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Les cartes conceptuelles dans les formations en santé

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Claire Marchand, Jean-François d’Ivernois

To cite this version:

Claire Marchand, Jean-François d’Ivernois. Les cartes conceptuelles dans les formations en santé.

Pédagogie médicale, EDP sciences, 2004, 5 (4), pp.230 - 240. �10.1051/pmed:2004031�. �hal-01579617�

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R é f é re n c e s

Les cartes conceptuelles dans les formations en santé

Claire MARCHAND*, Jean-François d’IVERNOIS*

Me s s a g e s - c l é s

Les théories cognitives de l’ a p p rentissage apportent un éclairage sur la façon dont l’ a p p renant construit ses connaissances.

En effet, l’organisation des connaissances constituerait une étape essentielle au développement de l’ e x p e rtise. La cart e conceptuelle est un des moyens proposés pour représenter la stru c t u re cognitive, et donc l’organisation des connaissances, d’un individu. La carte conceptuelle présente différents intérêts: elle favorise l’ a p p rentissage en le rendant plus signifiant pour l’ a p p renant, elle constitue pour les enseignants un moyen de réflexion pour la planification de leur enseignement, elle p e rmet d’ é valuer la façon dont un apprenant intègre et organise ses connaissances. Les modalités d’ é l a b o ration et d’ a n a- lyse d’une carte conceptuelle sont variables, qu’elle soit élaborée individuellement ou en groupe. La carte conceptuelle est utilisée en éducation, dans différentes disciplines et dans les formations médicales et paramédicales. Elle constitue actuelle- ment un thème de re c h e rche et d’application dans le domaine de l’éducation thérapeutique des patients.

Mots clés

C a rte conceptuelle ; organisation des connaissances ; apprentissage signifiant ; évaluation de l’ a p p rentissage ; planification de l’enseignement ; éducation thérapeutique du patient.

Key Me s s a g e s

The theories of cognitive psyc h o l o gy enlighten the process by which a learner built his knowledge. The organization of k n owledge constitutes an essential step of the development of expertise. Concept mapping is one of the possible ways to dis- play the cognitive scaffolding and consequently the knowledge organization. Concept mapping offers many adva n t a g e s : it promotes meaningful learning among students, it helps the teacher in structuring his course and curriculum, it allows to better evaluate how the learner integrates and manages his knowledge. They are various techniques to built and analyse concept maps (individually or in group). Concept mapping is widespread in education, in various disciplines and in the medical and nursing curriculum. It is actually experienced in the field of patient therapeutic education.

Keys Wo rd s

Concept mapping; knowledge organization; meaningful learning; learning assessment; instructional planning; patient therapeutic education.

Pédagogie Médicale 2004; 5 : 230-240

*Laboratoire de pédagogie de la Santé - UPRES EA 3412 - Université Paris 13 - UFR SMBH Léonard de Vinci - 74 rue Marcel Cachin - 93017 Bobigny Cedex - France

Correspondance : Claire MARCHAND - Laboratoire de Pédagogie de la Santé - UPRES EA 3412 - Université Paris 13 - UFR SMBH Léonard de Vinci - 74 rue Marcel Cachin - 93017 Bobigny Cedex - France - Tél.: (33) 1 48 38 88 98 - Fax: (33) 1 48 38 76 19 - mailto:[email protected]

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REVUE INTERNATIONALE FRANCOPHONE D’ÉDUCATION MÉDICALE

Les cartes conceptuelles…

Ta b l e a u1: Étapes d’élaboration d’une carte conceptuelle7

1. A partir d’un thème, d’un concept, d’une compétence, etc. L’étidiant détermine les principaux concepts qui semblent associés. On obtient une liste de concepts qui peuvent représenter des objets, des événements, des symboles, etc.

2. A partir de cette liste de concepts, organiser les connaissances en classant les concepts du plus général au plus spécifique, du plus abstrait au plus concret. On définit ainsi des concepts dit de « s u p e ro rd i n a t i o n» et des concepts de « s u b o rd i n a t i o n» (Ausubel, 1968).

3. Trier ensuite les concepts en fonction de leur niveau d’abstraction et de leurs relations afin de les agencer ou de les situer sur la cart e .

4. Relier les différents concepts entre eux par une flèche et une expression verbale indiquant le sens de la re l a t i o n . Il peut s’agir d’un verbe, d’un nom, d’une conjonction de coordination ou d’un terme de liaison.

Ca d re théorique des cartes conceptuelles

L’utilisation des cartes conceptuelles s’ i n s p i re des principes de la cart o g r a p h i e1. Développée bien avant le langage écrit, la cartographie a constitué un signe du déve l o p p e m e n t humain majeur. Elle représente un instrument de com- munication humaine qui, comme tout moyen de commu- nication, met en jeu un émetteur et un récepteur. Celui qui élabore la carte, mais aussi celui qui va la lire, réalisent un ensemble d’opérations mentales pour en extraire le sens ( d é t e c t e r, re c o n n a î t re, différe n c i e r, estimer, etc.). Le sys- tème de cartographie et son interprétation re q u i è rent une transformation cognitive complète à la fois intellectuelle et visuelle. Il s’agit donc d’un exe rcice de construction, de s a voir ou de construction de sens. Les théories cogniti- vistes de l’ a p p rentissage incitent à s’ i n t é resser à la façon dont l’étudiant construit ses connaissances, à compre n d re comment il les organise dans sa stru c t u re mentale. Pour de n o m b reux auteurs2, 3, 4, 5, 6l’organisation des connaissances détermine en partie la façon dont elles vont pouvoir être utilisées pour résoudre un problème et pre n d re des déci- sions. Elle constituerait une étape essentielle pour le déve- loppement de l’ e x p e rtise dans un domaine particulier et serait prédictive de compétences mentales complexe s . Les moyens utilisés pour représenter les connaissances d’un individu et leur organisation s’ i n s p i rent des principes de fonctionnement de la mémoire à long terme (enre g i s- t rement, codification, stockage). On tro u ve, par exe m p l e , des représentations sous la forme de schémas, de scripts, etc., mais aussi de réseaux conceptuels7.

Une carte conceptuelle est une représentation écrite, hié- r a rchisée d’un ensemble de concepts et de relations de sens qui les relient. L’élaboration d’une carte conceptuelle per-

met d’extérioriser la pensée d’un individu à travers l’ a g e n- cement des concepts qu’il met en jeu. Elle oblige l’ i n d i v i d u à penser dans différentes directions. Elle re q u i e rt de sa part une compréhension profonde du thème traité et l’aide à p e n s e r8.

Généralement, la méthode d’élaboration d’une cart e conceptuelle comporte plusieurs étapes (Ta b l e a u1) et nécessite un réel apprentissage tant de la part des ensei- gnants que des appre n a n t s7, 9. A partir de cette méthode de base, différentes variantes sont proposées pour réaliser des c a rtes conceptuelles : élaboration libre, à partir d’ u n ensemble de concepts et/ou de liens prédéterminés, cart e préélaborée à compléter, etc.9, 10.

Utilisation des cartes conceptuelles dans le domaine de la formation médicale et para médicale

A titre d’ e xemple, la figure 1 re p rend sous la forme d’ u n e c a rte conceptuelle, les principaux aspects développés dans le paragraphe suiva n t .

Une aide à l’apprentissage

Initialement, les cartes conceptuelles ont été pro p o s é e s pour représenter la stru c t u re cognitive d’un individu et f a voriser chez les apprenants un apprentissage signifiant (qui a du sens, m e a n i n gful learn i n g) plutôt qu’un appre n- tissage par cœur (ro u t i n i e r, rote learn i n g)7, 11En effet, l’ é l a- boration par un apprenant d’une carte conceptuelle lui permet de clarifier ses connaissances, de mettre en re l i e f

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R é f é re n c e s

les idées essentielles, de schématiser et de hiérarchiser ses s a voirs. Le plus souvent, au moment de l’élaboration de la carte conceptuelle, l’ a p p renant doute de ses connais- sances, ce qui suscite chez lui une motivation à a p p re n d re. Plusieurs études12, 13ont montré que les cart e s conceptuelles augmentaient la compréhension et amélio- raient les capacités de résolution de problème. En biolo- gie par exemple, les cartes conceptuelles, comparées aux stratégies d’enseignement et d’ a p p rentissage classique- ment utilisées, favorisent l’assimilation de nombre u x concepts et de relations complexe s1 2.

Par ailleurs, les cartes conceptuelles améliorent la mémo- risation, la mise en réseau des connaissances économisant la mémoire de trava i l1 4. En effet, le re g roupement des informations en réseau rend plus accessibles les connais- sances quand on veut les utiliser. Par exemple, les cart e s conceptuelles ont été employées pour améliorer l’ i n t é g r a- tion et la mémorisation de concepts en pharmacologie1 5, pour aider des apprenants à mettre en lien les données théoriques et pratiques telles que les éléments d’un pro- cessus de soins chez les infirmiers16, 17. Certains auteurs d é c r i vent l’intérêt des cartes conceptuelles pour aider les étudiants à planifier des soins infirmiers. Dans ce cas, il est proposé aux étudiants infirmiers d’ é l a b o rer des cart e s conceptuelles à partir d’un cas clinique complexe (c l i n i- cal concept mapping)18, 19. Les informations import a n t e s sont identifiées, puis hiérarchisées et mises en lien expli- citement par les étudiants. Pour ces auteurs, cette tech- nique développe chez les apprenants leur capacité méta- c o g n i t i ve, donne du sens à leur apprentissage et les entraîne à développer une vision plus globale des patients dont ils s’ o c c u p e n t .

Initialement élaborées de façon individuelle, les cart e s conceptuelles peuvent aussi être construites en gro u p e . Comme cela a été démontré dans d’ a u t res domaines2 0, les interactions suscitées par l’échange de connaissances sont s o u rces de nombreux apprentissages par les conflits cogni- tifs qu’elles provoquent au sein du groupe. Des études ont montré que les étudiants qui construisaient des cart e s conceptuelles en groupe acquéraient de meilleure s connaissances que les étudiants travaillant individuelle-

m e n t21, 22. La carte conceptuelle devient un outil de négo-

ciation de sens, non seulement entre les étudiants mais aussi en interaction avec l’enseignant. Certains auteurs se sont part i c u l i è rement intéressés aux mécanismes se pro- duisant au cours de l’élaboration d’une carte conceptuelle en groupe, tant au niveau des apprenants qu’à celui de l’ e n s e i g n a n t23, 24. La carte conceptuelle sert de support à

l’enseignant pour questionner les apprenants sur leurs connaissances. L’explicitation des connaissances par les étudiants eux-mêmes suscite chez eux une réflexivité sur leur pro p re savo i r, développe ainsi leur capacité méta c o g n i t i ve et améliore l’intégration des connaissances2 5. Dans le domaine médical et paramédical, des expériences d’utilisation des cartes conceptuelles élaborées individuel- lement ou en groupe ont été menées dans le cadre d’ u n a p p rentissage par problèmes. Dans certaines facultés de médecine (Un i versités de Ge n è ve2 6et de Sh e r b ro o k e2 7, par e xemple), mais aussi dans le cadre de la formation des i n f i r m i e r s1 9, l’élaboration d’une carte conceptuelle consti- tue parfois une étape de la démarche d’ a p p rentissage par p roblèmes (APP). Elle permet aux étudiants d’organiser en g roupe ou individuellement leurs connaissances sur le cas présenté et de générer des hypothèses explicatives.

Elle sert aussi de référence pour donner unf e e d b a c ke x p l i- cite écrit aux étudiants qui ont réalisé une carte concep- tuelle individuellement à l’issue de leur temps de trava i l p e r s o n n e l2 7. Enfin, la carte conceptuelle peut aussi consti- tuer une activité d’autoformation. Au cours d’une forma- tion pédagogique auprès de professionnels de santé (eux- mêmes formateurs) 2 8, certains d’ e n t re eux ont vo l o n t a i rement participé à une expérience d’ a u t o f o r m a- tion en élaborant individuellement, à distance des sessions de formation et à différents moments de leur cursus, une c a rte conceptuelle à partir du concept de métacognition.

Conjointement à l’élaboration des cartes conceptuelles, les p a rticipants devaient répondre à des questions d’ o rd re réflexif témoignant de leur processus d’ a p p rentissage de ce concept. Au-delà d’un véritable travail sur la clarification et l’organisation des connaissances autour du concept de métacognition, cette expérience a permis de déve l o p p e r c h ez les professionnels concernés leurs pro p res capacités m é t a c o g n i t i ve s .

Une aide à la planification

Les cartes conceptuelles peuvent être également utilisées par les enseignants pour constru i re leur programme d’ e n- s e i g n e m e n t7. En faisant apparaître les concepts principaux à enseigner, la carte conceptuelle incite l’enseignant à sélec- tionner les informations essentielles, à les stru c t u rer et par conséquent à organiser la manière dont elles doivent être transmises. Ce type d’organisation préalable, présentée r é g u l i è rement aux étudiants, favoriserait un appre n t i s s a g e s t ru c t u r é2 9 , 3 0.

Aux Et a t s - Unis, les cartes conceptuelles sont utilisées pour

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Les cartes conceptuelles… REVUE INTERNATIONALE FRANCOPHONE D’ÉDUCATION MÉDICALE

la planification des curricula basés sur l’ a p p rentissage par p roblèmes ou encore pour l’élaboration des cas pro- b l è m e s1 1. De même, les cartes conceptuelles constituent des outils permettant d’ a m é l i o rer la collaboration interd i s- c i p l i n a i re en facilitant la visualisation des articulations pos- sibles entre différentes disciplines31, 32. Associées, par e xemple, à un apprentissage par problèmes, les cart e s conceptuelles se sont révélées très utiles pour travailler les aspects transdisciplinaires et multidisciplinaires de l’ i n t é- gration d’un module spécifique sur la santé de la femme dans les études médicales3 3. Enfin, les cartes conceptuelles constituent d’ e xcellents supports pour aider les ensei- gnants à sélectionner des objectifs d’ a p p rentissage pert i- nents à partir de problèmes à traiter ou de compétences à d é ve l o p p e r3 4.

Un outil d’évaluation

Les cartes conceptuelles permettent d’ é valuer les connaissances des apprenants. Elles peuvent être utili- sées à différents moments en fonction des intentions é va l u a t i ves. Dans le cadre d’une évaluation diagnos- tique, elles permettent d’orienter la définition d’ o b j e c- tifs d’apprentissage pertinents en favorisant la visualisa- tion des connaissances préalables des apprenants ainsi que leurs incompréhensions, leurs lacunes, leurs erreurs.

Au cours de la formation, la carte conceptuelle constitue un outil d’évaluation formative car elle permet d’ajuster le programme aux besoins des apprenants et de guider ceux-ci dans leurs apprentissages35. C’est principalement dans cette perspective que les concepteurs de la cart e conceptuelle ont suggéré leur utilisation7. En effet, la carte conceptuelle représente un excellent outil de révé- lation des conceptions erronées d’un individu, soit que c e rtains liens soient faux, soit par l’absence de liens importants entre différents concepts d’ordre général dit

«de supero rd i n a t i o n»3 6. Comparée à d’ a u t res outils d’ é valuation, la carte conceptuelle fait apparaître le c a r a c t è re contextuel de l’ e r reur ainsi que les stru c t u re s explicatives sous-jacentes, correspondant le plus souvent à une logique qui peut faire obstacle à la construction du s a vo i r. On rappellera que selon l’ a p p roche cognitiviste, l’ a p p rentissage ne résulte pas uniquement de l’ajout de connaissances nouvelles à la stru c t u re de connaissances préalable, mais qu’il peut également consister en de nouvelles mises en liens de connaissances préexistantes37. L’utilisation des cartes conceptuelles comme outils

d’ é valuation sommative (sanctionnelle) a fait l’objet de nombreuses études, y compris dans le domaine médical.

Ces études ont tenté de démontrer les qualités docimo- logiques de l’outil8, 38.Tout d’abord, l’introduction d’une n o u velle modalité éva l u a t i ve nécessite que les appre- nants aient été formés à son utilisation. En effet, une maîtrise insuffisante de la technique d’élaboration d’une carte conceptuelle aura une influence sur la production de l’étudiant et donc sur la fidélité et la validité de l’ou- t i l3 9. La pertinence et la validité de contenu des cart e s conceptuelles pour évaluer l’apprentissage des étudiants, et plus spécifiquement la façon dont ils organisent leurs connaissances, sont rarement mises en cause. Il est, en général, démontré qu’une bonne organisation des connaissances est prédictive de l’ e x p e rtise et que peu d’outils d’ é valuation permettent d’apprécier la façon dont un apprenant construit et organise ses connais- sances. Cependant, s’il est démontré que la cart e conceptuelle révèle les évolutions en termes d’organisa- tion et de qualité des connaissances, les résultats obtenus ne sont pas toujours corrélés aux autres tests (les études37 montrent de grandes variations de corrélation, allant du quasi zéro à des corrélations situées entre 0.50 et 0.80).

Selon certains auteurs, dans le domaine médical, la vali- dité et la fidélité de l’ i n s t rument nécessitent d’ ê t re démontrées par de nouvelles études6, 40. De surc roît, la pondération des cartes conceptuelles (c'est-à-dire l’attri- bution d’une valeur numérique aux différents éléments constitutifs de la carte dans le but d’ é l a b o rer un score ) reste souvent difficile et variable. Elle dépend de l’expé- rience des participants à élaborer une carte conceptuelle et des modalités d’élaboration elles-mêmes39, 41, 42. Ces d i f f é rentes variables auraient une influence sur la va l i- dité prédictive des cartes conceptuelles43. Enfin, la carte conceptuelle se révèle d’autant plus commode d’utilisa- tion que la méthodologie d’élaboration est précise et directive (compléter une carte, par exemple). A partir du moment où les étudiants ont été formés à élaborer des cartes conceptuelles (temps plus ou moins long en fonc- tion des modalités d’élaboration), la durée nécessaire à la réalisation d’une carte conceptuelle semble comparable à celle d’un examen classique (environ 30 minutes) ; le temps de correction varierait en fonc- tion de la pondération proposée et du degré de prépara- tion des correcteurs (entre 1 et 5 minutes selon certains auteurs)39.

Qu’elle soit formative ou sommative, l’analyse de la

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R é f é re n c e s

carte conceptuelle se réfère à des critères. Il est possible de pondérer une carte conceptuelle, de la comparer à une carte d’ e x p e rt, et/ou d’associer ces deux modes d’ a n a l y s e3 8. Novak et Gow i n7ont proposé des critère s d’analyse basés sur les théories de l’ a p p rentissage issues de la psychologie cognitive, en référence ou non ave c une carte d’ e x p e rts. Analyser une carte conceptuelle en se référant à celle d’un ou plusieurs experts repose sur le principe qu’il existe une représentation idéale pour un thème donné. La validité d’une telle conception norma-

t i ve de l’organisation des connaissances est cependant discutable. On sait en effet que, tant les processus de résolution de problèmes que les représentations cogni- tives sur lesquels ces derniers s’appuient sont en grande p a rtie idiosyncrasiques, c'est-à-dire qu’ils sont spéci- fiques et singuliers à chaque expert4 4. Pour cert a i n s a u t e u r s7, la comparaison avec la carte d’un expert empêche l’enseignant de prendre en compte l’ensemble des connaissances exprimées par les étudiants.

D’autres37, 43posent la question de la validité de la carte

Ta b l e a u2: Cr i t è res d’analyse qualitative et quantitative d’une carte conceptuelle6, 7, 41, 44

Eléments d’ a n a l y s e Cr i t è res pro p o s é s Pondérations pro p o s é e s

Qualité des • Existence de liens Points attribués à chaque proposition (deux concepts reliés p ropositions énoncées par un lien)

(deux concepts reliés • Validité des liens Points attribués à chaque catégorie de liens

par un lien explicité) • Catégories de liens Points attribués pour chaque concept (caractère plus ou moins technique du vo c a b u l a i re employ é )

• Capacité de l’ a p p re n a n t Points attribués à chaque proposition correcte (en fonction à illustrer ses pro p o s du degré de précision des liens par exe m p l e )

à l’aide d’ e xe m p l e s Points attribués à chaque exe m p l e

Qualité de • Présence de concepts Points attribués par niveaux hiérarc h i q u e s .

l’organisation des de supero rd i n a t i o n Points attribués par liens entre concepts de supero rd i n a t i o n c o n n a i s s a n c e s et de concepts (ou domaine de connaissances)

de subord i n a t i o n

• Existence de liens c roisés entre les concepts de supero rdination

Degré de complexité • Organisation en roue ou Aucune pondération pro p o s é e . de la stru c t u re é t o i l e : intégration facile de

c o g n i t i ve n o u veaux concepts, mais une seule possibilité d’accès aux connaissances (concept c e n t r a l )

• Organisation en chaîne, l i n é a i re : rendant difficile l’intégration de nouve a u x c o n c e p t s

• Organisation en réseau: intégration facile, accès multiple à la connaissance, témoignant d’ u n e compréhension large et p rofonde de la part de l’ a p p re n a n t

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REVUE INTERNATIONALE FRANCOPHONE D’ÉDUCATION MÉDICALE

Les cartes conceptuelles…

de référence. Une étude menée pour apprécier les per- formances prédictives des étudiants d’un cursus scienti- fique à l’aide de cartes conceptuelles analysées en fonc- tion de différentes cartes d’ e x p e rts, montre que les résultats obtenus par les étudiants diffèrent selon les cartes de référence45. D’autres auteurs ont défini des cri- t è res d’analyse qualitative portant sur la stru c t u r a t i o n générale des connaissances45. Ces auteurs ont eu le souci de proposer une grille d’analyse d’utilisation simple, basée sur le principe d’intégration progressive décrit par Ausubel35. Selon ce principe, l’organisation préalable des connaissances va influencer la capacité de l’étudiant à i n t é g rer de nouvelles connaissances. Trois principaux types d’organisation sont décrits en fonction de leur degré de complexité et de leur facilité à intégrer de nou- velles connaissances. Le tableau2 propose un récapitula- tif des principaux critères d’analyse d’une carte concep- tuelle que l’on peut re t ro u ver dans différentes études menées dans les domaines de l’éducation scientifique et la formation médicale.

Utilisation des cartes conceptuelles dans le domaine de l’éducation théra p e u t i q u e des patients atteints de maladie chro n i q u e Ca d re théorique

de l’éducation théra p e u t i q u e

Le domaine de la pédagogie médicale s’étend aujour- d’hui à l’éducation thérapeutique47. Il s’agit pour les soi- gnants, devenus éducateurs, de mettre en œuvre des programmes d’éducation thérapeutique s’adressant à des patients atteints de maladie chronique, afin de dévelop- per chez eux des compétences leur permettant de gére r au mieux leur maladie et leur traitement dans leur vie q u o t i d i e n n e4 8. L’éducation thérapeutique institue une nouvelle relation soignant-patient basée sur la rencontre e n t re deux mondes souvent très différe n t s : le monde biomédical des soignants, modelés par leur formation, et le monde profane des patients, marqués par leurs expériences de la maladie chro n i q u e . Dans le domaine de l’éducation thérapeutique, les patients adoptent la position d’apprenant. Pour permettre cette rencontre et f a voriser leur apprentissage, il semble essentiel de p re n d re le temps de mettre en évidence leurs connais- sances préalables, mais aussi leurs représentations et leurs croyances. C’est pourquoi la pre m i è re étape de la d é m a rche d’éducation thérapeutique consiste à réaliser

un diagnostic éducatif permettant d’ i d e n t i f i e r, entre a u t res éléments, ce que sait déjà le patient sur sa mala- die, mais aussi ce qu’il a besoin d’apprendre pour mener à bien son ou ses projets de vie48. Il est ainsi apparu per- tinent de transposer la technique des cartes concep- tuelles au domaine de l’éducation thérapeutique, ce qui a fait l’objet d’une importante activité de recherche.

Modalités d’utilisation de la carte conceptuelle en éducation thérapeutique

Dans un premier temps, nous avons suggéré d’utiliser la technique des cartes conceptuelles selon une modalité proposée par Novak et Gowin7sous la dénomination de

«concept propositional analysis». Elle consiste à produire une carte conceptuelle à partir du discours de l’ a p p re- nant, sans structuration préalable. Dans le cadre de l’éducation thérapeutique, cette modalité d’ é l a b o r a t i o n a l’ a vantage de ne pas nécessiter d’ a p p rentissage de la part des patients, puisque c’est le soignant qui élabore la c a rte. De surc roît, elle représente, selon nous, un sup- p o rt de communication dans la relation soignant-soi- gné. En re vanche, la technique d’ e n t retien, favo r i s a n t l’explicitation par le patient de ses connaissances, doit ê t re maîtrisée par les soignants de même que les prin- cipes d’élaboration et d’analyse d’une carte concep- tuelle. Depuis, d’ a u t res modalités d’utilisation ont été t e s t é e s : l’élaboration d’une carte conceptuelle par le patient lui-même, avec ou sans phase d’explicitation de ses connaissances, ou par un groupe de patients. Le tableau3 présente les avantages et les inconvénients des d i f f é rentes modalités d’élaboration des cartes concep- tuelles utilisées en éducation thérapeutique.

Etat des recherches sur les cartes

conceptuelles en éducation thérapeutique

En éducation thérapeutique, les cartes conceptuelles ont principalement été utilisées sur un mode individuel, a vec des intentions éva l u a t i ves diagnostique et forma- tive. Une première étude menée auprès de patients dia- bétiques adultes a permis d’identifier les connaissances antérieures de ces patients, d’apprécier les apprentissages réalisés juste après une éducation thérapeutique et de visualiser l’évolution de ces connaissances et leur appro- priation par les patients à distance de l’ é d u c a t i o n4 9. Cette étude a également permis d’ é l a b o rer une grille d’analyse des cartes conceptuelles basée en partie sur les c r i t è res proposés par Gowin et Nova k7et adaptée au cadre de l’éducation thérapeutique (Tableau4).

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Méthode d’ é l a b o r a t i o n des cartes conceptuelles

Réalisée par le soignant, à partir d’un concept central, au cours d’un entre t i e n

Réalisée par le patient, seul dans un premier temps, à p a rtir d’un concept central, après explication de la technique ;

p o u vant être complétée lors d’un entretien avec le soignant pour permettre l’explicitation des connaissances

Réalisée par un groupe de patients, à partir d’un concept central, après explication de la technique

Avantages et inconvénients

(+) : richesse d’ i n f o r m a t i o n s (+) : respecte le langage du patient (+) : facile à mettre en œuvre

(-) : représentation spatiale influencée par le soignant (-) : h i é r a rchisation des concepts peu travaillée avec le

p a t i e n t ( - ) : analyse longue (+) : facile à analyser

(+) : respecte le langage du patient

(+) : f a vorise et respecte l’organisation des concepts par le patient

( - ) : nécessite un apprentissage préalable de la part du p a t i e n t

( - ) : moins riche en informations si absence d’ e x p l i c i t a- tion après la phase d’élaboration individuelle (+) : a p p rentissage possible lors de l’élaboration en

g ro u p e

(+) : p rovoque des conflits cognitifs sources d’ a p p re n- t i s s a g e

(+) : respecte le vo c a b u l a i re des patients (+) : re l a t i vement facile à analyser

(+) : l’accent est mis sur l’organisation des connais- sances, la mise en lien des différents concepts ( - ) : représentation d’un groupe et non d’un individu ( - ) : p roblèmes posés par les phénomènes de

dynamique de gro u p e ( - ) : réalisation longue

R é f é re n c e s

Les cartes conceptuelles obtenues au cours d’un entre- tien d’une trentaine de minutes ont fait apparaître de très larges réseaux de connaissances. La re p r é s e n t a t i o n obtenue s’apparente davantage aux réseaux sémantiques sous-tendus par les théories de l’ a ssociation et dans les- quels les concepts sont reliés entre eux par un ou plu- sieurs liens de sens3 8. La figure 2 présente une cart e

conceptuelle obtenue au cours d’un entretien avec un patient diabétique. Dans ce type de carte conceptuelle, la hiérarchisation des concepts n’apparaît pas immédia- tement. Ce n’est qu’au cours de l’analyse qu’il est pos- sible d’identifier un système d’organisation des connais- sances, avec des domaines de connaissances plus ou moins développés en fonction des préoccupations des Ta b l e a u3: Avantages et inconvénients des différentes modalités d’élaboration des cart e s

conceptuelles dans le domaine de l’éducation thérapeutique

L é g e n d e s : les signes + et – indiquent s’il s’agit plutôt d’un avantage (+) ou d’un inconvénient (-).

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Les cartes conceptuelles…

Cr i t è res d’ a n a l y s e de la nature de connaissances

Cr i t è res d’ a n a l y s e de l’ o r g a n i s a t i o n des connaissances

. Type de connaissances exprimées : déclaratives, procédurales, conditionnelles, a p p ropriées ou personnalisées (utilisation du « j e » ) .

. Na t u re des liens exprimés : liens exprimant des généralités, liens de causes à effets, liens exprimant des conduites à tenir thérapeutiques et préve n t i ves, liens exprimant des opinions personnelles, des affects.

. Validité des connaissances exprimées.

. Qualité du vo c a b u l a i re employé (degré de technicité).

. Qualité des domaines de connaissances.

. Exhaustivité des connaissances exprimées (connaissances plus ou moins p a rt i e l l e s )

. Qualité des premiers concepts exprimés

. No m b re et qualité des domaines de connaissances (en lien ou pas avec un concept de supero rd i n a t i o n )

. No m b re de liens entre les domaines de connaissances . Domaines de connaissances les plus déve l o p p é s

Ta b l e a u4: Cr i t è res d’analyse d’une carte conceptuelle, utilisés dans le domaine de l’éducation thérapeutique48, 51, 52

Fi g u re1: Intérêt des cartes conceptuelles illustré à l’aide d’une carte conceptuelle

patients au moment de l’élaboration de la carte. Cette p re m i è re étude a pu montrer à quel point les connais- sances préalables étaient nombreuses et résistantes à l’éducation (des connaissances erronées ayant été identi- fiés avant l’éducation, corrigées par les patients juste après l’éducation et réapparues dans les cartes concep- tuelles à distance de l’éducation). De même, cette

re c h e rche a confirmé l’intérêt des cartes conceptuelles pour l’éducation thérapeutique permettant de répondre aux besoins d’ a p p rentissage pro p res à chaque patient et de mieux compre n d re comment les connaissances, les croyances et les émotions s’ e n t remêlent et inter- agissent, limitant ou favorisant l’ a p p rentissage des patients.

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R é f é re n c e s

Fi g u re 2: Extrait d’une carte conceptuelle élaborée au cours d’un entre t i e n a vec une patiente diabétique

Le même type d’étude a été menée auprès d’enfants diabé- tiques âgés de 8 à 13 ans, démontrant la faisabilité et l’ i n t é- rêt à utiliser des cartes conceptuelles avec ce public part i c u- l i e r5 0 , 5 1. De mêmes, les cartes conceptuelles ont été e m p l oyées pour évaluer un programme d’éducation nutri- tionnelle auprès de patients en surpoids. Les auteurs ont, par ailleurs, mis en lien les informations obtenues dans les c a rtes conceptuelles avec les résultats de tests psyc h o l o- giques administrés aux patients5 2. Une autre re c h e rc h e menée auprès de patients obèses a confirmé l’intérêt dia- gnostique des cartes conceptuelles en cherchant à re p é re r dans les cartes conceptuelles des caractéristiques cognitive s p ro p res aux patients «n o r m o - é va l u a t e u r s » et aux patients

« s o u s - é va l u a t e u r s » de leurs apports alimentaire s5 3. D ’ a u t res études sont actuellement en cours au sein du L a b o r a t o i re de Pédagogie de la Santé de l’ Un i versité Pa r i s 13, dont l’un des axes de re c h e rche porte sur l’ é d u c a t i o n t h é r a p e u t i q u e .

Co n c l u s i o n

Les nombreuses re c h e rches, tant dans les domaines de l’éducation et des formations scientifiques, médicales et paramédicales que dans le domaine particulier de l’ é d u c a- tion thérapeutique, démontrent l’intérêt de la technique des cartes conceptuelles. Comme support d’ e n s e i g n e m e n t et d’ é valuation formative, elles sont utiles pour aider les personnes à appre n d re de façon signifiante et appro f o n d i e (m e a n i n gful and deep learn i n g). Elles peuvent servir aux formateurs et aux enseignants pour planifier et stru c t u re r leurs enseignements ainsi que pour favoriser la mise en lien e n t re différentes disciplines. Enfin, utilisées comme m oyen d’ é valuation, elles semblent être un des rares outils à pouvoir re n d re compte des processus d’ a p p rentissage mis en œuvre par les apprenants, ainsi que de leur organisation des connaissances. Cependant, certaines caractéristiques docimologiques de cette technique sont encore aujour- d’hui à démonter.

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REVUE INTERNATIONALE FRANCOPHONE D’ÉDUCATION MÉDICALE

Les cartes conceptuelles…

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