A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION A
G. W ATAGHIN
Sur une théorie non locale
Annales de l’I. H. P., section A, tome 1, n
o1 (1964), p. 47-53
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p. 47
Sur
unethéorie
nonlocale
G. WATAGHIN Ann. Inst. Henri-Poincaré,
Vol. I, n° 1, 1964,
Section A : .
Physique
théorique.1. Considérations
préliminaires.
- Lesexpériences [1]
sur les colli- sionsélastiques
à hauteénergie
démontrent directement l’existence d’un« cut-off » soit du « moment
transféré »,
soit desénergies
finales desparticules
émises dans la
collision,
si cesénergies
sont mesurées dans des référentielsspécialement
choisis dénommés « référentiels de vertex »(«
vertexframes
») [2].
Dans ce
qui suit,
nous allonsaccepter
ces résultats et en déduire la non-localité des
interactions,
ainsi que la nécessité dedécrire,
en utilisant les domaines étendus àquatre dimensions,
la structure desparticules
élémen-taires
ayant
une masse au repos, différente de zéro.Il est
possible d’interpréter
cettedescription
en introduisant une matrice de densitéuniverselle, qui permet
de calculer des moyennes pourchaque
observable définie dans
l’espace-temps
etqui
contient une constante uni-verselle dénommée «
longueur
fondamentale » 1 =2M ’ -1
p oùMp
est une cons- tante de l’ordre de la masse duproton (on
utilise les unités fi. =1,
c =1).
L’existence de cette matrice universelle
Dl
est liée à l’interaction dechaque particule
avec le « vacuum » et parconséquence
aussi à la structure quan-tique
des instruments de mesure et des référentiels[3].
La covariance de la théorie non
locale, proposée ici,
parrapport
au groupe de Lorentz est vérifiéerigoureusement
et sera discutée en cequi
suit. Lesprincipes
de causalitémacroscopique
et de l’unitarité sont aussi satisfaits.2. Introduction des
opérateurs
de « cut-off » dans les hamil-toniens d’interaction et dans la matrice S. - Les considérations suivantes se réfèrent aux interactions fortes et faibles
qui
ont le caractèrede faible
portée
et auxphénomènes électromagnétiques
où l’interactionANN. INST. POINCARÉ 4
48 G. WATAGHIN
avec le vide
joue
un rôleimportant
comme dans tous lesproblèmes
de self-énergie
et de l’interactionphoton-photon.
Commepoint
dedépart
nousacceptons
la validité desrègles
A et B suivantes énoncées et discutées dansune Note
précédente.
Soit H’ l’hamiltonien d’interaction et ~’ la densité hamiltonienne définis
en
employant
lareprésentation
dansl’espace
des moments et la secondequantification
deschamps
et contenant les termes construits avec des pro- duits desopérateurs
de créationa;,
... et de destruction ap, ... departicules
et soit V un vertex d’un
diagramme
de la matrice S(obtenue
àpartir
deH’,
par
exemple,
au moyen de la méthode de Tamm et Dancoff ou par la méthode deperturbation).
Achaque opérateur
de création et de destruction en H’la théorie non locale associe un
opérateur
de « cut-off » G* ou G fonctiondes invariants relativistes définis ci-dessous en accord avec les
règles empi- riques
A et B suivantes[2] :
Règle
A : Enchaque
vertex V il existe un référentiel nommé « référentiel de vertex »(cc
V-frame»),
pourlequel
lesmoments p
desparticules phy- siques
annihilées ou créées dans ce vertex,possèdent
unspectre
différentiel limitéstatistiquement
par un « cut-off » pour les valeursde 2Mp
= /-1de telle
façon
que la valeurmoyenne ||> de p 1
satisfait la relationRègle B :
Pourchaque ligne
interne d’undiagramme
de la matrice S l’invariant du moment transféré1/ ~ q2 j [
= A est limitéstatistiquement
par un « cut-off » et satisfait la relation
Les données des rayons
cosmiques indiquent
que lacomposante
transverse p,-+
de
l’impulsion
p satisfait(pour
le cas des «jets»)
en moyenne la relationd’où l’on
peut
déduire que, dans cescollisions,
la relation(2)
est vérifiée[5].
Ces
règles empiriques peuvent
servir commepoint
dedépart
pour la for- mulation d’une théorie non locale.Le référentiel
V,
dont l’existence estpostulée
dans larègle A,
est connupour un certain groupe de cas par un examen direct des résultats de l’obser- vation des collisions à haute
énergie [2],
maisjusqu’à présent
lajustification
théorique
du choix de ce référentiel V nepeut
être obtenue que seulement dansquelques
cas. Ce choixdépend
de la nature del’approximation qu’on
49
SUR UNE THÉORIE NON LOCALE
applique
pour calculer la matrice S.Ainsi,
si l’on écrit l’hamiltonien(dans l’espace
desmoments)
d’unproblème
stationnaire relativiste de Lee et si l’onimpose
des restrictions sur les nombres desparticules qui
rendent ceproblème
exactementsoluble,
onpeut
introduire danschaque
terme del’hamiltonien d’interaction les facteurs de « cut-off » de la manière
indiquée
ci-dessous et l’on trouve que le référentiel V en résulte
univoquement
défini
[6]
pourchaque
vertex par la condition que c’est le référentiel du centre des moments(CM).
Le même choix(CM)
estimposé
par des considérations desymétrie
dans le cas de l’annihilation d’unepaire (d’une particule
etd’une
anti-particule).
Pour le cas d’un choc
élastique
ou,plus généralement,
d’undiagramme
à quatre
lignes
externes, le référentiel d’un vertex s’obtient enpartant
de la solution du casprécédent,
parl’application
de la loi desubstitution,
enpassant
d’une réaction à une « crossed reaction ». On trouve que le réfé- rentiel V est celui où le moment tridimensionnel total desparticules physiques
créées et détruites au vertex est nul
(les lignes
internes ne contribuent pas à cettedéfinition) (voir [2]).
Lapossibilité d’appliquer
la loi de la substitutionaux
opérateurs
de « cut-off » se déduit du fait que cesopérateurs
sont desinvariants relativistes du
problème.
Pour lajustification
du choix du réfé- rentiel V dans le cas de laproduction multiple
des mésons et enparticulier
du modèle à deux centres
(ou
aussi du modèle deplusieurs
«fire-balls ») (voir [2]). Enfin,
pour tous lesproblèmes
relatifs à laself-énergie
ou auxmasses des
particules,
le référentiel V de tous les vertex est évidemment le référentiel CM de repos de laparticule
même.Une fois fixé le référentiel « V-frame» pour
chaque
vertex d’undiagramme,
on définit les facteurs de forme
(«
cut-offoperators »)
par leprocédé
suivant.Soit P le 4-vecteur du moment total des
particules physiques (créées
ou anni-hilées au vertex V
donné) qui
détermine le référentiel V par la condition : P = 0. On aSoit u~ un
4-vecteur,
de module1, parallèle
àP~ :
Alors on définit pour
chaque
4-vecteurk~
les invariants50 G. WATAGHIN
Donc dans le « V-frame » : P =
0,
u =(1, 0, 0, 0)
etLes
opérateurs
de « cut-off » associés auxopérateurs
de création a* sontles
opérateurs
associés auxopérateurs
de destruction a sontLes transformées de Fourier de ces
opérateurs
sont des invariantsqui,
dans le référentiel
V,
ont une formeparticulièrement simple
(5)
et(5’) permettent
de calculer la moyenne d’unecomposante
de Fou- rier e-ikx :(27r)-~ f~ *(1), = ~*(k, u)e-ikx
et de définir ainsi la
matrice Di [Pour
eikx on trouve : (2~)-4 f(q, = u)eikx].
u)eikx].
Le choix de ces facteurs de forme n’est pas définitif étant donné que la théorie
non locale dans sa forme
présente
etimparfaite
nepermet
que des calculsapproximatifs
pour les sectionsefficaces,
les masses et les constantes de cou-plage,
àpartir
d’une seule constante universelle 1 =1 2Mp.
On est au com-p p
p
mencement de l’étude de ce programme. Mais le choix
(4), (4’) possède
des caractères
qui,
selon l’idée de celuiqui écrit,
doivent être vérifiés par les théories futures : il satisfait aux conditions de la covariance relativiste et de la causalitémacroscopique.
Eneffet,
enpartant
d’une formulation locale relativiste d’un hamiltonienH,
ou del’amplitude
invariante d’uneSUR UNE THÉORIE NON LOCALE 51
transition
correspondant
à undiagramme
donné de la matriceS,
on passe à la formulation non locale dansl’espace
des moments par l’introduction des invariants(4), (4’)
dans l’hamiltonien et dans la matrice del’amplitude invariante, qui
conserve le caractère hermitien de l’hamiltonien et l’inva- riance relativiste du formalisme. Le nombre des invariantsindépendants
nécessaires pour
appliquer
un « cut-off » à undiagramme
de l’ordre n croîtrapidement
avec le nombre deslignes
externes N =Ni
+N f (où N;
indique
le nombre desparticules
absorbées etNf
le nombre desparticules
émises dans le
diagramme).
Le nombre de ces invariantsindépendant
est(3N - 10)
pour N > 4(1).
Les invariants(3), appartiennent
au groupe deces invariants.
La causalité
macroscopique
est assurée par le choix des « cut-off » : :(1
~qui,
en vertu de(5),
déterminent l’annulation dupropagateur (et
des effets d’uneinteraction)
pour lepassé,
s’ils’agit
desparticules
créées. D’autre
part
lespropagateurs
desparticules
annihilées dans un vertex, calculés en utilisant(5’),
ne donnent aucune contribution pour le futur.La nature
approximative
duprocédé proposé
ici est encoreplus
évidentesi l’on examine comment le calcul d’un
diagramme particulier peut
être fait. Leslignes
externesreprésentent
lescorpuscules
habillés(avec
leurmasse
renormalisée).
Les « fonctions du vertex » doiventégalement repré-
senter ces vertex avec toutes les « corrections radiatives », cela veut dire
avec l’interaction avec le vide
opérant.
Dans le calcul de ces corrections radiatives le « V-frame » reste fixé par leslignes
externes. Lespropagateurs
delignes
externes doivent aussi être renormalisés. Pour le moment, on nepeut
faire tous ces calculs que parapproximations
successives et enséparant
le calcul des «
self-énergies »
et des « vertex-functions » du calcul du dia- gramme. La convergence de ceprocédé
decalcul,
n’est pasdémontrée,
mais avec un choix convenable des
opérateurs
de « cut-off » elle estprobable.
La convergence
dépend
aussi du fait suivant : lesdiagrammes
sont déduitshabituellement à
partir
d’un processus d’itération suivant la méthode de Dirac. Dans ceprocédé,
on doit limiter les intervalles dutemps
de la manièreconnue. Avec les facteurs de forme
(5),
les domaines d’interactionDi
pour
lesquels f*
ouf
est""1,
ne peuvent pas êtreéloignés
dansl’espace
et dans le
temps
arbitrairement. Ils sontpartiellement superposés
et si lecentre des moments est en repos, ces domaines sont tous
superposés
par- tiellement à un seul domaine de l’ordre de /4. Laprobabilité
d’une telle(~)
Ce nombre augmente ultérieurement si l’on considère lesspineurs
et lestenseurs
qui
définissent lapolarisation
desparticules.
52 G. WATAGHIN
superposition
diminuerapidement (par
la loi dePoisson) quand
le nombredes vertex
augmente (voir [6]).
S’ils’agit
deplusieurs particules
avec desdomaines « en contact », ou si l’on a des domaines
partiellement superposés,
mais
qui
ont des intervalles d’extension entemps déplacés
l’un parrapport
àl’autre,
onpeut
voir quejamais
lapropagation
« en moyenne » des inter- actions nepeut
être réalisée avec une vitesse moyennesupérieure
à la vitesselimite c =
1,
si les facteurs de forme sont dutype (5).
Cette condition est essentielle pour la causalitémacroscopique.
La remarque suivante
peut
servir pour montrer clairement la nécessitéd’appliquer
le « cut-off» à toutes leslignes
externes et internes d’undiagramme
d’une matrice S et à tous les
opérateurs
de création etd’absorption
d’unhamiltonien d’interaction
représenté
dansl’espace
des moments. Si l’onconsidère une
ligne
externe et si l’onaccepte
larègle
B déduite del’expé-
rience concernant le « cut-off » du moment transféré relatif à cette
ligne,
on trouve, en
appliquant
la transformation deFourier,
que au moins uneextrémité de cette
ligne (considérée
dansl’espace-temps)
est soumise àun processus de moyenne dans un domaine
Dl (à quatre dimensions).
Autrement
dit,
laposition
du vertexcorrespondant
est incertaine à peuprès
dans ce domaineDl (de
volume ~/4).
Les autreslignes qui
terminentau même vertex,
auraient,
parconséquent,
aussi une incertitude dans le même domaineDl
etpourtant
seraient soumises à un « cut-off ». Le sensphysique
de ce « cut-off » est lié à l’interaction avec le vide : eneffet,
ces« cut-off » sont en relation avec les fluctuations du vide et
précisément
avecla formation des
paires
virtuelles debaryons (et probablement
avec d’autresgroupes de
particules).
Cela détermine la nature des interactions à très courtes distances comme elles se manifestent dans les collisionsinélastiques
ou dansles collisions
élastiques
à hauteénergie
avec un coeurrépulsif.
3. Conclusions. - La théorie non locale examinée ci-dessus se propose d’éliminer les
divergences
et depermettre
un calculapproximatif
des sections efficaces decollision,
des masses et des constantes decouplage
enpartant
d’une seule nouvelle constante universelle : / =(2Mp)-1.
En
particulier,
dans le cas des interactionsfaibles,
si l’on introduit un bosonintermédiaire,
sa masse devrait être aussi de l’ordre de2Mp.
Dans unethéorie de ce genre on ne
pourrait
pas faire de mesures delongueurs
etd’intervalles de temps
beaucoup plus petites
que 1. Cela introduitprobable-
ment une limitation fondamentale pour
l’application
deséquations
de lagravitation
einsteinienne et des autreséquations
aux dérivéespartielles
dansdes domaines
plus petits
de14,
leurapplicabilité
pour des domaines macrosco-piques
restant valable pour leschamps
moyens.SUR UNE THÉORIE NON LOCALE 53
Le choix de la valeur 1=
(2Mp)-1 adopté
ci-dessus a étésuggéré
par les calculs des sections efficaces de collisions et dequelques
masses effectuéespar un groupe de
physiciens
de Turin(E. Jalla,
M.Rota,
V.Wataghin) qui
sont en bon accord avec les
expériences.
BIBLIOGRAPHIE
[1] A. N. DIDDENS, E. LILLETHUN, G. MANNING, A. E. TAYLOR, T. G. WALKER et A. M. WETHERELL, Proc. of the 1962 International Conference on
High
Energy NuclearPhysics
at Geneva; W. F. BAKER, E. W. JENKINS, A. L. READ,G. COCCONI, V. T. COCCONI et J. OREAR, Phys. Rev. Lett., t. 9, 1962, p. 221;
K. J. FOLEY, S. J. LINDENIBAUM, W. A. LOVE, S. OSAKI, J. J. RUSSEL et L. C. L. YUAN,
Phys.
Rev. Lett., t.10,
1963, p. 376.[2] G. WATAGHIN, Nuovo Cimento, t.
30,
1963, p. 483.[3] En effet, la définition même des coordonnées de
position
et de tempsimplique
l’observation d’une coïncidence entre, au moins, deux
corpuscules
et d’uneinteraction entre elles et avec les
particules
qui constituent les instruments de mesure. Les fluctuationsstatistiques,
dues à ces interactions etspécia-
lement à la
polarisation
duvide,
deviennentparticulièrement importantes
à hautes
énergies (nécessaires
pour des mesuresprécises)
et ne peuvent pas être éliminées. D’autre part, aucune limite n’est introduite pour laprécision
des mesures des moments. Ainsi la transformation de Lorentz des moments
peut être introduite dans le sens
classique
(avec uneprécision arbitraire)
et son
emploi implique
aussi l’introduction de la formequadratique
fonda-mentale de la
métrique, qui
est à la base de toutes les mesures.[4]
G. WATAGHIN, Nuovo Cimento, t.14, 1959,
p. 1157, voir aussi : Nuovo Cimento,t. 5, 1957, p. 689; t.
10,
1953, p. 500.[5] S. C. FRAUTSCHI, Nuovo Cimento, t.
28,
1963, p. 409.[6]
G. WATAGHIN, Nuovo Cimento, t.5,
1957, p. 689.[7]
M. ROTA et G. WATAGHIN, en cours depublication.
(Manuscrit reçu le 12 décembre 1963 ) .