UNIVERSITÉ DE JIJEL
FACULTÉ DES SCIENCES EXACTES ET INFORMATIQUE DEPARTEMENT DE PHYSIQUE
THÈSE
Présentée pour l’obtention du diplôme de DOCTORAT EN SCIENCES
Spécialité : Physique Option : Physique Nucléaire
Par
Mounir SOUICI
Thème
Etude des dommages radio-induits par les protons et les rayons X ultra-mous dans l’ADN à l’état solide et en phase aqueuse
Soutenue le : 26 / 06 / 2016
Devant le jury :
Président Noureddine BOUTAOUI Prof. Université de Jijel Rapporteur Abdelfettah BELAFRITES Prof. Université de Jijel
Co-rapporteur Michel FROMM Prof. Université de Bourgogne Franche-Comté Examinateurs Ahmed BOUCENNA Prof. Université de Sétif
Abdeslam SEGHOUR D.R CRNA Alger
Nabil OUNOUGHI M.C.A Université de Jijel
Les travaux de recherche de cette thèse ont été réalisés au Laboratoire Chrono- Environnement (UMR, CNRS 6249) de l’Université de Bourgogne Franche-Comté dans le cadre du Programme National Exceptionnel (P.N.E).
Je tiens tout d'abord à remercier mon directeur de thèse, M. Abdelfettah BELAFRITES professeur à l'Université de Jijel. Je lui suis très reconnaissant pour la confiance qu’il m’a accordée, ses encouragements, et son aide pour mener à bien ce travail.
Je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude et mes remerciements les plus respectueux à mon co-directeur de thèse M. Michel FROMM professeur à l’Université de Bourgogne Franche-Comté pour m'avoir chaleureusement accueilli dans son laboratoire.
Encore un grand merci pour ses précieux conseils et compétences scientifiques dont j’ai bénéficié tout au long de la réalisation de cette thèse. Un remerciement tout particulier pour ses qualités humaines, et qu’il trouve ici ma profonde reconnaissance.
Je tiens à remercier tout particulièrement M. Noureddine BOUTAOUI professeur à l’université de Jijel, pour m’avoir fait l’honneur de présider le jury de cette thèse.
Je suis infiniment reconnaissant à M. Ahmed BOUCENNA professeur à l’université de Setif, M. Abdeslam SEGHOUR docteur au CNRA Alger et M. Nabil OUNOUGHI maître de conférences à l’Université de Jijel, d’avoir accepté de participer au jury et d’examiner ce travail.
Je souhaite remercier très chaleureusement le docteur Omar BOULANOIR de m’avoir transmis ses connaissances théoriques et expérimentales.
Je tiens également à remercier tous les membres du laboratoire Chrono-
Environnement qui ont contribué de près ou de loin à l’élaboration de ce travail, tout
particulièrement, M Talat Tarik KHALIL, M. Cristophe MAVON, et M. Jean-Emmanuel
GROETZ.
laboratoire pour la réalisation des irradiations d’ADN avec les protons.
Table des matières
Introduction générale………. 1
Chapitre I : Concepts théoriques et fondamentaux I.1- Introduction ……… 5
I.2- Interaction des rayonnements ionisants avec la matière………. 5
I.2.1- Interaction des photons avec la matière………... 5
I.2.1.1- Effet photoélectrique………... 5
I.2.1.2- Effet Compton………... 6
I.2.1.3- Production de paires électron-positron………... 7
I.2.1.4- Diffusion Thomson-Rayleigh………... 8
I.2.1.5- Atténuation des photons par la matière………... 8
I.2.2- Interaction des particules chargées avec la matière………. 10
I.2.2.1- Mécanisme de l’interaction des particules chargées avec la matière………… 10
I.2.2.2- Le pouvoir d’arrêt………... 10
I.2.2.3- Transfert d’énergie linéique (TEL)……….. 11
I.2.2.4- Interaction des électrons avec la matière……….. 11
I.2.2.5- Pic de Bragg ………. 12
I.3- Dosimétrie ……….. 13
I.3.1- Définition de la dosimétrie ……….. 13
I.3.2- Grandeurs physiques……… 13
I.3.2.1- Fluence de particule……….. 13
I.3.2.2- Débit de fluence……… 13
I.3.2.3- Fluence énergétique………..……….... 14
I.3.2.4- Débit de fluence énergétique………... 14
I.3.3- Grandeurs dosimétriques……….. 14
I.3.3.1- Dose absorbée………... 14
I.3.3.2- Débit de dose………... 15
I.3.4- Notion de dosimétrie en radiobiologie………... 15
I.3.4.1- Dose équivalente………... 15
I.3.4.2- Dose efficace………... 17
I.4- Effet moléculaire de l’interaction des rayonnements ionisants…………...……... 18
I.4.1- Mécanisme de la radiolyse de l’eau………... 19
I.4.1.1- La phase physique………... 19
I.4.1.2- La phase physico-chimique………... 19
I.4.1.3- La phase chimique………...………. 20
I.4.2- Structure de l’ADN……….. 21
I.5- Types de dommages radio-induits dans l’ADN……….. 24
I.6- Technique de relaxation de plasmide……….. 25
Chapitre II : Dosimétrie des solutions irradiées avec les rayons X ultra-mous II.1- Dosimétrie de Fricke……….. 28
II.1.1- Généralités……….. 28
II.1.2- Description de la dosimétrie de Fricke………... 28
II.1.3- Préparation des solutions………..………... 28
II.1.4- Mécanisme de la réaction………...………...………. 29
II.1.5- Mesure de la dose absorbée………...………... 30
II.2- Dispositif expérimental………... 31
II.2.1- Source d’irradiation……… 31
II.2.2- Conditions d’irradiation………... 33
II.3- Atténuation des photons X dans l’eau - Effet de l’agitation………... 34
II.4- Dosimétrie des solutions irradiées avec des rayons X ultra-mous……...………. 35
II.5- Effet de l’évaporation sur la valeur de la dose absorbée………... 36
Chapitre III : Irradiation d’ADN plasmidique et complexes ADN-acide aminé en solution aqueuse par les rayons X ultra-mous III.1- Introduction………...………... 38
III.2- Conditions d’irradiation………...……… 40
III.3- Préparations des solutions d’ADN………...……… 40
III.4- Protocole expérimental………... 41
III.5- Détermination des cassures de brins d’ADN………...…… 42
III.6- Considérations préliminaires……… 42
III.6.1- Résultats et interprétations………...………. 42
III.6.1.1- Relation : Diffusion des radicaux d’hydroxyle – Taux de cassure de brins d’ADN plasmidique………...………...………... 42
III.6.1.2- Effet de l’agitation sur le taux de cassure des brins d’ADN plasmidique... 45
III.7- Etude de l’effet de capture du Tris sur le taux des dommages radio-induits dans l’ADN plasmidique………...……….…………... 47
III.7.1- Quantification par gel d’électrophorèse ………... 47
III.7.2- Rendements radiolytiques ………...………. 49
III.7.3- Cassures simples et doubles brins–Rapport (CSB/CDB)………... 52
III.8- Effet de la température sur le taux des dommages radio-induits dans l’ADN plasimidique... 56
III.9- Séparation des effets directs et indirects………...……... 57
III.10- Etude de l’effet secondaire d’arginine sur l’ADN in-vitro………. 59
III.10.1- Expérience………... 61
III.10.2- Résultats et interprétations……….. 62
III.11- Conclusion……….………... 66
Chapitre IV : Irradiation de couches nanométriques d’ADN plasmidique par des protons dans la région du pic de Bragg IV.1- Introduction……….. 68
IV.2- Mode opératoire………... 69
IV.2.1- Préparation des cibles et irradiation par les protons……….…... 69
IV.2.2- Détermination des taux de cassure et des rendements radiolytiques………… 74
IV.2.3- Détermination des doses d’irradiation……….. 75
IV.3- Résultats………... 76
IV.3.1- Cassures simple brin et double brin……….. 76
IV.3.2- Sections efficaces……….. 79
IV.3.3- Rendements radiolytiques pour une cassure simple : G CSB ……….. 82
IV.4- Evaluation des rendements de cassures simples et doubles dans le domaine du pic de Bragg………...………...………... 83
IV.5- Discussion……… 85
IV.6- Conclusion……….... 89
Conclusion et perspectives………... 91
Bibliographie………...………... 95
0
Introduction générale
1
De nos jours, les processus d’interactions des rayonnements ionisants avec les tissus vivants, sont l’une des préoccupations majeures dans la compréhension et l’évaluation des effets radio-induits. Ce domaine de recherche est pluridisciplinaire, il fait intervenir à la fois : la radiobiologie qui s’intéresse à l’étude des effets des rayonnements ionisants sur la matière biologique (Escanye et Durand 2010), la radiothérapie, avec les méthodes de traitement locorégional des cancers, qui consiste à utiliser les rayonnements pour détruire les cellules cancéreuses en bloquant leur capacité à se multiplier (Escanye et Durand 2010), la radiologie qui désigne dans le domaine médical l’ensemble des modalités diagnostiques et thérapeutique utilisant les rayons X (Jimonet et Métivier 2007), et la radioprotection qui englobe l’ensemble des règles, des procédures et des moyens destinés à la préventions et à la surveillance visant à empêcher ou à réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants afin de protéger les populations qui y sont exposés, y compris l’environnement (Jimonet et Métivier 2007).
Les organismes vivants sont essentiellement constitués de molécules d’eau (65% dans l’organisme d’un adulte), par ailleurs, au cœur des cellules biologiques l’ADN joue un rôle prépondérant. L’ADN support de l’information génétique est une cible sensible des rayonnements ionisants. L’action des rayonnements se traduit par des dommages induits qui sont engendrés soit par effets directs, soit par des effets indirects via les produits de la radiolyse de l’eau. D’une manière générale les dommages dépendent de l’énergie absorbée par le milieu et de la nature du rayonnement ionisant. Pour cette raison on fait intervenir des grandeurs dosimétriques qui ont pour but de mesurer ou d’estimer la quantité d’énergie déposée dans un milieu. C’est la dose absorbée qui permet d’évaluer ces effets, elle détermine quantitativement l’énergie du rayonnement déposée par unité de masse de la matière en question.
Dans les recherches en radiobiologie on utilise généralement l’ADN plasmidique issu
de la célèbre bactérie E.coli. Cet ADN est exposé aux rayonnements ionisants en solution
aqueuse « phase liquide » ou sous la forme de couches sèches (état solide), voire en milieu
humide. En solution, les effets directs et indirects du rayonnement se manifestent d’une façon
compétitive, cela dépend de la composition chimique de la solution dans laquelle l’ADN est
dissous. Ces effets compétitifs peuvent être contrôlés et évalués expérimentalement en
modifiant la composition chimique de la solution, notamment en utilisant des capteurs de
radicaux libres (Tris et arginine dans notre cas) ou d’espèces oxygénées réactives. L’espèce
oxygénée réactive la plus agressive vis-à-vis de l’ADN et des autres molécules d’intérêt
biologique est sans contestation le radical hydroxyle (OH • ). Ses effets peuvent être observés
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aussi bien suite à l’irradiation d’ADN plasmidique avec des photons (rayons X et gamma) qu’avec des particules chargées (alphas, protons, …) ou neutres (neutrons).
Il existe un grand intérêt pour les applications des rayons X ultra-mous (énergie inférieure à 5 keV) à l'étude des effets biologiques des irradiations, cela en raison de leur dépôt d’énergie très local à l’échelle cellulaire, voire moléculaire. D’un autre côté, l’efficacité de la protonthérapie dans le traitement des cancers, soulève la question des mécanismes mis en jeu dans l’endommagement de l’ADN par ces particules et de l’obtention de grandeurs opérationnelles (sections efficaces, …) pour son amélioration. Le travail effectué au cours de cette thèse s’est articulé autour de deux axes principaux: l’irradiation de l’ADN en solution aqueuse par les rayons X ultra-mous (1,5 keV, Al Kα) et l’irradiation de l’ADN sec par les protons, dont l’objectif est d’étudier les dommages radio-induit (taux de cassures simples et doubles, rendements radiolytiques, sections efficaces…) suite aux irradiations.
De nombreux travaux sont déjà réalisés utilisant les rayons X afin d’irradier des échantillons d’ADN en solution. Cependant dans le cas des rayons X ultra-mous (1,5 keV, Al Kα) générés par un tube de rayon X à cathode froide, peu de recherches utilisant les rayons X dans cette gamme d’énergie existent en radiobiologie. Il existe en effet un verrou technique lié essentiellement à la très faible profondeur de pénétration des rayons X ultra mous dans la matière. L’originalité de l’étude présentée dans la première partie, est que l’irradiation est effectuée à la température ambiante et avec un volume important ce qui permet d’améliorer la statistique tout en utilisant un milieu cible assez proche du milieu biologique réel de l’ADN dans la cellule.
Les protons sont utilisés comme un outil de traitement des tumeurs cancéreuses, cette méthode est basé sur l’endommagement de l’ADN de la cellule cancéreuse, ce principe exploite ainsi une propriété spécifique des protons lors de leur transfert d’énergie, en particulier à la fin de leurs parcours dans la matière, connue sous le nom de pic de Bragg.
L’exposition d’ADN sec à des protons dans la région du pic de Bragg fait l’objet de la deuxième partie. Il n’y a pas à l’heure actuelle de données sur les taux de cassures simples et doubles ainsi que sur les rendements radiolytiques dans la région du pic de Bragg.
Ainsi, cette thèse s’inscrit dans la recherche en radiobiologie. Le manuscrit est
structuré en quatre chapitres qui s’organisent de la façon suivante :
3
Dans le premier chapitre, sont présentés les différentes notions fondamentales des modes d’interaction des rayonnements ionisants avec la matière, et les notions dosimétriques ainsi que les principaux mécanismes de la radiolyse de l’eau afin d’expliquer les effets directs et indirects des rayonnements sur l’ADN, pour cela il est nécessaire de présenter la structure et les diveres lésions de l’ADN.
Dans le deuxième chapitre la description de la dosimétrie de Fricke, qui demeure le seul moyen de mesure de la dose absorbée dans les solutions aqueuses est présentée en détails. On présente également le dispositif expérimental utilisé pour l’irradiation des solutions de Fricke, et ensuite des solutions d’ADN. Nous présentons également les conditions d’irradiations, à savoir les paramètres liés à l’utilisation du générateur des rayons X ultra-mous (1,5 keV, Al Kα) et les conditions d’agitation des solutions irradiées. Le débit de dose est déterminé à partir de la dose absorbée mesurée de façon absolue. C’est une grandeur fondamentale à partir de laquelle sont exprimées les grandeurs quantitatives qui décrivent les dégâts à l’ADN en solution.
Le troisième chapitre sera consacré à l’ensemble de l’étude de l’irradiation d’ADN plasmidique dans l’eau par les rayons X ultra- mous (1,5 keV, Al Kα). Dans ce chapitre nous présenterons le protocole expérimental d’irradiation, la méthode de détermination et de quantification des cassures simples et doubles brins (CSB et CDB) par gel d’électrophorèse, les rendements radiolytiques qui seront exprimés en fonction de la concentration des solutions en ADN et de l’influence des conditions du milieu environnant de l’ADN. L’influence de la concentration de la solution de Tris et d’arginine, ces derniers étant les deux capteurs des radicaux libres utilisés dans notre étude, sera étudiée. L’effet de l’agitation spécifique des solutions d’ADN, l’effet de la température, et la proportion des effets directs et indirects seront et présentés dans ce chapitre. Les résultats obtenus lors de cette étude sont ensuite discutés et interprétés.
Le quatrième chapitre présentera la mise en œuvre d’une nouvelle technique des dépôts de couches nanométriques d’ADN plasmidique. Ces derniers sont ensuite irradiés par des protons dans la gamme d’énergie du pic de Bragg. Pour réaliser cette étude, l’irradiation est effectuée dans la gamme d’énergies 90 – 3000 keV, afin de déterminer ensuite les taux de cassures simples et doubles brins (CSB et CDB) par analyse en gel d’électrophorèse de l’ADN. Pour cela, l’ADN est re-dissous suite aux irradiations à fluences ou doses variables.
Cela conduit à la détermination des sections efficaces et des rendements radiolytiques dans le
4
domaine du pic de Bragg. L’évaluation des différents résultats obtenus est suivie de l’analyse des résultats et d’une discussion.
La conclusion générale et les perspectives clôtureront cette étude afin de mettre en
lumière l’apport de ce travail au domaine de la radiobiologie.
4
Chapitre I
Concepts théoriques et
fondamentaux
5 I.1- Introduction
En radiobiologie il est indispensable de de connaître précisément les relations qui existent entre les paramètres physiques et les mécanismes de l’interaction des rayonnements ionisants dans le milieu biologique ceci afin de décrire au mieux les effets biologiques des rayonnements. Ces effets sont liés principalement à deux molécules, la molécule d’eau qui forme plus de 70% du corps humain, et la macromolécule d’ADN en raison de son rôle important dans toutes les cellules biologiques, c’est la substance porteuse de l’information génétique. La dosimétrie des rayonnements permet de quantifier l’énergie déposée dans la matière et en fonction des grandeurs dosimétriques mesurées on évalue quantitativement et qualitativement les modifications induites. La dose dépend essentiellement de l’énergie et du type du rayonnement, et des propriétés et de quantité de la matière irradiée pendant le temps d’irradiation.
Dans ce chapitre, nous décrivons les principaux concepts de l’interaction de la matière avec les photons et les particules chargées, leur processus d’interaction et les notions dosimétriques, ainsi que les structures chimiques de l’eau et de l’ADN irradiés.
I.2- Interaction des rayonnements ionisants avec la matière I.2.1- Interaction des photons avec la matière
Lors de l’interaction des photons X et γ avec la matière on distingue trois mécanismes d’interaction inélastiques: l’effet photoélectrique, l’effet Compton et la production de paire électron-positron (Le Sech et Ngô 2010), ainsi qu’un élastique ; la diffusion de Rayleigh- Thomson.
I.2.1.1- Effet photoélectrique
Dans ce cas le photon incident est complètement absorbé et disparaît par transfert de la totalité de son énergie lors de son absorption par la substance soumise à l’action du rayonnement. Si l’énergie du photon hν est supérieure à l’énergie liaison E l de l’électron, comme le montre la figure (I.1) ce dernier est éjecté de son atome avec une énergie cinétique E c égale à :
⁄ (I.1)
6
m e est v sont respectivement la masse et la vitesse de l’électron, et h est la constante de Planck.
Figure (I.1) : Processus de l’effet photoélectrique (Le Sech et Ngô 2010).
L’atome se retrouve sous forme ionisée, il s’en suit une réorganisation du cortège électronique de l’atome pour combler la lacune sur la couche de l’électron expulsé, en produisant un photon de fluorescence ou l’expulsion d’un électron d’une couche périphérique : c’est l’effet Auger.
I.2.1.2- Effet Compton
Contrairement à l’effet photoélectrique, l’effet Compton consiste à une transmission partielle de l’énergie du photon incident qui interagit par dissuasion élastique avec un électron atomique supposé libre. Il perd alors une partie de son énergie initiale hν et diffuse avec une énergie hν ’ et sa trajectoire forme un angle θ par rapport à la direction d’incidence, cette perte en énergie est transmise à cet électron qui peut, sous certaines conditions, être expulsé du cortège électronique avec un angle υ. Cet électron est appelé électron de recul ou électron Compton (Figure I.2). La différence entre les longueurs d’onde du photon incident λ (avant la collision) et le photon diffusé λ ’ (après la collision) est donnée par la relation de Compton :
(I.2)
c la célérité de la lumière.
7
Figure (I.2) : Processus de l’effet Compton (Le Sech et Ngô 2010).
I.2.1.3- Production de paires électron-positron
La production de paires est un processus qui se produit lorsque le photon incident pénètre dans le champ électrique du noyau. Sur la base de la conservation de l’énergie totale, ce processus impose que l’énergie du photon incident hν soit supérieure à 2 m e c 2 = 1,022 MeV. Ce photon disparaît alors en se convertissant en un électron et un positron, c’est la matérialisation d’un photon (Figure I.3). Le photon est électriquement neutre, et la conservation de l’énergie est évidemment vérifiée. On notera que le positron est un anti- électron.
Figure (I.3) : Processus de la production de paire électron-positron (Le Sech et Ngô 2010).
θ
υ hν ’
hν
e recul
8 I.2.1.4- Diffusion Thomson-Rayleigh
La diffusion Thomson est la diffusion élastique des photons sur des électrons libres (non lié à un atome), elle n’apparaît que pour des photons de faibles énergies (Booker 2009).
Durant cette interaction l’électron réémet un photon de même énergie que le photon incident.
Il n’a donc aucune absorption par le milieu (Ounoughi 2013). La direction de propagation de l'onde électromagnétique associée au photon change sans variation de l'énergie. Cette diffusion est similaire à la diffusion Rayleigh à la différence près que cette dernière s'effectue sur des électrons liés à des atomes.
Dans le deuxième et le troisième chapitre de notre étude, l’irradiation de l’ADN en solution s’effectue avec des rayons X ultra-mous (1,5 keV, Al Kα). A cette énergie l’effet photoélectrique et la diffusion Compton sont privilégiés, la production de paire électron- positron est absente. L’effet majoritaire est l’effet photoélectrique.
I.2.1.5- Atténuation des photons par la matière
L’atténuation d’un faisceau de photons monochromatiques étroit dans un milieu provient de l’absorption des photons selon les processus cités plus haut . La probabilité totale de subir une interaction avec la matière pour un photon incident est déterminée par le coefficient d’atténuation linéique (Fulford 2000). Cette atténuation suit une loi exponentielle décroissante (Le Sech et Ngô 2010) :
(I.3) I 0 : l’intensité du photon incident
I : l’intensité du photon transmis
μ: le coefficient d’atténuation linéique exprimé en cm -1 x : l’épaisseur du milieu traversé exprimé en cm
En raison de l’influence de la nature du milieu absorbant sur l’atténuation des photons, on définit ainsi μ m le coefficient d’atténuation massique exprimé en cm 2 g -1 (Le Sech et Ngô 2010) :
⁄
(I.4)
9
ρ : la masse volumique du matériau exprimée en g cm -3
σ tot : la section efficace totale d’interaction des photons exprimée en barn : 1 barn = 10 -24 cm 2 N : le nombre d’Avogadro
M : la masse atomique de la matière traversée Et on peut écrire alors (NIST) :
(I.5) x m : l’épaisseur massique exprimé en g cm -2
avec :
(I.6)
En fonction de la nature du milieu et de l’énergie des photons incidents, les trois effets se produisent avec des probabilités différentes On représente sur la figure (I.4) la contribution des trois processus de la photoabsorption par la matière.
Figure (I.4) : Evolution du coefficient d’atténuation linéique en fonction de l’énergie des photons pour les trois effets considérés (Le Sech et Ngô 2010).
La section efficace totale est égale à la somme des sections efficaces partielles.
avec :
10 σ : la section efficace de l’effet photoélectrique κ : la section efficace de l’effet Compton τ : la section efficace de la production de paires
L’effet photoélectrique est significatif dans la zone des faibles énergies (en dessous de 100 keV), et l’effet Compton domine pour les énergies hν inférieures à 1,022 MeV c’est-à- dire dans la zone des énergies intermédiaires, avant cette énergie la production de paires est nulle, Dans la zone des énergies élevées (hν > 1,022 MeV) l’effet de la production de paires est dominant. Ceci implique que pour des énergies de 1,5 keV le processus le plus significatif est l’effet photoélectrique.
I.2.2- Interaction des particules chargées avec la matière
I.2.2.1- Mécanisme de l’interaction des particules chargées avec la matière
Les particules chargées (lourdes ; essentiellement les noyaux : 1 H + : proton, 2 H + : deuton, les particules α, et les ions positifs ou légères comme l’électron) (Foos 2009), perdent leur énergie en traversant la matière par collision avec les électrons ou avec le noyau atomique.
I.2.2.2- Le pouvoir d’arrêt
La perte d’énergie dE par unité de distance parcourue dx de la particule incidente dans la matière représente le pouvoir d’arrêt S (en anglais : Linear Stopping Power) est donnée par :
⁄ (I.7)
S peut par exemple être exprimé en keV/µm, il est définit comme étant la somme de
trois termes (Le Sech et Ngô 2010), le pouvoir d’arrêt de l’interaction avec les électrons, avec
le noyau et le pouvoir d’arrêt radiatif. En fonction de l’énergie des ions incidents l’un de ses
termes est dominant, si l’énergie est de l’ordre du MeV, l’interaction est due principalement
aux collisions inélastiques avec les électrons du milieu traversé, et le terme de l’interaction
avec les noyaux atomiques du milieu se produit essentiellement pour des collisions élastiques
à faibles énergies (de l’ordre du keV).
11
L’expression du pouvoir d’arrêt S est donnée par la formule de Bethe (Foos 2009) :