FOCUS
FOCUS
F CUS
MISE AU POINT
Neuropathie optique inflammatoire
Inflammatory optic neuropathy
D. Biotti*
* Praticien hospitalier, service de neurologie B4, maladies inflamma- toires SNC-neuro-ophtalmologie, CHU de Toulouse ; secrétaire du CNOF.
La névrite optique ou “neuropathie optique inflam- matoire” représente un mode d’entrée fréquent en consultation ophtalmologique ou neuro- logique. L’enjeu pour l’ophtalmologue, en première ligne, est d’en faire le diagnostic positif, d’éliminer les diagnostics différentiels et d’orienter le bilan initial ainsi que de déterminer la prise en charge adaptée.
Une névrite optique peut être définie par une souf- france aiguë d’un nerf optique d’origine inflammatoire, c’est-à-dire via un mécanisme dysimmunitaire ou infectieux. Elle est souvent isolée et peut être clinique- ment définie comme “typique” ou non via la présence de drapeaux rouges à savoir identifier (tableau I). Les travaux de l’Optic Neuritis Treatment Trial (ONTT) [1]
ont largement contribué à la description des névrites optiques isolées et de leur évolution.
Ainsi, on considérera comme névrite optique isolée typique une baisse d’acuité visuelle (AV) :
➤ non améliorable, unilatérale ;
➤ modérée à sévère (AV ≥ 10/10 dans 10 % des cas, < 1/10 dans 36 % des cas, mais conduisant exceptionnellement à une perte de la perception lumineuse) ;
➤ constituée en quelques heures à moins de 2 semaines ;
➤ accompagnée de douleurs à la mobilisation du globe (> 90 % des cas, disparaissant en 7 à 10 jours maximum) ;
➤ survenant chez une femme caucasienne âgée de 20 à 40 ans.
L’examen ophtalmologique révèle :
➤ un déficit pupillaire afférent relatif (DPAR) [encadré] ;
➤ une atteinte du champ visuel (classiquement, le scotome central ou cæco-central, mais tout type de déficit peut être observé, y compris un déficit altitudinal) ;
➤ l’absence d’œdème papillaire (la névrite optique est “rétrobulbaire”) ou un œdème peu marqué (neuropathie optique inflammatoire œdémateuse, parfois appelée neuro-papillite), sans hémorragies péri papillaires ;
➤ une altération de la vision des couleurs et des contrastes.
Les tomographies en cohérence optique (Optical Coherence Tomography [OCT]) des fibres nerveuses rétiniennes péripapillaires (Retinal Nerve fiber Layer [RNFL]) et maculaires ne sont pas nécessaires au diagnostic en phase aiguë, où elles apparaissent généralement normales. Elles peuvent cependant apporter des données intéressantes qui justifient leur réalisation en routine, en montrant l’existence
Tableau I. Drapeaux rouges (dérivé et modifié de A. Petzold et al. [2]).
Présentation initiale atypique
Ne correspond pas au tableau typique (cf. description ci-dessus), en particulier : – IRM orbitaire normale
– douleur durant plus de 2 semaines – absence de douleur
– baisse de vision sévère chez un sujet non caucasien – baisse de vision de constitution progressive > 2 semaines – atteinte bilatérale ou se bilatéralisant dans le mois – antécédent de cancer
– anomalies rétiniennes – atrophie optique inexpliquée Évolution atypique
– Baisse de vision sévère persistant après 3 mois – Aggravation sous corticoïdes ou à leur arrêt
La présence d’un déficit pupillaire afférent relatif est un signe extrêmement évocateur d’une neuropathie optique, quelle qu’en soit la cause. L’examen doit être réalisé avant dilatation pupillaire dans une pièce plongée dans l’obscurité, sur un sujet fixant l’infini (si l’examinateur est face au patient, son regard va converger sur le nez de l’examinateur !).
Les réflexes photomoteurs direct et consensuel sont normaux, mais, lorsque les pupilles sont éclairées alter- nativement par une lumière continue (d’un ophtalmo- scope, par exemple), apparaît progressivement, lors de l’éclairement de l’œil atteint, une redilatation précoce et paradoxale de la pupille à l’arrivée du faisceau lumineux. Ce signe ne peut donc être observé que sur une neuropathie optique unilatérale ou bilatérale asymétrique.
Encadré. Le déficit pupillaire afférent relatif.
d’une névrite optique, par ailleurs typique.
» L’IRM encéphalique doit comporter des explorations orbitaires dédiées.
» Toute névrite optique atypique doit bénéficier de la recherche d’anticorps anti-aquaporine 4 et, désor- mais, d’anti-MOG.
» Après un diagnostic de névrite optique, un avis neurologique doit être demandé.
Neuromyélite optique
Highlights
»A diagnosis of typical optic neuritis requires the careful elimination of red flags.
»The presence of a relative afferent pupillary defect (RAPD) must be assessed when an optic neuropathy is suspected.
»Electrophysiological explo- rations (VEP, ERG, etc.) are neither necessary nor helpful when optic neuritis is typical.
»Brain MRI should include orbital and optic nerve explo- rations.
»Clinical and radiological features help to distinguish MS and idiopathic optic neuritis from NMO-related ON.
»Any atypical should ON benefit from the research of anti-aquaporin 4 and anti-MOG antibodies.
»ON patients must also be referred to neurologists.
Keywords
Optic neuritis Multiple sclerosis Neuromyelitis optica d’une atrophie optique sur l’œil atteint ou sur l’œil
controlatéral, démontrant alors qu’une atteinte plus ancienne du ou des nerfs optiques a déjà eu lieu, de manière possiblement infraclinique. Cela apporte des arguments pour une dissémination dans le temps du processus pathologique (sclérose en plaques [SEP] ?).
L’OCT RNFL révèle dans 20 à 30 % des cas un œdème papillaire non évident en ophtalmoscopie sur l’œil atteint. Bien entendu, ces examens peuvent aussi permettre de redresser un diagnostic en montrant des éléments de diagnostic différentiel (chorio- rétinopathie séreuse centrale, maculopathie, etc.).
Les explorations électrophysiologiques (potentiel évoqué visuel [PEV], électrorétinogramme [ERG], etc.) ne sont ni nécessaires ni utiles au dia gnostic d’une névrite optique, par ailleurs typique. Ces explora- tions doivent être réservées aux cas de présenta- tion atypique ou de baisse de vision inexpliquée, en suivant les protocoles recommandés par l’Interna- tional Society for Clinical Electrophysiology of Vision (ISCEV). Les PEV représentent un test plus sensible que spécifique dans la détection d’anomalies en lien avec une possible névrite optique, le schéma électrique le plus évocateur étant la mise en évidence unilatérale d’un net retard de conduction (P100) et d’une plus discrète réduction d’amplitude des potentiels enregis- trés. Dans les cas de baisse de vision suspecte d’origine non organique, la normalité du couple ERG et PEV sera un élément fort de confirmation. Bien sûr, ces examens pourront permettre d’établir un diagnostic différentiel (rétinopathies, etc.) dans des cas où la neuropathie optique paraît douteuse.
Place de l’imagerie encéphalique
Un patient diagnostiqué avec un premier épisode de névrite optique (et de neuropathie optique en général) doit bénéficier d’une imagerie encéphalique par IRM comportant des séquences d’exploration orbitaire et des nerfs optiques. Ces séquences (sans et avec injection de gadolinium, avec saturation de la graisse orbitaire, coupes axiales et coronales) doivent être explicitement demandées au radiologue.
Cette IRM va permettre d’apporter des éléments
déterminants, comme la confirmation, en phase aiguë, de l’existence de la névrite optique “radiologique”, élément de diagnostic positif. Celle-ci prendra la forme d’un hypersignal T2 du nerf optique rehaussé par le gadolinium en séquences T1 injectées (figure 1, p. 292). Une IRM de qualité, en période aiguë, ne confirmant pas la névrite optique radiologique, est considérée comme un drapeau rouge en soi.
En effet, de plus en plus, la sémiologie radiologique s’affine, permettant aujourd’hui, devant une neuropathie optique inflammatoire, de suggérer radiologiquement son origine. Ainsi, au cours de la SEP ou des névrites optiques qui demeureront idio- pathiques, l’hypersignal est plus volontiers de petite taille (centimétrique), intéressant la portion intra- orbitaire et/ou intracanalaire du nerf optique. Dans la neuromyélite optique à anticorps anti-aquaporine 4 (anti-AQP4), cet hypersignal est plus souvent étendu et postérieur, pouvant atteindre le chiasma ou les bandelettes optiques. Dans la neuromyélite optique à anticorps antimyéline oligodendrocytaire (anti-MOG), l’atteinte est, elle aussi, fréquemment étendue, mais plus antérieurement (elle ne concerne quasiment jamais le chiasma ou les bandelettes), avec un aspect œdémateux du nerf optique, voire des struc- tures adjacentes. L’œdème papillaire est souvent visible sur l’IRM (figure 2, p. 292).
L’élimination de diagnostics différentiels doit être faite, notamment liés à des anomalies intra-orbitaires (qui ne seraient pas visibles sur des IRM sans séquences orbitaires). Le méningiome de la gaine du nerf optique est classique.
La recherche d’arguments pour une pathologie inflam- matoire du système nerveux central, en particulier la SEP, doit être réalisée. En effet, une névrite optique peut être inaugurale d’une SEP dans 30 % des cas environ. Mais toute névrite optique n’évoluera pas vers une SEP ! L’IRM joue un rôle central dans la déter- mination individuelle de ce risque. Les données de l’ONTT, avec son suivi longitudinal de plus de 15 ans, ont permis de montrer que, face à une névrite optique typique, le risque d’évoluer vers une SEP était à 15 ans d’environ 70 % dès lors qu’un hypersignal (évocateur d’inflammation) était détecté sur l’imagerie initiale (figure 3, p. 292). Ce risque était de 25 % environ avec une IRM initiale normale.
Figure 4. IRM médullaire pondérée T2, coupes sagittales révélant la présence d’une myélite transverse extensive C4 à C8 rencontrée au cours d’une neuromyélite optique (à anticorps anti-MOG).
Figure 3. IRM cérébrale chez le même patient que sur la figure 1.
Haut : IRM pondérée T2 FLAIR, coupes axiales, présence de plusieurs hyper- signaux ovalaires à prédominance périventriculaire, de grand axe perpendi- culaire à celui des ventricules, typiques de lésions démyélinisantes de SEP.
Bas : en coupe sagittale ; présence de lésions typiques du corps calleux.
Figure 2. IRM orbitaire dans une névrite optique inflammatoire gauche.
Coupe axiale T2 FLAIR Fat Sat : hypersignal étendu du nerf optique gauche dans l’orbite, œdème papillaire visible.
Figure 1. IRM orbitaire dans une névrite optique inflammatoire gauche.
Haut : IRM pondérée T2, coupes coronales, avec saturation de la graisse orbitaire. Mise en évidence d’un hypersignal du nerf optique gauche, qui apparaît augmenté de volume.
Bas : IRM pondérée T1, coupes coronales, avec saturation de la graisse orbitaire et injection de gadolinium. Mise en évidence d’un rehaussement par le gadolinium du nerf optique.
Neuropathie optique inflammatoire
MISE AU POINT
Toute présentation considérée comme atypique doit systématiquement conduire à se poser la question des diagnostics différentiels, ophtalmologiques et neurologiques (3) [tableau II].
Les causes de névrite optique isolée sont multiples (4) : infectieuses (virale, syphilis, maladie de Lyme, tuber- culose, etc.), post-infectieuses ou dysimmunitaires (mode d’entrée dans une SEP, neuromyélite optique de Devic, lupus, sarcoïdose, etc.). Dans certains cas, aucune cause ne sera retrouvée, et la névrite optique sera considérée, faute d’orientation au moment de l’évaluation, comme “idiopathique”.
Un bilan biologique au moment du diagnostic est-il nécessaire face à une névrite optique typique ou atypique ?
La réponse est oui dans les 2 cas, même si la renta- bilité de celui-ci est d’autant plus faible que la névrite optique est typique. Cependant, aucun consensus n’est établi quant au bilan minimal (2). Générale- ment, ce bilan a pour but d’identifier des arguments pour des pathologies de systèmes responsables ou associées aux névrites optiques (sarcoïdose, lupus, Gougerot-Sjögren, vascularites à ANCA, maladie de Behçet, maladie de Horton, etc.), des arguments diagnostiques des causes infectieuses (syphilis, maladie de Lyme, hépatites, toxoplasmose, maladie des griffes du chat, tuberculose, VIH, etc.), et sert de bilan préthérapeutique.
Notre bilan de névrite optique comprend donc systé- matiquement : numération, plaquettes, VS, CRP, iono- gramme, bilan hépatique, sérologies VIH, hépatites
(B, C, E), Lyme, syphilis (Bartonella henselae, toxoplas- mose, BK selon le contexte), antinucléaires, anti-ENA, ANCA, anti-ADN, enzyme de conversion de l’angioten- sine (anti-onconeuronaux en fonction du contexte).
Quelle place pour les anticorps associés aux neuromyélites optiques : anti-aquaporine 4 et antimyéline
oligodendrocytaire ?
La neuromyélite optique (de Devic) est une maladie auto-immune affectant le système nerveux central avec un tropisme particulier d’atteinte médullaire et optique. Depuis 2006, la découverte des anticorps anti-AQP4 a permis un diagnostic et un recours à des traitements efficaces plus précoces pour une pathologie au pronostic fonctionnel naturellement sombre. Les anti-AQP4 sont retrouvés chez environ 2 tiers des patients avec un phénotype typique de neuromyélite. Les critères de 2015 (Wingerchuk) permettent aujourd’hui de faire le diagnostic sur un seul épisode neurologique (notamment de névrite optique), sous réserve de la présence des anticorps (5).
Leur recherche est donc nécessaire en cas de récidive non expliquée de névrite optique, mais aussi en cas de première névrite optique, en particulier si elle présente des critères d’atypie comme une sévérité initiale, une faible récupération avec ou sans traitement, lorsqu’elle est bilatérale d’emblée, lorsqu’elle survient chez un sujet non caucasien ou est associée avec un terrain systémique dysimmunitaire, ou encore en cas d’an- técédent de myélite (figure 4). L’aspect radiologique peut lui aussi être évocateur, comme précédemment mentionné.
Neuropathies optiques héréditaires (NOH)
NOH de Leber, atrophies optiques dominantes, syndrome de Wolfram, etc.
Pathologies inflammatoires non restreintes au nerf optique
Pathologies inflammatoires orbitaires non spécifiques/idiopathiques (sclérite postérieure, périnévrite optique, myosite orbitaire, syndrome de Tolosa-Hunt), neurorétinite, AZOOR, syndrome des taches blanches évanescentes, CAR/MAR
Causes vasculaires
Neuropathies optiques ischémiques (antérieure, postérieure ; artéritique, non artéritique), hypertension artérielle maligne, etc.
Causes nutritionnelles/toxiques
Carence en vitamines B12 et B9, cuivre. Toxicité de l’éthambutol, de l’amiodarone, du méthanol Causes compressives
Dysthyroïdie, maladie de Paget, méningiome, lymphome, etc.
Autres
Choriorétinite séreuse centrale, autres maculopathies aiguës telles que toxicité du Poppers, uvéites, traumatisme, HIC idiopathique, kératocône, etc.
AZOOR : Acute Zonal Occult Outer Retinopathy ; CAR : Cancer-Associated Retinopathy ; MAR : Melanoma-Associated Retinopathy ; HIC : hypertension intracrânienne.
Neuropathie optique inflammatoire
MISE AU POINT
La place des anticorps anti-MOG est bien plus débattue. Ces anticorps ont récemment été mis en évidence, chez l’adulte, chez environ 1 quart des patients présentant un phénotype de neuromyélite optique, mais négatifs pour les anti-AQP4. La présen- tation clinique de la névrite optique diffère de celle observée dans les cas de névrite “idiopathique” ou de névrite optique de la SEP, avec un phénotype beau- coup plus inflammatoire radiologiquement (figure 2), comme au fond d’œil, où l’on retrouve généralement un œdème papillaire important. L’atteinte est plus volontiers d’emblée bilatérale. Contrairement aux névrites optiques liées aux anti-AQP4, le pronostic visuel spontané ou après traitement par corticoïdes est généralement très favorable (même si ce n’est pas une règle absolue). Nous recommanderions donc la recherche de ces anticorps devant toute névrite optique atypique, d’autant plus si elle est bilatérale ou récidivante, ou si elle a justifié une recherche d’anti- AQP4 revenue négative. Même si la prise en charge des patients atteints de névrite optique anti-MOG n’est pas encore établie, l’identification de ces patients semble importante. En effet, la présence de ces anti- corps est extrêmement inhabituelle au cours de la SEP, permettant a priori d’éliminer ce diagnostic. Les patients anti-MOG+ peuvent présenter une patho- logie monofocale, mais sont généralement à risque plus important de récidive (en particulier pour les névrites optiques), pouvant faire discuter une prise en charge thérapeutique sur le modèle des traitements ayant déjà fait leurs preuves dans le cadre du spectre des anti-AQP4.
Quelle est la place
de la ponction lombaire ?
Il s’agit d’un autre sujet de débats réguliers et non tranchés entre neurologues. La pratique quoti- dienne démontre effectivement que la ponction lombaire n’est qu’exceptionnellement à l’origine du redressement d’un diagnostic de névrite optique ou d’une orientation étiologique que le reste des examens n’aurait pu apporter. Généralement, l’analyse du liquide céphalorachidien (LCR) est tout de même effectuée et doit alors comporter une analyse cytobiochimique, bactériologique, une recherche spécifique de la syphilis et de la maladie de Lyme, une recherche de synthèse intrathécale d’immunoglobulines (augmentation de l’index IgG, de bandes oligoclonales, orientant vers une inflam- mation chronique du système nerveux central). La ponction lombaire peut donc apporter des éléments
importants, en particulier pronostiques, concer- nant le risque de SEP chez les patients atteints d’une névrite optique isolée. Ainsi, en cas de névrite optique, la présence d’une synthèse intrathécale d’immunoglobulines double le risque de conver- sion vers une SEP, et, chez un patient atteint d’une névrite optique et avec une IRM normale, la stra- tégie et la fréquence de la surveillance clinique et radiologique seront à renforcer si le LCR est inflam- matoire. Dans la neuromyélite optique, cependant, l’analyse du LCR ne retrouve une synthèse d’im- munoglobulines que dans moins de 20 % des cas, mais une pléiocytose initiale est plus fréquente.
La rentabilité de cet examen s’effondre lorsque la névrite optique est typique et s’intègre dans une pathologie déjà identifiée, ou lorsque la névrite optique est diagnostiquée tardivement et que les critères diagnostiques de sa cause sont évidents (critères diagnostiques de SEP portés par l’IRM, par exemple). Il est alors d’autant plus acceptable de ne pas réaliser la ponction.
Autres examens complémentaires
Uniquement en cas d’orientation vers une pathologie néoplasique, paranéoplasique ou dysimmunitaire particulière, le recours à d’autres examens peut se discuter, notamment la biopsie de glandes salivaires accessoires, le scanner thoraco-abdomino-pelvien ou la TEP scan corps entier à la recherche d’adéno- pathies suggérant une sarcoïdose.
Quel traitement proposer en phase aiguë ?
En dehors des névrites optiques infectieuses justifiant un traitement spécifique, après une névrite optique typique, la récupération visuelle est spontanément bonne en quelques semaines, avec moins de 3 % des patients conservant une AV inférieure à 1/10 et 92 % ayant une AV supérieure ou égale à 20/40 (6).
L’ONTT a aussi permis de démontrer l’intérêt d’un traitement par bolus de corticoïdes intra- veineux (1 g/j durant 3 à 5 jours) sur la vitesse de récupération des paramètres visuels, même si aucun impact significatif n’a été démontré sur le pronostic final. Ainsi, en l’absence de contre- indication, il est communément admis de réaliser rapidement ces bolus (des essais sur l’impact pronostique d’un traitement ultra-précoce sont
en cours) chez les patients présentant des symp- tômes invalidants de névrite optique. Il apparaît tout aussi acceptable de ne pas traiter les patients peu symptomatiques (AV conservée, champ visuel peu altéré). Les corticoïdes oraux jusqu’à 1 mg/kg ne sont pas indiqués comme traitement, car ils augmentent le risque de récidive. En revanche, récemment, les données d’un essai clinique fran- çais portant sur l’utilisation, la tolérance et la non-infériorité de mégadoses de corticoïdes oraux (méthylprednisolone 10 × 100 mg/j) versus la voie intraveineuse dans les poussées de SEP ont été concluantes (7). Des études complémentaires sur le traitement spécifique par mégadoses orales des névrites optiques en particulier n’ont cependant pas encore été effectuées.
Il est recommandé de revoir les patients dans le mois suivant le traitement. En cas d’absence d’amé- lioration significative, voire d’aggravation, le bilan étiologique de la baisse de vision doit être repris.
En l’absence de doute sur le diagnostic de névrite optique, un traitement complémentaire peut être proposé (sans consensus établi), avec la reprise des corticoïdes i.v. pour 3 à 5 jours supplémentaires et/ou le recours aux échanges plasmatiques (5 à 9 échanges en général) [8]. L’utilisation des immunoglobulines polyvalentes n’est en revanche pas suffisamment
étayée aujourd’hui pour être recommandée. D. Biotti déclare ne pas avoir
de liens d’intérêts.
1. Beck RW. The Optic Neuritis Treatment Trial. Arch Ophthalmol 1988;106(8):1051-3.
2. Petzold A, Wattjes MP, Costello F et al. The investigation of acute optic neuritis: a review and proposed protocol. Nat Rev Neurol 2014;10(8):447-58.
3. Weerasinghe D, Lueck C. Mimics and chameleons of optic neuritis. Pract Neurol 2016;16(2):96-110.
4. Petzold A, Plant GT. Diagnosis and classification of
autoimmune optic neuropathy. Autoimmun Rev 2014;13 (4-5):539-45.
5. Wingerchuk DM, Banwell B, Bennett JL et al. International consensus diagnostic criteria for neuromyelitis optica spec- trum disorders. Neurology 2015;85(2):177-89.
6. Optic Neuritis Study Group. Visual function 15 years after optic neuritis: a final follow-up report from the Optic Neuritis Treatment Trial. Ophthalmology 2008;115(6):1079-82.e5.
7. Le Page E, Veillard D, Laplaud DA et al. Oral versus intra- venous high-dose methylprednisolone for treatment of relapses in patients with multiple sclerosis (COPOUSEP): a randomised, controlled, double-blind, non-inferiority trial.
Lancet 2015;386(9997):974-81.
8. Pula JH, Glisson CC. Should plasma exchange be offered to patients with multiple sclerosis-associated optic neuritis?
J Neuroophthalmol 2015;35(1):86-9.
Références bibliographiques
En cas de forte suspicion d’une névrite optique s’intégrant dans le cadre d’une neuromyélite optique, des doses plus prolongées de méthylpre- dnisolone i.v. ou un recours plus précoce, voire d’emblée, aux échanges plasmatiques sont à discuter.
Enfin, pour garder un œil sur le futur, on citera le développement en cours de multiples molécules (phénytoïnes, anti-LINGO, etc.), qui pourraient être utilisées dans les névrites optiques et ayant un objectif de neuroréparation et de protection.
Conclusion
Quelques points sont toujours à garder à l’esprit.
• Je suspecte une névrite optique : la baisse de vision de mon patient est-elle bien due à une neuropathie optique ? S’agit-il bien d’une névrite optique inflam- matoire ?
• Existe-t-il des atypies ?
• Mon bilan complémentaire a-t-il été rigou- reusement effectué ? L’IRM comporte-t-elle des séquences orbitaires ? Faut-il rechercher des anti- corps anti-AQP4 ou anti-MOG ?
• Qu’un traitement soit ou non proposé, un contrôle de la fonction visuelle précoce est-il bien programmé ?
• Un suivi par un neurologue est-il organisé ? ■
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