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Academic year: 2022

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PCSI 2 – Lycée Carnot - Dijon Dilatation du temps en relativité restreinte

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DILATATION DU TEMPS EN RELATIVITE RESTREINTE : LA DESINTEGRATION DES MUONS COSMIQUES

I Introduction

L’un des résultats le plus surprenant de la relativité restreinte est celui du ralentissement des horloges pour un observateur dont le référentiel est animé, par rapport à celui où ces dernières sont au repos, d’une vitesse non négligeable devant celle de la lumière. S’il n’existe pas dans la vie courante d’objet avec lesquels on pourrait vérifier cette affirmation, il n’en est pas de même dans le monde subatomique.

Pour étudier ces objets et leurs propriétés, les expériences sur les rayons cosmiques constituent un moyen particulièrement intéressant pour mettre en évidence les propriétés fondamentales d'un tel rayonnement. Parmi celles-ci, ce sont les muons (ou mésons µ), notés µ, qui conviennent le mieux.

II Vie des muons

Les rayons cosmiques, formés essentiellement de protons, bombardent en permanence les hautes couches de l’atmosphère terrestre.

Les interactions entre ces particules et les noyaux des atomes formant les molécules de ces couches supérieures produisent des gerbes d’objets subatomiques parmi lesquels on trouve des muons. Ces muons se déplacent avec une vitesse proche de celle de la lumière dans le vide, notée c. Cependant ce sont également des particules instables qui se désintègrent, pour ceux chargé négativement, en un électron, un neutrino et un antineutrino.

Le processus de désintégration est intrinsèquement aléatoire : on ne peut pas prédire la durée de vie d'un muon donné. Par contre, on peut déterminer la durée de vie moyenne du muon, t, qui est la moyenne calculée à partir des diverses durées de vie de nombreux muons pris dans un grand échantillon. La loi de désintégration est de la forme N = N0.e-t/t

avec N le nombre de particules à un instant t quelconque, N0 le nombre de particules à l’instant t = 0, et t la constante de temps de la désintégration ou durée de vie moyenne qui, pour le muon, vaut 2,2 μs.

Avec une vitesse presque aussi élevée que 300 000 km.s-1, donc 300 m.μs-1, ils devraient parcourir, en moyenne, une distance un peu supérieure à 600 m après leur création. Or beaucoup d’entre eux traversent toute l’atmosphère et parviennent jusqu‘au niveau de la mer. Alors, comment ces particules font elles pour parvenir jusqu'à une altitude voisine de zéro ?

III La dilatation du temps en relativité restreinte

La relativité restreinte nous apprend que l’intervalle de temps Dt0 (temps propre) mesuré dans le référentiel propre (R0) de la particule - c’est à dire celui dans lequel elle est au repos - est plus court que n’importe quel autre intervalle correspondant Dt (temps impropre) mesuré dans un autre référentiel (R) animé, par rapport à (R0), d’un mouvement uniforme à la vitesse v.

La relation entre les deux est : Dt = g.Dt0 avec 𝛾 = !

"!#!"#"> 1.

Cette dilatation du temps est une conséquence directe de l’invariance de la vitesse de la lumière, quel que soit le référentiel dans lequel elle est mesurée.

IV Principe de la méthode

En 1962, deux physiciens américains du MIT (Massachusetts Institute of Technology, à Cambridge, près de Boston), David H. Frisch et James H. Smith, réalisent au sommet du Mont Washington (1910m), dans le New Hampshire, la mesure du nombre de désintégrations de muons cosmiques pendant une heure. Pour chaque muon stoppé dans le détecteur, ils en mesurent également la durée de vie propre pour obtenir la distribution sur une heure de tous les muons. Prévoyant de réaliser la même expérience à proximité du niveau de la mer (3 m), ils déterminent, d’après leurs mesures, le nombre de muons survivants après 1907 m de voyage supplémentaire.

Conduisant cette seconde expérience au MIT, ils constatent qu’ils détectent beaucoup plus de muons que ce qui était prévu ; ceci est alors interprété grâce à la dilatation relativiste des durées dans un repère en mouvement par rapport à l’observateur.

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2/4 V Réalisation de l’expérience

Schéma du dispositif

Le détecteur est un scintillateur constitué d’un matériau qui interagit avec les particules chargées en émettant de la lumière. Les photons émis sont ensuite convertis en électrons par un photomultiplicateur qui en amplifie aussi le nombre. Le signal électrique de sortie du photomultiplicateur est envoyé sur un oscilloscope, dont l'écran est filmé par une caméra. On obtient donc deux signaux, l’un correspondant au muon et l’autre à l’électron émis lors de sa désintégration (photographie ci-dessous où l’on observe un décalage temporel de 2,9 ms entre les deux évènements pour une mesure). Le signal lumineux émis par l'écran est lui-même recueilli, convertit et amplifié par un deuxième photomultiplicateur, dont le signal de sortie est envoyé à un dispositif d'enregistrement.

Pour obtenir des résultats significatifs il faut isoler des muons ayant des vitesses très voisines les unes des autres. Les deux physiciens vont donc sélectionner des muons ayant des vitesses comprises entre 0,9950 c et 0,9954 c, ce qui représente moins de 1% de ceux arrivant au-dessus du sélecteur choisi. Pour cela ils placent le détecteur sous une épaisseur de fer de 76 cm calculée de façon à ce que les muons ayant une vitesse inférieure à 0,9950 c s’arrêtent avant le scintillateur et ceux ayant une vitesse supérieure à 0,9954 c traversent le scintillateur sans s’arrêter. Au niveau de la mer, la pile de fer sera moins haute pour tenir compte de l’épaisseur atmosphérique supplémentaire.

Photographie de l’expérience Écran de l’oscilloscope

VI Résultats

Plusieurs séries de mesures ont été faites et reportées dans un tableau :

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On en déduit la représentation graphique suivante pour la première série de mesures :

Chaque segment vertical correspond à un muon qui s’est désintégré dans le scintillateur et sa longueur représente la durée de vie propre de la particule. Sur la droite est disposée une échelle donnant la correspondance entre le nombre de muons survivants et le temps écoulé depuis l’arrêt du muon. On constate que cette durée de vie varie dans de larges proportions. On peut rechercher la forme de la distribution en regroupant le nombre de survivants pour chaque tranche de 1 μs :

La colonne supplémentaire est celle d’une loi exponentielle pour la distribution dans le temps du nombre de muons survivants. Elle est de la forme : N(t) = 568.e-t/t avec t = 2,2 µs.

Comme on peut le constater les mesures (marques) et le modèle (courbe) correspondent l’un avec l’autre avec une excellente précision comme le confirme le diagramme ci-dessous N(t) :

0 100 200 300 400 500 600

0 2 4 6 8

Nombre de muons survivants 0,7 µs

6,4 µs

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Les muons sélectionnés ayant, à mieux qu’un pour cent près, la vitesse de la lumière, on peut calculer facilement le temps qu’ils mettent pour passer d’une altitude de 1910 m à une altitude de 3 m. On a, dans le référentiel terrestre :

Δ𝑡 =1910 − 3

3. 10$ = 6,4𝜇𝑠

On peut alors obtenir sur le graphique précédent le nombre de 27 survivants attendus au bout de ces 6,4 µs.

C’est très inférieur au nombre effectivement mesuré à Cambridge qui est de 412.

Si l’on regarde sur le premier diagramme on constate qu’un nombre de 412 survivants correspond à une ligne passant par Dt0 : 0,7 µs.

VII Conclusion

En résumé, Smith et Frisch ont donc déterminé :

* La distribution statistique de la durée de vie des muons dans un référentiel R0 où ils sont au repos. C’est donc une durée propre.

* Le nombre théorique Nth (en mécanique classique où le temps est une grandeur absolue) de muons survivants jusqu’au niveau de la mer après être passés au sommet du Mont Washington : Nth = 27.

* Le nombre expérimental Nexp de muons survivants au niveau de la mer (Cambridge) après être passés au sommet du Mont Washington dans un intervalle de temps du laboratoire de Dt = 6,4 μs : Nexp = 412.

* La durée au bout de laquelle il reste, dans le référentiel de repos du muon un nombre de 412 de survivants. Ils trouvent Dt0 = 0,7 μs.

Autrement dit, on peut affirmer qu’une durée de 6,4 μs dans le repère du laboratoire ne correspond plus qu’à une durée de 0,7 μs dans celui du muon. C’est le phénomène relativiste de dilatation du temps. On peut alors calculer le facteur g :

𝛾 = Δt Δ𝑡%= 9 Ce résultat est cohérent avec l’expression 𝛾 = !

"!#!"#" pour v = 0,994 c en moyenne.

Bibliographie :

* Désintégration du muon : une horloge relativiste – Pierre Magnien.

* Measurement of the Relativistic Time Dilatation Using µ-Mesons DAVID H. FRISH AND JAMES H. SMITH

Science Teaching Center and Department of Physics, Massachusetts Institute of Technology, Cambridge, Massachusetts American Journal of Physics – volume 32 pages 342 to 355 - Received 14 January 1963

An experiment has been performed to demonstrate the relativistic time dilatation as a large effect, using only comparatively simple equipment. µ-mesons incident on top of Mt Washington, New Hampshire, were selected to have speeds in the range between 0.9950 c and 0.9954 c. The number of these which survived to reach sea level was measured in Cambridge, Massachusetts. The number expected without time dilatation was calculated from the distribution of decay times of these µ- mesons (i.e., the mean life as measured in both this experiment and others) and from the known distance of descent. The observed time dilatation factor is 8.8 ± 0.8 to be compared with the effective time dilatation factor calculated for mesons of these speeds in our detection geometry 1/(1-v2/c2)1/2 = 8.4 ± 2.

* Temps propre et temps impropre : la désintégration du muon – C. Ehanno.

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