NOTE
UTILISATION ÉNERGÉTIQUE
DE L’ORGE, DU BLÉ, DU MAÏS ET DU SORGHO
PAR L’AGNEAU EN CROISSANCE
M. VERMOREL P. THIVEND M.
THÉRIEZ*
Station
d’Études
desMétabolismes,
* Station de Recherches sur
l’Élevage
desRuminants,
Centre de Recherches de
Clevmont-Fevrand,
63 -Saint-Genès-Ghampanelle
Institut national de la Recherche
agronomique
RÉSUMÉ
L’étude de l’utilisation
énergétique de 4 Céréales,
effectuée sur 86 agneaux en croissance par estimation de lacomposition corporelle,
indique que la valeurénergétique
nette du maïs estsupérieure
à celle del’orge,
dusorgho
et dublé ;
la valeurénergétique
nette du blé est elle-mêmesupérieure
à celle del’orge.
Pour des agneauxayant
eu une vitesse de croissance modérée(de 1
6
3
à 175g/j)
laprotéinogenèse
a été parrapport
à lalipogenèse plus importante
avec le maïsqu’avec
les trois autres céréales.INTRODUCTION
Les céréales
représentent
unepart
deplus
enplus importante
de la rationd’engraissement
des ruminants.
Or,
en dehors des travaux de KELLNER(igog)
et de NEHRING( 19 6 3 ),
peu d’études ont été effectuées pour déterminer leur valeurénergétique.
Enparticulier,
les données concernant l’utilisation desproduits
terminaux de ladigestion
des céréales pour la croissance et pour l’en-graissement
des bovins et des ovins sont encore rares etpartielles (Axn2s2xorrG et Btnx2Ex, 19 6 1 ).
Pour ces différentes
raisons,
nous avonsentrepris
l’étude de l’utilisationdigestive
eténergétique
de
l’orge,
dublé,
du maïs et dusorgho
par des agneaux en croissance recevant desrégimes
richesen céréales. Nous
rapportons
ici lespremiers
résultats relatifs à l’utilisationénergétique
de cesdifférents
régimes.
Nous avons
comparé
lesquantités
deprotéines
et delipides
fixés dans la carcasse par des agneauxayant ingéré
desquantités égales d’énergie
métabolisable et d’azotedigestible
avec desrégimes comportant
uneproportion
élevée de céréales et la mêmequantité
de foin. Cela nous aconduits à limiter les
quantités
d’aliments distribués et à introduire différentesproportions
detourteaux dans les rations.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Quatre vingt-six
agneaux Limousins ou Limousins xRomanov,
noncastrés, âgés
de 9à 12semai-nes, ont
étérépartis
en 5 lots à unpoids
moyen de10,8 !
2,1kg ;
un lot témoin de 144 animaux
a étéabattu au début de
l’expérience ;
lesquatre
autres lots ont reçu un aliment concentréaggloméré comprenant
de6 5 , 1
à70 ,8
p. 100 decéréales,
du tourteau desoja
et uncomplément minéral,
etun foin de luzerne normal de mauvaise
qualité ( 11 , 1
p. 100 de matières azotéestotales).
Les ani-maux ont été alimentés individuellement deux fois par
jour ;
ils ont étépesés pendant
troisjours
consécutifs
à heures,
au début de lapériode expérimentale
et avantl’abattage ;
deplus,
ils ontété
pesés
une foischaque quinzaine.
Les animaux ont été abattus
lorsqu’ils présentaient
un étatd’engraissement satisfaisant,
à,un
poids
moyen de32 , 4 :E:
1,2kg. Après
ressuyage des carcasses, nous avonsprélevé l’épaule gauche ;
nous en avonsdisséqué
etpesé
les différents tissus(muscles,
tissusadipeux,
os etdéchets).
Pour
chaque lot,
nous avonsregroupé puis broyé
les mêmes tissus et nous en avonsprélevé
troiséchantillons pour en déterminer
les
teneurs en matièresèche,
enénergie
brute et en azote. Nousavons estimé la
composition
des carcasses de deuxfaçons
en calculant : 1° les
quantités
des différents tissus àpartir
de lacomposition
del’épaule disséquée,
à l’aidedes
équations
derégression
établies parB OCCARD ;
2
° les
quantités d’énergie,
deprotéines
et delipides,
en faisantl’hypothèse
que lacomposi-
tion
chimique
des différents tissus de la carcasse est la même que celle des tissuscorrespondants
de
l’épaule.
L’estimation du
poids
de la carcasse àpartir
de laproportion
des différents tissus dansl’épaule
donne un écart
systématique
deplus
9,1 p. 100 en débutd’expérience
et de moins 5,5 p. 100en find’expérience
parrapport
à lapesée
de la carcasse froide(sans
le graspérirénal
et lesrognons).
L’écart de 9,1 p. 100
peut s’expliquer
par le fait que leséquations
derégression
que nous avons utilisées ont été établies avec des agneaux d’unpoids
moyen de 35kg ;
chez cesanimaux, l’épaule représente
9,3 p. 100dupoids
de la carcasseressuyée
au lieu de 10,1 p. 100chez les agneaux deig,8 kg
depoids
vif du lot abattu au début del’expérience.
L’écartsystématique
observé avecles animaux abattus en fin
d’expérience provient
vraisemblablement de la différence de races(Limousine
ou Limousine X Romanov au lieu deIle-de-Fvance,
Charmoise et Bevrichon du Cher utilisées parB OCCARD ).
Nous avons donccorrigé
l’estimation de lacomposition
de la carcasse àpartir
despoids
de carcassesressuyées.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
Le
gain
depoids
vif des animaux a été modeste(de 1 6 3
à 175g/j)
parce que lesquantités
d’aliment distribué étaient
limitées,
le foin de mauvaisequalité,
et parce que les animaux ont souffert des fortes chaleurs de l’étépendant l’expérience.
On n’a pas noté de différence entre les vitesses de croissance des animaux des q lots(tabl. i).
Les
gains
depoids
des carcasses ont étéidentiques
pour les animaux des lots orge et blé maisplus importants
pour les animaux du lotsorgho
et surtout pour ceux du lot maïsqui
ont eu lerendement le
plus
élevé(tabl. i).
Ces écartspeuvent s’expliquer
par les différences depoids
fraisdes contenus
digestifs.
Les animaux des lots « orge » et o blé
», qui
ontingéré
desquantités égales
de matière sèche etd’énergie brute,
ont formé les mêmesquantités
de muscles et fixé desquantités
voisines de pro-téines,
cequi indique
que les deux céréales ont été utilisées de la mêmefaçon
pour laprotéino- genèse.
Les animaux du lot «sorgho
» ont formé un peuplus
de muscles et deprotéines
que ceux des lotsprécédents
mais ontingéré
5 à 6 p. 100deplus
de matière sèche etd’énergie brute,
cequi
ne
permet
pas d’attribuer ausorgho
une actionplus
favorable sur laprotéinogenèse
que celle del’orge
ou du blé.Les animaux du lot maïs ont formé
davantage
de muscles(respectivement
i5, 17 et 14 p.100 )
et fixé
davantage
deprotéines
que les animaux des lots orge, blé etsorgho. Cependant, ils
n’ont pas consommédavantage d’énergie
et de matière sèche que les agneaux des lots « orge et « blé » et même 6 p. 100de moins que ceux du lot «sorgho
n. Deplus, les quantités
de matières azotéesdiges-
tibles
ingérées
ont été très voisines pour tous les lots. Lasupériorité
du maïs traduit vraisembla- blement une meilleure utilisation desproduits
terminaux de ladigestion
pour laprotéinogenèse.
Les animaux du lot « maïs u ont fixé 16 et 10p. 100de
plus d’énergie,
14 et 9 p. 100deplus
de tissus
adipeux
que ceux des lots « orge o et « blé ». Ces différences traduisent une valeurénergé- tique
nette du maïssupérieure
à celle dublé,
elle-mêmeplus
élevée que celle del’orge, puisque
lesconsommations de matière sèche totale et de foin ont été
comparables
dans les trois lots et que la valeurénergétique
nette du tourteau desoja
est voisine de celle des céréales. Ces résultats sonten accord avec les données
bibliographiques
obtenues avec des animaux adultes.La valeur
énergétique
nette dusorgho
est inférieure à celle du maïs du fait que les animaux du lot «sorgho
» ontingéré 6 p.
100deplus
de matière sèche et fixé seulement 1,5 p. 100deplus d’énergie.
On nepeut cependant
pas classer lesorgho
parrapport
àl’orge
et au blé en raison desdifférences dans les
quantités
de matière sècheingérée
etd’énergie
fixée.En
comparant
lesquantités
deprotéines
et delipides
fixés parjour,
on constate que le blé et lesorgho
favorisent lalipogenèse
parrapport
àl’orge
et surtout au maïs. Eneffet,
si le maïsa
augmenté
lesquantités
de tissusadipeux
et delipides fixés,
parrapport
àl’orge
et aublé,
il aaccru encore
davantage
lesquantités
de muscles et deprotéines
fixées lerapport protéines fixées/
lipides
fixés étant de o,5o pourl’orge,
0,44 pour leblé,
0,54 pour le maïs et 0,42 pourle sorgho.
Nos résultats ont été obtenus avec des agneaux dont la vitesse de croissance a été modérée et doivent être vérifiés avec des animaux réalisant des
gains
depoids journaliers plus importants.
Reçu pour!ubtication
enseptembre
1970.SUMMARY
UTILIZATION OF THE ENERGY OF
BARLEY, WHEAT,
MAIZE AND SORGHUM BY THE GROWING LAMB.The utilization of the energy
of 4 cereals
was studied in 86growing
lambsby estimating
thebody composition
and the results showed that the net energy value of maize ishigher
than thatof
barley, sorghum
or wheat. The net energy value of wheat issuperior
to that ofbarley.
In thelambs
having
a moderategrowth
rate( 1 6 3 - 175 g/day),
theproteinogenesis, compared
with thelipogenesis,
was moreimportant
with maize than with the three other cereals.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
A
RMSTRONG D.
G.,
BLAXTER K.L., 19 6 1 .
The utilization of the energy ofcarbohydrates by
ruminantin 2th
Symposium
on energy metabolismWageningen,
p.I7 8).
B
OCCARD R.
(Communication personnelle.)
KELLNER
O.,
1909. DieErnkhrung
derlandwirschaftlichen
Nutztiere. Ed.Verlag
PaulParey,
Berlin.N
EHRING