MÉTHODE D’ANALYSE DU NOMBRE DE CHROMOSOMES
DANS LES CELLULES GERMINALES
DU BELIER
0. BOMSEL-HELMREICH
Station de Recherches de
Physiologie animale,
Centre National de Recherches
Zootechniques,
Jouy-en-Josas.La constance du nombre
chromosomique
dans une mêmeespèce
est
généralement admise,
mais cetteposition
très stricteparaît susceptible
de révision à la suite de travaux récents. D’une
part,
des cas d’hétéro-ploïdie spontanée,
ont étésignalés ;
ils’agit généralement d’embryrons triploïdes, ou plus
rarementd’aneuploïdes (chez
laSouris,
BEATTYet FISCH-BERG 1949,
1951 );
d’autrepart,
de nombreux auteurs ont décrit dans différents tissus uneaneuploïdie
naturelle : le nombre de chromosomes n’est pas lemultiple
exact du nombrehaploïde.
BEATTY( 1954 )
dans sarevue
générale
sur cesujet indique qu’apparemment
le nombre de chromo-somes varie assez peu dans
l’embryon
nondifférencié;
cette variation semble commencer à se manifester entre lagastrulation
et la formation desébauches ;
BEATTY dit trèsjustement
que, s’il estpeut-être trop
tôtpour conclure que la variation du nombre de chromosomes est une carac-
téristique
de tous les tissussomatiques
desMammifères,
dumoins,
tousles travaux récents s’orientent dans ce sens. Par contre, la stabilité du nombre
diploïde
dans le tissugerminal
n’ajamais
été mise en cause. C’estpour cette raison que nous avons choisi le testicule pour vérifier le nombre de chromosomes du Mouton.
Un certain nombre d’auteurs ont étudié les chromosomes du Mouton, l’ensemble de leurs résultats
figure
sur le tableau I.On voit
qu’il
n’existe pas une identité de vue entre les différents auteurs, les nombres lesplus fréquemment
retenusétant 54
ou 60.B
ERRY
explique
cesdivergences
par une différenced’interprétation :
les 6 chromosomes en forme de V seraient
comptés
pour 12 chromosomesen bâtonnet. Nomxov et BRCCE voient 60 chromosomes en
bâtonnets ;
ilsinterpréteraient
donc les 6 V comme 12 bâtonnets se chevauchant parune
extrémité ; cependant
une telleexplication
n’est pas valable pour toutes les donnéesantérieures ;
eneffet,
KRALUNGERcompte
60 chromo-somes, tout en
signalant plusieurs
!-;ÂHMED,
aucontraire,
nesignale
que 3V et
compte pourtant
54 chromosomes.Il est
frappant
deconstater,
en étudiant lesprotocoles expérimen- taux,
que, leplus
souvent, les auteursn’indiquent
pas àpartir
de combiende numérations ils ont déterminé le nombre
diploïde caractéristique
del’espèce ;
etquand
le nombre est donné il s’avèrequ’il
n’a été faitqu’un petit
nombre decomptages ;
BERRY seulindique
avoircompté
pour le Mouton «plus
de6 5
divisionsspermatogoniales » ;
cet auteur, du reste, nesignale
pas de variation. C’estpourquoi
il nous a semblé nécessaire de baser nos observations sur un nombreimportant
de numérations.I. -
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
A. - Matériel.Nous avons utilisé au total 12 Béliers soit : 7
Béliers Ile-de-1’!rance :
i
âgé
de m semaines.2
âgés de ! mois 1/2 ,
i
âgé
de 6mois,
2
âgés
de 8mois,
i
âgé
de 9mois,
i Bélier I,imousin de 6
mois ;
i Bélier Southdown de 8 mois : 3 Béliers Mérinos d’Arles
âgés
de :6
mois,
6 mois
1 j 2 ;
z mois.
et
compté 5 6 7
mitosesgoniales.
Pour nous permettre de vérifier notre
technique
d’écrasement sur un matériel autre que leBélier,
nous avonségalement
examiné 3 Rats Wistarâgés
de 3 mois etcompté y Cy
mitosesspermatogoniales
sur cesanimaux.
B. - Les méthodes utiliaée. el leur valeur.
1
. - Importance du délai de fixation après la mort.
I,a
plupart
des auteurs étudiant les chromosomessignalent
combienune fixation
rapide
des tissus estimportante
pour l’observation des mitoses. R. ORTAVANT(communication personnelle)
a constaté des ano-malies
cytologiques
dans les cellulesgerminales
du Bélierquand
la fixa-tion est faite
plus
de 3minutesaprès
la mort del’animal ;
des variations du nombre de chromosomespourraient
en résulter.Pour éclaircir ce
point,
nous avonscomparé
lafréquence
des mitoseset la facilité de dénombrement des chromosomes à des
temps
variablesaprès
la mort. A cet effet desfragments
de testicules des deux Béliers Mérinos d’Arles MA2 etMA 3 ,
ont étéfixés,
soit dans les trois minutesqui
suiventl’abattage,
soit une,deux,
trois et huit heuresaprès
la mort, le testicule étant conservé telquel
dans l’intervalle à unetempérature
de20°C. Les
prélèvements
étaient fixés au Bouin-Hollande et la coloration faite par la méthodeFeulgen-Bleu Alcyon ; les
coupes servant aux numé- rations étaient d’uneépaisseur
de 10 y.. Pourchaque temps
nous avonscompté
les mitoses de 350 tubesséminifères,
les tubes étant de section ronde etd’aspect
normal et les coupes venantchaque
fois de2 régions
différentes du testicule.
Nous avons
compté
le nombre demitoses, prophases
etmétaphases spermatogoniales,
méioses et stades ducycle spermatogénétique. Jusqu’à
trois heures
après
la mort, iln’y
a pas d’altérationmorphologique
sen-sible des
tissus,
le nombre de mitoses ne diminue considérablement que 8 heuresaprès
la mort. I,e nombre de noyaux en pycnose reste sensible-ment
égal
à celui dutemps
0 même à 8 heures.2
. -- Dénombrement des chromosomes.
a) Di f f icultés !ro!res
au.xAl amrnifères.
Chez tous les
Mammifères,
la détermination du nombre exact de chromosomes est difficile. Ce nombre est trèsgrand,
engénéral
ildépasse
la
trentaine ;
aussi les mitosesgoniales,
tellesqu’on
les observe sur des coupessériées,
ne seprêtent guère
à une détermination aisée des chromo-somes. Il faut une véritable reconstruction dans
l’espace
dechaque
noyauen
prophase
ou enmétaphase ;
en outre chez lesOvins,
les chromosomes ont tendance à se chevaucher enprophase
comme enmétaphase.
b)
La méth.odeclassique
et sacritique.
Depuis
une dizained’années,
laplupart
descytologistes qui
font desnumérations de chromosomes chez les Mammifères utilisent la
technique d’écrasement,
enparticulier
tous les auteurs que nous citonsdepuis
ig 5
i. Par
ailleurs,
le tissu testiculaire des Mammifères étant difficile àécraser, depuis
les travaux de I!sL! et Pm1ERAT( 1053 ),
on faitgénéra-
lement
précéder
la fixation par unséjour
dans une solutionhypotonique qui
facilite l’étalement enagissant
sur le fuseauachromatique.
Les
techniques
d’écrasement que BELUlB’Gemploya
enpremier
en192
6,
sur du matérielvégétal,
donnent des résultats meilleurs que les déterminations àpartir
de coupeshistologiques.
Lesprélèvements
detissus sont fixés dans l’alcool
acétique;
ensuite ils sont écrasés directementdans un colorant
acétique,
ou bien ils sont colorésd’après
la méthode deFeulgen
et écrasésensuite ;
mais cespréparations
pâlissentrapidement.
Les auteurs désirant des
préparations permanentes,
sontobligés
de décollerlame et lamelle
après
l’écrasement pour monter lapréparation
dans lebaume du Canada.
I,e décollement de la lamelle et de la lame pour le
montage
dans le baume du Canada est uneopération
hasardeusequi peut
facilementproduire
des déchirements dans l’écrasement et parconséquent
despertes
de chromosomes. Nous avons recherché un milieuliquide
de conservationpermettant
un maintien de la colorationpendant plusieurs
semaines sansdéplacement
de la lamelleaprès
l’écrasement.Nous avons utilisé la
technique
suivante :I,es tubes séminifères
séjournent
immédiatementaprès l’abattage
ou la castration
pendant
20 minutes dans une solution de chlorure de sodiumhypotonique
à o,4! p. 100à3 8°C (V!NC!).
Ils sont ensuite fixés à l’acoolacétique 3/1 puis
colorés in toto par la méthode deFeulgen
avec untemps d’hydrolyse
court( 7
minutes à58!);
ilspassent
dans un bain d’acidelactique
à 40p. 100( 35 minutes)
d’acideacétique
à 45 p. 100( 15 minutes),
de
chloral-phénol
d’Amann( 1 ) ( I minute).
Enfin ils sont écrasés avecla
pointe
d’uneaiguille
entre lame et lamelle dans unegoutte
de baume mêlée à unegoutte
desalicvlate
deméthyle.
On lute lapréparation
au DuNoyer
et au vernis àongles.
Ces
préparations
en milieuliquide
se conserventplus
d’un an sansdécoloration.
c) Di f f iczcltés propres
au Bélieret
technique originale de préparatiou
desobjets.
Comme nous le verrons
plus loin,
dès le début de notretravail,
nousavons observé une variation manifestement erronée du nombre de chro- mosomes : un étalement insuffisant en était la
raison,
sansqu’il
soit pos- sibled’y
remédier par unepression
d’écrasement élevée. Aussi avons nousété amenés à améliorer notre
technique
de lafaçon
suivante :Nous avons cherché un facteur
agissant
sur la viscosité ducytoplasme
et les liaisons intercellulaires.
qui
faciliterait ainsi les dissociations cellulaires au moment de l’écrasement.I,’hvaluronidase
en solution dans le bainhypotonique ( 5 oo
unités VRU dans 5 ce de solutionhypotonique
ào,
4j p. ioo de chlorure de
sodium),
s’avéra très efficace. En mêmetemps
nous avons
oxygéné
cettesolution,
pour établir une véritable survie desfragments testiculaires en présence d’hyaluronidase en milieu physiologique.
I,’action
conjuguée
del’hypotonie
et del’hyaluronidase
s’est révélée très intéressante, mais seulement en milieuoxygéné.
Non seulement la numération des chromosomes devenaitplus aisée,
car l’écartementIl) 1(Elan!e ’[’hydrate de chloral cri sI. et de phénol crist. 2/’. < .
entre chromosomes devenait
plus grand,
mais le nombre des mitoses utilisablesaugmentait.
C’est une améliorationimportante,
car unegrande
sévérité dans le choix des mitoses
prises
encansidération,
a pour contre-partie
une lenteur considérable dans l’accumulation desanalyses,
de 90 à 95 p. 100 desimages
devant être éliminées.d)
Critères.’f!y!/ys!.
Les numérations de
chromosomes
ont été faites sur desprophases
etdes
métaphases
de mitosesspermatogoniales
à tous les stades ducycle
de la
spermatogénèse ;
c’est-à-dire sur desspermatogonies A,
intermé- diaires ou B suivant laterminologie
de R. OR!_waN·r( 195 8).
Nos critères
d’analvse
étaient les suivants :- Cellules en division nettement isolées les unes des autres, ne se
trouvant pas sur le bord d’une
plage
d’écrasement.- Critère «
esthétique
» : ensemble des chromosomes de la mitosegroupés
sansrupture apparente
dans un cercle dont le centre est celui de laplaque mitotique ;
pas de chromosomes isolés àproximité
de la mitoseconsidérée.
- Chromosomes nettement
séparés
les uns des autres.- - Présence de 6 chromosone en V.
- Contrôle de nos numérations par un deuxième
observateur,
notamment dans le cas des
gonies
à nombre aberrant.Il. -
RÉSULTATS
A. - l,a carte
chromosomique.
Afin de mieux connaître la
morphologie
des chromosomes duBélier,
nous avons établi à
partir d’agrandissements photographiques
une cartechromosomique.
Dans une
spermatogonie
normale de 54 chromosomes, il y a 6 chro-mosomes en V que l’on groupe facilement en trois
paires homologues
dont deux
plus grandes
et uneplus petite.
I,es autres chromosomes sont en forme de bâtonnets dont la taille décroîtrégulièrement ; l’appa-
riement deux par deux devient donc délicat. On
peut cependant distinguer
les 6
plus grands
bâtonnets(les
deuxpremiers
sont nettementplus grands
que les
autres)
et les 6plus petits,
presquepunctiformes.
dernierchromosome est nettement
plus petit
que tous les autres(fig.
2 et3 ).
B. - Besoitats obtenus avec la méthode
classique
d’éerasemeiit.i. - Chez le Bélier.
Une
première
série de 262 numérations faites surBéliers
de raceIle-de-Trance ou Limousins dont
l’âge
allait de m semaines à 8 mois mon-trait une variation
importante
du nombrediploïde.
I,e nombre de chro-mosomes variait de 45 à 62 avec un mode à
peine marqué
autour de !!.L’origine
de cette variation était-elle dueuniquement
à latechnique ?
2
. - Chez le Rat.
Pour
apprécier
la valeur de cettevariation,
nous l’avons vérifiée sur un autre matérielbiologique,
le Rat.Un nombre
plus important
de travaux a été fait sur le nombre de chromosomes du Rat(Rathts norvegicus)
que sur ceux du Bélier. Ce nombre est fixé à 42,depuis
les travaux de MrNOUCHi( 19 28) qui
donna à cetteoccasion une belle
critique
des résultatsprécédents.
De nombreux au-teurs ont
repris
le mêmesujet;
en dernier lieu.Tjio
et 1,EVA!,,’( 195 6)
ontanalysé
à l’aide deplusieurs idiogrammes
lamorphologie
des chromosomes du Rat. Le nombreindiqué
esttoujours
nettement de 42 chromosomes.Notre courbe de variation pour le Rat
(nous
avons utilisé au total1
6
4 numérations) indique
clairementqu’il n’y
a pas de variation véritable du nombre de chromosomes ; le mode de 42est très net. Il y a une différence évidente entre cette courbe et les courbes des Béliers(fig. z 3 ).
La méthode
classique
est donc satisfaisantequand
ils’agit
du testiculedu Rat; elle ne l’est pas pour le testicule du Bélier.
Remarquons
que les mitoses du Rat sontplus lisibles,
car le tissu testiculaire seprête
mieux àl’écrasement et l’étalement des chromosomes est meilleur.
C. — Résultats obtenus avec la
technique originale
de
préparation.
En utilisant l’action de
l’hypotonie
et del’hyaluronidase
en milieuoxygéné,
l’étalement des chromosomes des mitosesgoniales
du Bélieratteignait
unequalité égale,
sinonsupérieure,
à celle obtenue chez leRat par la traitement
hypotonique
seul. Nous avons alors étudié aveccette
technique
7 Béliers de raceIle-de-hrance,
Southdown et Mérinos d’Arles dontl’âge
allait de 4 moisi /2
à m mois(Tableau II).
Nous avons
compté
environ 50 mitoses par animal. Toutes les courbes defréquence
des chromosomes ont une allure semblable et accusent unmode pour la valeur 54. Elles diffèrent donc de celles obtenues avec la méthode
classique ; cependant
ladispersion
reste d’une dizaine de chromo-somes
(fig. 8-i2).
Soulignons quelques
aspects de ces courbes.La
technique
de l’écrasement détruit évidemment toutrepère topo- graphique
dans lapréparation.
I,esspermatogonies
setrouvent,
de par leurposition
dans le tubeséminifère, proches
les unes des autres et entrentsouvent en division d’une manière
synchrone.
Aussichaque
fois que nousavons trouvé une
plaque mitotique
de 108chromosomes,
nous l’avons considérée comme étantcomposée
de 2 mitoses voisines et non comme unegonie tétraploïde.
Il en était de même pour lesgonies,
assez rares, où lenombre de chromosomes se
place
entre7 8
et 108chromosomes ;
nous ne les avons pas mentionnées sur noscourbes,
les considérant comme unegonie
normale et unfragment
d’unegonie
voisine.Nous avons trouvé
cependant
une dizaine de cas degonies
à 8r chro-mosomes avec 9 chromosomes en
!’;
nous lessignalons
sanspouvoir
affirmer leur caractère
triploïde (fig. 8).
Il. -
Étudt>
des mitosespost-mortem
dans le (cstit’utc de Bélier.
Cependant
notretechnique originale
d’écrasement rendaitimpossible
une fixation
rapide
des tubes séminifères. Il sepouvait
que l’altération des tissusaprès
la mort était trèsrapide
bien que nousn’ayons
pas observé de variations du nombre de mitoses(nous
l’avons vuprécédemment).
I,e délainécessaire à la
préfixation
entraînait-il des anomaliescytologiques
importantes ?
Aussi
parallèlement
à l’étude de lafréquence
des mitosespost-mor-
tem, nous avonségalement
fait des écrasements( 50
àchaque temps)
defragments
de tubes séminifères i, 2, 3 et 8 heuresaprès
la mort. Nous lesavons
comparés
avec deux séries d’écrasements faits avec les deux tech-niques signalées plus
haut, l’une avecsimple préfixation
dans une solutionhypotonique,
l’autre avecpréfixation
dans une solutionhypotonique
avecoxygénation
ethyalurouidase.
Les écrasements confirmaient les indications fournies par les coupes ; le nombre de mitoses
spermatogoniales
pour l h, 2 h et 3 h était contpa- rable à celui du temps 0,(c’est-à-dire
fixation àl’abattage).
Pour i h et2
h,
les mitosesspermatogoniales permettaient
des numérations de chro- mosomes, mais à mesure que letemps
de la fixations’éloigne
du momentde
l’abattage,
les chromosomes deviennentplus
nous et se collent les unsaux autres, rendant la lecture du nombre de chromosomes de
plus
enplus dithcile;
àpartir
de 3heures,
il n’estplus possible
de faire desnumérations,
même en maintenant les
fragments
de testicule en milieuphysiologique
o!y-,géné.
. III. - DISCUSSION
J,es variations inhabituelles du nombre de chromosomes que nous avons observées nous ont
surpris.
Plusieursexplications peuvent
en être données.On est
frappé
tout d’abord par le faitqu’eu modifiant
latechnique,
ou est arrivé à améliorer considérablement les
analyses
dans le sens d’uneplus grande
stabilité autour du nombre 5.!. On serait donc en droit de penser, que les variations encore observées tiennent à unetechnique
défec-tueuse,
bienqu’il
ne nous semble paspossible
del’améliorer, compte
tenu desmultiples
essais effectués.Pour vérifier indirectement cette
hypothèse,
nous avons établi les cartes de chromosomes. I,es fractionnements ouagglutinations portaient
uniquement
sur les chromosomes moyens : il nepouvait
doncs’agir
d’unsimple
morcellement desgrands
chromosomes sous l’effet de l’écrasement.Malheureusement une
comparaison
de lalongueur
totale des chromo-somes est rendue aléatoire en raison des faibles différences de taille des chro-
mosomes entre eux et de leur
petite
taille engénéral.
Des facteurs
spécifiques pouvaient
intervenir ici. En effet Roosi x- RurrGE(1 953 )
avait montré que chez le Rat des divisionsspermatogo-
niales avaient lieuplusieurs
heuresaprès
la mort. Peut-être n’en était-il pas ainsi chez les Ovins ? Une nécroseaccompagnée
d’uneagglutination possible
des chromosomespost-mortem
intervenaitpeut-être rapidement ?
.!’Nous avons vu que les modifications visibles ne se
produisaient qu’après
un délai nettement
supérieur
à celui nécessitépar le
traitementhypotonie- hyaluronidase. Cependant, plus
le délaiaprès
la mort estgrand, plus
leschromosomes ont tendance à
s’agglutiner
et l’absenced’oxygénation
accuse cette tendance.
Des traitements
pendant
untemps
très limité et le maintien du tissu dans un milieuoxygéné pendant
lapréfixation
sont donc trèsimportants.
Des modifications
post-mortem
rendraientcompte
du nombre infé- rieur à 54 maisn’expliqueraient
pas les nombressupérieurs.
Notons que lafréquence
desfigures
à nombresupérieur
à jqn’augmente
pas avec le délaipost-mortem.
Il n’en reste pas moins vrai que les courbes de
fréquence
du nombre dechromosomes des mitoses
spermatogoniales
chez leBélier,
diffèrent sensi- blement de celles du Rat.Nous avons
également pensé
que les variationspouvaient
être lereflet
d’hybridation
entre des races de Mouton à nombre différent de chro-mosomes. I,es
premiers
animaux étudiésprovenaient
en effet de racesovines résultant de croisements récents comme l’Ile-de-Françe. Mais
depuis
nous avons utilisé non seulement des Béliers Ile-de-France mais aussi des Béliers de races fixées comme le Mérinos d’Arles ou très fixéescomme le Southdown.
N’ayant
pas constaté dedifférence,
nous pensons quel’origine
de la variation du nombre ne se trouve pas dans des différences raciales.I,’âge
et la maturité sexuelle ne sont pas nonplus
le facteur détermi-nant, contrairement à
l’hypothèse
de SCHMIDTKE. Celui-ciexplique
leséventuelles variations du nombre de chromosomes trouvés par VENGE
( 1952
)
sur leI,apin impubère
et par lui-même( 1955 )
sur lejeune Lapin
et le
jeune
Bélier par une variabilité assezgrande
du tissugerminal
avantla maturité sexuelle et
qui disparaitrait
ensuite. Nous avons nous-mêmeexaminé des Béliers
impubères,
mais nous avons abandonné ce matérielcar nous ne
pouvions
être sûr dedistinguer
mitosesgerminales
et mitosessomatiques.
En effet CLERMONT et P!R!,y
(rgj 7 )
ontprouvé
chez le Ratimpu-
bère la
présence
dans un même tube séminifère de divisions degonocytes
et de divisions de cellules de soutien
(futures
cellules deSertoli) qui
sontdes cellules
somatiques.
Il
n’y
a pas nonplus
de relations entre cette variation et l’activitéspermatogénétique
saisonnière. I,esabattages
ont été faits tout lelong
del’année,
enphotopériode
courte comme enphotopériode longue.
Enfin les
numérations
à nombre aberrant se trouvent indifféremment à tous les stades ducycle
de laspermatogénèse,
c’est-à-direqu’il s’agit
aussi bien des mitoses de
gonies
A que degonies
B.I,a variation est-elle due à la
présence
d’hétérochromosomes mul-tiples?
BERRY(zg 4 i)
etMAKINO(ig,5 i) supposent
que le chromosome Y seraitun chromosome rond nettement
plus petit
que les autres. Nous aussi avonspresque
toujours
observé un telchromosome ; cependant,
suivant le stade de la mitose et laqualité
del’écrasement,
il arrive que l’on nepuisse
pas ledistinguer
des chromosomes de laplus petite
classe detaille ;
c’est pour cela que nous n’en avons pas fait un critèred’analyse.
Par contre, nous avonsobservé deux ou trois cas oit il y avait deux chromosomes nettement
plus petits
que les autres.Nous retrouvons dans les bivalents de la division des cytes
I,
a côté des trois bivalents nettementplus grands
que les autres etqui correspondent
auxtrois
paires
de chromosomes en V, un bivalent en forme de crochet tout à faittypique.
Ilprovient
sans doute del’accouplement
duplus petit
chromo-some avec un autre de taille moyenne, et
pourrait correspondre
aux hété-rochromosomes
XV ;
nous avons trouvéparfois
desplaques
de bivalentscomportant
deux de ces crochets. Le reste des bivalents est de taillerégu-
lièrement
décroissante ;
de toutefaçon,
iln’y
a pas de numérationrigou-
reuse
possible pendant
la diacinèse en raison de leur contraction. Cette contractionplus
ou moinsgrande
rend toute individualisation et compa- raison des bivalents incertaines.Donc pour les raisons que nous venons
d’énonce!,
il ne semble pas que laprésence
d’hétérochromosomesmultiples puisse
fournir uneexplication
aux variations observées.
Les variations seraient-elles dues à des transformations robertso- niennes ? WAHRMANN et ZAHAVI
( 1955 )
observent unpolymorphisme chromosomique
des autosomes dans unepopulation
d’unpetit
rongeur GerbillusPyra111 idmn. F ORD ,
HAMMERTON et SHARMAN( 195 6-57)
ob-servent un
polymorphisme
semblable surplusieurs populations
d’un autrerongeur Sorex .4!<’:MeMX. Ce
polymorphisme
varie d’une année à l’autre.Cependant
les variations des autosomes dans ces deux cas suivent les lois de Ror3F!.RTSOV : le nombre de braschromosomiques
restetoujours
lemême.
Il n’en est pas ainsi dans nos
variations, puisque
l’un de noscritères,
arbitraire et
limité&dquo;
il estvrai,
estjustement
laprésence
constante de6 chromosomes en
V,
c’est-à-dire que lesvariations jouent
seulement sur leschromosomes en bâtonnets.
Ces deux cas de
polymorphisme chromosomique
chez les Mammi- fères sont à l’échelle despopulations;
le troisième cas cité chez les Mammi- fères est celui de l’homme par KODANI(i9!7).
Cet auteur détermine lenombre de chromosomes de 21 individus adultes : seize ont
4 8
chromo-somes,
quatre
en ont4 6
et un 47. Cette différence du nombreproviendrait
de deux
petits
autosomes surnumérairesqui
sont tantôtprésents,
tantôtabsents. L’auteur a déterminé ces nombres surtout à
partir
de bivalents desspcrmatocytes
I, et nous avons vuqu’il
est difficile de se prononcer dans lesdiacinèses,
mais ces données sont confirmées parquelques
numéra-tions faites sur des
spermatogonies.
Chez les
Invertébrés,
la récentepublication
de I3xncxR.aFr>( 195 8) indique
unpolymorphisme
à l’échelle individuelle. Eneffet,
sur une popu- lation de NemobiarsSylvestris (Grylloidea),
cet auteur trouve sur les mêmeslarves,
des mitosesspermatogoniales
à nombredifférent,
le nombrede V et de
grands
bâtonnets restantcependant toujours
le même, un Vpouvant remplacer
un bâtonnet.Peut-être le
phénomène
que nous avons observé est-il d’ordre com-parable.
RËSUMË
’Les chromosomes de
5 6 7
mitosesspermatogoniales
provenant de douze Bé- liers de races différentes ont étécomptés.
Les numérations ont été faites surdes écrasements selon les
techniques classiques
après unséjour
dans une solu-tion
hypotonique.
Latechnique
usuelle a été améliorée parl’emploi
del’hya-
luronidase et d’une
oxygénation pendant
lapréfixation.
Les numérations montrent que la classe la
plus
nombreuse est celle de54 chromosomes ; toutefois une variation allant de
4 6
à 60 chromosomes a été constatée(environ
17 p. 100 des numérations ont moins de 54 chromosomes,65
p. 100en ont 54 et 18 p. 100plus
de 54chromosomes).
Des numérations faites chez le Rat n’ont, par contre, montré aucune variation autour de 42 chromo-somes.
Les causes des variations
enregistrées
sont discutées.SUMMARY
Chromosome counts have been carried out on twelve rams of different breeds ;
5 6 7 spermatogonial
mitoses have been studied.Counting
was done onpreparations
obtained by the classicsquash
method : smallpieces
of testisare left in a
hypotonic
solution, fixed in acetic alcohol,heulgen-coloured
andsquashed ;
thistechnique
has beenimproved
by using h5-aluronidase and oxy-genation during prefixation
in thehypotonic
solution.Chromosome counts showed that the most
frequent
class is 5.! chromo-somes,
although
there was a variation between4 6
and 60 chromosomes(about
1
p. 100 of the numerations showed less than 54 chromosomes,
6 5
p. 100 showed 54 chromosomes, r8 p. roo morethan 5 4 chromosomes).
However, incontrast, counts made on the rat did not vary from 42 chromosomes.
The causes of these variations are discussed.
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