Leçon 44 Recherche des isométries du plan conservant un polygone régulier ; exemples (triangle équilatéral, carré, hexagone, octogone…)
Pré-requis
Isométries, déplacements (conservent les angles), antidéplacements (renversent les angles) Conservation des barycentres par les isométries
Groupes Cadre
On se place dans le plan P affine euclidien orienté.
Notations ) , 0 ( θ
r est la rotation de centre O et d’angle θ ]
[ AB
med est la médiatrice du segment [ AB ]
I – Polygones convexes réguliers
Définition 1 : Soient n∈N,n≥3 et O∈P
Soient M0,M1,...,Mn−1 n points distincts deux à deux de P
L’ensemble Pn =
{ [
M0M1] [
, M1M2] [
,..., Mn−2Mn−1] [
, Mn−1M0] }
est un polygone convexe régulier de centre O à n cotés s’il existe une rotation r de centre O et d’anglen π
± 2 telle que :
{
0,1,..., −2}
: ( )= +1∈
∀k n r Mk Mk et r(Mn−1)=M0
Les segments
[
MkMk+1]
sont appelés arêtes ou côtés du polygone.Remarque : Il suffit d’étudier le cas où le polygone convexe régulier est direct, c'est-à-dire le cas où l’angle de la rotation est
n π
2 . En effet, quite à renuméroter les sommets de Pn, on peut toujours se ramener à ce cas là.
Notation : On note Pn =M0M1...Mn−1 le polygone convexe régulier direct.
Propriété 1 : Avec les notations de la définition :
1) Pour tout k∈
{
0,1,...,n−1}
, M appartient au cercle de centre O et de rayon k OM 0 2) Pour tout k∈{
0,1,...,n−2}
,(
OMk,OMk+1)
=2nπ[ ]
2π3) O est l’isobarycentre des sommets M0,M1,...,Mn−1 Preuve : 1) et 2) sont évidents par définition de la rotation r
3) Soit G l’isobarycentre de Pn =M0M1...Mn−1
D’après la définition, r est une isométrie qui laisse invariant les sommets de Pn, r(G) est donc l’isobarycentre de Pn
On a r(G)=G, donc Gest un point fixe de r. Or par définition de r, son seul point fixe est O. Donc G=O.
II – Isométries du plan conservant un polygone convexe régulier à n côtés
Notation : Dans cette partie, P désigne un polygone convexe régulier direct à n cotés de centre O . n A – Etude de Is(Pn)
Définition 2 : On dit qu’une isométrie conserve le polygone Pn si l’image de tout côté de Pn est un côté de Pn.
Notations : Is(Pn)={isométries du plan qui conservent Pn}
=
+(Pn)
Is {déplacements du plan qui conservent P } n
− = ) (Pn
Is {antidéplacements du plan qui conservent P } n
Proposition 1 :
(
Is(Pn),o)
est un groupe.Preuve :
(
Is(Pn),o)
est un sous-groupe du groupe des isométries du plan(
Is(P),o)
car-
(
Is(Pn),o)
n’est pas vide : il contient l’identité- Soit f ∈Is(Pn), f(Pn)=Pn ⇒Pn =(f−1o f)(Pn)= f−1(Pn)⇒ f−1∈Is(Pn) - Soient f,g∈Is(Pn), (f og)(Pn)= f(Pn)=Pn donc f og∈Is(Pn)
Proposition 2 : Si f ∈Is(Pn) alors l’image par f de tout sommet de Pn est un sommet de Pn.
Preuve : f est une isométrie qui conserve le polygone Pn, elle envoie un côté sur un côté donc forcement un sommet sur un sommet.
Conséquence 1 : L’isobarycentre des sommets de Pn est invariant par f . Preuve : Les sommets sont conservés donc l’isobarycentre est inchangé.
Conséquence 2 : f est soit l’identité, soit une rotation de centre 0 , soit une réflexion d’axe passant par 0 . Preuve : Ce sont les isométries de P ayant 0 comme point fixe.
Remarque : La proposition et ses conséquences sont également vraies pour un polygone quelconque.
Proposition 3 : Soit f une isométrie, si l’image par f de tout sommet de P est un sommet de n P alors n f ∈Is(Pn).
Preuve : Soient M et k Mk+1 deux sommets consécutifs de P . D’après la définition de n P , on sait qu’il existe n une rotation r telle que r(Mk)=Mk+1
De plus, par f , les sommets de P sont conservés donc l’isobarycentre de n P est invariant par f et n donc f est soit l’identité, soit une rotation de centre 0 , soit une réflexion d’axe passant par 0 (par les conséquences 1 et 2 dans le cas d’un polygone quelconque).
Si f =id , f(Mk+1)=Mk+1 =r(Mk)=ro f(Mk)
Si f est une rotation de centre 0 , f(Mk+1)= f or(Mk)=ro f(Mk) car deux rotations commutent Si f est une réflexion, alors f = f−1 et f or est une réflexion.
) ( )
( )
( ) ( ) ( )
(Mk 1 f r Mk f r 1 Mk r 1 f 1 Mk r 1 f Mk
f o o − − o − − o
+ = = = =
Dans les trois cas, l’image par f de deux sommets consécutifs sont des sommets consécutifs donc chaque côté de P est envoyé sur un côté de n P . n
Remarque : La réciproque ne s’étend pas à tout polygone.
Exemple : Soit ABC un triangle équilatéral direct de centre 0 .
Le quadrilatère ABOC n’est pas invariant par la rotation de centre 0 et d’angle 3 2π
mais l’ensemble des sommets l’est.
En effet : r(O)=0,r(A)=B,r(B)=C,r(C)=A et r(ABOC)=BCOA≠ ABOC
B – Etude de Is+(Pn)
Proposition 4 :
(
Is+(Pn),o)
est un sous-groupe de(
Is(Pn),o)
Preuve : Is+(Pn)=Is(Pn)∩Is+(P)
(
Is+(Pn),o)
est un groupe comme intersection de deux sous-groupes de(
Is(P),o)
Proposition 5 : Is+(Pn)=
{
id,r,r²,...,rn−1}
où = O n r
r 2π
,
Remarque :
=
n O k r
rk 2 π
,
Preuve : Soit R=
{
id,r,r²,...,rn−1}
- R⊂Is+(Pn) : r est une rotation telle que r(Pn)=Pn donc r∈Is+(Pn) et comme Is+(Pn) est un groupe pour la composition, on a rk∈Is+(Pn) ∀k∈
{
0,...,n−1}
- Is+(Pn)⊂R : soit f ∈Is+(Pn), nécessairement f est l’identité ou une rotation de centre 0 posons f =r(O,θ)
puisqu’une rotation est entièrement déterminée par son centre, un point et son image, il existe k∈
{
0,...,n−1}
tel que f(M0)=Mk (l’image d’un sommet est un sommet) ainsi,n OM k
OM k π
θ =( 0, )=2 , donc rk
k n O r
f = 2 )= . ,
( π
avec k∈
{
0,...,n−1}
Remarque :
(
Is+(Pn),o)
est un groupe cyclique d’ordre n, il est engendré par r. Ainsi,(
Is+(Pn),o)
est isomorphe à(
ZnZ,+)
C – Etude de Is−(Pn)
Remarque : La composée de deux antidéplacements étant un déplacement,
(
Is−(Pn),o)
n’est pas un groupe.Théorème 2 : Soit s∈Is−(Pn), on a : Is−(Pn)=
{
so f f ∈Is+(Pn)}
Preuve : La composée d’un déplacement et d’un antidéplacement est un antidéplacement donc pour tout f ∈Is(Pn), so f ∈Is−(Pn).
Réciproquement, si g∈Is−(Pn), alors il existe s∈Is−(Pn)tel que g=sos−1og avec s−1og∈Is+(Pn) car la composée de deux antidéplacements est un déplacement. Donc g∈
{
so f f ∈Is+(Pn)}
.Proposition 6 : Is−(Pn)=
{
s∆,s∆ or,...,s∆orn−1}
où
= O n r
r 2π
, et s∆ est la réflexion d’axe (OM0) Preuve : Soit k∈
{
0,...,n−1}
Mk∈C(O,OM0) et s∆(M0)=M0 car M0∈∆ donc s∆(C(O,OM0))=C(O,OM0) D’où s∆(Mk)∈C(O,OM0)
De plus,
(
OM0,Os∆(Mk)) (
=−OM0,OMk)
=−2knπ[ ]
2πDonc s∆(Mk)=r−k(M0)=Mn−k, d’où s∆(Mk)∈Pn
On a donc s∆∈Is−(Pn) et d’après le théorème 2 on finit la démonstration.
D – Conclusion
) ( ) ( )
(Pn Is Pn Is Pn
Is = + ∪ −
n P Is Card P
Is
Card( +( n))= ( −( n))= n
P Is
Card( ( n))=2 , ( ( ),o) Pn
Is est engendré par r d’ordre n et s∆d’ordre 2 Preuve : Card(Is+(Pn))=n
Montrons que tous les éléments de Is+(Pn)=
{
id,r,r²,...,rn−1}
sont distincts.1 0
1 1
0 0
0) , ( ) ,..., ( )
( = = − = n−
n M M
r M M r M M id
Card(Is−(Pn))=n
Car Is−(Pn) est en bijection avec Is+(Pn) : d’après théorème 2 et proposition 6
III – Exemples
Notation : s∆ la réflexion d’axe (OM0)
Remarque : Pour tout k∈
{
0,1,...,n−1}
, s∆or(O,θ)kest une réflexion d’axe passant par O différente de l’identité (car tous les éléments de Is(Pn) sont distincts). Il suffit donc de connaître l’image d’un des points de Pn pour déterminer de quelle réflexion il s’agit.A – Le triangle équilatéral
Ici : n=3,
=
3 ,2π O r
r et
=
3 ,4
2 π
O r r
Proposition 7 :
{
1 2}
2
3) , , , , ,
(P = id r r s∆ s∆ s∆
Is où ∆1=(OM1) et ∆2=(OM2) Dessin :
Preuve : ∆=med
[
M1M2]
s or
∆ : M0 as∆(M1)=M2 donc s∆ or =s∆1 avec 1 [ ] ( )
1 2
0M OM
M
med =
=
∆ s or2
∆ : M0 as∆(M1)=M1 donc s∆or2 =s∆2 avec ∆2=med[M0M1]=(OM2)
B – Le carré
Ici : n=4,
=
,π2 O r r
Proposition 8 : Is(P4)=
{
id,r,r2,r3,s∆,s∆1,sD,sD1}
où ∆1=(OM1), D=med[M0M3] et D1=med[M0M1] Dessin :
Preuve : ∆=med[M1M3]=(M0M2) s∆or :
3 1
0 s (M ) M
M a ∆ = donc s∆ or=sD avec [ ]
3 0M M med D= s or2
∆ : M0 as∆(M2)=M2 donc s∆or2 =s∆1 avec ∆1=med[M0M2]=(OM1) s∆or3 : M0 as∆(M3)=M1 donc s∆or3 =sD1 avec D1=med[M0M1]
C – L’hexagone
Ici : n=6,
=
6 ,2π O r r
Proposition 9 : Is(P6)=
{
id,r,r2,r3,r4,r5,s∆,s∆1,s∆2,sD,sD1,sD2}
où ∆1=(OM2), ∆2=(OM1), D=med[M0M5], D1=med[M0M3] et D2=med[M0M1] Dessin :
Preuve : M0M2M4 est un triangle équilatéral et ∆=med[M2M4] Donc d’après la proposition 7 : s∆or2 =s∆1 avec ∆1=(OM2)
s∆or4 =s∆2 avec ∆2=(OM4)=(OM1) ∆=med[M1M5]=(M0M3)
s or
∆ : M0 as∆(M1)=M5 donc s∆ or=sD avec [ ]
5 0M M med D= s or3
∆ : M0 as∆(M3)=M3 donc s∆or3 =sD1 avec D1=med[M0M3] s or5 : M as (M )=M donc s or5 =s avec D2=med[M M ]
D – L’octogone
Ici : n=8,
= ,π4 O r r
Proposition 10 : Is(P8)=
{
id,r,r2,r3,r4,r5,r6,r7,s∆,s∆1,s∆2,s∆3,sD,sD1,sD2,sD3}
où ∆1=(0M7), ∆2=(OM2), ∆3=(OM1), D=med[M0M7], D1=med[M0M5], D2=med[M0M3] et D3=med[M0M1]
Dessin :
Preuve : M0M2M4M6 est un carré et ∆=med[M2M6]=(M0M4)
Donc d’après la proposition 8, s∆or2 =s∆1 avec ∆1=med[M0M6]=(OM7) s∆or4 =s∆2 avec ∆2=(OM2)
s∆or6 =s∆3 avec ∆3=med[M0M2]=(OM1) ∆=med[M1M7]=med[M3M5]
s or
∆ : M0 as∆(M1)=M7 donc s∆or=sD avec [ ]
7 0M M med D= s or3
∆ : M0 as∆(M3)=M5 donc s∆or3 =sD1 avec D1=med[M0M5] s or5
∆ : M0 as∆(M5)=M3 donc s∆or5 =sD2 avec D2=med[M0M3] s∆or7 : M0 as∆(M7)=M1 donc s∆or7 =sD3 avec D3=med[M0M1]