A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION A
H. B ACRY
Le spin et la relativité restreinte
Annales de l’I. H. P., section A, tome 56, n
o4 (1992), p. 345-356
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345
Le spin
et la relativité restreinte
H. BACRY
Centre de Physique Théorique, C.N.R.S. et Faculté des Sciences de Marseille-Luminy, Case 907, 13288 Marseille Cedex 9, France
Ann. Inst. Henri Poincaré,
Vol. 56, n° 4, 1992, Physique ’ théorique ’
RÉSUMÉ. - Le
remplacement
del’opérateur
deposition
deSchrÖdinger
par un
opérateur impliquant
les variables despin
nous conduit à modifierlégèrement
les formules de transformation de Lorentz. Nous donnons unedérivation de la
façon
dontl’énergie, l’impulsion,
les coordonnéesd’espace
et de temps se transforment sous un boost.
ABSTRACT. - The
replacement
of theSchrÖdinger position
operatorby
a new one
involving
thespin
variablesobliges
us tomodify slightly
theformulas of Lorentz transformations. Hère we
give
a classicaldescription
of the way energy, momentum, space and time coordinates transform under a boost.
Un examen
approfondi
des fondements de la relativité restreinte clas-sique
et de sesprolongements quantiques
m’a conduit àenvisager
unereformulation de cette théorie afin de résoudre les difficultés de
principe qui
lui sont attachées. Laprésente
note vise àpublier
lespremiers
résultatsde cette
investigation.
Il me faut tout d’abord
rappeler
leplus
brièvementpossible
les raisonsqui
m’ont conduit aux modificationsproposées,
raisons dont on trouvera par ailleurs unedescription
détaillée([ 1 ]-[5])
etqu’il
me faut relier entreelles.
Annales de l’Institut Henri Poincaré - Physique théorique - 0246-0211
Le
plus grand
succès de la relativité restreinte est, sans conteste, celui de la conservation del’énergie-impulsion
relativiste avec, enparticulier,
lafameuse formule d’Einstein
E = me2.
La validité de cette loi de conservation dans le domainequantique oblige
toute nouvelle théorie à lareprendre
encompte d’une manière ou d’une autre. Insistons en passant sur le rôle essentiel que
joue
cette loi enélectrodynamique
dans le calcul des dia- grammes deFeynman.
A
l’opposé,
la validité del’espace-temps
de Minkowski est loin d’être aussi bien assurée. Elle peut être contestée àplusieurs
niveaux.1. Dans sa tentative de
description
concrète de mesure deslongueurs
etdu
temps
à l’aided’horloges
et designaux lumineux,
Einstein faitimplicite-
ment une
approximation qui,
si elle étaitcomprise
defaçon stricte,
contre- dirait la théorie de Maxwell. Eneffet,
unsignal
lumineux nepeut
êtrecapté
que par unrécepteur
dont les dimensions sont de l’ordre dequelques longueurs
d’onde. Celaoblige
àprendre
en considération des distances entre des «points »
dont l’étendue est de l’ordre dequelques
microns. Lathéorie est donc essentiellement une théorie
macroscopique.
Leremplace-
ment des
signaux
lumineux par dessignaux
delongueur
d’ondeplus
courte ne résout pas cette difficulté car la
longueur
d’onde d’une ondeélectromagnétique
n’est pas un invariant relativiste : il existeratoujours
un observateur pour dire que la
longueur
d’onde estsupérieure
à toutelongueur
donnée à l’avance. Enconséquence,
une fois que l’on a convenude l’ordre de
grandeur
de l’étendue des «points » matériels,
on se trouvenécessairement limité quant aux transformations de Lorentz autorisées.
Un corollaire est
qu’on
ne saurait considérerl’espace
de la relativité restreinte commecomposé
depoints
au sens euclidien du terme[4].
2. A cette difficulté propre à la relativité restreinte
classique,
considéréecomme une théorie per se, vient se
greffer
celle due auspin
duphoton [2].
On pourra s’étonner de me voir
évoquer
lespin
à propos de la relativitéclassique.
Eneffet,
pour laplupart
desphysiciens,
lespin
est une obser-vable essentiellement
quantique.
Il existecependant
unéquivalent classique
de cette notion tout à fait
acceptable,
sauf pour desparticules
de massenulle comme le
photon.
Chacun sait que lespin
duphoton
a pourorigine
la transversalité des ondes de Maxwell. Bien que ce soit
justement
laconfrontation de la
mécanique
avec la théorie de Maxwellqui
soit àl’origine
de la relativitérestreinte,
cettepropriété
de transversalité estdélibérément
ignorée
dansl’analyse
einsteinienne parsignaux
lumineux.Pour
expliquer
enquoi l’espace
de Minkowski estincompatible
avec latransversalité des ondes de
Maxwell,
il nous faut examiner certains résultats des travaux deWigner
enphysique quantique.
Noussoulignerons
aupara- vant le succès incontestable du travail deWigner
sur lesreprésentations
irréductibles du groupe de Poincaré
[6] qui
met en évidence le rôleprivilégié
de
l’espace
desénergie-impulsions
et celui du momentangulaire
despin.
347
LE SPIN ET LA RELATIVITÉ RESTREINTE
Cette
investigation
situe dans un seul et même cadre lephoton
et lesautres
particules,
une situation quej’ai désignée
ailleurs sous le nom desymétrie de de Broglie [5].
Il estremarquable
que dans son étude sur le groupe dePoincaré, Wigner
ne fait aucune référence àl’espace-temps
deMinkowski car, à aucun moment, celui-ci ne semble nécessaire. C’est
plus
tard que
Wigner
s’intéressera avec Newton[7]
auproblème
del’opérateur position
pourchaque
type departicule, probablement
avecl’espoir
dedécouvrir
quelque
information surl’espace-temps.
Ceproblème
seraplacé
dans un contexte
plus rigoureux
parWightman [8]
et,indépendamment,
par
Mackey [9], toujours
dans le cadre même desreprésentations
du groupe dePoincaré,
en faisant usage de la notion desystème d’imprimitivité
deMackey [10].
Ces travauxremarquables
sur les états localisés dessystèmes
aboutissent à des résultats décevants du
point
de vue de laphysique; parmi
ceux-ci nous retiendrons le suivant : le
photon ne possède
paslocalisés,
cequi signifie,
pour êtreplus précis,
que dansl’espace de
Hilbertdes états à un
photon (1),
aucun veeteur ne peut êtreinterprété
commedécrivant un
photon
localisé dans unerégion
donnée del’espace. Soulignons
que cette difficulté est propre aux
particules
sans masse et d’héliciténon nulle. La transversalité des ondes de Maxwell brise la
symétrie
dede
Broglie !
On
pourrait
croire que cet état des choses est inhérent à lamécanique quantique.
Il n’en est rien.Lorsque j e
me suis aperçu([ 11 ], [ 12])
que l’onpouvait
définir un espace desphases
pour lesparticules massives,
avec ousans
spin,
àpartir
du seul groupe dePoincaré, je
me suis heurté à uneimpossibilité
d’une telleapproche
pour lephoton.
Les résultats insatis- faisants des travaux deNewton-Wigner-Wightman-Mackey
avaient leurcontrepartie
dans cette tentative.Malgré
les travauxremarquables
que cette tentative a suscités chez Souriau et son école sur les orbitessymplec- tiques
du groupe de Poincaré([ 13], [14]) [orbites
classées par Arens([ 15]- je
restais convaincu que ce groupe devait être remis en cause pour des raisonsphysiques. Vingt
ansplus tard, je comprenais
mon erreur : enréalité,
les succès du groupe de Poincaré concernantl’espace
desénergie- impulsions
nous forcent à conserver ce groupe enphysique microscopique.
Pour rétablir la
symétrie
de deBroglie
et résoudre les difficultés duphoton
il suffit de réviser notre
conception
del’espace-temps, et
seulement deAprès
tout,l’électrodynamique quantique ignore l’espace-
temps en tant que tel.Malgré
leurorigine,
lesparamètres
x, y, z, t del’électrodynamique quantique jouent
un rôlequi
n’a rien à voir avec leshorloges
et lessignaux
d’Einstein :(a)
ce sont des indices muetslorsqu’il
e) Mentionnons ici, à ce propos, l’une des contradictions actuelles des traités de physique quantique. La plupart des traités font comme si cet espace de Hilbert n’existait pas puisqu’ils
affirment qu’un photon est toujours dans un état propre des opérateurs énergie et impulsion.
s’agit d’intégrer
une densitélagrangienne, (b)
ils permettent d’écrire la localité des interactions(théories
dejauge incluses)
mais cette localité estbrouillée par la renormalisation. Ne
pourrait-on
pasespérer
que l’interven- tion duspin (qui
se mesure en unités~/2)
dans la structure del’espace-
temps vienne apporterquelque
amélioration àl’électrodynamique
quan-tique ?
En d’autres termes, ne faudrait-il pas introduire la constante de Planck dansl’espace-temps
avant de construire une théorie deschamps ?
Une
piste
dans cette voie fut fournie par la découverte fortuite d’un candidat pourl’opérateur position
duphoton [18].
Les composantesX, Y,
Z de cet
opérateur
ne commutant pas, cela revenait à admettrequ’il
étaitimpossible
de mesurer simultanément les trois coordonnées de laposition
du
photon. Malgré
le caractère révolutionnaire et séduisant de cetopéra-
teur, ce n’est que
plus tard,
en1986, après
des conversations encouragean- tes avec AlainConnes,
queje m’attaquais
véritablement àl’exploration
de ce
problème.
Il allait de soiqu’on
nepouvait
accepter, pourl’opérateur position
duphoton,
desrégies
distinctes de cellesqui
étaientappliquées
aux autres
particules.
Cela entraînait inévitablement lerejet
del’opérateur
de
Newton-Wigner
et, parconséquent,
lerejet
des axiomes deWightman.
C’est ce
qui
me conduisit à laproposition
faite dans la référence[1] ]
etdiscutée dans
[2], [3]
et[5].
Je me contenterai ici derappeler
cetteproposi-
tion et d’énumérer les
principaux
argumentsqui
viennent militer en safaveur.
Soient
M~
etP~
lesopérateurs
moments d’unereprésentation
du groupe de Poincaré associée à uneparticule
de type donné. Le tenseurantisymé- trique M~
a unepartie
«magnétique »
J et unepartie
«électrique »
K.C’est le vecteur
qui
sert de définition au nouvelopérateur position (H
est mis à laplace
de
Po).
Plusprécisément (puisque
toute observablequantique
a unpendant classique)
cetopérateur
estl’équivalent quantique
de laposition
d’une droite d’univers dansl’espace-temps (c’est-à-dire
une infinitéd’événements)
et
n’importe quel opérateur
R(t)
obtenu enremplaçant
dans la formulede définition
( 1 )
le vecteur K parK + t P joue
le même rôle que R. Nousverrons
plus
loinl’importance
de cette remarque.Avant de passer en revue les arguments en faveur du nouvel
opérateur, je
me dois desouligner,
aurisque
desurprendre, qu’il
intervientexplicite-
ment dans
l’électromagnétisme classique
de Maxwell[il
estdésigné
par i Ddans
l’ouvrage [ 19] (2)]
et que si l’onapplique
la définition( 1 )
à l’électron (2) C’est à ma connaissance le seul endroit où il apparaît. Bien entendu, puisqu’il s’agitd’un cadre classique, il n’est pas interprétable comme observable.
349
LE SPIN ET LA RELATIVITÉ RESTREINTE
de Dirac
(représentation
réductible du groupe dePoincaré),
on obtientl’opérateur position Xs proposé
parSchrôdinger [20]
pour résoudre les difficultésd’interprétation
del’équation
de Dirac(à
savoir l’intervention des états àénergie négative,
leparadoxe
de la vitesse et leparadoxe
deKlein).
Lapostérité
n’a retenu de cetteproposition
deSchrödinger
que le fameuxzitterbewegung
décrit par la différence entre le vecteurXs
etl’opéra-
teur usuel de
position
X. Il seraitinjuste
de ne pas mentionnerégalement
les tentatives de nombreux auteurs pour
pallier
l’absenced’opérateur position
pour lephoton.
Force est de constatercependant qu’aucune
d’elles n’a été
exploitée
avec conviction par ces auteurs(3).
Venons-en à l’énumération des arguments en faveur de
l’adoption
del’opérateur position
dont nous venons derappeler
la définition.1. La
symétrie
de deBroglie
est rétablie. Lesparticules
sontplacées
dans un même cadre
théorique
vis-à-vis de la relativité.2. L’idée
qu’un photon
est d’autant mieux localisable que sonénergie (ou
sonimpulsion)
estplus grande
est établie avecrigueur. Rappelons
que,
jusqu’ici,
les relations d’incertitude deHeisenberg
n’étaient pasappli-
cables au
photon.
3. Le
phénomène
des interférences lumineuses se voit muni d’une inter-prétation corpusculaire
deprincipe,
le passage par des fentes pouvants’interpréter
comme une mesure deposition.
On se passe ainsi duprincipe
de
complémentarité
de Bohr(4).
4. Pour
expliquer
ladisparition progressive
de lafigure
d’interférencesélectroniques
obtenues à l’aide defentes, lorsqu’on
éclaire ces électronspar une source de
lumière,
onprésente
usuellement deuxexplications distinctes,
suivant la nature de la sourceemployée :
uneexplication
corpus- culaire si l’on fait croîtreprogressivement
le flux dephotons
émis par la source, uneexplication
ondulatoire si l’on fait croître lafréquence
de lasource
[22].
Pour une situation intermédiaire où l’on ferait varier simulta- nément ces deuxfacteurs,
leprincipe
decomplémentarité
de Bohr semontre
impuissant
à fournir uneinterprétation.
Avec le nouvelopérateur, l’interprétation corpusculaire
est suffisante car la non-commutativité des coordonnées induit une relation deHeisenberg qui équivaut
à l’incertitude donnée par la tache de diffraction(ondulatoire)
sur laposition
de l’électron que l’on essaie de cerner en l’éclairant.e) Citons cependant l’article [21] dans lequel les auteurs introduisent un opérateur position
pour les particules de spin un. Il s’agit d’un cas particulier de l’opérateur dont il est question
ici.
(4) Il est bon de noter, à ce propos, que la plupart des physiciens réagirent de façon polie
à l’énoncé du principe de complémentarité de Bohr. On soulignait ses difficultés d’application quand on n’allait pas jusqu’à affirmer qu’il était pratiquement incompréhensible.
5. A
l’approximation galiléenne,
ce nouvelopérateur position
redonnel’opérateur
deposition
habituel deSchrôdinger
de lamécanique quantique
non relativiste.
6. A
l’approximation
non relativiste(des
faiblesimpulsions (5)),
leremplacement
del’opérateur
habituel deSchrôdinger
par le nouvelopéra-
teur dans
l’expression
dupotentiel fournit,
comme terme correctif aupremier ordre,
le traditionnelcouplage spin-orbite.
7. Un travail récent de
Grigore
tend à formuler lacontrepartie
desaxiomes de
Wightman
enphysique symplectique [23].
Les conclusionsauxquelles
il aboutit confirment que les difficultés sur laposition
sontindépendantes
du caractèrequantique.
Les crochets de Poissonqu’il
pro- pose pour lephoton
constituent une confirmation de maproposition.
Unarticle
indépendant [24]
vientégalement l’appuyer.
On se
demandera,
àjuste raison,
si leremplacement
del’opérateur
de
position
deNewton-Wigner
par celui del’équation ( 1 )
constitue unbouleversement
important.
En cequi
concerne lesparticules
massives sansspin,
les deuxopérateurs
coïncident etconduisent,
àl’approximation
nonrelativiste,
àl’opérateur
deSchrôdinger
de lamécanique quantique.
Pourles
particules
massives àspin,
l’écart entre les deuxopérateurs
estinsigni-
fiant même aux
énergies relativistes;
cet écart est maximal pour uneénergie égale
à (pmc2,
où cp est le nombre d’or. Celareprésente,
pour unélectron,
une correction au
plus égale
à/ /520142=0,243 fois
lalongueur
d’ondeCompton.
Comme nous l’avonsdéjà mentionné,
ce terme correctif estresponsable
ducouplage spin-orbite.
Le
grand
bouleversement intervient pour lesparticules
de masse nulle àspin (neutrinos
etphoton).
La localisabilité croît avecl’énergie
de laparticule.
On peutparler
dephotons
delongueur
d’ondekilométrique.
Ilssont mal localisés. Pour
pouvoir l’affirmer,
il fallait définir unopérateur position.
Examinons maintenant ce que la relation
( 1 ) implique
comme limiteclassique
ou, pours’exprimer
autrement, cherchons comment devrait être modifiél’espace
de Minkowskilorsqu’on
introduit la notion despin.
Ilest clair que la nécessité de lier le
spin
auproblème
de la localisation entraîne ladisparition
de la ressemblance formelle entre espace de Minkow- ski et espaced’énergie-impulsion.
On sait
qu’en mécanique quantique,
ladécomposition barycentrique
habituelle du moment
cinétique
en moment orbital et moment despin
n’est valable que pour des
particules massives;
il est naturel de modifier la formulecorrespondante
de telle sorte que les observables soient les mêmes pour toutes lesespèces
departicules.
Cetteexigence
nous amène àe) Qu’il faut distinguer de l’approximation galiléenne où c tend vers l’infini.
351
LE SPIN ET LA RELA TIVITÉ RESTREINTE
définir de nouvelles variables. Précisons :
l’opérateur position
de Newton-Wigner Q fournit,
pour lesparticules massives,
ladécomposition
suivantedu moment
angulaire :
où L =
Q
x P(moment orbital)
et S(moment
despin)
vérifientséparément
les relations de commutation des moments
angulaires.
Avec le nouvelopérateur position R,
on est amené à introduire unedécomposition analogue :
Bien
entendu,
onperd
les relations de commutation du groupe des rotations pour lepseudomoment
orbital A. On acependant l’avantage (indispensable,
si l’on veutprogresser)
d’avoir unedécomposition
uni-verselle valable à la fois pour les
particules
massives et lesparticules
demasse nulle. Dans le cas d’une
particule
de masse m, on a(c =1)
où
l’opérateur
est relié
simplement
àl’opérateur
hélicité.Lorsque P = 0,
on voit que E coïncide avec le momentangulaire
despin.
Mais on voit aussi, sur la dernière formule que, pour~==0,
on ace
qui
permet d’affirmer que ce vecteur conserve un sens pour Hles
particules
de masse nulle. Lepseudo-moment
despin
E semble donc la variable universelleobligée.
On a les relations de commutation :
avec
On a alors comme invariant du groupe de Poincaré la
quantité
qui
vaut, pour unereprésentation
irréductible de masse m et despin
s :
m2 s (s + 1),
et zéro pour uneparticule
de masse nulle.Cette forme
quadratique
en lesX~
estdiagonalisée
par le vecteur P et deux vecteursquelconques orthogonaux
à P. PosonsP=(0,0,/?).
Onobtient :
Si .
On voit nettement sur ces formules comment on passe à la limite de la
masse nulle. En effet
lorsque m
=0,
Nous avons finalement substitué aux 10 moments de Poincaré les 10 variables suivantes
Ces nouvelles variables ont trois avantages :
( 1 )
leur variance concernantles rotations est évidente
(un
scalaire et troisvecteurs), (2)
on met enévidence les coordonnées
canoniques
del’espace
desphases
habituel(avec
leurs relations de commutation
habituelles,
si l’on excepte la non-commuta- tivité deX, Y, Z), (3)
elles ont unesignification
pour toutes lesespèces physiques
departicules.
Notre propos est de traiter maintenant ces variables comme des variables
classiques,
dans le seul but d’aboutir à leurinterprétation.
Pour uneparticule massive,
on aura deuxcontraintes,
à savoir celle de masse :positive
et celle despin : H2 ~ I E I I 2 - (P . E)2 = Cte >- 0 qui
correspondent
à des variétéssymplectiques
de dimension 8(ou 6,
si la deuxième constante estnulle).
Pour uneparticule
sans masse, on a ~colinéaireà P
(03A3
=2014
avec invariant de Poincaré.Si l’on veut voir comment
l’espace
de Minkowski est modifié par cettefaçon
de considérerl’espace,
il est nécessaire tout d’abord derappeler
quece
qui
nous intéresse ce sont les événements et non lespositions.
Ils’agit donc,
comme nous l’avonsremarqué plus haut,
descouples
Les rotations
agissent
defaçon
évidente sur les nouvelles variables. On sait commentagit
un boost de vitesse v sur lesparties
J et K du tenseurOn a
353
LE SPIN ET LA RELATIVITÉ RESTREINTE
Supposons,
poursimplifier,
quev==(0, 0, v).
On en déduit pour le transformé del’opérateur position
les formuleset pour le transformé du
pseudo-spin
On vérifiera aisément que pour E = 0 et
t’=y(t-vZ),
on obtient lesformules de Lorentz habituelles. Il est facile de vérifier que la relation
t’ = y (t - v Z)
estjustement
la condition pour que l’inverse du boost de vitesse v soit le boost - v. On en déduit le groupe suivant de formules :Ce sont les 11 formules ce transformation
impliquées
par le nouvelopérateur position.
Comme il Fanaits’y attendre,
iln’y
aplus
similitudeentre les formules
d’espace-temps
et cellesd’énergie-impulsion.
Les pre- mièresprennent
encompte
lepseudo-spin
alors que les secondesl’ignorent.
On vérifiera sans
peine
que ces lois de transformation sontcompatibles
dR P
avec la relation habituelle
(toujours valide) : 2014==2014.
- II est intéressant de considérer les cas
particuliers
suivants :(a) particule
massive au repos(P
=0).
Ces formules donnentOn trouve la contraction des
longueurs classique
dans la directionP, accompagnée
d’unléger
effet despin
transversalement.(&)
Particule & masse nulle; boost dans la direction de P.On a
H=p
Cc)
Particule de masse nulle ; boost dans une directionorthogonale
à P.où ~ désigne
l’hélicitéqui,
dans cette théorie «classique »
est nécessaire- ment un nombre.Ces formules
paraissent
satisfaisantes pour lephoton.
Eneffet,
si pestgrand (courte longueur d’onde),
les effets correctifs sont faibles.Je terminerai par une remarque
importante
concernant lacomparaison
des formules obtenues pour les coordonnées
d’espace-temps
avec les for-mules de Lorentz. Les
premières
mettent enjeu
non seulement lespin (ou l’hélicité)
maiségalement l’énergie
etl’impulsion.
Ellessurprendront plus
d’un
physicien.
Mais ne faudrait-il pasplutôt
nous étonner de ce que cesgrandeurs
soientjustement
absentes des formules habituelles ? Eneffet,
unatome
qui
émet unsignal
lumineux est engénéral polarisé,
tout commel’est le
signal
émis. Il est donc naturel apriori (6)
que les lois de transforma- tion dutype ~
= y(z -
vt)
fassent intervenirégalement l’énergie, l’impulsion
et la
polarisation
de l’émetteur. De toutesfaçons,
on voit mal comment (6) Comme toutes les remarques que l’on peut faire a priori, celle-ci est déduite a posteriori.première réaction était une réaction de gêne. C’est seulement après réflexion que je me
suis aperçu que c’était la relativité d’Einstein qui était trop simple.
355
LE SPIN ET LA RELATIVITÉ RESTREINTE
une intervention du
spin
dans le conceptd’espace
aurait pu laisser de côtél’énergie-impulsion.
On se bornera à constater que dans cette nouvelledescription
del’espace-temps,
la notion d’événement(point)
ne peut êtrequ’une
notion dérivée.En
conclusion,
on se contentera de fournir le résumé suivant sous forme desyllogismes.
Cequi empêche
lephoton
d’êtrelocalisable,
c’est son hélicité. Parsuite,
l’hélicité(et,
parconséquent, également
lespin)
interfèreavec la notion
d’espace.
Comme l’hélicité fait intervenirl’impulsion,
espace-temps et espace des
énergie-impulsions
sont nécessairement liés.L’unité d’hélicité étant
égale
à la demi-constante de Planckréduite,
cetteconstante établit un deuxième lien entre les deux espaces fondamentaux de la relativité restreinte. Il reste à
quantifier
ce résultat. Peut-être avons- nous là la clef du lien entremécanique quantique
et relativitégénérale...
REMERCIEMENTS
L’auteur est reconnaissant à Amithaba Chakrabarti pour une lecture
critique
du manuscrit ayant conduit àquelques
corrections et améliorations du texte.[1] H. BACRY, Ann. Inst. H. Poincaré, vol. 49, 1988, p. 245.
[2] H. BACRY, Localizability and Space in Quantum Physics, Lecture Notes in Physics,
vol. 108, Springer-Verlag, 1988.
[3] H. BACRY, Nucl. Phys. B (Proc. Suppl.), vol. 6, 1989, p. 222.
[4] H. BACRY, On a contradiction in special relativity, prétirage CPT-90/P.2356, Centre de physique théorique, Marseille.
[5] H. BACRY, The resurrection of a forgotten symmetry: De Broglie’s symmetry, Contribution to the XVIIIth Colloquium on Group Theoretical Methods in Physics, Moscow, 1990. Lecture Notes in Physics, vol. 382, Springer-Verlag, 1991, p. 331.
[6] E. P. WIGNER, Ann. Math., vol. 40, 1939, p. 149.
[7] T. D. NEWTON and E. P. WIGNER, Rev. Mod. Phys., vol. 21, 1949, p. 400.
[8] A. S. WIGHTMAN, Rev. Mod. Phys., vol. 34, 1962, p. 845.
[9] G. W. MACKEY, Colloquium Lectures to the American Mathematical Society, Stillwater, Oklahoma Aug. 29-Sept.1, 1961.
[10] G. W. MACKEY, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S., vol. 35, 1949, p. 537.
[11] H. BACRY, Classical Hamiltonian for spin, prétirage, Institute for Advanced Study, 1966.
[12] H. BACRY, Comm. Math. Phys., vol. 5, 1967, p. 97.
[13] J.-M. SOURIAU, C. R. Acad. Sci. Paris, t. 263, série B, 1966, p. 1191.
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( Manuscrit reçu le 4 décembre 1990.)