ENVIRONNEMENT ET FAUNE QUEBEC
PROJET
Plan de gestion de l'ours noir au Québec 1998 - 2002
PLAN DE LA ZONE 10
par : François Goudreault
Québec
o
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Plan de gestion de l'ours noir
1
j
. CARACTERISTIQUES GENERALES DE LA ZONE
HABITAT
1 1 Agricole et urbain WËÊÊk Forestier V//ft Habitat de l'ours
uarte i
La zone 10 couvre une superficie totale de 23 061 km2, mais l'habitat potentiel, à l'exception de la réserve faunique de Papineau-Labelle, du parc de la Gatineau, de la réserve indienne de Maniwaki et du territoire non forestier, n'excède pas 17 179 km2 (carte 1). Ce chiffre constitue la superficie de référence pour le calcul des densités d'ours de la zone.
Les.résidents de la zone se répartissent le long de trois principales vallées: celles de la rivière des Outaouais, de la rivière Gatineau et de la rivière du Lièvre. La région de l'Outaouais, avec 314 500 habitants, représente environ 4 % de la population québécoise. L'économie outaouaise est fortement concentrée dans le secteur tertiaire, responsable de 84% des emplois de la région. Le secteur manufacturier est peu présent avec seulement 12 000 emplois dont 70% se retrouvent dans les industries du bois et du papier.
La villégiature amène de plus en plus de citadins en contact avec le milieu forestier et du même coup, avec l'habitat de l'ours. Les risques d'interactions avec les ours augmentent et cette cohabitation se fait souvent au détriment de l'animal.
La zone 10 est largement dominée par les domaines écologiques de «L'érablière à tilleul et érabliére à bouleau jaune», où les chênaies sur stations xériques sont assez fréquentes, et par «L'érablière à bouleau jaune», où la chênaie cède progressivement le pas à la hêtraie en progressant vers le nord.
La récolte de matière ligneuse et les épidémies d'insectes constituent les principaux facteurs de perturbation de la forêt. Les coupes de bois avec protection de la régénération dans les sapinières et les pessières ainsi que les coupes jardinatoires dans les peuplements feuillus et les pinèdes sont de plus en plus courantes.
Les dégâts infligés à la forêt par les feux sont presque inexistants. Cependant, les épidémies causées par la Tordeuse des bourgeons de l'épinette ont fait dans les années 1970 d'énormes ravages et les conditions favorables à une autre épidémie sont actuellement réunies. De plus, des tornades provoquent parfois localement des chablis importants. Les perturbations naturelles et d'origine anthropiques favorisent généralement la création d'un habitat favorable pour l'ours. On notera cependant, que le maintien des chênaies et des hêtraies ajoute à la qualité de l'habitat de l'ours. •
L'agriculture n'occupe qu'une faible portion de la zone. On la retrouve surtout le long des rivières des Outaouais , Gatineau et du Lièvre. Dans la plupart des cas, la forêt enclavée dans le milieu agricole n'est jamais bien loin de la grande forêt, qui constitue le véritable habitat de l'ours noir.
2. AFFECTATION TERRITORIALE
Mont-Laurier
AFFECTATION DU TERRITOIRE
Hull
H Z ] TERRE PUBLIQUE É ^ 2 TERRAIN PRIVÉ [ IPOURVOIRIE
PARC ET RÉSERVE
Un peu plus de la moitié (55 %) du territoire de la zone 10 est de tenure publique (carte 2). On y retrouve la réserve faunique de Papineau-Labelle (1 628 km2 ), le parc de la Gatineau (356 km2), 8 réserves écologiques (35 km2) et un centre forestier (20 km2). À cela viennent s'ajouter quatre zees (Bras-Coupé-Désert, Pontiac, Rapides-des-Joachims, St-Patrice) totalisant 4 724 km2. De plus, neuf pourvoiries avec droits exclusifs occupent 172 km2, soit moins de 1 % de la superficie totale.
Par ailleurs, sur le domaine privé, on retrouve une réserve de Chasse et de Pêche (Petite-Nation) occupant 270 km2. Sur ce territoire situé dans l'est de la zone, l'ours n'est pas chassé actuellement.
Sur les terres publiques, 176 terrains de piégeage enregistrés (TPE) sont répartis sur 8 444 km2 (carte 3). C'est principalement sur ce territoire que les pourvoyeurs sans droits exclusifs (18) exercent leurs activités, sans compter tous les autres chasseurs résidents qui fréquentent ce territoire public.
Mont-Laurier
PIÉGEAGE
Hull
Réserve à castors EHH Terrain de piégeage I I Zone libre et pourvoirie j . H H . ^ Parc et autres
territoires protégés
3. LA RÉGLEMENTATION ET LES USAGERS
Parmi les changements qui ont fait date dans la réglementation concernant l'ours noir, notons l'enregistrement obligatoire pour les chasseurs (1974), un permis de chasse spécifique pour l'ours noir (1979), l'obligation pour les non-résidents de chasser dans une zec ou une réserve faunique ou d'utiliser les services d'un pourvoyeur (1990), l'inscription de l'ours noir à l'annexe II de CITES (1992) et finalement l'abolition de la saison de chasse automnale et l'imposition d'un quota d'un ours par piégeur à l'automne 1996 dans la zone 10. D'autres modifications sont aussi à souligner.
De 1985 à 1996, la saison de chasse à l'ours au printemps n'a connu aucune variation. La saison est demeurée constante à 65 jours, soit du 1er mai au 4 juillet. Par ailleurs, la saison automnale de chasse à l'ours a varié de 45 à 65 jours entre 1985 et 1995. La date d'ouverture la plus hâtive enregistrée durant cette période fut le 15 septembre et la date de fermeture la plus tardive, le 24 novembre. En 1996, seule la saison de chasse printanière était permise. La limite de capture a toujours été d'un ours par saison.
En 1988, on introduisit dans la réserve faunique de Papineau-Labelle une chasse contingentée à l'ours au printemps d'une durée de 32 jours avec une limite de prise d'un ours par groupe. De 1989 à 1991 la limite fut portée à un ours par chasseur et depuis 1992 elle est fixée à deux ours par groupe de deux chasseurs.
De 1985 à 1987, la saison printanière de piégeage était de 46 jours (1er mai au 15 juin). À partir de 1988 jusqu'à 1995 , la saison fut prolongée jusqu'au 4 juillet. Puis en 1996, elle fut réduite à 14 jours,
soit du 2 au 16 juin. À l'automne, la saison de piégeage a toujours été à date fixe (1er octobre au 15 novembre) sauf en 1996, où la date de fermeture a été devancée au 1er novembre. Quant à la saison de piégeage dans la réserve faunique de Papineau-Labelle, elle a été instaurée en 1988, soit du 25 octobre au 15 novembre.
Jusqu'en 1995, les piégeurs n'étaient soumis à aucune limite de capture dans la zone 10. En 1996, la limite fut fixée à un ours par piégeur durant la saison automnale alors qu'elle sera de deux ours durant la saison printanière à compter du printemps 1997.
Quant à la chasse avec chiens, elle fut permise dans la zone à partir de 1989 sauf dans les zees. Durant deux ans, elle fut autorisée à l'automne seulement et à partir de 1991, on y ajouta une saison de printemps s'étalant du 1er au 15 mai. On notera que le nombre maximum de chiens de chasse autorisé par chasseur ou par groupe de chasseurs a toujours été de cinq bêtes.
De 1984 à 1994, on estime, qu'en moyenne 2 610 chasseurs résidents et 1240 non-résidents ont fréquenté la zone 10 annuellement. Toutefois, le succès de chasse de ces derniers est nettement supérieur. On attribue le succès des non-résidents au fait qu'ils ont l'obligation d'utiliser les services d'un pourvoyeur s'ils chassent sur le territoire libre. Par ailleurs, les chasseurs résidents exercent surtout leur activité à l'automne. Le fait que la majorité de la récolte automnale (53 %) ait été prélevée durant les saisons de chasse au cerf et à l'orignal illustre le caractère opportuniste de l'activité de chasse à l'ours et explique du même coup le succès plus faible des chasseurs résidents.
L'absence d'enquête socio-économique auprès des chasseurs résidents de la zone 10 ne nous permet pas d'évaluer les retombées économiques qu'engendre leur activité. Cependant, une enquête régionale réalisée auprès de la clientèle des pourvoyeurs montre que celle-ci est composée à 97 % de chasseurs américains. Les dépenses effectuées par les non-résidents totalisent en moyenne 1250 $ par chasseur.
Par ailleurs, la chasse avec chiens courants dans la zone 10 est considérée comme une activité très marginale, sinon inexistante.
Quant aux trappeurs, ils sont environ 700 à exercer le piégeage dans la zone 10, mais seuls quelques- uns piègent l'ours et en font la capture. L'absence de permis spécifique de piégeage à l'ours nous empêche de connaître précisément la pression exercée; cependant, en 1995, on rapporte que 40 piégeurs ont vendu la peau d'au moins un ours, mais ils étaient seulement 12 en 1991 et 5 en 1988.
4. LA RECOLTE
4 1 Évolution de la récolte avant et après 1984
Avant 1979, la récolte enregistrée par la chasse et le piégeage ne dépassait pas 200 ours par année.
S'agissait-il de faibles prélèvements ou de faibles taux d'enregistrement? Nul ne peut l'affirmer avec certitude. De 1979 à 1983, la récolte annuelle moyenne s'élevait à 321 bêtes. Il y a eu par la suite augmentation de la récolte jusqu'en 1988 suivie d'un plafonnement jusqu'en 1994 (figure 1). En 1995, la récolte a culminé à 1150 ours enregistrés sans compter les autres causes de mortalité.
Mont-Laurier
RECOLTE
Hull
OURS/10 km2
CZ3
Nulle
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>0,1 et« 0,2
> 0,2 et « 0,3
>0,3
Carte 4
De 1984 à 1993, le prélèvement moyen des ours piégés ( x= 17) ne constituait pas plus de 8 % de la récolte totale. Depuis 1994, la récolte des piégeurs s'est accrue rapidement pour atteindre un sommet à 192 bêtes en 1995. Parmi les 78 piégeurs qui ont connu du succès entre 1993 et 1995, 67 (86 %) ont pris 3 ours ou moins. Seulement 4 piégeurs ont capturé 10 ours et plus, dont 2 ont récolté plus de 40 chacun.
Figure 1. Evolution de la récolte d'ours noirs de 1984 à 1995 par la chasse et le piégeage pour la zone de chasse 10.
Figure 2. Récotte ( f m i s noirs à la chasse par les résidents et les non- résidents de 1984 à 1995 pour la zone de chasse 10.
RèsmerU Norwésiderts
To!» /
De par sa situation géographique, la zone 10 accueille chaque année un grand nombre de chasseurs non-résidents. Depuis 1984, 52 % de la récolte des ours est le fait des chasseurs non-résidents alors que ces derniers ne représentent que 32 % des chasseurs (figure 2). Toutefois, il ne faut pas en conclure qu'ils sont aussi nombreux que les chasseurs résidents. Selon les statistiques provinciales, ils ont tout simplement un meilleur succès de chasse parce qu'un grand nombre d'entre eux utilisent les services de pourvoyeurs durant la saison de chasse printanière.
4.2 Mortalité par accidents routiers et pour fins de contrôle De 1984 à 1994, la moyenne annuelle des ours
tués par accidents routiers ou pour des fins de contrôle était de 7,5. En 1995, ces deux causes de mortalité ont totalisé 86 ours (figure 3), montrant ainsi que les ours se sont plus que jamais auparavant rapprochés des milieux agro-forestiers et même urbains, possiblement en raison d'une pénurie de petits fruits causée par une saison estivale particulièrement chaude et sèche. Ne trouvant pas dans leur milieu naturel la nourriture suffisante, les ours se sont aventurés dans le milieu agricole et urbain devenant ainsi plus vulnérables.
Figure 3. Évolution des mortalités d'ours noirs par les accidents routiers et le contrôle de 1984 à 1995 pour la zone de chasse 10.
4.3 Récolte printanière
Figure 4. Évolution de la récolte prtntannlère d'ours noirs par la chasse et le
plégeage de 1984 à 1995 pour la zone de chasse 10. Deux saisons de chasse étaient offertes aux
chasseurs jusqu'en 1995: l'une printanière, l'autre automnale. En général, la saison printanière permet le plus grand nombre de prises, autant par les chasseurs que par les piégeurs. De 1984 à 1990, la récolte printanière a progressé presque continuellement (figure 4).
Depuis, elle a connu des fluctuations en dents de scie, oscillant autour de 370 bêtes.
Entre 1984 et 1995, les non-résidents ont abattu en moyenne 3,4 fois plus d'ours que les chasseurs résidents durant la saison de chasse printanière. En effet, durant cet intervalle, le nombre moyen d'Ours enregistrés par les non-résidents était de 235 comparativement à 70 pour les résidents.
4.4 Récolte automnale
Figure 5. Évolution de la récolte automnale d'ours noirs par la chassa et le
piégeage de 1984 à 1995 pour la zone de chasse 10. À l'automne, la situation s'inverse et les
résidents tuent en moyenne 6 fois plus d'ours (184) que les non-résidents. Entre 1984 et 1994, la récolte effectuée par les chasseurs et les piégeurs pendant la saison automnale est demeurée relativement stable ( x =187). En 1995, la récolte a soudainement grimpé à 622 ours.
Les piégeurs d'ours sont peu actifs à l'automne. De 1984 à 1994, leur récolte n'a pas été supérieure à 10 ours. Cependant, en 1995, elle totalisait 89 bêtes Les chasseurs ont également profité d'une situation inhabituelle en 1995: ils ont récolté 533 ours au lieu des 187 qu'ils avaient l'habitude d'abattre (figure 5).
À l'automne, la majorité des ours sont prélevés durant les saisons de chasse à l'orignal et au cerf (53 %). Neut été de la saison 1995, ce pourcentage aurait été de 64 % depuis 1984. Donc, plus de la moitié des ours sont abattus dans un intervalle de 25 jours, alors que la saison s'étend sur une période de 65 jours.
4 5 Répartition de la récolte en fonction de l'affectation territoriale
La distribution de la récolte ne s'effectue pas uniformément selon que les ours sont prélevés à l'automne ou au printemps. Au printemps, entre 1993 et 1995, c'est surtout dans l'ouest de la zone que les ours sont tués à la chasse , majoritairement par l'entremise des pourvoyeurs, et au moyen de pièges (0,28 ours/10 km2) comparativement à 0,13 ours/10 km2 dans l'est de la zone. À l'inverse, l'intensité du prélèvement est plus fort dans l'est que dans l'ouest durant la saison automnale (0,24 vs 0,18 ours/10 km2).
Tableau 1. Répartition de la récolte par la chasse et le piégeage (moyenne 1992-1994) d'ours dans la zone 10.
AFFECTATION
Réserve Zees
Pourvoi ries à droits exclusifs Non structuré pour la chasse Parcs et autres territoires structurés
Total
SUPERFICIE (HABITAT DE L'OURS KM2)
1524 4271 156 12881
353 19185
RÉCOLTE MOYENNE
Chasse
17 117
6 3991
S/0 539
Piégeage 1 15
0 22
S/O 38
Total 18 127
6 421
S/0 577
RÉCOLTE/
10 KM2 1
0,12 0,30 0,38 0,33
S/O 0,30 1- Comprend 230 ours récoltés par les pourvoyeurs sans droits exclusifs
Figure 6. Répartition de la récolte d'ours noirs en fonction des territoires dans la zone de chasse 10.
Répartition du territoire Répartition de la récolte
Par rapport à l'affectation territoriale, la récolte n'est pas uniformément distribuée (tableaux 1 et 2). Si l'on considère les années représentatives (1992-1994) la réserve faunique de Papineau-Labelle est sous-exploitée par la chasse, tandis que le territoire non structuré est sur-utilisé (figure 6). Quant au piégeage, 55 % des ours sont prélevés sur les TPE alors que ceux-ci occupent 41 % de la zone (figure 7).
Tableau 2. Récolte d'ours par le piégeage (moyenne 1992-1994) dans la zone 10 TERRITOIRE
(selon la zone de piégeage) Parcs et autres territoires protégés Terrains de piégeage
Réserve à castor Pourvoiries1
Non structuré pour le piégeage
Total
SUPERFICIE (Habitat de l'ours km2)
353 7952
S/O 100 10780
19185
RECOLTE MOYENNE
S/0 21 S/0
1 16
38
RECOLTE/10 KM2
S/O 0,026
S/O 0,100 0,001
0,020 1- A l'extérieur des terrains de piégeage.
Figure 7. Répartition de la récolte d'ours noirs par le piégeage en fonction des territoires dans la zone de chasse 10.
Non structuré pour le piégeage
55,0% ^
Répartition du territoire
Rires et autres territoires
protégés 2 0 A
IL ^ ^ • ^
\
1 1
• F
/Terrains de / piégeage / 41,5%
Pourvoiries à droits exclusifs
0,5%
Répartition de la récolte
Non structuré ^ ^ ^ M i \ , pour le , ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ . Piégeage ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ » v
m w ^^ f S
Raurvoiries à ^ ^S s 8 8 a^B S ! S B^ "
droits exclusifs 2,6%
\
\
y
\ ' ins dejeage 3%
10
L'intensité du prélèvement par la chasse et le piégeage dans les quatre zees de la zone (0,30 ours/10 km2) n'est pas très différente de celle effectuée sur le territoire non structuré (0,33 ours/10 km2).
Au cours des 11 dernières années (1985-1995), la zone 10 a été la plus intensément exploitée de toutes les zones de chasse du Québec avec un prélèvement moyen de 0,35 ours/10 km2 en comparaison de 0,13 ours/10 km2 pour les zones de chasse des parties sud et centre du Québec. Cette situation s'est traduite par une récolte dont l'âge moyen est pour les mâles est de 7,0 ans et de 8,3 ans pour les femelles adultes et par un rapport des sexes favorisant légèrement les mâles adultes (1,23 mâle/femelle).
Dans la prochaine section, nous examinerons de quelle façon l'exploitation a pu influencer le niveau de la population d'ours.
5. ÉVALUATION DE LA POPULATION D'OURS ET DU POTENTIEL DE RÉCOLTE DE LA ZONE
On a évalué l'effet de la chasse et du piégeage sur la population d'ours en utilisant un modèle de simulation de population sur ordinateur. Les paramètres biologiques incorporés au modèle provenaient de travaux de recherche effectués dans l'Outaouais entre 1992 et 1994 et ailleurs au Québec et ainsi qu'en Ontario.
En 1994, une étude a permis d'évaluer la densité à 1,1 ours/10 km2 sur un territoire de 560 km2 situé dans l'ouest de la zone 10. En incluant dans un modèle théorique la récolte annuelle effectuée sur ce territoire de 1985 à 1994, on a pu estimer que la densité d'ours sur ce territoire était de 2,1 ours/10 km2 en 1985. On a donc émis l'hypothèse que c'est cette densité qui prévalait dans toute la zone 10 en 1985.
Figure 8. Denstt probable d'ours noirs dans la zone de chasse 10 en fonction do la
récolte enregistrée depuis IMS. Partant d'une densité de 2,1 ours/10 km2 et en
incluant, cette fois, la récolte totale de la zone, on a constaté qu'entre 1985 et 1994, la population aurait chuté en moyenne de 2,9 % par année pour atteindre, en 1994, une densité de 1,6 ours/10 km2. Puis, en 1995, une mortalité excessive a entraîné la population d'ours à son niveau le plus bas, soit 1,1 ours/10 km2 (figure 8).
11
6. OBJECTIFS ET MODALITÉ DE GESTION 6.1 Objectifs et orientations au niveau national
Le bilan de la situation provinciale démontre qu'il est temps de mettre à jour les modalités de gestion de l'ours noir au Québec. Les populations sont fortement exploitées, sinon légèrement surexploitées dans la plupart des zones du sud et du centre du Québec. Certaines modalités de gestion doivent être revues pour les adapter au contexte moderne.
Le MEF, sur l'avis du Groupe faune national a retenu quatre objectifs et propose 13 orientations pour rationaliser la gestion de l'ours noir au Québec.
Les objectifs sont :
• Maintenir la distribution présente des populations d'ours noirs et leur abondance actuelle dans toutes les zones.
• Ajuster le niveau de prélèvement au potentiel dans chacune des zones.
• Répartir, de façon équitable, la ressource entre les usagers.
• Ajuster l'exploitation pour la rendre conforme aux valeurs sociales modernes.
Les orientations qui sont proposées à la consultation sont les suivantes :
LES DEUX PREMIÈRES ORIENTATIONS SONT D'ORDRE GÉNÉRAL :
Orientation n° 1 : Maintien du double statut
L'ours garderait le double statut de gros gibier et d'animal à fourrure mais les réglementations seraient harmonisées (ex. : enregistrement, pénalités, etc.) pour assurer un meilleur suivi et un traitement équitable pour tous les utilisateurs. L'ours noir pourrait donc continuer à être chassé ou piégé. Cela signifie également le statu quo en ce qui concerne les modalités de piégeage spécifiques aux réserves à castor.
Orientation n° 2 : Interdiction du commerce des parties
Dorénavant, la possession et la vente de vésicules biliaires et d'os péniens d'ours seraient interdites. Le commerce ne serait autorisé que pour la peau, le crâne, les dents et les griffes. La vente de viande d'ours serait également prohibée. Le Québec s'inscrirait ainsi dans le courant mondial visant la protection des populations d'ours victimes du commerce abusif de certaines parties.
12
L E S ORIENTATIONS SUIVANTES VISENT LA DIMINUTION DE LA RÉCOLTE ET UN MEILLEUR PARTAGE DE LA RESSOURCE :
Orientation n° 3 : Instauration d'un quota aux piégeurs
Une limite annuelle de capture de deux ours serait instaurée pour les piégeurs, comparativement à aucune limite actuellement. De plus, sur les terrains de piegeage situés à l'intérieur de territoires structurés (réserves fauniques, zees, pourvûmes avec droits exclusifs) la limite annuelle pourrait être différente. Elle serait alors fixée en fonction de la superficie et du potentiel du terrain, sous réserve d'une entente entre le Ministère et les intervenants intéressés.
Cependant, dans les cas d'ours déprédateurs abattus à la demande expresse d'agents de la conservation de la faune, les ours ainsi capturés ne seraient pas comptabilisés dans cette limite annuelle de capture.
Orientation n° 4 : Diminution du quota des chasseurs
Pour les chasseurs, la limite annuelle de capture passerait de deux à un ours.
Orientation n° 5 : Modifications à la saison d'automne
La saison de chasse d'automne serait abolie dans les zones des blocs sud et centre et, au besoin, dans certaines zones du bloc nord. La saison de piegeage serait maintenue à l'automne et débuterait en même temps que la saison de piegeage des animaux à fourrure terrestres.
Orientation n° 6 : Harmonisation de la saison de printemps •
La saison du printemps serait la même pour la chasse et le piegeage. Elle serait d'une longueur maximale de six (6) semaines, se terminant au plus tard à la fin de juin, avec le congé de la Saint-Jean-Baptiste.
Orientation n° 7 : Raccourcissement possible des saisons
Si nécessaire, une diminution supplémentaire de la récolte pourrait être obtenue par le biais du raccourcissement des saisons. Celles-ci pourraient même être annulées si la situation le justifiait.
Orientation n° 8 : Encadrement des non-résidents
Tous les non-résidents devraient obligatoirement utiliser des services d'encadrement offerts par les pourvoyeurs, les réserves ou les zees. Les modalités demeurent à définir.
L E S ORIENTATIONS SUIVANTES VISENT UN CADRE D'ACTION PLUS RESPECTUEUX DE LA RESSOURCE :
13
Orientation n° 9 : Interdiction de la chasse avec chiens
II ne serait plus permis de chasser l'ours avec des chiens. L'utilisation de cette méthode est contestée sur le plan social, entre autres à cause de sa trop grande efficacité et du harcèlement subi par l'ours.
Orientation n° 10 : Interdiction de l'utilisation du collet à cou
II ne serait plus permis de piéger l'ours avec le collet à cou. L'utilisation de cette méthode entraîne souvent le gaspillage de la viande et de la fourrure de l'animal.
Orientation n° 11 : Campagne de sensibilisation
Une campagne de sensibilisation à l'intention des usagers serait menée par le Ministère en collaboration avec les partenaires. Cette campagne porterait sur la situation de l'ours, la préservation des femelles suitées et l'utilisation d'appâts biodégradables.
LES ORIENTATIONS SUIVANTES VISENT L'AMÉLIORATION DU SUIVI ET LA CONSOLIDATION DES CONNAISSANCES :
Orientation n° 12 : Permis spécifique de piégeage
Un permis de piégeage spécifique pour l'ours serait créé.
Orientation n° 13 : Permis de zone
Les permis de chasse et de piégeage de l'ours deviendraient spécifiques à une zone.
Ces orientations nationales, si elles sont retenues à la suite de la consultation, s'appliqueraient partout au Québec.
Cependant, si la situation particulière de l'ours noir dans une ou plusieurs zones de chasse l'exigeait, des modalités plus restrictives pourraient y être mises en application localement.
La mise en oeuvre de ces mesures constituera un virage important dans la gestion de l'ours au Québec.
La nouvelle réglementation entrerait en vigueur au printemps 1998.
6.2 La zone
L'année 1995 (carte 5) a permis d'atteindre un niveau de récolte sans précédent: plus du double de la meilleure récolte enregistrée avant cette date. Ce prélèvement a eu pour effet de diminuer de façon importante la densité qui avait déjà commencé à fléchir depuis 1987. Dès le début des années 1990, cette situation préoccupait déjà le MEF et la Fédération des Pourvoyeurs du Québec et une étude de trois ans sur la dynamique des populations d'ours noirs fUt d'ailleurs entreprise dans l'Outaouais afin d'assurer la pérennité de la ressource, qui a atteint son plus bas niveau en 1996.
14
REPARTITION DE LA RÉCOLTE 1995
1i
1
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y^^m. tfS '—^^P^BfeNj^^^Mont-Laurier
Hull
RÉCOLTE
OURS/10 km2
I I Nulle I I > 0 et < 0,1 i '--'-I > 0,1 et «; 0,2
H I > 0,2 et < 0,3
^M >0,3
Figure 9. Projection du niveau de récolle à respecter afin de maintenir la
population d'ours noirs dans la zone de chasse 10. L1 objectif du plan de gestion est de rétablir la
densité de population prévalant avant la récolte excessive de 1995. Pour atteindre cet objectif (1,6 ours/10 km2), on doit mettre en oeuvre des mesures de redressement qui permettront à la population d'ours de s'accroître au rythme annuel de 7,5 % durant cinq ans tout en tenant compte d'un mauvais recrutement anticipé pour 1996. La récolte annuelle moyenne permissible durant cette période ne devrait pas excéder 171 ours, ce qui représente une diminution de 268 ours par rapport à la récolte moyenne de 1992 à 1994, l'année 1995 n'étant pas représentative (figure 9). Par la suite, la récolte annuelle pourrait être augmentée progressivement.
Une telle réduction du prélèvement doit s'opérer en diminuant la période annuelle de chasse, en permettant l'abattage d'un ours par permis de chasse, et en établissant une limite de capture pour les trappeurs. La proposition du MEF est donc de permettre seulement une saison de chasse printanière d'une durée de 30 jours, débutant le premier samedi du mois de mai. Quant aux trappeurs, ils seront limités à deux ours par année dans le réseau non-structuré, mais ce nombre pourrait être différent sur les TPE situés dans les zees et les réserves fauniques. Ils pourront indifféremment piéger pendant la saison printanière, qui est identique à la saison de chasse, ou pendant la saison automnale de piégeage (25 octobre au 15 novembre).
Puisque la zone est soumise à un plan de redressement de la population d'ours, l'atteinte de l'objectif de densité de la population est liée au respect d'un plafond de récolte fixé à 171 ours. Advenant que
15
l'objectif de récolte ne puisse être atteint, à plus ou moins 10 %, l'emplacement et la longueur de la saison de chasse pourront être modifiés en conséquence.
Fig. 10 Distribution de la récolte printanière d'ours par la chasse dans la zone 10 (moyenne de 1994-1996).
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JOURS
La figure 10 nous renseigne sur la fréquence des prélèvements effectués durant la saison de chasse printanière. On y remarque que la moitié des prélèvements sont effectués durant les 37 premiers jours à partir du 1er mai. Nous estimons que l'objectif de récolte de 171 ours devrait être atteint avec une saison de 30 jours à partir du 1er samedi de mai.
Puisque la récolte peut varier en fonction de la pression de chasse (jours-chasseurs/km2) et que l'effort de chasse (jours-chasseurs/capture) ainsi que l'effort d'observation (jours-chasseurs/ours vu) fournissent généralement un bon indice des fluctuations du niveau de population, un suivi annuel de ces paramètres est indispensable. Pour obtenir ces informations cruciales, l'implantation d'un permis de zone nous apparaît l'outil à privilégier pour rejoindre notre clientèle qui est la source de ces informations. Celles-ci devenant disponibles, le tableau 3 devrait guider les gestionnaires dans la prise des décisions assurant l'atteinte des objectifs du plan de gestion .
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Tableau 3: Grille de décision en fonction de l'objectif de récolte (± 10 %) et de l'évolution de la tendance de la population mesurée par l'effort de chasse et l'effort d'observation et la pression de chasse .
TENDANCE DE
LA POPULATION INFERIEURE SUPERIEURE
POPULATION À LA HAUSSE
POPULATION STABLE
POPULATION À LA BAISSE
MAINTIEN DE LA LONGUEUR DE SAISON DE CHASSE.
LA
MAINTIEN DE LA LIMITE DE CAPTURE POUR PIÉGEAGE
RACCOURCISSEMENT RETARDEMENT L'OUVERTURE DE SAISON DE CHASSE.
RÉDUCTION DE
LE
ET DE LA
LA LIMITE DE CAPTURE DES PIÉGEURS
INTERDICTION CHASSE
INTERDICTION PIÉGEAGE
DE
DE
MAINTIEN DE LA LONGUEUR DE LA SAISON DE CHASSE.
MAINTIEN DE LA LIMITE DE CAPTURE POUR LE PIÉGEAGE
RACCOURCISSEMENT ET RETARDEMENT DE L'OUVERTURE DE LA SAISON DE CHASSE.
MAINTIEN DE LA LIMITE DE CAPTURE DES PIÉGEURS.
RACCOURCISSEMENT DE LA SAISON DE CHASSE ET
MAINTIEN DE LA LIMITE DE CAPTURE POUR LES PIÉGEURS.
ALLONGEMENT ET RETARDEMENT DE L'OUVERTURE DE LA SAISON DE CHASSE.
MAINTIEN DE LA LIMITE DE CAPTURE POUR LES PIÉGEURS.
RACCOURCISSEMENT ET RETARDEMENT DE L'OUVERTURE DE LA SAISON DE CHASSE.
MAINTIEN DE LA LIMITE DE CAPTURE POUR LES PIÉGEURS.
RACCOURCISSEMENT DE LA SAISON DE CHASSE ET
RÉDUCTION DE LA LIMITE DE CAPTURE POUR LES PIÉGEURS.
6.2 Réserve faunique de Papineau-Labelle
Au milieu de la décennie de 1980, on a estimé la population d'ours noir de la réserve faunique de Papineau-Labelle à 5,0 ours/ 10 km2. Considérant les caractériques de cette population, nous avons fixé le niveau de prélèvement annuel maximal à 57 ours.
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Tableau 4: Tableau récapitulatif zone10
HORS RÉSERVE1
PERMIS DE ZONE Objectif de population à l'an 5 du plan: densité 1,60 ours/10 km2
Récolte maximale :
CHASSE
densité 0,10 ours/
2728 ours
10 km2 171 ours
PIÉGEAGE Durée de la saison: 30 jours
Ouverture : 1er samedi de mai
Printemps : Durée de la saison : 30 jours, ouverture le premier samedi de mai
Automne : Du 25 octobre au 25 novembre
Limite de capture/chasseur = 1 Limite de capture/piégeur = 2/année dans les territoires non structurés.
Sur les TPE situés en territoires structurés la limite de capture/piégeur pourrait être différente et fixée par entente entre le MEF et les intervenants concernés.
RÉSERVE FAUNIQUE DE PAPINEAU-LABELLE
Récolte maximale: densité 0,375/10 km2 57 ours
CHASSE PIEGEAGE
Durée de la saison: 30 jours Durée de la saison automnale: 21 jours
Ouverture: 3e samedi de mai Date : 25 octobre au 15 novembre
Limite de capture/chasseur= 1 La limite de capture/piégeur pourrait être différente et fixée par entente avec le MEF et les intervenants concernés.
Projet de plan de gestion de l'ours noir 1998-2002 et processus de consultation
Le projet de plan de gestion de l'ours noir 1998-2002 est soumis à la consultation publique par le ministère de l'Environnement et de la Faune, par l'entremise du Groupe faune national et des Groupes faune régionaux, groupes qui conseillent le ministre en matière faunique.
Dans chacune des régions intéressées, le Groupe faune régional tiendra, au cours du mois d'avril 1997, une ou des assemblées publiques d'information et de discussion sur les objectifs et modalités proposés au projet de plan de gestion de l'ours noir pour l'ensemble du Québec ainsi que pour chacune des zones de chasse.
Renseignements généraux
Pour obtenir le document de consultation sur le projet de plan de gestion de l'ours noir 1998-2002 ou pour des renseignements généraux sur le projet ou la consultation,
s'adresser à :
l'une ou l'autre des directions régionales du ministère de l'Environnement et de la Faune partout au Québec ou à :
Québec: (418) 643-3127 o u i 800 561-1616
ou par courrier électronique: [email protected]
Zone de chasse 10
Pour obtenir de l'information concernant la zone de chasse 10, s'adresser à la direction régionale visée :
Direction régionale de l'Outaouais Ministère de l'Environnement et de la Faune
98, rue Lois Hull (Québec) J8Y 3R7
(813) 771-4840
Pour soumettre un avis ou un commentaire écrit, s'adresser à la direction régionale visée ou à Direction générale du patrimoine faunique et naturel
Ministère de l'Environnement et de la Faune 150, boul. René-Lévesque Est, 5e étage Québec (Québec) G1R4Y1
Gouvernement du Québec Ministère de l'Environnement et de la Faune
ISBN: 2-550-31447-6 NO. CAT.: 97-3538-10-03