FACULTE DE
MEDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNEE 1898-1899 58
MÉDECINE LÉGALE MILITAIRE
SURDITE SIMULEE
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MÉDECINE
présentée et soutenue
publiquement le 27 Janvier 1899
PAR
Xavier-P
aul AUBERT
Né à Nîmes (Gard), le 31 Mars 1872
ÉlèveduService de Santé de laMarine
!MM. LAYET
mippimïr hDUBREUILHprofesseur.... P,ofësseur-
agrégé• • •
\ Juges.) Président.
MOURE chargédecours)
Le Candidat répondra aux
questions qui lui seront faites
surles
diverses parties de l'Enseignement
médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE DO MIDI —
PAUL CASSIGNOL
91 — RUE PORTE-DIJEAUX — 91
' 1899
Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M. DE NABIÀS, doyen — M. PITRES, doyen honoraire.
processeurs
MM. M1GÉ X
AZAM DUPUY MOUSSOUS.
Professeurs honoraires.
Clinique interne
MM.
PICOT.
PITRES.
DEMONS.
LANELONGUE.
Médecinelégale Physique
Chimie
Clinique externe
j
LANELONGUE. Histoire naturelle ...Pathologie et théra- Pharmacie peutique générales. VERGELY. Matière médicale Thérapeutique ARNOZAN. Médecine expérimen-
Médecineopératoire. LIASSE. taie
Clinique d'accouché- Clinique oplitalmolo-
meiits LEFOUR. gique.
Anatomie pathologi- Clinique de's maladies
que COYNE. chirurgicales des en-
Anatomie BOUCHARD. fants
Anatomie générale et Clinique gynécologique histologie VIAULT. Clinique médicale des Physiologie JOLYET. maladiesdes enfants Hygiène LAYET. Chimie biologique...
agrégés UN EXERCICE :
skction demédecine (Pathologie interneetMédecine MM. GASSAET. | MM. Le DANTEC,
AUCHÉ. | HOBBS.
SABRAZÈS.
MM.
MORAGHE.
BERG0N1É.
BLAREZ.
GUILLAUD.
FIGUIER.
de NABIAS.
FERRÉ.
BADAL.
P1ECHAUD.
BOURSIER.
A. MOUSSOUS.
DEN1GÈS.
légale.)
section de chirurgie et accouchements
Accouchements.',(MM. CHAMBREI.ENT FIEUX.
(MM. BINAUD.
Pathologie
externe)
BRAQUEHAYh ( CHAYANNAZ. jsection des sciences anatomiques et piiysioi.ogiques
.
, . (MM. PR1NCETEAU | Physiologie MM. PACHON.
Anatomie J CANNIEU. ~Histoire naturelle. BEI LUE.
Physique.
section des sciencesphysiques
MM. S1GALAS. I Pharmacie M. BARTHE CRURS CO.11 S9 E EIIEt\'TA I fil8-1S
Clinique desmaladies cutanées etsyphilitiques Clinique des maladies des voies urina ires
Maladies dularynx, des oreilles etdu nez Maladies mentales
Pathologie interne Pathologie externe Accouchements Chimie Physiologie Embryologie Pathologie oculaire
Conférence d'Hydrologie etMinéralogie.
Le Secrétaire de la Faculté:
MM. DUBRBUILH.
POUSSON.
MOURE.
RÉGIS.
RONDOT.
DENUCÉ.
CHAMBRHLENT DUPOU Y.
PACHON.
CANNIEU.
LAGRANGE.
CARDES.
LEMA1RE.
Pardélibération du5 août 1879, laFaculté aarrêté que les opinions émises dans les Thèsesqui luisontprésentées doivent êtreconsidérées comme propres à leursauteurs, et qu'elle n'entend leur donner niapprobation ni improbation.
A LA MÉMOIRE DE MES GRANDS-PARENTS
A MON PÈRE A MA
MÈRE
Lesouvenir du temps passé est gravé
dans mamémoire. Je n'oublieraijamaisles
sacrifices que vous vous êtesimposés pour moi. 3ila reconnaissance etmon affection
vous accompagneront toute votre
vie
etau delà.
A TOUTE MA FAMILLE
.
A MA TANTE
ÉLISE
DUCLAPA MON COUSIN JULES BARBA N
A MES ONCLES EDOUARD POITEVIN ET HENRI A UBERT
A MONSIEUR LE DOCTEUR MOURE
CHARGÉ DE COURS A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BORDEAUX
Nous sommes heureux de vous remer¬
cierici delabienveillante sympathie avec laquelle vous nous avez reçu
dans votre
Clinique. Vous avez su nous intéresser
à
votreenseignement. Nous regretterons tou¬
jours quelarapiditéavec
laquelle
nousfai¬
sons nos étudesmédicales, nenous aitper¬
mis d'y faire un plus long séjour.
Nous
emporteronsdu maîtrele
meilleur des
sou¬venirs.
A MONSIEUR LE DOCTEUR BRINDEL
AIDE DE CLINIQUE LARYNGOLOGIQUE A I/HOPITAL
SAINT-ANDRÉ
DE BORDEAUX
Nousvousprions decroire à toute notre
reconnaissance pour les
conseils éclairés
quevous nous avez
prodigués. Nous n'ou¬
blierons point de quelle façon
aimable
vousnous avezreçuchezvous,etvousvous
êtes mis à notre disposition pour notre travail.
PPâiiggflSfc
A MONSIEUR LE DOCTEUR GROUILLE
MÉDECIN-MAJOR DE lre CLASSE OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
Nous avons appris à vous connaître et à
vous estimer dès les premiers jours de
notre entrée àl'Ecole. Vousvousêtesinté¬
ressé à notre travail, vous nous en avez fourni l'élément principal. Nous sommes heureuxdevous adresser ici tous nos re¬
merciements et l'expression sincère de
notre bien vive sympathie.
A mon Président de Thèse
MONS1EUR LE DOC TE UR
LA TET
MÉDECIN PRINCIPAL DE LA MARINE EN RETRAITE
PROFESSEUR D'HYGIÈNE A LA FACULTÉ DE
MÉDECINE
DEBORDEAUX
MEMBRE CORRESPONDANT DE I/ACADÉMIE DE
MÉDECINE
OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
OFFICIER DE 1,'lNSTRUCTION PUBLIQUE
Pourlegrand honneur
qu'il
nousfait
présidant notrethèse inaugurale.
INTRODUCTION
Pendant notre
période de stage hospitalier, nous avons été
appelé à observer dans la Clinique du Dr Moure un cas fort
intéressant.
Il
s'agissait d'un jeune soldat du 57e d'infanterie qui pré¬
tendaitêtreatteint
de surdité double et totale. Quelques jours
auparavant, M. le Dr Moure, à qui nous demandions un
sujet de
thèse,
nousengageait à étudier la «Surdité simulée»
au
point de
vuede la médecine légale militaire. Nous au¬
rionspeut
être abandonné ce sujet si nous n'avions eu la
chance d'examiner
le pseudo-sourd dont nous parlons plus
haut.
C'est à M. le Dr
Grouille, médecin-major de lrc classe
que nous
devons l'unique observation de cette thèse. Dès
qu'il connut
nosintentions au sujet du travail que nous vou¬
lions
entreprendre, il s'empressa de mettre à notre disposi¬
tion le malade et nous
donna toutes les facilités que nous
désirâmes pour un examen
qui fut long et pénible.
Si notretravail n'est
point riche
enobservations il n'y a
point
de notre faute : nous avons en vain essayé de recueillir
dans la région et par
nous-mème d'autres cas. Nous
croyons,
du reste, qu'une seule observation est suffisante
pour
arriver
aubut que nous nous proposons d'atteindre.
Nous
présentons dans ce travail un mode d'investigation
propre
à déceler la supercherie dans le cas de surdité simu¬
lée. Malgré
qu'actuellement, et grâce aux nouvelles disposi¬
tionsdelàloisurle
recrutement, les simulations soient moins
fréquentes qu'il
yaquelques années, elles ne sont point rares
et le médecin militaire sera, nous croyons, heureux d'avoir
en sa possession des moyensqui lui permettrontd'examiner
en son infirmerieou en son
hôpital
ledélinquant
et à le con¬vaincre de duperie.
Ce mode
d'investigation
que nous soumettons, s'il est nouveau dans la médecine légale militaire ne l'estpoint enotologie.
En effet, tous les otologistes actuels
l'emploient
pour le diagnostic fonctionnel de l'oreille. Tous ceux qui ont fré¬quenté les
Cliniques otologiques
se sont aperçus de l'usagecourant qu on taisaitdes« Diapason, de la Montre, du sifflet de Gai ton» pour lediagnostic fonctionnel de
l'appareil
audi¬tif. Ce sontces mêmes instruments qui vont nous servir. Ils sont tort
simples,
peudispendieux,
et leur achat ne grèvera point lebudget toujours modeste alloué au médecin militaire pour les besoinsdu service. Avec eux et en procédant systé¬matiquement, en faisant en quelque sortele détail fonction¬
nel del'oreille, nousarriverons à soupçonner et à
déjouer
la simulation.DIVISION DU SUJET
Chapitre
Ier.
—De la simulation. Définition. Mobiles. Impor¬
tance en médecine légalemilitaire.
Chapitre II. —
Division des maladies simulées. Maladies
simulées de
l'appareil auditif. De la
sur¬dité simulée.
Chapitre
III.—Moyens employés pour déceler la simulation :
a)
Méthode des éliminations.
b) Moyens
scientifiques
:examen objectif;
examen fonctionnel;examen
du malade
à l'aide
d'appareils.
c) Moyens moraux
et de surprise.
d)Moyens
coercitifs.
ë)
Anesthésiques.
Chapitre IV. —
Observation du soldat L...
Conclusions.— L'examen
fonctionnel systématique de l'o¬
reille est unadjuvant
précieux
pourles
cas desurdité simulée.
CHAPITRE PREMIER
De la Simulation.
De tous tempsilya eu des
simulateurs
. —Définition de la simulation.
— Fréquence des simulateursdans l'armée.
—Quelles
ensont les causes
générales.
La simulation est aussi ancienne que
le monde. Omnis
homo mendax,dit le
livre des Psaumes: Ce qui était vrai
dans ce vieux temps
l'est aussi dans le nôtre.
S'il estvrai en effet que
le premier homme qui vit souffrir
son semblable dut chercher
à
lesoulager, il n'est
pasmoins
certain qu'à
la
vuedes soins qu'on prodiguait aux malades,
deségards donton
les entourait, des avantages que leur pro¬
curait
parfois leur état de souffrance, l'idée de la simulation
ne dut pas
tarder à surgir.
Le DrEd. Boisseau,
médecin-major
auVal-de-Grâce, dans
l'excellent Traité des maladies
simulées qu'il
alaissé et
auquel nous avons
fait de larges emprunts dans le courant
dece travail, a fait un
historique curieux de la simulation à
traversles âges. Nous renvoyons
le lecteur que ces détails
pourraient
intéresser à
sonouvrage, car cela sort de notre
sujet.
11 montreen dernière analyse que
le
mensonge aété de
tous temps une arme
dont les hommes se sont servis pour
atteindre le but
qu'ils
seproposent. Le mobile qui les dirige,
c'est une passion
à satisfaire,
unintérêt à servir. Celui-ci
veut éviter un ennui,
celui-là
unefatigue, cet autre un
danger.
— 16 -
Les moyens
employés ont varié
avecles progrès de la civi¬
lisation. Les trucs se sont
perfectionnés
en unmot. Il
ya
loin,en effet,du prudent Ulysse, qui, pour éviter la guerre,
simule la folie, en
attelant ensemble à
sacharrue un cheval
et un bœuf, et en
semant du sel à la place de blé... au trou¬
pier
qui
seconfectionne des plaques muqueuses avec la brû¬
lure de sa cigarette.
Si l'on voulait s'en tenir au sens
strict des mots,
onne
devrait étudier, sous le nom
de maladies simulées, que
les divers moyens
frauduleux mis
enusagepour faire croire
à un traumatisme ou à une
affection qui n'existe
pas.Mais procéder ainsi serait n'envisager qu'un côté d'une question
en réalité beaucoup plus
complexe. A côté du simulateur
qui se
donne les
apparencesd'un -mal qu'il n'a pas, il faut de
toute nécessité ranger le
frauduleux qui, accidentellement
maladeou blessé,
exagère à dessein la gravité de son état ou
cherche à endissimuler la
véritable
cause;celui qui, dans
les mêmes conditions, aggrave son
mal
ou enprolonge la
durée par
des
moyensartificiels; celui qui, plus audacieux
encore, a
provoqué directement la maladie, ou bien fait ou
fait faire la blessure dont il
est atteint; celui enfin, qui, à
l'inverse des
précédents, mais toujours dans une même
intention dolosive, s'efforce
de cacher
uneaffection ou une
infirmité déjà
existante, et simule la santé comme d'autres
simulentla maladie.
Tous, bien
qu'à des degrés différents et par des procédés
dissemblables, font une
même
œuvrede dissimulation. C'est
ainsi que,
dépassant les limites étroites que semblait devoir
leur assigner leur nom,
les maladies dissimulées doivent
embrasser tout
l'ensemble des fraudes, qui dans des buts
variés ont pour
point de départ et moyen d'action l'état de
santé.
Les maladies
simulées ont
unegrande importance en
médecine légale
militaire. De tous temps, on s'est aperçu que
l'une des plus
grandes difficultés auxquelles on se heurtait
dans la pratique
de la médecine militaire résultait des liabi-
- 17 -
tudes de simulationparticulières aux soldats. En effet, un grand nombre de sujets, soit pour se dérober à la conscrip¬
tion, soit pour
éviter
les fatigues de la vie journalière du soldat, soit encore pour éviter une punition pour fautes commises, essaient de tromper la confiance des médecins chargés de les examiner.Le médecin militaire, comme le fait remarquer avec juste raison Ed. Boisseau, pratique tous les matins une série d'expertises médico-légales pleines de difficultés et de surprises. Il s'agit, en effet, de reconnaître dans un rapide
examen les malades qui se présentent à sa visite quoti¬
dienne, discerner levrai malade du fauxmalade... et ils sont nombreux parfois. On n'a pour s'en convaincre qu'à consul¬
ter les cahiers de visite, et on verra que l'on y rencontre souvent la mention : Non reconnu avec ou sans punition.
C'est une tâchedélicate pour le jeune médecin militaire et
une préoccupation constante que de savoir déjouer toutes les ruses, éviter tous les pièges qui lui sont tendus. Il faut, pour sonprestige,qu'ilconserveintacte surtoutsa
réputation
d'homme de science. Il ne doit pécher ni par ignorance ni par faiblesse. Mais s'il doit être prudent, avisé, conscien¬
cieux, il ne faut pointqu'il soit méfiant
à l'extrême.
Il doitêtre aimé de ses hommes... et redouté de ce que l'on est
convenu d'appeler dans les régiments « des carottiers ».
L'une de ses plus vives préoccupations doit être de recher¬
cher tous les moyens possibles pour le sauvegarder des
erreurs dans la mesure où il est humainementpossible de le
faire.
Nous allons dans ce travail étudier une des simulations qui est encore assez fréquente : la simulation de la surdité\ mais avant d'entrerdans notre sujet, nous allons donnerun
rapide aperçu
de
la division des maladies simulées, ainsi qu'un énoncé des différentes affections del'appareil
auditif qui sont susceptibles d'être simulées,Au.
CHAPITRE II
Division des maladies simulées de Boisseau;— Dans la circulaire ministé¬
rielle du 27février 1877, nous trouvons deux affections susceptibles de simulation.— Deuxsortesde simulation de la surdité: totale, partielle.
Division des maladies simulées
Bien que les modes de simulation soient fort variés, un certain nombre de médecins qui se sont
occupés
de cesquestions n'ont cru devoir adopter aucune classification.
Zaccliias, en particulier, étudie successivement les mala¬
dies simulées sans suivre aucun plan.
Percy et Laurent adoptent l'ordre
alphabétique.
Marc divise les maladies simulées en maladies simulées dans leurs symptômes et maladies simulées dans leurs
causes.
Les premièressont les maladies imitées; les secondes sont les maladies provoquées.
Ollivier, d'Angers,approuve cette classification.
Viennent ensuite les classifications de Deliauvrv, Robé- court,
Moriclieau-Beaupré,
Garcin.Vous nousarrêterons à celle que propose Ed. Boisseau.
Il divise les maladies simulées en :
Maladiesalléguées ; Maladies imitées; Maladies provoquées.
Dans ces maladies, la simulation est complète. Dans les maladies suivantes, elle est partielle.
- 20 —
Ce sont les :
Maladies exagérées: Maladies
aggravées;
Maladies entretenues.
Maladies simulées de l'appareil auditif
Si nous consultons la
circulaire
ministérielle du 27février
1877, sur les maladies,infirmités
ouvices qui rendent im¬
propresaii
service militaire (maladies des oreilles), on cons¬
tatera
qu'à
lacolonne des observations deux affections sont passibles de simulation
:1° N° 90 de la nomenclature: les corps
étrangers
etconcré¬
tionscérumineuses;
provocations possibles;
2° Surdité; simulation
fréquente.
Cette infirmité est, comme on le voit, une
de celles qui
sont le plus souvent
simulées. On s'explique du reste très
aisément cettepréférence.
Une semblable fraude n'exige
que de l'inertie, de la ténacité, et pour uncertain nombre d'indi¬
vidus ce rôle n'estpas
difficile à soutenir.
De la surdité simulée
Si l'on veut bien se reporter
maintenant à la division
quenousavonsdonnée desmaladies simuléesau
commencement
decechapitre on verra que
la surdité peut être le fait d'une
simulation
partielle
outotale.
Simulation
'partielle.
—C'est le
casd'un homme qui
a euune otitecatarrhale par
exemple. Pendant le
coursde la
ma¬ladie, ila
éprouvé
unediminution notable de
sonacuité
au¬ditive. Actuellement,
malgré
que tousles symptômes
se soientamendés, que lalésion ait rétrocédé, le malade
ac¬cuse une surdité de plus en
plus complète. Ici la simulation
est
partielle,
caril
y a unepart de vérité dans
ce quele
ma¬lade
allègue. L'examen objectif permettra d'ailleurs de cons¬
taterla non intégrité de
Poreille, il
y aexagération.
Simulation totale. — Les médecins militaires
relatent de
nombreux exemples de
sujets atteints de surdité complète,
sans qu'une
lésion quelconque de l'organe de l'ouïe
ou qu'une tare nerveusedûment constatée (hystérie par exem¬
ple :
surdité hystérique)
nepermettent d'ajouter foi aux allé¬
gations des
malades.
Nous avons connu un malade à
l'hôpital maritime de Tou¬
lon qui disait
être devenu sourd à la suite d'un
coupde tra¬
versin qu'un
de
sescamarades de lit lui avait donné sur la
tête.
Un lieutenantd'artillerie nous rappelait
le fait d'un de
ses hommes qui, ayantentendu dire
par sescamarades,
queles
détonationsdesgrosses
pièces rendaient parfois les servants
sourds, déclara au
premier
coupde
canonqu'il n'entendait
plus. Nouspourrions multiplier les exemples^ l'infini. Dans
ces cas-là, l'examen minutieux
de l'oreille
nerévélera
au¬cune lésion. Lasimulation est totale : suivant que le
malade
accuse une diminution ou une abolition complète
de l'acuité
auditive de l'une des deux oreilles ou des deux
oreilles, la
surdité alléguée sera
unilatérale
oubilatérale. C'est
en général la surditébilatérale et partielle qui est simulée le
plus
fréquemment.
CHAPITRE III
Moyens employés
pourdéceler la simulation.
Afind'éviter deméconnaître une lésion existantepasser en revue toutes
les
affections del'oreilleexterne, moyenne, interne. — Surdité
labvrinthique.
— Examen objectif. — Instrumentation. — Examen
fonctionnel d'après
le D1' Moure.
Quelle
conduite tiendrons-nous à l'égard d'un homme
soupçonné de simuler la surdité? La première de toutes les
régies
suivant Duponchel est la suivante
:Chaque
fois
quel'on est amené à soupçonner une simula¬
tion, il faut, avant
de s'arrêter définitivement à cette hypo¬
thèse,
procéder à l'élimination méthodique de toutes les
affections
possibles,
enexaminant soigneusement et sans
rien omettre l'état de toutes les
fonctions
etde tous les
organes.
Le diagnostic «
simulation
»doit toujours et avant tout
être un diagnostic
d'élimination.
1° Méthode des éliminations
Or nous savons que
toutes les maladies de l'ouïe, qu'elles
s'accompagnentou non
d'une lésion organique appréciable,
se traduisent par une
même lésion fonctionnelle, c'est-à-dire
par la perte ou
la diminution de l'ouïe, en d'autres termes
par une
surdité plus
oumoins prononcée. Il nous faudra
donc résoudre les
questions suivantes
:./
— 24 -
A)
Existe-t-il unelésion
organiqueappréciable de l'appareil
de l'ouïe?
B) Une lésion étant constatée, est-elle suffisantepour expli¬
quer la surdité alléguée?
C)
S'iln'existe
pas de lésions appréciables, l'individu attri- bue-t-il sa surdité à des causes plausibles?D)
Si les doutes subsistent après l'examen local et l'inter¬rogatoire, quels sont les moyens qui peuvent nouspermettre de reconnaître si la surdité est ou non réelle?
A)
Existe-t-il une lésion organique appréciable de l'organede l'ouïe ? Toute lésionapportantunobstacleà la transmission des vibrationssonores par le conduit auditif externejusqu'à
la membrane du tympan estune causedesurdité.Parl'apport
au conduit auditifces lésions peuventêtre:
Dans les environs du conduit auditif: Tumeurs du pavil¬
lon, de la région parotidienne, de l'articulation temporo- maxillaire.
Dans l'épaisseurde ses parois : Inflammation chronique
de la peau du conduit; brûlures profondes;
gangrène
ame¬nantcicatrice fibreuse et atrésie du conduit; polypes; exos- toses.
Dans l'intérieur du conduit :
Corps formés in situ
: Céru¬mendesséché, sangen caillots,pusconcrète.— Corpsvenant du dehors : Végétaux, minéraux, animaux.
Les affections de la membrane tympanique s'accompa¬
gnent toutes d'altérations notables de l'ouïe. En effet, elles
ne sont en somme qu'une propagation d'une lésion du conduit auditif ou de l'oreille moyenne : les perforations traumatiques ou pathologiques, la tension anormale ou le relâchement du tympan. Les affections de la trompe d'Eustache consécutives à des inflammations aiguës ou
chroniques du nez, du naso-pharynx peuvent être déter¬
minées par la présence de tumeurs naso-pharyngiennes
(végétations
adénoïdes, polype fibreuxetfibro-muqueux).
Les lésions de l'apophyse mastoïde, tubercules, donnent
— 25 —
souvent naissance à une grande
quantité de
pus qui se fait jour dans la caisse du tympan.Parmi les maladies de cette cavité, citons :
L'inflammationaiguë de la muqueuse qui la tapisse : otite moyennecatarrhale avec ou sans exsudation.
L'inflammation chronique de cette même muqueuse
(otite
moyenne catarrhale chronique
sèche);
L'otite moyenne aiguë avec ou sans exsudation purulente.
Les lésions de l'oreille interne du labyrinthe sont celles qui doivent le plus éveiller la sagacité du médecin, car ce
sontcelles qui pourraient être leplusfacilement méconnues.
Lediagnostic symptomàtiquen'a en effet qu'une valeur rela¬
tive, étantdonné que nous sommes forcé denous rapporter
auxallégations du malade, en l'ahsence de manifestations pathologiques objectives.
Rien de plus ignoréque le diagnostic de
l'hémorragie,
de la commotion, delà fluxion et des exsudats labyrinthiques.Les lésions, on les trouve bien, les symptômes existent ;
mois, cequi nouséchappe, c'est cequi les lie les unes aux autres. Les affections aiguës du labyrinthe sont accompa¬
gnées en
général
de symptômes bruyants, de réactions intenses.Il serait bien difficile à un sujet de simuler complètement
la maladie de Ménière, la maladie de Voltolini.
Dans la première de ces affections nous aurons le syn¬
drome(vertige, bourdonnement,
surdité)
et vomissements;dans la seconde, la surdité est précédée d'une période fébrile intense accompagnée de vomissements, de délire et de coma et suivie de troubles de l'équilibration.
Dans lecadre des maladies aiguës, il faudra encore citer les affections de l'oreille interne qui surviennent pendant le
cours de la fièvre ourlienne, pendant la grippe, la fièvre typhoïde. Mais dans ces affections l'histoire de la maladie permettra d'éviter leserreurs.
Ce sont surtout les maladies chroniques qui peuvent don¬
ner lieu soit à une exagération, soit à une simulation
— 26 —
totale. Il faut nous
rappeler
queles affections de l'oreille
moyenne
peuvent
se propagerau labyrinthe et produire des
modifications
pathologiques soit dans les cavités labyrin-
thiques
(rétrécissement, oblitération), soit encore dans les
éléments nerveux du
labyrinthe. Citons
encorela surdité par otopiésis qui est due
aPankylose ou à l'immobilisation de
Fétrier par
suite delà dépression considérable de la mem¬
branedu tympan
et
sonaccotement
aupromontoire.
Il faudra songer encore
à
unesurdité qui pourrait être
facilement méconnue et qui est
due à
uneexsudation
séreuse
intra-labyrinthique
au coursd'une syphilis. Celle-ci
se
produit brusquement, presque toujours au milieu de la
nuit : elle est bilatérale
totale et
rtedonne lieu à aucun symptôme.
Lorsque nous aurons
ainsi passé en revue toutes les
affections de l'oreille
susceptibles d'entraîner soit
unedimi¬
nution, soit une
abolition complète de l'acuité auditive, nous
aurons en main les
premiers éléments de notre diagnostic.
Toutefois, il nous
semble
quesi
on sebornait, dans le cas
où le doute de la simulation
est
venuà l'esprit du médecin,
à la seule constatation des
symptômes
onrisquerait parfois
defaire deserreurs.
Il faut un contrôle à ce qui
précède, et
cecontrôle
nousest fourni par
les différents
moyensscientifiques dont on
dispose
aujourd'hui
pourdéjouer la simulation.
Moyens scientifiques
Nous entendons par moyens
scientifiques, les moyens
quivont-
nouspermettre d'apprécier l'état de l'oreille
externe, de l'oreille moyenne.
Ces
moyenssont soit des ins¬
truments,telsque
les diapasons, soit même des données théo¬
riques
reposant
surla physiologie de l'oreille normale et
pathologique. Exemple
:la transmission des ondes sonores
se faisait mieux dans une
oreille saine
parla voix
aérienne que par
la voix crânienne.
Examen objectif. — C'est la constatation
)de l'intégrité
ou de la non-intégritéde l'oreille,Nous pouvons
procéder
à cet examen en nous servant : 1° D'unotoscope
deTroelsch;2° D'un miroir à projection ;
:>° D'unspéculumde Toynbee, pour reconnaître la mobilité
ou
l'ankylose
de la chaîne des osselets;4° D'une sourcelumineuse naturelleou artificielle.
Ces instruments étant connus, nous ne les décrirons pas.
Nous ne dirons rien non plus sur la manière de procéder à cet examen, qui du reste doit être fait en même temps, cela
se conçoit aisément, qu'on
s'occupe
de l'élimination des dif¬férentes affections.
Il reste donc l'examen fonctionnel. Nouscroyonsbien faire de citer in extenso la clinique que M. le D1' Moure a faite sur cesujet.
Examen fonctionnel de l'oreille.
La recherche de l'acuité auditive se pratique habituelle¬
ment avec la montre, différents diapasons
(graves
etaigus)
et le sifflet de Galton.
1°Examen a la montre
A) Perception crânienne
: cinqrégions
:frontale
; fronto- pariétale ; temporale; mastoïdienne.A l'étatnormal la montre ainsi appliquée sur ces divers points est également perçue par
transmission
directe à tra¬vers les osdu crâne.
A l'état
physiologique
la perception crânienne à la montre est :Conservée : Dans les maladies de l'appareil de transmis¬
sion; conduit auditif, oreille moyenne.
Abolie : Dans les maladies de l'appareil de réception
(laby¬
rinthe).
— 28 —
Au-dessus de
cinquante-cinq
ansla perception crânienne
à la montre perd
complètement
savaleur. Il est
rarequ'à
cet âge, malgré une ouïe
normale, la transmission
sefasse
encore par les os
du crâne.
B)
Perception aérienne
:La montre sert
encored'acoumè-
tre pour
examiner l'acuité auditive
parla voie aérienne.
Pour cela : faire fermer les yeux et
l'oreille opposée à celle
que
l'on examine.
Placer la montre dons l'axe du conduit à une distance
assezéloignée de l'oreille pour que
le
son nepuisse
pasêtre pérçu, la rapprocher insensiblement jusqu'à ce que le
malade entende le tic-tac.
Pour éviter les causes d'erreur, il est
important de
renou¬veler plusieurs
fois l'expérience
ensortant la montre de l'axe
del'oreille et enla replaçantau
point où elle avait été enten¬
due une
première
ou unedeuxième fois.
La précaution
de tenir l'oreille opposée à celle qu'on exa¬
mine fermée estnécessaire pour éviter
les
causesd'erreur
dues aux
phénomènes
queGruge, d'Amsterdam,
adécrits
sous le nom d'ondes sonores.
2° Examen aux diapasons
On peut
faire
usagede diapasons de tons différents, mais
d'une manière générale, dans
la pratique,
on sesert d'un
diapason
unique,
ceuxà
sons graves{ut grave) semblent
donnerdes résultats très nets ettrès précis.
A)
Epreuve de Weber
:diapason vertex.
—A l'état nor¬
mal, le
diapason ainsi placé et mis
envibration doit être
également
entendu
parles deux oreilles.
Al'état
pathologique, le
sondu diapason
selatéralisé du
côté malade
(maladies de l'appareil de transmission).
Le son du diapason se
latéralisé du côté sain (maladies
de
l'appareil de réception).
Dans les cas où les deuxoreilles sont atteintes d'une ma¬
nièreinégale,
si la lésion siège dans l'appareil de transmis-
' — 29 —
sion,
c'est du côté le plus malade que selatéralisé la vibra¬
tion du diapason.
B) Expérience de Rinne.
—A l'état normal, lorsqu'on
place successivement le diapason mis envibration au-devant
del'oreille
(perception aérienne)
et surl'apophyse mastoïde (perception
crânienne)le
son estmieux
etplus longtemps
perçu par la voie aérienne que par
la voie crânienne. A l'état pathologique,
au contraire, cetteproposition
se renverse ou reste la môme, suivant les cas.Dans les maladies de l'appareil de
transmission, le diapa¬
son mis en vibration est mieux et plus longtemps
entendu
par la voie crânienneque placé au-devant du
méat auditif. On
dit alors que leRinne est
négatif.
Dans les maladies de l'appareil nerveux, le
diapason
estmieux entendu par la voie aérienne que par
la voie
crâ¬nienne (Rinne
-{-). Toutefois, il est facile de concevoir
quel'expérience
peut ne pasêtre
aussinette
que nous venonsde
l'indiquer.Si la lésion, tout en ayant débuté par
l'oreille
moyenne tend à envahir le labyrinthe, le Rinne, sansêtre absolument
négatif, pourratrès
bien ne pasêtre
encoredevenu positif,
de sorte
qu'il
ne sera nil'un ni l'autre. On
aura unRinne
égal des deux côtés quel'on
notera parle signe
—.Dans les cas pathologiques
très
nets,c'est-à-dire affections
labyrinthiques, oumaladies de l'appareil de transmission,
la différence de durée entre la perception aérienne et crâ¬
nienne peutêtre
considérable, de quelques secondes même,
On comprend
très
biendès lors qu'il est important, dans
quelques cas, denoter le
rapportde durée entre l'audition
aérienne et la perception crânienne.
Il faut bien
serappeler,
en effet, que, d'une façon
générale, le Rinne
ne commenceà
devenirnégatif dans les maladies de
l'appareil
detransmis¬
sion que lorsque le
tic-tac d'une montre n'est plus
perçu qu'à 15 ou 20centimètres
; audelà de cette distance, le Rinne
peutencore rester -f-quoique l'oreille soit malade, mais
alors la différence de durée entre la perception
aérienne
du— 30 —
diapason
et la perception crânienne est seule diminuée, et il
est facile de
contrôler le fait si l'une des oreilles est encore
saine etque
l'autre soit légèrement atteinte ; c'est en compa¬
rant ce rapport
entre les deux durées que l'on pourra se
rendrecompte
de la voleur de cette expérience. De même,
lorsqu'une
maladie de l'appareil de transmission est sur le
point de
gagnerou a atteint le labyrinthe, le rapport de durée
des deux
transmissions du diapason sera toujours impor¬
tant à noter parce
qu'il indiquera l'intégrité plus ou moins
grande
de l'oreille interne ou, au contraire, son altération
commençante. Il est souvent nécessaire pour rendre cet exa¬
mencomplet
de faire successivement usage de diapasons
graves,
aigus et même suraigus.
3° Sons graves et aigls.
Sifflet
degalton
Il est bon desavoir
aussi
que,d'une façon générale,- dans
les affections de
l'appareil de transmission, la perception des
sons graves
est diminuée ou a disparu la première, tandis
que
dans les affections labyrinthiques ce sont les aigus qui
les
premiers cessent d'être perçus.
Afin de vérifier
l'exactitude de
cefait, il est bon d'avoir à
sa
disposition,
pourles maladies de l'appareil de transmis¬
sion, des diapasons
très graves qui, placés au-devant du
conduit, ne sont
généralement pas entendus. Pour faire l'ex¬
périence des
sonsaigus, on se sert d'un sifflet dont la hau¬
teur deson peut
être graduée à volonté ; il est connu sous le
nom desifflet de
Galton.
Généralement, dans
les maladies de l'appareil nerveux, les
bruits extrêmes
fournis
parcet instrument ne sont plus
entendus par
l'oreille malade.
Voix. — Il est encore
important de faire l'examen de la
fonction auditiveà
l'aide de la voix parlée haute et basse. A
ce sujet,
il faut savoir que la manière dont est entendue la
voix etla montre est
variable suivant les cas. C'est ainsi que
dans les maladies de
l'appareil labyrinthique, la voix haute
peut être
entendue d'une manière relativement bonne, alors
que le
tic-tac de la
montren'est plus
perçu,même
au contact.Notons enfin en terminantque dans les affections pro-
fondesdulabyrinthe
(surdi-mutité), leRinne redevient négatif,
maisà la condition expresse de mettre le
diapason
en vibra¬tion avec assez de fonce pour
qu'il soit
perçuà
traversl'apo¬
physe mastoïde, en
ébranlant tous les
osdu crâne, et
parconséquent l'encéphale. Il faudrait dans
ce cas uneabsence
ou une atrophie
complète des nerfs acoustiques
pourquele
bruit du diapason ne soit pas transmis
à
cesnerfs,
et par conséquent nonentendu
parle malade.
Expériences de Gellé.
—Le diapason sert
encoreà prati¬
quer une
expérience ayant
pourbut de reconnaître le degré
plus oumoins grand de mobilité de la platine de l'étrier
sur la fenêtre ovale(Expérience de Gellé).
Cette
expérience
estbasée
surle principe suivant
:A l'étatnormal, lorsqu'on met
le diapason
envibration
sur le vertex, si l'on comprime enmême
tempsl'air
contenudans le conduit auditif à l'aide d'un tube muni à son extré¬
mité d'une poire en
caoutchouc, le refoulement de l'air du
conduit poussant en
dedans la membrane tympanique et
par son
intermédiaire la chaîne des osselets, enfonce la pla¬
tine de l'étrier dans la fenêtre ovale, et par
conséquent
com¬prime plus ou
moins le liquide labyrinthique. Il
enrésulte
unemodification dans la
perception du diapason vibrant
sur levertex, c'est-à-dire quependant
toutle temps
quedure la compression, le
sonest moins bien
perçu quesi,
au con¬traire, on laisse la membrane supporter
la pression atmos¬
phérique
normale.
Dans le cas où l'étrier est plus ou
moins immobilisé,
età
plus forteraison ankylosé
surla fenêtre ovale, la
compres¬sion de l'air contenu dans le conduit déterminepeu ou pas de changement dans
la perception auditive du diapason.
De même, ces
modifications de pression de l'air (pressions
centripètes) n'amènent
aucunedes sensations vertigineuses
— 32 —
que provoque
souvent la même expérience sur une oreille
saine.
Bien qu'il existe un
certain nombre d'autres expériences
(de
Bing, de Leucos, etc.),
nousconsidérons que dans la
pratique
courante celles
que nousvenons d'exposer suffi¬
sent.
9 ■
Il est
indispensable, toutefois, si
onveut faire un examen complet, de connaître l'état des trompes d'Eustache.
Nous allons étudier les différentes
méthodes employées
dans ce but.
Examen cle la trompe
d'Eustache.
—L'examen fonctionnel
de l'oreilledoit encore porter sur
la trompe d'Eustache qui,
on le sait, forme une sorte
de conduit intérieur venant con-
tre-balancer la pression
atmosphérique
quesubit la mem¬
brane
tympanique à travers le conduit auditif externe. Pour
un œil exercé, il n'est pas
besoin de faire les diverses expé¬
riences dont nousallons parler,pour
s'assurer
quela trompe
est plus ou
moins libre,
carl'examen objectif suffit pour
révéler l'état de ce conduit; mais, pour un
débutant dont
l'œil ne peut
saisir les différences de courbure delà mem¬
brane
tympanique et
sesdivers replis, il est important de
connaîtreexactement l'état des trompes,
et voici à l'aide de quels procédés
onpeut arriver à ce résultat.
Expérience de Valsava.
—Lorsqu'on prie un malade de
souffleren ayant
la bouche et le
nezfermés pour l'obliger à
comprimer l'air contenu dans ses fosses nasales et dans sa
cavité
naso-pharyngienne, si les trompes sont libres, cet air,
cherchantuneissue, ne tarde pas
à s'échapper brusquement
par
les orifices tubaires
pourpénétrer dons les caisses, pro¬
duisant alors une sorte de
claquement caractéristique que
les malades
perçoivent eux-mêmes et que, dans tous les cas,
un praticien
peut entendre
enauscultant l'oreille à l'aide de
l'otoscope. Tout
le monde connaît cette sorte de claquement
spécial dû
aurefoulement du tympan-en dehors,que l'on res¬
sent pendant
l'action de
semoucher. Ce phéhomène est sur-
— 33 —
toutsensible dans les cas où il existe un peu de catarrhe tu- baire consécutif à un coryza aigu envoiede résolution. Telle est
l'expérience
de Valsava.Si l'œil du praticien est un peu exercé, au lieu d'entendre le
claquement
dontnous venons de parler, il pourra consta¬ter de visu, à l'aide du spéculum et de la lumière réfléchie dans leconduit, le momentprécis où l'air
pénètre
dans la caisse par la sailliebrusque
quevient faire la partie postéro-supérieure
de la membranetympanique (portion fiaccide).
Expérience
deToynbee.
— Contrairement àl'expérience
deValsava, celle
deToynbee
consiste à faire pratiquer au malade un mouvement dedéglutition,
le nez et la bouche étant fermés. Pendant ce mouvement, un vide se produit dans latrompe
et par conséquentdans les caisses; il en ré¬sulteun affaissement de la membrane
tympanique
qui vient s'accoler au niveau dupromontoire et moule plus ou moins exactement les différentes parties de cette cavité. Ce retrait de la membranetympanique
estd'autant plus considérable que l'on fait exécuter au préalablel'expérience
deValsava,
c'est-à-dire que l'on a refoulé au dehors le
tympan.
Cette ex¬périence,
bien entendu, ne réussit que si lestrompes
sont li¬bres. Elle est
beaucoup
moinsemployée
que laprécédente,
car il estun peu plus
difficile,
pour un œil peu exercé,déju¬
ger de son action sur l'oreille moyenne.
Expérience
de Politzer. — Dans les cas où, soit par mala¬dressedu malade, soit par gonflementde l'entrée des trom¬
pes, soit par toute autrecause,
l'expérience
de Valsava n'a pasdonné un résultat positif, on peut essayerdu procédé de Politzerpour fairepénétrer
l'air dans l'oreille moyenne, ou toutau moins s'assurer de la liberté plus ou moins grande des conduits tubaires.Ce procédé est basésur ce fait
physiologique
qu'à l'état normal, pendant le mouvementdedéglutition,
le voile du palaisse referme pour aller fermer la caviténaso-pharyn-
gienne et,d'autre part, la contraction desmusclesentr'ouvre plus ou moins l'orifice destrompes
pour faciliter l'aérationAu. 3
dela caisse. Basésur ces données
physiologiques, Politzer
a conseillé de profiterdu mouvement de déglutition
pourfaire pénétrer de force dans l'oreille de l'air insufflé dans le nez à
l'aide d'une poire
qui porte
son nom.Pour employer le
pro¬cédé en question, on
opère de la manière suivante
:Le
ma¬ladeayant mis
dans
sabouche
unegorgée de liquide, l'on place l'olive de la poire à air dans l'une des narines
;puis,
fermant les deux narines entre le pouce et
l'index d'une
main, l'on poussel'air de la poire dans le
nez, aumoment
même où le malade avale la gorgée de liquide
qu'il avait
dans la bouche. Le
pointcapital est défaire coïncider la
pres¬sion de la poire avec
le mouvement de déglutition. Aussi,
pour
atteindre
cebut, la
personnequi doit faire l'insuffla¬
tion doit-elle commander elle-même le moment où le
malade
commence à avaler.
Inconvénientsdes
procédés de Politzer et de Valsava.
— Lesprocédés de Politzer et de Valsava
nesont toutefois
passans inconvénients, ainsi qu'il est
facile de le comprendre
; ils ne fontpénétrer l'air dans les oreilles qu'en forçant le
passage etpar
conséquent
enentraînant,
avec euxles sécré¬
tions qui peuvent
être contenues dans le naso-pharynx,
ouen provoquant la
distension brusque et rapide de la
mem¬brane tympanique et
de la chaîne des osselets
;de sorte
que, lorsque la chose estpossible,
nouspréférons à
cesdeux procédés
ouà leurs variantes le cathétérisme à l'aide de la
sonde. Cette méthode consiste, vous le savez,
à aller placer à
l'entrée de l'orifice tubaire enpassant
parle
nez uncathéter
àl'extrémité
duquel
estadapté
unembout qui est relié à
une poire permettant
d'insuffler,
avecplus
oumoins de
forceet plus ou moins
de lenteur, de l'air
oudes
vapeurs dans l'oreille moyenne.Pendant
l'application dn procédé de Politzer, il est de règle
d'ausculter l'oreille à l'aide de l'otoscope, de
manière à
se rendrecompte soitde la perméabilité plus
oumoins grande
de la trompe, soit
des divers bruits pathologiques qui
peu¬vent se produireau cours