1593
.
S382T45 1906
U JVof OTTAHA
390Û300209'19-13
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University
ofOttawa
/^^:;l^7
/y ^ ^
LES DERNIÈRES LEÇONS
DE MARCEL SCHWOB
SUR FRANÇOIS VILLON
V
DU MÊME:
La maladie et la mort de Maupassant, sous presse.
Procès-verbaux d'un positiviste, à paraître.
SuB REGNo Cynarae, poèmes, à paraître.
La Promenade a Versailles, à paraître.
Yette, Fragment de mes Mémoires, en préparation.
;Lily, vers, 1906;
PUBLIE PAR LE MEME:
Pierre Bayle, Lettres à Nicaise, en préparation.
Casanova,
Maximes
morales, sous presse.Chateaubriand, Lettres à Sainte-Beuve ; 1904.
Lettres à Victor Cousin, en préparation.
Correspondance
générale,enpréparation.Lamennais, Lettres à Alexis
Gérard
(publiées en collabo- rationavecM. Edouard Champion), en préparation.LOUIS THOMAS
««MAMMAMMMMAAMM
LES
Dernières Leçons
DE MARCEL SCHWOB
Sur François Villon
Avec un fac-similé d'une page du manuscrit
de Stockohim
^
PARIS
ÉDITIONS DE PSYCHÉ
82,
rue
de Passy.1906
Nul commentateur ne
fut plusintimement
appro- prié à sa tâcheque Marcel Schwob, commentateur de
François Villon.D'une
cultureimmense
etd'une
mémoire
très précise qui lui permettaient les rappro-chements
les plus inattendus ;avec un
espritsouple
et malléable qui s'assimilait tout, et
une
intelligence déliée et subtilequi s'enfonçaitdans
les textescomme
l'antenne d'un insecte
dans
le caliced'une
fleur, il n'y avaitpas
jusqu'àune
certaine indifférence etcomme un
gelde
la sensibilité quine
lui servîtpour
pénétrer la plaisanterie triple etquadruple du
coquil-lart,
en
saisir lesarcasme
et le perpétuel ricanement, etdémêler
lapsychologie de
cet être sicomplexe,
maître François Villon.Marcel Schwob
préparaitun ouvrage
surFrançois Villon
et la Sociétéde son
temps. Jeme
figureque
d'ici
quelques années on
essaierade nous donner un
semblable
travail : labiographie de
Villonque nous
y trouverons
serapeut-êtred'une grande
précision, et très scientifique,puisque
cela est à la portéede
tous ;mais
jedoute que
le tact, la finessepsychologique.
et, ce qui est plus rare encore, l'intelligence
de
l'histoire
du
xv« siècle s'y rencontrent àun
égal degré.Nous connaissons quelques-uns des
résultats par- ticuliersdes
recherchesde
MarcelSchwob.
II les avaitrésumés dans
sa biographiede
François Villon publiéeen
1892 (i).L'un des
principaux étaitson étude
sur la sociétédes
coquillarts (2). D'autre partSchwob donna des renseignements
àquelques
person-nes — Gaston
Paris entre autres—
qui s'occupèrentde
Villon, et cesrenseignements
étaient quelquefoisde
nouvelles précisions qu'ilne
se souciaitpas de
confierlui-même au
public. Enfin,depuis
samort,
MM.
PierreChampion
et PaulLéautaud, ont
assuréla publication
de deux ouvrages
(}) qui contiennent les dernières leçonsde
MarcelSchwob
sur FrançoisVillon.
Je
voudrais
parler icide
cesdeux
livresoù
se trouvent
nombre de découvertes
fort précieusesI. François Villon{Revuedes Deux-Mondes du 15 juillet 1892 et Spicilège,pp. 3-93).
2. Le Jargon des Coquillarts en 14^^, dans les Mémoires de la Sociétédelinguistique de Paris, t. VII, fasc. 2 et 3 (18901891).
3. Le Parnasse satyrique du
XV^
siècle, anthologie de pièceslibres publiéepar M. Marcel
Schwob
(Paris in-i8, Welter, 1905).Le Petit et le Grand Testament de François Villon, reproduc- tion fac-similé du manuscrit de Stockolm avec uneintroduction de Marcel
Schwob
(Paris, in-8, Champion, 1905).pour
rintelligencedu
textede
Villon. Je croiraismal
servir lamémoire de
MarcelSchwob en
alignantdes phrases
lyriques làoù
ilne
s'agitque
d'explica- tions précises : jedonnerai donc successivement,
etdans Tordre du
textede
Villon, les principalesde
ces trouvailles.
On remarquera
àmesure
la rare ingé- niosité, je diraismême
l'extraordinaire subtilité,em- ployée
parMarcel Schwob pour résoudre des
pro-blèmes dont
ladonnée semble
toujoursimprécise
et fuyante. Je
ne
saismême pas
siSchwob
n'allaitpas
quelquefoisun peu
loin,mais
n'est-cepas
lamarque d'une
intelligence infinimentsouple que
cette facilité àdoucement
solliciter les textes.— 3 —
Les deux ouvrages que
j'analyserenferment
tousles
deux une
préfacede Schwob
et leParnasse
sati- riqueestsuivide
glosestrèsabondantes, mais
lecorpsmême de
cesdeux
livres semble,au premier
abord, s'éloignerdu but que
se proposait Schv^ob, qui étaitd'expliquer jusqu'en ses plus subtils replis le texte
de
Villon :on pense que
la reproduction d'unma-
nuscrit n'est
qu'une
fantaisiede
bibliophile, etqu'un
recueil
de
pièces libres intéresseseulement de vieux
et paillards bibliothécaires.
Il suffit
de
voirune page du manuscrit de
Stoc-kohlm
(i)pour en
saisir l'importance et les raisons qu'avaitSchv^ob de
le reproduire. Jedonne
ici les huitainsde
laBallade
desDames du Temps
jadis et le huitain qui laprécède
(2).Les
variantesque
l'ony remarque
sontd'une grande
utilitépour
l'intelli-gence du
textede
Villon, outre qu'ellesnous
servent1. Lemanuscrit de Stockohlmdatedudernier quartduxv® siè- cle.
2. C'est-à-direles vers 321-352 du GrandTestament,
_4-
<J» /tt^i
1'
4a^CV\ fi^j
'^M-f^^» <^<»
ig^
^
^pf^^^-
;'^- )
à conjecturer les vicissitudes
au
traversde
quoi ilnous
estparvenu.
Dès
lepremier
vers lemanuscrit donne
:La
mort
le fait frémirau
lieude
:La
mort
le fait frémir, pallir.Pourquoi
cetteomission
?Nous en
saisirons la rai-son
sinous rapprochons
cette variantede
celle qui se rencontre à l'avant-dernierversdans
lequel, aprèsles
deux
lignes surJehanne,
labonne
Lorraine, lecopiste
remplace
le cri :Où
sont ilz, où, Vierge souvraine?parcette fantaisie :
Et aussi la belle Helayne.
C'est
que
les versde
Villonont
ététransmis
orale-ment, de même
qu'autrefois lespoèmes homériques
et les
chansons de
geste ; et,comme
leshommes de
cervelle
médiocre ont
toujours été plus attentifs à larime qu'au rythme,
ils se sont contentésavec des mots
qui rimaient, faisantsauter«
pallir », suréroga- toirepour
larime,—et rompant
lerythme
et lalogi-que du poème avec une
variation sur« Hellayne »
quirime avec «
Lorraine ».Ainsi^ telles fariboles,
premier
vides etseulement
plaisantes, si
Ton y
appliqueson
attention, vérifientune
loide
la psychologiedes
foules etnous permet-
tent d'entrevoir la
manière
selon quoinous
furent répétées leshumeurs d'un garçon de
viechan-
ceuse,
— un chef-d'œuvre de
la littérature.De même au
troisième versde
la ballade le scribe écrit« Archipiades » pour « Archipiada
».Or Archipiada
n'ajamais
existéen
tantque dame du temps
jadis etM.
E. Langlois aheureusement
conjecturé (i)que
cevocable
étaitune déformation du nom propre
Alcibiade,homme
alorsmal connu,
et par
conséquent
inertedevant
toutes les tortures verbales.Et
la leçondu manuscrit de Stockolm
vient soutenir sa thèse par sa similitude plusgrande avec
le
terme
primitif : ellenous montre
lestransforma-
tions possiblesd'un nom propre que des
ignorants répètent sansen
connaître la valeur.Le dixième
versde
la ballademontre encore mieux
la fantaisie
de
l'histoireau moyen
âge. Il s'agit d'Hel- loïsePour
qui fut chastré et puismoyne.
Pierre Esbaillart
Et le scribe
nous
dit :I. Mélanges dephilologieromane offertsà C. IVahlund (Mâcon, 1896).
Par qui chartrieux fut et puis
moyne,
Pierre Esbaillart,
ce qui
ne manque
pasde
sel puisque,avant
lafâcheuse
aventure, Helloïse n'envoyait pas Esbaillartau cou-
vent.Il suffit
que nous ayons vu
l'importancedes
variantesdu manuscrit de Stockolm
(i)pour com- prendre
la nécessitéd'une
telle reproduction. Car, siM. Longnon
aindiqué
ces variantesdans son
édi- tiondes Œuvres de
Villon, tout érudit a le devoirde
contrôler ce travail, et il était nécessairede
faci- liter cettebesogne,
ce qui était le desseinde Marcel Schwob.
Il estseulement fâcheux
qu'ilne
soitpas
là
pour nous donner
tout ce qu'il espérait tirerde
sa publication.En
publiant leParnasse
satyriqneSchwob
insis- tait sur cette idéeémise
parM.
Bijvanck (2) qu'ilne
fautpas
séparer Villonde son
siècle.Et on
verra par1. Ces variantes ne sont d'ailleurs guère plusimportantes, ni plus fantaisistes que celles d'autres manuscrits où nous lisons:
« Pieres es bailla » pour « Pierres Esbaillart » et « Berte au plat piè »pour « Berte au grant pié »... et je parle seulement de celles qui furent greffées sur la page qui nous occupe.
2.
Un
poète inconnu de la société de François Villon. Le grant garde derrière, poème duxv
siècle, publié avec Introduction, Gloseet Index, suivi d'une ballade inédite de François Villon à sadame
par W.-G.-C. B!jvanck (Paris, in-12. Champion, 1891).quelques-uns des paragraphes
suivantsavec
quelprocédé de comparaison Schwob
éclairait le textede
Villon, et
combien nous
luisommes
redevablesde
ces jours surun monument
si éloignéde nous
etqu'on ne comprend
qu'àdemi
sion
arrivetrop brus-quement
dessus.—
Villon, se plaignant
de
la belle quine veut pas
l'aimer, écrit :
Et se j'ay prins en
ma
faveurCes doulx regars et
beaux
semblansDe
très décevante faveurMe
trespersansjusquesaux
flancs, Bien ils ont versmoy
les piezblansEt
me
faillent au grandbesoîng.Planter
me
fault autrescomplans
Et frapper en
ung
autre coing (i).Cette plaisante
manière de
se consolerdu mal d'amour
étaitchose
fréquenteau
xv^ siècle,témoin
le
rondeau
suivant qui estanonyme
:Après
que
m'avez fait arser (2) Par vostre decepvant manière,Me
faut à quelque chamberiereMa
povre fortune passer,1. Huitain IV du Petit Testament.
2. Arser, brûler.
— 9 —
Pour ce que je ne puis penser D'expédient en la matière Apres que m'avez fait arser.
Ne
cuidez-vous point offenser, D'estre tant rebelle et tant fiereQu'il faille qu'à quelque loudiere (i) Je doive le ventre pousser,
Après que m'avez faitarser
Par votre decepvant manière ? (2).
Or,
comme
cette pièce estdu
cerclede
Villon,de deux choses
l'une :ou
bien elle a été écrite avant\tPetit
Testament
etimitée par Villon, et ceci vient àTappui de
cette thèsede Schwob, que
le PetitTestament
estbeaucoup
plusde
la littératureque de
la vie (3),
— ou
bien elle est postérieure, et cette imitationprouve
legrand
succèsde
Villon et l'im- portance qu'il eutparmi
sescontemporains
(4).1. Loudiere, une garse commune.
2. Le Parnasse satyrique, p. 76.
3. Spicilège, p. 67.
4. Opinionde GastonParisdans son Villon, p. 51.
— —
Le premier
legsdu
PetitTestament
est celui-ci :Je laisse, de par Dieu !
mon
bruitA
maistre Guillaume Villon,Qjii en
Tonneur
de sonnom
bruit,Mes
tentes etmon
pavillon (i).Lorsque Ton
estpauvre commejob
c'estune bonne grâce que de
léguer àquelqu'un
ses tentes etson
pavillon.Lorsque
l'on est poète, c'estfaire àmauvaise
fortunebon cœur que de
parlerde son
bruit,de
sarenommée,
la gloire étant toujourschose probléma-
tique etde mauvais
rapport.Mais
lorsquel'on estdu moyen
âge, et d'esprit délié, etde langue
subtile ilest plaisant d'ajouter à ces
deux équivoques un
jeude mot
: bruit n'apas
tout à fait lemême sens au
troisième vers citéqu'au
premier.On
retrouve l'unde
ces sensdans
telleimpréca-
tiond'un amoureux
:I. Huitain IX du Petit Testament.
II
Enfans qui vont à la
moustarde
Chantentde vousaux
carreffours,Carjamais n'aurez en
amours
Honneur
ne bruyt, s'on ne vous farde, Plus vous n'aurezmon
cueur en garde, (i)I. Le Parnassesatyrique,p. 8i.
Au
huitainXI du
PetitTestament
sedécouvre
lelegs suivant :
Item, à maistre Ythier Marchant,
Auquel
jeme
sens très tenuLaisse
mon
branc d'acier tranchant...Et Villon rappelle ce legs
au
huitainLXXXIV du Grand Testament
:Item, à maistre Ythier Marchant
Auquel mon
branc laissay jadis...Seulement
il transfèreun peu
plus loinson
legsdu
PetitTestament
:Item,
donne
àmon
advocat, Maistre Guillaume Charruau,Quoy que
marchantot pourestât,Mon
branc... Jeme
taisdu
fourreau (i).Ce branc
d'acier estincompréhensible pour
le lec-I. Le Grand Testament, vers 1022-1025.
— i3 —
teur
moderne
siTon ne
se rappelle certaines plaisan- teriesd'Auvergne
sur«
les scieursde long »
: il fauty
voir ceque
Rabelaisnommait « boyau
cullier »,témoins
cesdeux
versd'une
balladeanonyme
:Quant
l'on vous voyt marcherEn
pourluant (i) vostrevieil bren à chier (2)...Cette allusion, trois fois répétée par Villon, était
sans doute
traditionnelleparmi
les écoliersoù
elle resta populairependant
lapremière
moitiédu
xvie siècle (3) :
II n'y a point d'ordre
que
vous autres, qui, parraison,comme
disoit Brandaciersur le 20^ ou 22^ livre (que je ne mente) de laTruye Qui
File,comme
l'on vadu
collège Sainte-Barbe à Montaigu,estes les plusbo(4).1. Pourluant, regardant.
2. Le Parnasse satyrique, p. 123.
3. Ihid., p. 270.
4.Noëldu Fail. Contesd'Eutrapel,Rennes, 1585, f° 57 v°,
Villon écrit
au
huitain XIIdu
PetitTestament:
Item, je laisse à Saint-Amant Le Cheval Blanc avec la Mulle
;
Et à Blarru,
mon dyamant
Etl'Asne
Rayé
qui reculle.Et le décret qui articule
Omnis
utriusque sexus..
.
Le Cheval
Blanc, laMulle
et l'AsneRayé
autantde
tavernes.
Mais «
l'AsneRayé
qui reculle » estune équivoque obscène
qui est éclairéepar
ces vers :Sans selle
ou
bast, atout lefrain,Avecques mon
borgne poulainL'aultrier chevauchoie
une
mulleQui
va mieulxquand
elle reculleQue
quant elleavance lamain
(i).Ce
quidémontre
cettehypothèse
et cette explica- tion par l'équivoque sur lesmots
asneypoulain^
I. Le Parnasse satyrique, p. 66.
— i5 —
mule,.., c'est qu'elle seule
nous permet de donner quelque
sensau
huitainLXXXVII du Grand
Testa-ment:
Item, et pource
que
lafemme De
maistre Pierre Saint-Amant— Combien,
se coulpey a à Tame, Dieu luy pardonne doulcement !—
Me
mit au rencde caymant,Pour
le Cheval blanc qui ne bouge,Luy
changerayune
jument, Et la Mulle àung Asne
Rouge.En
effet,dans
ces quatre derniers versque nous ne
sommes
pas assurésde
parfaitementcomprendre,
leshypothèses
licites reposent toutes sur cette assimila- tiondes hommes
etde
leurscompagnes avec
lesétalons et les
juments.
Car
si l'onadmet
avecles philologuesque
^^jj^m<35;z/veut
dire vieillard (cevieux
rhinocéros, dit-on encore), etque
luychangeray
se rapporte à maître Saint-Amant lui-même, on peut émettre
cettehypo-
thèseque
lafemme de Saint-Amant
ayantdédaigné quelques avances de
Villon, l'appelantmême
cay-mant (vieux coureur
defilles^ refroidi, ramolli...), ce dit Villon procurera àSaint-Amant une
bellejeune
femme (une jument),
et sansdoute une rouquine (ung Asne Rouge) aux
lieu et placede
cevieux
tru-— —
meau
(le chevalblanc qui ne
bouge), cettemégère
(la Mulle).
De même
si luychangeray
se rapporte àlafemme
de Saint-Amant
(dans ce cas la plaisanteriemanque de
sel) il flmtcomprendre que
Villonremplacera Saint-Amant, vieux mari un peu
hète(lechevalblanc qui ne
bouge^ la Miille), parquelque
gaillard pétu- lant et rétif etmalcommode
à vivre(une
jtwientyungAsne Rouge)
(i).Et enfin
au
casoù
l'on conserverait l'image,cay-
w^«/ voulant
dire animal, endurci (2), brute, butor, ceciveut encor
direque
lafemme de Saint-Amant ayant asséné
à Villonquelques vocables zoologiques
et péjoratifs, Villon
donnera une
autrefemme
à cepauvre mari ou un
plusmauvais mari
à cette laidefemme).
C'était d'ailleurs
une habitude
constanteau xv
siè- cleque de
désigner les sexes divers pardes vocables
chevalins,témoin
toute la sériede VEscuyrie
desDames
(3),témoin
plusieurs pièces publiées parSchwob
(4), etdont
je citeraiseulement
ces vers :Alors qu'on
me
despucela Je le fis sans bat et sans selle.Tant
qu'il suffist.1.
Ung
Asne Rouge, méchantcomme
un âne rouge.2. L'expression est encore : des larmes de crocodile, 3. Dans le tome VIII des Anciennespoésiesfrançaises.
4. Le Parnasse satyrique, pp. 53, 74, 141, 198.,
i:
Au
huitainXXIV du
PetitTestament
Villon lègue «au Loup
et àCholet
» plusieurs lots fantai-sistes, entre autres le suivant:
Et
mes
houseaulx sans avantpiez.Le docteur Wolfgang von Wurzbach
traduit«
sans avantpiez » par« ohne Oberleder
», sansempeigne.
Mais
ily
a làune équivoque^
et ilnous
faut la dissi- per.Au
huitainCXXV du Grand Testament
Villon lègue«
àMichault CuI-d'Oë
et à sireChariot Taranne
cent solz »,Etunes housses debasanne.
Autant
empeigne
que semelle,Pourveu qu'ils
me
saluerontJehanne, Etautantune
autrecomme
elle.Ces housses de basanne
seraient-ellesquelque
ins-trument avec quoi
l'on salue lesdames
?— i8—
Dans
laBallade de Villon
etde
laGrosse Margot, orsqueles deux amants
se réconcilient :Gogo me
dit, etme
fier le jambot.Ces houseaulx
et cejambon,
cela faitbeaucoup de jambes.
Dans une
pièceque
l'onpeut
attribuer àHenri Baude, une dame s'exprime
ainsi :Mon
mignon,mon
gentil varlet, Gressezmoy
bienma
vieille boteEt secouez
ma
vieille cotte Et letour ne sera pas let(i).Les
parolesde
cettedame Putiphar peuvent ne pas
apparaîtrecomme
très claires.Ifaut lesr a
pprocher de
la ballade suivante :L'autrier en
chemin
rencontray Ainsique
je chassoiemarée Une
bourgeoise qui pour vray Cuidoit bien faire la serrée.Si lui
dy
: «Ma
sœur, quel derree Portez-vous en vostre pennier ?»El respondit à la voilée :
«
Ce
sont les botines Gaultier ! »I. Le Parnasse Satyrique, p. loo.
— 19 —
— Dame,
s'il vous plaît, j'essayray S'ilz sont d'entrée assez serrée. »—
Hellas, dit-elle, n'oseray;Carà
mon
mari pas n'agrée :Je seroye par lui dévorée
S'il les vous falloit essayer !
Gardez-vous d'en grandir l'entrée :
Ce
sontles botines GaultierTout du
premiercoup y
entray, Tant estoit l'entrée cavee :A pou
queje n'ydemouray
Tant y fis longuedemouree
;Je n'y trouvay fons neryvee
Moins
qu'enung
houzeau tout entierCe
futdonc
vérité prouvée :Ce
sont lesbotines Gaultier.Prince,
ma jambe
y fust entréeDe
plainbout, et sans varier.Je lui dis,
quand
l'euz essayée :«
Ce
sont lesbotines Gaultier, (i) »Je crois
que maintenant
lessourds entendent
etlesaveugles
voient : Villonen
avaitde
bienbonnes.
Que
sion
voulait lui refaireune
vertuen
s'efforçant àomettre
ledouble
sens^on
pourraitencore
citerI. Le ParnasseSatyrique, p. 59.
— 20 —
l'expression
«
porter ses soulierschausser » pour
«
coït ». (i).I. Signalée par M. Pierre Champion Archives Nationales,].]., i8o, fo 34. Le Parnasse Satyrique, p. 247. Atout cecij'ajouterai la boutade suivante que l'on trouve dans Le Moyen de Parve- nir(chap. XIII) : «Tousles matins, il fait de son v... un chausse- pied. »
— 21 —
Au
huitainLIV du Grand Testament
Villon, raillerhumeur amoureuse des dames
:Or
ont les faulxamans
lebond
Et les
dames
prins la voilée.« Bond »
et«
voilée» sontdes termes empruntés au
jeude paume. Prompsault
conjecture :« Les amants
trop crédulesont
lebond de
la balle, c'est-à-dire lepire
de
l'amour, tandisque
lesdames ont
la volée, c'est-à-dire le plus agréable.»
C'était
un usage courant de
se servir ainside
ter-mes de paume, témoins
ces versd'un rondeau ano-
nyme
:Dites le
moy
: qui m'adonné
lebond
En
vostre endroit, sans desserte nezune
? (i).\. Le Parnasse Satyrique, p. 105.
Ainsi les
poètes vont au
jeude paume
etau
caba- ret, Villon étaitun
drôle, Tristan l'Hermite et Ver- lainedes vagabonds
Bacchantes, je chanterai sous l'ormeau Notre
Rameau
francde toutes luxures (i)...I. Laurent Tailhade,
Au
PaysduMufle,— 23 —
Continuant
à se plaindredes tourments que
lesdames
réservent, Villon écritune Double
balladesur
lemesme propos,
et iltermine
par ses aventures personnelles :De moy,
povre, je vueil parler;
J'en fuz batu,
comme
à ru toiles,Tout
un, ja ne le quiers celer.Qui me
feist mascher ces groselles, Fors Katherinede Vausselles?M. Longnon rapproche
l'expressionmascher
des grosellesde
notreavaler
des couleuvres.Reportons nous
à d'autres textes.Nous voyons dans Les
Faintisesdu Monde de
Guil-laume
Alexis :Tel la cuide épouser pucelle
Qui
l'espouse telle qu'elle est;
Tel a son cheval etsaselle
Qui
de chevaucher n'est pas prest;
Tel fait sa
femme
damoiselleQui
est villain et elle aussi ; Tel enmâchera
la groiselleQui
est sans reproche et sans sy. (i)Et ici
MM.
Piaget et Picotpensent
qu'il faut expli-quer
« avoirune aventure désagréable
».Schwob
publieun rondeau dont
suit ledébut
:Mais est il vray,
ma
demoiselle, Sevous
estiés sans chandelleDedans
la venelle d'un lict,Et voustrouvessiés
ung
gros vit,Vous
crocqueriés cette groselle ? (2)Schwob
citeencore
lepremier
arrêtd'amour de Mar-
tial
d'Auvergne
:Et oultre qu'il fusttraîné sur
une
claye et battu par les carrefoursde syons de verd osier et de branches de grose-liers.
Et
il induitde
cetteréunion de
textes que, sans doute, le sensdonné
parM. Longnon
est légitime,mais
qu'il fauty
ajouterune
allusion erotique, àcause
T. Sans sy, sans défaut (Guillaume Alexis. Edition Piaget et Picot, I, 113).
2. Le Parnasse Satyrique, p. 85.
— 25 —
de
ce groselier qui revient toujoursen des
débats sexuels (i).Quelle
est lavaleur et l'importancede
cette induc- tion? Je laisse à d'autres, plus àmême de
le faire, lesoin
de
porterun jugement
sur cette ardeurà recher- cherdes
sensseconds
d'un texte, qui d'ailleurs se présente déjàavec une remarquable
duplicité.I.
A
cestextes j'adjoindrai lesuivant: «Ce ne furent paselles,mais bien ces trois nonnes qui, se promenantau beau jardin de Nantes, trouvèrent unegroiselle, et s'entre-demandèrent àla dire enlatin.
«Comment
la diriez-vous,ma
sœur?» Lajeune dit :groselus; l'autre: grosela; et la vieille dit: « Vous êtes sottes ; il idiMXgros et long, mes petits c.naux dédîmes charitables». Le Moyen de Parvenir,LXIIl.
—
Au
huitainLXXXI,
Villon parlantde
sa«
chiereRose
», dit qu'ill'abandonne
:Plus n'en ay le le croppion chault.
Si
m'en
desmetzaux
hoirs Michault,Qui
futnommé
leBon
Fouterre.Ce Michault
étaitsansdoute quelque
galanthomme
célèbre
en son temps comme Brummel
le futau
nôtre (i), carnous trouvons dans un passage du Contrefait de Renart
(2)où
l'auteur parledu
métieramoureux
:Onques,
Michaut, qui enmourut,Si volentiers ouvrier n'en fut (j).
1 .
Brummel
avait reçu d'une dair.s une bague sur le chaton duquel était gravé un Hercule, avec à l'intérieur le chiffre 12.2. Seconderédaction, faite peu après 1328 (Ms. B. N. fr. 369,
fol. 7, v"a).
3. Cité par Gaston Paris, Romania, XVIII, p. 443.
— 27 —
Et encore
dans une
balladeanonyme du
xv« siècleoù
l'auteur se plaintd'une dame
qu'il aaimée
(Le pas-sage que
je cite est d'ailleurs imitéde
Villon, àmoins que
Villonne
l'imite) :Il luy convienttousles jours char nouvelle Pour reffreschir le cul qu'elle a sy chault.
S'elle peust faire ressusciter Michault
Qui
la foutist très bien à sa devise ! (i)I. Le Parnasse Satyrïque, p. 120.
—
Au
huitainXCI du Grand Testament on
lit :Item, je
donne
à maistre Jaques Raguier leGrand
Godet de Grève,Pourvueu
qu'il payera quatre plaques...Les plaques
étaientune grosse monnaie de
cuivre valantdouze
deniers parisis.Mais comme
maître Ja-ques Raguier,
licenciéen
droit, estfréquemment
raillé par Villon sur ses
habitudes
d'ivrognerie, il se pourraitque
laplaisanterie porte surplaques comme
sur le
Grand Godet de Grève
qui étaitune
tavernede
la placede Grève, proche
l'hôpitaldu
Saint-Esprit.Cette
hypothèse
estsuggérée
par le vers suivant :Placqiies voit
on
surjambes
fortrongneuses(i).I. Le Parnassesatyrique, p. 156.
— ag —
La maladie de
la« rogne
)> paraît êtreun des
acci- dentsprovoqués
par l'intempérance, et Villon ferait ainsiune
allusionau
mollet et à lajambe de
maîtreJaques
Raguier,bon
ivrogne.— —
Au
huitainCI du Grand Testament VWlon
lègue:Item, à rOrfevre deboys,
Donne
cent clouz, queues ettestesDe gingembre
sarrazinois,Non
pas pour accomplir ses boetes, Mais pour conjoindre culz et coëttes, Et couldrejambons
et andoulles,Tant que
le lait enmonte
es têtes Et le sang en devalle es coulles.La
plaisanterie consisted'abord
àdonner des
clousde
giroflepour
clouerquelque chose
; ellecontinue avec
les objetsque
Villonveut qu'on
rassemble.Au
sujetde
cedeux
vers sur lesmatériaux légués
à l'orfèvre
de
bois,Gaston
Parispensa que
l'on devaitlire
«
culsen
coettes»
car ilne
connaissaitpas dans
tout lemoyen âge un
sens erotiquedu mot « queue
».Et Schwob répond que
cette assertion est inexacte :Sans remonter au Testamentum
porcelli, quilègue
«
puelliscaudam
»,on trouve fréquemment
lemot
— 3i —
« queue»,
prissous
cette acception,dans
les poésiesd'Eustache Deschamps
:Je ne puis la
queue mouvoir
(i)...Mole
estma queue
etmes
boyaulx (2)...« Coëtte »
est alors le diminutifde
«couë
», qui est régalde
«.queue
». Ainsi est rétabli le parallé- lisme entre«
culs et coëttes »,« jambons
et andoil- les ».De
plus,réquivoque
sur l'andouille est fréquenteau
xv^ siècle,témoin
cette baladeanonyme
:Ung
cuisinier qui veultdames
servirFault qu'il soit prompt, diligent,
non
pas nice,De loyaument
entendre et assouvirCe
qu'il leur fault, etviande propice.Car l'une veult mangier d'une saulchisse, L'aultre boudins rôtis sur les charbons, Et l'aultre veult mangier pour son service
Ung
pié d'andouille entre lesdeux
jambons.Et pour ce fault gouverner et tenir Le cuisinier sagement,
quoy
qu'il puisse,De demander
souvent et enquérirAux
damoisellesdu
mangier la police, Disant ainsi : « Vouliez vous qu'on rôtissePour le soupper ou perdris ou pingons?
— Nous aymons
mieux, respondune
nourrice,Ung
pié d'andouille entre lesdeux
jambons.1. Œuvres d'Eustache Deschamps, Edition
Queux
de Saint- Hilaire et Raynaud, VI, 226.2. Ibid.f VI, 229.
—
¥^
Le cuisinier, pour en cuyder jouyr,
Leur fist tantost
ung
grand brouet d'espice Et meist dedans, pour leurs cueurs resjouyr, Chucre, safren, canelle et rigolice.Se dist l'une : «Je n'ay point la jaunice
Et ne veult point debrouetz, tant soient bons, Mais seulement, qui touche ton office,
Ung
pié d'andouille entre lesdeux
jambons. »Prince,
du
toutje renonce à l'office,Et vous voyez apparentes raisons:
Car trop souvent fauldroit
que
je fournisseUng
pié d'andouille entre lesdeux jambons
(i).Et on peut
ajouter à ce texteune non moins
plai- sante histoirequ'un anonyme rythma en forme de
ballade:
Une
meschinete servant Viz hier tart à la nu}1;ie;
Et là vint à elle
ung
galantLequel luy dist :
«Ma doulceamie
Où
allez-vous cy, jevous
prie ? » Elle lui dist : « Par Saint Françoys, Quérir vois à la boucherieUne
andouille à fairebons
pois. »Le galant, qui fut
moult
sachant (2) Dist à la fillettejolye :« Par Dieu, douce belle plaisant.
Je
vous
vueil tenir compaignie. »i. Le Parnassesatvrique, p. 121.
2. Moultsachant,' Subtil, plein d'expérience.
— 33 —
Adonc
l'a par lamain
saisieEn
estraingnantun
peu les dois, Disant : «Vous
aures, ceste fie,Une
andouille à faire bons pois. »Adonc
en sachambre
jouant La mena, faisant chère lie.Et là luy soubzleva le pant
De
sa robe...Je vous affieQuant
elle eut la douleur sentieDe
ce doulxmembre
qui fut roys, Elle dist : «Vous
m'avez baillieUne
andouille à faire bons pois. »Prince, elle fut bien resjouye,
«
Tu
m'as remis au corps la vie », Dist-elle, «mon
gentil gallois; Ailleurs quérirje n'yraymie
Une
andouille à faire bons pois. » (i)Et la plaisanterie sur les andouilles se
trouve
aussidans
Rabelais.I.Le Parnasse satyrique, p. 208.
-34-
Au
huitainCXIV du Grand Testament nous
lisons :
Item, à maistreJehan Laurens
Qui
a les povres yeulx si rouges,Pour
le péchié de ses parensQui
burent en barils et courges, Jedonne
l'envers demes
bouges,Pour
tous les matins les torcher...S'il fust arcevesque de Bourges,
Du
sendail eust, mais il est chier.Ceci a
des
rapports évidentsavec
certains frag-ments d'une
balladeattribuée àEustache Deschamps
:Ung
vielx prestre dessusun
viel cheval Par les costéscousu, pelé de trayre,Survielx harnoiz,sans culliereou petral,
Viz l'autrejouryssir d'un presbitaire.
A
son arson pendaitun
bréviaire.Et dessoubz ly unes grans vielles
bouges
:Bien eust semblé ou
doyen
ou vicaire, S'il n'eust eu les paupières sy rouges.— 35 —
Les yeulx avoit plus rouges quecorail
Ils
me
sembloient bien fourrés de cendalQuand
je les visdu
premier au viaire.Puis à
midy
arrivasmes à Bourges (i).D'ailleurs
on peut rapprocher de
cette ballade laballade suivante qui paraît devoir être attribuée à
Eustache Deschamps
:Sur vieulx, pouri et déciré penneau (2)
Rempli
de fain, en mains lieux recousu,Où
il pendoitencoreun
paleteauD'un
vieil arczon de boays tout vermoulu, Mis sur povre, maigre, aveuglejument, Vi l'autrejour yssirmoult
fieblementUn
vieux routier hors d'un barle vilaige.Bien eust semblé provoust ou lieutenant Se il n'eust eu si jaune le visaige (3).
1. Œuvres d'Eustache Deschamps, tome X, page xlii.
2. Penneau, panneau de selle.
3. Le Parnasse satyrique, p. 181.
—
La Ballade
des Laftgues envieusesde
Villon a été inspirée parune
ballade attribuée àEustache Des-
champs
etdont
voici lepremier
dizain :De
couperos, d'alun, de vers de gris,De
selgemme,
de souffre vifsaillant,De
realgar, d'elbore blanc et bis,De
sublimé, d'arsenic undoyant.De
salpêtre, de vitreol luisant,D'armoniac et de bol
armenique Avec
foison de chair de basilique,En
potage par morselés luysans,Emmy
la mer, chascun surune
brique.Soient servisau disner mesdisans (i).
i.Œuvresd'Eustache Deschamps. EditionRaynaud, t.X,p.xxxi.
—
3^Choisissant ses exécuteurs testamentaires, Villon écrit
au
huitainCLXXII du Grand Testament
:Mais cesera
ung
jeune prestre,Qui
estnommé Thomas
Tricot.Voulentiers beusse à son escot, Et qu'il
me
coustastma
corneteIS'il seust jouer à
ung
tripot11 eust de
moy
leTrou
Perrette.Les deux
derniers versrenferment deux équivo-
ques.Un
trippot,premier
l'onpense
àquelque
taverne, àun
jeude paume
;mais
c'estaussil'amour sous
saforme commerciale, témoin
cepremier
quatraind'un rondeau anonyme
:A
cecoup
estvenu
letemps
Que amours
à beaulx denier contensQui
se soulloient donner, se vendent :Et ceulx qui ce trippot n'entendent
Ils pourraient souppirer cent ans (i).
I. Le Parnasse Satyrique.., p. 55.
—
Ce
sens erotiqued'un terme
se rapportantau
jeude paume nous
est d'ailleurs assuré par la pièce sui-vante
qui n'estqu'une équivoque obscène
sur le jeude paume lui-même
:Si vous la baisés,
comptés
quinze ; Si vous touchés le tetin, trente;
Si vous avez la motte prinse, Quarante-cinq lors se présente.
Mais sivous metés en la fente
Ce
dequoy
ladame
a mestier,—
Notés bien ceque
jevous
chante—
Vous
gaignés lejeu tout entier(i).Etant
donnée
cette gaillardise àpropos du terme
«
trippot ^>,on pense maintenant que « Le Trou Per-
rette»
désigne
lemalin
orificede quelque gente dame;
mais
la subtilitécontinue
car leTrou
Perrette étaitvraiment un
jeude paume
situédans
la rueaux Fèves
vis-à-vis
de
la tavernede
laPomme de
Pin. Villon avaitune
sortede
plaisanterie double^ etcomme
géométrique
: ilne
s'agitpas
d'en perdre le fil.I. Le Parnasse Satyrique, p. 194.
-39-
On
connaîtlequatrain
quefeist leditVillon quand
il fut
jugié à mourir
:Je suis Françoys, dont ce
me
poise,Né
de Parisemprès
Pontoise.Or
d'une corde d'une toiseSaura
mon
col quemon
cul poise.Le manuscrit de Stockohlm
contientunhuitain
dérivé, et qui est
l'œuvre
d'un faussaire, l'écriture leprouve
. Il estintéressantde
connaître cette fantaisiede
scribe, ellemontre combien
Villon était lu à la findu
xv® siècle :Je suis François, dont il
me
poise.Nommé
Corbeil enmon
surnom, Natif d'Auvars (i)empres
Pontoise, Etdu commun nommé
Villon.Une
corde dedemye
toise,Ce
ne feustun
joly appel,Sceust bien
mon
colque mon
cul poise.Lejeu ne
me
sembloit point bel.I. Auvars pour Paris estabsurde, c'est cependant la lettre du
manuscrit.
Reste donc
le quatrain seul.Qiiel est le
sens du premier
vers ?Pourquoi
Vil- Ion^ touten
plaisantant surson prénom;
est-il fâché d'être Français?A
la suitede
la rixe (i)dans
laquelle, aprèsquelques mauvaises
plaisanteries,Robin Dogis
blessa FrançoisFerrebouc^ ennemi de
Villon, tan- disque
lepoète
disparaissaitaux premiers coups, Robin Dogis
et Villon furentemprisonnés.
Or, le8
novembre
1463,Robin Dogis
reçutune
lettrede
grâce. Ilétait libéré^
en même temps que
plusieursde
ses compatriotes, à
cause de son
originesavoyarde,
et à l'occasion
de
l'entréedu duc de Savoie
à Paris.Tandis que
Villon,en
sa qualitéde « Françoys
»,restait
en
prison. Telle est la raisonpour quoi
il se
lamente
surson
extrace.« Pourquoi
Villon dit-ilencore
:Né
de Parisempres
Pontoise.La
plaisanteriede
Villon aun double
sens.Le
sens littéraire et traditionnel,celuique
Rabelais entendaitencore au xvf
siècle, lagrande
villecon-
I.Cf. MarcelSchwob, SpicUège, p. 89.
-41-
sidérée
d'une
façon ironiquecomme
ladépendance de
la petite (i).Un
autre sens est, à n'enpas
douter,dans
l'es- pritde
Villon, prisonnierdu
prévôtde
Paris, Vil- liersde l'IsleAdam. Comme
seigneurde
l'IsleAdam, comme personnage éminent
à l'IsleAdam,
Villierspouvait revendiquer en
partie la justicede
Pontoise, châtellenerie royale : les registresde procédures
attestentsouvent au
xv« siècle les conflitsde
cesdeux
juridictions.De
Pontoisecomme de
Paris, Vil- lonne pouvait donc échapper
à lamain du
redouta- ble Prévôt, siimpitoyable en
outrepour
les clercs parisiens. n> (2)1. Rabelais. Le Quart Livre, chap. LXVII : Nesuisje Badault de Paris ?
De Paris, disie, auprèsPontoise :
Et d'une chorde d'une toise,
Scaura
mon
coulquemon
cul poise.2. Marcel Schwob, Introduction à la reproduction du manus-
critde Stockohlm, p. 19.
Une des chansons
les plus délicieusesparmi
cellesque rima
Villon est laBallade du Concours deBlois avec
ses propositions contradictoires etson premier
versdonné comme thème,
(Jemeurs de
soifauprès de
la fontaine).Au sixième
vers Villon écrit:Je ris en pleurs, et attens sans espoir ;
il faut
rapprocher
ce versdu second
versde
cerondeau anonyme, que
jeveux donner
tout entier tellement ilme
plaît :J'ay vestu
ma
robbe à l'envers :Je ris des yeulx, et
mon
cueur pleure, Etmon
triste penser labeure,De mon
semblant le droit revers.Je racompte
rymes
et vers, Je rys et m'esbas à toute heure :J'ay vestu