertu des règles de la concurrence.

Il faut donc défendre devant Bruxelles la validité de la solution, proposée par les syndicats et la mutualité, intégrant une négociation annuelle sur la protection sociale complémentaire, et un accord social sur un cahier des charges solidaires dont les

prestataires seraient les mutuelles de la MFP. Le soutien du gouvernement à cette solution qui était loin d’être acquis est évidemment déterminant : si la validité juridique de la solution doit en effet être éprouvée, pour éviter ensuite tout contentieux qui mettrait dans l’insécurité les fonctionnaires, c’est avant tout d’une décision politique que dépend la résolution de ce dossier, dont les incidences sur les fonctionnaires ne sont pas anodines Certes, dans l’Éducation nationale les aides de l’État à la MGEN sont pour l’instant très faibles, contrairement à d’autres ministères (et bien inférieures à l’aide de l’employeur dans les grandes entreprises privées) mais le gouvernement semble vouloir s’engager sur cette question à plus long terme, en acceptant d’introduire dans la loi FP un article sur la PSC.

La FSU, avec les autres fédérations restera vigilante et active tant que la décision ne sera pas prise officiellement.

[email protected]

Handicap

Le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP), a été installé le 7 juin par les ministres de la Fonction publique, Christian Jacob, et délégué à la Sécurité sociale, Philippe Bas. Le FIPHFP est un établissement public placé sous la tutelle de l’État dont la gestion administrative a été confiée par décret à la Caisse des Dépôts. Y siègent les représentants des employeurs, les représentants des personnels et des représentants d’associations.

Le fonds sera abondé par une contribution des organismes publics de plus de 20 personnes qui ne respectent pas le minimum de 6 % d’emplois réservés aux travailleurs handicapés stipulé par le code du travail ; il allouera des crédits aux employeurs publics pour financer par exemple les aménagements des postes de travail ou la rémunération des agents chargés

d’accompagner un personnel handicapé.

« Modernisation »

Le projet de modernisation de la fonction publique a été examiné par le conseil des ministres du 7 juin.

Le débat parlementaire doit débuter à l’Assemblée nationale le 27 juin.

Le retrait du cumul de plusieurs temps incomplets(1)est confirmé. La possibilité de formation professionnelle hors temps de travail sera limitée au DIF (droit individuel

à la formation, à la demande de l’agent) et la dispense d’épreuves de concours ouverte au vu de l’expérience est remplacée par la présentation par le candidat des acquis de son expérience.

L’intervention syndicale a donc contraint le ministre à plus de rigueur. Mais le projet demeure problématique par plusieurs aspects : l’arbitraire dans les carrières s’y trouve légitimé et les impasses demeurent sur plusieurs questions, comme celle de la précarité ou du droit pour une organisation syndicale de se présenter à une élection paritaire.

(1) Voir L’US Mag n° 635.

A

rg u a n t d e l a m a î t r i s e d e s d é p e n s e s publiques, le gouvernement vient de faire des choix très marqués idéologiquement, appau- vrissant le service public sans revenir sur les allè- gements fiscaux et les difficultés engendrées par le manque de recettes.

SECOND DEGRÉ : – 5 000 ENSEIGNANTS Après 7 392 suppressions en 2005, 5 318 en 2006 ; il frappe un grand coup pour 2007 en portant à 15 000 le nombre de suppressions d’emplois de fonctionnaires pour 2007.

L’Éducation nationale, qui concentre environ la moitié des effectifs de la fonction publique d’État est de ce fait touché de plein fouet par cette politique qui ne part pas des missions et des besoins mais de considérations purement comptables.

Le second degré perd ainsi 2 100 emplois au titre de la démographie (– 30 000 élèves), et 3 112 pris sur le volume actuel des décharges; le pre- mier degré se voit gratifier de quelques 600 maigres emplois, très insuffisants au regard des effectifs et subit la perte de 3 600 emplois de

stagiaires ; les ATOSS seront amputés de 500 à 600 emplois.

ARDEUR

Chacun constatera l’ardeur mise par le ministre de l’Éducation nationale à défendre son ministère puisqu’il se complait dans les médias à expli- quer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, que « le taux d’encadrement des élèves ne changera pas en 2007 » – en se gardant de préciser comment –, qu’il y a des heures d’en- seignement payées et non dispensées devant élèves, des décharges injustifiées.

IGNORANCE

Se raccrochant ainsi à l’audit sur les décharges (voir les US et Mag nos635-636-637), rédigé dans la droite ligne du rapport de la Cour des comptes, Gilles de Robien montre une fois de plus l’igno- rance qui est la sienne des réalités des métiers de l’éducation.

Nous avions déjà signalé lors de l’audition de la FSU par l’Inspection des Finances la confusion de la démarche qui mélange des éléments dif-

férents, l’objectif pré-établi de récupérer 40 % des décharges actuelles, la volonté de les contingenter et de les faire gérer par le local, sans automaticité. Il aurait été souhaitable de partir de constats faits par la mission d’audit elle-même dans sa conclusion :le temps de tra- vail réel des enseignants s’élève à plus de 39 heures par semaine en moyenne ; les conditions d’enseignement ont évo- lué pour tous et que le but à atteindre est une diminution du temps de tra- vail, et dans l’immédiat, l’adaptation de nou- veaux modes d’organisation par l’octroi d’une heure d’abattement afin de faciliter le travail en équipe.

CRISE SOCIALE

Revenir sur les heures de pondération en BTS, limiter l’heure de première chaire reviendrait à nier la spécificité des enseignements dispen- sés dans le post-bac, l’ampleur du travail de préparation et d’évaluation dans les classes pré- parant au bac.

Supprimer un certain nombre de décharges liées à l’accomplissement de tâches de formation et d’éducation ferait disparaître ces dernières, privant l’Éducation nationale d’une richesse nécessaire à l’évolution des pratiques, la qualité de la formation, la réflexion collective.

En faisant le choix de ne pas investir dans l’ave- nir, de dépouiller l’Éducation nationale, d’opter pour les économies à court terme au détriment de l’élévation des qualifications pour tous, le gouvernement prend le risque d’aggraver la crise sociale.

Frédérique Rolet [email protected]

Depuis des mois, le terrain était soigneusement préparé : enquêtes ministérielles et rapports qui pointent l’excès de moyens humains consommés dans la Fonction publique, dénonciation des décharges attribuées aux enseignants (heures de première chaire, heure de laboratoire...), du surcoût des examens,

des surconsommations ou des surnombres, propos officiels provocateurs (voir encadré ci-dessous), tout conduisait à la conclusion que des économies étaient non seulement possibles mais indispensables.

©DR

© DR/Graig Bahors

La question du pouvoir d’achat des salaires et des retraites demeure sensible dans le pays. Son aug- mentation pourrait être un élément important de la lutte contre le chômage. Il faut en débattre sans réserve pour réenclencher une dynamique, plus forte qu’en 2005, où nous avions obligé le gouvernement à des concessions.

Anne Féray, [email protected]

(4)

ACTUALITÉ

savoirs scolaires sont l’objet d’un âpre débat dans lequel on peut discerner trois positions : celle qui, s’appuyant sur les réelles difficultés, prétend dénon- cer la faillite de l’École avec l’espoir secret qu’on pourrait revenir à une école qui saurait trier le bon grain de l’ivraie; celle qui, se parant de la modernité, voudrait substituer à la culture pour tous le seul registre de l’efficacité économique supposée et de « l’employabilité » ; celle enfin qui pense que la culture scolaire doit porter le projet d’une société plus instruite et plus juste dans le partage des savoirs. La première posture vient souvent, malgré la pertinence de certaines de ses critiques, au secours des partisans d’une réduction de la culture commune à quelques compétences-clés, forma- tant un individu stratège de sa vie et de son activité économique, bien normalisé dans ses comporte- ments. On en retrouve des traces importantes dans le nouveau « socle » de la Loi Fillon, très inspiré par les « compétences-clés » de l’UE.

L’US : Et quel est le projet de la FSU ? D. P. : Le livre que nous publions vient après une réflexion amorcée depuis plusieurs années(2). Il propose de montrer la complexité des liens entre École et culture. Il se situe dans la perspective d’une société qui prendrait au sérieux l’élévation des exigences de savoir pour tous les citoyens et se donnerait les moyens de franchir une nouvelle étape dans

l’accès à des diplômes de qualité. Il associe projet culturel et but ultime de l’éducation qui est d’abord de faire passer les jeunes de l’enfance à la société des adultes en structurant leur pensée et leur personnalité. On s’aperçoit alors que notre projet valorise surtout ce que le « socle » ignore.

Il propose des pistes pour rééquilibrer le curricu- lum en faveur des savoirs pratiques et des savoirs d’action, pour mieux l’ouvrir aux diversités cul- turelles, pour retravailler l’identité collective, pour effacer la hiérarchie aberrante des savoirs, pour mieux faire entrer tous les jeunes dans la culture écrite, pour redonner une épaisseur probléma- tique aux sciences. Il propose une école sensible aux valeurs et à la création mais n’hésitant pas à travailler aussi bien les normes que leurs variations.

Il propose de réfléchir à l’introduction de nou- veaux savoirs. À chaque étape, l’élève devrait gagner en conscience civique et morale, non pas comme des apprentissages distincts mais comme un devoir de tous les instants de la formation, liant l’ac- quisition des savoirs à la réflexion critique qui seule permet d’en envi- sager les principes fondateurs et l’usage raisonnable. Ce faisant, la cul- ture commune aura peut-être fait gagner chacun en humanité.

(1) Ancien cosecrétaire général du SNES.

(2) Cf. le livre collectif Pour une culture com- mune, Hélène Romian, Hachette 2000.

TROIS QUESTIONS À DENIS PAGET (1)

L’US : Pourquoi un livre sur la culture transmise à l’École ?

Denis Paget : Parce que c’est une question essen- tielle,éludée par les politiques éducatives depuis que le projet de démocratisation des études s’est imposé.

Il y a eu périodiquement des missions chargées de réfléchir sur les savoirs ; elles ont permis d’éviter un trop grand décalage entre les savoirs scolaires trans- mis et les savoirs vivants; mais aujourd’hui ces mises à jour ne suffisent plus car c’est bien tout le projet culturel de l’École qui est en crise et en mutation, et c’est un facteur majeur de la difficulté d’apprendre comme de la difficulté d’enseigner.

L’US : Qu’est-ce qui caractérise cette crise ? D. P. : Elle a de multiples dimensions à la croisée des relations entre l’École et la société. Disons, pour faire vite, qu’elle reflète une perte d’identité et de repères dont le livre retrace quelques données. La crise vient du fait que l’École est contrainte de dire des normes parfois peu compatibles avec un monde en plein bouleversement.C’est pourquoi les

L

e socle est un outil de transformation du système éducatif. Pour le ministre, le socle est un élément essentiel car il concerne la subs- tance de l’Éducation.

« C’est une étape historique, un acte refondateur comme il y en a eu peu depuis 1882. »

« Le gouvernement présentera tous les trois ans un bilan de la mise en œuvre du socle. L’évaluation des acquisitions sera effectuée régulièrement et avec des paliers. Il faudra préciser dans les pro- chains textes les modalités et les moments des éva- luations. »

ENJEUX

Le socle est pour le SNES un outil de tri social, de remise en cause des disciplines, de la multiplication des évaluations en micro-compétences. Les pro- grammes et la formation des maîtres vont être revus en fonction des compétences attendues du socle. Il s’agit non pas d’une réformette comme cer- tains l’ont dit trop souvent mais bien d’un bascu- lement de notre système éducatif. Certains adhè- rent à cette conception, pas la FSU ! C’est pourquoi nous avons voté contre le socle, tout en essayant de limiter les éléments les plus défavorables pour les disciplines. À l’opposé du socle, nous deman- dons une véritable culture commune pour tous (voir entretien ci-dessous).

SOCLE ET FORMATION

DES ENSEIGNANTS : UNE MÊME LOGIQUE Après le décret sur le socle, le ministre a annoncé qu’une de ses priorités sera la formation des maîtres, c’est-à-dire d’une part la production d’un cahier des charges des IUFM et d’autre part l’intégration des IUFM dans l’Université.

Un premier projet a déjà circulé ainsi qu’un référentiel de compétences (www.edm.snes.edu). À l’opposé d’un enseignant concepteur, il dessine un enseignant technicien de la transmission des apprentis- sages. Au lieu d’une maîtrise ren- forcée de la discipline il propose une formation a minima et un pas supplémen- taire vers la bivalence à travers la connaissance des disciplines « connexes ».

Dans le même esprit, dès cette année les candidats au CAPES ont pu passer une mention complémen- taire dans une autre discipline qui peut les amener à enseigner celle-ci en complément de service.

SOCLE ET DISCIPLINES : DES CHAMPS DISCIPLINAIRES VERS LA BIVALENCE Le socle maltraite certaines disciplines : EPS, ensei- gnements artistiques et lamine la technologie en collège. De plus il introduit une recomposition via

des champs disciplinaires sous prétexte (et sans aucune démonstration) que le découpage en dis- ciplines serait un obstacle aux apprentissages des élèves. Pour le SNES, apprendre c’est construire du savoir à partir des disciplines, puis développer des moments d’interdisciplinarité sur quelques objets pour lier les différentes disciplines. Ici, à tra- vers « les sciences et techniques » ou la « culture humaniste », il s’agit de fondre les disciplines et à terme de n’avoir qu’un enseignant par pôle (cf. expérimentation des sciences intégrées en Sixième et Cinquième). C’est une autre concep- tion de l’enseignement qui peut conduire à une réduction drastique des heures enseignées et du nombre de postes.

SOCLE ET COMPÉTENCES : MUTATION DES PROGRAMMES ET ÉVALUATION PERMANENTE

L’introduction d’un enseignement en compé- tences va entraîner une mutation des programmes

ainsi qu’une modification en profondeur du rap- port de l’élève aux savoirs. Ce choix va conduire à découper les savoirs et savoir faire en micro-com- pétences pour les évaluer. Ce n’est plus la construc- tion de sens, la découverte, le lien entre les connaissances qui est premier mais l’évaluation des micro-compétences, consignée dans un por- tefeuille de compétences dans lequel la place des comportements devient très importante. La place et le temps de l’évaluation risquent de devenir centraux.

SOCLE ET ÉCHEC SCOLAIRE

Il suffirait d’afficher ce qu’aucun élève n’est censé ignorer à la fin de la scolarité obligatoire pour qu’il le maîtrise véritablement. Le décret ne pose jamais la question des conditions de travail des élèves au sein de la classe, ni celle de leur rapport au savoir, ni le temps nécessaire pour les différents apprentissages.

Au nom du socle est programmée une réduc- tion des horaires des élèves au collège (cf. L’US n° 636 sur l’audit en cours) avec le double objec- tif de réaliser des économies substantielles et de permettre une définition pour partie locale des horaires (pour mieux s’adapter à la diversité des élèves).

L’école à venir, plus ségrégative, au nom d’« apti- tudes » naturelles supposées, privera les élèves en difficulté de pans entiers de la culture, parqués dans des parcours dérogatoires sans perspective autre qu’une éviction précoce et massive du col- lège via l’apprentissage junior à 14 ans. Un palier d’acquisition du socle en fin de CM2, ferait resur- gir des classes de niveau dès la Sixième, avec d’un côté les élèves cantonnés à l’acquisition du seul socle et de l’autre ceux qui accéderont à l’en- semble des enseignements.

SOCLE ET ZEP

La circulaire ZEP affiche clairement le socle comme l’unique objectif à atteindre, renvoyant les élèves de milieux populaires à une hypothétique formation tout au long de la vie (on sait pourtant qu’elle ne profite qu’à ceux qui ont bénéficié d’une solide formation initiale). Et les postes à profil dans les EP1 préfigurent une totale déré- glementation pour les élèves comme pour les personnels (par exemple des professeurs des écoles recrutés pour prendre en charge des classes ordinaires du collège).

Le décret sur le socle confirme que cette mesure phare de la loi Fillon constitue un outil redou- table au service d’un véritable tri social au sein d’un collège à plusieurs vitesses et d’un renon- cement à la réussite de tous.

Gisèle Jean, Monique Parra-Ponce, Sylvie Nony

CONSEIL SUPÉRIEUR DE L’ÉDUCATION :

LE TRI SOCIAL EST SUR LES RAILS SOCLE COMMUN

Dans un contexte de suppressions massives de moyens consacrés à l’enseignement secondaire public, le ministère impose,

dans la ligne de la loi Fillon, un socle commun synonyme d’école sans ambition, notamment pour les élèves des milieux populaires.

En la présence de Robien, le SNES et la FSU ont exprimé leur désaccord fondamental avec cette politique à courte vue. Le texte du ministre a été rejeté par le CSE du 8 juin (voir votes ci-dessous). Vous trouverez ci-dessous les principaux éléments du débat.

Denis Paget, ancien cosecrétaire général du SNES, nous fait partager l’attachement de la FSU à une école qui diffuse une culture commune à l’ensemble de la jeunesse.

POSITIONS

Le SGEN-CFDT est favorable au principe du socle commun mais regrette un « empilement de savoirs disciplinaires », alors qu’il fallait « le définir en termes de compétences transversales ». Sa mise en œuvre implique « la transformation du métier » et du service des enseignants.

Le SE UNSA soutient la démarche de l’élaboration d’un socle commun mais juge « le contenu du texte insatisfaisant », regrette des « efforts trop timorés pour sortir des programmes disciplinaires » et pointe des éléments « trop ambitieux ». Par ailleurs, il conteste la présence « d’injonctions comme la dictée ou les leçons distinctes de grammaire ».

La PEEP est pour le socle commun. Elle salue en effet « l’effort de clarification » du texte, qui permettra aux parents de mieux comprendre « ce qu’ils sont en droit d’attendre de l’école ».

La FCPE soutient « la démarche consistant à mettre en place un socle commun ». C’est une « exigence démocratique et un gage d’efficacité », même si le texte actuel « ne répond que très partiellement à cet objectif » et qu’elle craint «une éducation à deux vitesses ».

VOTES

Le CSE examine le décret, donne un avis consultatif, le ministre peut l’appliquer malgré le vote négatif.

Votes sur le texte amendé au CSE du 8 juin : pour : 13 (CGC, UNAPEL, MEDEF, PEEP, UNAF) ; contre : 18 (SUD, FO, FSU, CGT) ; abstentions : 16 (FCPE, UNSA, CFDT, SNALC, CSEN) ; refus de vote : 7 (SGEN, UNEF).

www.edm.

snes.edu

©Clément Martin

(5)

MÉTIER

FRANÇAIS EN BTS

L

es informations les plus contradictoires circulent dans les académies à ce sujet. Rappelons les faits.

Le Conseil d’État a annulé les dispositions relatives

« aux objectifs, contenus de l’enseignement et réfé- rentiel des capacités du domaine de la culture géné- rale et expression pour le BTS ».

À Amiens et Limoges, on considère les textes tou- jours valides,à Lyon,aucune information ne filtre.Cré- teil a diffusé à tous les enseignants de lettres les deux thèmes proposés au programme en insistant sur la nature non officielle du document transmis.

De fait, à la suite de l’annulation de l’arrêté par le Conseil d’État pour vice de procédure, le ministère a entrepris depuis fin mai la consultation des membres des Commissions professionnelles consultatives (CPC) pour présenter à nouveau le texte au Conseil supérieur de l’Éducation de juillet. Rappelons les principaux dispositifs. L’épreuve se déroulera en deux parties, une synthèse objective de textes choi- sis en référence à l’un des deux thèmes au pro- gramme, suivie d’une écriture personnelle à partir d’une question relative au corpus proposé. Le can- didat, dans cette seconde partie, est invité à s’inspi- rer aussi de l’étude de documents, menée en cours d’année. Les thèmes retenus seraient « la fête dans ses dimensions collectives » et « risques et progrès ».

Le document de Créteil joint également les indica- tions bibliographiques (trois). Projet de programme et définition de l’épreuve vaudront pour toutes les spécialités de BTS. Ce qui n’est pas sans poser pro- blème tant la diversité des études de BTS est grande.

On ne tient pas non plus compte des horaires diffé- rents entre sections. Comment, par exemple, répondre aux exigences du programme quand les étudiants n’ont qu’une heure de cours comme en BTS ? Le texte définit aussi les trois situations d’éva- luation de l’unité de français.

Ce programme est applicable à la rentrée 2006 mais il ne sera publié officiellement que mi-juillet. Quel mépris pour les enseignants !

Marylène Cahouet, Valérie Sultan

LANGUES RÉGIONALES

C

inquante collègues ont participé au stage des 30 et 31 mai, consacré à la situation de l’enseigne- ment des langues régionales et organisé par les sec- teurs Éducation et Services publics de la FSU. Les débats ont montré l’extrême diversité des situations et les difficultés auxquelles sont confrontés les ensei- gnants tant dans la filière bilingue publique que dans l’optionnel.

Michel Alessio (Délégation générale à la langue fran- çaise et aux langues de France) a insisté sur l’égale dignité des langues comme outil de communication et vecteurs de culture. La France ne doit pas être un pays dans lequel « meurent » des langues vivantes ! Gilbert Dalgalian (psycho-linguistique) a souligné le rôle formateur du bilinguisme précoce sur le plan lin- guistique,intellectuel mais aussi politique. Jean-Pierre Thomin (en charge de la politique linguistique de la région Bretagne) et Jean-Claude Hiriart (directeur du GIP pour la langue basque) ont présenté les situa- tions très différentes de leurs régions respectives.Des questions nouvelles se posent à la FSU aujourd’hui : l’État est affaibli ; il se désengage et se restructure de manière non démocratique en faisant des préfets de Région de véritables proconsuls. L’État n’est plus garant de l’égalité entre les territoires et entre les citoyens. Ces questions seront débattues lors du congrès de janvier 2007. Les collègues ont rappelé l’urgence pour la FSU de s’emparer de ces questions, ainsi que la nécessité d’une plus grande visibilité des LR dans les publications et sur le site de la FSU.

Thérèse Jamet-Madec

SES : BILLET D’HUMEUR

L

uc Ferry réinvente « l’entreprise » et le « mar- ché ». « Les programmes d’économie me sem- blent, en effet, hors du monde, bourrés d’idéologie.

Je n’ai pas réussi à les changer autant que je l’aurais voulu, mais j’y ai quand même introduit des notions aussi extravagantes “qu’entreprise” ou “marché” qui étaient absentes des textes avant mon arrivée ».Tels sont les propos grotesques tenus par Luc Ferry dans L’Expansion (31 mai 2006). Car ces notions ont tou- jours été ancrées dans les programmes depuis la naissance des sciences économiques et sociales. Les propos de l’ancien ministre pourraient prêter à sou- rire s’ils ne s’inscrivaient pas dans un procès en sor- cellerie mené depuis plusieurs années par une cer- taine presse « bien pensante », et aujourd’hui par les Échos, par des représentants du MEDEF et par nos ministres de l’Éducation nationale, MM. Ferry et de Robien, procès dont l’objectif est de dénoncer l’en- seignement des SES comme idéologique parce qu’il prétend rendre compte des différentes théories et développer l’esprit critique des élèves.

Certes, on aurait pu faire mieux, en créant par exemple une option intitulée « Approches écono- mique et sociologique de l’entreprise ». Une telle option avait effectivement été imaginée par le gou- vernement qui a perdu les élections législatives de 1993 et immédiatement étouffée avant sa mise en place par la nouvelle équipe gouvernementale qui venait de nommer un certain Luc Ferry président du Conseil national des programmes... M. Ferry a donc raison de prétendre dans L’Expansion que « la droite républicaine reste indigente sur le plan intel- lectuel », qu’elle « n’aime pas les idées » : il y est pour

quelque chose ! Georges Ortusi

L

es propositions de Ségolène Royal, la contre- offensive de Nicolas Sarkozy ont défrayé la chronique et alimenté la polémique. Il ne nous appartient pas de juger les stratégies politiques des uns et des autres. En même temps, les questions posées, les solutions avancées ne peuvent être balayées d’un revers de main.

PRENDRE LA JUSTE MESURE DE LA VIOLENCE

Certes la violence est parfois grossie par l’effet de loupe des médias. Elle est aussi exagérée à dessein par une partie des politiques. Mais toutes les enquêtes montrent bien que la violence se déve- loppe, en milieu scolaire comme dans toute la société, sous toutes ses formes (violences phy- siques, incivilités), perturbant très gravement les établissements et portant atteinte aux person- nels, dans leur intégrité physique et morale, comme dans leur exercice professionnel. Sans oublier que les jeunes en sont les premières victimes.

DES RÉPONSES IMMÉDIATES

La violence ne peut en aucun cas être excusée, doit être fermement combattue et sanctionnée, en recourant aux procédures disciplinaires existantes et en n’hésitant pas, à chaque fois que nécessaire, à solliciter l’intervention de la police et de la justice, ce qui n’a rien à voir avec une présence policière permanente dans les locaux de l’établissement.

Pour éviter l’intrusion d’éléments extérieurs, au- delà de dispositifs divers dont certains sont contes- tables (vigiles par ex.), rien ne vaut une forte pré- sence de personnels d’éducation. On en a pourtant

supprimé 30 000 en quatre ans ! Quant aux struc- tures d’enfermement à encadrement militaire ou policier, l’expérience passée montre qu’elles sont inefficaces et génératrices de nouvelles violences.

Par ailleurs, le SNES propose que, dans les établis- sements les plus difficiles, soient immédiatement améliorées les conditions de travail (baisse des effectifs) et mis en place des équipes pluriprofes- sionnelles de suivi.

AU-DELÀ, S’ATTAQUER AUSSI AUX ORIGINES DE LA VIOLENCE

L’accent mis par certains politiques de plus en plus fortement et de plus en plus exclusivement sur la répression, le refus de faire ce qu’ils appellent de l’« angélisme », les conduit à faire l’impasse ou à faire passer au second plan leurs propositions pour combattre ce qui est à l’origine de la vio- lence. Pourtant la crise des banlieues a mis en évi- dence, une fois de plus, qu’il n’y aurait pas de solu- tion durable sans que l’on s’attaque vraiment à l’essentiel : le chômage, la précarité, l’exclusion sociale, les discriminations notamment ethniques et les ségrégations urbaines.

PARIER AUSSI SUR L’ÉDUCATION

Enfin nous serions de bien piètres enseignants et éducateurs, nous n’aurions que bien peu de foi dans notre mission et dans la jeunesse si nous n’osions pas dire comme le fait à sa manière Philippe Meirieu dans Libération « Contre la vio- lence, essayons aussi l’Éducation ».

Sur ce plan presque tout reste à faire : prévenir l’échec scolaire dès les premières années et tout au long de la scolarité, faire acquérir à tous les jeunes une culture commune et non se contenter, pour une grande partie d’entre eux, du seul socle com- mun, lutter contre les inégalités sociales avec, en particulier, une vraie politique d’Éducation priori- taire, aller vers une réelle égalité entre les 3 voies générale, technologique et professionnelle du lycée, aider toutes les initiatives visant à faire tra- vailler les jeunes ensemble et avec les autres géné-

rations... Bernard Boisseau

«

A

lors qu’il y a chaque année 150 000 jeunes sans diplôme ni qualification(1), lorsque j’évoquais l’apprentissage on me répondait que ce n’était pas notre culture ». Ainsi de Gilles de Robien à Édith Cresson, l’apprentissage est encore présenté comme l’outil à développer pour lutter contre les sorties sans qualification. La réa- lité est certainement plus nuancée. Le SNES a mis en garde les parents contre « le miroir aux alouettes » que présente l’apprentissage (voir com- muniqué de presse sur le site du SNES).

Car l’apprentissage génère lui aussi des sorties sans qualifications (voir encadré).

Si, pour les formations dans ses secteurs tradi- tionnels, l’apprentissage est pour le collégien un moyen, voire le seul moyen, pour acquérir un niveau de qualification, cela ne peut être profi- table qu’aux jeunes ayant un vrai projet de for- mation, conscients des difficultés et des particu- larités de ce statut de salarié en formation initiale.

En développant une campagne promotionnelle sur

l’apprentissage, le gouvernement et les Régions ris- quent de mettre en difficultés nombre de jeunes qui n’ont pas appréhendé l’ensemble des ques- tions relatives à ce mode de formation. Plutôt que

Soit 360 000 jeunes en contrat d’apprentis- sage dont 250 000 en formation de niveau V (CAP, BEP) d’une durée de deux ans. Sachant qu’environ 25 % des contrats sont rompus en cours de formation et principalement lors des deux premiers mois.

Questions : Combien de jeunes sortent sans qualifications des formations par apprentis- sage ?

Réponse : 250 000 ×25 % ≈30 000 jeunes 2

Conclusion : environ la moitié des jeunes sans qualification sont issus de l’apprentissage.

Gilles de Robien et Dominique de Villepin qui s’essaient à l’épreuve de philo du bac devraient également tester leurs connais- sances en arithmétique.

« P EUT - ON ENCORE ÉTUDIER ET ENSEIGNER L HISTOIRE DES PAUVRES ? »

Participez aux Rendez-vous de l’Histoire

PRÉSIDENTIELLES 2007

DÉLINQUANCE :

AU-DELÀ DE LA POLÉMIQUE

APPRENTISSAGE :

LA VÉRITÉ DES PRIX

de publicité, c’est donc d’information dont ils ont besoin.

Thierry Reygades, [email protected]

(1) Édith Cresson, France 2, 12-6-2006, Madame le Premier ministre confond encore tout : 150 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans diplôme (hors BEPC) dont 60 000 sans qualifications, c’est-à-dire qui n’ont pas terminé leur parcours de formation.

Le SNES permet, dans le cadre d’un stage syndical, à des professeurs d’histoire-géographie syndiqués de participer aux Rendez-vous de l’His- toire de Blois (12-14 octobre) : une journée de réflexion animée par le SNES et deux réunions syndicales permettant de faire le point sur l’ac- tualité dans nos disciplines. Ins- cription par courriel avant le 7 juillet auprès de formation.syndicale@

snes.eduqui vous adressera les informations pratiques(1).

« Les Rendez-vous de l’Histoire » de Blois : lieu de rencontre de pro- fessionnels et d’amateurs de l’his- toire ; quatre jours de débats, confé-

rences, films, ateliers, salon du livre d’histoire avec plusieurs centaines d’historiens. Thème 2006 : L’ar-

gent, en avoir ou pas. (Site offi- ciel :rdv-histoire.com).

Pour la quatrième année consécu- tive, le SNES animera, avec le concours d’une dizaine de cher- cheurs français et étrangers, une journée de réflexion sur le thème :

« Peut-on encore étudier et ensei- gner l’histoire des pauvres ? ».

Trois axes de réflexion ont été retenus :

• les études sur la pauvreté (his- toire, sociologie), état des lieux et renouvellement des approches : si la sociologie a renouvelé ses approches, les études historiques restent tributaires des difficultés

que connaît l’histoire sociale ;

• les programmes et manuels, évo- lution et situation présente : les pauvres ont-ils jamais eu une place dans l’enseignement secondaire ? Si les ouvriers et prolétaires s’y sont parfois trouvés, la situation est aujourd’hui plutôt catastro- phique ;

• comment enseigner l’histoire des pauvres ? On essaiera de voir l’in- térêt d’approches interdisciplinaires pour travailler tant sur les repré- sentations que sur la réalité de la pauvreté.

(1) Une participation aux frais sera demandée.

©DR/Creacarte ©Daniel Maunoury

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