Leçon 107 : Représentations et caractères d’un groupe fini sur un C–espace vectoriel. Exemples.
On considèreV unC–espace vectoriel de dimension finienet un groupe finiGde cardinalg.
1 Définition et premiers exemples
Définition 1. On appelle représentation linéaire deG dansV un mor- phisme de groupesρ:G→GL(V). La dimension deV est appelé le degré de la représentation. Sis∈G, on noteraρsplutôt queρ(s).
Remarque2. C’est équivalent à considérer une action deGsurV par au- tomorphismes linéaires.
Exemple 3.
1. Les représentations de degré 1 sont les morphismes deG dansC∗. Comme tout élément deGest d’ordre fini, les valeur deρssont des racines de l’unité. La représentations7→1 est appelée la représen- tation unité.
2. Si la dimension deV est égale au cardinal deG,V ayant pour base (et)t∈G, on considère la l’applications7→ρs oùρs est l’application linéaire définie parρs(et)=est. Alorsρest une représentation ap- pelée « la » représentation régulière deG. Elle est de degrég. 3. Si G =Sn, on dispose de la représentation par permutationsρ :
Sn→GLn(C) qui àσ∈Snassocie la matrice de permutationPσ= (δσ(i),j)i,j. Elle est de degrén.
Définition 4. Soientρ:G→GL(V) etρ0:G→GL(V0) deux représenta- tions. Sur la somme directeV ⊕V0, on définit la représentation somme ρ⊕ρ0par : (ρ⊕ρ0)s(v,v0)=(ρs(v),ρ0s(v0)).
Définition 5. Soientρ:G→GL(V) etρ0:G→GL(V0) deux représenta- tions deG. On dit que f :V→V0est un morphisme de représentations si
f est linéaire et vérifie∀s∈G,f◦ρs=ρ0s◦f.
Si de plusf est un isomorphisme, on dit que les représentations sont iso- morphes.
2 Sous-représentation
Définition 6. Soitρ:G→GL(V) une représentation et soitW un s.e.v. de V stable parG:∀s∈G,ρs(W)⊆W. La restriction desρsàW définit alors une représentation deGdansW appelée sous-représentation deV. Exemple 7. Soient ρ:G→GL(V) etρ0 :G →GL(V0) deux représenta- tions et considérons la représentationρ⊕ρ0. AlorsV etV0sont des sous- représentations deV⊕V0.
Définition 8. On dit qu’une représentation est irréductible siV n’est pas réduit à {0} et si elle n’admet pas de sous-représentations autres que {0} et V lui-même.
Exemple 9.
1. Tout représentation de degré 1 est irréductible.
2. La représentation régulière deG n’est pas irréductible : la droite engendrée par le vecteur P
t∈Get est stable et donne une sous- représentation isomorphe à la représentation unité.
3. La représentation par permutations deSn n’est pas irréductible : la droite engendré par (1, . . . , 1) est stable, de même que l’hyperplan d’équationPn
i=1xi=0. Notons que ces deux s.e.v. sont supplémen- taires.
Théorème 10. Soitρ:G→GL(V)une représentation et soit W un s.e.v.
stable par G. Alors W admet un supplémentaire stable par G.
1
Corollaire 11. Toute représentation est somme directe de sous- représentations irréductibles.
3 Caractères d’une représentation
Définition 12. Soitρ:G→GL(V) une représentation. On appelle carac- tère de la représentationρl’applicationχ:G→Cdéfinie parχ(s)=Tr(ρs).
Si la représentation est irréductible, on parlera de caractère irréductible.
Proposition 13. Soitρ:G→GL(V)une représentation et soitχson carac- tère.
1. χ(1)=n.
2. χ(s−1)=χ(s).
3. χ(st s−1)=χ(t).
Exemple 14.
1. Le caractère d’une représentation de degré 1 se confond avec la re- présentation. Ainsi les caractères d’une représentation de degré 1 sont les morphismes deG dansC∗. Le caractère de la représenta- tion unité est le morphisme trivialχ:s7→1.
2. Le caractère de la représentation régulière deGest la fonctionχdé- finie parχ(e)=getχ(s)=0 sis6=e.
3. Le caractère de la représentation par permutations de Sn est la fonctionχdéfinie parχ(σ)=#Fix(σ).
Proposition 15. Soientρ:G→GL(V) etρ0:G→GL(V0)deux représen- tations de caractères respectifsχetχ0. Alors la représentationρ⊕ρ0a pour caractèreχ+χ0.
Lemme 16(Schur). Soientρ:G→GL(V)etρ0:G→GL(V0)deux représen- tations irréductibles et soit f :V →V0un morphisme de représentations.
1. Ou bien f est nulle, ou bien f est un isomorphisme.
2. Si V =V0etρ=ρ0, alors f est une homothétie.
Corollaire 17. Soit h:V→V0linéaire et posons h0=g1P
t∈Gρ0t−1◦h◦ρt. 1. Siρetρ0ne sont pas isomorphes, alors h0est nulle.
2. Si V =V0etρ=ρ0, alors h0est une homothétie de rapportTr(h)n . Définition 18. Siϕetψsont deux fonctions deGdansC, on note :
〈ϕ|ψ〉 = 1 g
X
t∈G
ϕ(t)ψ(t)
C’est un produit scalaire hermitien.
Théorème 19. Soientχetχ0deux caractères irréductibles.
〈χ|χ0〉 =
½ 1 siχ=χ0
0 siχetχ0proviennent de représentations non isomorphes.
Corollaire 20. Soitρ:G→GL(V)une représentation de caractèreϕ. Soit V=W1⊕· · ·⊕Wkune décomposition en sous-représentations irréductibles.
Si W est une représentation irréductible de caractèreχ, alors le nombre de Wiisomorphes à W est égal à〈ϕ|χ〉.
Théorème 21. Siϕest le caractère d’une représentation de G, alors〈ϕ|ϕ〉
est un entier positif et celui-ci vaut1ssi la représentation est irréductible.
Exemple 22. Notons χ1, . . . ,χh les caractères irréductibles, et n1, . . . ,nh leurs degrés (ni =χi(e)). Chaque représentation irréductible est conte- nue dans la représentation régulière un nombre de fois égal à son degré.
Commeχreg(s) vautg sis=eet 0 sinon, on en déduit les deux relations suivantes :
h
X
i=1
n2i =g, ∀s6=e,
h
X
i=1
niχi(s)=0 2
Définition 23. Une fonctionf :G→Cest centrale si∀s,t∈G, f(st s−1)= f(t). L’ensemble des fonctions centrales est unC–espace vectoriel de di- mensionhle nombre de classes de conjugaison deG.
Théorème 24.Les caractères irréductibles de G forment une base orthonor- mée de l’espace des fonctions centrales. Il y a donc h caractères irréductibles de G.
On peut regrouper les informations sur les caractères irréductibles dans un tableau appelé table des caractères. On indexe les lignes par les ca- ractères irréductibles et les colonnes par les classes de conjugaisons deG.
Chaque case contient alors la valeur du caractère sur la classe de conjugai- son. On trouvera en annexe quelques tables de caractères. Notamment :
Théorème 25. Les groupesD4etH8ont la même table de caractères.
4 Caractères et dualité
On s’intéresse maintenant aux représentations de degré 1, c’est-à-dire aux morphismes deGdansC∗.
Lemme 26. Soit G un groupe etχ:G→C∗un morphisme. Alorsχse fac- torise en un morphisme de GabdansC∗.
Proposition 27. Un groupe G est abélien ssi toutes ses représentations irré- ductibles sont de degré 1.
Définition 28. SoitG un groupe abélien fini. On note ˆGl’ensemble des morphismes deGdansC∗.
Proposition 29. On munitG d’une structure de groupe pour la loi de com-ˆ position interne(χ1·χ2)(g)=χ1(g)χ2(g). AlorsG est un groupe abélien finiˆ et|Gˆ| = |G|.
Lemme 30(relèvement de caractère). Soit G un groupe abélien fini et soit H un sous-groupe de G. Alors la restriction :
Gˆ −→ Hˆ χ 7−→ χ|H
est surjective.
Théorème 31(structure des groupes abéliens finis). Soit G un groupe abé- lien fini. Alors il existe1<dk| · · · |d1tels que G est isomorphe au produit Z/dkZ× · · · ×Z/d1Z. De plus, les nombres dk, . . . ,d1sont uniques, on les ap- pelles les invariants de G.
Développements
1. Table de caractères de D4etH8.[25]
2. Lemme de relèvement et structure des groupes abéliens finis.[31]
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Annexe
S3 id (12) (123)
1 1 1 1
ε 1 −1 1
χstd 2 0 −1
S4 id (12) (12)(34) (123) (1234)
1 1 1 1 1 1
ε 1 −1 1 1 −1
χstd 3 1 −1 0 −1
εχstd 3 −1 −1 0 1
ϕ 2 0 2 −1 0
D4 id r2 r1 s1 d1
1 1 1 1 1 1
ε 1 1 −1 1 −1
det 1 1 1 −1 −1
εdet 1 1 −1 −1 1 χnat 2 −2 0 0 0
Références
— CALDEROet GERMONI,Nouvelles histoires hédonistes de groupes de géométries, tome II.
— PEYRÉ,L’algèbre discrète de la transformée de Fourier.
— SERRE,Représentations linéaires des groupes finis.
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