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La place de l'imaginaire dans différentes classes genevoises

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Academic year: 2022

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Master

Reference

La place de l'imaginaire dans différentes classes genevoises

VALLON, Annie, WAGNER, Alexandra

Abstract

Ce mémoire cherche à comprendre quelle place prend l'imaginaire au sein de différentes classes genevoises, à travers des entretiens avec des professionnels en lien avec des auteurs. Nous sommes parties des paroles de ces différents professionnels pour construire la structure thématique de ce mémoire. Ce mémoire parle de l'imaginaire et de l'importance qu'il a pour les enfants et pour les adultes. Offrir un espace à l'imaginaire, se vit, s'autorise et se partage. L'imaginaire est à la base du bon développement des enfants et c'est parce qu'une personne exerce son imagination qu'elle peut apprendre. Pour qu'il y ait de l'imagination, il faut du temps, du silence, de la liberté et du respect. L'imagination permet à tout individu de faire face à de nombreux évènements douloureux. Cependant ce qu'on peut appeler un mécanisme de défense est aujourd'hui appauvri par une société qui veut tout contrôler et qui enlève à l'individu une partie de sa liberté. Un être humain soumis devient peu créateur. Dans ce mémoire, vous trouvez des récits personnels, des portraits des personnes interrogées et bien [...]

VALLON, Annie, WAGNER, Alexandra. La place de l'imaginaire dans différentes classes genevoises. Master : Univ. Genève, 2009

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:3386

Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.

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UNIVERSITE DE GENEVE Juin 2009 Faculté de Psychologie et des

Sciences de l’Education

Licence Mention Enseignement

Mémoire de Licence

La place de l’imaginaire dans différentes classes genevoises

Annie VALLON & Alexandra WAGNER

Direction : Mireille Cifali

Membres de la commission : Jean-Marie Cassagne

Stanislaw Rozmuski

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TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION p.4

CHAPITRE 1 : RÉCITS PERSONNELS p.9

1.1 Récit d’Annie p.9

- Mes idées…

- Mes souvenirs…

1.2 Récit d’Alexandra p.15

- Mes idées…

- Souvenirs d’enfance

CHAPITRE 2 : MÉTHODOLOGIES ET QUESTIONNEMENTS p.22

2.1 Notre démarche p.22

2.2 Les personnes interrogées p.24

2.3 Déroulement des entretiens p.26

2.4 Analyses des entretiens p.28

CHAPITRE 3 : PORTRAITS DES PERSONNES INTEROGEES p.30

3.1 Portrait de Séverine p.30

3.2 Portrait de Laurence p.31

3.3 Portrait d’Anne-Marie p.32

3.4 Portrait de Natalia p.33

3.5 Portrait du psychologue p.34

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CHAPITRE 4 : LA PLACE DE L’IMAGINAIRE CHEZ L’ENFANT p.35

4.1 L’imaginaire en lien avec la créativité p.35

4.2 Le jeu, un moyen parmi d’autres d’entrer dans l’imaginaire p.43

4.3 Les enfants, individus uniques face à l’imaginaire p.54

CHAPITRE 5 : LES PROFESSIONNELS ET L’IMAGINAIRE p.66

5.1 Ce que les enseignants disent et font autour de l’imaginaire p.66 - En division élémentaire

- En division moyenne

5.2 Les adultes ne sont pas tous les mêmes face à l’imaginaire p.78

5.3 L’imaginaire selon un psychologue p.87

CONCLUSION p.95

BIBLIOGRAPHIE p.98

ANNEXES : RETRANSCRIPTIONS DES ENTRETIENS p.103

A.1 Entretien avec les enseignantes p.103

- Entretien de Séverine - Entretien de Laurence - Entretien d’Anne-Marie

A.2 Entretien avec une éducatrice p.136

- Entretien de Natalia

A.3 Questions d’entretien p.143

-Questions posées au psychologue

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INTRODUCTION

Le monde dans lequel nous vivons est souvent dur et rempli de contraintes. Les adultes le ressentent au quotidien et doivent faire avec. Les enfants ressentent aussi ce monde et ont besoin de moments de rêve et de jeu. Lorsque les enfants se tournent vers le rêve, ils modifient cette réalité et peuvent ainsi y faire face. Très tôt, les enfants sont capables d’imaginer certaines choses qui leur permettront de voir le monde autrement en s’évadant d’un quotidien parfois trop difficile à vivre. Les enfants transforment la réalité en un monde personnel plus agréable pour eux. C’est en partie grâce à l’irréel que les enfants se construisent et arrivent à l’âge adulte. Etty Buzyn (1995), Papa, maman, laissez moi le temps de rêver, souligne que : « […] ne pas laisser de temps au rêve, c’est priver l’enfant de tout un registre essentiel à son développement » (p.96). C’est pourquoi les enfants doivent avoir des moments bien à eux où ils ont l’occasion de nourrir leur imaginaire. Laisser les enfants « sans rien faire » de concret n’est pas négatif car ils ont besoin de ce genre de moments pour rêver, se retrouver et rester un peu seul avec eux-mêmes. A ce propos, Buzyn (1995) nous dit que :

« […] les moments où il n’y a pas de programme prévu pour l’enfant lui permettent d’apprendre à regarder et à écouter la vie faite de sensations subtiles, trop souvent inaccessibles autrement. […] C’est aussi dans l’inactivité que les choses se décantent, que l’enfant trouve l’inventivité nécessaire pour s’occuper par la suite, et se diriger vers ce qui l’inspire. » (p.132)

De plus, même si l’enfant a l’air de s’ennuyer, cela n’est pas négatif pour lui. Au contraire, c’est en se permettant de s’ennuyer qu’il pourra développer son imagination. Il se donne ainsi la permission de creuser au plus profond de lui-même et de passer du temps avec sa propre personne. Il s’autorise à imaginer des histoires ou évènements qui lui permettent de se sentir bien. Buzyn (1995) explique que :

« […] la capacité à supporter l’ennui reste un signe incontestable de bonne santé mentale. S’ennuyer est en effet une expérience formatrice nécessaire dans la vie d’un enfant. Ce temps où il cesse d’agir pour se confronter à la solitude lui permet de ne plus esquiver ses émotions mais de pouvoir, au contraire, les laisser se déployer dans un espace intérieur. Il peut aussi progressivement faire des découvertes sur sa capacité à puiser en lui les ressources nécessaires pour s’inventer des histoires qu’il mettra en scène plus tard dans ses jeux. […] En outre, s’il apprend à faire silence, à s’écouter

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l’introspection, expérience utile à chacun pour s’interroger à certains moments de la vie et se projeter dans l’avenir. » (p.131)

Dans les écoles et plus particulièrement en première et deuxième enfantine, un moment d’accueil est prévu chaque matin. Les enfants ont environ 45 minutes, s’ils arrivent à 8 heures, pour effectuer une activité de leur choix. C’est un moment destiné aux enfants afin qu’ils puissent, avant d’entrer dans les activités, se libérer l’esprit et s’évader du quotidien.

Lors de nos stages, nous avons souvent entendu les enseignantes dire que les enfants arrivant à 8 heures 45 n’étaient pas aussi prêts à commencer les activités qu’un enfant ayant pu profiter de ce temps d’accueil. Cependant, pour certaines personnes, ce moment n’est pas nécessaire et n’apporte rien de constructif aux enfants. Nous avons déjà entendu dire qu’il s’agissait d’une perte de temps, que jouer n’avait pas de raison d’exister à l’école en dehors de la récréation. Mais comme le dit Pascale Rosefeter (1997), « […] les jeux ne sont pas une simple « distraction », mais sont nécessaires à la construction de la pensée, de l’autonomie et de la socialisation. L’enfant joue pour se sentir libre et heureux » (p.10).

Pendant cette période où l’enfant se crée un monde imaginaire, il se sent libre et heureux. En tant qu’adulte, il est important de permettre à l’enfant d’y croire le plus longtemps possible. Cependant, les parents doivent aussi permettre à l’enfant de comprendre la différence qu’il y a entre les choses imaginaires et le réel. Mais l’imaginaire n’est pas qu’une source de créativité, il est aussi un élément essentiel à l’équilibre de chaque personne.

En tant qu’adultes, nous continuons à imaginer certaines choses et à nous créer un monde à part, dans lequel nous pouvons nous évader et nous sentir sereins. Cependant, il n’a pas la même signification à l’âge adulte et à l’âge enfant. En tant qu’adulte, nous distinguons parfaitement le réel de l’irréel. Cela ne veut pas dire que nous ne nous impliquons pas complètement dans ce monde que nous créons. Parfois nous le vivons si intensément qu’il devient difficile de ne pas y croire. Mais comme nous sommes des adultes, nous retombons très vite dans la réalité. En ce qui concerne les enfants, le monde qu’ils s’inventent peut devenir réel à leurs yeux. Certaines fois, ils ont de la difficulté à distinguer le réel de l’irréel, cela est parfois confus dans leur tête. Un enfant, n’ayant pas d’obligation à remplir, ne perçoit pas les contraintes de la vie de la même manière qu’un adulte. En effet, l’enfant ne se rend pas compte de tout ce que les adultes mettent en place pour lui permettre d’avoir sa propre vie. De ce fait, le passage du réel à l’irréel peut être plus vague pour ce dernier. Cependant, comme le

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dit Paul L. Harris (2007), certains enfants sont tout à fait capables de dire que les objets qu’ils utilisent dans leur imaginaire sont des objets réels et cela déjà à l’âge préscolaire.

Le jeu constitue l’une des activités principales de l’enfant et : « grâce à lui, […], l’enfant fait ses tous premiers apprentissages de base : de la maîtrise de son corps à celle du langage, en passant par le développement de sa pensée, et cela grâce à sa capacité d’être en relation avec les autres » (Gatecel, 2004, p.27). Le jeu n’est donc pas à négliger puisqu’il va permettre à l’enfant de grandir, d’évoluer et de faire les apprentissages dont il a besoin. Les moments que l’école et plus particulièrement les classes enfantines ont mis en place pour laisser les enfants jouer, sont bien des moments réservés aux apprentissages. Anne Gratecel (2004) explique d’ailleurs : « En observant, en explorant, en imitant, en imaginant, il deviendra grand. Pour l’enfant, le jeu est toute sa vie ! » (p.27). Par le jeu, l’enfant se forme, il va pouvoir apprendre à exister en tant que personne mais aussi en collectivité avec ses camarades. En observant les enfants, on remarque vite que dans le jeu et l’imaginaire, ils sont inégaux. Certains enfants arrivent avec facilité à se détacher de la réalité pour partir dans des histoires « folles », alors que d’autres enfants restent proches du monde réel. Pourquoi ces différences ? Est-ce dû au fait que les enfants ne sont pas tous motivés de la même manière par leurs parents par exemple, ou par le fait qu’il y ait des enfants uniques qui ont eu moins d’occasion de jouer en collectif ?

A travers l’imaginaire et la créativité, les différences entre les enfants sont étonnantes.

En ce qui concerne le dessin par exemple, certains enfants dessineront la même maison que le voisin a faite et ils ne feront pas quelque chose de spontané. D’autres, à l’inverse, dessineront quelque chose qui provient de leur imaginaire et arriveront à raconter mille et une histoires incroyables qui se déroulent sur leur feuille de papier. Gratecel (2004) dit à ce propos que :

« Certains enfants sont incapables d’exprimer leurs émotions, ils n’ont pas d’imaginaire pour se représenter certaines choses. » Ce propos est un peu radical, mais il est certain que des différences existent entre les enfants.

A travers ce mémoire, nous aimerions voir de plus près quelle place occupe l’imaginaire dans quelques classes genevoises. Le monde fascinant de l’imaginaire nous semble un aspect primordial dans le développement d’un enfant. Cependant, nous avions dans l’idée qu’il n’est pas courant d’entendre un enseignant dire qu’il va effectuer des activités sur

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classe, c’est un peu de manière inconsciente. Les enseignants n’y pensent pas forcément ou ne peuvent pas lui accorder autant de temps qu’à une leçon de français. De ce fait, nous nous sommes intéressées de plus près à l’imaginaire et avons cherché à savoir ce que quelques enseignants en pensaient. Nous avons cherché à comprendre comment celui-ci pouvait avoir une place en classe et à travers quels moyens les enseignants le faisaient exister.

Lorsque l’on pense à l’imaginaire enfantin, le dessin nous vient rapidement à l’esprit.

En classe, comment les enseignants mettent-ils en place les leçons de dessin ? Les enfants sont-ils libres de choisir leur dessin ou alors ont-ils des consignes très précises qui ne laissent plus de place à l’imaginaire ? Il est important de souligner le fait que cela dépend beaucoup des degrés. En effet, en division élémentaire, les enfants auront plus de moments libres, qui pourront être utilisés pour la créativité. En division moyenne, par contre, il est moins courant qu’un enseignant laisse dessiner en toute liberté. Diverses raisons peuvent expliquer cela, un programme très chargé, le manque de temps, etc. En division spécialisée par contre, on trouve un programme plus diversifié et propice à laisser une place pour l’imaginaire puisque les enseignants peuvent se permettre de prendre plus de temps. On découvrira dans cette division, diverses leçons de créativité parmi lesquelles figure le théâtre.

En voulant étudier l’imaginaire, il nous a donc semblé plus simple de nous intéresser plus particulièrement à la division élémentaire ainsi qu’à la division spécialisée.

Effectivement, ces deux divisions sont plus propices à laisser l’imaginaire des élèves exister.

Cependant, il se peut tout à fait qu’en division moyenne certains enseignants accordent tout de même une place à l’imaginaire.

Le premier chapitre de notre mémoire s’intitule Récits personnels. Nous cherchons dans ce chapitre à parler de nous et de nos représentations sur l’imaginaire. De plus, nous essayons dans cette partie d’être le plus libre afin de faire par de nos souvenirs d’enfance et tout ce qui nous semble avoir eu un lien avec notre imaginaire.

Dans le chapitre 2, nous parlons de la démarche de recherche que nous avons utilisé pour mener à bien ce mémoire. Nous parlons des personnes que nous avons interviewées, de la manière dont les entretiens se sont déroulés et nous introduisons les analyses des différents entretiens.

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Il nous semble important de consacrer un chapitre aux portraits des personnes interrogées. Ceci, afin que le lecteur puisse comprendre au mieux les réflexions, les choix et les idées des personnes interviewées. Nous pensons qu’il s’agit d’une bonne manière de se sentir plus proche de ces personnes. C’est d’ailleurs le sujet que nous abordons dans le chapitre 3 de ce travail.

La partie consacrée aux analyses des entretiens se trouve dans les deux derniers chapitres, à savoir, le chapitre 4 et 5. Ces deux chapitres nous permettent d’aborder diverses thématiques en mettant en lien les paroles des personnes interrogées, notre avis et les différentes lectures que nous avons faites.

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CHAPITRE 1

RECITS PERSONNELS

1.1 Récit d’Annie Mes idées…

Je m’appelle Annie Vallon, j’ai 24 ans et je suis actuellement en dernière année en Sciences de l’Education. Dans ce travail, comme nous l’avons déjà dit dans l’introduction, nous parlerons de l’imaginaire. Mais pourquoi ce choix ? Il nous semblait intéressant d’aborder quelque chose de nouveau pour nous. Nous ne voulions pas rester dans un cadre type de mémoire mais bien avoir l’occasion de nous évader. Il s’agit d’une thématique nouvelle pour nous et qui a engendré de nombreuses interrogations.

Je consacre cette partie à quelques expériences personnelles et à ce que je pourrais en dire sur le thème choisi ici.

Avant de commencer ce mémoire, l’imaginaire restait à mes yeux l’univers des enfants, un univers qui leur était réservé. Je me rends compte, de plus en plus, que l’imaginaire suit l’homme toute sa vie. Pourtant, cela va dépendre de la sensibilité de chacun et de sa capacité à accepter de sortir de ses habitudes quotidiennes. Je me suis donc donné le temps d’y réfléchir dans le cadre de ce travail. Il est vrai que même à 24 ans, je me surprends parfois à rêver et m’imaginer des choses qui raisonnablement sont impossibles, mais qui me font du bien. Il m’arrive, plus souvent que ce que je ne le pensais, de m’imaginer dans des situations où tous mes vœux se réalisent. Nous avons tous cette possibilité de rêver et de s’imaginer des situations où l’on s’invente des histoires, il faut simplement se laisser le temps et surtout se le permettre sans s’imaginer que cela est enfantin. On retrouve ceci chez les écrivains qui disent que pour eux, écrire reste une manière de s’évader et de se laisser le droit de penser et d’imaginer ce que bon leur semble. Cela leur permet de se couper de la réalité et leur fait du bien. Chacun peut trouver son moyen de rêver, que ce soit en écrivant, en lisant, en regardant un film, ou simplement en pensant. Nombreuses sont les possibilités de rentrer

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dans un monde imaginaire et de se couper de la réalité de la vie quotidienne. Cependant, il est parfois difficile de voir ensuite la réalité de la vie en face car dans ce monde imaginaire, tout se passe un peu comme nous le souhaiterions.

J’ai parfois le sentiment de rentrer dans un monde personnel où je suis la propre créatrice de mon imaginaire mais lorsque je regarde un film, je m’évade également mais à travers l’imaginaire d’autres créateurs. Mais, est-ce que je ne me perds pas dans l’imaginaire des autres ?

Aujourd’hui, j’ai l’impression que les enfants n’ont plus vraiment de temps à consacrer à la créativité et à leur propre imagination. Ils sont plutôt projetés dans les

« créations » d’un monde d’adultes. Petits, cela reste inconscient mais plus ils grandissent, plus ils se consacrent à des activités inadéquates et rentrent dans un monde pas forcément adapté à leur âge. Je soulève ce point car je me souviens, lorsque j’avais 11 ans, que je jouais régulièrement aux Barbies. Cela peut sembler « bébé » à première vue, mais je pense que d’une manière ou d’une autre c’était ma manière à moi de m’évader, de créer mon monde où mon imagination et mes idées restaient éveillées. Je pouvais ainsi m’inventer un espace de rêve où tout se passait bien, ou du moins comme je le désirais. Je pouvais reporter sur ces jouets tout ce qui me plaisait et tout ce qui n’était en réalité pas possible pour moi à cet instant. J’ai l’impression qu’aujourd’hui les enfants de 11-12 ans n’ont plus le temps de rêver ou en tout cas, ne le prennent plus. Ont-ils honte ? Sont-ils sous influence ? Trouvent-ils que cela n’est plus de leur âge ? Donnent-ils plus d’importance à d’autres valeurs ? N’ont-ils tout simplement pas le temps ? L’école leur demande beaucoup et cela exerce une forte pression sur eux. Ont-ils vraiment le temps de jouer à des jeux simples où ils sont les propres créateurs de leur imaginaire ? Tout n’est-il pas télécommandé ? Les jeux auxquels ils jouent, ne sont-ils programmés et laissent-ils la place à la créativité ?

Je pense qu’il est important et nécessaire pour tout être humain d’apprendre à rester seul.

C’est ainsi que l’imaginaire de chacun peut se développer car on cherche à s’occuper. La société dans laquelle nous vivons, ne semble plus laisser plus beaucoup rêver les jeunes. Ils doivent sans cesse s’occuper et montrer qu’ils font quelque chose sinon, on les appelle des

« bons à rien », des « flémards ».

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Gilles Brougère (2003) dit que : « […] la publicité sous toutes ses formes met l’enfant sous influence, leur jeu, répétition de scènes vues à la télévision, a perdu toute créativité et la violence domine l’univers des garçons » (p.8). Je pense que nous avons besoin de temps et qu’il est parfois nécessaire pour notre bien, d’apprendre à ne rien faire. Il n’est pas indispensable de tout le temps occuper les jeunes. S’ils apprennent à rester parfois seuls, ils auront beaucoup plus de facilité à développer cette capacité imaginative. À mon avis, une surabondance de jouets, par exemple, nuit à la créativité.

Une citation m’a particulièrement marquée :

« La créativité est la disposition à créer ce qui existe à l’état potentiel chez tous les individus et à tous les âges. Étroitement dépendante du milieu socio-culturel. Cette tendance naturelle à se réaliser nécessite des conditions favorables pour s’exprimer. La crainte de la déviation et le conformisme social sont le carcan de la créativité. Le petit enfant qui s’étonne et s’émerveille, s’efforce de saisir les nouveautés du monde et qui n’a pas encore subi l’éducation est particulièrement créatif. » (Beaudot, 1969, p.16) Tout individu naît créatif. Cependant, selon le milieu dans lequel il grandit, cette créativité peut continuer, diminuer ou même disparaître. La société actuelle est stricte et rigide. Il nous est demandé de suivre une certaine discipline et rentrer dans un moule commun à tous. N’est-il donc pas logique que la créativité soit étouffée ?

Mes souvenirs…

J’ai passé une partie de mon enfance au Brésil. Je me souviens qu’une fois j’étais avec ma maman et nous rentrions de Rio en bus. C’était le soir et j’étais très fatiguée. Je me suis endormie car le trajet était bien long. En sortant du bus, j’étais encore à moitié endormie et je ne me suis pas redue compte que j’avais oublié mon petit nounours préféré dans le bus. Ce petit ours s’appelait Bob. C’est en arrivant en haut des escaliers de l’immeuble de ma grand- mère que je me suis rendue compte que Bob n’était pas dans mes bras. Je l’ai réclamé à ma maman mais elle ne l’avait pas non plus. Mes yeux se sont remplis de larmes. Je venais de perdre mon fidèle ami. Cela peu sembler bête à première vue et même un peu capricieux mais en réalité pas du tout. J’étais vraiment triste et mal et ma maman l’a ressenti. Ma grand-mère commençait déjà à perdre patience mais ma maman était consciente que ce qui m’arrivait était réellement un très gros chagrin. C’est pour cette raison que de suite elle est repartie à la

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recherche de Bob. Elle a appelé la centrale des bus et est allé jusqu’au terminus pour le chercher. Cette histoire m’était sortie de la tête jusqu’à la lecture de Papa, maman, laissez- moi le temps des rêver. En effet dans cet ouvrage, l’auteur raconte l’histoire d’une petite fille dont la maman a tout fait pour récupérer la tête de sa Barbie préférée. En voici l’extrait :

« Il y a de cela bien longtemps, une maman m’a raconté l’histoire de sa petite fille avec laquelle elle se trouvait dans un autobus à l’étranger. Les poupées Barbies connaissaient déjà un immense succès et la petite fille en avait une à la main, sa préférée, celle dont elle ne se séparait jamais. Or, en descendant du véhicule, l’enfant s’aperçut que la tête de la Barbie manquait : sans doute était-elle tombée sous le siège.

La mère et sa fille sautèrent aussitôt dans un taxi pour rattraper le bus à l’arrêt suivant et monter y chercher la tête de la poupée. Cette jeune mère ayant lu sur le visage de sa fillette le bouleversement que représentait le morcellement de cette poupée avait su prendre l’initiative d’en récupérer la partie manquante dans l’autobus : c’était accorder de l’importance aux sentiments de sa fille, et reconnaître à celle-ci une valeur propre en tant qu’être sensible alors qu’il eût été plus simple de dire :

“impossible de rattraper le bus, je t’en achèterai une autre”. Or c’était cette poupée et pas une autre que la petite aimait, et c’était celle-là qu’elle souhaitait conserver intacte. Sa mère avait perçu l’essentiel. » (Buzyn, 1995, p.139)

Ce récit m’a particulièrement touchée. C’est comme si je retournais en enfance. En lisant ce passage, j’avais l’impression de revivre ce moment tant il m’avait marquée. Mais, cet évènement ne me paraissait pas important et je ne pensais pas qu’un jour, il pourrait être intéressant de le raconter.

Bob mon nounours faisait partie de mon monde imaginaire. Je pouvais lui parler, lui raconter mes soucis ou des histoires. Il devenait mon confident et mon compagnon fictif.

J’ai vécu au Brésil de 9 à 16 ans et pendant ces années, j’ai été dans une école qui laissait une grande place à l’imaginaire. Je me souviens que tous les vendredis, il y avait un moment appelé « l’heure du conte ». Il s’agissait d’un moment réservé aux élèves où ils pouvaient s’exprimer librement soit par la poésie, soit par un spectacle, une danse, une lecture, bref, tout était accepté. Il s’agissait d’un moment libre où l’élève avait le choix de soit participer, soit rester spectateur. J’avais une amie très proche et nous nous entraînions toute la semaine pour présenter nos chorégraphies. Les chorégraphies n’étaient pas toujours géniales, mais tant les élèves que les enseignants avaient du respect pour ce que chaque élève proposait et la règle d’or était de ne pas se moquer. Un travail se faisait au préalable en classe et ces moments se passaient toujours bien. Je me souviens même avoir organisé un spectacle avec ma sœur, ma

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cousine et une amie. Ce spectacle était, pour nous, quelque chose d’exceptionnel. Nous avions vraiment l’impression d’être de vraies professionnelles. Il s’agissait des Musiciens de Brême, en brésiliens Os Saltimbancos. Nous avions une cassette et nous avions appris par cœur toutes les répliques. Du coup, pendant la présentation, nous faisions du play-back. Nous avions décidé de demander à l’école si nous pouvions présenter notre spectacle. Avec l’accord de la directrice, nous avons eu un moment réservé pour ce spectacle qui durait quand même une heure et demie. Toute l’école s’est mobilisée pour venir assister à notre présentation. Quelle fierté nous avons ressentie. Tous ces regards fixés sur nous. En plus, nous avions bien répété et avions, d’après nous, des costumes adaptés, nous étions maquillées et la musique donnait une bonne ambiance. Que ce soit à l’école ou à la maison, j’ai toujours eu l’impression que ce que je pouvais inventer était bien. Mes parents assistaient aux répétitions de nos divers spectacles et danses avec une telle sincérité que nous nous sentions réellement fières.

Après lecture de Buzyn (1995), je me suis rendue compte que ce que j’ai pu vivre pendant mon enfance et ces nombreuses présentations aux adultes n’ont été que bénéfiques pour mon développement et mon bien être. En voici l’extrait :

« En soutenant le désir de l’enfant, et la mise en pratique de ce désir, les [adultes]

favorisent son développement, assister au spectacle de théâtre ou de danse improvisé, écouter les airs hésitants au coin du piano, admirer un dessin malhabile, en un mot savoir remarquer les productions de l’enfant son autant d’encouragement à préserver. » (p.125) Je trouvais intéressant de parler de cela car je me rends compte, à présent, à quel point la créativité, le jeu et l’imaginaire de l’enfant avait une place primordiale dans cette école. J’en garde vraiment de bons souvenirs.

Je me souviens avoir eu beaucoup de temps pour jouer. Mes parents trouvaient certainement important de laisser l’enfant jouer comme il le sent. La liberté qu’ils me laissaient de jouer sans organiser mes jeux, me semble important aujourd’hui. C’est en travaillant sur la thématique de l’imaginaire et de la créativité que je me rends compte de la place importante que peut occuper le jeu dans la vie d’un enfant. Le verbe « jouer » est intimement lié à l’enfant.

C’est en jouant que l’enfant se développe et mûrit. Sans le jeu, l’enfance n’aurait pas de sens :

« [L’enfant] a besoin du jeu […] pour accepter et pour intérioriser peu à peu la réalité extérieure car, n’ayant pas encore les outils intellectuels lui permettant de raisonner

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logiquement sur une situation, de la rationaliser et de l’objectiver, il utilise le jeu et le symbole pour concrétiser et comprendre la réalité. » (De Montmollin, 1999, p.6)

Enfant, j’avais la liberté de jouer comme j’en avais envie, je n’avais pas de restrictions. Je me souviens, je jouais avec ma sœur et nous étions tout le temps, tant en hiver qu’en été, dans le jardin à s’inventer des histoires. Nous pouvions partir dans les bois sans aucune crainte.

Je dessinais beaucoup quand j’étais petite et je me souviens d’un évènement qui m’avait particulièrement touchée. En effet, c’était à l’école et la maîtresse nous avait demandé de dessiner un animal. Comme j’étais allé pendant le week-end avec ma grand-mère au bord du lac donner du pain aux canards, j’ai voulu en dessiner un. Après avoir fini, la maîtresse a pris mon dessin et s’est mise à rigoler. Je ne comprenais pas et j’étais mal à l’aise, j’avais alors 8 ans. Ce qui s’est passé, c’est que j’avais dessiné un canard avec quatre pattes. Je ne pourrais pas dire si c’était exprès ou pas mais en tout cas, le rire de l’enseignante m’a vraiment marqué.

En tout cas j’ai bien retenu qu’un canard n’avait pas quatre pattes mais bien deux.

L’enseignante s’était-elle rendue compte que sa réaction n’était pas adéquate et que je me sentais mal ? Je ne pense pas qu’elle voulait me blesser. En pensant à ce dessin, je comprends bien qu’elle ait eu envie de rire mais n’aurait-elle pas dû se retenir ? Lorsque nous travaillons avec des enfants, nous sommes sans cesse en contact avec des situations qui peuvent nous faire rire mais je pense qu’il faut faire attention à la moquerie. Nous vivons dans une société qui se base sur la moquerie pour rire et je pense réellement que cela est malsain. J’en fais partie, mais j’essaye de faire un travail sur moi-même. L’enfant peut nous faire rire mais nous devons faire attention à l’intonation que nous avons. Cela peut blesser à vie. D’ailleurs ce que je dis, me fait penser à ce que dit Anne-Marie dans son entretien :

« Et puis j’avais vu et ça je trouve aussi très juste, c’est cette histoire de critique. Plus tu dis quelque chose comme tu disais, c’est pas bien etc… c’est clair que ça coupe totalement la créativité. Parce que si tout à coup tu fais un oiseau à une patte et que quelqu’un vient te dire mais il a deux pattes, alors que toi, tu avais envie de le faire à une patte. Là tu étais dans la créativité et non pas dans la représentation d’un oiseau».

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1.2 Récit d’Alexandra

« Les rêves s’est l’autre toi qui te répond. »

Niall William Mes idées…

Je m’appelle Alexandra Wagner et j’ai 24 ans. Je suis actuellement en dernière année de la Licence Mention Enseignement à l’université de genève. J’ai décidé avec une amie de m’intéresser de plus près à l’imaginaire et plus particulièrement à l’imaginaire enfantin et à la place que ce dernier a dans les classes.

Je ne pense pas souvent à l’imaginaire, pour moi, il est présent en chacun de nous et reste propre à chaque personne. Pourtant, chez l’enfant, il occupe une place importante et il n’est pas rare d’entendre dire que tel ou tel enfant a beaucoup d’imagination. J’aime observer les enfants jouer et s’inventer des histoires qui peuvent être extraordinaires. Je me suis souvent demandé d’où viennent toutes les idées qu’ils ont. Est-ce en lien avec leur vie familiale ? Avec leur vécu ? Les histoires qu’ils inventent peuvent parfois être choquantes.

Aussi, en tant qu’enseignante, je me demande s’il y a un moment où l’on doit intervenir et ne pas laisser des jeunes enfants raconter des choses qui ne sont pas censées être connues à leur âge. Pourtant, ces moments d’évasion sont primordiaux et laissent les enfants être ce qu’ils ont envie. Ils peuvent être le personnage de leur choix et exprimer leurs différents besoins de la manière qu’ils veulent. Je suis persuadée que les enfants grandissent à travers l’imaginaire.

Le jeu fait partie des apprentissages incontournables de l’enfance. D’ailleurs, je trouve intéressant ce que dit Claude Miller dans l’une de ses citations : « La seule arme des enfants contre le monde ; c’est l’imaginaire » (site Internet).

Avant de commencer l’université, j’ai décidé de prendre une année pour réfléchir à la formation que j’allais faire. Enseigner m’a toujours plu, mais je ne connaissais pas réellement le métier. C’est pourquoi, j’ai commencé à effectuer des remplacements dans les écoles primaires genevoises. Après trois mois de remplacements, j’ai été appelée pour un long remplacement. C’était dans une classe de première et deuxième enfantine. Dans ces degrés, la classe commence chaque jour par un moment d’accueil pendant lequel les enfants ont toujours du temps libre. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Cependant, j’ai toujours observé que les

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enfants sont bien différents. Certains d’entres eux savent de suite ce qu’ils vont faire, quelle activité ils vont choisir alors que d’autres venaient me dire qu’ils ne savaient pas quoi faire. Je leur proposais donc diverses activités et ils finissaient par en choisir une. Mais il est tout de même interpellant d’observer ce type de réaction chez les enfants. Je me suis demandée qu’est-ce qui faisait que certains enfants n’arrivaient pas à choisir et à décider ce qu’ils avaient envie de faire. Peut-être est-ce parce qu’il est difficile pour certains de choisir parmi tant de possibilités ? Est-ce dû à leur milieu familial ? Les enfants ne sont certainement pas tous initiés aux jeux de la même manière et certains enfants ont des frères et sœurs avec qui jouer. Alors que d’autres non.

J’ai souvent observé les enfants lors de ces moments car j’aime les voir interagir entre eux, la manière dont ils se parlent, dont ils se mettent d’accord ou non. Les échanges qu’ils ont peuvent parfois être interpellant. En effet, j’ai entendu une conversation entre deux petites filles qui jouaient dans le coin dînette et poupée. L’une d’elles jouait le papa et l’autre la maman. Celle qui jouait le papa avait des gestes brusques et donnait des ordres à celle qui jouait la maman, elle lui parlait très mal : « vas faire à manger ! Mais rien n’est prêt ! » J’ai été très choquée par cette scène qui m’a beaucoup marquée. Sur le moment je n’ai rien fait et je me suis demandée après si j’aurais dû intervenir. Je pense que si l’élève en question avait dit des mots vulgaires j’aurais réagi car même si ce moment est destiné aux élèves, je n’aurais pas pu tolérer qu’il se dise, dans la classe, des vulgarités. Cependant, dans la scène à laquelle j’ai assisté il n’y a rien eu qui transgressait les règles de la classe. Je me suis imaginée mille et une chose après avoir entendu ces deux petites filles de deuxième enfantine s’exprimer ainsi.

Etait-ce une situation qu’elle voyait à la maison ? Son père se comportait-il ainsi à la maison ? Peut-être était-il violent avec sa femme et pourquoi pas avec sa fille ? Et puis, je me suis aussi imaginée qu’elle avait vu un film montrant une scène de ce genre ou qu’elle avait vu ça chez un copain ou même chez une copine de la classe. Le jeu symbolique permet aux enfants de représenter des événements de la vie quotidienne : « Ils ont besoin de supports à leurs rêves d’agression et de représailles, à travers lesquels ils peuvent exprimer par procuration leurs sentiments hostiles sans blesser des proches » (Gatecel, 2004). Je ne pouvais donc pas interpréter les paroles de cet enfant et trouver leurs causes. Depuis, j’ai souvent entendu dans ces moments des paroles choquantes comme lorsque les garçons jouent à la guerre. Mais à travers le jeu, les enfants expriment peut-être leurs peurs et des choses qu’ils ont envie d’exprimer de manière indirecte. C’est pourquoi je pense que lors de ces moments, les

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Cette année, j’ai effectué mon dernier stage en responsabilité dans un centre thérapeutique de jour regroupant douze enfants entre dix et quatorze ans. J’effectuais chaque lundi une activité de narration avec une éducatrice. Les enfants devaient raconter une petite histoire en partant d’une phrase imposée. Une enseignante retranscrivait les histoires racontées à tour de rôle par les élèves et ensuite, ils pouvaient aller les taper à l’ordinateur.

Finalement, ils faisaient un dessin en lien avec leur histoire dans un cahier. J’ai beaucoup apprécié ces moments car dans cette institution, les enfants racontent ouvertement ce qu’ils pensent. J’ai eu le sentiment que ces enfants ne se cachaient pas, qu’ils savaient qu’ils pouvaient être eux-mêmes et l’exprimer. L’un des élèves est très préoccupé par tout ce qui est violent. Il a onze ans et ne parle que de films d’horreur qu’il a vu, des jeux Playstation auxquels ils jouent et des bagarres qu’il a dans son quartier. Au niveau verbal, cet élève exprime beaucoup toute la violence qu’il vit au quotidien mais lorsqu’il en parle, il devient très excité presque nerveux comme s’il nous laissait voir qu’au fond tout cet univers lui faisait peur ; bien plus que ce qu’il pouvait s’imaginer.

Lors de cette leçon où l’on travaille la narration, cet élève raconte toujours des histoires très morbides. Il reste dans l’univers dans lequel il est plongé au quotidien. Lors de la dernière leçon, nous avions inscrit au tableau : « Le petit Nicolas rentre de l’école et arrive chez lui…. ». Cet élève a continué l’histoire en racontant qu’il rentrait et retrouvait ses parents morts sur le sol. Ils étaient remplis de sang. Il a continué en disant que le petit Nicolas était trop content et qu’il allait enfin pouvoir faire comme il voulait. Il a conclu en disant que la fête allait commencer. Puis, il a effectué le dessin de ses parents gisant sur le sol avec des poignards planté dans le corps. J’ai donc été très marquée par autant de violence. J’ai trouvé horrible qu’un enfant de cet âge n’ait aucun autre univers dans son imaginaire que celui de la violence, de la mort et de la guerre. Mais peut-être qu’il y en a d’autres mais que celui de la violence prend tellement de place qu’il envahit toutes ses pensées.

Je n’avais jamais été confrontée à ce genre de situation. Fallait-il que je le questionne encore d’avantage sur son dessin ? Fallait-il que je dise quelque chose, que je le laisse faire ? Je ne savais vraiment pas quelle réaction je devais avoir. Je n’en ai donc pas eu. Puis, à la fin de la leçon, j’en ai parlé au reste de l’équipe. Ils m’ont dit que ce cours permettait aussi aux élèves de mettre sur papier leurs pensées et leur monde imaginaire. Ils avaient donc, d’un commun accord, laissé cet élève raconter ses histoires et dessiner des choses violentes.

Effectivement, cela fait partie de cet élève, ce monde est une partie de lui qu’il peut exprimer

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lors de cette leçon. Mais l’enseignante m’a dit qu’il était aussi important de mettre des mots sur ce que cet élève exprimait. L’imaginaire peut-être le reflet d’un enfant, ou une petite partie de lui. Laisser l’imaginaire sortir et vivre est essentiel et permet aux élèves d’être eux-mêmes.

Cependant, observer les enfants évoluer dans l’imaginaire est une chose, pouvoir interpréter ce qu’ils font dans ces moments en est une autre. Effectivement, comment en tant qu’enseignante doit-on agir face à de telles situations ? Comment utiliser l’imaginaire des enfants ? Et surtout quelle place lui laisser au sein d’une classe ? Ces questions sont pour moi essentielles et n’ont pas eu, au cours de ma formation, de réponses. En effet, à l’université nous n’avons que très peu parlé de l’imaginaire chez l’enfant. Je me demande pourquoi puisqu’on sait qu’il est essentiel au développement de l’enfant. Peut-être parce que justement l’idée qu’on se fait du jeu ne nécessite pas de travailler ce domaine. En effet, le jeu reste pour de nombreuses personnes un moment de détente, de plaisir tout comme le dessin libre ou les jeux symboliques. Me pencher aujourd’hui sur la question me permettra de me familiariser avec ce monde imaginaire si présent chez les enfants. J’aimerais savoir ce qu’il représente pour certains enseignants, comment ils le perçoivent et quelle est selon eux son importance. Il est vrai qu’en tant qu’adulte, ils nous arrive parfois de parler de nos rêves mais que ce soit entre amis ou dans des discussions, je ne me souviens pas avoir beaucoup évoqué l’imaginaire. De plus, dans les salles des maîtres j’ai pu entendre parfois qu’un enseignant disait : « il n’a pas d’imagination ! ». Cependant, je n’ai jamais entendu un enseignant parler de l’imaginaire, de son importance et de sa place dans la classe. J’ai plutôt l’impression que dans la majorité des classes, il n’y a pas de place pour l’imaginaire et que pour certains enseignants, celui-ci ne se travaille pas et ne se développe pas. Ils pensent sûrement qu’il est acquis ou qu’il ne fait pas partie du programme.

Souvenirs d’enfance

En commencent à traiter de la thématique de l’imaginaire, je me suis rappelée ma propre histoire avec l’imaginaire. Il me semblait pourtant que je ne me souvenais de quasiment rien puis, petit à petit j’ai réussi à replonger dans mon enfance et dans le monde imaginaire qui l’habitait. Je me souviens des moments de jeux entre copines et des vies que nous nous approprions pour jouer le rôle d’une autre personne. J’ai toujours aimé jouer aux Barbies, m’imaginer être adulte, devenir une maman avec ses enfants, m’attribuer un rôle

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autre que le mien pour m’échapper, l’espace d’une heure, de mon quotidien. Enfant, j’inventais des histoires assez étranges qui ne reflétaient pas du tout ce que je vivais à la maison. J’imaginais des personnages hantés, possédés par des esprits alors que jamais je n’ai vécu quoi que ce soit en lien avec ce que je créais pendant ces moments de jeu. J’ai eu une enfance relativement simple et saine. Je ne pouvais pas regarder des films qui n’étaient pas de mon âge par exemple.

Je me souviens avoir eu beaucoup de peine à m’arrêter de jouer aux Barbies. Lorsque ma sœur qui a deux ans de moins que moi en a eu marre de jouer, j’ai ressentis un énorme vide. Pendant quelque temps d’ailleurs, je n’ai pas arrêté de lui demander de continuer à jouer avec moi. Mais pourquoi ai-je ressentis ce besoin plus longtemps qu’elle ? Ces moments me semblaient être les meilleurs, j’avais le sentiment d’avoir le contrôle, de pouvoir décider et modifier les choses à ma guise. Si quelque chose n’allait pas, on recommençait alors la partie et tout était réglé.

Aujourd’hui, je ne joue plus aux Barbies, pourtant, je regrette encore ces moments.

J’aimerais encore pouvoir m’inventer une vie différente de celle que je me suis construite.

Non pas que la mienne n’est pas belle, mais plutôt parce que être quelqu’un d’autre l’espace d’un instant me permettrait de m’échapper et de mettre de côté certaines choses parfois trop pesantes.

« L’imaginaire met des robes longues à nos idées courtes. » Sim

Aujourd’hui, mon imaginaire fonctionne toujours, il m’aide encore même si maintenant sa place en moi est bien plus petite. Oui, bien souvent, avant de m’endormir, lorsque je ferme les yeux, je m’évade bien loin de mon quotidien dans un tout autre monde.

J’aime tant ces moments où tout est permis, où je peux enfin me dire que tout est si paisible, comme j’en avais justement besoin. Grâce à ces quelques instants, je me ressource, je m’oxygène pour être mieux dans mon corps et dans ma tête dès le lendemain. Lorsque quelque chose ne va pas dans ma vie, alors, au moment d’aller dormir, j’ai le pouvoir de modifier ce que je veux grâce à mon imaginaire. Mais ces pensées que j’ai sont parfois des pensées que je ne dirais jamais, dont je n’ai pas honte mais qui sont à moi. Peut-être ne suis-je donc pas la seule à vouloir garder mon jardin secret et mon imaginaire pour moi ?

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La lecture me permet aussi de m’évader. Elle a remplacé pour moi le jeu symbolique.

A travers les lignes que je lis, je peux vivre quelque chose d’extraordinaire, de différent. Les enfants par contre, n’ont pas ce même souci puisque le jeu et l’imaginaire font normalement partie de leur quotidien. Il est, en effet légitime qu’un enfant s’invente des histoires. L’adulte, quant à lui, passe à travers la lecture pour revivre ces moments d’évasion légitimes. Bien que certains comme moi arrivent encore à s’inventer des histoires pour rendre la vie plus douce ou plus supportable pendant quelques instants.

Il me semble important de ne pas négliger l’imaginaire, de lui accorder toute notre attention pour pouvoir se plonger dans ce monde. Ainsi, on arrive à voir un peu mieux comment l’imaginaire vit en chacun de nous et l’on se rend compte de ce qu’il nous apporte.

Je suis persuadée qu’il nous permet de mieux nous connaître.

Au sein d’une classe, la question est plus complexe. Effectivement,l’imaginaire a une place soit en fonction de l’idée que l’enseignant a sur son importance, soit parce que c’est la division, le degré qui le demande. En division élémentaire par exemple, même si l’enseignant n’accorde pas d’importance à l’imaginaire, il le fera exister puisque des moments d’accueil sont prévus. Ces moments permettent aux élèves de s’inventer des histoires avec les légos, les poupées, etc.

Mais comment et pourquoi les enseignants le font exister ou non ? C’est donc grâce aux récits rapportés par quelques enseignants que nous allons pouvoir regarder d’un peu plus près comment l’imaginaire existe dans une classe. Par quel biais, les enseignants ou éducateurs le font exister ? Si l’imaginaire est si important, pourquoi n’a-t-il pas une place fixe dans l’enseignement ? Il est vrai que suivant les divisions, nous pouvons observer des leçons de jeux symboliques ou d’activités marionnettes mais cela n’est pas courant. C’est en division spécialisée et plus particulièrement dans les institutions ou centre de jour que l’on retrouve ce type d’activité. Les apprentissages des élèves à travers ces activités sont surprenants. En effet, ce n’est pas qu’un simple moment de jeu, mais un moment où l’on apprend réellement. Dans l’activité marionnette, les élèves doivent construire un scénario en collaborant entre eux, ils doivent se mettre d’accord, respecter une certaine logique, inventer un personnage pour le faire ensuite exister. Ils apprennent aussi à s’exprimer devant leurs camarades et donc à parler suffisamment fort et pas trop vite et bien d’autres choses encore.

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je suis toujours étonnée de les voir faire un exposé devant le reste de la classe. Pourquoi alors des leçons pour les aider ne sont-elles pas mises en place ? Pourquoi ne pas aussi faire des leçons du type des marionnettes en division moyenne ?

Les enseignants ne voient peut-être pas en ces activités les réels apprentissages qu’il y a. Ils préfèrent privilégier les moments de travail réel en fonction des objectifs inscrits dans le classeur des objectifs et bien évidemment en fonction des évaluations et des carnets qu’ils doivent prévoir. Pourtant, cela me semble dommage, j’ai l’impression qu’en développant la créativité des élèves et en permettant à leur imaginaire d’exister, ils pourront se construire, apprendre à s’écouter et à écouter les autres de manière bien plus efficace. Il me semble facile de mettre en place des activités là autour à un moment de la semaine et ceci, sans que cela vienne empiéter sur le programme.

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CHAPITRE 2

METHODOLOGIE ET QUESTIONNEMENTS

2.1 Notre démarche

Notre recherche est de type qualitative. En effet, il s’agit dans notre travail de rapporter des expériences vécues par des individus et de comprendre les interprétations qu’ils en ont. Nous n’avons pas la place d’expert ou de juge mais seulement celle de personnes intéressées par ce qui se dit et à l’écoute. De ce fait, nous ne modifierons en rien les récits récoltés, ils seront étudiés et analysés tels quels.

En ce qui concerne notre outil de travail, nous utiliserons l’entretien. L’entretien sera non directif puisque nous laissons la liberté à l’interviewé de s’exprimer comme il le ressent, il sera maître du déroulement de l’entretien. Nous cherchons à connaître ce que l’interviewé a comme vécu, comme savoirs, comme expérience. Au fil de l’entretien, si l’interviewé aborde un sujet auquel nous n’avions pas pensé mais qui semble particulièrement intéressant, nous serons tout à fait preneuses de ces informations. Du moment où ce qui est dit reste pertinent et en lien avec notre thématique, nous serons tout à fait réceptives. Nous partons du principe que les personnes que nous allons interroger connaissent bien plus de choses que nous.

Dans la mesure où nous nous intéressons au vécu, aux représentations et au travail des enseignants, il nous semble que l’entretien est le meilleur outil. En effet, « l’enquête par entretien est l’instrument privilégié de l’exploration des faits dont la parole est le vecteur principal, ces faits concernent les systèmes de représentations (pensées construites) et les pratiques sociales (faits expériencés) ». De plus, « l’enquête par entretien est […] pertinent lorsque l’on veut analyser le sens que les acteurs donnent à leurs pratiques, aux évènements dont ils ont pu être les témoins actifs […]. Elle aura pour spécificité de rapporter les idées à l’expérience du sujet (Blanchet & Gotman, 1999/2001, p.25).

Il est important pour nous que l’interviewé se sente à l’aise. Il doit pouvoir s’exprimer librement, sans ressentir un certain jugement de notre part. Nous essayerons d’être le plus

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neutres possible. Cependant, nous sommes conscientes que l’objectif de l’entretien est de comprendre, dans sa singularité, ce que chaque enseignant fait dans sa classe. Mais, de toute façon, de part nos relances et nos questions, l’interviewé sentira de toute façon quel est notre point de vue. Nous essayerons tout de même de faire attention à cela. Etant donné que nous n’avons pas prévu de questions au préalable, nous procéderons de manière neutre. Nous informerons avant l’entretien le sujet abordé mais nous n’en dirons pas plus. Ceci, pour ne pas fausser les données. L’interviewé doit être dans un état pur et personnel. C’est grâce à lui et avec lui que cet entretien sera mené à bien. Tout ce dont il nous fera part, sera simplement constaté et non pas jugé. Nous nous montrerons de toute façon intéressées car dans le cadre de notre recherche, il n’y a pas de juste ou faux.

Nous n’avons pas réellement choisi de lieu pour les entretiens mais nous pensons qu’ils seront réalisés dans la classe de l’enseignant. Ceci pour qu’ils se sentent bien et plus à l’aise dans un environnement connu. De plus, ne serait-ce que pour une raison pratique. En effet, nous savons que dans une classe nous serons dans un lieu calme et dans un lieu où l’enseignant a tout son matériel. S’il a besoin de nous montrer un dessin, ou chercher un document, tout sera à sa disposition. Cela touche également le côté souvenirs. En effet, dans une classe, l’enseignant voit son environnement et pourrait plus facilement se souvenir d’une anecdote ou d’un évènement en lien avec la thématique.

Nous n’avons pas choisi l’entretien par hasard. C’est grâce à celui-ci que nous allons pouvoir recueillir des informations précieuses et riches auxquelles les interviewés n’avaient pas forcément réfléchi au préalable. A travers cette rencontre, nous allons tenter d’accéder à l’inconscient de l’individu. Nous aimerions pouvoir étudier les représentations ainsi que les conceptions des individus.

L’entretien est formé de processus de communication et d’interaction humaine puisqu’il met en relation deux ou plusieurs personnes qui vont communiquer. Des rapports sociaux se créent alors. L’entretien engage des personnes et ne peut être considéré comme un simple questionnaire où l’on est dans ce cas, dans l’anonymat. Au cours de l’entretien, il est important de ne pas perdre de vue que chaque description, chaque représentation exprimée par l’interviewé doit être rapportée aux mêmes points de vues que les paroles prononcées par l’interviewé, et par conséquent, à la même position de l’individu. L’interviewé lui-même n’est pas forcément conscient qu’il met en avant, par ses propos, des intérêts, des enjeux et des

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idées. Le chercheur, quant à lui, doit en être conscient pour interpréter et le tenter de comprendre correctement ce qui est dit.

A travers l’entretien, nous ne cherchons pas à être « représentatif ». Il s’agit pour nous de restituer et réfléchir à la singularité de ce qui est dit par chaque individu. Nous n’allons donc pas effectuer un grand nombre d’entretiens. Ce qui prime avant tout, est la singularité de chaque cas ainsi que les comparaisons et analyses des différents entretiens.

Cette démarche comporte tout de même certaines limites. En effet, il s’agit pour nous avant tout de recueillir des données pertinentes pour notre travail. Nous ne savons pas à l’avance de quoi l’interviewé va nous parler et donc si ce qu’il dira sera compatible avec notre recherche. Cela veut également dire que nous allons interpréter ce qui est dit. Mais, le ferons- nous de manière adéquate ? Chaque individu a son propre vécu, ses propres représentations et il se peut que l’interprétation que nous en ferons puisse être fausse, ou pas totalement dans le même ordre d’idée que l’interviewé cherchait à exprimer. Alors, nous nous demandons comment interpréter ce qui est dit de manière la plus juste ? Nous aurons en tête de rester tout au long de nos analyses et interprétations le plus proche de ce que les personnes interviewées nous transmettent.

2.2 Les personnes interrogées

Nous avons décidé d’interviewer trois enseignantes, une éducatrice et un psychologue.

Comme nous l’avons déjà dit, nous avions besoin non pas d’une large palette de professionnels, mais d’en trouver un petit nombre avec lesquels nous allions pouvoir approfondir notre thématique à travers des entretiens non dirigés. Le choix des enseignants n’a pas été aléatoire. En effet, nous voulions prendre le temps de discuter et s’exprimer librement sur la thématique. C’est pourquoi, nous avons choisi des enseignants que nous connaissions déjà. C’est à travers les stages, les camps et les remplacements que nous avons fait que nous avons connu ces professionnels. De ce fait, le contact que nous avons avec eux a permis de faciliter la discussion lors de l’entretien. Nous avons remarqué, au cours des entretiens, que les enseignants et l’éducatrice se sont sentis libres et en confiance. Ceci a ainsi permis un échange vrai et sincère.

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Le choix des enseignants ne s’est pas fait en fonction de notre thématique. Nous n’avons pas sélectionné les enseignants en pensant qu’ils avaient un attrait particulier pour l’imaginaire enfantin. Cependant, lors de notre premier entretien, nous avons volontairement choisi une enseignante qui, nous le savions, laissait beaucoup de place dans sa classe pour l’imaginaire. Nous voulions un entretien complet qui nous permettrait de nous aiguiller sur des éventuelles relances que nous allions avoir à faire lors des futurs entretiens. Avant l’entretien avec chaque enseignant, nous leur avions dit que nous allions parler de l’imaginaire et de la place qu’il a dans la classe. Nous voulions qu’ils sachent ce dont nous allions parler sans pour autant leur donner trop d’information ; ceci afin qu’ils ne puissent pas trop y réfléchir. Nous voulions qu’ils soient spontanés et qu’ils réfléchissent sur le moment, avec nous, à propos de la thématique. Il nous semblait important de voir dans quel moment ils avaient des doutes ou dans quel moment ils avaient l’air plus sur d’eux. Ceci pourrait également nous aider lors de notre analyse.

Nous avons décidé d’interviewer des enseignants en division élémentaire et en division spécialisée uniquement. Effectivement, il nous semble qu’en division moyenne, les enseignants ne laissent plus vraiment de place pour l’imaginaire. Le programme est bien plus chargé et c’est souvent uniquement dans le cadre des leçons de travaux manuels avec le maître spécialiste que les enfants travaillent autre chose que le contenu scolaire. De plus, au cours de nos stages, nous avions parfois vu des enseignants de division moyenne qui, au moment dédié à l’enseignement du dessin, donnaient toujours aux élèves un modèle. En effet, il nous est souvent arrivé de voir des enseignantes proposer un peintre aux élèves qui eux, à leur tour, devaient ensuite reproduire une peinture « à la manière de… »

Le choix des enseignants ne s’est pas non plus fait en fonction du sexe. C’est par hasard que nous nous sommes retrouvées avec trois entretiens de trois enseignantes et un avec une éducatrice. De nouveau, notre but n’étant pas d’émettre des généralités mais bien de comprendre chaque enseignant, de connaître ses idées, sa pratiques, ses avis.

Par contre, il nous semblait important de choisir des enseignants et une éducatrice n’ayant pas tous le même nombre d’années de pratiques professionnelles. De ce fait, selon son expérience et son vécu, la personne pourrait avoir un regard et un recul différent. Nous ne savons pas encore si cela reste un facteur important mais, après avoir réalisé tous les entretiens, nous essayerons de voir si cela a été différent d’après leurs années d’expérience.

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De plus, le vécu et le parcours des personnes que nous avons interrogées sont très variés. Ceci nous permettra peut-être, au cours des analyses, de tenter d’expliquer certains de leurs propos et visions.

En ce qui concerne le psychologue interrogé, nous avons eu beaucoup de difficulté à en trouver un qui accepte de partager son expérience. En effet, nous avons dû démarcher plusieurs psychologues avant d’en trouver un qui soit d’accord de nous recevoir pour nous parler de l’imaginaire. Le psychologue interrogé est de sexe masculin et a une trentaine d’année. Il a tenu à garder l’anonymat par soucis d’éthique.

2.3 Déroulement des entretiens

Nous avons donc procédé par entretien. Nous avons rencontré trois enseignantes, une éducatrice et un psychologue. Les entretiens n’étaient pas dirigés. Les trois enseignantes, l’éducatrice et le psychologue ont d’abord été prévenus par téléphone. Nous leur avons tout d’abord demandé s’ils étaient d’accord de nous accorder un entretien d’une trentaine de minutes. Puis, nous leur avons exposé le sujet de notre mémoire sans trop entrer dans les détails. Nous ne voulions pas qu’ils y réfléchissent trop puisque l’important pour nous était de pouvoir se représenter leur quotidien et leur fonctionnement en ce qui concerne la place accordée à l’imaginaire. Une fois notre thématique expliquée en quelques mots, à savoir que nous allions traiter de l’imaginaire chez l’enfant et que nous voulions savoir si dans les classes celui-ci avait une place ou non et comment ce dernier était-il mis en place ; nous avons ensuite procédé aux entretiens.

Trois entretiens se sont déroulés dans la classe des enseignantes, un dans la salle des maîtres, et le dernier avec le psychologue, dans son bureau. Nous voulions que l’ensemble des entretiens se déroulent dans le propre local de travail des différentes personnes. En effet, il nous semblait important que chaque personne se sente en confiance et dans un lieu qui lui était familier. Etre dans son lieu de travail peut également permettre à la personne interrogée d’illustrer ses propos en nous montrant des créations d’élèves par exemple. Les enseignantes, l’éducatrice et le psychologue pouvaient ainsi se rappeler de quelque chose de plus en ayant la vision du local dans lequel ils travaillent tous les jours. Pour les enseignantes et l’éducatrice, il était préférable d’être dans la classe et de pouvoir observer son organisation et ses

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décorations. Nous avons pu ainsi, en voyant des dessins, demander à l’enseignante comment elle avait procédé pour les réaliser. La classe était donc un lieu propice pour effectuer un bon entretien. Cependant, il s’est avéré impossible dans un cas d’aller dans la classe. En effet celle-ci était déjà occupée par la duettiste de l’enseignante que nous interrogions. C’est pourquoi, nous nous sommes rendues à la salle des maîtres, ce qui n’a pas été très pratique.

En effet, l’enseignante évoquait certaines activités ou productions d’élèves que nous n’avions pas sous les yeux, ce qui n’a pas été évident à se représenter. Pour finir, l’enseignante est allée chercher certaines productions d’élèves en classe afin de nous les montrer.

En ce qui concerne les questions que nous avons posées, nous avons décidé de ne pas en avoir des fermées. Nous voulions que les personnes interviewées se sentent libres de s’exprimer. Il nous semble important qu’elles puissent nous raconter librement leur point de vue sur le sujet en nous illustrant leur pensée par des détails et des expériences vécues. Le fait d’utiliser des questions trop fermées limite les réponses. Avant de commencer l’entretien, nous avons toujours précisé qu’il était important qu’ils se sentent libres de nous raconter même des choses qui leur venaient à l’esprit sur le moment et qui leur semblaient sans importance. Nous avons donc tout simplement rappelé notre thème en expliquant l’intérêt que nous portions à savoir quelle place pouvait avoir l’imaginaire dans leur classe. Puis, nous leur avons demandé également de nous dire ce qu’ils pensaient de l’imaginaire et si selon eux, il était important de lui laisser une place. Puis, en fonction des réponses et de la tournure de la discussion, nous relancions le dialogue avec des questions qui nous semblaient sur le moment importantes et pertinentes.

Cependant, nous avons changé notre démarche d’entretien en ce qui concerne le psychologue. Après avoir effectué les entretiens avec les enseignantes et l’éducatrice, de nombreuses questions nous sont apparues. Nous avons donc établi une liste de questions que nous avons transmises à l’avance au psychologue, à sa demande. La démarche était donc différente que celle menée avec les quatre autres professionnels. Le psychologue ayant déjà des questions pré-établies, a pu réfléchir à ce qu’il allait nous dire. Il a donc pu préparer son entretien contrairement aux autres interviewés. Lors de l’entretien, nous n’avons pas pu enregistrer le psychologue car ce dernier ne le voulait pas. Nous avons donc procédé par prises de notes.

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2.4 Analyse des entretiens

Comme dit précédemment, nous avons choisi de travailler à partir d’entretiens. Ils ont été notre principal outil tout au long de nos recherches. Les entretiens menés avec les trois enseignantes et celui mené avec l’éducatrice ont tout d’abord été enregistrés à l’aide d’un magnétophone. Puis, nous avons retranscrit les entretiens en ne modifiant aucune parole des personnes interviewées. Nous voulions qu’ils soient le reflet de ce qui nous était raconté.

L’entretien mené avec le psychologue n’a malheureusement pas pu être enregistré. En effet, comme nous l’avons déjà dit, le psychologue voulait absolument garder son anonymat et nous a demandé de simplement prendre des notes.

Après chaque entretien, sauf pour celui du psychologue, nous avons demandé aux enseignantes ainsi qu’à l’éducatrice de répondre à quelques questions plus personnelles afin de pouvoir élaborer un portrait de chacune d’entre elles. De plus, l’entretien nous a également servi de recueil d’information pour les portraits. En effet, nous voulions mettre en évidence l’opinion de chaque personne interrogée en ce qui concerne l’imaginaire et la place qu’il a ou qu’il devrait avoir dans les classes. Le fait de tracer les portraits des personnes nous a permis de mieux les comprendre et intégrer leur point de vue dans nos analyses de manière plus précise. L’élaboration de ces portraits nous a donc demandé de relire l’ensemble des entretiens ainsi que les questions plus personnelles que nous avions posées aux diverses personnes. Cette lecture s’est faite de manière individuelle puisque nous nous sommes occupée d’une personne à la fois. Nous n’avons pas fait de lien entre les personnes interviewées pour tracer le portrait de chacune d’elle. Les liens que nous avons fait entre les personnes sont dans les analyses.

Ensuite, nous avons effectué l’analyse des divers entretiens. Pour cela, nous avons décidé tout d’abord de lire à plusieurs reprises les entretiens afin de nous imprégner des idées et visions des personnes interrogées. Puis, nous avons relevé différents thèmes à partir de chaque entretien. Nous avons ensuite mis l’ensemble des thèmes que nous avons relevé en commun et avons regardé lesquels pouvaient être regroupés. Nous en avons sélectionné neuf qui nous semblaient pertinents. Puis, il fallait que nous fassions attention à ne pas nous répéter dans ces thèmes. C’est pour cette raison que nous avons restreint le nombre de thèmes à six.

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Une fois ces six thèmes retenus, nous avons procédé à nouveau aux lectures de chaque entretien et de nos notes en nous focalisant sur un thème. Puis, nous avons mis en relation les propos des personnes interrogées en fonction du thème. Nous avons finalement inséré nos diverses lectures et les avons mises en lien avec chaque thème afin de les enrichir. Le dernier thème sera entièrement consacré au psychologue. En effet, il s’agit dans cette thématique là d’apporter un autre point de vue, celui d’un professionnel qui ne travaille pas tout à fait dans le même domaine que les quatre autres professionnels. On y retrouve plutôt une approche psychologique et thérapeutique.

Pour que ces analyses aient du sens, il nous était primordial de nous baser sur des auteurs qui ont travaillé autour de cette thématique. Pour le choix des ouvrages, nous avons procédé par thème. Nos recherches se faisaient autour du thème de l’imaginaire, de la créativité ainsi que du jeu. Petit à petit, au fil des lectures, d’autres auteurs paraissaient dans les lectures. C’est ainsi que nous avons alors découvert des ouvrages qui devaient absolument être lus. Parmi les différents auteurs que nous avons découverts, les plus importants à nos yeux, restent Donald Woods Winnicott, Jean Piaget, Mélanie Klein et Sigmund Freud. Au fil de nos lectures, ces auteurs apparaissaient pratiquement à chaque fois. Cependant, malgré notre grande volonté et notre persévérance, nous n’avons pas toujours réussi à tout comprendre. En effet, il s’agit de grands psychologues, thérapeutes, psychanalystes et chercheurs et certains concepts ou certaines théories nous ont parfois rendues perplexes. Nous avons en effet une formation en Science de l’Education et le point de vue de la psychologie nous manque parfois.

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