PQ 2356 .G7
1893
U dVof OTTAHA
llllilll
39003002113818
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' 4
Louis GRANGIEK
L'CEUVRE
DE MAUPASSANT
PARIS
IMPRIMER
if: g.CAMPROGER
52, RUE Di; PROVr.NCli
1893
8
DU MÊME AUTErii
VOncleErne^^i, I vol. chez
Flammarion.
7a
G7
/Ô15
L'ŒUVRE DE MAUPASSANT
Cette étude a été écrite au
mois
d'avril i8m3.Elle errait à travers les
Revues,
lorsque survint lamort
deMaupassant.
Chaque Revue donna
alors, par laplume de son
critique attitré,une
étude sur legrand
écrivain;—
et jedus renoncer
à l'espoirde
placer nulle partmon
travail.Je
me
décide,pour ma
satisfaction per- sonnelle, à le faireimprimer.
L. G.
\Mm DE MAIPASSANT
Cecin'ostpoint
uno
étiido critiquo :j'ai pour riuy doMaupassant un
culte si l'orvontque
je ne saurais être l)onjug-e à son éi^ard.Je voudrais
simplement
faire, avec le lec- teur,un
pieux pèlerinage à travers l'œuvrede celuique
je considèrecomme
le plusgrand
homme
de lettresde notre temps.Négligeantl'ordreclironologiiiuedes produc- tions du maître, je passerai successivement en revue ses Etudesd'esthéiique, ses Por'.sies, ses
Romans,
ses XovveUes, ses Voya,ges et son Tlié;Hre. IAi-je besoin dajouter
que
ces divisions neme
sont pas inspirées parune
préoccupation jx'dantesque et (jne je les adoi)1(' unii[uement j)our la commodit('' de la routey(1) Voyez, à la finde cette étude, la liste complète des œuvresde Maupassant, classées, dans chaque genre, par ordrechronologique.
1.
—
(i—
LosEfudes
d'estlK'rtque se «•oiiiposciitdodeux
articles sur
Gustave
Flaubert, publiésdans
laRevue Bleue
(alorsRevue
politique et littéraire) les 19 et :?6janvier 1884,—
et de la préface de Pierre et Jean. 1)Les
articles sur Flaubert—
outre qu'ils contiennentsurlegrand romancier
deprécieux détails biographiques—
sont particulièrement intéressants en ceci qu'on y trouve exposées les théories de Flaubert surl'observation, sur la composition et sur le style, théoriesque Maupassant
a presquecomplètement
adoptées.Car, il
ne
faut pas s'ytromper,Maupassant
apu
subir,au
début de sa carrière etdans une
faible
mesure,
l'influence de Zola,mais
c'est,avanttout, de
Gustave
Flaubert qu'il procède.Je
m'empresse
d'ajouterque
le disciple a laissé de bien loin son maître après lui; et,quelle
que
soitmon
admiration pour l'auteur(le
Madame
Bovary, je dirais volontiers, réédi- tantun mot
connu,que
siGustave
Flaubert afait
Guy
deMaupassant,
c'estassurément
son])lus ]jel
ouvrage
Quelles sont donc, sur l'observation, sur la composition, surle style, les idées de Flaubert
({ui sont
devenues
celles de Maiipnssanty (1) Ajoutezunesuitede Fa»"iV<e*parues, avant 18tO, dans lejournal la Xalion^ et dont M. Paul Bourget a parlétrès élogieusement dans sonarticle delaRevuehebdomadaire du lôluillet I8i)3 surMaupassant.Selon Flaubert, le premier devoir
du roman-
cier est de tenir en bride son imagination et d'observer, d'observer
longuement
etconscien- ciensement. Si, dit-il, l'écrivain s'efforce systé' uiatiquement de glorifier lliumanité, de la farder, d'atténuerlespassionsqu'iljugedésJwn
nétes au pi-ofit despassions qu'iljuge lionnétcs.il cosse d'êtreconsciencieuxetartiste. (1)
Mais
Flaubert se sépare des réalistes en ceque
ceux-ci ne se préoccupentque du
fait bru-tal, tandis ([u'il trouve, lui,
qu'un
fa'd,par
lui-même, ne sign'ifie rien, que ce quiimportec'est de
comprendre
la cause qui aamené
l'effet. 1-2)
Par
composition, F'iaubert entendait ce tra- vail acharné qui cons'iste à exprimer l'essence seule des actions qui se succèdent dansune
existence, k,choisirunicpiement les traitscarac-
tér'isticiues et à les grouper, à les
combiner
detellesorte qu'Us concourent de la façon laplus parfaiteà l'effet qu'on veut < bton'ir, mais
non
pas àun
ense'ignenient quelcomiue. (3)Quant au
style enfin, Flaubert le définissait :une
manière unique, absolue, d'exprimerune
chosedans
toute sa couleuret son intensité. Il était convaincu ([\i"d n'existe qu'unemanière
d'expr'imerune
chose,un mot pour
la dire,un
adjectif
pour
la qualifieretun
verbepour
l'ani-mer
i4) ; il estimaitque
la probité littéraire(1) Revuepolitiqueet littéraireduli'jan lSS4,p (j7col 2.
(2) ilid page6S, col. 1.
(3) ili'l page67,col. 2.
(-1) Revuepoliti(iue et littérairedu20jan 18"4, p 117 col, 1
con>;isto à chercher. jiis([u'à ce ({u"(»n les ait découverts, ce mot, ce verhe et cet adjectif
Tels sontles pj'incipes essentiels de ï'esthé- ti(ir(' lie Flauhertet de
Maupassant.
Ces
principes.Maupassant
les a repris et dévelopjjés dans cette admira])le préface de Pioi-re pIJean
qui mériterait d(? tig'urer, dès aujourd'hui, dans les recueils de littérature ù l'usage desclasses, carc'estun
purmodèle
de langue etde raison...Répondant
àun
reproche qu'on luia souvent adressé et qui se peutbrièvement
et exacte-ment
formuler ainsi: «Vos romans
ne sontpas desromans»,
(Uiy deMaupassant demande
d'abord à ({uels signes certains, indiscutés, la criti<|ue reconnaîtqu'une
œuvre
estoun'ostpasun roman.
Pourquoi, dit-il, refuser à l'ceiivre réaliste, à l'étude psychologique, lenom
deroman
et réserver cenom
à l'oHivre ([uinous donne une
rlsiuii (l<''foi-}iu''o,surhu}riauie, poéti-(lui-, alfcndrlssa)ifi\ cliarmante ou superbe de /a rie y
Pourquoi
nojoas admettre arecun
égal iiih'rri cesdeux
fliéories d'artsidifférentes: la tlu'orie poétique, la théorie réaliste ?Pourquoi
ne pas ju(jpr les (intrres qu'elles produise}it, vu'uiueniculau
po'rnl de rue de leur valeurarlist'uiue, en acceptant apr'ior'i les idées do)it ellessont nées ?
Pounjuoi
s'obstiner à ne pascomprendre que
des écoles opposées ontdû employer
des procédés de composition opposés?Et alors, après avoir brièvement indiqué la
méthode
qui s'impose auromancier
qui trans-forme
lavéritéconstante, brutaleetdéplaisante.—
9—
pour en tirer
une
îiventuve exceptionnelle et séduisante, (iuy «leMaupassant
exposelespro-(•éiU's (le l'école i-éaliste en (|uel«{ues paires nKi.Lfisti'ales.nueje ne
me
reconnaispasledroit de tron([uer ou derésumer
et auxquellesje renvoiepurement
etsimplement
le lecteur, (i;Aussi Lien verrons-nous ces procédés
mis
en (puvreparMaupassant lui-même
({uandnous étudierons sesromans
et particuliéroment Pierre etJeun.(1) Voyi'zpréface «le Pier.eetJean,pp XI ot siiivnn'Cs.
Les
qualitésque
Flaubert etMaupassant
exigent avec raisondu romancier
réaliste et qu'ils ont, le dernier surtout, possédées àun
sihaut degré:
une
vision nette, exacte, impi"toyabledes
hommes
et deschoses,une
penséerigoureusement
disciplinée, la précision, la propriété, la sobriété du style, ces qualités sont-elles nécessaires ou,pour
parler plus exactement, ces qualités ne sont ellespas nui- sibles à celui qui écrit en versVPour
moi,je le crois, et les poésies deMau-
passant (carMaupassant, comme
presque tous lesécrivains, a débuté par desversi justifient,il
me
semble, cette o])ininu.Ce
n'est pas, assurément,que
ces poésies soient méprisables:pour
le petitvolume
qui les contient(l),je donnerais volontierspresque
tout lebagage
des ciseleurs de phrases et sertisseurs de rimes, issusdu romantisme.
Mais
il amanqué
àMaupassant
l'émotion, la tendresse, la fantaisie, les douces illusions, tout lejene saisquoi quicharme,
qui entraîne,([ui lait pleurer
ou
qui fait rêver ; et je crois([u'il n'eûtjamais été, s'ilse fûtobstiné à écrire en vers,qu'un poète distingué, tandisqu'il s'est placé a tout
premier rang
des prosateur»français
Il y acei)endant
un
genre de poésie, legenre dela poésie descriptive et paysagiste qui ré-(1) Desvers, 1880, Victor
Ha
vard.clame
les qualitésdontMaupassant
était doué, etcelles-là seulement, et dans lequelMaupas-
santa, en effet, excellé.On
s'enconvaincra en lisant leMur,
Xuif de neiije etsurtoutles Oies savA:arjes. chef-d'œuvre d'observation etdedescription, quejetranscris intégralement:LES OIES SAUVAGES
Tout osi muet, Toiseau nejetteplus ses cris;
La niorhè plaine estblanche auloinsousle cielgris.
Seuls, les grandscorbeauxnoirs, quivontcherchant [leurs proies Fouillentdu l)oc la neige ettachent sapâleur.
Voilàqu'à l'horizon s'élève une clameur;
Elleapproche, elle vient, c'est latribu des oies.
Ainsi qu'un trait lancé, toutes,le coutendu.
Allant toujoursplus vite en leur vol éperdu.
Passent, fouettantle vent de leuraile sifflante.
Le guide qui conduit ces pèlerins des airs Delàlesocéans, les boiset les déserts.
Comme
pour exciter leur allure troplente.De moment
enmoment
jetteson cri perçant.Comme
un doubleruban la caravane ondoie, Bruitétrangement, et par le ciel déploie Son grandtriangle ailé qui va s'élargissant.ilaisleurs frères captifs répandus dans laplaine.
Engourdis par le froid, cheminent gravement.
Un
enfant enhaillons, ensifflant, les promèneComme
de lourds vaisseaux balancés lentement.Ils entendent lecri de latribuqui passe.
Ils érigent leur tète; et, regardant s'enfuir Les libresvoyageurs au travers de l'espace,
Lescaptifs tout àcoupse lèvent pour partir.
Ilsagitout en vain leurs ailes impuissantes.
]<^t, dressés sur leurs pixels, sentcMiteonlusément,
A
cetapjjel errant,se levergrandissantesLa
liberté pi-emière au tond ducteur dornianl,La
lièvre de l'espace et des tièdes rivages.Dans les clianii)S pleins de neigeilscourent elTaré litjetantpar le ciel des cris désespérés.
Ilsrépondent longtemiis à leurs trèressauvages.
Des
autres pièces du volume, ^'éttus rustique etAu
bord de Venume
paraissent les plus belles.Flaubert, dans une lettre ({ui sert de préface
aux
poésies de Maupassant, nousapprend
([ue ce derniermorceau
{Au bordde l'eau)alarma
la ])udeurdu
par([uet. .. d'Etampes.Cette révélation m'a fait plaisir, car elle
me
fournit l'occasion de m'expliquer sur lespré- ventions ([ue nourrissent à r<''gard de
Maupas-
sant quelques personnes ({ui ne l'ont ])as lu ou qui l'ont
mal
lu.Je
commence
pai* (b'^darerque
je n'ai auciui goût pour les mali)roi)retés, et, (juel(|ue ridi- culeque
puisse entraînerun
pareilaveu,je con- fesseque
la ligue deM. Bérenger
neme semble
pas extraordinairement risible.
Mais
parlerd'immoralitéà proposd'uneœuvre
deMaupassant,
balte là!D'abord, selon la brève et saisissante for-
mule
de Flaubert :ce ({ui estbeau
est moral.Et
puis, ([uc 1rou\'c-t-on dansMaupassant
•Oh!
sans doute, Mauj)assant necomprend
rien à l'amour i)latoni({ue. mys1i([ue. nuageux.
—
13—
extatique. C'est un vi'ai ]);iieii. un ;ini;tnt pas- sionné (le la ]»eauté ])liysi(]ue.
Et puisaprès y
J'avoue qu'il s'est ni(»n1r('' sduvent lianli. au- dacieux,
—
disons, sivous voulez, superbennuitet naïvement iuipudi([ue.
Mais
cela n'enipêclie pas que ses(euNirss(uit saines et (|uejamais, en les lisant,vous ne vous sentirez troublépar ceje ne sais ({uoi, iiu[ui(''-tantet morbide, ([ui s'exhaledeslivres vicieux.
Pour
revenir aumorceau
({uiavait éveillé les susceptibilités des maiiistrats d'Etampes, voici quel enestle sujet:Le
poète feintd'avoir rencontré dans lacani- pag'ne.parune
brûlante journée d'été,une
lavan- dière très belle qui se rendait à son travail :Faite Ainsi ((u'uiic Venus de marbre, elle avaueait Très droiteet sur ses reins,
un
peu, se balançait.11la suit, entre après elle au lavoir, et tandis
que
labelle tille fait sabesogne
avectout auplus la toiletlt' permise,
il la contemple.
Bientôt il se sent brûlé de violents désirs, d'ardeurs folios.
Mais
il esttimide (^t n'ose parler.Alors, elle lui adresse la parole, et, après
(qu'ils ontlongtemps causé, elle lui dit:
De
se trouver le soir au Ijord delaprairie.Ils sont tous
deux
exacts au rendez-vous, etlà,sous leciel infini^ dans leschamps
(juelu—
l'i—
lune illuriiiiic^
au
milieu dela séréiLa.de des oi-seauxréreillés, ilscèdent àl'appeldelapassion.
Et lorsqu'ils se séparent, ils sentent ({u'ils sont, pour jamais, unisl'un àl'autre. Car,
Ainsi que doux forçats rivés aux inOmesfers,
Vn
lien les tenait, l'aninitédes chairs.Et. pendîint cinq mois,
chaque
soir, aumême
lieu, la rencontre se renouvelle.
Mais
lesdeux amants
s'aperçoiventun
jourque
le feudontils brûlent les aurabientôt dévorés : Nous nous regardions étonnés, immobiles.
Si pâlestous les deux quenous nous faisions peur, Lisant aux traits creusés, noirs, sous nos yeux
[fébriles,
Que
nous étions frappés de l'amour dont on meurt Etque par tousnos sens s'écoulait notrevie.Ils
comprennent
qu'il fautrompre
Nous
noussommes
quittés en nousdisant tout bas Qu'au bord de l'eau, le soir, nous neviendrions pas.Pourtant, à l'heure habituelle, le poète est repris d'une invincible envied'aller revoir l'en- droit, témoindes voluptés j)assées. Il s'y rend
et trouve là son
amante
(ju'unmême
désiry a conduite.Alors ils renoncent à lutter contre la passion qui lesétreint.
Ils savent qu'ils
mourront
de leuramour.
N'importe ; ils s'y
abandonneront
désormais sansprudence
et sans crainte.Quelque matin sou^ larl)ro oii nous nous rencon- [trâmos.
On
nous ramasseratous doux au bord de l'eau.Puis on nousjetteradans quelquetrou caché
Comme
onfait aux gens morts enétat depéché.Mais alors s'il est vraiquelesombres reviennent.
Nous reviendrons, le soir, sous les hauts peupliers, Et les gensdu paysqui longtemps se souviennent.
En
nous voyantpasser l'un à l'autre liés.Diront en se signant, et l'espritenprière:
« Voilà lemort d'amouravec sa lavandière. »
Qu'ya-t-il là dedans d'immoral ou d'obscène?
Certes,.Au borddel'eau n'apas été écritpour les jeunes filles : c'est
un hymne
à la chair,hymne
ardent, et,par endroits, splendide.Mais
depuisquand
est-il interdit au poète de chanterlapassion charnelle '?Si on ne veut plus
que
des vers à la fleur d'oranger, trèsbien ; mais alors, iifautpros- crire tous les poètes de l'antiquité etles trois quartsdes modernes.—
16—
Les
Poésies de Maupassaiit sontde 1880.La même
année,Maupassant
donnait, en prose,un
exquis l)ijou : Jioulo-de-S^iif... Mais avant de parler de ses Noin-plles. je vondi'nis in'occuper de ses Iioiiinns.Il en a écrit six.
Ces
romans, ({uiontparudansl'ordresuivant:l^nc Vie, Bel Anii,
Mont-Or
ioL Pierre et Jean, Fortcomme
lamort
etNotreCœur,
ne sont pas d'égale valeur: les trois premiers sont cer- tainement inférieursaux
trois derniers; et,même parmi
ceux-ci, il faut faireune
distinc-tion entre Fort
comme
lamort
et NotreCœur
d'unepart, etd'autrepartl'absoluchef-d'œuvre
(|ui s'appelle PierreetJean.
Dans
J^ne Vie,BelAmi
etMoiit-Oriol, on sentque
l'auteur n'a pas encore déa:a£(é pleinemertt sa personnalité et <iu'il subit la double et sou- vent contraire inlluence deFlaubert et de Zola.Avouons
aussi ({u'on y peut signaler des défauts indiscutables : certaines descriptions qui,pour
belles ({u'elles soient, ne tiennentpas aucœur
du sujet etsemblent plaquéesàplaisir,des
métaphores
trop hardies, descomparaisons
trop ingénieuses, certaines brutalités de pensée,et, ce qui est
extrêmement
rare chezMaupas-
sant, queh{uesinutilesgrossièretésde langage.
Tout
celan"emj)êchepas({uecestroisouvrages sont,chacun
pris dans son ensemble, très remarquables, qu'ils contiennent (particulière-ment Une
Vie/ denombreux
et importants pas- sages«jui sont déjà d'un Maître, et ([u'ils hono- rentgrandement
les lettres françaises.Je n'ignore pas, il est vrai,
que
^[uelques personnes ont qunliliéUne
Tir- d'ouvrage licencieux. Je sais quellespages ontdonné
pré- texte à cette sévère appréciation. Je ne puis dire qu'une chose, c'estque
je plains ceux qui, se })réoccupant à l'excès de ce que ces pages ont de hardi, n'en ont pas sucomprendre
la souveraine beauté.Dans
Fort cohune /a3/oH, (niy deMaupas-
sant a étudiéun
cas moral des pluspoignants.Olivier Bertin.
un
peintre de grand talent, est, depuis plus de (juinze ans, r;nn;iut de lacomtesse de Guilleroy.
Celle-ci n'estpas
une
dépravée; nuiis, mariée àun homme
qu'elle n'aimait pas et qui, d'ail- leurs, l'a négligée, elle a cédéà sa passion pour Olivier.Du
reste, elle a toujours été et resteraéter- nellementfidèle àcetamour
qui,chez elle, est.maintenantencore, aussi vivace qu'aupremier jour.
Quant
aupeintre, bienque sesardeurssoient depuis longtemps calmées, bienmême
qu'un peu de lassitude lui soitvenue
d'une si durable passion, il conserve pourcelle quil'aaimé
jus- qu'à lui sacrifiersa vertuune
affection sincère,une
reconnaissance attendrie :—
et la liaison se poursuit,paisible et sans orages.Mais
voilà que la tille deMme
de Guilleroy.—
18—
Annette, quin'avait ({ue cinqans ([uandla
com-
tosse etle peintre se sont connus, voilàqu'An
-
nette vientde sortir
du
couvent.Elle resseml)le
étonnamment
à sa mère... à samère
il y a ({uinze ans ; et Olivier se sent pris d'une soudaine affection pour cettejeuneiîlle en qui renaît, pour ainsi dire, la
femme
qu'il a
aimée
Peu
à peu, parune
pente insensible et sansmême
qu'il s'en rende compte, le sentiment presque paternel qu'Annette lui a inspiré, se modilie...Maintenant,quand
lajeunefilleparaît, le visagedu
peintre s'illumine, et sesyeux
la cherchent tristement dès qu'elle n'est pluslà.La comtesse commence
à s'inquiéter, carelle lit dans lecœur
d'Oliviermieux
qu'iln'y a lului-même
: etun
jour elle se décide à lui dire :«
Prenez
garde, vous êtes entrain de deveniramoureux
dema
fille. »Olivier se récrie et s'indigne. Il est
un
honnêtehomme
eton
l'accuse d'une infamie.Mais
lesparoles deM'"''deGuilleroy ont portédans
sou esprit le trouble et l'inquiétude.Il
descend
en lui-même, ilsoumet
sa cons- cience àun
sévèreexamen. Non.
il ne peut croire ([u'ilaime d'amour
la fille de sa maî- tresse... Si pourtant.Mme
de (niilleroy avait devinéjuste, si, en effet...Hé
bien! si ce sacri- lègeamour
a, sans qu'il l'ait voulu, sans ([u'il l'ait sumême,
pénétré dans son cœur, il l'en chassera.Et, pour
commencer,
il presseMme
de (Hiil-—
19—
leroy de hâter le
mariage
d'Annette avec lejeune et
beau marquis
de Farandal.Mais on ne
dompte
pas l'amour; lajeune tille s'estemparée
de l'âme du peintre et elle n'en sortira plus.Et entre ces
deux femmes,
lamère
qu'il a aimée, qu'ilaime
i)eut-être encore et qu'il se reprochede faire souffrir, la fille({u'il adore et ({ui va bientôt appartenir àun
autre, Olivier endure les tortures morales les plus atroces, jus([u'au jour oùun
secoural)le accident vient lejeterau
reposdelatombe.Notre Cd'xrestl'histoire des
amours
deMme
Michèle de
Burne
et d'AndréMariolle.Mme
de Burne,une veuve
riche, spirituelle, coquetteet froide,([uivitplusparlatèteque
parle
cœur ou
par les sens, a tenu longtemps labalanceégale entreles adorateurs qui peuplent son salon.
Mais
l'amour àlafoisviolentetdiscret d'André Mariolle a Uniparlatoucher;et,bravement,elle estdevenue
sa maîtresse. Il luiafallu, pour s'y décider, un réel courage, car les réalités luirépugnent.
André
ne tarde pas àcomprendre
l'immense sacrifice que lui afaitMme
deBurne
etque chacune
de leurs entrevues estune
corvée pourelle.
Il le
comprend
et ilen souffre.C'est un
liomme du monde,
distingué, intelli- gent, instruit, presquemusicien,presquepoète.—
•.>()—
l)resque peintre,
mais
«-'est aussi un esprit inquiet,tropdélicat ettrop su])til.Que
peut-il reprocherà sa maîtresse?Elleest lidèle; et jamais elle ne se refuse
quand
il la sollicite.Mais
il la sentabsenteau moment même
qu'elle se donne.Même
alors, lapensée
deMme
deBurne
estailleurs: chezlacomtesse une
telle, à qui elle apromis
savisite pour aujourd'hui ; au milieu des convives qui s'assoirontdemain
à sa table...André
n'a jamais tenu, il netiendrajamais dans ses brasque
la vaine forme,que
le fantôme de samaî-
tresse.
Alorsil se décide à s'en aller, à fuir, à s'en- terrer
dans un
coin decampagne, aux
environs de laforêtde Fontainebleau.Là, ilfait In connaissance
dune
jeune fille,Elisabeth, ([ui sert
dans une auberge
et dontilest, bientôt,
passionnément
aimé.Oh
! celle-là n'estpasune
raffinée,une com-
pliquée,
une
intellectuelle : elle sedonne
sim-plement
et absolument.André
trouvedanscettenaïvepassion(quelque adoucisscincnt à ses chagrins. Cependant, ilpensetoujours à
Mme
deBurne
:et.([uandcelle- ci vient le chercher dans la retraite où il se cache, elle n'a pas de peine à le reconquérir : sans renoncer à Elisal)eth.André
renouera avecMme
deBurne
la chaîne desamours
incomplètes et doulnureuses.On
le xùiX.Fortcommo
laMort
et XotreCœur
appartiennentà
un
genre fort enhonneur
au-r—
-21—
joiird'hui et (|iii a produit
nombre
d'^'uvrosremarquables
: l'étudepsychologique.Mais,
même
dans cesdeux
ouvrages,Guy
deMaupassant
se distingue des spécialistes duroman
psychologique en ceci :que
chez lui l'étudedesidées, dessentiments, des passions, tout aussiprofondément, peut-être plus proton-dément
pousséeque
chez eux. n'affecte jamais les allures d'une conférence ou d'un cours;—
qu'ils'abstientsoigneusement
de tout ver- biage philosophique et se garde des longues, nuageuses, souvent inintelligiblesdissertations sentant l'école :—
qu'ilmet au
service de ses rigoureuses et sobres analysesune
langue simple, solide et claire.Bien que Pierro et Jean soit antérieur à Fort
co)iniie la
Mort
et à Notre Cûnr/-.j'ai remis à maintenant à parler de ceroman,
parce ({u'ilme
parait tenirdans l'œuvre deMaupassant.
et aussi dansla littératurefrançaise tout entière,une
place à part : je cherche vainement, eneffet,à quel autre
roman
on pourrait le c-om- parer.J'ai qualifié plushaut Pierreet.Jean d'absolu chef-d'œuvre ;jene croispas qu'aucun de ceux qui l'ont lutrouve l'éloge exagéré.
Même
les personnes auxquellesrépugne
le plusl'esthétiquede Maupassant, seront forcées de reconnaîtreque
jamais ouvrage n'aproduit, avec desmoyens
aussi simples, deseffets aussi puissants...Nous sommes
dansun
paysque Maupassant
oo
affertionncparticulièrement etdontilamaintes
fois donne' des peintures d'une exactitude et d'un relief merveilleux, en
Normandie,
au Havre.C'estlà qu'un août
immodéré
de lapêche a
fait se retirer le père Roland,
anciennement
bijoutier à Paris.
Près de lui. sa
femme.
l)(»nne et douceména-
ifère, et ses
deux
lils: Pierre, l'aîné, ({ui vient d'êtrereçu docteur enmédecine
et qui soniçe à se créerune
clientèleau
Havre. Jean, le cadet, qui afait son droitetveut plaider.La
famille vitheureusement,
placidement, dansun calme que
trouble à peine lavague
et discrète jalousie ayant, de tout temps, existé entre lesdeux
frères.Mais, tout à coup,
un
important héritage sur- vient àJean :un
vieilami
de lafamille,M. Ma-
r('chal. qu'on a depuis
longtemps perdu
devue, estmort
à Paris, instituantlejeunehomme
son h'gataire universel.Toute
la famille est dans la joie, toute la famille, excepté Pierre. Celui-ci a ressentidu
l)onheurde sonfrèi'eun peu
de dépit.Mais
ils'est bienvite
rendu compte du
vilainsentimentqu'il éprouve, et il se
promet
de faire tous ses efTorts jKiur en triompher.Cependant, cette succession, laissée tout entièreau plusjeune des fils
du
père Roland, a surpris bien desgens
etun ami
de Pierre, luiayant déclaré ([ue ça ne fora pas hou cffof. ces paroles éveillent les soupçons
du
docteur.Pierrecherched'aburdà luttercontrerodieusc pensée née enhii.
Mais
les raisonnements qui assièi^ent son esprit, l'attitude embarrassée, craintive, déso- léede samère
sous ses regardsinvestigateurs, surtout la ressemblance de Jean avecun
])or- traitretrouvé de?klaréchal.quand
ilétaitjeune, tout s'accordepourl'en convaincre: Jean estlelilsde Maréchal...
Alors
un
besoin violent, irrésistible vient ;i,Pierre de faire souffrir sa
mère
; et,chaque
jour, à
chaque
heure, illa torture par ses allu- sionsetses sarcasmes...Des
sentimentsdivers s'agitent enlui: d'abord, une douleur atroce de ne plusaimer
sa mère, de ne plus la respecter et de la torturer ; et puis, peut-être quel(|ue envie decette fortunesoudainement
arrivée à sonfrère; et aussi,un peu
de jalousiemascu-
line, caril avait songé, lui aussi, à cette jeune
veuve que
Jean, richemaintenant, va épouser.Et,
un
jour,dans une
discussion violente avec sonfrère,Pierrelaissedéborder soncœur:
ilditce qu'il a deviné, ce qu'ilsait,., et([uand il
afini deparler,il se sauve, honteux de n'avoir pas su garder en luil'horrible secret.
Mme Roland
est dansune
pièce voisine et a entendu toute la scène. Elle veut mcnirir, Jean laconsole, luijure que la révélation (ju'onvient de lui faire n'a rien ôté à son respect et à sa tendresse.Mais
la situation du lils aîné en face de samère
est désormais impossible.Sur
le conseil de Jean, Pierre solliciteun
24
emploi de inédeciiiàbord duii traiisatlanti({uc.
Il l'obtientet s'éloigne.
Tel estle s(iuelette de ce
roman
de Pierre et Jean, danslequel Mau})assant a faitUne com-
plète application de ses théories littéraires.
On
netrouve, en effet, dans Pierre etJean, ni intrigue nipéripéti(^sromanesques,
ni incident curieux, nidénouement.
L'auteur
pre^d
.sespersonnadeaà une certaine périodede leur existence et les conduit,par
des transitions naturelles, jus(iu'à la période sui- ra)de,enmontrant comment
leursesi)ritssesont nu)difiés sous l'influencedes circonstances enri- ronnantes etcommenl
se sont déreloppés cJiezeux
les sentiments etles passio)isilj.Il n'imagine pas des aventures extraoï-dinai- res. Il se contente de mettre sousnos
yeux
des nn)rceaux d'existoicearrachés à la réalitéi2' : ilfait vrai, ce n'estpas dire assez, il faitplus vrai
que
nature, ou,pour
parlerde façonplus relevée,ilne nous
montre
pas lapliofograpltiebanale dela vie. il
nous
endonne
lavision plus complète, plus saisissante, j^/us probanteque
la idéalitémé)ne '.]).
Quant
au style,jenecroispas qu'on en puisse concevoirun
plus limpide, plus concis et plus précis.Ceux
qui saventcombien
faire simple est difficile se rendrontcompte du
labeurénorme,
(1) Préface de PierreetJeun,page12.
^2)Notrecœur,pageî7.
(3) Préface de PierreetJean, jjage 15.
effrayant ([u'adû coûter à l'auteur cet
ouvrage
si simple etils admireront que,dans cespages de composition si habile etde
forme
si châtiée, l'effort n'apparaisse nulle part...Je voudrais, avant de quitter Pierre etJean,
engager
le lecteur à tenterune
expérience,—
fort agréable, d'ailleurs—
<iui luidémon-
trera,
mieux que
toutes les paroles,que
ceronmn
estune œuvre
parfaite.Ouvrez
le livre et lisez l'histoire ([ui y est contée, simplement, sans y chercher malice,comme
vousliriezune
histoiredu
pèreDumas.
Vous
serez toutsurpris,quand
vousserezau
bout, de constater
que
cette étude psychologi-que
est aussi facile àlire et aussiamusante que
n'importe quelroman
d'intrigue.La
philosophiey est, en effet, si habilement dissimulée, lespersonnages
y sont si vivants, lesévénements
essentielssibienmis enlumière, lesdéveloppements
inutiles sisoigneusement
évités, quel'intérêt nelanguit pas
un
seul ins- tant...Vous
venez ^\^' lire ]»(iurvous amuser.Repre-
nezlelivre et lisez nuiintenant pour penser.Cettefoisvous serez obligéd'allerlentement, trèslentement, car
une
lecture rapide ne vous donnerait ([u'une idée imparfaite des beautés libÛosophiques del'ouvrage.Airêtez-vous à
chaque
caractère,remarquez
à t[uelle sincère, minutieuse et profonde ana- lyse, tous les sentiments, toutes les passions
(iespersonnages ont étésoumis,et
comme
l'au- teur sait découvrir e1 mettre en pleine lumière3
—
-20—
les replis les plus cacliés
du cœur humain;
et alorsvous
reconnaîtrez qu'on peut êtreun
simplehomme
delettres etun grand
philoso- l)he.Enlin, lisez
une
troisième l'ois PierreetJeun.N'y
cherchezplusune
distractionde({uelques instants ; n'y cherchez plus aussi matière à méditations philosophiques.Attachez-vous
uniquement
à'comprendre, à sentirla valeur artiste de l'ouvrage.La
prestigieuse habileté de la composition, l'admirable beautédu
style, ([ui font dePierreet
Jean un
véritable objetd'art, avaientpu
vouséclicii)per tout d'abord. Elles vont maintenant
('•dater à vosyeux.
J'ai dit plus haut
comme Maupassant
a su neprendre ([lie lesdétails caractéï^istiques utiles à son snjet et rejeter tout le reste '1), avec quelle adresse il a posé sespersonnages
etmontré
toute leur njyparence physique, contenantaussi toute leurnature moralei2).
Il serait superflude revenirlà dessu,s.
Mais
il estun
point sur lequel il fautinsister.Maupassant,
on s'en souvient, a, après et avecFlaubert, posé en})rincipe que, quelle,que
soit lachose qu'on vont dire, il n'y a
qu'un mot pour
l'exprimer,qu'un
rerbepour
l'animeretqu'un
adject'ifpour
la ([UdUlier (3). Il estimait(1) PréfacedePierreetJean, ]:)age 16.
(2) Préface de PierreetJean, page32.
^3) Voyezles passages déjà citésde l'étude surFlaubertet delapréfacedePierre etJean.
aussi qu'ilfuiitdiscerner arec une extrcnie luci dite toutes les modifications de la raloAir d'un mot. sulrant In placequ'il ocru.pe '\\
Cette théorie du style est-elle exacte ?
Après
Pierre et Jean, il est impossible d'en douter.Prenez, en effet, Lin<' phrase quelconque de ret ouvraiic...
Dans
eettei)hi"ase, substituez aumot employé
par l'auteurun mot analoouc
ou bien encore,changez
cemot
deplace.Vous
vous apercevrez tout de suiteque
l'ex- pression n'est i)lus juste, ({ue la couleur est altérée, le sensfaussé, lerythme
briséDonc, Pierre et
Jean
doit plaire à la fois àlafoule, au penseuretàl'artiste.Je ne connais pas, dans toute notre littéra- ture,
un
seul autreroman
(jui puisse prétendreà semblablefoi'tune.
[l) FréfiicedePierreetJean, pages33 et34
—
-28—
Si, dans lo
roman,
(iiiy (leManpassant
a ou besoin d'unpeu
detemps
pour se mettre enl)leine possession de son talent, il a, dans la
nouvelle (1). atteint la perfection
du
premier roup.Sa
nouvellededébut, eneffet, c'estBoule de- Suif,—
Bouîe-de-Suifqui parut dansles Soiréefi deMédan
et (|ui,au
milieu des autresœuvres du
volume, toutes pourtant très remarquables,brilled'unincomparable éclat.
Je n'analyseraipas Bonle-de-Suif,
non
plus, d'ailleurs, qu'aucune autre nouvelle deMau-
passant.Il faut dire, eneffet, de
Maupassant,
conteur, ce ([ueChamfort
a dit deLa
Fontaine : qu'on doit lemontrer
etnon
lepeindre, letranscrireetnon
ledécrire.Tout
lemonde,
au reste, a lu Boide-de-Suif;et on n'apprendrait rien à personne en résu-
mant
ce merveilleux récit dans lequel.à propos d'un é})isode vrai ou supposé de l'occupation allemande enNormandie,
l'auteur a rapprochéet
mis aux
prises, avec tant de véritéqu'on les voit vivre, despersonnages peu
lial)itués à frayerensemble
:levieux noble de province, le(1) Poursiniplitier, jecomprendssousladénomination de nouvellesde GuydeMuupassnntet les nouvellesproprement diteset lescourtsrécitsque. dans unetenninologieabsolument exacte, on apjiellerait descontes.
—
'2{)—
UTosiiidustrioljo})etitcoiiiiii('i'(-;iiit,l('politicicMi lie brasserie', la
grande dame
légère, la ])()ur-geoise vertueuse et acariâtre, la tille galante, la
sœur
de charité.Maupassant
n'a pas écrit <le nouvelle supé- rieure à Bojile-de-Sy'tf par rexcellente raison ([ue ce ([ui est parfait ne ])eut être surpassé.Mais il
me
semble que sur lemême
rangque
ce chef-d'œuvre, on doit [)lacer ;La Mnison
TeUier([), Les Sœtirs l^ondoli {-2),Yrdte
()};,Miss Hnriett (4), L'Hi'tUikjp(\), Lajjctltp
Roque
(ô),
MademoisoUePerie
(5), MoiisicnirPRvenl (G),En
Famille (1),La Patronne
{2),Le
PcfilFût
(2),Mon
Onele Sosthène !2\Un
Saf/e (2),Le
Rotonr{:i),
L'Aveu
(7), leIhiptême(4, lePèreAmable
(."j,,les Bécasses(6),
Eu Wa()on
(Gj, l'Ami Patience(8),
L'Armoire
(8), floclietlerO),Le
Diable (9i,llautot père el fils (lOi,
Dachoux
(lOj,Mou-
clie fil),
Le Champ
d'oliviers (11), le Cheval(12), le
Mal
d'Arulré (2),Le
F^ainmaudit
(2), leVerrou
(2),La
Bête à Mail'BelJiomme
(Gi,(1) Dans levolume intitulé : LaMaisonTelliei'.
(2)Dansle volumeintitulé:Les
Sœws
EondoH.(3)Danslevolume intitulé : Yvette.
(4)Danslevolume intitulé: 3Iiss Hariett.
(5)Dans levolumeintitulé ; LaPetiteEoque.
(6)Danslevolumeiniitulé : Mon^^ieurParent.
(7)Danslevolume intitulé : ConUs du juteretde la tniit- (8) D;ins le volume intiiulé: Toine.
t'J)Da')8 levolumeintitulé : LeHorîa.
(10)Da's levolumeiniitulé : La maingauchie.
(11) Danslevolumeintitulé: L'Inutile hean'é.
(12)DansU' volume intitulé: MademoiseUcFiji.
3.
—
30—
Petit Soldat 4),
La
Confession de Théodule Saijot ij.Le
Signe 1),Allouma
8).Le
Port (8).l'Inutile Beauté (9), le
Masque
(9), la Confes- sion(.Vi,leLoup
(lOi,Une Veuve
(10), ZeLif 20(Q).La Chambre
11 (6),Saurez
(3), Toiue {()).hbjlle ;2).
Menuet
{\i), CeCochon
deMorin
(11), le Cas deMadan^e Luneau
(i), leVerrou
il), Clu'di (1). leCrime
au père Boniface (5), laMartine {lf\.
Je m'arrête : je finirais par citer presque toutes les nouvelles de Maupassant...
Et
<'eserait justice aprèstout; car sur les
deux
cent onze (ju'ila écrites(13), on en trouverait àpeine cinq ou six. où il n'a pas été tout à faitégal à lui-même....
On
ne s'étonnera pasque
(thvdeMaupassant
ait excellé
dans
la nouvelle si on se rendcompte
des qualitésque
cegenre
réclameet si(1)Dans levolumeintitulé:LesSœi^rs Rondoli.
(2,Danslevolumeintitulé : MissHcriett.
(3) Danslevolumeintitulé:
L
iPetiteRoque.(4)Danslevolumeintitulé : Monsiew Parent.
(5)Dans levolume intitulé :Contes du jour etde la nuit
.
(6) Danslevolumeintitulé: Tuine.
(7) Dans le volumeintitulé : LeHorJa.
(8)Danslevolumeintitulé :LaMainGaiicJie.
(9) Danslevolumeintitulé : L'inutile Eeauté.
(10)Danslevolumeinttulé : Claif de Lune.
(tl)Dans levolume intitulé : Contes delaBécaase- (12) Dans le A-olumeintitulé;Le RosierdeMadameHosson.
(13)Les nouvellesdeMaupassant neforment pas moinsde quinzevolumes. Ajoutezunenouvelleinédite: Le Colporteur^
quele Figaroa pu>iliée danssonnumérodu6marsdernier.
-
81—
on se rappelle en
niAme temps
quels sont les traits (listinctifsdu
talent deMaupassant.
La
nouvelleveut dela simplicité etdu
relief, plus d'observationque
d'invention,beaucoup
de pittoresque, de concentrationetdefini.C'esti);irexcellence, on l'a dit avecraison, le cndrc qui convient
aux
tableaux réalistes.Or,
Guy
deMaupassant
est le type accompli, parfaitde l'écrivainréaliste I, : il aau supn'nue degré ledon
de voir et de rendre, celui aussi d'éliminer les détails secondaires etde mettre envaleur les choses essentielles;;2).On
s'explique dèslorsqu'il ait réussi dans lanouvelle, toujours et quelque sujet ([u'il y ait traité.
Car
il nefautpas croireque Maupassant
s'est confiné dans les sujets dits cruels.Pessimisme
et réalismene sont pas synony-mes
; et,à côté de nouvelles d'une philosophieamère comme
Boule-de-Siiif. Yrpft<\ Monsioïir Purent, rih'rifiKjeouEn
Fniiiillc, ou en trouve(1) On voudra bien se rappeler que par réaliste nous entendons,selonl'expi-ession «le Maupassant lui-même, non pas celui qui photogaphie la nature, mais celui qui en donnelavision plusoumplète,plus saisissante, i^lusprobanle que la réalité même.
(2jCesexpressions sontcellesqu'aemployéesM- Augustin Filonpour caractériser le talent de Mérimée (Voyez la llevuedesDeux Mondes des 1"avril et 1"mai IbU'S) Elle*
s'appliq'ient très bien à Maupassant. . Et cependant les nouvelles de Maupassant ne res>çmblent pas du tout aux nouvellesdeMérimée.
—
:r2—
(Vautres pleines de verveet de gaieté (1),on en trouve de tendres ettouchantes (2), de légères et égrillardes(3).defantastiques etterribles(4),
de
comiques
et spirituelles 1,5).(1) Lisez notamment Mon Oncle Sosthkne da.ns lesSaurs RondoHMCrimeauPère Boniface dans lesContes dujouret de lanuit
.
(2)LiseznotammentMllePerledans LaPetiteRoque.Mi'-s Hariettdans le volumequi pore ce titre,LeRempai'leiise dans lesContes de la Bécasse.
(3)LiseznotammentlaPatronneetle VerroudanslesSœurs Pondoli, LeSigne dansleHorla, Sauvéedans laPetiteRoq^e.
(4)Lisez notamment laMain danslesContesdujouretde lanuit.ApparitiondansClair deLune Quisai' ? dansl'hiu- tileBeauté,La Morte danslaMaingauche.
l5i Liseznotamment le Casde