Shakespeare, William
LES SONNETS DE SHAKESPEARE
llllllllllliHIIIIi
3900301
U dVof OTTAWA
3098586
SEPTIÈME CAHIER, CAHIER DE NOËL DE LA HUITIÈME SÉRIE
GHARLES-MARIE GARNIER
les sonnets de Shakespeare
ESSAI D'UNE INTERPRÉTATION EN VERS FRANÇAIS. —
I^o
.kr . «9CAHIERS DE LA QUIN^AINÏ
paraissant
seize foispar an PARIS
8, rue de
laSorbonne, au pez-de-chaussée
I90b
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by
the InternetArchive
in 2011 witiifunding
from
UniversityofToronto
http://www.arcliive.org/details/pt7lessonnetsdes08sliak
^
Slinl.r^n.uirr.
—
isi
grand nombre
de cahiers d'histoire et de philo- sophie; et cesdocuments,
renseignements, textes, dossiers etcommentaires,
ces cahiers de lettres, d'histoire et de philosophie étaient si considérablesque nous
nepouvons pas songer à en donner
ici l'énoncémême
leplus succinct;pour
savoir ce qui aparu dans
les cinqpremières
seines des cahiers, il suffitd'envoyerun mandat
de cinqfrancs à M. André
Bourgeois, administrateur descahiers, 8,rue
delaSor- bonne, rez-de-chaussée, Paris,cinquième
arrondisse-ment; on
recevraen
retour le catalogue analytiquesommaire, igoo-igo^, de
nos cinqpremières
séries.Ce
cataloguea
étéjustement
établipour
donner, autant qu'ilsepouvait,une image
enbref,un
raccourci,une
idée,abrégée,mais
complète, de noséditionsanté- rieures etde nos cinqpremières
séries;touty
estclassédans
l'ordre; il suffit de le lirepour
trouver, à leur place, les référencesdemandées.
Ce
catalogue,in-i8 grand
jésus,forme un
cahier très épaisdeXII-\-4o8 pages
trèsdenses,marqué
cinqfrancs;
cecahiercomptaitcomme premier
cahierde la sixièmesérie et nosabonnés
Vont reçuà
sa date, le2
octobre igo/f,comme premier
cahier de la sixième série; toutepersonne
quijusqu'au 3i décembre igoo
s'abonnait rétrospectivement
à
lasixième série le rece- vait,par
lefaitmême
de sonabonnement,
en tête de la série;nous renvoyons
contreun mandat
de cinqfrancs
à toutepersonne
quinous
enfuitlademande.
Pour
laseptièmesérie,année
ouvrièreigo5-igo6,
et en attendantque
paraisselecatalogueanaMique som- maire
de nosdeuxièmes
cinq séries,igo^-igog, on
peut consulter,—
provisoirement,—
la petite table analytique trèssommaire que nous en
avons établie etque nous
avons publiée enfindu premier
cahierde la huitième série.Pour amorcer
tout travailque Von
auraitàcommencer
dans
notrepremier
catalogue analytiquesommaire,
con- sulter le petit index alphabétique provisoireque nous
avons établiautomatiquement
de ce catalogue analy- tiquesommaire dans
l'index total de noséditions anté- rieures etde nos septpremières
séries,même premier
cahier de la huitième série.les sonnets de Shakespeare
ESSAI
D'UNE INTERPRÉTATION
EN VERS FRANÇAIS
à l'interprète de
Wordsworth, EMILE LEGOUIS
de
laSorbonne
quim'amontrél'exemple etm'a donnél'audace
CharlesGarnier
Shakespeare.
—
i,Le NirvanadeLafcadio
Hearn
(traduction);Revue pédagogique,
avril 1902 : L'enseignementaux
IlesHawaï;
Revue pédagogique,
décembre 1904: CharlesDickens, auteur de ContesdeNoël;Revue
internationalede
l'enseignement, septembre1902 Notre devoirintellectuel en Indo-Chine;Revue germanique,
janvier 1906:Les « Sonnets élisabéthains » deSidneyLee;
Autour du Monde,
FélixAlcan, 1904:Les Américains
aux
Philippines,pages 172-205.Il a été tiré de ce cahier quinze exemplaires sur
whatman
ainsi distribués :premier exemplaire
de souche, exemplairedu
gérant;deuxième
exemplaire de souche, exemplairede
l'ad- ministrateur;troisième
exemplaire
de souche, exemplaire de l'im-primeur
;dixexemplaires d'abonnement,
numérotés
de i àlo
exemplairesd'abonnement;
et
deux
ex€m,plaires d'auteurnumérotés
a,b exem-
plaires d'auteur.Tous
nos exemplaires surwhatman
sontnumérotés à
lapresse etimprimés au nom du
souscripteur; nos tirages d'exemplaires surwhatman
sont rigoureuse-ment
limitésau nombre d'abonnements
àchaque
in- stant souscrits;nous
nevendons
point d'exemplairessur whatman
endehors de l'abonnement; l'abonnement surwhatman
àcette huitièm.e série est de centfrancs pour
tous pays.Les
Cahiersde
laQuinzaine sontcomposés
à lamain,
en caractères fin dix-huitième siècle(Didot) de lafon- derie'Mayeur (Allainguillaume
etcompagnie
succes- seurs)21,
ruedu Montparnasse,
à Paris, sixième arrondissement.Aux
êtresles plusbeaux
nousdemandons
des iils.Au
lis dela beautéd'éterniser sagloire, Et, puisquecèdeauTemps
l'albe candeur des lis.Que
deblancs héritiersnous gardentleurmémoire
IToi, concentrant ta vieau foyer detesyeux,
Tu
nourris ton feuclair detapropre substance, Et tondoux
ennemi,tonmoi
pernicieux.Fait leverla famine
aux champs
del'abondance.De
la terrefécondeornement
tendreet frais, Seulet brillanthérautdu
printemps qui se pare.Pourquoi celer tasève entesbourgeonsjeunets.
Méchant, quise gaspille en jouant àl'avare ?
Oh
!prends pitiédu monde
ou sois-enle bourreau:Dévore sonespoir, pourvoyeur
du
tombeau!i3
II
Lorsque quarante hivers,assiégeant tajeunesse,
De
menaçantsfossésaurontcreusétonfront.Ilsferont
un
haillonsansfierté, sans noblesseDu
fieretnoblecorpsque tous croyaient fécond.Etsil'on te
demande où
gisenttoustes charmes, Etl'anciennevigueur detesjours défleuris, Oser montrer tesyeux
ravinésparleslarmes Serate mettreenbutteàl'affrontqui meurtrit.Combien
plus delouangeornerait toncourage Situ pouvaisrépondre:«Ilest,cefils, àmoi
;Ilvient solder
mon
compte, excusermon
grandâge, »—
Fils dontlabeauté veutqu'il soit sorti detoiIAh
!et seraitrenaître etsentiraussitôtDans
legel detoncœur
refluerun
sangchaud!ESSAI
D UNE INTERPRETATION
m
Regarde enton miroir; réponds à sa prière
Que
le tempsestvenu
de refondretes traits,Cartufrustres ton siècleet l'espoir d'une
mère En
nerestaurantpaslatourd'untelpalais.II n'estviergesibelle,
aux
flancs restésen herbe,Qui
dédaignelessoinsde tonfécondlabour;Iln'est
homme
sifou quiveuille,parsuperbe, Être sourdàla vie, êtremort
à l'amour!Ta mère
viten toi :ta lièvre, c'est l'appelDe
son premieravril quivoudraitrefleurir:Au
vitrailentr'ouvertpar l'âgeau doigtcruel,Tu
verrastes fruits d'orsegonfleretmûrir.Maissi tu viset
veux
ne paslaisserdetrace,Meurs
etscelleautombeau
tonimageet tarace!15
IV
Prodigue detoncharme,
Ami,
pourquoi répandre Surtoi,toi seul,lelegsdivindetabeauté?La
Naturenous
prêteetc'estpournous reprendre!Généreuse,elleveutlagénérosité.
Alors,
mon
bel avare, àquoibon
mésuserDes
largessesqu'onfitpour
quetu fusses large? Usurier sans profit,pourquoithésauriserLa
vie, et refuser d'en accepterles charges?Tu
vis sans vivreennetraitantqu'avectoi-même:C'estton
doux
être.Ami,
queje te voisduper;Et,
quand
laMort
viendrajeter l'appel suprême.Gomment
solder toncompte, oucomment
la tromper?Ta
stérilebeauté rentre avectoisousterre, Elle qui,fécondée, eûtfaitta légataire.1
ESSAI
D UNE INTERPRETATION
LesHeuresqui, desuaves rayonstissèrent Ce regardplein d'amour qui rivetouslesyeux, Deviendrontlestyransdeleur
œuvre
sichère Etraviront sa grâce àton fpont gracieux.Le vieux
Temps
sans repos surles vents del'Hiver Traînel'Étépour le souiller et leconfondre; Legel lige lasève,abatlesgrands troncsfiers Et labeauté s'enneige etlavigueurs'effondre.Alors,si l'Étésage avait pointdistillé
La
sève printanière aucristaldes fioles,Lesuc delabeautéseraitannihilé,
Elleet son souvenir
—
sombresaux
nécropoles.Elles braventl'Hiver et letrépas
commun
Les plantes dontl'Amour asauvé leparfum.
17
VI
Ne
laissepasl'Hiver, de sondoigt décharné, Dessécher ton Été sansdistiller tasève;Embaumes-en
lavie avantqu'il soitfané;Crainsle meurtre desoipourlabeautétropbrève
L'usageet
non
l'usure.Ami, paye
enbonheur
Celuiqui volontiers verseau
jourditlasomme
:Crée
un
autretoi-même,et,décuplanttonheur, Décupleettonimage
et tapuissanced'homme
IEt sipardix enfantston être est répété, Plusheureuse dixfois seraton
âme
heureuse:Tu
renaîtrasvivantentapostérité,Quand
viendratefaucherlamortelleFaucheuse.Ne
faispasl'obstiné:ne prendspas,toisibeau, Pourhéritiers laMort
et lesversdu tombeau
lESSAI
D UNE INTERPRETATION
VII
Vois!
quand
àl'Orientla lumièredorée Lève sonfrontbrûlant,leregarddesmortelsMonte
poursaluer sa majesté sacréeEtrendre
un humble hommage
au jeune dieudu
ciel.Ilgravit leshauteurs des cieux et delagloire.
En
sonmidi, pareilàl'homme mûr
etfort:Les regardséblouisadorentla victoire
Du
pèlerinnimbé
de sa poussière d'or.Mais,
tombé du
zénith, son frontdéfait vacille,Comme un
vieillard déchudanslesoir et lamort
:Et de l'astreimpuissant,l'œil, autrefoisservile, Sansrespect sedétourne, etsans regrets'endort.
Ilsonne,lemididetajeunessealtière!
—
Sans
un
regard,ainsi tumeurs
situ n'es père.19
VIII
Pourquoi,vous,
ma
Musique, entendreavecdouleurLa musique
? ledoux
audoux
fait-il lag^uerre ? Pourquoichérir l'émoi quifaitcoulervospleursOu
gotiterlenectarau fond del'urneamère?
Silejusteconcoursdessons
harmonieux Suavement
fondus tecauseune
agonie.C'est qu'il tegronde, ensessanglotsmélodieux.
De
perdreun
pur solopromisaux
symphonies.Voislacorde vibrerainsiqu'une épousée Ettoutes de frémir en
un
accord vainqueur:C'estla
Femme,
et lePère, et lachansonjaséeDe
l'Enfant vient s'yfondre enun
tout-puissantchœur!Etleursvoixsans paroleen
un
seulcrirésonnent:« Restant seul^tun'existes plus,tun'espersonne! »
ESSAI 1)
UXE INTERPRETATION
IX
Pourquoite
consumer
enton isolement?Craindrais-tu de mouillerl'œilprofondd'uneveuve? Situ
meurs
sansun
lils, ah! c'est lemonde
aimant Quitoujoursva
pleurer sa peine toujours neuve.Ta
veuve, c'est la Terre, inconsolablement.A
la plushumble
femme,une amour
raniméeDonne
derallumeraux yeux
de sonenfant Le feupurquibrillaitenlaprunelleaimée.Admire
:un
vraiprodigueaumonde
estun
trésor Qui toujoursse déplace etqui se multiplie;Mais la beautéqu'onn'use estescarcelle d'or
Que
sonmaître d'un jour dilapideet spolie.Aucun amour humain
n'habiteencecœur
las Quicontre soidescendau meurtrele plusbas.21
Avoue,ingrat,
que
c'estn
avoiraucun amour Que
de montrer pour soi simince
prévoyance;
On
t'adore à laville,on
t'adoreàla cour, Maisilest clairquetoi,tu n'es qu'indifférence.Tu
es sipossédé detoncourroux haineuxQue
tutournes surtoil'effortdetafoliePour
abattrecephareillustreetlumineux Que
devrait étayertasuprême
énergie.O
change,que
je change!— Amour
entoi doit-ilPayer plus lourd loyerquelaHaine sordide?
Loge
entoncœur
l'aimebonté detonprofil; Qu'ellet'émeuveaumoins
sur tonproprehomicideCrée
un
autretoi-même,Ami
cher,situm'aimes,Qui
couronneton frontderenaissantsdiadèmes.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XI
Quand
viendratondéclin viendrad'un paségal Lesoleildetoniils quidans leciel se lève;La
£ève de printempsqui futson sangnatalReste àjamais ton bien
quand
tonprintemps s'achève.Ici,vivent sagesseetprogrèsetbeauté, Etlà,c'estlavieillesseabsurde et décrépite.
Que
tous pensent demême,
adieu l'humanité!Au
bout desoixante anslemonde
estenfailliteILaisseceuxque Nature amis hors desa loi, Laids, grossiersetrugueux,périrsans descendance;
Vois ceuxqu'elle a comblés:elle t'a faitleurroi.
D'un opulent
amour
chériscette opulenceITu
eslesceau royalchoisi,sculptéparellePour quevive àjamais cetuniquemodèle.
a3
XII
Quand
au cadranje suis l'àpremarche du
temps,Ou
voislejour périrsouslanuit angoissante;Quand,
à pleurerles.lilasdéfunts,jecomprends Que
lejaisdescheveux defils pâliss'argente;Quand
lesarbres géants, defeuilles dépouillés,Ne
prêtent plus leur daisaux
vachesassoupies;Et queles trèfles verts,engerbestortillés,
Passent sur leur brancard,facehirsute etblêmie;
Alors, cher,tabeauté
me
revient àl'esprit.Qui
doitsombrer
aussi danslecommun
naufrage;Nos
parfumset nosfleurscèdentau temps maudit:D'autres,du
même
pas,commencent
le voyage.Contrelafaux
du Temps
rienne peut nous défendre: Seulsla braventnoslilsquand
elle vient nousprendre.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XIII
O
cher!tune t'appartienspas :tun'eston roi Qu'aulong des chers sentiersdu
vallon delavie; Ilfaut teprémunird'un fataldésarroiEn
léguantcetteimageàtoi-mêmeravie.Alors, cettebeauté,que tu n'as qu'àloyer, N'aura jamais determe, ettuserastoi-même Encore,ettu verraslaMortsanst'effrayer,
Un
fils aimé sauvantcetteforme qu'on aime!Quoi!laisserce
manoir
de son haut rang d'honneur Paresprit indolenttomber en déshérence!Quoi!le livrer
aux
mains del'hiverrançonneur,A
l'éternellemort
dela froideimpuissance!Ah
! ce serait folie, et toi, Will,ma
hantise.Dis-toi:«J'avais
un
père.»—
etqueton lilsledise!25 Shah-cspcarc.
—
XIV
Point nesaisles secretsdelanuitctoilée Et pourtantje
me
sens astronomeetdevin,Non
pourprédireaux champs
lesecou lagelée, Peste noireau
bétailou disetteau moulin,Nila
bonne
aventure à chacun de nos mois,Ce qu'ili3orteen ses flancs, pluie,oui*agan,tonnerre.
Niledestin
mouvant
des princesou
des rois:Le cielne
me
révèleaucun
deces mystères.Mais,
au
fond detesyeux,mes doux
astres constants, Jelisune
promesse etplus sûreetplus fière,C'estqueleVrai, le
Beau
triompherontdu
Temps,»La
Vie, etnon
la Mort, étant tonhéritière.Sinon,tristeprophète,en larmesm'écrierai:
«
Ta
linserala findu Beau comme du
Vrai!»ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XV
Chaque
êtresur laterreasa fixecroissance Etneconnaîtqu'untemps
l'ivressedejuillet;Le
monde
estune
scène où devains acteursdansent Souslefeudesoleils à l'ascendant secret.De même
qu'un arbuste,un Iiomme
lèveetpousse, Vert,éclate de sève et,mûr, déjàpérit :Ilsentla
même
briseoutrèsâpreou
trèsdouce, Et de sonlustre éteintlesouvenirserit.Au
vacillantflambeau del'inconstance humaine.Je vois tonsang bondir en sabouillante ardeur, Etle
Temps
meurtrier débattre aveclaHaine Quelle nuit éteindralejourdeta splendeur.Ilsfrappent!
Mon amour
accepte la bataille, Etj'insère unegreffeau creux deton entaille!a:
XVT
Iltefaut cuirasseretton
cœur
etton brasPour
disputerauTemps
tes dépouilles opimes.Arme-toi, contrelaruineetletrépas,
De
glaivesmieux
trempés quemes
trop faiblesrimes.Debout
sur tonmidi,sommet
desheuresd'or,Tu peux
voir,vierge encor,maintcourtilenjachèreAux
couleurs d'un portrait préférer letrésorDe
tesvivantssemisetdetapépinière.La
vie,aveugleAmi,
seulepeutréparer Lesbrèchesdelavie,etma plume
écolière,Humble
styletdu Temps,
nesaurait célébrerLe
fondsni les dehors detasplendeur entière.Perds-toipour tetrouver,
mon
artisteindolent.Tu
vivras, buriné par tonpropretalent!ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XVII
Dans
lestempsà venir,quidonc croirames
versMême
éclairésdu
hautfanaldeton mérite?Eux
qui,DieusaitIne sontquesépulcres déserts Vidés de cettevieoùtabeautépalpite!Si jesavaistes
yeux
écrireetleursplendeur, Etd'une grâce égaleenluminertagrâce,Nos neveux
sediraient : aIInousment, cechanteur, Dieu jamais ànos fronts perlepareille enchâsse!»Alors,
mes
chersfeuillets,parl'âgetoutjaunis.On
les mépriseraitcomme une bonne
vieilleQuiditlongmais peuvrai;tonjuste éclat terni Seraitd'unvieux conteurlatrompeusemerveille.
Songe quesitesfilsrenforçaient
mes
concerts,Doublement
tuvivraiseneuxcomme
enmes
vers!29 Shakespeare.
XVIII
Comment
tecompareraux
matins del'Été?Ta
grâceestplusaimableettonhumeur
plus douceSon
ventrude abolitlebourgeonvelouté,Et de trop prèsl'Hiver letalonneetlepousse.
Souventl'orde sonteînt setacheetse ternit Etlefeu deson'oeilsouvent brûleetdessèche;
Hier francetrieur,àpeines'ilsourit
Aujourd'hui, tantlesortchangeantle rendrevêche.
Maistoi,pointneverrasseflétrirtonprintemps Nisefanerjamaistesbeautés immortelles;
Voyant
croîtreenmes
verstesbourgeonséclatantsLa Mort
doits'avouer sa défaiteétemelle.Tantquevivrale'monde,etl'amouretl'envie.
Vivrontces vers, etces vers-làdonnentlavie!
ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XIX
O Temps,
rong-e aulion sesonglesacérés, Pousse laTerre à dévorersaproprerace; Briseautigre cruel sescrocs desanglustrés; Surl'orgueilleux phénixde cent ans,faismain
basse.Qu'enl'œilpurdes saisons,les rires et les pleurs Passent
quand
passe, ôTemps,
tagrandeailerapide;Chasse de l'universles parfumsetlesfleurs :
Soit,maisje tedéfendscrime derégicide !
Pointnelaboureras le Irontde
mon ami
; Pointnelerayeras detaplume
alouvie;Tu
laisseras intactet toujours raffermi Cemoule
debeauté renaissanteetdevie!Frappeà ton gré,Vieillard,épuise tarancœur:
Mon Amour
parmes
vers sera toujoursvainqueurî3i
XX
La
Naturet'apeintun
visagemignard
De femme,
ôtoi,mon
maîtreetma
maîtresseaimée:Un cœur
defemme
aussi,mais inapteau grand artDes
mobileshumeurs
demensonge embrumées
;Un
œil pluslumineux
etsansémois trompeurs, Etquidorel'objetqu'ilbaigne de sesflammes;—
Pour lacouleur,
homme
tues,roides couleurs,Roi
quisaisravirl'homme
etfascinerlafemme.Femme
au premierprojetde Nature entravail, S'éprenantde son œuvre,elletevoulut prince:Elle t'enlèveàmoi,t'ornantd'unmâleémail, Etle trait,quiparfaitsonchef-d'œuvre, m'évince.
Puisqu'ellet'a
moulé
pourleplaisirdes femmes,De
tonamour
j'ailalumière,elles lesflammes.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XXI
La Mase
quim'émeut
n'a riende cetteMuse
Qu'aiguillonnentaux
versd'illusoires attraits:Pour
azurer sesdieux,il n'estcielqu'ellen'use;De
tousles hérosmortsle siengardelestraits.Fièredel'accouplerausoleil,àlalune, Elleentassepourlui lesperlesdelamer, Les fraîchesfleurs d'avrilet les raresfortunes
Que
desondôme
inmienseenclôt l'orbe des airs.Sincèreen
mon
amour, oh! quema
voixsincèreEn
toichanteun ami
belautantquel'enfant Quiritau seinlaiteuxque décacheune mère
;—
Mais
moins
qu'uncierged'ordanslecieltriomphant.Qu'ilchante, ce chanteurqui de sesvers s'enivre:
Il convientde flatter ce qu'on
vend
à lalivre.'3'^
XXII
En mon
miroircomment
lirai-jema
vieillesseTant
que JeunesseetToivousserezfrère etsœur
? Mais,quand
leTemps
tecreuserade sa tristesse,Mes yeux
verrontma
vieenproieau ravisseur.La
beautéradieuse.Ami,
quit'Illumine Est aussilemanteau
visibledemon
coeur.Car situvisen
moi
j'habiteenta poitrine.Et,situvaincsle
Temps,
jeseraison vainquem*.Pour
tegarderàmon
amour,veille toi-même.Comme,
entonnom
chéri, je veilleaussi surmoi;Vois,jeberceton
cœur
surmon
souci qui t'aime.Comme un
fils desonlait,la nourrice enémoi.Mon cœur
navré,letienconnaîtra l'agonie:Tu me
donnasun cœur
qui pointnese renie.ESSAI
D U\E INTERPRETATION
XXIII
Gomme un
acteur novice, inhabile ausuccès, Perdlefilde sonrôleenentrant surlascène;Comme un
fauveirritédontlarageenexcès Affaiblitdans soncœur
laforcede sahaine;Ainsi,pauvre ensang-froid,jenepuis célébrer Le cérémonialparfait del'àmeintime:
Souslefardeau trop lourdjesens l'esquifsombrer Et
mon amour
tropfortdanssaforces'abîme.Hérautlier et
muet
demon cœur
éloquent,Que mon
livreteparleenfidèleinterprète!Mieux
quecertaineardeur d'un discours plus ardent,(i) Qu'ilplaidel'amoureuxobjetde sa requête!Entends ce quet'écrit
Tamour
silencieux:C'estd'un
amour
subtild'entendreavec les yeux.(i)Lessollicitationsdontl'ami estdéjàenbutte delapartde1î
maîtresse.
35
XXIV
Mon
œil,jouantaupeintre,afixéradieuseTa
beauté surla toileimmense
demon
cœur, Etmon
corpsestle cadreoù
l'âme ingénieuse Traçalaperspectiveenartistevainqueur.Au
travers dema
chair amollieetfondue, Voista fidèleimage
issirdesonémail,Aux murs
dema
poitrineà jamais suspendue:Lecristaldetes
yeux
en forme levitrail.Mystérieuxbienfaitqu'entr'échangentnos
yeux
!Lesmiensont peinttestraits,lestienssont lesfenêtres
Du
palaisdemon cœur
parqui,du
hautdes cieux.Lesoleil
amoureux
descend pourse repaître.Ah
!sil'œilpossédaitcepouvoirscrutateur!—
Maisilpeintce qu'ilvoitsansconnaîtrelescœurs.
ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XXV
Laissons touslesheureux queleurétoileenchante Se targuerdeleurrangetd'honneurs peudiscrets; LeSort
me
refusant cesclameurs triomphantes, Ignoré,jejouisdemon
lieur en secret.Au
grandsoleil,comme un
souci,sonjusteemblème, Lefavorid'un prince étend sesfeuillesd'or;Mais,au
moindre
nuage, ilcrispe soncœur
blême Ettrouveensafaveurlaruineet lamort.Avec
deuil, lehérosfameux
decentvictoires Voit,au premieréchecdesonbrasaffaibli,Tous
sesexploitssabrésdu
livredelagloire Ettous sesdurs travaux descendre dans l'oubli.Aimant
autant qu'aimé,j'ai, moi, l'heur ineffableDe
riverl'immuableaucœur
de l'immuable.àlhakcspearc.
XXVI
Seigneur de
mon
amour,taroyale accolade Enchaînamon
devoir àtondroitsuzerain:En
ces vers,ton vassal t'envoieune
ambassade,Humble hommage
d'espritàl'honneur souverain;Honneur
sigrand, quemon
esprit,pauvre en parure,Va manquer du
pourpointdesmots
etsemblernu
; Maisj'escompte l'accueilde tarichenature Où,toutnus,mes
pensers serontlesbienvenus.Puis,l'astrebienfaisantqui pointe
mon
aiguille Par son doux ascendantsurtonpôleaimanté Vêtiradeveloursmon amour
enguenille Pourqu'il soitdigne,Ami,
detesaimes bontés.Alors,je te crierail'amour quejete porteî
Cesoir,
humble
et sans voix,jem'assieds soustaporte.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XXVII
Accablé defatigue,aulitje
me
retire, Asilereposantdu vagabond
lassé;Maisjereprends
ma
routeenma
tèteendélire Etmon
esprits'épuiseenmon
corps harassé.Alors
mon âme
enpeine erre verstademeure
Et versloi s'achemineen pèlerin dévot:Klle lient
mes
cilslourdsouverts aufildel'heurel'^tje fixe la nuit,nuit des
yeux
toujours clos;Ma
vueimaginaireetmes
regards sansvue Font rayonnertonombre,—
ctincelantjoyau, Agrafé dans lecrêpe épaisetlourd des nues,Qui rend lanuit plusjeuneetsongranddeuilplus beau.
I.ejour,sans nul repos
mon
corpspourmoi
se lasse,i'.t,lanuit, c'estpourtoi(\xie luon ccrurse harasse.
39
XXVIII
Comment
porterun
frontqu'aucuneombre
n'assiègeQuand on
estsi longtempssevré detout repos,Quand
lelourdi^oidsdu
jourjamaislanuitn'allège, Et qu'àcesjourslesnuitsajoutent leursfardeaux?Ces Pouvoirs ennemis signentunealliance Ets'étreignentles
mains
pour triompher demoi, L'un par son dur labeur,l'autre parlasouffranceQue
m'infligeun
labeur qui m'éloignedetoi.Pourl'attendrir,je disau Jourtes millegrâces Etquetul'éclairas
quand
le ciell'assojîibril :Pour
le flatterje disauSoirqu'aux brunsespaces,Tous
les astres éteints, turedores la nuit.Ainsi,chaque journéeallonge
ma
tortureEtcliaqur nuit ronictau vii'l'âpre blessure.
ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XXTX
En
disgrâce avectous, leshommes
etles dieux, Tout seulparfois pleurantma
fortuneproscrite.Et jetant
mes
Aains cris à l'orbesourd des cieux, Jevois ce quejesuis etma
tâchemaudite.Jevoudrais ressembler
aux
richesenespoir, Posséderleursamisetleurs traitspleinsdegrâce; J'envieàl'unsonart, àl'autreson pouvoir:Cequi
me
plaîtle plus alorsle plusme
lasse.Pom'tant, dansces pensers d'universel mépris,
S'ilsetourne verstoi,
mon cœur
chante Noël!A
l'aube,l'alouette,ainsi, deschaumes
gris.Monte
ets'envachanter à laportedu
ciel!L'appelde ton
amour
m'est parfaitréconfort :Je
me
rirais d'êtremonarque
ausceptred'or.4i
XXX
Quand
je fais comparoirles images passéesAu
tribunalmuet
dessonges recueillis, Jesoupireaudéfaut des défuntes pensées,Pleurantde
nouveaux
pleurslesjours troj)tôtcueillis.Des
larmes oublieux,mon
œilalors senoiePour
lesamiscelésdanslanuitde lamort,Rouvre
ledeuildel'amourmorteet s'apitoieAu
réveil sépulcraldes intimesremords.Je souffre
au
dur retour des torturessouffertes, Je compted'un doigt las,dedouleuren douleur.Letotalaccablant des blessures rouvertes Etj'acquitteà
nouveau ma
dettede malheur.Mais alorssi
mon
àme, Ami, verstoi se lève.Tout
mon
orseretrouve ettoutmon
deuils'achève.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XXXI
Ton
seins'estenrichi desamours
aboliesQue
l'absenceruine aussi bienque lamort:Lesamitiés,quejecroyais ensevelies,
Y
sontavecl'Amour ettout sonchertrésor.Que
depieuxsanglotsetde larmesfunèbres, Quelle rente payaitl'amourreligieuxQue
jevouaisaux
morts perdus dans lesténèbres Etretrouvésvivantsdans le ciel detesyeux
!Tu
eslemausoléeoùmes amours
passées Suspendentles drapeaux deleur gloire aulinceul:Chacune
t'alivré sa part dema
pensée Etmon amour
total estacquis à toiseul.Lestraits quej'adorais seprennentàrenaître.
Et toiqui lesastouspossèdestout
mon
être!43
XXXII
Sijamais, survivantaujourtrèssatisfait,
Où
laMortm'enfouit, la gueuse, souslaterre,Tu
viens à retrouvercesjaunissantsfeuillets,Ces pauvres méchants versd'un
amour
éphémère,Compare-les
aux
versmieux
travaillésdu
jour:Chaque nouveau
chanteur couvrantleur harmonie.Sinon pour leursaccords, lis-lespour leuramour, Toutdépassés qu'ils soientpar deplushautsgénies.
Daignealorsm'accorderce
mot
affectueux:« Volantencorle volmontantcViine décade,
Sa Muse
laidonnaitunfilsplusfastueux Etplusdigne d'ornerune illustrepléiade.Comme
l'arta grandides poètesdujour, Jeliseuxpour leur styleet luipour son amour.»XXXIII
BIEN
desmatinsj'aivu
la gloiredel'auroreCaresserles
sommets
desesregardsroyaux, Safaced'orbaiser lepré vert quisedore, Et, célestealchimiste,empourprerles ruisseaux;Puis,tout-à-coup,laisserleplusvildes nuages Chevaucher,
ombre
abjecte,au
cielpur de son front,Au monde abandonné
cacherson clairvisage, Et, furtive,enl'ouestenfouir cet affront.Un
matin, toutainsi,le soleildemon àme Triomphant
etsplendide illuminames
cieux;Hélas, unp heure après semouraitcette
flamme
Souslepoids étouffant d'unmasque
nébuleux.J'aimeet suissans dédain : oui,
mon
soleilsecache.Mais lesoleil
du
ciel n'estpasnon
plus sans tache.45 Shnia'sprarc.
—
S.xxxiy
Ah!
pourquoime
promettreune
bellejournée, Etme
laisser sortir sansl'abrid'unmanteau,Pour
enchemin
permettreaux brumes
acharnées D'obscurcirta clartéd'unténébreux rideau?Vois : ilnesuffît jîas quetupercesla
nue
Pour
sécherl'eaudu
ciel qui vient battre ton front:Comment
bénir lamain
surmes maux
étendueQui
guéritla douleur,mais sansguérirl'affront?Tesregretsnesauraientrefermer
ma
blessure.Tu
terepens,c'estvrai;maisje souffretoujours;Pour
qui geintsous lacroixd'une intimetorture, Leremords
du coupableestun
faiblesecours.Oui; maistespleursd'amoursont perles précieuses, Richissime rançondesheuresdouloureuses.
ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XXXV
Ne
pleureplus,Ami,
siu*tafautepassée :La
fontaine a saboueet larose asondard,Comme
le fiersoleil, la luneestéclipsée Etlechancrehideuxmord
lebourgeon
mignard.Tout
homme
estcriminel etjelesuismoi-même, De mes
comparaisonsautorisanttes torts;Je
me
corrompsàteverser ce fraisbaptême
Quiporteàles péchés confusces réconforts.Au
crime detessens,c'estmoi
quitrouveun
sens, Qui change enavocattonplusrude adversaire, Et,plaidantcontre moi,me condamne aux
dépensLa
guerreest telleentre l'amour et la colère.Qu'en cesdiscordscivils,je suispourlevoleur, L'ameret
doux
bandit qui m'apillémon
cœur.Ainsije porterai
mes
stigmates hideuxSeul, sanstonaide, aiinqueseullescoups
me
visent.Ilsont,nos
deux
amoui's,lamême
dignité, Encor queséparésdevolontés fatales Qui, sans changer enrienleuraimanteunité, Dépouillentleurbonlieur des minutesvitales.Ilnem'est pluspermis deteconnaîtreaujour,
De
peur quemon
péchénetesoitune
honte;Cesseenpublic aussi d'honorer tonamour.
Que
cethonneur
nesoitpourta gloireun
njécompte.Ne
lefaisplus: c'estmon
désir expiatoire:Toutton êtreétantmien,
mienne
estaussita gloire.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XXXVII
Un
père prendplaisir, anémié parl'âge,A
voirsonlils bondir sous lefluxdu
sang fort; Ainsi,renduhroiteuxparle Sortetsa rage, Je puise en tavigueurmon
pluscher réconfort.L'esprit et labeauté,le rangetl'opulence,
Tous
ces dons, anoblis deservirsous taloi, Siégeant, coiu-onnésd'or, aufrontdetapuissance.Jegrefi'e
mon amour
au tronc del'arbre-roi.Dès
lors,jemarche
droit,j'airang, force etrichesse Et ton sang vigoureux m'infuseune
vigueur Qui vientde tous tesbiens enrichirma
détresse Et fairesurma
nuit rayonnerta splendeur.Poui" toi, le
don suprême
estledon
quejeveux
:Mais tul'as! etje suisaufaîte de
mes vœux.
49
XXXVIII
De
touteinventionma Muse
estdispensée Tant quevivral'Amiquiverse àmon
espritLe suave
argument
desahautepensée, Inaccessibleau
vol des vulgaires écrits.Donne-toi lemercideta reconnaissance
S'ilreste de
mes
vers rien quivailleun
regard;Connaît-onle
muet
quin'ait de l'éloquenceQuand
sur luitu répands lesflots sacrésdel'art?Soisladixième Muse,
Ami,
dixfois plustendreQue
lesNeuf
d'autrefois,chèresaux
ménestrels, Etdonne
àtonpoèteaimé, pourle défendreDes embûches du Temps,
lesnombres
éternels.Si
mon humble
vers plaîtàcesjours curieux,A moi
lapeine, àtoi lelaurier glorieux!ESSAI
D UXE INTERPRETATION
XXXIX
Comment
ai-je le front de chantertavaleur Puisquetues,Ami,
lemeilleurdemoi-même?
Au
feulefeujamaisn'ajoutadechaleur Etje glanelegrain qu'àta gloire je sème.Fût-cepour cela seul,nous vivronsséparés, Etnos
deux
fleursd'amourdélaisserontleiu*tige; Alorsje tepaieraimes
éloges dorés,Légitimetributque ton mérite exige.
Absence,ô quelstourments tu
nous
ferais soufiErir, Sitonloisiramer
n'offraitla douceivresseDe
l'amourqu'on rappelle aucœur
pour lefleurir Etpourledécevoir d'unevainecai-esse;Etsitun'enseignais àdoublerl'être aimé,
Qui,bien qu'absent,paraît, parnos chantsexhumé.
Aucun
sincèreamour, cherAmour,
ne s'ajouteA mon amour
total,fleuvesans aflluent.Sipar
amour
pourmoi
tume
prendsmon
Aimée, Jenepuisteblâmerd'user demon amour;
Mais,situ te trahis,que tachairsoitblâmée
De
goûtermalgrétoicecaprice d'unjour.Ton
larcin,doux
Voleur,ma
pitiéle pardonneAu méchant
ravisseurde toutmon
pauvre avoir;Et pourtantl'Amour sait
combien
plusempoisonne
Le venin del'Amour quelaHaineau
lielnoir.Parlagrâcelascive,oùl'horreur
même
estbelle,Tue un cœur
quetaloi saitn'êtrepasrebelle.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XLI
Tous ces
mignons
péchésquecommet
lecapriceQuand
jeme
trouve absentdetoncœur
oublieux Vontbien à tonprintemps,àta beauté complice, Carla tentationsuit tespas en tous lieux.Êtresi tendre, c'estvouloir qu'onvousséduise;
Êtresibeau,c'estinviter
aux doux
assauts;—
Quellilsde
femme
fuitfemme
qui lecourtise Et,pardédain, la forceàbrûlersesvaisseaux?Hélas!ne pourrais-tu
me
laisserma
conquête Etgrondertajeunesse erranteet tabeautéDont
la fougueuse ardeurtejetteàdestempêtesOù
tudois déchirer à lafoisdeux
traités:Le sien,cartesattraits àteslèvresl'entraînent;
Le tien,cartes attraits à
me
tromper t'amènent.53
XLII
Qu'EUe
soitàtoi,Will,n'estpastoutmon
chagrin, Et pourtantjel'aimaisd'uncœur
tendreetfarouche;Mais qu'EUetepossèdeestlepire destin Etlaperted'amour qui deplusprès
me
touche.O mes
chersoffenseurs, jeveux
vous excuser!Toi,situ l'aimestant,c'estparcequejel'aime;
C'estpar
amour
aussiqu'EUe apu
m'abuserEn
telaissant l'aimerparamour
demoi-même.
Teperdre,c'est
un
gainpourmon cœur amoureux;
La
perdre,c'estun
gainpour toncœur
quis'enloue;Si je lesperdstous deux,ilssetrouventtous deux, Ettous
deux
paramour
sur cette croixme
clouent.Maisnous nefaisonsqu'un,ô flatterieextrême;
En
aimantmon Ami
c'esttoujoursmoi
qu'EUeaime.XLIII
C'est
cpiandmes yeux
sontclos qu'ilsregardentlemieux, Carilsnevoientaujour qu'objetsdontilsn'ont cure;En
leurrêveendormiste contemplentmes
yeux,Feux
obscurs transperçant de leursfeux l'ombre obscure.Toi dontle clairfantômeilluminalanuit, Quelleclartésplendide éblouirait lanue
Si tu voulais aujourmontrerton jour qui luit
Dans
l'ombreet te révèleàmes
regardssansvue!Oh
! simes
yeux,comblés detesrayons bénis.Pouvaienttevoir surgirdans lalumière vive, Toiqui,danslanuitmorte,apporte
aux yeux
ternis Le fantômeimparfaitd'unejjeautélictive!Quand
tun'y parais pas,lesjoursme
sont des nuits;Maislesnuits sont des jours
quand
tonombre
m'ysuit.55
XLIV
Si
ma
pesante chairétait toutePensée L'espace injurieux nesauraitTarrôter, Et, malgréla distance,elleseraitlancée Par son propredésir oùtuveux
habiter.En
foulant lesrochers des confinsdelaterre, Je serais prèsde toi, car d'unbond, sans effort,La
Penséeafranchilesmontagnes
altières Sitôt qu'elleaconçulebut de sonessor.De
n'êtrepas Penserlapensée assombrieMe
tueenme
rivant àmon
logis lointain,A ma
souffrantechair, de terre etd'eaupétrie, Quidoitsubirlebon
vouloirdu Temps
hautain,Sans jamaisrecevoirdeces
deux
élémentsQue
des pleurs,lourdstémoins d'un double enchaînement.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XLV
Lesautres,l'airléger, lel'eui)uriliant,
Verstoivolent toujours, où que
mon
êtrevive;L'un estPensersubtil, l'autre Désir fuyant.
Esprits omniprésents, miracles d'aile activeI
Quand
ces vifsélémentspartentdansles hauteiu's,En
mission d'amour,versl'Amiqui m'oublie,Mon
être,abandonné
desesdeuxsauveteurs.Sombre
au fonddelamort
sous samélancolie.Ilretrouvela vieen retrouvantles deux Rapides messagers queton
cœur
lui renvoie:Ilsviennentd'arriver,
me
fontleconteheureuxDe
l'heureuse santéquime
combledejoie!Joyeux enchantementqui par troppeusubsiste, Carje lelesrenvoie etredeviens tout triste...
57
XL VI
Et
mon
œil etmon cœur
sonten luttemortelle Pour partagerle cherbutin detes regards:L'œilveutau
cœur
cacherle profil qu'ilcisèle,Le
cœur
ravir àl'œill'usagedesapart.Mon cœur
prétendqu'enlui tufixas tademeure, Coffretque neforçajamaisœil déloyal;Mais l'accusésoutientque ce n'est là qu'unleurre Et qu'enluitupeigniston visageroyal.
Pourjuger ceprocès,convoquantlesPensées, Tenanciers de
mon
cœur,j'en formailejuryDont
leverdictfixa lesparts controversées Et de l'œillumineuxetdu cœur
attendri.Et
mon
œil eutpourparttaforme et lacouleur, Etmon cœur
eutrinlime amitié de toncœur.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XLVII
Une
ligueentrel'œil et lecœur
estformée, Pour échanger en paixdesbienfaits mutuels:La
vueest-elle enpleurs, d'unregardaffamée?Le
cœur
étouffe-t-iide sessoupirs cruels?Mon
œil,quiserepaitdeta faceenluipeinte,A
ce festind'azurin\'itel'amoureux;Tantôt, àsespensersd'amour,le
cœur
sans feinteDonne
àmes yeux
leur part,en hôte généreux.Soitgrâce à
mon amour
ougrâce à tapeinture, Absent,tum'esprésentàtoutehem*edu
jour:C'esten vain quetufuis,
mes
pensers tecapturent Et,gardantsesgardiens,jegardemon
amour.S'ilstombent au sommeil, l'Astrepeintde
mes
cieux Réveillepourma
joie etmon cœur
etmes
yeux.^9
XLVIII
J'aiprislesoinde mettre,enpartanten voyage,
Mes
plusmenus
bijouxsous detrès forts verroux;En un
repos tranquilleilssont,pourmon
usage, Sauvés des ravisseurspardes gardiens jaloux.Toi,prèsdequi
joyaux
nesontquebagatelles, Toi,suprême
délice etsuprême
douleur.Toi,lepluscher souci qui toujours
me
harcèle.Toi,jete laisseen proie
aux
plus abjects voleurs!Toi,pointnet'enfermai dans aucuns de
mes
coffres, Sauf enceluiqui,sans t'avoir, te tientpourtant, Letiède etdoux
coffret quema
poitrinet'offre,D'oùtusorsàtaguise,entouslieux,entous temps.
J'aipeurqu'encetécrin
même
tu ne soispris:L'Honneurfai^.Je larronpourravir
un
tel prix!ESSAI
D UNE INTERPRETATION
XLIX
Contreletemps,s'il doit venir, où
mes
défautsEn
toine trouverontqu'unsourcilleux comptable, Où, voulant arrêterladépense etle taux,Tu
les contrôlerasd'un œil impitoyable;Contreletemps, où lerayon detes clairs
yeux
A
peine saluerama
lio^ureétrangère.Où
tonamour, changée en son contraire odieux, Alléguera raisons deconvenanceamère
;Contre ce temps,je
veux
déjàme
retrancherDans
lepauvrerappeldemon
faible mérite.Etje veuxcontre
moi
dèsmaintenantmarcher Pour tegarder le droitdont tacauseprolite.Toi,pour m'ahandonner, peux invoquer les lois;
Pour t'aimer, jene puis trouver de raison,moi'.
6l Shakespeare.
—
4Je traîneen route
un cœur
pesantcomme un plomb
vilEt
quand mon
lent effortà l'aubergem'amène,Mon
gémissantrepos soupire àmon
exil :'« Loindel'Ami, chaque millefranchi t'entraîne!»
Accablé de
mon
deuil,mon
chevaldouloureuxSuccombe pesamment
sousma
lourdetristesse:Un
sympathiqueinstinctmurmure
aumalheureux
Qu'enm'éloignantdetoij'abhorrela vitesse.L'éperonque
ma
rage enfonce danssesflancsDe
son sangles rougit sans pressersonallure;Etlepauvre y répond de sourds gémissements Plus déchirantspour
moi
que pourlui sa blessure;Carcegémissementrappelleà
ma
misère Qu'enavantestma
peineetma
joieenarrièrelESSAI
D UNE INTERPRETATION
LI
Voici
comment
l'amourpeutpardonner l'offenseDe
cepaslentetlanguissant,quand
jem'envais :Gomment
fuiraugalopl'attraitdetaprésence?Qu'ai-je,enpartant,besoin deposteetderelais?
Mais,auretour,
comment
t'absoudre,ôpauvrebête,Quand
l'éclair leplusvifsemble toujourstrop lent,Quand
j'éperonne en vainles lianesdelatempête, Etme
sensimmobile en sonvolaffolant!Iln'estpointdecheval dontlacourse dépasse
La
coursedu
Désirné de l'amourparfait:Idéal,ilhennitetdévorel'espace
Par
amour
excusantma
rosseetsonméfait:« Piiisqii'en quittantl'Ami, tu
marchas
à ta guise,Garde
tonamble égal: moi,f
ai Caile des brises! »63
LII
Jeressemble àce riche,auquel saclefbénie Verselavolupté d'unsuavetrésor,
^
Suprême
bien qu'avecprudenceil sedéniePour
n'enpas émousserl'exquisaiguillon d'or.Lesl'êtes ontgardéleurgrandeursolennelle, Grâceauretourdiscretdeleurvolcoutumier, Pareilles àcesfeuxespacés quiruissellent
Dès
rubis souverainsd'un opulent collier.Le temps,qui loinde
moi
vous garde,estma
cassette Etlecoffreoùsecacheun manteau
d'apparat, Orgueilemprisonné qu'on étale etqu'onfêteEn
desjourséclatantspour endorerlYclat.Bénisois-tu,joyau dontle hautprix embrase Qui te cherche d'espoir,qui t'atrouvé d'extase!
un
DE
quel limonsubtil fùtes-vousdonc pétri,Vous
qu'escortent partout des visions sansnombre;
Tout
homme
n'aqu'uneombre
etvous,grandfavori, Quin'êtes qu'unpourtant, prêtez àtout votreombre.Que
l'onpeigneAdonis,sapeinteroyauté N'estdevostraitsroyaux
que lapâle copie; Qu'on mette aufrontd'Hélèneun
astredebeauté.Etc'estvousquerevêtlepéplos d'Olympie!
Qu'on parle
du
Printemps, del'Automnefécond, L'unn'estquele fantôme obscurde votre flamme, L'autreal'orgénéreux devotrecœur
profond, Et chaqueêtrebéninousreflètevotreàme
IVous
possédez de toute grâceune parcelle,Vous
seul avez,sousle soleil, lecœur
iidèleî65 Hhalu'fipcare.
—
4-LIV
Oh
!combien
labeauténousapparaît plus belleQuand
pour purornement
elleala vérité.Lepénétrant
parfum
quelaroserecèle Embellit ànosyeux
sa grâceetsabeauté.Sans parfum,l'églantineala
même
richesseQue
lapourpreembaumée
aucœur
plissédesroses, Etmême
feuilleetmême
fleur etmême
ivresseQuand, aux
soufflesdeJuin, sesboutonssedéclosent.Maispourseulevertu n'ayantquel'apparence.
Elle vitsans
amant
etsansrespect s'endort;Toutentièreellemeurt.Les roses,pureessence.
Font
un
exquisparfum
deleursexquisesmorts!Ainsi doitse faner larose deta vie;
Maiston vraicœur,jele distilleenpoésieI
ESSAI
D UNE INTERPRETATION
LV
Ni le
marbre
augrain dur, ni l'ordesmausoléesRoyaux
nesurvi^Tontàmes
sonnets puissants:Leslettres de ton
nom y
brillerontcouléesEn un
métalsauvédes souilluresdutemps.L'ouragan delaguerre a briséles statues, Le
brandon
del'émeuteabrîilé lescités,Mais le feuquidétruit, nile glaive qui tue Jamais n'entameront ton immortalité.
En
dépitdelamort,del'oubli,delahaine,Calme
tumarcheras,ettonnom
résistant Passera tout entieraux
mortels qui s'enchaînent Poui"mener
l'universjusqu'àlalindes temps.Oui! tute dresseras àsonappel suprême;
Maisjusque-là vivras en
un monde
quit'aime.Qui,
du
pain d'aujourd'huipleinementassouvie.Retrouvera
demain
sesaiguillons puissants.Tes grands
yeux
alouvis,doux
amour, rassasie Etclos-lessouslefaixdesfestinsendormants;Maisn'enétouffepointlatendre frénésie Souslatorpeur sanslindes assoupissements.
Que
notretristeexil soitcomme un
large fleuveQui
séparelariveoù viennent chaquejourDeux
jeunesfiancés:auréolé d'épreuve.Plus béni sourirale
moment du
retour!Notreexil estencorl'hiver
sombre
etmorose
Quidonne un
triplecharme
à lasaisondesroses.ESSAI
D UNE INTERPRETATION
LVII
Qu'ai-jeautrechose à faire,
humble
etsoumis esclave, Qu'àguetterle capriceailédevos désirs?Levaisseau de
mes
jours sansvous u'estqu'uneépave Etmon
serviceestvains'iln'estvotrejjlaisii'.Etjen'osegronderlesheuresmortifères Silentes àvous rendre àmoi,
mon
souverain;Ni trouver l'absence acre à
mes
lèvres amèresQuand
vousabandonnez
leserfà son chagrin.Etjen'osedarder aubutde vos voyages Le doute empoisonné de
mon
souci jaloux;Jenepense,ligedans
mon
triste servage, Qu'àcebonheur
lointainqui chevaucheavec vous.L'amourestfou:le
mien
àcepointvousrévère Qu'en vosactesobscursilnevoitquekunière.<^0
LVIII
Il
me
défend,le dieu quime
fitvotrelige,De
peserenespritletemps devosloisirs,De demander
raison desheuresqui m'affligent, Moi,levassalsoumisà votrebon
plaisir.Sur
un
signedevous, puissé-jeenpatience, Moi, leféalcaptifdevotreliberté.Souffrir,apprivoisé,laprisondel'absence Sanstrouver
un
griefcontre votrebonté!Suivezdoncvotre
humeur
d'aprèsleprivilègeQue
vousdonne
lacharteoù
vousêtesabsousDe
toutcequi vousplaît:assez ilvousprotègePour
vous pardonnermôme un
crimecontre vous.Jedois attendre, alors qu'attendreest
un
enfer.Sansvousblâmer deces plaisirs,bons oupervers.
LIX
S'il
n'estrien de nouveau,si toutestrenaissance,Nos
cerveaux entravail,dupésetcondamnés.Portent,
comme un
fruitmort
conçu danslasouffrance, L'illusoirefardeau d'un enfant déjàné.Que
jevoudrais voirenl'histoireauclairmirageQui
réfléchitlecoursdecentlustrespassés.Tous
lesanciensportraits oùvécut votre image Depuisl'âgeoùl'esprit ensignes s'esttracé!Lors,jepourrais savoir
comment
lalyreantique Chantalemerveilleux accord devotreface;Si nous
sommes
lesrois,silesAnciens abdiquent,Ou
si letemps enmarche
alaissél'homme
en place.Maisà des dieux
moins beaux
lesharpesenallées Égrenaientletribut deleursstrophesailées!71
LX
Lesflotss'en vont mourir
aux
rives caillouteuses;Nos
minutes,comme
eux, se hâtent versleurfin :L'une glisseaprèsl'autre ensacourseonduleuse
-
Charge de combattantsqui roule à sondestin!L'homme émerge
en cemonde,
océan delumière,Rampe
au midi doré quicouronne sonfront.Combat
lecroissantnoir d'éclipsés meurtrières EtleTemps
quidonna
ruine toussesdons!Ilsaitférir le cimierd'orde lajeunesse, Creuseraufront
du Beau
parallèlesde mort.Serepaîtreenpillarddes suprêmesrichesses:
Rien ne résisteauferdesafaulx sansremords.