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U dvof OTTAWA ^79

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(1)

U dVof OTTAWA

39003002-153^79

(2)
(3)
(4)
(5)

^P

(6)
(7)

Digitizedby the Internet Archive in2010withfundingfrom

UniversityofOttawa

littp://www.arcliive.org/details/princesseditalieOOIorr

(8)
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(10)
(11)

;/fautqiuU••Lotusalha"

joi/unbijoulitléraire,laperle fineentreles perles,sertiedans l'orviergeetparée desdiamants quel'artluiprodiguera.

E.G.

(12)

Lotus All'a

"

(13)

A M DAVID PRAIN

SAVANT NATURALISTE duRoyal BctanicGarden de Shibpu

àCalculU

Je dédieces"LotusAlba"

en souvenir de ceuxqu'ilacueillis pourmoisurleseaux

duGangesacré.

H.G.

(14)
(15)

Princesse d'Italie

(16)
(17)

CollfclioiisEdouardGuitla

"LotusAi.ba'

JHAN I.ORRAIX

Princesse d'Italie

PARIS I.115RA1K1H BORHL

21,Quai Malaquais,21

(18)
(19)

IL AÉTÉ TIRÉ DE CETOUVRAGE

,oexemplaires numérotés,sur papier du Japon;50exemplaires numérotés surpapierde-Chine.

Tousctsexemplaires sonl signésetparafés parl'Éditeur.

(20)
(21)

dtlAVE CZAXNE

(22)
(23)

Princesse d'Italie

(24)
(25)

Simonetta Foscari

(26)
(27)

Les minnesingerscajoleurs aux douces chansons avecl'accord dujetd'eauqui pleure auvergerenfleurs, lesjoueursdecor etleséchansons, enfin,tous Liuxqui sont.

(28)

i

4

PRIXCESSF

jadispassésen merveilleux décor etpasserontencor...

Lesvarletsquivont mourir auxprisonsdestours, et lesservantsd'amour venus touràtour Jiyecdesfleurs,dessourires etdesrosesdeTimour, etpuis leslansquenets, et leschevaliersde Tyr, tousceuxquelarondeamenés, etramèneratoujours...

Maitoi,

teslèvresettescheveux ettesrosesauxdoigts, ettesaveux lesoirauprèsdufeu, maistoi, etlessoirsde mai, lessoirsaimés, toutcela estfini,vois etnereviendra jamais.

Trist.xn Kn\r,<;oR.

(29)

Li^

Porfmif

(30)
(31)

Bartholomeo Giovanni Salviati,marquis deSpolète etduc deVintimille,de la vieillefamille des Salviati, qui fournit des doges à Venise etdes gouverneurs

(32)

8 pRIXc tsSi;

àFlorence,étaitdéjà vieux decinquante annéesetveuf depuisquinze ans de Maria- Lucrezia Belleverani, les Belleveranide Kaples,alliés auxfamillesducalesde

Mo-

dèneetde

Pamie,

et

même

à la maison de Médicis,

quand

il épousait en se- condesnoces,lui,déjà ridé et chenu, Simonetta Fos- cari, belle jeune fille de vingt ans à peine, dans toutelafleurd'uneéblouis- sante puberté.CetteSimo- netta Foscari,Florentinede raceetd'instincts, du sang des vieux Foscari, si ter- riblesàleurproprepatrie, lesFoscari desémeutes,des

(33)

n IT A

M

i: <)

.araplots, des

amours

tra- giques et des trahisons, lignée de criminels et de voluptueux,oùles

hommes,

beaux

comme

des courti- sanes,etles

femmes,

belles

comme

desarchanges,four- nirentdes

mignons

auFort Saint-Angeetdespapesses

1 Vatican, n'était point :tepourdémentir

un

pro- erbe populaire en Italie sur l'insolente beauté de ceux et de celles de sa maison.LesFcscarisibeaux qu'ilstenteraientDieu, blas

hcmaitalors,etblasphème

-.core,danslaplainelom- barde,un dicton quasi ?a crilége.

(34)

Une anonyme

figure d"un élc%e

du

Vincietqui pour- raitbien êtrelaFoscaride cette histoire (carle cata- logue des Ufizzi l'intitule portrait de laMarquise di- Spolèie'),atransmisjusqu'à nous sa périlleuse beauté.

Reléguée dans

une

petite salle obscure

du

musée,le hasard seul,

ou

bien alors

une

volonté avertie, peut découvrirlaprécieusetoile, maisjedéfiebienquiconque acontemplé

une

foiscette petitetète altière,depou- voir jamais l'oublier.

Du

renflement

du

front à la

nuque

violente, c'est

une

petite tête courte, impé-

(35)

I) IT ALIK II

leuse.obstinée,

une

petite Ite de volontéqui serait .resque mauvaise sans la langueur des yeux auxtrop lourdes paupières, deux longs

yeux

d'ombre,

la rrunelle, étrangement re-

:.lée sous l'arcade sour-

.liére,ades lueurs rousses ie topaze brûlée.

Bouche

inueuse

aux

lèvres cise- -cs, nez droit et court ix narines dilatées, les ..éplats

du

visage accusés et nets,

comme

sculptés à

même

d'une pierre dure,

;"est

un masque

à la fois nipérieux et tenace de jeune aventurier et de princesse sensuelle, une

(36)

12 1-

«IX CESSE

têted'unejeunesse etd'ane ardeureffrayante dans son intensité.

La

coiffure

faite des lourdestorsades, entrelacées de perles et de

gemmes

verdâtres,dont Tccole de Toscane casque tous ses frontsde

femme

;

lecoutrèsféminin,vipérin presque dans sa gracilité longue et

que

l'on sent voulue, jaillit

comme une

tiged'un corsage largement échancré et collant aux épaules,

un damas

safrané d'un très heureux accord avecletonrouillédesyeux etdelachevelure.

La

chair mate,avec,danslalumière, des transparencesverdâtres.

(37)

I

k^

(38)

f

(39)

1;,

évoque a la tois des mol- - ' v->.

lessesdecireetdes duretés

^--^^^

de métal, et pourtant la >

peinture est plutôt

mau-

vaise. Le visage, qu'on sent seul ressemblant, est gâté par des détails de convention, des routines d'école, tels

que

le cou trop long et la chevelure rousse,car cette

femme

si pâle devait être brune et cette tête courte aux pru- nelleshumidesdevait s'ap- puyersur

un

courenflé...;

maistelle

que

nous l'ont léguée les siècles, cette figureobsède,elleinquiète et vouspoursuit à travers lesautrestableaux

du

cata-

(40)

16 pRIxci:s s!•:

logue, et par l'anonymat du peintreet

du

modèle...

élève

du

Vinci?

Quel

était cet élève?... Marquise de Spolète, qui était cette marquise,et quelle fut sa vie?... obsédante surtout par l'énigmetangibled'une beauté quel'on sentvolon- tairement altérée... Mar- quise de Spolète, il m'a plu, moi, d'identifier en elle l'héroïne de la tra- giquehistoirequevoici.

(41)

II

Iai iiidiqniscde

SpoUte

(42)
(43)

à

Sinioneiia Foscari,cpou-

^ce pour sa royale beauté etsajeunessetriomphante, -ipportait dans cette rude petite cour des Vintimillc

(44)

-O

PRIXCESSr

les clcgances raffinées, le

mœurs

libres et lessomptuo- sitésd'uneprincesse floren- tine.

C'étaitdanslapetite\iV.<j

de frontière, jusqu'alors plus accoutumée à la sol datesque d'une garnisor.

des ribambelles de poète- jongleurs et de musiciens, toute

une

suite d'artiste- enlumineurs de missels modeleurs decire et

même

diseurs de jolis riens, ra-

mageurs

de sonnets et de ballades,

comme

ilenpullii lait alorsen

Lombardie

et en Toscaneà lasolde des richesetdes puissants, tous venus à la suite de la

(45)

n ITA LIK 21

nouvelle duchesse,esclaves desa fortune,lesuns féaux desabeauté et la plupart deseslargesses.

Lavieilleforteresses'em- plit d'un bruit de voix rieuses, de frôlements de soie et d'instruments ja- seurs;onn'yentendaitjadis quebrisdegobelets etdes heurtsdehallebardeset,le long des veillées d'armes, le choc des dés et des cornets.

Ce

furentdésormais, de l'aubeausoiretsurtout

du

soir à l'aube,despizzicatide mandolines, des sanglots,

comme

râles,deguitareset des vers de poètes, tantôt

(46)

; - 1RIXci:s sr

rythmés, tantôt balbuties en extase par desvoix ca- resseuses qui défaillaient d'amour. Il}•eut des déca-

mérons

dans les vieilles 'allés basses, jusqu'ici ré- servées

aux

lansquenets.

Lesmurailles nuess'or- nèrent de fresques : la jeune duchessefitvenirdes peintres de Fiezoleet des sculpteursde la

Romagne,

etsonimage sousles traits, tantôtd'une

nymphe,

tantôt d'unesainte canonisée,

em-

bellit les couloirs et les coursdu palais.

Andréa

Salviati, le fils

du ducetde Maria-Lacrezia Bellcverani.l'enfiintdupre

(47)

mier mariage,en abandon- naitdedépitlacourpater- nelle. C'était

un

chétif et maigreadolescent assezdis- gracié de sa personne et d'un caractère taciturne, qu'il tenaitde samère.Il

enavaitlesbeaux

yeux

d'un vertsombre,et c'était leseul charme de ce visage tour- menté d'avorton.C'ctaier.r cesyeux-làquerencontrait.

.1Vintimille, lejour

même

Jeson arrivée,lahautaine et nonchalante Simonetta.

I.e fils de la Napolitaine et la Florentine croisèrent leursregards

comme

deux -pées,maisdu chocrétin- ccUe ne jaillit pas. Poli-

(48)

w

tique

comme

I-RIXci:toutess sK celle- Je 5a race, la jeune du- cliesse s'efforça de gagner à sacauselefilsdel'étran- s^re;ellesefitmaternelle, câline,prometteuse

même,

mais ne putfléchir Tliosti- Htcgrandissante d'Andréa.

Alors, déjà lasséed'avance d'unelutte inutile,elle dé- daigna cette fuyante con- quête et retourna à ses plaisirs.

Ce

fut au milieu d'une cour de musiciens, de peintresetdepoètes,le régne absolu, voluptueuse

ment

despotiqueetfantas- que d'une reine d'amour;

le duc épris laissait faire.

Sourd.1 touteslesobserva-

(49)
(50)
(51)

lions,passionnément aveu- gle, il répondait à toutes les malveillances par

un

seul

mot

: « C'est

une

Fo«cari <•. et le fait est quetous cesbeaux jeunes

hommes,

tous Florentins

comme

elle, étaient plus, pour Simonetta. des ani-

maux

familiers,des jouets et des bouffons, que des êtresdesarace.

Son orgueil la gardait contre la chaleur de son sang,etpuis ses caprices se succédaient sans trêve:le favori de la veille était aujourd'hui en disgrâce.

Quand

l'un d'eux avait cessé de plaire. elle le

(52)

28

PRIXCESSK

chassait ou le mariait .:

une

desessuivantes. Guil-

laume

de Borre, un trou- badour provençal égaré à Vintimilleet comblé pen dantdeux mois d'honneurs, avait

fuir

nuitamment

et gagner

à marche

forcée la frontière pour ne pas épouser

une

vieillepiémon- taiseemployée auxcuisines, qu'unelubiedeladuchesse tout à coup lui impo- sait : la soudaineté de se- fantaisies déroutait tout soupçon.

Andréa

Salviati dépilé avait quittéVintimillepour

écumer

la

mer

etteniren échec les vaisseaux pirates

(53)

n

ITALIE

2^)

i dévastaient alors les côtesdeMessine àAigues-

Mones;

il était entré par forfanterieetrancunefiliale auservicedu roideSicile,

ennemi

et parent de son père.

Le

vieuxduc,deplusen plus subjugué parsajeune

femme,

vivait maintenant confiné dans l'ancienne partie

du

château en

com-

pagnied'astrologueset d'al- chimistes, créatures de la

^.chesse,dévouéescorpset .e à sa cause et qui

:-tait la

rumeur

popu- re) égaraient à plaisir, Jans lespérilleusesrecher- ches des sciencesmaudites.

(54)

yO

PRIXCEÎSK

la raison

du

vieux sei- gneur... Il fallait bien maintenant occuperl'atten- tionde Bartholoméo, aveu- gler le vieil aigle

amou-

reux,luidéroberenfin les dcportements dela Lttrell,-.

comme

on appelait dans Vintimillelafineetsouple filledes Foscari, au milieu de sa

meute

de dogues florentins et de lévriers toscans, chiens couchants, chiens couvreurs.

(55)

m

Usfiiivrisliela Lcircilc

(56)
(57)

^-H

C.ir iescandalectait au- jourd'hui public; pis, il T. ait franchi la frontière et faisaitlajoiedel'Italie ut de la Provence; la du-

(58)

chesse s'ttait débauchée.

C'était

une

courtisane qui régnait maintenant à la cour des Salviatiet,parmi tantdefavoris,

menu

fretir.

qu'expédiait àlasemainele lacet des étrangleursou le poisondes alchimistesatta- chésau palais:troiscepen- dant, trois Italiens alliés dans le

même

intérêt de leur salutet deleurcrédit.

se partageaientlesfaveurs ducales :

Beppo

Nardi,un poèteélevé àlacourd'Avi

gnon

etsonneur de sonnets de l'école de Pétrarque, svelte et fin cavalier au profil de camée,auglabre

%

(59)

D

ITALIE

5>

encapuchonné de velours -carlate et dont la muse.

uissisouple

que

sonéchine, cclébrait chaque matin l.i

glorieuse jeunessede Simo- etta;Angelino Barda,

mu-

icien gratteur de

mando-

;ne, compositeur, à ses eures, de langoureuses j.inzones qu'il accompa- gnait d'une voix assez

: aiche, d'une origine na-

.olitaine celui-là, brun

:

imme une

oliveavec de rges yeu.\ d'un blanc '.euâtre, d'ardentes lèvres -tches,des lèvresdefièvre et de volupté

du

noir violacé des

mûres

(Ange- linode Naples, qu'ondisait

(60)

5(> l'RlNCESSi;

singulièrement inventifen

mode

deplaisir), etPetnic- ciod'Arlani, enfin, peintre- sculpteur à la manière de Michel-Ange, unebrute su- perbe, musclé

comme

un athlète, aux noirscheveux drus et crespelès sur

une

petite tèted'Antinous, Pe- truccio d'Arlani,unancien pâtre, disait-on, descendu desAbruzzesdanslesateliers de

Rome où

il avaitposé

comme

modèle, légendaire étalon des grandes

dames

romaines qu'uneironie du Vatican, une idée d'après boiredu

Pape

àlafin d'un

..{ souper, aurait adressé à la

,'"

cour de Vintimillc entre

(61)
(62)
(63)

1) iTAiii: 39

deux légats et

un

nonce

comme

spécimen de l'art romain..., le raga^ip étant trèsbeau,laduchessel'avait gardé.

Son

talent de sculpteur nedépassait pas, d'ailleurs, les figurines de cire. Il avait déjà commis,d'après laFoscari,trois bustes de

PaUas

Vicirix

que

la du- chesse avait, chaque fois, impitoyablementsaccagés et démolis, mais

comme

le bélitre avait

un

cou de taureau et des reins puis sants,Simonettalegardait toujours auprèsd'elledans l'espoirqu'un chef-d'œuvre éclornit quelque leursous

%

(64)

40

PRINCE

s si-

ses doigts de brute appri- voisée.

Et la Florentine conti- nuait d'apprivoiserlepâtre desAbruzzes en

compagnie

de Nardi le poète et de BardaleNapolitain...

Airsdeguitares, sirvente- et eonr.ets, bustesde cire peinte, c'était là l'atmo- sphère de volupté savante etdelangueur heureusede lacour dela belleduchesse au bord de la

mer

bleue, miroitante et

pâmée

entre les lauriers roses e: ie- palmiers desgrèves, devai.:

le grandiose et vaporeux décor de la vallée de la Rova.

(65)

U ITALIE 41

EtBartholoméo Salviati laissait faire, les mires et les physiciens accaparaient le duc, et de cette belle intelligence^ de cette vo- lonté sûre et prompte, de

:lut ce caractère de déci- ionetd'audace,

du

vieux capitaine enfin, si terrible autrefois aux

ennemis

de la patrie italienne, il ne restaitplus qu'un vieillard enproieauplusdangereux entourage,

un homme

re- tournéàl'enfance

ou

pres- que.

Ainsi l'avait voulu la jeune duchesse; dix ans avaient suffi à Simonetta pourcapturerlevieilaigle

(66)

etenfaireun vieux hibou delaboratoire. Il ne quit- tait plus maintenant les fourneaux et les cornues au milieu desquelslabelle Foscari l'avait confiné, et quand, par hasard, il sor- tait horsdelapartiehaute dupalaisqu'ilavaitadoptée, c'était pour assister,surla prière desajeune

femme,

àquelquefête,comédie ou ballet par elle organise et consacrer ainsi d'une présenceaugusteleluxeet les licences installés dans

Et, sûrs de l'impuni:.

lesfavoriss'enhardirent,l

(67)

I) 1TAI.IK 45

Taudace dela duchesseosa

même

plus encore. Grisée parla flatterie et lesencens.' la Lnrette eut lafolie du scandale,elle voulut affir- mer,afficherdans unéclat sonadultèreet sesamants...

femmefolle deson ccrpsest Hen'ôt iléinie'e de sens; et, perdant toute prudence, conseillée par on ne sait quel mauvaisgénie, cette aventureuse Simonetta ne résolut rien

moins

que de paraître elle-même sur la scène,devanttoute lacour, à côtédeses troisamants, qui tiendraient un rôle auprès d'elle,et cela dans une comédie ou ballet de

(68)

RIXC EssK

circonstance,

s'affirme rait le talent de chacun d'eux.

(69)

IV

SaJonic

(70)
(71)

fw

C'était bravade de

femme

enivrée de puissance, défi d'orgueil et cri

pâmé

d'a- mour,et,pourtant,leprojet futarrêtéet1*

œuvre

élaborée

(72)

4S pRIXc Es sr;

de longuedate.

La

duchesse deVintimille

commanda

la pièce à Xardi,lamusique à Barda, mais en imposa lesujet; Petruccio d'Arlani, peintre scalpteur à ses or- dres, se chargea des cos-

tumes

etdesdécors, toute- fois dirigé par elle. La Florentine ne s'en remet- taitàpersonne;elle inspi- rait,fidèleen celaauxtra- ditions des princesses de son pays, et les plus su- blimes artistes n'eussent été entre ses mains

que

d'obscurs collaborateurs.

Ce

n'était ni le casde

Beppo

Xardi, poète assez médiocre, ni celui d'Ange-

(73)

I)

ITALIE

^9

Hno

de Naples, si partait musicien, poète composi- teur.

Quant

àce bélitre de Petruccio, il n'avait ni goût, ni idée, ayant trop longtemps gardéseschèvres surles pentesdeses

mon-

tagnesnatales,maisladu- chesse avait de l'imagina- tion et de l'ingéniosité pour trois; et,

quand

le Xardiet leBardaluiappor- tèrent, enfin terminée, la Mort de Sainl-Jean-Bapiiste, qu'elle leur avait

com-

mandée, Simonettacria au chef-d'œuvre,car, àtravers les concetti d'une poésie toute d'assonance et de préciosité, elle avait re-

(74)

)0

PRINCESSE

connu

son idée première;

et les fades mélodies du Napolitain n'altéraient pas trop la belle horreur du

drame

quiavait tentécette

âme

tragique.

La

duchesse jetait

un

collier d'or au cou d'Angelino,mettait le gros rubisd'une bague au doigt de

Beppo

Nardi, et tous deux enthousiasmé^

baisaient la

main

de So,.

Altesse.Lepoète,

comme

le musicien,avait respecté le

plan

donné

par elle, se favorisavaientobéi.

La

mort de Saint-Jean Baptiste,ladécollation d,;

Précurseur, la légende Je lu.\ure etîlevrin? iinnt '.oute

(75)

laRenaissance italienneacu

comme

l'obsession,

HoroJe

et Salomc, les terribles figures qui ont tentétous lespeintresdecetteépoque etdontlesmusées nous ont légtié ladangereusehantise, voilà le sujet vers lequel avait été tout droit cette voluptueuseetcettetenace.

Parmi

tant d'héroïnes de la Bible et de la Fable,

Salomé

l'avaitrequise entre toutes; et elle, née prin- cesse à Florence,etde par son mariage duchesse e:

marquise,c'estl'impudique princessede Judéequ'ilhii plaisait d'évoquer, d'incar- ner, de vivre un soir

(76)

)2 l'RIXCESSi:

devant tout

un

peuple.

Cette petitefillequi danse, toutenue, devant

un

vieux roi libertin, etobtient

une

tôte

ennemie

parlamysté- rieuse offrandedesonsexe, voilàle personnagequ'elle voulait être. C'était à la réalisation decettechimère que se plaisait sa perver- sité; et qui sait si cette curieuse imaginationd'Ita- lienne n avait pas etc sé- duite par un rapproche-

ment

possible entre l'âge avancé de

THérode

légen- daire et la vieillesse anti- cipéede son mari!

C'était lamise en scène dela faiblesse >-énilc d'Hé-

(77)

rode, mais réduite par

un

cerveau de

femme

à

une

vengeance de petite fille.

La

duchesseTavait conçue en deux tableaux :la ren- contre de

Salomc

et

du

Précurseur dans

un

des corridors

du

palais, le saint prisonnier entredeux gardes, la princesse, peut- être

moins

apitoyée

que

curieuse,offrant d'abord à boire, puis tendant

une

fleur à l'ascète; le refus dédaigneux

du

saint et,

Salomé

insistant,la fureur prophétique et

Tanathème

de Jean appelantlefeudu ciel sur la tentatrice :le second tdblenu montrait

(78)

?RIXci:s sF.

Hcrode

sur son trône, nn milieu des dignitaires de sacour, et puisc'était,sur son ordre,

Salomc

intro- duiteetpriéededanser,le sanglant

marché

débattu entrele tyran etla petite princesse; puis, la danse meurtrière

une

foisexécutée,

Hcrode

tenait sa promesse et le bourreau apportait, sur

un

plat, la tcte de Saini-|ean.

La Foscari distribua les rôles :

Beppo

Nardi, le poète, remplirait auprès d'ellecelui d'Hèrodc;

An-

gelinode Naples, a\cc son ardentetète èm.icièe.serait

":cPrécurseur "-

(79)

ses yeuxluisants, le dési- gnaient pour incarner le farouche

mangeur

de sau- terelles.

Quant

à Petruccio J'Ârlani, sahautetailleet samusculature

énorme

in- diquaientassezsonrôle, il

serait le bourreau. C'est lui quise tiendrait

immo-

bile, lecimeterreàlamain, derrièrelesaintagenouillé pendant toute la danse;

c'est lui qui, saisissant le prophèteauxépaules, l'em- mènerait hors scène; c'est lui, enfin, dont le bras musculerjx, jailli de der- rière

un

pilier,poseraitla tcte sanglante de Saint- Icnn surle plat...et, avec

(80)

56

l'RIXCESSt

une

joieenfantine,lapa^

sion fébrile et la science des détailsque les

femme-

apportent en ces sortesdo choses, la duchesse de s'occuper aussitôt descos- tumes, delamiseenscène et de la décoration de la salle, en quête d'étoffe>

d'Orientetdevelours prt cieux

Des

scribes, sur son ordre, écrivirentà

Vc

nise; des

marchands

juifs furent

mandés

de Gênes pour soumettreàsonchoix des tapis de

Damas

etdes soieries de Tyr.

On

:'•.

venir à prix d'or des dan seurs de Bergame,qui ré- glèrent les temps du pas

(81)

D IT AL1F. 57

de

Salomé

et apprirent à laduchesseà se

mouvoir

et onduler sur place,secouée de frissons brefs de la

nuque

auxtalons, avecdes torsions de hanches et de subitsrenflementsdeseins,

comme une

aiméedespays barbaresques L'orchestre de la cour fut renforcéde quinzemusiciens,les vieilles tapisseriesdelafamille Sal- viati, représentant la vie de laVierge,sortirentdes coffresdebois de

camphre

on les conservait, car ellesétaient d'un prix in- estimable,et

on

ne les en tiraitque pourles grandes fêtes, pour les mariages

(82)

SS

IRINCESSIt

des ducs et les baptêmes desenfantsmâlesetencore despremiersnés.

La

duchesse fit plus en- core; elle voulut la cour intérieure

du

palais

comme

salle de spectacle et, tail- lant à

même

les remparts de lacitadelle,fit démolir vingt mètres de murailles quidominaientlamer. Les pics et les pioches enta- mèrent les vieux blocs de granit qu'avait posésUberto le Fort;

une

grande baie s'ouvrit,lumineuseetbleue, surl'infinidugolfe,àune hauteur de dix mètres, dans l'épaisseur

même

du

mur:

cefut là le théâtre.

(83)

n

ITALIE

59

Les merveilleuses tapisse- ries des Salviati se dra- pèrentautourdes estrades, s'empilèrent dans la cour, àl'ombre

du

donjonetdes èchauguettes, et, enfin, le jour

du

spectacle arriva.

Siraonetta avait choisile jour

même

de l'anniver- saire de ses nocespource fastueux scandale.

Un

dais de brocart aux couleursdu ducse dressait en facedelascène, justeau milieudesestrades,réservé au vieuxBartholomeo età sasuitedesavants. Or,le spectacleétaitannoncé pour trois Heures, e; la foule, entasséeauxgradins,toute

(84)

(o r RIXc Es sI

detêtesbrunesetdeclairs vêtements, s'impatientait, houleuseetfrémissante,e:

les places

du

ducrestaient vides. Après

une

attente de trois quarts d'heure,l.i

foule s'exaspcrant trépi- gnante, l'orchestre enta- mait un concerto de flûtes et de violesetles tapisse- riesdelabaie s'écartaient.

Le

ducBartholomeovenait defairesavoir àladuches.se qu'elle n'eûtpas à l'atten- dre,et qu'elleeût à com-

mencer

sans lui; prisd'une faiblesse au

moment

de quitter sesappartements, il lui demandait dixminutes pour ïC remettre et vien-

(85)

w

(86)
(87)

DiTAi-ii: 65

liraitcertainement dans un quart d'heure au plus assister à la danse de Sa- loraé,danslaquelleildési- rait vivement admirer la duchesse, l'admireretl'ap- plaudir; et le spectacle

commenta

dans

une

logcre angoisse, car,vraiment,elle n'avaitjamaissiloinpoussé l'audace,labelleSimonetta.

Sur la scène, debout contre

une

vieille ver- dure de Flandre,simulant les fresques d'un corridor, c'était, drapée de lourdes étoffes d'Asie, enturbanée de longs voiles bleuâtres, la silhouette onduleuse et finedeladuchesse enprin-

(88)

C\ rRIX c rss1-:

cessede Judée.Elle tendait tour à tour à Saint-Jean Barda

une

rose, puis

une

coupe, et l'enveloppai:,

amoureuse

et lascive, dc la nudité de ses beaux bras... Puis les tapisserie

^

retombaient, et, dans l,i

salle improvisée, aucun duc n'avait encore paru.

Cétaient, maintenant, chu chotées

aux

oreilles de-

femmes,

des indiscrétion- sur la surprise

que

lest cond tableauréservait,un.

effroyabletêtede cire

mo

delée par d'Arlani, d'âpre- Barda lai-même,laressem blance du musicien peinte etcoloriée aveclesangd;

(89)

d'

ITALIE

65

supplice etlalividitédela mort, et que la duchesse offrirait à tous à la fin

du

tableau,triomphalement exhausséesurunplat.

Et,lestapisseries s'étant relevées, cefut,surlebleu du ciel et sur le bleudu golfe emplissant de clarté toutelacour du palais,la vision d'Hérode, de Kardi lourd de pourpre et coiffé d'unemitre, installé sur

un

trône, avec,autour de lai, nettement découpé sur le ciel et lamer,tout

un

rang de seigneurs et d'esclaves.

I.ahautestaturedusculpteur presque

nu

les dominait tous; un d'Arlani superbe

(90)

bb

PRlXCESSi;

dansl'ctalagedesesniii^cli.

etde sontorse,ceintd'uiiL iltofte blancheàpartir de reins seulement... et, su des pizzicati de mandi Unes,sur

un

rythme Icgc etsautillant,on eût dit<.:c

clochettes, sur

une

musiqil

étrange, en vérité, mcki.

çà et là d'appels dellûti et delangueurs racléesdi.

guzlas,

Salomé

faisait so:

entrée Salomé, c'est.;

direladuchesseSimonett.i fine

comme une

aiguilk dans

un

étroit fourreau de soie verte,

une

soie mor- dorée et luisante

comme une

peau decouleuvre,avc>.

çàetlà,épanouies,d'éni'

(91)

mes

rosaces de jaisnoir.

Un

étroitgorgerin. éme- raudesetsaphirs,lui écra- saitlesseinset,lesépaules et lesbrasnusjaillis

comme

desfleurshorsdecettegaine bleuâtre, chacun de ses

mouvements

découvrait ses aisselles etchacun desespas lehautdesesjambesnues, car l'étroite robe verte s'ouvrait, fendue jusqu'à la hanche, heureusement alourdiepard'épaisses fran- ges d'or.

Lafaceaux yeux agrandis etbleuisparlekohl,d'une pâleur de morte sous le fard,hallucinait

comme

un

masque;

delonrde<;pende-

(92)

loques tremblaient sur le iront, apparu tout étroit souslescheveuxcoiffés en tiare,

un

cône deténèbres alourdidepoudre bleueet, tel

un

firmament,constelle d'étoiles d'or.Elles'avança raidie,

comme

figéedanssa parureetsesorfèvrerie?,et d'une opale, posée entre ses seins,pendait au bout d'un fil deperles,plus bas

que

le nombril,presqueà la naissance

du

sexe, une grandefleurd'émail.

(93)

Les trois têtes

(94)
(95)

Elle dansa et, dans ses grands yeuxfixes,dans son sourire

muet

montait

comme

une

cpouvante;et, suivant la direction de ce regard.

(96)

Toute lasalle,quilabuvait des yeux, seretourna.

I^

ducvenaitdeprendrepla<x.

Le

vieuxBaitholonieo ve- nait de s'asseoir sous son daiset,prèsdelui,debout dans

une

pose derespect, le poing sur la hanche, maisl'œilpleinde menace, se tenait Andréa,

Andréa

Salviati,leproscrit,l'exilé, le tils

tombé

en disgrâce, l'ennemi deretour.

C'était lui queregardait Simonetta;

Hérode

surson trône,Saint-JeanagenouîDi derrièreladanseuse,lebofur- rcaii debout auprès desa victime avaient baissé la tcie.Les

veux

droitsfixé^

(97)

h 1p

(98)
(99)

devant elle,

comme

hallu- cinée, Simonetta dansa

.

mais quand, suivant son rôle, la danse enfin ter- minée,ellesetournait vers

Hérode

pour lui

demander

la tête

du

blasphémateur,

un

grand cri jaillit de toutes les poitrines; et la duchesse,labouche grande ouverte, elle, ne put pas trouver

un

cri dans sa gorgeserrée.

Le

ducvenaitdese lever, la

main

sur l'épaulede son

filsetdel'autre avait tait

un

signe...Troistètescou- pées gisaient auxpiedsde Simonetta :des bourreau.x, apostésparmilesfignranf^.

(100)

76

PRINCKSSK

avaient strictementexécuté l'ordre.

Un

triple coup de hacheavaitdécapité Saint- Jean et le bourreau et Hérode.

un même

châti- :r.ent avait frappé Nardi,

uArlani

etBarda.

«Ilsontpayé»,cefurent lesseulsmots

du

duc ense retirant.

Le

soir de cette

même

journée,

une femme

seré- veillait,revenait àelledans lesténèbres vacillantesd'une celluleilluminéedecierges,

comme

pour uneveilléede mort,

une

celluleàlaporte etàla fenêtremurées,car la

condamnée,

quigrisaitlà inerte,nedevnirinni^ii^en

(101)

1) ITA LIn

sonir.

A

ses pieds, trois tctes sanglantes s'entas- saient sur

un

plat, trois tètes de jeunes

hommes

auxprunelles révulsées,aux cheveux hérissés demeurés droits d'effroi, trois têtes lividessousleur fard;etla

temme,

encore toute scin- tillante de joyaux et de soie,ayantfaituninstinctif

mouvement

de recul, fit glisserde sa robe

un

par-

chemin

scellé aux armes des Salviati, et Simonetta Foscariayantprisdans ses mainsl'écrit

tombé

à terre, le déplia et lutcet adieu d'un vieillard:

"

Vous

le-^ .1VC7 nimés

(102)

7"^ !R1\ ci:s si:

vivants, aimezles morts,

Madame.

Il vousa plu de vivre avec eux et pour eux, ilvous sera doux de mourir avec eux que vous avez fait mourir »;et la duchesse, ayant tourné la page, trouvait ces lignes consolatrices : « Et

moi

aussi je vous ai aimée, Simonetta; je m'en sou- viens et j'ai pitié; leurs lèvressontempoisonnées.»

(103)

Table

(104)
(105)

Table

SlMOXETTA FOSCARI.

I.

I-e portrait. . . 6 II.

La marquise de

Spolète.

...

17 ni.

Les favoris de

laLe%rette. . 51 IV.

— Salomé

45 V.

Lestrois têtes. . 69

T.\DLK Si

(106)
(107)

Imprimerit dts XouvdUsCoUeclioiis Guillaume BoRFL

iio,avenued'Orléans. Paris

(108)
(109)
(110)
(111)
(112)
(113)
(114)

La Bibliothèque Université d'Ottawo

Echéonce

(115)
(116)

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